- Oh cher auteur, que vous présentez ici un bien petit chapitre!
- Mais c'est pour mieux tenir en haleine mes lecteurs, mon enfant!

Sadique? Moi? Oui, un peu... mais l'épilogue sera long et ensuite vous pourrez respirer à nouveau.

(PS: J'ai hésité à indiquer la mention OOC pour Castle, considérant la façon dont il réagit au fur et à mesure, surtout avec Kate: nous l'avons vu, ipeut tout à fait se montrer froid, l'oeil noir, prêt à faire soufrir pour avoir des réponses. J'ai juste été un cran au-delà. Je ne sais pas comment les scénaristes de la série l'auraient écrit ici, mais dans la vraie vie, ça sonne tout à fait plausible, "trust me, I know" et je me mets parfaitement à la place de Kate. Je n'exorcise ici aucune douleur personnelle, simplement l'expérience de certains événements m'a aidée à imaginer certaines scènes de la présente fic N'est-ce pas ce que tous les auteurs font en général, coucher un peu d'eux-mêmes sur le papier?)

Assez de blabla, je vous laisse à présent découvrir l'avant-dernier chapitre. Merci à toutes et tous de vous accrocher et de m'envoyer vos merveilleuses reviews!

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Chapitre 11

Quiconque aurait eu l'idée de se balader dans ce quartier à cette heure tardive aurait pu apercevoir une ombre, tapie dans un recoin, les bras croisés sur la poitrine, engoncée dans un manteau qui ne le protégeait plus de la fraîcheur du soir. Personne ne pouvait le voir à moins de se trouver à faible distance de lui. Le visage tourné vers un immeuble de l'autre côté de la rue, son regard bleu balayait les fenêtres, autant celles d'où émergeait de la lumière que celles qui demeuraient obscures.

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Castle comprit enfin que le destin l'avait bel et bien plongé en enfer : après le temps des pressentiments venait celui de la peur, de l'incertitude. Il lui sembla que ce qu'il avait redouté de pire allait s'accomplir. Il ne put se résoudre à agir seul. Non parce que cela aurait été l'équivalent d'un suicide – il se foutait pas mal d'y laisser sa peau – mais parce que cela comportait un risque certain pour sa famille, pour autant que les deux femmes fussent bien dans cet immeuble. Le souvenir des quelques minutes durant lesquelles il s'était défoulé sur Douglas Stevens pour qu'il avoue où il avait emmené les fille lui revint en mémoire. Ainsi que les mots de Kate un peu plus tard: il venait de lui montrer un côté de lui-même qu'elle n'avait jamais imaginé. Il avait cru s'effondrer en voyant le sang dans le van. Et il avait lâché des mots très durs à Kate, lui affirmant qu'il ne lui pardonnerait pas plus qu'il ne se pardonnerait à lui-même s'il arrivait quelque chose à Alexis. Mais, cette fois, sa mère n'était plus là pour lui faire entendre raison. Cette fois, il s'était emmuré tout seul dans une tour non pas d'ivoire mais de béton.

Il savait qu'il s'était comporté de manière passablement odieuse avec Kate. Mais il avait du mal à saisir pourquoi elle ne semblait pas vouloir comprendre son désespoir. Il reconnaissait, cherchant dans les méandres embrumés de sa mémoire, qu'elle avait tout tenté pour le soutenir, envers en contre tout, même envers Gates. Il savait pertinemment que le Capitaine ne le portait pas particulièrement dans son coeur, pourtant la supérieure de ses amis et collègues avait aussi su faire preuve d'une grande humanité en de multiples occasions. Alors pourquoi s'était-il peu à peu transformé en un être distant, froid, voire parfois brutal. Fallait-il qu'il laisse le destin décider pour lui? Fallait-il qu'il s'en remette totalement au déroulement d'une enquête qui avait par trop piétiner?

Kate! Il eut un pincement au coeur lorsqu'il pensa à sa fiancée, toute entière dévouée à sa cause. Quel muffle il avait été! Mais que pouvait-il faire dans l'immédiat? La seule et unique chose qui importait pour le moment, c'était qu'elle revienne avec ce foutu mandat et qu'ils puissent foncer délivrer sa fille et sa mère. Tout le reste devenait accessoire à ses yeux.

Pourtant il ne put s'empêcher de songer à tout ce qu'ils avaient accompli tous les deux depuis des mois. Kate et lui avaient joué au chat et à la souris avec leurs sentiments respectifs, pendant si longtemps. Il avait pris sur lui et fait un énorme effort pour faire taire en lui l'homme insouciant, le romancier parfois volage. Il avait finit par comprendre ce qu'il voulait véritablement faire de sa vie. Il avait décidé de ne pas laisser passer l'opportunité qui lui était offerte de garder dans son coeur et dans sa vie une femme qu'il avait découverte peu à peu, avec délice, surprise et admiration. Au terme d'une longue réflexion et après maintes hésitations, il avait enfin demandé à Kate de l'épouser, comprenant qu'il lui fallait s'engager pour de bon, poser de nouveaux jalons, construire un avenir solide. Elle avait accepté en lui sautant au cou et, durant ce bref instant où la Terre semblait avoir arrêté de tourner, il avait été le plus heureux des hommes.

Ce moment de pur bonheur semblait à présent si loin derrière lui. Il avait certainement tout gâché. En partie par sa faute, parce qu'il n'avait pas réussi à garder son sang-froid. En partie parce que le destin s'était acharné à le confronter à des obstacles de plus en plus pénibles à surmonter.

Cette nuit, il fut persuadé que sa relation avec Kate Beckett touchait à son terme. L'avait-il véritablement perdue, avant même qu'ils aient eu la chance de construire leur nouvel avenir?

Il resserra les pans de son manteau, mais eut l'impression de se retrouver dans cet entrepôt frigorifique. La seule différence, c'est que cette fois, il était seul.

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Il distingua trois silhouettes s'approcher de lui, dans un silence feutré. Il reconnut Kate et ses coéquipiers. Il sentit un pincement acide au creux de l'estomac en songeant qu'il y avait des chances qu'il ne fasse plus vraiment partie de l'équipe désormais.

- C'est une bonne chose que tu m'aies présenté ton ami le juge, murmura-t-elle, parvenue à sa hauteur. J'ai pu obtenir notre laissez-passer en un rien de temps, dit-elle en brandissant le précieux mandat.

- Bien, dit-il simplement.

Elle se tenait si près de lui! Il réprima l'envie soudaine de caresser sa joue, du bout des doigts. Comment aurait-elle réagi? L'aurait-elle repoussé ou l'aurait-elle pris dans ses bras, comme elle l'avait fait si souvent, lorsque les choses allaient mal? Il sut qu'il ne le saurait jamais, car il garda ses mains au fond des poches de son manteau.

- Tiens, je t'ai ramené ça aussi, murmura-t-elle en lui tendant son gilet où s'étalait le mot WRITER. Dieu qu'il détestait ce gilet à présent, et particulièrement ce soir ! Il le trouva ridicule, pour toute l'arrogance qu'il symbolisait. Combien de fois n'avait-il pas paradé dans ce gilet, voulant agir comme un flic, alors qu'il n'était qu'un pantin qui se la jouait dans la cour des authentiques représentants de l'ordre? S'il n'avait été question des siens ce soir, il l'aurait jeté et aurait tourné les talons pour quitter cette scène où il n'avait plus sa place. Néanmoins, il l'enfila sans broncher.

- On y va, souffla Beckett en faisant signe aux trois hommes de la suivre.

Lorsqu'il furent suffisamment près du bâtiment, il se rendit compte qu'un groupe d'intervention en armes les attendait déjà.

Kate donna ses instructions à voix basse.

- Deux hommes par étage. À mon signal, on y va. Soyez sur vos gardes, nous ne savons pas combien ils sont ni dans quelles conditions ils retiennent Martha et Alexis. Ryan et Esposito, vous vous chargez de l'entrée du sous-sol. Les autres, deux par étages. Castle et moi montons au dernier. Surveillez toutes les issues. Personne ne doit passer les mailles du filet, compris ?

- OK, murmurèrent-ils à l'unisson.

Chacun vérifia son matériel: arme au poing, lampe de poche, oreillette. Castle sentit son gilet l'écraser, mais était-ce parce qu'il l'avait revêtu par dessus son manteau ou parce qu'il se sentit soudain oppressé par un dénouement qu'il redoutait?

Tels des fauves sur le point de fondre sur leur proie dans le plus grand silence, le groupe d'intervention au complet pénétra dans l'immeuble et chacun gagna son poste rapidement.

O*o*o*o*o*o*o*O

Lorsque Kate et Castle parvinrent au dernier étage, la jeune femme dégaina son arme, l'arma. Elle lança l'assaut à voix basse dans son talkie-walkie, puis elle tambourina sur la porte de l'appartement.

- Police de New York, ouvrez ! Nous avons un mandat !

Tout se passa très vite. Boostée par une motivation hors de l'ordinaire, elle donna plusieurs coups de pied dans la porte qui finit par céder et déboula dans l'appartement avec les précautions d'usage, arme prête à tirer. Mais l'appartement était plongé dans le noir. Elle fit le tour de toutes les pièces avec une extrême prudence, sa lampe de poche posée sur le canon de son arme, prête à faire feu au moindre doute. Les mêmes exclamations faisaient écho aux autres étages. Castle était sur ses talons de Kate, mais lui laissait toute marge de manœuvre. Quand il s'avéra qu'il n'y a avait trace ni des deux femmes ni de leur ravisseur, Kate saisit son talkie: elle allait demander aux autres équipes si elles avaient trouvé quelque chose lorsqu'on entendit un coup de feu, loin en contrebas.

Kate appela Esposito pour savoir ce qui se passait. Comme elle n'obtint aucune réponse, elle fonça vers l'escalier. Moins de dix secondes plus tard, elle entendit un cri de femme et un deuxième coup de feu.

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- Espo, nom d'un chien, réponds ! Qu'est-ce qui se passe ? cria Kate dans son talkie.

Le coup de feu provenait sans nul doute du sous-sol.

Castle sentit ses poumons le brûler. Ses jambes étaient à peine capables de le porter, pourtant il fonça à la suite de Kate. Son cœur battait tellement fort qu'il crut un instant qu'il allait s'effondrer, foudroyé.

Il était incapable d'identifier le cri qu'il avait entendu et ne voulut penser à rien avant d'avoir eu la force d'arriver à destination.

Beckett ouvrit la porte qui donnait vers le sous-sol et appela ses gars.

- Par ici ! répondit immédiatement Esposito.

Elle descendit prudemment, bras tendus, arme pointée.

Lorsque Castle vit les marches qui menaient au sous-sol, il eut le sentiment de se retrouver au bord d'une falaise, l'impression de sauter à pieds joints dans ce cauchemar qui l'assaillait depuis quelque temps. La vue plongeante et sombre lui rappela le précipice terrifiant dans lequel sa mère disparaissait dans ses rêves maudits. Il tenta de respirer, mais il sentit un étau lui broyer la poitrine. Allait-il, à son tour, s'abîmer dans ce grand vide ? Était-ce pour lui, ce pressentiment ? Ou allait-il rejoindre l'une d'elles ?

Il posa un pied sur la première marche, en se tenant fermement à la rampe. Puis un deuxième. Un troisième. Sans comprendre comment il y était parvenu, il se retrouva au bas de l'escalier.

Devant lui, un couloir. Plus loin, une pièce. Une porte ouverte.

Il faisait si noir dans le couloir que le faisceau des lampes des policiers ressemblaient à des sabres lasers.

Il fit quelques pas vers la faible lueur qui émergeait de la pièce. Esposito se tenait dans l'embrasure, l'arme encore chaude à la main. Ryan était dans la pièce : il était accroupi, l'arme au poing, immobile. On ne distinguait que sa silhouette grâce à la lumière de sa lampe de poche, toujours maintenue en parallèle à son arme.

Castle baissa alors les yeux vers ce qui gisait aux pieds d'Esposito. Il faillit hurler de douleur.

À quelques mètres devant lui était allongé un corps de femme. Il ne vit que des cheveux roux masquant le visage de la victime, à présent immobile. Il fut pris d'un violent tremblement. Tout ce qui sortit de ses lèvres fut presque inaudible: « Non, pas ça ! » mouillé de larmes.

Esposito s'approcha de lui, voulut mettre une main sur son épaule, mais Castle le repoussa violemment. Il ne voyait qu'une chose : le sang dans lequel baignait la victime. Il poussa un cri déchirant « NOOOOOOOON ! ». Son cri fit écho dans le sous-sol et les trois policiers restèrent figés devant ce spectacle, ne sachant si Castle tiendrait debout ou s'il allait s'effondrer pour de bon comme un colosse terrassé.

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"suite et fin au prochain épisode"