Cela faisait déjà une semaine qu'il était là, avec son fils. Il était partagé entre l'affolant sentiment de ne pas voir le temps passer et la délectation de cette parenthèse de vie où une minute pouvait être une heure. Harry avait fait des choses qu'il n'aurait jamais penser faire. Il avait appris, avec Albus, à pêcher. Il leur aurait fallu des mois d'entraînement pour devenir presque bons mais tous les deux appréciaient la patience que cette activité requérait.

Ils s'installaient à l'aube sur les rives d'un cours d'eau qui passait non loin, pour aller se jeter dans la mer. Ils regardaient le monde s'éveiller et le soleil s'installer dans le ciel. Parfois ils parlaient pendant des heures, d'autres matins ils s'étaient tus. Le silence ne les gênait pas, une simple présence suffisait. Et quand, par chance plus que par talent, l'un d'entre eux attrapait leur repas ils étaient fiers d'eux-même pour la journée.

Harry avait occupé ses premières journées avec rien, étudiant avec intérêt les manuels moldus. Il avait l'impression de se replonger dans un monde qu'il avait quitté depuis ses 11 ans. Il s'attendait presque à entendre l'oncle Vernon ou la tante Pétunia le sermonner pour quelques chose qu'il aurait, encore, mal fait. Mais ce n'était que des réflexes d'enfants désuets. Depuis qu'il avait en quelque sorte fait la paix avec Dudley, tante Pétunia se montrait, elle aussi, plus douce et l'oncle Vernon, à défaut d'être plus aimable, tâchait d'être absent chaque fois que Harry passait. Ce dernier ne manquait donc pas d'annoncer chacune de ses venues.

Parfois il se demandait ce qui se serait passé si les Dursleys avaient réussi à le cacher d'Hagrid, s'il n'avait jamais été à Poudlard. La protection naturelle autour de Privet Drive aurait-elle été assez forte ? S'il n'avait pas été là, Pettigrew n'aurait jamais pu terminer la potion qui avait ramené Voldemort. D'ailleurs si Harry n'était pas intervenu, l'animagus n'aurait même pas survécu à sa confrontation avec Sirius et Remus.

Sirius … Remus … Seraient-ils encore là si … Remus était mort au combat mais Sirius … son parrain, lui, avait succombé à Bellatrix parce qu'Harry avait mordu à l'hameçon de Voldemort. Il le voyait encore, en rêve parfois, où plutôt en cauchemar. Il était là et puis il tombait, englouti par le voile. Même pas un corps sur lequel pleurer, et le rire de la cousine maudite.

Harry respirait fort, le poids sur sa poitrine s'alourdissait encore. Il cherchait à se rattacher à des souvenirs heureux pour contrebalancer, mais tous les sourires des Maraudeurs ne le tiraient pas de son gouffre. Alors comme à chaque fois, il pensa à autre chose, quelque chose dont il n'était pas fier. Il visualisa Molly, baguette brandie, qui d'un geste réduisait le monstre en cendres.

Alors, et seulement alors, il pouvait respirer de nouveau. Ses mains tremblaient tant qu'il était secoué jusqu'aux épaules. Il avalait de grandes goulées d'air, fulminant plus qu'il n'expirait. Harry savait qu'il avait le rouge aux joues et que ses cheveux étaient dressés sur sa tête par magie.

Quand il faisait l'une de ces crises, c'est Ginny qui l'aidait. Sa voix le calmait. Il se rappelait alors de tout ce qui lui restait au lieu de ressasser les choses qu'il avait perdues. Elle lui passait une main à la base du cou et lui disait que tout allait bien. Mais elle n'était pas là.

- Papa ?

Harry, complètement hagard, se tourna vers son fils. Il avait l'air inquiet mais toujours avec ce fond sérieux qui ne le quittait jamais. Albus tendait un verre d'eau. Harry eut besoin de bien trop de temps pour comprendre que c'était pour lui. Il le prit et le but d'une traite, de peur que ses mains ne le trahissent. Son regard se concentrait sur son fils et il reprenait petit à petit ses esprits.

Albus n'essaya pas de lui parler avant qu'il n'ait reposé le verre à même le sol. Il lui plaça la main sur l'avant-bras et son père l'attira pour le serrer contre lui. Harry savait que son fils n'était pas des plus tactile mais à ce moment-là il avait besoin de ce contact. Ils restèrent ainsi sans bouger pendant plusieurs minutes. Quand Harry le laissa partir, il se sentait plus léger.

- Pardon Albus. J'ai dû te faire peur.

- Qu'est-ce qui se passe papa ? Je ne t'avais jamais vu comme ça avant.

Harry resta silencieux. Il ancra son regard dans celui de son fils. À défaut d'avoir jamais fait de légilimencie, il en avait gardé cette image, que tout passait par les yeux. Habituellement il n'aurait jamais embêté les enfants avec ses histoires, mais ces vacances les avaient beaucoup rapproché et il ne se voyait pas lui mentir. Pas ici.

De plus Harry pensa que ses silences pour essayer de protéger les autres, les blessaient peut-être plus que cela ne les aidait. Lui-même avait pâti de ces omissions. Les Dursleys. Dumbledore. Rogue. Il choisit donc de ne pas répéter ces erreurs auprès de son fils. Albus était peut-être le plus à même de jouer le rôle de l'écoute attentive et « sans jugement ». James et Lily, eux, auraient été trop pris par l'histoire pour le laisser terminer sans intervenir.

Harry se leva donc du banc extérieur sur lequel il était assis et rentra dans la maison. D'un coup de baguette il fit chauffer du thé et fit signe à Albus de s'asseoir sur le canapé alors qu'il apportait tasses et théière. Il prit place à côté de son fils, leur servit la boisson chaude et but une gorgée.

Albus était déjà presque figé. Tourné vers son père, il le fixait avec un regard intense même s'il tentait, mal, de se montrer désinvolte. Peut-être Harry allait-il commettre la plus grave erreur de sa vie ? Il était même envisageable qu'après, les choses ne soient plus jamais pareilles. Mais il avait pris sa décision, quoi qu'il arrive ce soir, il raconterait tout à Albus.


Scorpius fut réveillé par une petite chouette s'acharnant à marteler sa fenêtre. Sans avoir besoin d'ouvrir les yeux, il savait que le soleil n'était pas levé et qu'il aurait encore besoin de quelques heures avant de poindre. Il aurait pu se plaindre mais Scorpius savait qu'une seule personne pouvait lui écrire à n'importe quelle heure. Il ouvrit au volatile qui attendit sagement qu'on le déleste de son fardeau avant d'aller s'en aller vers la petite volière que Scorpius avait installé dans le jardin.

Il reconnut derechef le style d'Albus bien que l'écriture soit plus pressée qu'habituellement. Le message était urgent. Bien sûr Scorpius savait qu'Albus avait emmené son père en vacances sur la côtes bretonne française et il avait consigne de garder le secret absolu. Les lettres qu'il échangeait avec sa famille de là-bas passaient même par lui, pour être sûr qu'ils ne pourraient pas les trouver.

Scopius lut donc attentivement la missive à la lueur de sa baguette. Albus avait commencé par quelques phrases inutiles qui servaient à atténuer le reste de la lettre, à lui donner un aspect plus détaché mais son ami le connaissait trop bien pour tomber dans le panneau.

Albus établissait d'abord une situation assez confuse mais qui pour lui semblait faire grand sens, puis il rentrait dans une histoire plus intéressante. Apparemment son père s'était confié comme jamais auparavant. Il lui avait parlé de tout ce qui était imaginable, tous ces sujets qu'il avait toujours évité. Scorpius savait que ce témoignage n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.

Dans le reste de la lettre, Albus détaillait un peu plus les sujets abordés dans le récit de monsieur Potter, tout en écrivant rien d'explicite car l'interception d'une telle lettre aurait pu porter préjudice à l'aurore. Mais Albus et lui se connaissaient depuis assez longtemps pour que Scorpius en comprenne beaucoup. Il aurait, de toute façon, de plus amples explications de vive voix.

Ainsi Albus mentionnait l'enfance de son père en en accentuant la dimension sombre. Il survolait ensuite les années d'école tout en s'arrêtant sur certains points qui semblaient mêlés culpabilité et Voldemort. Scorpius releva une allusion au deuil, à une zone d'ombre chez les grand-parents d'Albus. Il nota même quelques interrogations sur la personne de Dumbledore.

Scorpius mourrait d'envie de poser mille questions mais il savait qu'il n'aurait aucune réponse, en plus d'attirer encore l'attention d'un tiers et de lui donner encore plus d'informations, si tiers il y avait. Il se contenta donc de lui demander comment se passait ses vacances et si son père allait bien, outre cette séance de confessions. Il appela un hibou pour renvoyer la lettre. Avec ses ailes puissantes il aurait atteint son ami vers midi.

Quand il retourna se coucher Scorpius rêva. Il était dans le manoir avec son père et tout à coup lui aussi décidait de se confier. Il pouvait enfin connaître tout de l'histoire. Son père lui racontait l'avant, le pendant et l'après Poudlard. Il lui parlait de la guerre et de sa mère, il évoquait même son propre père et sa mère. Scorpius était blessé par moments, soulagé à d'autres. Mais quand il se réveilla, il avait tout oublié et ne restait en lui qu'un sentiment de confusion.

Il relut la lettre d'Albus avant de descendre prendre son petit-déjeuner. Elle n'avait pas changé pendant la nuit mais quelque chose de nouveau attira son attention. Les quelques phrases qui précédaient l'annonce des révélations de monsieur Potter étaient étranges. Ce n'était presque rien mais certains mots ou tournures de phrases ne ressemblaient pas à Albus. Scorpius les isolat. Il était sûr que son ami y avait glissé un message. Il y reviendrait plus tard.

Son père était déjà à table. Scorpius s'approcha pour le saluer et se laissa embrasser. Il prit la place à côté de lui et se servit un grand verre de jus de citrouille. Il regarda du coin de l'œil son père qui tartinait soigneusement un morceau de pain. Scorpius était certain qu'il lui était destiné. Et il ne s'était pas trompé. Son paternel avait ce genre d'attentions pour lui parfois, quand il était de particulièrement bonne humeur, ou à l'inverse quand il était d'humeur massacrante avec tous les autres.

- Papa ?

- Oui ?

- Est-ce qu'un jour tu me parleras de ce qui s'est passé ?

- Quand ça ?

- Durant tes années à Poudlard … et durant la guerre.

- Je ne suis pas sûr que ce sont des choses qu'un fils devraient entendre sur son père.

- Je veux savoir.

- Scorpius … À l'époque j'étais très différent … j'ai fait énormément d'erreurs.

- J'ai besoin de comprendre.

- Je ne veux pas que tu me détestes, que tu es honte de moi comme j'ai honte de moi-même.

Scorpius se leva pour aller enlacer son père. Ce dernier tremblait légèrement. Scorpius sentait que sa peau était froide. Même ses cheveux gominés semblaient plus ternes.

- Connaître celui que tu étais va peut-être m'aider à apprécier encore plus celui que tu es maintenant. Et puis tu es mon père, rien ne changera jamais ça.

Scorpius sentit alors les bras de son père se resserrer autour de lui. Il respirait profondément. Scorpius sentit quelque chose sur ses cheveux. La goutte glissa le long d'une mèche. Draco Malefoy pleurait.


Il arrive finalement, désolé j'ai failli oublier aujourd'hui, quoique nous sommes déjà demain. Je m'excuse et j'essayerais d'être plus à l'heure la semaine prochaine !