NdA : Houla, beaucoup de reviews pour ce chapitre, merci a tous ! Voilà la suite ! Bisous tout le monde.


L'eau ruisselait le long de son corps, se teintant d'écarlate en cours de route avant de s'écouler dans le fond de la douche, puis par le trou d'évacuation. Tomoyo était debout, le front posé contre le carrelage du mur, une expression à la fois triste et pensive sur le visage, laissant l'eau brûlante la laver du sang qui la recouvrait.

Ils étaient finalement rentrés à la villa de Kurogane. Le trajet avait été inconfortable, la voiture n'ayant été prévue à la base que pour cinq passagers, mais personne ne s'était plaind. Personne n'avait prononcé le moindre mot de tout le trajet. Même Mokona était resté silencieux, ce qui constituait un fait rarissime.

La douceur de l'eau l'apaisait lentement. Elle ferma les yeux, écoutant simplement le bruit que faisait l'eau en jaillissant du pommeau de la douche puis en dévalant les courbes de son corps. Elle se détendait et la douleur revenait.

La fille de l'acteur les avait accueillis avec un soulagement qui s'était mué en une expression horrifiée. Voir son double lui avait fait un choc. Tomoyo était couverte de sang des pieds à la tête et souffrait d'une blessure à l'épaule ainsi que d'une autre à la joue qui formait une épaisse croute. Même ses cheveux étaient poisseux de sang sêché.

Tomoyo passa une main dans ses cheveux détrempés. Ce geste lui paraissait si vain. Pourtant elle l'accomplit et le répéta jusqu'à se que ses cheveux soient complètement démêlés. Avec lenteur, elle coupa l'eau et prit la bouteille de shampoing.

Un regard en direction de Sakura n'avait pas rassurée la Tomoyo locale, bien au contraire. Elle était elle aussi couverte de sang. Une partie de celui qui recouvrait l'autre Tomoyo et qui avait déteins sur elle lors de leur étreinte. Une étreinte qui l'avait tout simplement sauvée.

Versant une dose généreuse de shampoing dans sa main, Tomoyo entreprit de se laver les cheveux sans grande motivation. La mousse blanche devint rapidement rouge. Elle ramena sa chevelure par dessus son épaule indemne pour mieux la laver et se perdit un instant dans la contemplation de la mousse écarlate.

Personne n'avait prononcé le moindre mot afin d'expliquer la situation à la fille de l'acteur, elle-même muette d'horreur. La secrétaire de Toya avait également accourue, mais après avoir posé le regard sur la Tomoyo extra-Dimensionnelle, elle avait pâlit, puis tournée de l'oeil. Personne n'avait pris la peine de la ranimer.

Tomoyo rouvrit l'eau et rinça sa longue chevelure, le visage conservant toujours la même expression. De la mousse rouge sang coula dans le fond de la douche après avoir glissé le long de son corps. Elle ferma ensuite l'eau une nouvelle fois et saisit la bouteille de gel douche. Encore une chose vaine, songea-t-elle tout en versant l'épais et froid liquide dans sa main en coupe. Elle se lava consciencieusement tout en faisant attention aux fils qui refermaient ses blessures à l'épaule ainsi que sur sa joue.

Avec un faible sourire rassurant pour la fille de l'acteur, Sakura avait pris la main de Tomoyo et s'était dirigée vers la salle de bain. La jeune fille s'était laissée faire sans résister. Là, elle avait ouvert l'armoire à pharmacie et avait été rassurée de voir qu'elle contenait tout ce qu'il lui fallait. Avec douceur, elle avait nettoyée la plaie de sa joue, puis l'avait désinfectée avant de la recoudre avec soin. Tomoyo l'avait laissé faire sans réagir, ni même se plaindre de la douleur. Sakura avait ensuite dégagée son épaule blessée de ses vêtements, puis avait soigné cette blessure également.

La mousse qui la recouvrait était devenue rouge, elle aussi. Tomoyo baissa les yeux sur son corps écarlate et un petit rire lui échappa. Un rire triste. Elle se refit un shampoing sans vraiment y penser, puis rouvrit l'eau et laissa la chaleur l'enrober de nouveau.

Sakura l'avait ensuite poussée en direction de la douche en lui recommandant d'une voix timide de se laver avant de la laisser. Elle avait obéit et s'était débarassée de ses vêtements gorgés de sang avant d'entrer dans la cabine.

Elle se sentait... elle n'avait aucun mot pour décrire ce qu'elle ressentait. Ni vide, ni vraiment pleine. Elle n'était plus ni flammes, ni même cendres. C'était vraiment déroutant. Quelque chose de nouveau, mais d'étrangement familier à la fois. Une sensation...

Tomoyo secoua lentement la tête et renonça à poser un nom sur ce qu'elle ressentait. Elle préféra fermer l'eau et resta un moment immobile, la tête toujours rejetée en arrière. Un long soupir lui échappa. Elle ouvrit ensuite la porte de la cabine et sortit.

Le fond de la douche était rouge.

-

Ils étaient tous installés dans le salon. Assis en silence, personne n'osant prendre la parole. Pourtant, il restait encore beaucoup de choses à dire, mais un malaise subsistait, les réduisant au silence.

Shaolan était assis dans un fauteuil, penché en avant, les coudes sur les genous et ses mains croisées devant son menton. Une expression pensive sur le visage qui ne reflétait pas le tumultes de ses pensées.

Il ne cessait de revoir l'homme moustachu que Tomoyo avait massacré. Il ne voyait pas comment qualifier autrement ce qu'elle lui avait infligé. L'expression de terreur qui était restée figée sur le visage aveugle lui procurait encore des frissons d'horreur.

Il savait pourtant que Tomoyo était une psychotique, mais jamais encore il n'en avait eu une telle preuve sous les yeux. Cela dépassait tout ce qu'il avait imaginé à son compte. Et Sakura qui persistait à vouloir être son amie. L'idée que Tomoyo aurait très bien put tuer Sakura lui nouait encore les entrailles. La princesse avait fait preuve d'inconscience. Elle avait une confiance si aveugle et insensée en cette fille qu'elle refusait de croire qu'elle pouvait lui faire du mal. Et elle ne lui en avait pas fait, d'accord, mais tout de même, c'est ce qui aurait parfaitement put se produire...

Shaolan jeta un coup d'oeil aux autres personnes présentes. Sakura était assise à coté de la fille de l'acteur, elle même installée à coté de son père sur un divan. Elle semblait perdue dans ses pensées, tenant toujours sur ses genous son paquet désormais bien froissé. Shaolan n'avait toujours pas la moindre idée de ce qu'il contenait.

Tomoyo semblait toujours sous le choc. Il la comprenait et compatissait. Lui-même savait qu'il serait retourné de voir son double dans un état pareil. Au moins, elle n'avait pas vu ce qu'elle avait fait. Son père, lui, l'avait vu et à son expression, il en gardait un souvenir vif. Son tein était crayeux et il semblait avoir le coeur au bord des lèvres.

Toya était assis dans un fauteuil, en face de Shaolan. Avachit était un terme plus correct. Il affichait une expression proche de celle de l'acteur, bien que son regard était moins vague. Shaolan ignorait ce à quoi il pouvait bien penser, mais se doutait que ce n'était pas agréable.

Entre eux deux, Fye occupait le dernier fauteuil qui faisait face au divan, Mokona sur les genous. Comme d'habitude, son visage était pris dans un léger sourire et quoiqu'il soit en train de penser, il n'en affichait sur son visage aucun indice. A le voir ainsi, il pouvait tout aussi bien repenser à une plaisanterie qu'on lui aurait raconté un peu plus tôt. Il regardait Mokona qui était toujours silencieux, mais se dandinait de plus en plus. Qu'il soit resté calme et immobile aussi longtemps tenait déjà du miracle.

Enfin, Kurogane était adossé au mur, volontairement à l'écart du reste du groupe. Il avait les yeux fermés, le visage grave et tenait son sabre le long de son torse, la garde posée sur son épaule, tout en croisant les bras. Lui aussi ne donnait aucune indication sur le fond de ses pensées, mais Shaolan était persuadé qu'elles tournaient autour de Tomoyo.

Il ne le comprenait plus. Kurogane avait toujours montré une haine farouche envers la jeune fille. L'un comme l'autre était toujours prompt à se battre sans d'autre raisons qu'un regard de travers. Qu'il ait été la chercher et qu'il l'ait épargnée le dépassait. Et il n'avait cessé de parler de « force ». Cela troublait Shaolan qui le tenait déjà pour très fort.

Le silence devenait de plus en plus intolérable. Il devait le briser, d'une manière ou d'une autre. Il ouvrit la bouche et tout le monde tourna la tête dans sa direction, l'air d'attendre. Il se figea sous le poids de leur regard, puis referma la bouche et se renfonça dans son fauteuil. C'était stupide, mais il n'y arrivait pas. Il y avait quelque chose dans l'air. Une tension à la fois impalpable et écrasante.

-Hyuuuu ! Et dire qu'on s'inquiétait pour elle, lança soudain Fye.

-Parce que tu t'inquiétais, toi ? répliqua Kurogane sans bouger un muscle. A voir ton sourire idiot, j'avais plutôt l'impression que tu t'amusais...

-C'était vraiment réel ? demanda son double. Je veux dire... Bon sang, c'est Tomoyo ! Comment a-t-elle pu faire une chose pareille ?

-Deux personnes existants dans deux Dimensions différentes peuvent avoir eu des vies différentes, répondit Shaolan.

La tension s'était soudain alégée. Il se demanda vaguement d'où lui venaient ces paroles avant de s'en souvenir. C'était l'une des dernières choses que leur avait dis la Sorcière des Dimensions.

-Quand même... grommela l'acteur. Elle est vraiment... terrifiante.

Sa fille regarda Sakura. La jeune fille ne semblait pas écouter la conversation. Bien que personne ne lui avait raconté ce qu'il s'était passé, elle le devinait sans peine. Elle n'était pas stupide et autant de sang n'était pas arrivé sur son double par enchantement. Ni sur Sakura, d'ailleurs...

Elle se leva brusquement sous les regard étonnés des autres et se tourna vers son amie.

-Suis-moi, je vais te donner d'autres vêtements, les tiens sont dans un sale état.

Sakura leva la tête de son paquet et cligna des yeux en regardant Tomoyo. Elle hocha la tête et se leva à son tour avant de suivre Tomoyo en direction de sa chambre. Shaolan la regarda partir, puis soupira. La journée avait été longue et il avait la sensation désagréable qu'elle était encore loin d'être finie.

-

Tomoyo s'enveloppa dans une serviette de bain et en prit une seconde pour s'essuyer les cheveux. Elle se pencha légèrement en avant, passa l'étoffe au dessus de sa tête et se frictionna vigoureusement les cheveux en grognant. Elle ne voulait plus réfléchir à ce qu'elle éprouvait pour le moment. Elle avait déjà beaucoup trop réfléchit ces dernières heures et le résultat avait été...

Irritée, elle cessa de se frictionner et rejeta la tête en arrière, faisant claquer ses cheveux dans son dos. Elle rouvrit les yeux et fit un bond en arrière, retenant de justesse un cri de surprise. Sakura lui adressa un sourire amical, puis se repencha sur le tas infome de ses vêtements.

La princesse de Clow prit la tunique dans ses mains et palpa l'étoffe avec une grimace. En séchant, le sang l'avait rendue rèche et rigide. Examinant attentivement le reste des vêtements, elle en arriva à la conclusions qu'ils étaient fichus.

Tomoyo sortit enfin de sa stupéfaction.

-Mais qu'est-ce que tu fiche ici ?! s'écria-t-elle.

-Tomoyo voulait que je change de vêtement, expliqua Sakura en lui souriant. Mais en passant devant la salle de bain, je me suis souvenue que les tiens étaient encore plus sale que les miens, donc je suis venue vérifier.

-Tu pouvais pas frapper ?!

Sakura haussa les sourcils. L'idée ne lui avait même pas traversée l'esprit. Tomoyo reserra sa serviette et voulut récupérer ses vêtements, mais Sakura les prit et recula hors de portée en riant.

-Tu crois que c'est le moment de jouer, bon sang ? s'énerva la peste brune.

Pour toute réponse, Sakura lui tendit timidement son paquet. Tomoyo baissa les yeux dessus, puis les releva sur Sakura, sourcils froncés, méfiante.

-C'est quoi, ça ?

-Ouvre-le et tu verra, répondit Sakura en rosissant. J'espère que ça te plaira.

Tomoyo la fixa un moment sans comprendre.

-Un... cadeau ? demanda-t-elle d'une voix lente.

-Oui !

-Pour moi ?

La voix de Tomoyo reflétait l'incrédulité la plus totale. Sakura hocha la tête avec vigueur, visiblement embarassée et anxieuse de voir sa réaction en découvrant son cadeau. Tomoyo prit le paquet avec maladresse. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où on lui avait fait un cadeau. Ca devait remonter à une bonne dizaine d'années.

Une partie d'elle lui intimait de se méfier. Tomoyo l'ignora et ouvrit le paquet. Elle regarda le contenu en fronçant les sourcils.

-Qu'est ce que c'est ?

-Une robe ! Je l'ai faite moi-même ! répondit joyeusement Sakura en la prenant pour la brandir bien haut, afin qu'elle puisse l'admirer.

Tomoyo l'admira. Du moins son regard se fixa sur un élément de la robe et une expression crispée s'installa sur son visage.

-Heu... C'est quoi ce truc ? demanda-t-elle en pointant le doigt sur la pièce à conviction N°1.

Sakura baissa le nez, suivant le doigt et poussa un petit cri de surprise. Un gros ruban rose dont elle n'avait pas le souvenir avait été soigneusement cousu sur le dos de la robe par ailleurs noire et sobre.

La porte s'ouvrit et Tomoyo entra, les bras chargé de robes dont la palette de couleur allait du rose au jaune canari, un sourire enthousiaste sur les lèvres.

-Ah, vous êtes là ! Sakura, j'ai plein de robes à te faire essayer ! Tu va être adorable, fais moi confiance ! s'écria-t-elle joyeusement.

-Tomoyooooooooooooo! cria Sakura en lui collant le ruban sous le nez avec une expression tristounette sur le visage. C'est quoi ça ?!

La fille de l'acteur se posa une main sur la joue et prit une adorable expression coupable, regardant sur le coté.

-Je suis vraiment désolée, Sakura, j'ai vraiment essayé de résister, mais...

-Heu... Si je vous gêne, vous le dites, hein ? lança l'autre Tomoyo avec mauvaise humeur.

-Mais non, pas du tout ! répliqua son double en se précipitant sur elle pour lui prendre le bras. Pourquoi tu n'essairais pas une de ces jolies robe, tu serais vraiment mignone dedans !

La peste se dégagea alors que la fille de l'acteur tentait de lui retirer sa serviette, s'amusant visiblement comme un folle.

-Nan mais t'es malade ?! s'écria Tomoyo.

-Ne sois pas idiote, répondit Tomoyo. Je suis toi ! On a le même corps, pas besoin de jouer les timides !

-C'est pas une raison ! Pis ça vaut pas pour Sakura, je te signale, ajouta-t-elle en s'empourprant.

La fille de l'acteur recula, les joues dans les mains et les yeux fermés, soupirant d'un air transporté.

-Je suis si mignone quand je suis embarassée...

-Tu m'as abîmée ma robe... intervint Sakura d'une petite voix peinée, de grosses larmes au bord des yeux.

Tomoyo cessa de s'extasier sur son double qui regrettait de ne plus avoir de dagues à portée de main pour prendre Sakura par les épaules, une main sur son front et adoptant une pose tragique.

-Pardonne-moi, Sakura. Je sais que je n'aurais pas dû faire ça, mais je me suis vraiment retenue pour ne rajouter qu'un noeud, tu sais. Et puis, tu dois bien admettre qu'elle est déjà plus jolie comme ça.

-Mais elle ira plus à Tomoyo, répliqua Sakura, incarnation même de la déception.

Laquelle s'interrompit dans l'action de lancer un vase à la tête de son double et considéra la jeune fille avec surprise.

-Quoi ?

-Bah oui, tu voudras pas la porter comme ça, pas vrai ? insista Sakura en s'approchant d'elle, tenant toujours la robe entre ses mains.

Tomoyo la regarda longuement sans un mot. C'était parfaitement vrai, bien sûr. Elle détestait tout ces machins ridicules sur les vêtements et avait une préférence pour les vêtements sobres. Elle baissa les yeux sur le vêtement et le regarda vraiment, cette fois. Hormis le gros ruban rose, c'était une robe noire sans trop de fioritures. Juste une ceinture de tissu pour la resserer à la taille et il y avait même des replis idéals pour dissimuler des dagues. La robe était un peu plus élaborée que ce qu'elle portait d'habitude, mais...

Tomoyo reporta son attention sur Sakura, surprise. Elle se rendait compte que la princesse était parvenue à cerner sa personnalité et ses gouts en matière de vêtements.

-Ben, si tu enlève ce machin horrible... marmonna-t-elle avec une moue légèrement boudeuse.

Sakura cligna des yeux, surprise, puis un magnifique sourire fleurit sur son visage. L'autre Tomoyo surgit soudain entre les deux jeunes filles, les mains plaqués sur les joues et des étoiles pleins les yeux.

-Vous êtes mignoooooooooones ! s'extasia-t-elle.

-

Dans le salon, Fye gratouillait un Mokona qui piaillait joyeusement, réclamant toujours plus d'attention. Le magicien leva les yeux pour les poser sur Kurogane et Toya.

-Et si vous nous expliquiez ? proposa-t-il.

-Vous expliquer quoi ? demanda Toya d'un ton dégagé.

-Le fait que Tomoyo s'est fait enlevée précisément au moment où nous étions là et que comme par hasard, c'est la notre qui a trinqué, répondit Kurogane en s'approchant lentement.

Son double cligna stupidement des yeux.

-On vous l'as déjà dis, dit-il au bout d'un petit moment. Ce ne serait pas arrivé si la votre n'était pas sortie !

Le samouraï pointa soudain son arme droit sur son coeur, une expression austère sur le visage.

-Commence pas à me gonfler, toi. La coincidence est un peu grosse, alors accouchez !

Toya soupira et considéra gravement le magicien.

-Très bien, je vais vous expliquer, dit-il. La vérité, c'est que j'avais... prévu que votre Tomoyo se ferait enlever.

Shaolan fronça les sourcils. Il n'aimait pas beaucoup Tomoyo, mais appréciait encore moins ce qu'il venait d'entendre. Depuis son divan, l'acteur avait eu un hoquet de surprise et considérait Toya avec incrédulité.

-L'homme que Tomoyo a... tué, reprit toya avec une grimace, était l'un de mes concurent. Je le soupçonnais depuis un moment déjà d'être derrière les tentatives d'enlevement de la fille adoptive de Kurogane que nous avions réussit à avorter.

-Adoptive ? s'étonna Shaolan.

-Bien sûr, rétorqua distraitement l'acteur sans quitter des yeux Toya, toujours abasourdis. Tu crois pas que je suis un peu jeune pour avoir une fille de cet âge ?

-Pourquoi ne pas l'avoir arrêté, dans ce cas ? demanda Fye sans se départir de son sourire.

-Je n'avais pas assez de preuve, répondit Toya en soupirant. Je ne pouvais pas non plus envoyer ma milice, les autorités n'auraient pas apprécié. Nous avons donc placé Tomoyo sous étroite surveillance, mais sans pouvoir mettre un terme à cette situation...

-Mais pourquoi vouloir l'enlever ? demanda Shaolan. Pour l'argent ?

Toya hocha la tête.

-L'argent, oui, mais pas seulement. Kurogane est une star mondiale ! L'homme le plus connu et le plus influent de ce monde !

L'acteur se rengorgea avec un sourire arrogant malgré sa stupeur d'entendre les aveux de son producteur. Son double émit un reniflement méprisant.

-Seulement il est de notoriété publique qu'il est fou de sa fille et qu'il ferait n'importe quoi pour elle, reprit Toya avec un sourire en coin.

Le samouraï grimaça. Cette seule idée lui donnait la nausée.

-En somme, en détenant Tomoyo, cet homme pouvait contrôler Kurogane, résuma Fye. Hyuuu, c'était un petit futé !

-Exact, approuva Toya. Puis vous êtes apparus... en voyant votre Tomoyo, je me suis rendu compte qu'il n'y avait aucune différence physique entre les deux et j'ai eu une idée...

-Vous arranger pour faire enlever notre Tomoyo... grogna Kurogane.

-Je comprends, murmura Shaolan. Vous comptiez sur elle pour régler leur compte à vos ennemis... Et c'est ce qu'elle a fait...

Fye secoua la tête tout en continuant de sourire et de gratouiller Mokona.

-Non, je ne pense pas. Mr Toya, vous ignoriez à ce moment qu'elle était aussi redoutable, n'est-ce pas ? Vous pensiez qu'elle ne différait pas plus mentalement que physiquement de la Tomoyo de ce monde, pas vrai ? Vous vouliez la livrer en pature à votre ennemi afin qu'il sorte de l'ombre et obtenir assez de preuve pour intervenir, je me trompe ?

Toya fixa Fye et se mit à pâlir. Il semblait tout à la fois impressionné et terrifié.

-Comment... comment avez vous...? begaya-t-il.

-Oh, j'ai toujours été bon pour résoudre les mystères, répondit Fye en souriant gentiment.

-Bref, Tomoyo faisait le parfait petit sacrifice, gronda Kurogane. Et vous espériez qu'on vous laisse faire sans réagir ?

-Comprenez-moi, vous ne sembliez pas spécialement attachés à cette Tomoyo !

-Ce que je comprends, c'est que vous l'avez mise en danger, intervint Shaolan. Et par conséquent, vous avez mis Sakura en danger...

-Je ne voulais pas... commença Toya.

-Mais vous l'avez fait, coupa Shaolan avec une grimace. Sakura considère Tomoyo comme son amie... Jamais elle ne l'aurait abandonnée...

Kurogane lui donna une tape bourrue sur l'épaule.

-C'est parce que c'est une fille bien, dit-il. Imprudente, mais pas du genre à laisser tomber ses amis.

Shaolan parvint à sourire faiblement. Il avait raison bien sûr. Sakura avait toujours été ainsi. Elle n'était finalement pas si différente de celle qu'il avait connu dans ce qui lui semblait être une toute autre vie.

-Mais puisque vous espériez que ce type enlève notre Tomoyo, pourquoi nous avoir interdit de quitter la villa ? demanda Kurogane en reportant son attention sur son double horrifié par les paroles d'un Toya qui n'en menait pas large.

-Vous avez fait capoter le plan initial, répondit Toya d'une voix creuse. Je voulais vous garder à l'abri des regards le temps de m'assurer qu'il tendrait un piège à Tomoyo en laissant filtrer des informations « confidentielles » sur une sortie moins protégée. Ensuite, j'aurais placé un émetteur sur votre Tomoyo et me serais arrangé pour qu'elle se fasse enlever. Il ne restait plus qu'à la localiser via l'émetteur...

Fye émit un long sifflement.

-Hyuuuuuu, vous espériez pouvoir placer ce genre d'objet sur notre Tomoyo ? Vous êtes bien téméraire !

-Stupide, je dirais... grogna Kurogane.

-Seulement, cet imbécile n'a pas réussit à vous retenir, poursuivit Toya avec un regard amer en direction de l'acteur qui poussa une exclamation outrée. Alors même que je prenais des mesures pour appâter Tanbaru, j'ai vu sur toutes les chaines de télévisions le reportage annonçant que Kurogane s'était fait tuer en plein jour, dans le centre-ville. Juste après, je recevais la demande de rançon et vous connaissez la suite...

Shaolan secoua la tête, incrédule. L'homme s'était tout simplement servit d'eux afin de parvenir à ses fins, n'hésitant pas à sacrifier l'une d'entre eux. Si jamais ç'avait été Sakura la fille de Kurogane dans ce monde, songea-t-il. Un frisson d'horreur à cette idée le parcourut.

-Mais tout s'est bien finit, pas vrai ? tenta Toya avec un sourire mal assuré. Votre Tomoyo a réglé le problème avec brio et tout est bien qui finit bien !

Sa voix manquait pourtant de conviction et en voyant l'expression du samouraï et de l'archéologue, il comprit qu'il ne les avait pas convaincus. Seul le mage souriait, mais avec lui, ça ne voulait pas dire grand chose.

-Si t'espère t'en tirer comme ça, mon vieux, tu te met le doigt dans l'oeil jusqu'à l'épaule, lança une voix glaciale qui les fit tous sursauter, Fye et Kurogane exceptés.

Tomoyo se dressait dans l'encadrement de la porte, Sakura à ses coté et l'autre Tomoyo derrière elles, légèrement en retrait. Shaolan fronça les sourcils. La jeune fille portait une robe noire flambant neuve. Vu ce qu'il avait vu de la Tomoyo locale, il eut la certitude que ce n'était pas une de ses robes. Il se rembrunit en comprenant ce qu'avait été ce paquet auquel Sakura s'était raccrochée tout du long.

Le visage de Toya s'était décomposé en voyant Tomoyo qui le contemplait froidement. Kurogane se tourna à demi vers elle, son sabre posé négligément sur son épaule et se fendit d'un sourire en coin.

-Enfin de retour, sale petite peste ? lança-t-il.

-Attends pas de remerciement, répliqua Tomoyo en approchant, suivit de Sakura et de son double.

Elle affichait pourtant un sourire identique. Tous deux se jaugèrent longuement du regard, puis hochèrent la tête, se comprenant parfaitement. Ils finiraient par régler leur comptes, mais pas ici, ni maintenant. Et il y avait désormais un respect nouveau dans leur façon de se regarder.

La fille de l'acteur posait sur Toya un regard horrifié.

-Comment...? demanda-t-elle avec incrédulité. Comment avez-vous pu...? Elle ne méritait pas ça...

-C'était pour vous protéger... marmonna l'homme en détournant le regard. Kurogane voulait à tout prix que je fasse quelque chose pour régler cette situation, mais lui-même n'est qu'un incapable!

L'acteur s'étrangla de rage.

-Alors ça, c'est la meilleure ! Vous m'avez toujours empêché de faire quoi que ce soit de ma propre initiative ! Toujours à me menacer pour que j'obéisse gentiment à vos ordres ! Je n'ai jamais voulut une chose pareille, alors n'essayez pas de me mettre vos conneries sur le dos !

-Menacé ? répéta sa fille en ouvrant de grands yeux. Qu'est ce que tu veux dire ?

-Hyuuu, s'amusa Fye. Laissez moi deviner, il vous tenait par la réputation, je me trompe ?

L'acteur lui lança un regard mauvais. De toutes évidences, le mage avait visé juste.

-Vous allez continuer à prétendre que vous ne lisez pas dans les pensées ? intervint Shaolan.

-Hélas, Shaolan, si j'avais ce pouvoir, j'aurais été capable d'éviter tout ceci.

Shaolan ne répondit pas. Il avait malgré tout un doute. Le magicien lui semblait toujours si distant... L'image d'un joueur d'échec lui revint en mémoire avec insistance. Bien malgré lui, il le pensait capable de laisser les choses suivre son cours.

Mais aurait-il vraiment été capable d'anticiper tout ce qui était arrivé ? Ca semblait impossible... Mais c'était un mage, non ? songea-t-il. Il disait ne plus avoir de pouvoir, mais...

-Qu'est-ce qu'on va faire de lui ? demanda Kurogane, coupant le fil des pensées de Shaolan.

-Hyuuuu, c'est Tomoyo qui à subit ses manigances, répondit Fye dont le sourire s'accentua. Pourquoi ne pas la laisser décider du châtiment qui convient ?

Toya pâlit affreusement et lança un regard terrifié à Tomoyo qui se fendait d'un sourire horriblement vicieux. La vision du cadavre mutilé de Tanbaru lui revint en mémoire. Il tomba à genoux.

-Vous pouvez pas faire ça, ce serait un meurtre ! s'écria-t-il d'une voix rendue aïgue par la panique.

-Et me livrer en pâture à tout une bande armée, c'était quoi ? Un service ?

-Pitié ! s'écria Toya en s'accrochant à la robe robe jaune vif que portait Sakura. Vous n'allez quand même pas la laisser me tuer ?

Sakura le considéra un moment, puis leva une petite mine suppliante vers Tomoyo. La jeune fille détourna le regard avec une moue boudeuse et émit une exclamation étouffée qui sonnait comme « tch! » Toya poussa un soupir de soulagement incrédule.

-Dans ce cas, je propose de laisser les autorité décider de son sort, reprit Fye avec son doux sourire.

-T'es sérieux ? demanda Kurogane en penchant la tête sur le coté tout en adressant un regard mauvais en direction de Toya. Tu comptes leur dire quoi ? Qu'il a comploté pour faire tuer le double de la fille de ce crétin afin de sauver sa Tomoyo ? Et je parles pas du massacre que la notre à fait...

La Tomoyo en question posa un regard mi-figue, mi-raisin sur le samouraï.

-Depuis quand je suis « votre » Tomoyo ?

-Ecrase ! beugla le samouraï. Faut bien s'y retrouver avec tout ces doubles !

-Mais il a raison, intervint Shaolan en ignorant les antagonistes qui commençaient à se crier dessus malgré Sakura qui tentait de calmer Tomoyo. On pourra difficilement expliquer la situation... De plus...

Il lança un regard en biais à la fille de l'acteur qui semblait toujours sous le choc.

-Je pense que ça ira pour lui, répondit Fye. Kurogane est également une victime, ou tout au moins un complice involontaire. Et puis, c'est l'une des plus grandes stars de ce monde... Avec sa popularité, je pense qu'il aura l'opinion publique de son coté.

-On va laisser Toya s'en tirer avec juste un peu de prison, donc... commenta sombrement Tomoyo.

-Tu as une meilleure idée ? demanda Kurogane.

-Oui, mais... elle lança un coup d'oeil à Sakura. Pas vraiment applicable...

Le samouraï se fendit d'un sourire, mais ne fit pas de commentaire.

-Alors c'est décidé, décréta Fye en se levant. Tomoyo, tu veux bien appeler les représentant de la loi de ce monde, s'il te plait ?

-D'où qu'elle me donne des ordres, la blondasse ?! s'offusqua la peste.

-Je parlais à Tomoyo, Tomoyo, répliqua Fye avec un sourire tout en posant une main sur l'épaule de la fille de l'acteur. Pas la peine de t'énerver.

La jeune fille croisa les bras sur sa poitrine et grommela pour elle même. Sakura émit un petit rire amusé pendant que la fille de l'acteur se dirigeait vers le téléphone, lançant au passage un regard méchant à Toya.

-

La suite des évênements s'était étonnament bien déroulée. Afin d'éviter toute complication, Fye n'avait pas évoqué les Dimensions parallèles lorsqu'il expliqua sa version des faits aux policiers. Il leur annonça tout simplement que Toya avait comploté pour qu'une sosie de Tomoyo se fasse enlever à la place de la « vraie », mais que la tentative avait échouée.

Les policiers furent étonnés de la ressemblance entre les deux Tomoyo, mais finirent par accepter l'histoire des sosies. Il n'avaient pas vraiment d'autres explications, de toutes façons. Toya se livra à des aveux. Fye lui avait clairement laissé entendre que dans le cas contraire, il s'arrangerait pour que Sakura n'empêche pas Tomoyo de s'occuper de lui. Le témoignage du Kurogane local acheva de les convaincre.

Finalement, ils avaient emmenés le producteur déchu, laissant les voyageurs et leurs hotes à la villa. Kurogane les rejoignis dans le salon. Il était resté hors de vue afin de ne pas soulever de questions gênantes.

-Et une fois qu'ils auront visités la villa de l'autre type ? demanda-t-il. Ca va encore faire des histoires, tout ça...

-Nous serons loin à ce moment là, j'espère, répondit Fye. Après tout, nous avons récupéré la plume de Sakura et Tomoyo. Nous en avons finit avec ce monde.

-Pas trop tôt ! grogna Kurogane. Je supporte plus cette Dimension.

La fille de l'acteur eut une moue peinée.

-Dommage que vous partiez si vite...

-Notre présence serait trop problématique, répondit Fye. S'ils te posent des questions sur ce qui s'est passé à la villa de Tanbaru, dis leur la vérité : tu n'étais pas présente et tu ne sais rien ! Je ne pense pas que tu sois accusée de quoi que ce soit

-Si c'est le cas, continue avec la vérité, ajouta Tomoyo. Dis leur que c'est moi qui les aient tous tués.

La jeune fille hocha tristement la tête.

-Est-ce que ça ira pour toi ? demanda Shaolan. Que vas-tu faire, maintenant ?

-Des robes ! s'exclama Tomoyo qui avait tout à coup retrouvé toute son énergie.

-Des robes ? répétèrent les voyageurs d'une même voix pendant que son père souriait avec indulgence.

-Oui, pleins de jolies robes ! Je vais ouvrir un atelier de confection !

-Je suis sûre que tu aura plein de clientes ! intervint Sakura d'un ton joyeux.

-C'est grâce à toi, Sakura ! s'écria la jeune fille en lui prenant les mains. Tu m'as tellement inspirée !

Son double roula des yeux, supportant difficilement de se voir si gnangnan alors que Mokona sautait sur les deux jeunes filles pour réclamer des calins.

-Je propose que l'on parte demain matin, reprit Fye. La journée à été vraiment longue...

Tous hochèrent la tête dans un bel ensemble, puis se séparèrent pour regagner leur chambre respectives. Sakura et Tomoyo suivirent le double de cette dernière dans sa chambre. La peste installa le futon qu'elle utilisait par terre.

-Je vais me changer, annonça Sakura en sortant. A tout à l'heure.

Les deux Tomoyos hochèrent la tête d'un même mouvement. La peste s'assit sur son futon avec une mine boudeuse pendant que la fille de l'acteur l'observait attentivement. Elle finit par sauter au bas de son lit pour s'asseoir a coté d'elle.

-Faut qu'on discute ! lança-t-elle joyeusement.

-A quel sujet ? demanda Tomoyo d'un ton laissant clairement entendre qu'elle n'était pas d'humeur.

-Sakura... Tu lui as vraiment fais beaucoup de peine, tu sais... répondit son double d'une voix accusatrice.

La peste lui lança un regard mauvais.

-Et alors, tu l'as consolée, non ? rétorqua-t-elle d'un ton amer.

La fille de l'acteur se fendit d'un sourire triste.

-J'ai essayé, mais ce n'est pas à moi de le faire.

-Qu'est ce que tu veux dire ?

La jeune fille roula des yeux avec emphase.

-Je veux dire que même si on a le même corps, on est complètement différente et que je ne peux pas te remplacer ! Depuis que tu es là, je t'ai toujours vue agir froidement envers Sakura, mais pour une raison qui m'échappe, elle tient énormément à toi ! Elle te préfère à moi, même si elle reconnaît que je suis plus gentille ! Alors arrête de faire cette tête d'enterrement et bouge toi un peu le derrière pour être un peu plus aimable, parce que si jamais tu lui fais encore de la peine...

La peste, qui l'avait considéré jusqu'ici avec surprise, se fendit d'un sourire mauvais.

-Tu compte me faire quoi, au juste, si je lui fais de la peine ? Me tuer ?

-J'en suis incapable et tu le sais aussi bien que moi, répondit Tomoyo avec un sourire méchant, mais du genre mignon. Non, je me contenterai de te forcer à porter une des mes jolies robes. J'en ai justement une vraiment très mignone avec plein de rubans et de noeud, tu serais adorable dedans !

La peste pâlit légèrement.

-T'oserais pas...

-Oh que si !

Elles se jaugèrent du regard un long moment, sans prononcer un mot. La porte se rouvrit sur une Sakura en pyjama rose, offert par la fille de l'acteur, et visiblement de bonne humeur. Tomoyo se leva et retourna s'installer dans son lit sous le regard étonné de la princesse de Clow.

-Un problème ?

-Non, on discutait juste, pas vrai Tomoyo ?

La peste ne répondit pas et se coucha. Sakura la regarda faire avec une petite moue, puis rejoignit la fille de l'acteur dans son lit. Depuis leur arrivée, Tomoyo avait insisté pour qu'elles dorment ensemble afin de pouvoir papoter tranquillement. La peste, pour sa part, avait refusé bec et ongle de les rejoindre malgré l'insistance de son double et s'était installée un futon.

Allongée dans la pénombre, Tomoyo fixa le plafond. Elle repensait à ce que lui avait dis son double, mais aussi aux paroles de Sakura lorsqu'elle l'avait giflée. Toute cette gentillesse, toute cette douceur... cela faisait resurgir en elle des souvenirs bien amers.

Pouvait-elle avoir droit à un semblant de bonheur, elle aussi ? En dépit de tous ses crimes, avait-elle le droit de sourire avec la même insouciance de Sakura ? Elle était convaincue que non. Les rares fois où elle avait pensée être heureuse, elle n'avait attiré que le malheur et la mort.

Sa main remonta au creux de sa poitrine, cherchant instinctivement son médaillon qu'elle avait abandonné. Chaque fois que le destin lui avait donné quelque chose, c'était pour mieux le reprendre avec des intérêts décuplés. Si elle repoussait Sakura, c'était pour son bien autant que le sien. S'attacher n'apportait que douleur, elle ne pouvait laisser l'histoire se répéter une fois de plus.

Elle sursauta en sentant une main se poser sur la sienne. Tournant la tête sur sa gauche, elle distingua la silhouette de Sakura qui s'allongea sans un mot à ses cotés. Bien qu'elle ne voyait pas son visage dans l'obscurité, elle devinait sans peine son doux sourire. Il irradiait une chaleur agréable, apaisante.

Ai-je aussi le droit d'aimer ? se demanda à nouveau Tomoyo avec tristesse. Ai-je le droit d'avoir une amie ?

Aucune réponse ne lui vint. Sakura s'était endormie à ses cotés. Elle entendait sa respiration régulière et sentait son souffle léger. De nouveau, cette sensation étrange l'envahit. Une douce chaleur qui se répendait en elle sans pour autant la consumer. Ni flammes dévastatrices, ni cendres. Juste un petit feu doux et calme. Une chaleur apaisante, comme un feu de bois en plein hiver.

Sans vraiment y penser, elle serra la main de Sakura dans la sienne et posa son front contre le sien. Refoulant ses larmes, elle ferma les yeux et s'endormit à son tour.

Depuis son lit, Tomoyo sourit joyeusement en observant les deux silhouettes aux contours indistincts.

-

Dans un autre monde, la Sorcière des Dimensions sourit doucement. Devant elle, un pendentif en argent avait retrouvé son éclat initial.

-Alors elle est... guérie ? demanda Watanuki.

Yuuko le regarda un instant, puis sourit d'un air malicieux.

-Tu n'as toujours pas compris, pas vrai ?

-Dans ce cas expliquez-moi ! répliqua Watanuki avec embarras.

Amusée, elle s'approcha de son serviteur en lui donnant quelques coups de doigts moqueurs dans l'épaule.

-Tu n'es pas très vif, dis moi...

Elle reporta son attention sur le pendentif, ignorant Watanuki qui boudait.

-Qui sait... peut-être aurons nous la chance de voir un jour sa véritable apparence ? murmura-t-elle.