... Est-ce que je peux demander grâce? Clémence? Merci? S'il vous plaît, ne me pendez pas par les pieds dans votre cave pour vous servir de moi comme d'une piñata... Je vous assure que finir cette histoire est quelque chose qui me tient beaucoup à coeur, mais malheureusement, la vie non-internetale a tendance à s'inviter chez moi, me foutre son pied dans la gueule, battre mon ordinateur avec une chaîne en acier avant de le jeter dans le canal, une pierre accrochée autour de son frêle petit corps.
Suite à quoi, elle m'attrape par les cheveux et me traîne sans me demander mon avis hors de ma chambre, et m'oblige à travailler... ou à avoir une vie sociale... ou à passer mes examens... Autant de choses horribles et traumatisantes que je refuserais aussitôt si cette foutue Vie Réelle n'avait pas un pistolet contre ma tempe.
Bref, je m'excuse platement, et j'espère que je n'ai pas déçu trop de monde de façon indéfinitive... Vous en verrez la fin, c'est une promesse!
House
Wilson n'eut pas le temps de nous faire part de sa magnifique découverte, parce que la porte du salon s'ouvrit brusquement à ce moment là. Un homme engoncé dans un uniforme de je-ne-sais-quoi se mit au garde-à-vous à la vue de Mycroft et parla à toute vitesse :
"On demande votre assistance à Scotland Yard, Monsieur."
"Pourquoi ça?" demanda aussitôt Mycroft. "Pourquoi à cette heure de la nuit?"
"On ne m'a pas donné cette information, Monsieur."
"Que vous a-t-on donné comme information, dans ce cas?"
"J'ai reçu les ordres de vous ramener au plus vite à Scotland Yard, Monsieur. C'est tout, Monsieur."
Mycroft jeta un regard indéchiffrable à son petit frère, qui, lui, le regarda d'un air presque farouche. Mais pour une raison qui m'échappa complètement, aucun des deux ne dit rien, ce qui me conforta dans mon idée que ces deux là avaient plus besoin de thérapie familiale que moi. Mycroft suivit docilement le garde à l'extérieur, refermant la porte derrière lui.
Je clignais un moment des paupières avant de me tourner vers Holmes.
"Je peux savoir ce qui s'est passé?"
Il haussa les épaules.
"Mon frère a une position importante au gouvernement. Cela ne m'étonne en rien qu'on demande ses services lorsqu'il se passe de pareils événements."
A nouveau la porte s'ouvrit sans préavis.
"On ne sait pas frapper aux portes à votre époque?" grognai-je en voyant entrer un page à l'air gamin.
Il me jeta un regard effrayé avant de se tourner vers Holmes.
"Monsieur m'a dit de vous prévenir : ne faites confiance à personne et n'ouvrez à personne."
Ha, grandiose. On se serait cru dans un de ces blockbusters au cinéma. Il manquait plus que la brigade de déminage et Bruce Willis sautant d'un avion en feu.
"Message reçu," dit simplement Holmes alors que je m'occupais à rouler expressivement des yeux.
Le garçon ressortit aussitôt en on entendit ses pas diminuer dans le couloir.
Wilson
J'ouvris brusquement les yeux. Il faisait nuit noire et les rideaux étaient tirés sur les rayons de lune ; je ne voyais absolument rien. Mais j'entendais clairement ; des bruits de pas, des bruissements et des bruits de tiroirs.
Quelqu'un était en train de fouiller la pièce d'à côté.
Mon cœur s'arrêta de battre un moment alors que les mots de Mycroft résonnaient dans mon crâne : "Ne faites confiance à personne, et n'ouvrez à personne." Je n'avais définitivement ouvert à personne, House était en train de dormir sur un sofa, et Watson… Etait pour le moins incapacité. La conversation qu'on avait eu quelques moments plus tôt me revint à l'esprit :
-Wilson, qu'avez-vous trouvé? demanda Sherlock Holmes.
-De quoi? fit Wilson, pris au dépourvu.
-Pour Watson! cria House, énervé.
-Oh… Je crois que c'est la peste.
Il y eu un silence assourdissant, pendant lequel House sembla examiner chaque centimètre carré du corps de Watson et Holmes garda un visage absolument impassible, avant de demander finalement :
-Ce n'est pas… contagieux?
-Pas du moment qu'il ne vous crache pas ses poumons à la figure, ou que vous ne vous amusez pas à boire son sang, répondit House.
-Mais pourquoi ce Cyanide voudrait-il contaminer la population avec la peste, si ce n'est pas contagieux? Quel est son but?
House et Wilson avaient échangé un regard impuissant, et Holmes s'était mis à faire les cent pas dans la pièce, perdu dans ses pensées.
Je déglutis nerveusement, me redressant tout doucement pour éviter de faire grincer le fauteuil dans lequel je m'étais endormis à peine une heure plus tôt. Je jetais un coup d'œil à la forme endormie de Watson un peu plus loin, regardant un moment sa poitrine se soulever au rythme de ses respirations laborieuses, puis tournais mon regard vers la silhouette de House, affalée dans un canapé à l'autre bout de la pièce. Holmes n'était pas avec nous, mais je doutais qu'il s'amuse à fouiller les affaires de son grand frère avec autant de ferveur que la personne dans la pièce d'à côté semblait posséder.
Je devais faire quelque chose… au moins essayer de voir qui c'était. Je me levais et fis quelques pas furtifs à travers la pièce, posant au passage nue main sur le front de Watson qui était toujours aussi chaud, et j'ouvris tout doucement la porte et sorti sur le pallier.
La porte d'à côté était ouverte, et la lumière d'une bougie tenue à la main dansait sur les murs que j'entrevoyais à travers l'ouverture. Prenant mon courage à deux mains parce que je n'avais pas d'autre choix, je poussais la porte avec une lenteur douloureuse, faisant bien attention à ne pas faire le moindre bruit qui pourrait alerter l'étranger… Et me trouva face à face avec un homme qui me perça du regard.
Je poussai un cri et sursautai si violemment que je me retrouvai plaqué contre le mur derrière moi en un bond.
"La ferme!" chuchota House, levant sa bougie un peu plus haut pour m'inclure dans sa lumière. "Qu'est ce que tu fabriques, à m'espionner comme ça?"
Il me fallut plusieurs secondes pour reprendre mon souffle et calmer mon rythme cardiaque, les yeux écarquillés sur House. La silhouette endormie sur le canapé devait donc appartenir à Sherlock Holmes…
" P-pourquoi… Pourquoi tu… Qu'est ce que tu fabriques dans cette pièce?" bredouillai-je finalement. "Ca va pas? Pourquoi tu vas fouiller dans les affaires de Mycroft en plein milieu de la nuit? Tu m'as foutu une trouille bleue!"
"J'ai remarqué, ricana House. Tu devrais vraiment travailler à contrôler ton stress, tu sais," ajouta-t-il avant de faire demi-tour et de retourner dans la pièce.
"Tu es la principale cause de mon stress," marmonnai-je avant de le suivre. "Tu ne m'as pas répondu : je peux savoir ce que tu fais?"
La pièce que je venais d'entrer était visiblement un bureau, avec une grande table en bois massif en face de moi, dont House avait apparemment ouvert et éventré chacun des tiroirs. Elle était recouverte de piles de dossiers tous soigneusement fermés et sans une seule feuille qui ne dépasse, et d'objets étranges et bizarres dont un globe terrestre miniature qui semblait avoir été sculpté dans de l'ambre et recouvert d'espèce de paillettes vertes.
Deux murs sur quatre étaient recouverts d'étagères contenant un nombre incroyable de livres dont certains étaient enfouis sous des tonnes de poussières et ne devaient pas avoir été touchés depuis des décennies. D'autres avaient l'air en bon état, et d'autres encore étaient étalés aux quatre coins de la pièce, là où House les avait de toute évidence parcouru à la recherche de… quelque chose.
House posa sa bougie sur la table et pris un papier qu'il entreprit de lire avec attention.
"Qu'est ce que tu cherches?" répétai-je, m'approchant de lui.
"Je sais pas, me répondit-il évasivement. Quelque chose qui puisse nous aider."
"Nous aider à quoi, exactement?"
"A… Quelque chose. Mycroft fait partie du gouvernement, et lui et son petit frère adoré ont déjà décrété que toute cette débâcle avait été orchestrée par quelqu'un du gouvernement, non? Si tu veux mon avis, Monsieur M. Holmes n'est pas entièrement honnête avec nous. Il en sait beaucoup plus sur tout que ce qu'il dit."
Je levais un sourcil dubitatif.
"'Tout"?" répétai-je. "Tu veux dire tout, tout?"
"Tout."
"Je vois. Tu crois que le gouvernement Victorien du 19e siècle a quelque chose à voir avec notre voyage dans le temps."
House se tourna vers moi et me jeta un regard mauvais, sentant que je me moquais de lui.
"Non, Wilson, je ne crois pas qu'ils aient quelque chose à voir là dedans. En revanche, je pense qu'ils possèdent des informations qu'ils ne veulent pas nous donner."
Je grimaçais.
"C'est donc ça. Tu te contrefiche de ce qui se passe ici, tu veux juste t'en aller. J'aurais pensé que ce Cyanide t'aurais donné le puzzle ultime et que tu aurais tout fait pour résoudre cette histoire, mais tu veux juste fuir le plus vite possible."
House plissa les yeux. Son regard mauvais se transforma en mépris.
"Tu sais quoi, Wilson?" me chuchota-t-il en faisant un pas vers moi. "D'après ce que je me rappelle de leurs livres, ni Holmes ni Watson n'ont jamais eu besoin d'aide pour résoudre leurs cas tous seuls. Je voulais bien les suivre pour quelques temps, mais au cas où ça t'aurais échappé, en une seule journée nous avons failli perdre la vie plus de fois qu'en toute ma vie. Alors oui, je veux rentrer chez moi, en Amérique, dans mon appartement avec mon chauffage central, et les laisser se démerder tous seuls comme des grands du pétrin dans lequel ils se sont mis."
Je me mordis les lèvres, nerveusement. House leva les yeux au ciel.
"Oui, je sais, James Evan Wilson, docteur en oncologie et Chevalier Blanc pendant ses heures perdues, veut rester et aider les pauvres âmes en détresse."
"Watson est en train de mourir de la peste," lui rappelai-je.
"Tu as quoi que ce soit pour vérifier ta théorie? Je te fais moitié confiance quand il s'agit de diagnostiquer des cancers, alors tu peux imaginer à quel point j'adhère à ton diagnostique en ce moment. Maintenant, soit tu m'aides à déchiffrer ce qu'il y a d'écrit sur ce foutu papier, soit tu retournes dormir et chanter des berceuses à Watson."
Il me tendit le papier que je jaugeais un moment du regard, avant de me déclarer vaincu. Je ne pouvais rien faire pour le moment ; la peste à cette époque, n'avait pas de remède. Encore moins une peste qui avait été modifiée par une espèce de savant fou qui s'amusait à contaminer les gens au hasard dans la ville la plus peuplée du monde.
La papier en question était une lettre adressée à Mycroft Holmes. L'écriture était très, très fine, et exagérément penchée ; et l'encre elle-même était presque de la même couleur que le papier. House avait des yeux bien moins efficaces que les miens, mais je pouvais déchiffrer les mots en faisant un petit effort.
Je lus la lettre et fis une grimace.
"Ca parle de l'Irlande," dis-je. "D'une conspiration. Il n'y a rien d'écrit en détail, et on dirait que la moitié est écrit en code... Mais d'après ce que je vois là, Mycroft fait partie d'un mouvement qui veut renverser le pouvoir en Irlande."
"Vous faites erreur," fit une voix grave derrière nous.
House et moi sursautâmes et nous retournâmes brusquement. Nonchalamment appuyé contre l'encadrure de la porte, Sherlock Holmes observait calmement le désordre complet dans lequel nous avions mis le bureau de son frère.
