Yoh les gens!
Mon graphique marche plus depuis début décembre donc je sais pas vraiment si vous êtes encore là, enfin si je sais au moins pour les follows, favourites et les reviews XD reviews auxquelles j'ai même pas encore pris le temps de répondre d'ailleurs, ça craint je suis vraiment désolé, je le fais dès que je poste ce truc!
Enfin je réponds aux guests ici quand même X3 (logique vous me direz =w=) :
Leyana: Ahah je le savais tu es de type S! Xd Ouais c'est vrai que ça change, c'est limite irrationnel en fait et si c'était juste un rêve de Eren? hinhinhin...
Habbocea: Oh heuu ouah je m'y attendais pas ahah, ça me fait vraiment super plaisir ce que tu dis merci merci c'est trop gentil X3 c'est cool que quelqu'un pense tout ça de cette fiction, merci à toi de l'aimer et de m'avoir dit toutes ces choses gentilles! 8D
Erwin Eyebrow: Oooooh coucou! Je suis super contente de te revoir par ici! La fatigue est une très bonne excuse je trouve Xp Ne t'inquiètes pas, je suis très heureuse de savoir que tu es encore là et que aimes toujours en tout cas! Bon courage pour ton travail et Noël et tout^o^
Voili-voilou, et ce chapitre est long lui aussi, ça va faire bizarre si je retombe dans du plus court après...J'ai pas trop eu le temps d'écrire dernièrement alors j'ai cru que je ne le finirais jamais à temps ahah (et même pour poster, il est plutôt tard) mais je me suis bien amusée à faire des recherches pour la partie hôpital mais après je sais pas si c'est intéressant pour vous mais tant pis X) Enfin bref!
Allez Bonne lecture~!
Chapitre 10 :
J'ai pas d'argent pour payer le taxi, et Livai, non plus puisque je l'ai embarqué sans tarder. Du coup, on se retrouve à pieds pour au moins trois-quarts d'heures de marche puisque je me sens pas à courir encore une fois, ni même à demander une telle chose à Livai... Et donc, on a l'air fin en pleine nuit à marcher sous la neige au bord des routes ou à travers les rues presque vides, parfois complètement, surtout dans les ruelles que j'utilise comme raccourcis. En ajoutant que je porte un simple sweater et jeans troué, que Livai est toujours en tenue militaire, et qu'on est encore main dans la main. Oui, je ne l'ai pas lâchée, je sais pas si c'est dans une sorte d'inquiétude irrationnelle qu'il puisse s'éloigner à nouveau ou si c'est juste que j'aime lui tenir la main, seul point chaud dans cet air glacial... Je crois que je préfère ne pas trop y penser. Après tout, Livai ne s'est toujours pas délivré de mon emprise non plus, même qu'une fois il presse imperceptiblement ma main du bout de ses doigts. À moins que j'ai halluciné, je ne sais pas trop, je me sens totalement lessivé après une telle journée...
La lumière des lampadaires et de la ville donnent un drôle d'effet autour de nous et pour rester assez alerte malgré la fatigue et le froid, je me mets à parler sans réfléchir :
« Tu trouves pas que ça a un côté joli ? Le ciel pollué est orange et semble cotonneux et même les flocons ressemblent à des étincelles. Ça rend la neige plus chaleureuse... »
« C'est de l'auto-persuasion gamin ? » raille Livai instantanément, entre deux respirations vaporeuses.
« Pff tu sais pas être poétique. » réponds-je en sentant monter un sentiment d'embarras qui me piquent les joues à travers le froid.
« Tu veux dire romantique. »
« Arrête de me reprendre sur tout ce que je dis pour le transformer en truc embarrassant ! » m'exaspère-je dans un gémissement affligé.
« Alors arrête de parler pour dire des trucs bizarres et avance. »
Je soupire mais me tais finalement, trop éreinté pour me battre. J'essaye de me concentrer sur le chemin le plus court à prendre, sans me perdre puisque la nuit les décors changent, tout en essayant de faire abstraction de mon cœur qui ne se calme pas depuis tout à l'heure, et de la neige qui tombe toujours pour nous mouiller et nous frigorifier. Et j'essaye de ne pas trop prêter attention à la douleur qui me transperce la poitrine à chaque respiration. Aussi, je jette des coups d'œil fréquents à Livai qui ne quitte pas nos mains enlacées des yeux, l'air pensif. J'allais lui demander si ça va, notamment pour briser la glace -c'est le cas de le dire- mais je me rends alors compte qu'il tremble et claque des dents, ce qui me fait vite dériver dans mes propos et paniquer de le voir comme ça, donnant une bouillie du genre :
« Est-ce qu- Hein ? Li-Mais tu es frigorifié, Livai ! Ah Attend, ne bouge pas ! »
Et comme je lâche sa main, il relève la tête pour m'observer pendant que je me débats les bras en l'air, essayant de me sortir la tête de mon sweater. Ça me coupe totalement le souffle, une douleur aiguë me transperce de part en part mais j'étouffe mon gémissement dans le tissu et me mords violemment la lèvre pour me distraire de mes autres blessures. Je finis par y arriver les cheveux encore plus en bataille et le visage tout rouge par l'effort. Et alors qu'il recule d'un pas en ouvrant la bouche pour certainement dans l'idée de se rebiffer, je lui enfile le vêtement sur la tête sans aucune cérémonie. OK c'était stupide, il a l'air d'un saucisson avec les bras contre le corps et il a les cheveux aussi en bataille que les miens maintenant. Il regarde le résultat des manches vides et ballantes ainsi que son entrave puis relève la tête avec un regard furieux :
« Sale gosse mais qu'est-ce que tu fous ? » grogne-t-il mais j'ai du mal à le trouver crédible dans cette situation et immanquablement, je me mets à éclater de rire.
Et pour me remercier de cette attention, Livai me donne un coup de pied dans le tibia, ce qui me fait immédiatement oublié la douleur dans mon thorax. Mais merde ça fait super mal, ça me fait un électrochoc dans l'os et je me mets à sauter stupidement à cloche pied en me frottant la partie douloureuse, manquant de tomber en arrière. Mais je me rattrape in extremis et me mets à frissonner violemment dans mon pauvre T-shirt à manches longues, évidemment trop fin. Comment a-t-il pu supporter ça si longtemps ?
« Tssk t'es vraiment qu'un gamin ! Avant de jouer au prince, essaye de prendre un peu soin de toi. » fait Livai avant de s'extirper souplement de mon sweat pour me le jeter à la figure. « Renfile-moi ça et sans l'ouvrir ! » me défie-t-il de protester avant de finir : « Ou cette fois c'est dans le cul que tu te prends mon pied. »
OK je veux pas essayer et entreprends le sens inverse dans le vêtement. Tout en grommelant quand même, obstiné :
« Mais c'est ma faute si tu es dehors dans cette tenue par ce temps... »
« Ça va, si je l'aurais pas voulu, je t'aurais frappé depuis longtemps pour que tu me lâches. Maintenant redonne moi ta main, c'est toujours ça de chaud. »
C'est con et désespérant mais je me sens rougir et remercie l'absence de lampadaire à cet instant pour lui cacher ça. Sauf qu'une voiture passe au loin et ses phares nous éclaire un instant, et il ne manque pas de remarquer mon état, à mon plus grand malheur. Il renifle sarcastiquement :
« Tch, au moins tu dois avoir une meilleure endurance au froid comme ça... »
Je ne réponds rien et grogne juste en reprenant sa main et le tirant à nouveau en m'engouffrant dans une ruelle, que j'identifie comme une jonction à une route principale proche de chez nous.
Heu, chez nous ?
Est-ce que c'est une bonne idée de nommer ça comme ça ? Mon palpitant semble me dire oui en sautillant joyeusement dans sa cage. Je jette un autre coup d'œil à Livai qui est légèrement en arrière, la tête à nouveau baisser alors que les flocons s'accumulent sur sa tête nue. J'ai un pincement au cœur alors que je me mets à culpabiliser, songeant que j'aurais dû au moins penser à le laisser reprendre son manteau. J'ai envie de lui présenter mes excuses. Mais pas que pour ça en fait, aussi pour la dernière fois, la raison pour laquelle il s'est enfui. Pour retourner dans cet endroit où un maniaque fier et méfiant comme lui s'exhibe et se déhanche devant un parterre d'hommes et femmes avides. Une sensation glacée s'écoule dans mes veines et me donne un long frisson qui ne lui échappe pas. Je sens dans mon dos que Livai relève les yeux et les pose sur ma nuque.
« Pardon... » chuchoté-je alors sans pouvoir le retenir plus longtemps dans ma gorge nouée.
Je ne pensais pas qu'il m'entendrait et pourtant il se met à soupirer lourdement avant de me répondre :
« Laisse tomber, gamin. Après tout, j'ai ma part de fautes dans cette histoire. Oublions ça. »
« Mmh... » soufflé-je alors que mes dents restent serrées d'accablement.
« Plus important, qui t'a fait ça ? »
« Quoi ? »
« Tssk, tu es au courant que tu as un bleu titanesque qui a viré au violet-jaune à la tempe ? Sans parler de ta lèvre suintante... » enchaîne-t-il avec une pincée de dégoût dans la voix.
« Ça va, c'est trois fois rien... » marmonné-je.
Oh merde, à ce point-là ? Ça a dû s'infecter depuis la dernière fois que je me suis vu dans un miroir... Je lâche un grognement de douleur en essayant d'étouffer un cri lorsque Livai m'agrippe brusquement le bras. La vache, ça fait un mal de chien !
« C'est bien ce que je pensais, tu t'es fait passer à tabac ! C'est quand même pas ton pote là, avec qui tu te frites tout le temps ? Sinon ça dépasse largement les bornes là ! » dit-il en me toisant d'un regard sévère.
« Non c'est pas lui, mais lâche moi ! » m'écris-je en me dégageant de sa prise et je m'étonne moi-même en vacillant légèrement, ma tête résonnante. « Ce- C'est pas lui, mais c'est rien, c'est réglé... »
« Hin, ouais ça m'a l'air totalement réglé en effet. » lâche-t-il, acerbe « Vu ton état, c'est pas toi qui a gagné ! »
« J'y peux rien, j'avais très bien géré jusqu'à ce qu'un de leur pote arrive sans prévenir, tout frais et dispo, avec une barre de fer ! »
« Tssk, décidément tu es trop crédule Eren. » soupire-t-il et mon cœur fait le saut de l'ange alors que je le regarde avec de grands yeux. Ça ne lui plaît pas apparemment car il grogne « Quoi ? »
« N-Non, rien, c'est juste que... ça fait deux fois que tu m'appelles par mon prénom sans que ce ne soit une menace... » marmotté-je légèrement honteux d'avouer l'effet que ça me fait.
« Quoi, et c'est ça qui te perturbe ? Tu es sûr d'être un mec, gamin ? »
« Oh ça va hein ! »
Et j'allais continuer pour dire encore une tonne d'âneries sans réfléchir, je n'en doute pas, mais il m'attrape l'autre bras cette fois et comme je souffle sous le choc il appuie sa main libre sur mes côtes, me faisant siffler de douleur. Merde c'est insoutenable, en plus du froid mordant je ne me sens pas capable de serrer des dents sans réagir.
« Va falloir que tu passes à l'hôpital, morveux. Tu t'es bien fait exploser. »
« Ça va je sais, ta gueule ! » m'écris-je agacé qu'il appuie là où ça fait mal, dans tout les sens du terme.
Puis je réalise que je viens de creuser ma tombe et de m'asseoir dedans en levant un pouce approbateur pour que l'on m'enfouisse de terre. Oh merde, ce que j'ai pas dit encore !
« Heinnn ?! » s'agace-t-il à son tour en se crispant, et je pressens que je vais passer un sale quart d'heure.
Sauf que je me sens pas à supporter un combat contre Livai là, tout de suite, et alors qu'on se fait face, je soupire lourdement en laissant ma tête tomber sur son épaule, ce qui le pétrifie de surprise. Sûrement que le froid joue en ma faveur, il y a longtemps que je me serrais pris un coup de genoux dans l'estomac sinon, j'en suis certain.
« Livai, s'cuse j'en peux plus... S'il te plaît rentrons juste. » marmonné-je sans lever la tête, sentant juste à quel point il tremble terriblement et moi aussi.
Alors en signe d'assentiment, il passe une main aérienne dans mes cheveux mouillés et je laisse échapper un léger soupir d'aise.
« Pourquoi étais-tu à la rue ? » lâché-je avant même de m'en rendre compte.
Il est vrai que cette question me brûle la gorge depuis le tout début...mais à quoi je pense de sortir ça maintenant et sans prévenir ?
« Faut-il vraiment que tu le saches ? C'est si important que ça ? »
Non. Peut-être pas en fait. Mon regard ne changera pas pour autant. Mais je veux tout savoir de lui. Merde pourquoi d'abord ? Je soupire une énième fois et, ma tête toujours sur son épaule, je l'enveloppe de mes bras alors qu'il se tend, puis je souffle avant d'en avoir conscience une fois de plus :
« Tu étais tellement beau sur scène... »
« Je ne ferais rien à un mineur. » lance-t-il du tac-au-tac, catégorique.
« Mais c'est pas ce que je voulais dire ! » m'empourpre-je en relevant le tête pour le regarder.
Il est proche, j'ai le dos légèrement voûté pour être à sa hauteur alors que nos nez se frôlent presque, même si il recule sa tête comme il peut dans mon étreinte.
Et d'ailleurs, qu'est-ce que ça veut dire ? Cette « Rico » a dit quelque chose de similaire...
Sauf que je n'arrive définitivement pas à penser correctement là : j'ai froid, mal, faim aussi, je le réalise soudainement. Et puis ses yeux ne lâchent pas les miens, ce qui me fait définitivement oublier mes préoccupations. Et sûrement qu'il y lit toutes les émotions qui passent sur mon visage mais je m'en fiche et le regarde de la même manière, même si je ne peux jamais rien lire dans ses yeux à lui. On se jauge ainsi sans bouger et peut-être qu'au final ça n'a duré que quelques secondes avant qu'il ne réponde calmement de sa voix grave :
« Alors lâche-moi. »
« Non. Je suis bien là. » et je laisse tomber ma tête à nouveau, réprimant l'envie de lover mon visage dans le creux de son cou et d'inspirer à fond.
« Tu voulais pas rentrer ? » s'étonne-t-il simplement.
« ... »
Ouais je veux, parce que j'ai froid. Mais je veux profiter de ma chance tant qu'il me laisse l'approcher comme ça. Enfin, puisqu'il me pousse délicatement -c'est sûrement à cause de mes blessures qu'il m'épargne comme ça- et reprend ma main, je suppose que ma chance n'est pas tout à fait épuisée pour l'instant. N'empêche, ça me fait bizarre de voir Livai aussi...doux et coopératif.
Le froid serait donc définitivement son point faible... ?
Lorsqu'on est enfin rentré, je me prends déjà un savon pour ne pas avoir pensé à fermer la porte à clé. Livai m'accuse même de ne jamais penser à le faire. En effet, mais je ne le lui avouerais pas et puis il ne m'est jamais rien arrivé alors quoi, on s'en fout. Ensuite, c'est pour avoir laisser mes fringues pleines de poussières et de sang gésir sur le sol de l'appart' dans le style Petit Poucet jusqu'à la salle de bain. OK c'était aussi plein de neige et, ayant fondu, il y avait de l'eau partout mais franchement ça pouvait attendre demain pour nettoyer !
Ensuite il remarque Petit Chien qui trottine vers nous encore ensommeillé, et il grommelle quelque chose qui ressemble à « Il est encore là, ce putain de fléau ? ». Moi je sens la couleur de mon visage se faire la mal. Merde, vaut mieux pas qu'il sache que je l'ai gardé puisqu'il était parti, il va prendre ça pour un "remplacement". OK c'est un peu ça au fond mais il est pas obligé de le savoir...
Une fois ces désagréments passés, je laisse Livai prendre une douche en premier, le temps que je réchauffe le plat de pâtes à la carbo abandonné sur le plan de travail. J'en profite aussi pour reprendre un médoc, voir deux ou trois, contre la douleur. Je remarque alors mon téléphone à côté et je parcours mon journal. Il y a plusieurs appels manqués, que je zappe... Et ensuite les sms : ceux qui datent de quand on m'attendait à la sorti du Shina's soit deux de Armin inquiet, trois de Jean qui me menace en me sommant de me bouger et cinq de Mikasa en total panique. Puis un dernier qui date d'une demie heure. De Armin aussi, qui me demande si je suis bien rentré et si ça va. Je souris et le rassure rapidement avant d'aller chercher une couverture dans laquelle m'enrouler. J'enlève d'abord mes fringues trempées et les remplace par d'autres qui traînent. Petit Chien est près de moi mais reste tout ensommeillé et couine en baillant, l'air de se demander ce qu'on fout à une heure pareil au lieu de dormir. Livai sort alors de la salle de bain, dans mes fringues trop grandes, vision qui me fait toujours rater un battement malgré moi. Il a une serviette posée sur ses cheveux qu'il frotte frénétiquement, et sa tête ébouriffée le rend plus enfantin que sa coiffure stricte habituelle. Un inévitable sourire en coin erre alors entre mes lèvres, ne pouvant définitivement pas le réprimer tout à fait face à cette image.
Je lui propose de ne pas m'attendre et de manger puis j'entre à mon tour dans la pièce emplie de vapeur chaude. Je remarque l'uniforme militaire soigneusement plié sur la chaise qui sert uniquement à poser les vêtements. Je me prends à regretter cette tenue un instant en me remémorant Livai et ses mouvements lascifs mais je me baffe mentalement puis me prépare pour une douche rapide.
En sortant dix minutes plus tard, je retrouve Livai emmitouflé dans l'éternelle couverture, roulé en boule dans un coin du sofa, et étonnement, le chiot à l'opposé dans son propre coin. Les deux semblent dormir profondément et je laisse cette fois la totale liberté à mon sourire de s'étirer sur mon visage, alors qu'une douce chaleur envahie mon estomac, qui se met d'ailleurs à gronder. Le hic, c'est que je me sens pas le courage de réveiller Livai pour manger -car il semblerait qu'il attendait que je sorte, vu que la table est mise mais que le plat est intacte- ni pour lui proposer de plutôt se coucher dans le lit. Ne sachant quoi faire, je m'approche simplement de sa place sans un bruit -du moins, le moins que je puisse faire- et m'installe en tailleur face à lui, observant son visage paisible. Je remarque alors des cernes sous ses yeux et que ses traits semblent plus tirés que d'ordinaire. Est-ce que ça date de cette nuit ? Ou de plusieurs jours ? Il semble éreinté... Sans y réfléchir, je laisse ma main se tendre vers lui et approcher sa pommette encore rosie de sa douche récente.
Le bout de mes doigts courent doucement le long de sa joue à la peau douce, retracer sa mâchoire, pour ensuite remonter à nouveaux, jusqu'à ses paupières qui frémirent. Je retiens mon souffle alors qu'il ouvre les yeux et me fixe sans bouger. Je prends furtivement conscience qu'en fait c'est incroyable qu'il ne m'ait pas entendu m'approcher plus tôt ni qu'il ne m'ait toujours pas donné une mandale pour ce que je viens de faire. Il cligne lentement de ses yeux fatigués et je déglutis alors que je regarde le jeux d'ombre et de lumière dans ses iris grises, qui semblent prendre vie par la lampe artificielle. Dans un élan de folie furieuse, j'approche mon visage de lui encore un peu plus, et fixe ses lèvres un instant alors que nos souffles se mêlent. Je le sens retenir soudainement le sien et son corps se crisper, et au moment où il allait sûrement bondir pour me hurler dessus, totalement réveillé, je frotte doucement mon nez au sien.
Il ouvre de grands yeux surpris sans essayer de se reprendre ou de se dégager et je ferme les yeux en continuant à caresser son nez du bout du mien. Puis je me recule un peu et je lui fais un grand sourire alors qu'il fronce les sourcils, décontenancé et ne sachant comment réagir.
« C'était quoi, ça ? » demande-t-il d'un calme lourd qui en temps normal m'aurait glacé sur place.
« Un bisou esquimau. » souris-je pourtant d'un air incroyablement naturel, « Pour te souhaiter un bon retour à la maison. Bon puisque tu ne dors pas, tu viens manger un morceau ? Et après tu auras le droit de prendre une place dans le lit, ce sera plus confortable quand même. » continué-je innocemment en me relevant.
Je ne lui laisse pas le temps de répondre et me dirige l'air de rien vers la cuisine. L'air, c'est le cas, mais en réalité mon cœur tambourine sourdement dans ma cage thoracique. Et je crois bien que mes mains tremblent légèrement, en tout cas j'ai peur que mes jambes me lâchent tellement elles sont cotonneuses mais je tiens bon.
La vache, c'était dangereux ! Mais qu'est-ce que je fous, moi ?! hurlé-je intérieurement.
Et lui alors ? Sérieusement, je suis encore vivant ? J'ai un gros doute mais le coup de chaud de l'après-coup monte en flèche et je ne peux que accepter le fait d'être encore potentiellement vivant, puisque mon cœur menace toujours de se décrocher de ma poitrine. Fiuuu, c'était flippant en fait. Mais je recommencerais autant de fois qu'on me ferait retourner en arrière dans le temps. Que mon sourire intarissable en témoigne.
« C'est pour une consultation : cet imbécile ici présent s'est fait tabasser et, en grand malin qu'il est, il a préféré serrer des dents sans rien dire, et il n'avait rien désinfecté, encore heureux qu'il est pensé à nettoyer... »
« Oï t'es là pour me critiquer ou quoi ? » ronchonné-je en sentant la gène me monter affreusement aux joues.
En plus c'est pas que j'y avais pensé : j'avais froid, j'avais dormi parterre dehors, j'essayais de pas penser au fait qu'il n'était plus là et donc je ressentais le besoin de prendre une douche mais de là à ce que ce soit pour nettoyer les plaies... Mais il est pas obligé de le savoir. Définitivement pas.
« La ferme gamin, et te fait pas monter le sang à la tête comme ça, tu vas te mettre à saigner de partout comme une putain de passoire. »
J'allais dire quelque chose, vraiment, j'allais me défendre car c'est pas parce qu'il semble totalement remit d'hier et est donc redevenu le sale matou imbuvable de d'habitude que je dois le laisser faire ! Surtout que je commence à m'habituer à son ton cinglant et son regard intimidant... Mais l'infirmière de la zone d'accueil -à laquelle je donnerais une vingtaine d'années et qui d'après son badge s'appelle Hitch- nous demande de nous calmer puisqu'on est ici dans un hôpital avec un ton mi amusé mi autoritaire, puis elle ajoute de façon plus professionnel malgré son sourire perturbant :
« Il semble pouvoir se tenir debout, quelle est l'étendue des blessures exactement ? »
« De ce que j'ai pu constater, il a surtout des douleurs sur les quatre membres, et les côtes... » explique Livai et je grimace en me souvenant de comment il a pu "constater" ça de manière pas délicate du tout.
« Cassées, fêlées ? » enchaîne la femme en me jetant un œil par dessus son écran d'ordinateur où elle tape je-ne-sais-quoi.
Le fait qu'elle ne s'adresse pas à moi directement m'irrite, c'est parce que je suis mineur ? Ça m'énerve qu'on me prenne pour un gamin et je peux pas m'empêcher de froncer les sourcils d'un air contrarié même si ça doit donner l'impression que je boude. Elle garde son sourire qui me semble plus malicieux qu'accueillant mais Livai s'en contre-fiche et ne prête pas non plus attention puisqu'il répond d'un ton toujours aussi calme :
« Difficile à dire, il semble ne pas supporter de pression mais je ne pense pas que ce soit cassé, il gesticulerait moins quand il dort... » et je rougis comme pas possible et lui donne un léger coup de pied à la cheville dans un geste embarrassé mais il ne réagit même pas, à part pour me donner un coup de coude dans le ventre sans même se détourner du comptoir, coup qui me fait couiner de manière honteuse.
« Heu, d'accord je vois... » murmure Hitch avec un certain étonnement, et je crois qu'elle a plus d'intérêt envers l'idée qu'on dort ensemble que par le fait qu'il n'arrange pas mon état en me frappant, puisqu'elle nous fixe narquoisement tour à tour.
« En fait je m'inquiète surtout pour sa tête » continue Livai l'air de rien.
« Hey qu'est-ce que tu veux di-Aïe ! » m'écriais-je alors qu'il appuie sa main sur l'arrière de mon crâne, me faisant me pencher en avant « Putain arrête ça fait mal ! »
« Je t'ai dit de la fermer. Tu arrêterais de faire ton fort et de tout garder pour toi, j'aurai pas à faire part de mes suppositions. Donc je disais, il semble s'être pris un coup à l'arrière du crâne avec une barre de fer, que tu m'as mentionné furtivement... » enchaîne-t-il en passant d'un interlocuteur à un autre et me regardant comme si il avait deviné ma réaction même pas naissante. « D'ailleurs, tu as de la chance que ton os ne se soit pas briser en t'en protégeant de ton avant-bras, oui je l'ai remarqué aussi, tu essayes de lui éviter le plus de mouvements possible et de ne pas le toucher. »
Je trouve qu'il remarque beaucoup quand même... et cette pensée me calme un instant, me laissant pensif. C'est alors que trois mots qu'il a prononcé précédemment me reviennent soudainement en mémoire :
« Je m'inquiètes... »
Et mon cœur fait un bond pas possible dans ma poitrine, me faisant retenir mon souffle sous le choc. J'ai bien cru qu'il allait se décrocher cette fois...et c'est quoi cette chaude sensation qui me parcourt le corps ? Une vive douleur me ramène à la réalité et je grimace en portant la main à mon torse et appuyant dans l'espoir stupide d'atténuer la douleur.
« N'appuyez pas dessus et respirez jeune homme. Même si ça reste douloureux, vous devez garder un rythme respiratoire normal. Vous savez qu'avant on bandait les côtes dans l'idée de les maintenir en place mais finalement cela empêche une bonne respiration et peut ainsi engendrer des complications comme la pneumonie. »
Là sûr le coup ça m'a surpris mais ce n'est pas comme si c'était si insupportable, comme l'a dit Livai je bouge quand je dors sans que la douleur me réveille et j'ai même était capable de courir. Suivant ses directives, je souffle un grand coup et une douleur aiguë m'étreint les côtes et me fait pousser un léger grognement. Malgré tout, je reprends un souffle régulier. Ensuite elle se penche sur le comptoir pour me prendre le menton et le relever. Alors elle évalue les blessures à mon visage et note :
« Début d'infection à la lèvre autour du piercing, ecchymose à la tempe, coupure du cuir chevelu au niveau du front... » puis elle baisse ma tête pour tâter mon crâne doucement.
Ensuite elle me relâche, se rassoit et demande en s'adressant directement à moi cette fois, toujours avec son expression railleuse :
« Votre nom, jeune homme ? »
Nous y voilà. La raison pour laquelle je voulais éviter l'hôpital. Mais Livai m'a à moitié -totalement- menacé de m'achever si je ne veux pas vérifier qu'il n'y a rien, pour que ce ne soit pas pour une raison stupide qu'il ait ensuite un poids sur la conscience. Mais moi ce que je ne veux surtout pas c'est que mon père soit au courant. Sauf qu'étant un chirurgien plutôt important dans cet établissement, il est difficilement imaginable que l'on ne reconnaisse pas son nom, et puis c'est son boulot à elle de prévenir la famille. Livai claque de la langue d'impatience alors que je mordille ma lèvre mortifiée, hésitant. La femme me fixe toujours en posant son menton dans ses mains et je finis par soupirer :
« Eren...Jäger. »
Elle ne prend même pas la peine de l'écrire alors que son horripilant sourire s'agrandit encore si c'est possible. Sérieusement, je me demande comment c'est possible qu'elle soit à ce poste, ou alors il n'y a que moi qui ressent un malaise en voyant cette expression? Elle nous demande d'aller en salle d'attente et en silence, oui elle a bien insisté et l'a même répété deux fois dans ses explications, que quelqu'un viendra s'occuper de moi pour passer un scanner. Heu, c'est si facile d'avoir un rendez-vous pour ce genre de chose malgré le peu de gravité ou c'est parce que je suis fils de chirurgien? Bon ils ne semblent pas débordés non plus, peut-être que ça joue. Elle me demande tout de même quand j'ai ingurgité quoi que ce soit pour la dernière fois et comme je réponds que ça ne fait qu'une heure que j'ai pris un petit déjeuner vite fait, elle acquiesce, satisfaite. Ça m'étonne d'ailleurs, je pensais qu'il aurait fallu que je sois à jeun.
Livai la salut de la tête sans un mot et se détourne pour avancer vers la salle d'à côté sans m'attendre. Je me retourne vers cette Hitch pour la remercier plus poliment et je remarque son regard errer sur Livai, la main portant à nouveau son menton. OK je suis de trop c'est ça ? Je laisse échapper un grognement énervé qui la fait tourner les yeux vers moi dans un sursaut et pour tout respect qu'il me reste tout à coup, je lui jette un regard noir sans un mot. Alors que je me détourne à mon tour, et je l'entends rire brièvement.
Quoi, elle se moque de moi là ?
Livai sort sa tête de l'embrasure de la porte et me somme de, je cite « bouger mon petit cul talé » et merde, je dois rougir jusqu'aux oreilles tellement cette phrase sonne ambiguë. J'entends à nouveau un rire derrière moi mais je préfère ne pas me retourner et presse le pas...
« Eren ? »
Je trésaille violemment alors que je m'endormais après une heure et demie d'attente. Livai en a eu marre et ça fait une heure qu'il m'a dit qu'il allait « faire un tour ». Il m'a prit mes cigarettes...ça me démange aussi mais ce n'est pas recommandé avant ce genre de procédure. Je me tourne vers mon père et soupire en voyant son air inquiet. Je me lève et me dirige vers lui pour nous éloigner des personnes qui patientent aussi.
« Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? » commence-t-il d'emblée avec une expression vraiment affolée qui me surprend plus que ça ne le devrait sûrement.
« T'inquiètes papa, c'est rien, c'est Livai qui a insisté pour que je viennes vérifier que tout va bien... »
« Quoi il est là ? C'est lui qui t'a fait ça ? »
« Hein ? Mais non ! Je me suis battu avec des lâches et donc je me suis fait avoir, c'est tout ! » m'exclame-je, ahuri.
« Eren j'aime pas savoir que tu te bats, c'est dangereux et tu es tellement crédule... »
« Quoi ?! mais tu vas pas t'y mettre toi aussi ! » cris-je alors, piqué au vif et des chuuut d'infirmières contrariés me fait rentrer la tête dans les épaules avec une grimace désolée.
Mon père ne semble pas comprendre cette réaction excessive au début mais une lumière passe derrière ses lunettes qu'il réajuste dans un geste plus machinal que nécessaire et enchaîne :
« Je vois... et où est-il donc, cet homme ? »
« Heuu je sais pas trop, mais si je devais choisir j'irais voir sur le toit... »
« Les accès au toit sont fermés. »
« Alors il faudrait chercher celui qui a été forcé je présume. » souris-je calmement.
« Qu'est-ce que ça veut dire gamin ? Après un chat tu me prends pour un sanglier ? Genre, rien ne m'arrête ? » vibre une voix qui, ayant moi-même terriblement conscience de la montée du sentiment agréable qui s'ensuit, ne manque pas de me rendre aussi agité que mon palpitant qui justement palpite trop.
« Ahahah Livai ! » ris-je nerveusement « Non pas du tout, un sanglier c'est pas gracieux du tout et puis ça pue et ça a le poil rêche... » continué-je dans la précipitation en essayant de me sortir de ce bourbier.
« Tu veux dire que tu me trouves gracieux, que je sens bon et que j'ai le poil doux ? » réplique-t-il en haussant un sourcil interrogateur et j'en suis sûr, moqueur.
Oh my fucking god, d'où lui vient ce don pour m'enfoncer à chaque fois ? Certainement que je vire au cramoisie, en tout cas j'ai l'impression que de la vapeur sort de ma tête tellement je surchauffe. J'ose même pas regarder mon père qui, j'en suis sûr, doit me regarder fixement. Ne pas bafouiller, ne pas bafouiller, ou j'aurais l'air encore plus misérable...
« C'est vrai que tu as les cheveux doux... » marmonné-je finalement sans trop savoir quoi dire et détournant la tête, embarrassé. Et puis me vient alors un éclaire de lucidité et je continue, plus sûr de moi « Mais tu insinues donc que tu n'étais pas sur le toit ? »
« L'accès sur lequel je suis tombé était déjà ouvert. » répond-t-il immédiatement en me fixant comme s'il me défiait de contrarier ses dires.
Finalement, mon père coupe court à cet échange en se raclant la gorge et s'approchant de moi, posant sa main sur mon épaule :
« Viens avec moi, je vais t'ausculter et te poser les questions nécessaires. Il paraît que tu as reçu un coup violent sur la tête, ça peut vite devenir sérieux si on ne vérifie pas. »
Livai sur nos talons, il m'emmène dans un bureau qui fait en même temps office de salle d'auscultation, en vu du divan médical. Il me pose la batterie de questions réglementaire qui précède une opération, même si il connaît déjà globalement les réponses. Ensuite il me demande de prendre place sur le divan après avoir déroulé la feuille de protection. Je m'avance à reculons et m'assied à contre cœur. Je déteste ça...
Livai est silencieux et garde son air blasé habituel en nous observant. Je le trouve particulièrement silencieux quand mon père est à proximité. Mon père me demande d'enlever mon T-shirt pour observer les coups, après avoir regarder la blessure à ma tête et celles sur mon visage. Ça me gène un peu mais ne rechigne pas et frissonne juste lorsqu'il palpe ma peau en examinant consciencieusement. Je ne dis rien et ne regarde pas Livai, gardant le regard obstinément posé sur le carrelage, suivant les lignes pour éviter de penser.
« Tu as été soigné, Eren ? »
« Heuu oui, Livai s'en est occupé hier... » dis-je en rougissant, me rappelant la douleur que ça avait été sans qu'il ne m'épargne sa brutalité. « Ça t'apprendra à ne pas t'en être formalisé avant, sale morveux. » avait-il grondé.
« C'est bien comme ça, ça commence à cicatriser et il ne semble pas y avoir d'infection...même ta lèvre commence à faire une croûte, surtout ne la gratte pas ou ça va empirer. Continue à mettre de la glace sur l'ecchymose et à appliquer de la crème. »
« Mmh. » réponds-je en jetant un œil discret à Livai qui fixe les mains de mon père alors qu'il observe maintenant les bleus dans mon dos.
Ensuite, il palpe mes côtes et je réprime l'envie de l'envoyer promener et serre des dents sous la douleur. Il le remarque mais continue minutieusement puis me relâche enfin :
« Ça ne semble pas casser, tu n'as pas l'air d'avoir de gonflement mais puisqu'on va regarder ta tête on enchaînera avec tes côtes, au cas où. »
Je ne réponds rien, hochant simplement la tête. Mon père s'éloigne un instant pour prendre un stéthoscope et positionner les lyres dans ses oreilles. Il s'approche à nouveaux et place le pavillon dans mon dos. La membrane est glacée et je ne peux réprimer un frisson qui parcourt mon épiderme.
« As-tu eu une perte de connaissance immédiatement après le coup ? » me demande soudainement mon père en écoutant ma respiration.
« Non... »
Il me demande de respirer profondément et j'obtempère malgré la douleur. Je regarde immanquablement Livai qui nous fait face, appuyé contre le mur, mais je me sens bizarrement gêné et détourne vite le regard.
« Et plus tard ? Des vacillements, perte de conscience, mal de crâne ? »
« Je...J'ai dû perdre connaissance un moment lorsqu'ils m'ont lâchés... » avoué-je difficilement « J'ai eu un vacillement ou deux mais je pensais que c'était due à la situation et la fatigue dans laquelle je me trouvais... Je ne crois pas avoir eu de perte de conscience... »
« Mmh... . As-tu pris des médicaments ? »
« ...Des antidouleurs... » avoué-je en serrant des dents, ayant de plus en plus conscience du regard insistant de Livai.
« Tu en as repris récemment ? » continue-t-il sans commentaire, plaçant cette fois la membrane sur ma poitrine en se déplaçant de temps en temps.
« Ce matin...Trois... »
J'entends Livai claquer de la langue d'agacement et je devine que ça ne doit pas lui plaire, que j'ai agi dans son dos.
« Et j'ai rien remarqué... » l'entends-je alors grogner pour lui même et mon sang fait qu'un tour, me donnant un coup de chaud. C'est ça qui l'embête ? Qu'il ne l'ait pas remarqué ?
« Eren, ça va ? Essaye de respirer normalement pendant que je t'ausculte. » me dit mon père sans relever la tête.
« Mmh... » sauf que mon cerveau tourne à cent à l'heure et mon cœur continue de cogner dans ma poitrine malgré moi.
« Mmmh ton cœur bat anormalement vite... » murmure mon père d'un ton pensif.
« Heuu c'est que j'aime pas trop cette situation, ça me rend nerveux. » mens-je pour m'échapper de cette condition catastrophique pour mon orgueil, et ce sans inquiéter mon père ou fausser quoi que ce soit.
Sauf que je suis pas doué pour mentir, ça se voit toujours sur mon visage il paraît, et pour le coup ça doit aussi s'entendre dans le stéthoscope mais à mon grand soulagement, il hoche juste la tête sans commentaires et s'éloigne en retirant les lyres de ses oreilles, ne manquant pas malgré tout de jeter un œil à Livai. Livai qui ne me quitte pas des yeux d'ailleurs, les sourcils toujours froncés mais plus d'incompréhension je crois. Leurs actes me font soupirer de résignation.
Je ne sais définitivement pas mentir...
Je détourne l'attention de mes rougeurs embarrassées en refilant mon T-shirt mais décide de garder ma veste à la main. On va alors jusqu'à une salle de préparation où l'on m'enlève tout objet métalliques, en soit mes piercings même si je me plains parce qu'ils risquent de se reboucher en quelques heures -jusqu'à ce que j'apprenne que ça durera maximum quinze minutes- et la clé dans la poche de mon jeans, enroulée de son cordon en cuir. En général je la garde sur moi sans l'accrocher au cou, la mettant dans ma poche comme là, alors ça me gène un peu de la sortir surtout que c'est mon père qu'il me l'a offert l'année dernière pour mes seize ans, et je lui avais dit que c'était pourri comme pendentif.
Mais en fait je l'aime bien, même si je ne la porte pas souvent au cou de peur de l'oublier sous la douche et de l'abîmer ou de m'étrangler en dormant avec. Il m'avait plus tard expliqué que c'était une sorte de talisman pour que je puisse toujours me rappeler que le bonheur est possible même si parfois ça me paraît dur, et que ma mère voulait me l'offrir le jour où je serais amoureux. Mais finalement il me l'a donné avant, quand il a vu que je n'espérais pas grand-chose de la vie. Elle appartenait à ma mère, c'était la clé de sa commode où elle cachait toutes les lettres que mon père et elle s'étaient envoyés dans leur adolescence, toute fleur bleue qu'elle était. Ils se sont rencontrés alors qu'ils étaient lycéens, mon père était son correspondant allemand. J'ai lu les lettres, je ne m'étais pas gêné puisqu'on m'avait donné la clé, et si je comprenez pas l'allemand à cause de mes cours bâclés et donc la plupart des lettres de mon père, je comprenais ce que disait maman. J'avais pleuré les dernières larmes qui me restaient sur ces feuilles noircies d'encre. Par la suite, je me suis mis plus sérieusement à l'allemand, langue que j'avais choisi en fonction de mes origines mais sans plus, et ce doit être l'un des seuls cours où je fais un véritable effort. Je ne sais pas si je veux que le bonheur soit la clé de ma vie comme tout le monde mais en tout cas j'y suis très attaché et je la garde jalousement comme un secret, celui de l'amour que se portaient mes parents. La preuve de la raison de mon existence.
Donc en voyant l'objet que j'ai dû sortir de ma poche, mon père se crispe et pris d'une soudaine impulsion, je m'empresse de cacher la clé entre mes doigts. Je me retourne alors vers Livai et prend sa main pour la porter à la mienne dont je desserre ma poigne :
« Tu veux bien la garder pour moi s'il te plaît ? » soufflé-je simplement.
Il hoche la tête et sans jeter un coup d'œil trop insistant, il la cache dans sa paume à son tour comme s'il savait à quel point elle m'était précieuse et secrète. Je lui souris et me tourne à nouveau vers mon père.
« Bon, il va falloir te faire une injection de produit de contraste iodé, pour scanner ton crâne. J'espère que tu n'es pas trop à jeun? » déclare-t-il en remontant ses lunettes derechef pour reprendre contenance.
« Quoi ? » lâché-je en devenant tout blanc.
C'était horrible. Ce truc là, produit machin-chose de merde, qu'est-ce que ça brûle ! C'est comme si ils m'avaient branché à une perfusion de lave...apparemment c'est à la même température que mon corps mais moi je me demande si leur thermomètre il est pas un peu cassé !
On a demandé à Livai de sortir et mon cœur n'a pas pu s'empêcher de s'affoler à cette idée alors que je me sentais de moins en moins emballé par leur truc. Il a insisté pour pouvoir observé, intrigué, mais on lui répondait qu'aucun invité n'était admis. Et contre toute attente, mon père a rassuré les médecins du fait qu'il ne dérangerait pas, qu'il pouvait rester, à mon plus grand soulagement.
Et maintenant on me demande de m'allonger sur une table reliée à un immense cercle en plastique, qui, m'a-t-on dit, comporte un émetteur-récepteur à Rayons X. Je me sens tout à coup nerveux et déglutis alors que le médecin m'installe sur la table, avant de faire avancer l'anneau jusqu'à ce que ma tête se trouve à l'intérieur, puis il sort pour rejoindre le technicien spécialiste, ainsi que mon père et Livai, dans la salle d'à côté où ils peuvent m'observer à travers une vitre sans être exposés aux rayons. C'est rassurant qu'ils fuient ce truc alors qu'ils m'y envoient tout seul... Enfin on peut malgré tout communiquer grâce à un micro, et ils me demandent de rester allonger et immobile alors qu'un bruit s'élève : je suppose que c'est l'anneau qui se met à tourner pour prendre les images. J'essaye de me calmer mais une peur irrationnelle que je n'arrive pas à identifier me vrille l'estomac et je n'arrive pas à rester immobile et gesticule nerveusement.
« Eren, c'est important, la tête est quelque chose de fragile tu devrais le savoir, alors tiens toi tranquille le temps qu'on prenne les clichés. » supplie mon père et ça ne m'aide pas du tout puisque je sais qu'il pense à maman en disant ça et ça me rend encore plus mal-à-l'aise.
Mais je me force à me calmer malgré la bile qui me monte à la gorge et je coupe mon souffle aux moments demandés.
Ce doit être le quart d'heure le plus interminable de ma vie. Enfin il y en a un autre qui suit puisqu'ils en profitent pour vérifier mes côtes à la demande de mon père. Sauf que cette fois, je ne sais pas pourquoi mais je me sens encore un peu plus oppressé, la moitié du corps nu, enveloppé dans ce truc et allongé comme si j'étais sur un lit de mort. Je m'agite, je n'arrive pas à me mettre à l'aise et la bile continue de menacé de remonter. Ils me demandent de me détendre et de ne pas bouger tout en retenant ma respiration le temps de prendre des clichés, comme lors de la prise de ma tête.
« Si vous êtes incapable de vous tenir immobile on va être obligés de vous endormir partiellement comme pour les enfants... » dit une voix que je reconnais comme étant le médecin en radiologie, un certain Schluz.
« Vous auriez dû le faire dès le départ, ça se voit que c'est un gosse incapable de se tenir tranquille sans bouger plus de trente secondes... » entends-je alors en reconnaissant la voix de Livai, ce qui me fait m'agiter encore plus, le cœur tambourinant :
« Arrête de me traiter comme un bébé, tu m'énerves ! » crié-je alors en me relevant légèrement sur mes coudes.
« Vous taisez vous ou je vous sors ! » s'exclame le technicien, Dawk je crois, à l'adresse de Livai « Eren, plus vite vous arrêterez de vous agiter, plus vite vous sortirez d'ici... » me dit-il alors.
Je veux bien mais cette situation me déplaît, j'y peux rien. J'ai l'impression d'étouffer et le souvenir de ma mère allongée et immobile, que l'on enferme dans une boîte pour ensuite l'enfoncer dans la terre me revient de plein fouet. Je sais c'est irrationnel, ça n'a rien à voir, et pourtant c'est la seule chose à laquelle je pense là. J'avais dix ans et si je n'étais pas assez jeune pour être réellement traumatisé par cette vision, je l'étais assez pour ne pas comprendre par moi-même pourquoi ma mère se laissait enfermer de manière à ce que je ne la reverrais plus. Je suis à deux doigts de craquer, j'ai l'impression que je vais pleurer comme ce jour-là alors que mon père n'était pas capable de se consoler lui-même ni de m'épargner tout ça, quand j'entends à nouveau la voix sarcastique et provocatrice de Livai :
« Quoi, tu vas pas te mettre à chialer gamin ? Tu veux qu'on te fasse une petite piqûre ? » et j'entends des exclamations de protestations, que déjà qu'il ne devrait pas être là et qu'il empire les choses mais je ne les écoute plus.
« Je chiale pas ! » réagis-je au quart de tour en revenant à la situation présente « Et j'suis pas un enfant ! »
« Alors qu'est-ce que t'attends pour le prouver, gamin ? » me défi-t-il.
Cette phrase ultime fait mouche. Je grogne et ferme les yeux. J'inspire comme je peux et repositionne mes bras au-dessus de ma tête, près à retenir ma respiration quand on me le dira. Je garde les yeux fermés pour ne plus rien faire d'autre que me concentrer sur les paroles précédentes de Livai et les directives dans le micro.
« Bien, il semblerait que vous ayez des fêlures à trois côtes au côté droit mais rien de bien méchant. Mais tout de même, ils n'y sont pas allé de main morte, pour en avoir atteint trois. Par ailleurs... J'ai l'impression qu'après le choc, les fissures se sont agrandis par endroit. C'est anormalement étendu... Auriez-vous par la suite fait des mouvements brusques ? » me demande le médecin Schluz.
On est désormais plantés devant les écrans où sont représentées les coupes de mes côtes et ma gorge s'assèche à ses paroles. À contre cœur, je réponds évasivement en faisant nerveusement des vas et viens de droite à gauche avec la chaise de bureau sur laquelle on m'a proposé de me reposer :
« J'ai... couru. Un peu, enfin pas mal. J'ai peut-être trop forcé c'est vrai... »
« Et vous avez réussi à vous mouvoir sans difficultés ? N'aviez-vous pas eu mal ? » s'étonne l'homme.
« Kkh... »
J'en sais rien. Sur le coup, j'étais bien trop préoccupé pour m'arrêter sur ma propre douleur, et peut-être que le froid et la fatigue m'avait partiellement anesthésié... ? Franchement je n'en sais rien et qu'est-ce que ça change de toute manière ? Pourtant on me fixe avec insistance et je lâche un peu sèchement, en détournant la tête n'importe où sauf vers leurs visages irritants :
« Ouais, sûrement. »
Sauf que Livai n'aime pas mon comportement apparemment parce qu'il s'approche à grands pas, m'agrippe par les cheveux et tourne ma tête face à son visage extrêmement proche, malgré les protestations de Dawk :
« Qu'est-ce que t'as morveux ? Arrête donc avec ce comportement de petit con agaçant ou je vais vraiment finir par te foutre une rouste. Maintenant comporte toi un peu plus comme le soi-disant jeune homme respectable et posé que tu me dis être, et coopère pour ta santé. Arrête d'inquiéter ton père. »
Cette dernière phrase m'électrise et je tourne mes yeux vers mon père au fond de la salle. Son biper sonne mais il le sert dans son poing avant de le fourrer dans sa poche. Il est légèrement tremblant. C'est vrai qu'il est toujours demandé de partout normalement, puisqu'il repart toujours de la maison à cause d'un appel. Est-ce qu'il s'inquiète à ce point là ? On aurait dû commencer par les coupes de mon cerveau pour qu'il soit vite rassuré et reparte là où on a besoin de lui...
Me voyant calmé, Livai relâche son emprise et se relève. Je me frotte le crâne douloureusement et marmonne :
« Désolé...Mais c'est bon je n'ai rien non ? Ça va guérir... »
« Pour les côtes, oui. » répond le docteur « Cela devrait mettre deux semaines maximums à guérir. Pour soulager la douleur et aider à la guérison, il faudra appliquer au moins une poche de glace par jour sur la zone touchée. » dit-il en regardant des données sur un écran « Vous pouvez continuer à prendre des médicaments antidouleurs mais je laisse les bons soins à votre père de prescrire ce qu'il vous faut en analgésiques. Sinon reposez vous le plus possible, évitez tout mouvements brusques. Vous pouvez continuer votre quotidien mais sans bavures, plus de bagarre ou de courses d'accord ? » et je grimace d'embarras ce qui le fait rire avant de continuer « Évitez le plus possible d'utiliser les muscles de vos abdominaux aussi, on vous fera un arrêt pour les cours de sports. Pour dormir, le mieux c'est de vous positionner sur le dos pour soulager la pression sur vos côtes. À part ça, on va vous prescrire un exercice respiratoire quotidien. »
« Merci... » soufflé-je un peu chamboulé par toutes ses précautions.
« Autre chose, il va falloir arrêter de fumer. »
« Hein ? »
« D'après ce que j'ai lu, vous fumez n'est-ce pas ? » me demande-t-il.
« Oui ça m'arrive, de temps en temps... » et je déglutis en le voyant sourire malicieusement. C'est une lubie dans cet hôpital ou quoi?
« Et bien c'est l'occasion d'arrêter alors ! Dans votre état, les produits qui irritent vos poumons vous rendent plus vulnérables à l'infection. Donc plus de cigarette ! »
A ces mots, Livai sort le paquet de cigarettes qu'il m'avait emprunté et le fait voler dans les airs avant de le rattraper.
« Je pense qu'il est inutile que je te rende ceci alors ? » raille-t-il.
« T'es pas obligé de me narguer, j'suis pas addicte de toute façon... » ronchonné-je alors en gonflant mes joues légèrement sans pouvoir m'empêcher de loucher un instant sur le paquet. J'en aurai bien eu besoin après tout ce stress...
« Bien, passons à la coupe de votre cerveau, voulez-vous ? » et à ces mots, mon père s'approche légèrement plus près de moi et pose sa main sur mon épaule pendant que Schluz parcours ses notes. « Donc, vous n'aviez pas eu de perte de connaissance directe en lien avec le traumatisme crânien. Mais il semblerait que vous ayez eu une perte de conscience plus tard et des vacillations. » il repose ses notes et explique « Déjà c'est une bonne chose que vous n'ayez pas eu une perte de conscience dès le traumatisme crânien, ça nous permet d'écarter immédiatement la commotion cérébrale, enfin en même temps vous l'aurez bien plus senti passer celui-là ! » rit-il innocemment ce qui me laisse bouche bée de stupéfaction « Par contre, cela peut virer à l'hématome extra-dural, une accumulation de sang après la déchirure d'un petit vaisseau à la surface interne de votre cerveau. Cette accumulation entre la paroi et le cerveau se fait petit à petit et compresse ce dernier puisque le crâne étant dur, l'hématome ne peut sortir, provocant des pertes de consciences. Dans ce cas-là, on doit opérer d'urgence et procéder à la trépanation. » conclu-t-il en me fixant plus particulièrement.
« Heu c'est quoi ? » demandé-je d'un ton pas très assuré, c'est vrai que c'est pas très rassurant comme explications et mon père me broie l'épaule.
Il me regarde toujours sans rien dire puis reprend son sourire que j'ai bien envie de qualifier de sadique mais ça ne colle même pas, je sais pas il semble juste...amusé ? En tout cas, ils ont vraiment un sourire gênant ici...
« Un trou dans la crâne. Pour faire sortir le sang. »
« Comme une putain de passoire... » souffle Livai d'un ton flegmatique.
« Urgh... » laissé-je échappé alors que je fronce les sourcils en grimaçant de dégoût.
« Mais ne vous inquiétez pas. Dans votre cas, je ne pense pas qu'il y est de complication à venir. Le coup a peut-être été brutal mais il ne semble pas avoir déchiré de vaisseaux. Mais si vous avez de nouvelles pertes de conscience, ne le gardez pas pour vous, c'est un mal qui a parfois besoin de s'aggraver pour être dépisté, le but est de le faire opérer à temps ensuite. Même si les scanners aident à un dépistage assez précoce, la vigilance doit malgré tout rester de mise. D'accord Eren ? Plus de cachotterie sur ton état de santé à ton entourage. »
« D'accord... »
Mon père part à la suite de cet échange. Mais avant de s'élancer dans le couloir, son biper en main, il attrape ma nuque et plaque ses lèvres sur mon front fortement puis demande à Livai de veiller sur moi, auquel ce dernier répond par un hochement de tête solennel. Mon cœur fait une embardée face à cette scène et je me détourne vivement vers l'écran toujours allumé sur mon cerveau en bonne santé.
« Et tant que vous y êtes, vous pourriez pas lui faire un EEG? Je ne suis pas sûr que ça marche toujours très bien là-haut... » demande soudainement Livai.
Je me mets à gémir de désespoir en me cachant le visage dans les mains. Putain de journée, et je ne peux même pas m'en griller une !
Si le froid et la fatigue rendent Livai plus tolérant, ils rendent aussi Eren plus téméraire ! C'est bien, gamin, vas-y! \(^o^)/ enfin ça dure pas évidemment, il va devoir faire des efforts ! (ou ouvrir les fenêtres en grands en plein hiver ? XD)
Ah ouais, au cas où, un EEG c'est le diminutif de électroencéphalographie (pfiou quel mot à la con) ça permet de mesurer l'activité du cerveau, décidément Livai n'en rate pas une pour embêter Eren Xp
J'espère que ça vous à plu, si oui alors à la semaine prochaine! :3
