Bonjour! Je sais que ça fait "longtemps" que je n'ai pas publié de chapitres pour cette histoire, mais je voulais attendre une date importante: aujourd'hui!

En effet, cela fait un an aujourd'hui que j'écris des fanfictions, et je voulais marquer le coup en publiant le chapitre le plus abouti que j'ai écrit jusqu'à présent.

Je dois juste préciser deux choses:

- Ce qui est en italique n'est pas de moi, mais de Hayley389. Cette partie a été faite en anglais et est donc traduite dans le sens inverse par rapport à d'habitude (normalement je fais du français vers l'anglais). J'ai traduis du mieux que j'ai pu, j'ai même parfois un peu modifié des passages pour réaliser la meilleure traduction possible. THANK YOU HAYLEY! (Si vous souhaitez la remercier pour son magnifique travail, envoyez-lui un message privé, elle sera contente^^)

- Préparez la boîte de mouchoir et placez-la à côté de vous. Vous en aurez sans doute besoin

Maintenant il est temps de lire ce chapitre! Si vous voulez bien me laisser un petit commentaire à la fin, ce serait génial!


Chapitre 12: Chère Gabby, chère Sylvie

Cela faisait à peine une journée que toute cette histoire avait commencé, que Kelly avait sacrifié sa vie pour sauver celle de Matt à la dernière minute. Et Brett avait du mal à tenir le choc, elle n'avait pas le cœur à réaliser tous les préparatifs, même si Kelly avait organisé une grande partie de son propre enterrement. Elle essayait, elle avait essayé de rester forte. Parce qu'elle s'y sentait obligée par rapport à Gabby, parce que Kelly avait fait son choix, le choix de sauver Matt, son frère bien aimée, plutôt que de continuer sa relation avec elle. Mais elle n'arrivait pas à se faire à cette idée de vivre seule sans celui qu'elle aimait plus que tout au monde à ses côtés, elle ne pouvait pas se projeter dans le futur, elle ne pouvait plus. C'était au-delà de ses propres forces. Alors pour noyer son chagrin, elle s'était assise sur le canapé du salon, celui qu'ils avaient choisi ensemble mais que Kelly trouvait ringard. Elle s'était emmitouflée dans cette couverture jaune que Kelly trouvait légèrement repoussante mais qu'elle adorait tant. Elle avait dans sa main cette bouteille de vodka dont Kelly détestait l'odeur mais qu'elle buvait à volonté. Elle pleurait sans discontinuer alors que Kelly détestait voir des larmes sur son visage. Elle ne pouvait pas s'empêcher de faire des choses que Kelly n'aimait pas, comme pour se venger de lui, de ne plus être à ses côtés. Elle expliquait à tout le monde qu'elle allait bien, que Kelly avait fait le bon choix, celui qui s'imposait, mais en réalité, elle le pleurait en silence. Elle le pleurait chez elle, cet havre de paix qu'elle avait construit avec lui, cet endroit où elle se sentait en sécurité, aimée. Elle le pleurait là où personne ne pouvait la voir dans cet état de deuil intense. Mais tout son monde s'écroulait tel un château de cartes. Elle n'avait plus de repères non plus. Sa vie avait changé, et elle allait encore changer. Buvant inlassablement cette bouteille de vodka à grandes gorgées, la porte d'entrée en face d'elle attira son attention : le facteur venait de passer. Mais elle n'avait pas le courage de faire face à ces enveloppes au nom de Kelly, elle n'avait pas la force d'ouvrir la porte, de prendre ces lettres et de faire face à cette situation. Elle n'y arrivait pas. Elle n'y arrivait plus.


À l'hôpital, Gabby veillait toujours sur Matt comme au premier jour, comme si c'était hier. Et c'était en effet hier. Mais elle ne se lassait pas, elle ne s'ennuyait pas à regarder l'homme qu'elle aimait reprendre vie petit à petit. Tantôt il agrippait sa main et la serrait, tantôt il ouvrait les paupières et semblait la regarder droit dans les yeux, avec cette gigantesque lumière bleue, prouvant qu'il était bel et bien là, lui montrant qu'il était revenu d'entre les morts pour elle, pour Liz, pour ce petit être qui continuait de grandir en elle et dont il ne connaissait même pas encore l'existence. Elle était la plus heureuse des femmes. Ou du moins elle aurait dû l'être. Mais elle ne l'était qu'à moitié, tourmentée par la mort prévue de Kelly, un de ses meilleurs amis, le prince charmant de sa meilleure amie, celle qu'elle considérait comme sa propre sœur. Comment pouvait-elle dire qu'elle allait bien, alors qu'elle devrait le pleurer ? Comment pouvait-elle justifier la mort de Kelly alors qu'elle devrait être en colère contre lui, le haïr ? Comment pouvait-elle apparaître si sereine devant autrui alors qu'elle devrait tomber en morceaux ? Ou alors ce n'était qu'une façade, pour que personne ne puisse lui demander comment elle allait et qu'elle ne puisse pas replonger dans cet état de profonde tristesse. Mais Gabby et Sylvie avaient un pacte, celui de ne jamais se mentir. Si Gabby lui faisait face, Sylvie n'allait jamais oser mentir. Alors elle se décida : elle prit son portable en main, envoyant un message à Christie pour lui demander si elle pouvait passer à l'hôpital pour veiller sur Matt, prétextant qu'elle devait s'occuper en urgence de quelque chose. À contrecœur, elle accepta et environ vingt minutes plus tard, elle errait dans les couloirs des soins intensifs à la recherche de la bonne chambre. Elle frappa légèrement, ouvrant la porte délicatement pour faire le moins de bruit possible. En fermant la porte, elle arrêta son regard sur le lit en face d'elle, retenant les larmes qui étaient montées à ses yeux. C'était la première fois qu'elle le voyait en deux mois, la première fois qu'elle venait dans cette chambre pour voir son frère. Et c'était un immense choc pour elle. Gabby lâcha alors la main de Matt, se levant pour réconforter Christie, lui expliquant à quoi servait toutes ces machines, tous ces tubes et ces fils en chuchotant pour ne pas réveiller Matt.

« Tu en as pour combien de temps ? » demanda Christie dans un murmure.

« Je ne sais pas trop. J'espère pas trop longtemps. Matt est en train de se réveiller, alors je dois faire vite ».

« Il est déjà en train de se réveiller ? »

Christie était partagée entre l'inquiétude et le bonheur.

« Oui. Il s'est déjà réveillé une fois, mais il était encore trop groggy. Je pense qu'à son prochain réveil il sera beaucoup plus lucide ».

« D'accord. Et s'il se réveille, comment ça se passe ? »

« Essaie de le rassurer, de lui parler doucement, pas trop fort non plus. Si tu vois qu'il commence à paniquer, appelle l'infirmière, elle saura quoi faire ».

« J'ai compris. Je... Je peux lui prendre la main ? »

Gabby sourit, repensant à ce moment où Matt avait des frissons parce qu'elle avait serré sa main froide avec la sienne qui était chaude.

« Bien sûr, ça lui fera du bien je pense. Il serre la main de temps en temps, parfois il ouvre les yeux pour quelques secondes, mais rien de plus. Si cela dure plus longtemps, tu peux lui parler le plus calmement. Ça l'apaise ».

Christie acquiesça, prenant alors la place encore chaude de Gabby sur le fauteuil, prenant délicatement la main de son frère pour la caresser.

« Je reviens aussi vite que possible », assura à nouveau Gabby avant de sortir de la chambre.

Sortant de l'hôpital, elle se mit à conduire jusque chez elle afin de prendre une douche et de manger un peu avant d'aller chez Brett. Lorsqu'elle sortit de la voiture, elle vit un tas de lettres sur le sol du parvis de la maison. Elle rentra avec cette pile en main, regardant les lettres une par une. Jusqu'à s'arrêter sur une en particulier. Cette écriture, elle la connaissait. L'examinant de plus près, elle était à présent sure d'elle. C'était une lettre de Kelly. Elle ouvrit la bouche, sentant les larmes monter à ses yeux, laissant les émotions l'envahir. Elle s'assit sur le canapé, mordant sa lèvre inférieure, la lettre toujours dans sa main droite tremblante. Devait-elle l'ouvrir maintenant, ou devait-elle l'ouvrir plus tard ? Elle posa cette lettre sur la petite table basse, croisant et décroisant les bras afin de savoir quoi faire. Pour dire vrai, elle n'avait pas la force de l'ouvrir pour le moment. Tout cela était trop récent pour elle. Elle allait l'ouvrir plus tard. Elle se leva, prête à aller prendre cette douche. Enlevant ses vêtements, entrant dans la salle de bain, elle ne pouvait penser à rien d'autre qu'à cette lettre. Que contenait-elle ? Laissant ruisseler l'eau sur sa peau, la tête baissée, observant ce ventre et passant sa main dessus, elle ne faisait que de penser à Matt, à Brett. Mais surtout à Kelly. À ce sourire qu'il avait en toute circonstance, à ce rire communicatif qu'il avait, à tous ces moments qu'elle avait passé avec lui et avec l'homme de sa vie. À ce moment où Kelly rencontra Sylvie pour la première fois à la caserne. À ce moment où elle entra elle-même dans la caserne pour la première fois, tombant sur Kelly, sur cette lumière dans ses yeux lui indiquant qu'elle pouvait avoir une totale confiance en lui. Repensant à tout cela, elle ferma les yeux, s'accordant un moment de faiblesse. Elle se mit à pleurer, posant sa main sur le mur d'en face pour se maintenir debout. Si cela était dur pour elle, dans quel état était Brett au moment où tous ces souvenirs refaisaient surface ? Dans quel état d'esprit sera Matt lorsqu'il saura ce que Kelly, son frère de cœur a fait ? Elle sentit soudainement un froid sur son épaule droite, un froid qui descendit le long de son dos, cette sensation étrange comme si une main froide s'était posée dessus. Elle passa sa main gauche sur cette épaule glacée, comme pour s'assurer que ce n'était qu'une sensation comme une autre. Et d'un coup, elle repensa à cette lettre étrange, celle avec l'écriture de Kelly. Elle était curieuse, perdue, angoissée. Son contenu l'appelait, elle voulait savoir ce qu'il y avait dans l'enveloppe. Car si l'écriture de Kelly était dessus, c'était que cela venait de lui. Que c'était sa lettre. Alors elle coupa l'eau, séchant délicatement son corps, passant une serviette dans ses cheveux pour les sécher. Elle s'habilla, laissant ses cheveux libres de voler au gré du vent, les laissant tomber sur ses épaules comme Matt aimait tant. Elle revint dans le salon, s'asseyant à nouveau sur le canapé et prenant une nouvelle fois cette lettre dans ses mains tremblantes. Cinq minutes plus tard, elle prit une grande inspiration et retourna l'enveloppe. Elle l'ouvrit délicatement, de peur de ne froisser le papier fragile. Elle en sortit deux papiers, l'un avec son nom dessus, l'autre avec le nom de Matt dessus. Elle reposa celle pour Matt, ouvrant la papier qui lui était destiné. Aux premiers mots qu'elle put lire, les larmes lui montèrent à nouveau aux yeux.

Chère Gabby,

Écrire cette lettre a été l'une des choses les plus difficiles de toute ma vie.

Elle avala sa salive nerveusement, passant sa main sur sa bouche, sur ses lèvres glacées. C'était bel et bien une lettre de Kelly.

Je peux dire aussi que tu es devenue au fil de temps l'une des meilleures amies que j'ai jamais eu. Tout comme le reste du 51. Je me souviens encore de la première fois où tu as mis les pieds à la caserne, avec cette confiance totale en soi qui brillait dans tes yeux. Une confiance qui ne t'a quitté sous aucun prétexte depuis que je te connais. Cette confiance dont Eliza a hérité et qui brille à présent dans ses yeux. Je peux aussi dire que je suis fier d'avoir été choisi pour être son parrain.

Gabby sourit malgré les larmes roulant sur ses joues, tombant sur son pantalon ou sur le tapis, retenant un sanglot.

Mon plus grand regret est de ne pas t'avoir connu plus tôt. Je sais que la chose la plus importante qui nous lie est la mort de Shay, cette mort qui a anéanti tout le monde au 51. Je ne cherche pas à créer une nouvelle vague de tristesse et de douleur, notre seconde famille ayant déjà traversé trop de ces moments. Andy, Shay, Hallie. Toutes ces morts nous ont touché de près ou de loin. Je pense qu'il est grand temps que tout le monde sourit au lieu de pleurer. Voilà où je voulais en venir.

Retenant toujours ce sanglot, elle prit une nouvelle inspiration avant de commencer un nouveau paragraphe.

Il y a deux mois, l'une des choses les plus précieuses à tes yeux t'a presque été enlevée. La chose la plus précieuse pour nous tous. Et l'espoir était revenu avec ces deux mois de la dernière chance. Je voulais croire de tout mon être que Matt allait nous revenir grâce à un donneur. Même après ces deux mois, j'avais encore espoir. J'avais encore cet espoir parce que j'allais être ce donneur. Je l'ai su lorsque j'ai découvert que Matt et moi avions le même groupe sanguin et le même rhésus. J'ai fait un test, et deux semaines plus tard, on m'annonçait que j'étais compatible avec Casey à 87%. J'ai bataillé face à un choix difficile, mais à la fin, je savais ce que j'avais à faire. J'avais semé la pagaille, et je me devais de supprimer ma dette. Lorsque nous étions à l'Académie, Andy, Matt et moi nous étions fait la promesse de toujours être là pour se protéger, quel qu'en soit le prix. Aujourd'hui, je dois tenir cette promesse. C'est ma chance de te redonner cette pièce manquante à ta vie Gabby.

Ses yeux grandirent d'incompréhension. Elle n'avait jamais entendu parler de cette promesse entre Matt, Kelly et Andy. Elle était même certaine que Shay n'en avait pas entendu parler non plus. C'était un secret qu'ils avaient gardé pour eux. Elle mordit sa lèvre inférieure, prête à lire la suite de cette lettre écrite par celui qu'elle voyait comme son meilleur ami.

Mais avant tout, je voudrais te dire la vérité sur mon accident. Ce n'en était pas un. Je savais quelle vitesse et quelle angle je devais prendre. Assez de vitesse pour ne pas endommager mon cœur et ne blesser personne d'autre que moi, mais assez également pour me laisser cérébralement mort. Je te demande de ne pas te sentir coupable, ni toi ni Matt, parce que vous ne l'êtes pas. C'était mon choix. A 100%.

De nouvelles larmes vinrent à ses yeux, descendant lentement ses joues, se coinçant dans le creux de ses lèvres, comme si elles ne voulaient pas tomber sur cette feuille de papier délicate.

Je sais que je ne serai plus là lorsque tu liras cette lettre, mais je veux que tu saches à quel point j'ai été heureux de t'avoir dans ma vie. J'ai aussi écrit une lettre pour Matt. Accorde-moi une dernière faveur : ne lui donne pas avant qu'il soit totalement prêt à la lire. Pas seulement mentalement, mais aussi physiquement. J'aimerais penser que lorsque tu liras cette lettre, je serai à nouveau aux côtés de Shay, que je serai en mesure de lui faire des farces à nouveau, qu'elle me harcèlera comme elle aimait si souvent le faire.

Gabby ne put retenir un rire, s'imaginant Leslie le tourmenter comme elle en avait l'habitude, repensant à tous ces moments où elle lui avait joué des tours sans qu'il se doute de quelque chose.

Chaque fois que tu sentiras un regard sur toi, que tu sentiras une présence près de toi alors qu'il n'y a personne, sache que ce sont Andy, Shay et moi, et qu'on veille sur notre famille.

Elle repassa instinctivement sa main gauche sur son épaule droite, comme si elle continuait de ressentir ce froid qu'elle avait éprouvé dans la douche, se demandant si elle l'avait imaginé pour se sentir mieux où si c'était la réalité. Elle ne croyait pas à toutes ces histoires de fantômes, ni à la réincarnation. Mais cette sensation qu'elle avait eu, c'était quelque chose de bien réel. Elle en était persuadée, il ne pouvait en être autrement.

Avant de finir cette lettre, j'aimerais que tu dises à Casey mot pour mot ce que je vais te dire lorsqu'il se réveillera et qu'il saura qui est son donneur. Physiquement, je ne suis plus ton frère, mais je suis ton cœur, ce qui te maintient en vie. Nous sommes à présent plus unis que nous ne l'avons jamais été. Y compris toi et moi Gabby. Souviens-toi de moi,

Kelly

Souriant tout en pleurant, Gabby apposa cette lettre sur son torse, sur son ventre. Elle resta ainsi pendant quelques minutes, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus pleurer. Elle regardait cette lettre pour Matt, sans l'ouvrir. Elle n'en avait pas le droit, elle était pour Matt. Essuyant les larmes sur sa face avec le dos de sa main, elle replaça ce morceau de papier dans l'enveloppe avant de prendre le sien et de mettre le tout dans le tiroir de sa table de nuit, là où Matt n'allait jamais fouiller. Elle devait aller voir Sylvie, elle devait aller voir sa meilleure amie. Alors elle se leva, prenant les clés de la porte d'entrée, démarrant la voiture et partant pour sa maison. Il y avait également une pile de lettres. Elle la prit, regardant chaque lettre une par une, avant de s'arrêter sur une lettre similaire, mais pour Brett cette fois-ci. Elle frappa à la porte, espérant que Sylvie allait répondre.

« Brett ? C'est Gabby, ouvre-moi s'il te plaît ».

Elle savait qu'elle était chez elle, sa voiture étant garée dans la rue. Elle frappa à nouveau avant de se rappeler qu'elle avait une clé de chez elle, tout comme Sylvie avait une clé de sa maison. Elle ouvrit la porte en grand, son regard se posant instantanément sur le canapé. Brett était roulée en boule dans sa couverture jaune favorite, pleurant sans discontinuer, une bouteille de vodka en main. Cela lui brisa le cœur de voir sa meilleure amie ainsi. Elle paraissait si forte aux yeux de tous, affirmant sans cesse qu'elle allait bien, alors qu'au fond, elle le pleurait sans s'arrêter. Gabby ferma la porte, se précipitant alors sur cette amie qui avait en quelques sortes remplacée Shay physiquement, s'asseyant à ses côtés sur le canapé et la prenant dans ses bras. Elle la sentait trembler, les larmes mouillant rapidement les manches de son manteau qu'elle avait gardé. Gabby la laissa librement déverser toutes ses émotions sur elle, restant forte comme jamais. Car elle n'était pas celle qui avait perdu l'amour de sa vie, non. C'était Brett. Et elle avait tout à fait le droit de pleurer, d'être en colère, d'en vouloir à la Terre entière. On lui avait retiré la personne la plus importante à ses yeux, sa moitié. On lui avait enlevé une partie de son âme. Brett pleurait sur elle à en avoir mal à la tête, au point d'en avoir les yeux rouges, se laissant envelopper par ses bas doux et chaleureux, se laissant bercer par sa voix tentant de la rassurer, de la calmer, d'atténuer ses pleurs, ses sanglots.

« Tu as le droit de pleurer. Je suis là. Je serai toujours là », assura une Gabby retenant ses propres larmes.

Elle n'avait pas le droit de pleurer, pas devant sa meilleure amie. Réalisant de petits cercles entre ses omoplates, Sylvie se calma doucement mais sûrement. Jusqu'à ce qu'un petit et simple sanglot s'échappe de sa bouche. Elle se redressa, essuyant le reste de cette humidité collant sur son visage.

« Merci », murmura-t-elle à Gabby. « D'être là pour moi ».

« Toujours. On se l'est promis il y a maintenant six ans. Tu te souviens ? »

Un premier sourire vint égayer et illuminer son visage alors qu'elle acquiesça. Elle s'en souvenait parfaitement, comme si c'était hier.

« On s'est promis d'être là l'une pour l'autre, de ne jamais se mentir ».

Brett savait où Gabby voulait en venir : elle ne lui avait pas dit la vérité sur ses sentiments, sur ses émotions lorsqu'elle a su que Kelly, son homme s'était donné la mort pour sauver celui de sa meilleure amie.

« Je ne t'ai pas menti. Je t'ai caché la vérité », rectifia-t-elle. « Tu... Tu te devais d'être la plus heureuse des femmes ».

« Et toi tu te devais d'être la plus triste d'entre toutes », ajouta très vite Gabby. « Pas de refouler tes sentiments et ces pleurs ».

Par honte, Brett baissa la tête, très vite redressée par la main Gabby sous son menton.

« Kelly ne voudrait pas te voir pleurer. Il n'aimait pas voir les larmes couler sur ton visage. Il voudrait que tu te souviennes de chaque moment passé en souriant, il voudrait que tu sois fière de les avoir passé avec lui ».

Sylvie laissa échapper un léger rire, une unique larme roulant à nouveau sur sa joue gauche. Gabby passa ses doigts sur celle-ci, essuyant cette gouttelette qu'elle détestait elle aussi voir sur son visage.

« Il voudrait te voir sourire comme jamais ».

Cinq minutes plus tard, après s'être assurée que Sylvie était calme et semblait sereine, elle lui tendit une enveloppe : celle de Kelly. Les yeux de Sylvie s'agrandirent, elle leva la tête pour rencontrer le regard de Gabby, intriguée et surprise.

« C'était dans ton courrier, devant l'entrée », précisa Gabby.

« Il... C'est vraiment de lui ? »

« Oui. J'en ai reçu une aussi. Il a vraiment écrit cette lettre Sylvie. Pour toi ».

« Je... J-je ne peux pas la lire. J-je n'en ai pas le courage », avoua-t-elle finalement.

« Tu... Tu veux que je la lise ? Pour toi ? »

D'abord hésitante, Sylvie hocha la tête de haut en bas très légèrement tout en fermant les yeux. Gabby ouvrit donc l'enveloppe, prenant ce nouveau bout de papier dans les mains, sentant que quelque chose d'autre était au fond. Elle regarda, ne dit rien, ne laissa apparaître aucune émotion sur son visage. Elle reposa l'enveloppe sur la table, ouvra la lettre et commença à lire à haute voix.

Ma très chère et bien aimée Sylvie,

Je ne sais par où commencer. Mais je sais une chose : tu es l'amour de ma vie. Tu l'es depuis notre première rencontre, lorsque tu as mis les pieds à la caserne 51. Dès lors, je ne pouvais pas imaginer une vie sans toi, ma vie. Et je sais aussi que tu ne veux pas imaginer la tienne sans moi. Mais maintenant, tu n'as plus le choix. Je ne veux pas que tu sois triste ou en colère, même si je sais que tu l'es. Je ne veux surtout pas que tu pleures parce que je ne suis plus là, mais là encore, je sais que tu es en larmes. Parce qu'en réalité, je ne suis pas parti. En fait, je suis bien plus vivant que je ne l'ai jamais été. Je te l'accorde, je ne pourrais plus te faire des farces, je ne pourrais plus te prendre dans mes bras et te réconforter après une dure journée, parce que je serai en Matt. Et je serai bien plus vivant qu'avant. Souviens-toi en. Je vais l'aider à rester vivant. Bien plus que cela, je vais le maintenir en vie. Pour Gabby, pour Eliza, pour ce nouveau bout de chou qui va naître, et aussi pour tout ceux du 51. Je vais devenir le cœur de Matt. Je vais être bien plus proche de lui que jamais auparavant. Je vais être plus qu'un grand frère pour lui maintenant. Matt a donné son cœur pour moi, il est temps à présent pour moi de lui donner mon cœur. Tu étais présente ce jour-là, regardant cette scène se dérouler devant tes yeux, nous regardant tous les deux prendre cette balle. Tu as donné le meilleur de toi pour maintenir Matt en vie et je ne pourrais jamais te remercier assez. Aucun mot ne peut exprimer ma gratitude envers toi.

Rends-moi un service s'il te plaît. Je n'attends pas à ce que tu comprennes ce que je vais te demander parce que les sentiments ne marchent pas toujours comme on le voudrait. Mais s'il te plaît, n'en veux pas à Casey pour ma mort. Ce n'est absolument pas de sa faute, et surtout je sais que tu ne lui en voudras jamais. Parce que tu es la douceur incarnée. Je sais que ce que je vais te demander cette fois-ci est encore plus dur. Mais je t'en supplie, pardonne-moi.

Le truc, c'est que j'ai su que quelque chose clochait lorsque le sang de Matt et le mien se sont rencontrés. Appelle cela le destin ou une sacré coïncidence, mais nous avions le même groupe sanguin et le même rhésus. Cela m'a brisé le cœur lorsque j'ai découvert qu'ils ne pouvaient pas réparer le cœur de Matt, jusqu'à ce qu'ils me parlent de ces deux mois de sursis. L'espoir était revenu en chacun de nous. Et puis les deux mois sont passés et pas un seul donneur à l'horizon. Dès le départ, j'avais demandé au docteur Rhodes de réaliser un test de compatibilité avec Matt. Ce test qui allait me permettre de savoir si mon cœur pouvait correspondre, s'il pouvait convenir à Matt. Et ce fut le cas, à 87%. À ce moment-là, j'ai prié pour que les médecins puissent trouver un donneur pour Matt. Mais dans la possibilité que ce miracle n'arrive pas, j'ai préparé l'éventualité de devenir le donneur de Matt avec l'aide du docteur Rhodes. Si tu lis cette lettre, alors c'est que cela est arrivé.

Je sais que tu es en train de hurler de colère à l'intérieur, mais je t'en conjure, ne le fais pas. Je sais que c'est beaucoup te demander de me pardonner et je peux comprendre si tu ne me pardonnes jamais. Mais souviens-toi de moi lorsque tu te sentiras mal, en colère ou seule. Car je t'aime Brett, et je t'aimerai toujours. À l'intérieur de cette enveloppe, il y a quelque chose que j'ai toujours voulu t'offrir. Je voulais attendre le bon moment pour cela, mais je ne le trouverai jamais. Accepte ceci, pour que je sois toujours avec toi, et que tu te souviennes de moi. Avec tout mon amour,

ton bien aimé Kelly

Pleurant à nouveau, intriguée, Sylvie s'empara de l'enveloppe traînant sur la table en face d'elle et regarda à l'intérieur. Elle ouvrit la bouche, pleurant de plus belle. Elle prit l'objet dans sa main, l'observant inlassablement. C'était une bague en or blanc sertie de six topazes de Californie, la pierre précieuse qu'elle aimait le plus. À l'intérieur de l'anneau, son nom et celui de Kelly étaient gravés ainsi que la date de leur première rencontre : le 18 juin 2014. Les six topazes représentaient les six années étant passées depuis cette rencontre jusqu'à aujourd'hui. Il voulait donc la demander en mariage, mais n'en avait pas eu le temps. Elle la mit à son annulaire, contemplant cette merveille tout en pleurant comme jamais.

« Tu ne l'oublieras jamais. Parce qu'il sera toujours là avec toi. Parce qu'il est toujours là, à veiller sur nous. Pour toujours ».