Chapitre 12 : Agra, Inde

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Le lendemain, toute l'équipe se retrouva dans un minuscule taxi indien typique, les doutes qui avaient traversés leur esprit avaient disparu, remplacés par des grimaces de contrariété. N'importe quelle personne qui a déjà été en Inde ou qui a déjà pris un taxi indien peut vous expliquer pourquoi. Tout d'abord, il était juste 10 heures do matin, mais le soleil tapait déjà fortement, brûlant les rues avec des vagues de chaleur atteignant facilement 35 degrés Celcius (95 Fahrenheit). Bien sûr, ces températures étaient absoluement typiques d'un été indien et l'équipe d'extracteur avait bêtement choisi de garder leur veste européenne (tous sauf Nash qui riait intérieurement de leur malheur).

Une autre cause de leur incomfort était le taxi lui-même, qui –tout en étant trop petit pour accueillir 5 personnes –ne possédait pas de portes. C'était quelque chose de très commun en Inde et, si cela facilitait l'accès comme la descente du taxi, cela permettait aux aspects extérieurs à avoir un accès facile à vous. Cela incluait une espèce de singe machiavélique qui avait l'habitude de voler des bijoux et autres objets brillants.

Il est vrai que l'idée d'élever des animaux à voler à l'intérieur des limites d'une ville peut sembler surprenante pour certains, mais les animaux ont jour un grand rôle dans la culture indienne. Depuis que Agra possédait une vaste culture hindoue, certains animaux sont considérés comme sacrés et peuvent fréquemment abuser de ce statut pour terroriser les citoyens.

C'est de cette façon que le taxi de notre équipe s'arrêta, non pas –et l'on pouvait si attendre –pour changer une ampoule sur un lampadaire, mais bien pour laisser le temps à un troupeau de bétail de traverser la rue. Ce n'était pas un troupeau particulièrement grand, juste quelques gros taureaux et leurs veaux, mais ils ne semblaient absoluement pas pressé de quoi que ce soit, errant dans la rue devant le taxi, au lieu de simplement la traverser.

"C'est une mauvaise blague," grogna Eames, en référence à un veau qui avait décidé de rester au milieu de la route.

Nash grogna à son tour en signe de mécontentement, croisant ses bras, sans rien dire.

Cobb soupira. "Est-ce qu'on ne peut pas simplement le contourner ?" demanda-t-il au chauffeur, sa contrariété vibrant dans sa voix.

"Non, si vous roulez, vous allez enfreindre la Loi. Même quand vous êtes dans la voiture de Faraji, vous attendez," dit-il sévèrement, dans un accent très exagéré.

"Ecoutez, nous devons nous rendre quelque part et c'est plutôt important," renchérit Arthur en se penchant en avant.

" Bhawan ke ghar der hai andher nahi*," répondit froidement Faraji, ne lâhcant pas la route des yeux.

Arthur soupira, exaspéré, sans demander la traduction et se réinstallant dans son siège, entre Eames et Nash. Il n'était, en temps normal, pas une personne claustrophobe, mais cette situation lui donnait des courbatures et l'idée de s'étirer quelque peu l'appelait, comme un chien à qui on dirait "Au pieds".

Ils n'avaient pas eu énormément de temps pour dormir la nuit passée, ayant juste le temps de trouver quelques chambres dans un motel pas cher et de se reposer à peu près 5 heures avant de reprendre la route. La plupart des gens ne pouvait pas fonctionner correctement avec moins de 7 heures de sommeil, mais après toutes ces années à travailler avec Cobb et ses programmes de rêves partagés, son corps s'était habitué et, tant wu'il avait plus de 3 heures de repos par nuit, cela lui suffisait. Cependant, il pensait s'assoupir à l'instant, d'une part à cause d'une fatigue générale, d'autre part, il s'agirait d'une distraction par rapport à la chaleur. Après tout, le confort ou l'incomfort, ça se passe dans la tête, non ?

Malheureusement, Arthur fut bientôt réveillé en sursaut par le ronronnment du moteur du taxi et se rendit compte qu'il bougeait à nouveau. Il ne put retenir un bâillement. Un grand bâillement.

"J'en connais un qui manque de sommeil, non ?" ricana Eames en lançant un bref coup d'œil à Arthur avant de se reconcentrer sur les alentours.

"Ah ah ah. Mais ne serais-tu pas fatigué si tu avais du partagé ta chambre avec lui ?" dit-il en inclinant la tête vers Nash.

"Qu'est-ce-que c'est supposé vouloir dire ?" demanda Nash, dans sa grande naïveté.

Arthur et Eames s'échangèrent un regard, souriant, mais ne dirent rien, laissant l'architecte bouillonner comme un idiot et reportèrent leur attention sur les alentours.

Après avoir traversé les endroits les plus pauvres du pays, ils roulèrent maintenant dans le cœur d'Agra, où les rues étroites firent place à de grands boulevards rectilignes. De magnifiques palais s'alignaient le long de leur route quand ils approchèrent le Taj Mahal, dominant le ciel par-dessus les toits des bâtiments en briques.

En regardant ces structures, il étsit difficile de croire que, quelques minutes plus tôt, ils avaient traversé des rues où des enfants sans foyer avec aucun espoir de nourriture s'ils ne parvenaient pas à épingler un touriste. Quelque part, ils étaient comme des singes : sombres, mais intelligents, scrutant toujours les flots de population qui grouillaient dans la richesse d'Agra. Cependant, ils ne cherchaient aucunement de l'argent, comme les mendiants que vous trouvez dans des endroits comme les rues de New York. Au lieu de cela, ils vous regardaient depuis l'ombre, trop timide ou trop peureux pour vous approcher.

L'Inde, malgré ses sublimes palais et temples et bien que portant une histoire fantastique, n'en restaient pas moins un pays pauvre. Cependant, c'était ces pauvres gens qui construisait littéralement l'Inde et qui posaient les fondations du futur.

Tout en pensant à ces choses-là, l'équipe arriva à leur destination, ce palais blanc, contrastant avec le bleu du ciel, connu sous le nom de Taj Mahal, l'une des 7 merveilles du monde. La première chose qui frappa l'équipe était sa taille immense. Les images ne représentaient sa grandeur collossale, cette construction historique qui employa 3'700 architectes et ingénieurs, 20'000 ouvriers et 40 ans de construction. C'était l'une de ses choses qui vont arrête et qui vous font réfléchir à la capacité des hommes (bien avant l'invention de la technologie "moderne", pensez-vous) de se mettre ensemble pour monter de tel édifice extraordinaire.

Quand le taxi ralentit jusqu'à s'arrêter, Cobb paya le chauffeur et l'équipe était à peine descendu que Faraji déclara : "Pas de pourboire ?"

" Bhawan ke ghar der hai andher nahi," répondit effrontément Eames, se détournant du chauffeur qui cracha une avalanche d'injures en Hindi.

Arthur regarda Faraji s'éloigner, ses yeux regardant curieusement le chauffeur, puis le faussaire. "Qu'est-ce que tu lui as dit ?"

Eames haussa les épaules innocemment, car Arthur avait le vague sentiment que le faussaire savait exactement ce qui avait été dit. Il n'insista pas, alors que l'équipe pénétra lentement à l'intérieur du Taj Mahal.

Comme le London Eye, les allées qui menaient au mémorial grouillaient de personnes qui, pour la grande majorité, portaient des couleurs comme le blanc, le rouge, le jaune et le brun. Comme d'habitude, l'équipe se démarquait très nettement de la foule, et recevait des coups d'œil curieux alors qu'ils avançaient.

"Pourquoi ils nous regardent comme ça ?" ne put s'empêcher de demander Nash, mal à l'aise.

"4 hommes habillés à l'anglaise se promènent dans un monument national portant une grosse valise en métal ; je serais un peu plus étonné si personne ne nous remarquait." dit Dom intelligemment, tout en continuant de marcher. Cependant, il s'arrêta brusquement, obligeant le reste de l'équipe à s'arrêter derrière lui. Ils étaient à l'entrée du Taj Mahal, se tenant au début d'une volée de minces marches blanches. Au-delà de l'escalier, il y avait un grand dôme sur le côté du bâtiment en pierre qui abritait la porte-fenêtre qui menait à l'intérieur.

Ils ne firent aucun mouvement pour y aller mais, dans l'angle mort de l'escalier se tenait la femme blonde d'avant. Pendant un bref moment, Arthur sentit son cœur s'arrêter dans sa poitrine ; si cette femme était là, cela pouvait-il vouloir dire qu'ils étaient déjà en retard ? C'est vrai, il s'était écoulé beaucoup de temps entre leur motel et le Taj Mahal dans la matinée, mais était-il possible qu'il en avait laissé échapper trop ?

Renfrogné, l'équipe s'approcha de cette femme. Similaire à leur dernière rencontre, elle avait la même expression froide, comme la dernière fois, sauf que, cette fois, ses yeux glaciaux étaient cachés derrière une paire de lunettes de soleil. Elle avait à peine tourné la tête quand ils se sont approchés, mais sa grimace prouvait sans peine qu'elle les avait reconnus.

"Vous êtes en avance," constata-t-elle, soulignant les mots avec violence, les faisant sonner comme un crime. Bien qu'il fût impossible de voir à travers ses lunettes, Eames était sûr que ses yeux étaient posés sur lui, comme si elle essayait de leur faire sentir une quelconque culpabilité. Il ne soucilla même pas. En voyant son manque de réaction, elle fronça les sourcils, se retourna et commença à s'en aller.

Sans attendre d'invitation, l'équipe la suivit.

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Ce ne fut pas long jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à leur destination supposée, un bâtiment en briques qui s'effritait comme s'il n'avait pas vu des meilleurs jours depuis plus d'un siècle. Les murs bruns du bâtiment avaient disparu sous les brèches et fissures de la taille d'un homme moyen parfois, et la plupart d'entre eux avaient de vilaines plantes noires qui grimpaient sur les côtés. Ce qui ressemblait à des portes et des fenêtres n'était rien de plus que de trous vides dont les structures étaient déséquilibrées comme si elles avaient subi bons nombres de séismes.

Cependant, en dépit de l'apparence extérieure, une fois à l'intérieur, le bâtiment semblait stable. Ce que Arthur avait présumé être un sol en terre battue avait été recouvert par une couche de béton qui n'avait pas été touché par les imperfections qui affectaient le reste du bâtiment. Un escalier solide d'aspect avait été repoussé dans un coin de la pièce et ressemblait étrangement au premier. La seule différence notable était représentée par les 4 lits d'hôpital et la petite table en métal qui avait été paresseusement installé dans l'espace.

C'était là que la femme s'est finalement arrêtée, se retournant vers les quatre hommes pour leur faire face. Soupçonneux, chaque membre de l'équipe monta sur un lit et la femme ouvrit le PASIV et tendit une IV à chacun.

"Vous recevrez les instructions sur la façon de participer à la prochaine partie du jeu un fois que vous serez en bas." expliqua-t-elle, sa voix prenant un ton monotone comme si elle récitait un texte. "On vous réveillera une fois que le jeu sera terminé et de là, on determinera si vous avez réussi ou échoué." Elle s'en retourna au PASIV et pressa le bouton central de la malette.

L'équipe ferma les yeux pour se préparer.

"Encore une chose à se rappeler," dit-elle soudainement, leur faisant rouvrir les yeux par surprise. "Connais ton ennemi". Sur ces mots, le monde se referma dans le noir.

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*Réplique largement utilisée dans les conversations indiennes quotidiennes.