Titre : Jack cherche et avance, Chapitre 12.

Disclaimer : Je me suis inspirée des différentes saisons de digimon pour créer mon histoire, aussi même si le monde a été transformé pour correspondre à mon histoire, il appartient aux créateurs de Digimon.

Un instant j'ai cru que j'allais devenir fou.

J'étais sur un îlot ridicule entouré d'un océan immense, il y avait précisément quatre palmiers et un rocher énorme. J'ai hurlé toutes les insultes qui me passaient à l'esprit avant de céder au désespoir. Pourquoi est-ce que j'étais revenu dans ce monde maudit ?

Dans mon sac j'avais bien de quoi tenir un peu mais je n'allais pas rester éternellement ici. Au loin, je pouvais distinguer un autre îlot mais il n'avait pas l'air bien plus grand que le mien. Après une bonne dizaine de minutes à réfléchir sans succès, j'ai fini par me décider. Il ne me restait plus qu'à rallier les îlots à la nage les uns après les autres jusqu'à trouver un passage. Tant pis pour mes céréales, elles finiraient gonflées d'eau de mer. J'ai quand même inspecté le rocher avec attention mais il n'était pas un passage dissimulé comme je l'avais espéré. Accrochant mon sac à dos sur mes épaules je suis partit d'un bon pas. Je me suis rapidement rendu compte de ce qui clochait, l'eau ne m'arrivait qu'aux cuisses alors que j'étais quasiment arrivé à l'îlot suivant. Cet océan ne devait pas faire plus de quatre-vingt-dix centimètres de profondeur. C'était une bonne nouvelle, au moins je n'aurais pas à m'épuiser en nageant, juste en marchant dans l'eau salée.

Ayant accosté sur l'îlot suivant, j'ai décidé d'enlever mon pantalon pour éviter de l'abimer avec le sel, après l'avoir fait sommairement séché puis l'avoir mis sur mon épaule, j'ai continué jusqu'à ma prochaine destination. J'avais du en parcourir quatre ou cinq, tous étaient à peu près semblables : quelques palmiers, un rocher ou deux mais rien d'autre de transcendant. Ce n'est pas sur les îlots que j'ai trouvé quelque chose d'intéressant mais au beau milieu de la mer. J'ai légèrement dérivé vers la gauche quand j'ai aperçu quelque chose qui dépassait de la surface au loin, une sorte de pointe rocheuse. Quand je suis arrivé au contact, il est devenu évident que je me trouvais devant un coquillage géant. Une coquille grise de Bernard l'ermite géant recouverte de piques, de trois fois ma taille en hauteur. J'ai toqué sur la paroi pour écouter si l'intérieur sonnait creux mais le son était sourd et atténué. J'ai accroché mon sac au pique le plus proche avec mon pantalon et j'ai aussi enlevé mon t-shirt, la pointe allait me servir de porte manteau d'appoint. Retenant ma respiration, j'ai plongé sous l'eau en ouvrant les yeux difficilement dans l'eau salée à la recherche de l'entrée du coquillage. Je me trouvais à l'opposé de l'ouverture alors j'ai vaguement nagé pour me rendre de l'autre côté et au moment où j'ai voulu regarder dans l'ouverture, d'immondes tentacules verts en sont sortis. J'ai relâché tout l'oxygène que j'avais dans mes poumons en une seconde, me projetant vers l'arrière avec mes pieds. Cette créature, je n'avais pas la moindre idée de ses intentions et j'étais trop loin de l'îlot à mon goût pour lui échapper dans le cas contraire. A vrai dire, même en allant sur l'îlot pour peu qu'elle marche facilement sur le sable je n'aurais quasiment aucun endroit où me cacher. Dans le doute, j'ai quand même tenté une course dans l'eau vers le banc de sable le plus proche pour grimper dans un palmier.

Je pouvais voir le coquillage s'avancer lentement vers moi du haut de mon arbre, il ne semblait pas très pressé. J'ai du attendre bien deux longues minutes avant qu'il n'arrive enfin sur le rebord.

Les tentacules verts étaient en faite les cheveux collés sur la tête rose d'un dinosaure qui semblait vivre dans cette coquille. Il avait ouvert d'immenses yeux bleus en sortant de l'eau saline, il cherchait de gauche à droite sans se presser. Quand il a levé la tête et m'a enfin aperçu face à ses yeux, je me suis rendu compte du ridicule de mon idée de me cacher dans un palmier vu la taille de mon poursuivant. Il aurait pu l'arracher d'un seul bras sans trop d'efforts.

Nous nous sommes jaugés du regard pendant un long moment avant qu'une voix caverneuse ne sorte de la gueule de ce géant.

-Qu'est ce que tu es toi ?

Il parlait d'une voix trainante, comme si le simple fait de réfléchir lui demandait un effort.

-Je suis un digimon, je cherche d'autre digimons qui me ressemblent.

S'il y avait bien une chose que j'avais retenu, c'était de ne pas divulguer l'information sur ma nature humaine. Ce digimon m'avait l'air suffisamment nigaud pour me croire. Il a penché la tête sur le côté, pensif.

-Hmm. Drôle de digimon, je n'en avais jamais vu comme toi.

De nouveau, le silence s'éternisait alors qu'il me fixait sans bouger.

-Je peux descendre ?

Il a tendu sa grosse main vers moi, paume ouverte.

-Monte donc, je t'emmène.

Il ne semblait pas spécialement menaçant alors j'ai décidé de grimper sur sa main, il m'a déposé au sommet de sa coquille. De là haut je pouvais apercevoir plus d'îlots, ils étaient tous situés à des intervalles plus ou moins réguliers, tous minuscules.

-Il n'y a que de l'eau ici ?

-Hmmmm. Oui. Il n'y a que de l'eau.

Passionnant, après des zones plus variées les unes que les autres je me retrouvais dans une pataugeoire géante. Je me suis callé contre un des piquants géants de la carapace pour observer le large, il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire.

-Où est-ce qu'on va ?

-Hmmm. Pas très loin.

Encore heureux à la vitesse où il se déplaçait, heureusement qu'il était énorme et faisait de grandes enjambées sinon je l'aurais dépassé à pied. J'ai escaladé sa carapace pour récupérer mes affaires toujours accrochées au ras de l'eau. J'ai sortit une casquette pour me couvrir les yeux et renfilé mon t-shirt, je n'avais pas dormi de la nuit, j'étais épuisé.

J'étais un Goblimon, le digimonde n'était pas le même à cette époque. Toutes les zones étaient reliées entre elles, il y avait certains conflits territoriaux mais rien qui ne mettait en péril les habitants des régions car nous étions légions. Je vivais dans une horde, nous étions plus d'une centaine tous menés par un Ogremon vaillant. Je me souvenais des parties de chasse dans la forêt, des entrainements avec mes camarades, des festins.

Mais ce dont je me souvenais le mieux c'était du moment où tout avait basculé.

Les craquements de la terre qui se séparait, les hurlements des nôtres qui tombaient dans un gouffre sans fond. Une partie de notre territoire s'est élevé pour devenir une île, des flots déchainés l'ont entouré et nous avons été réduits à une cinquantaine. La perte de la moitié de nos camarades a été un choc, mais c'est bien plus tard quand ils sont venus menés par le grand chien recouvert de lames que nous avons compris que plus rien ne serait pareil. Ils ont capturé une trentaine de Goblimons, on ne les a plus jamais revus mais ce qui fut le plus marquant, c'est celui qui a fini effacé. L'un des capturés a fini par se libérer et sauter dans le vide, nul doute qu'il avait espoir de revenir sous une autre forme plutôt que de se laisser asservir. Mais il n'est pas partit comme l'avaient toujours fait les digimons avant lui, ses données se sont émiettées, elles ont stagné sur place. Quand notre chef s'est approché, les données ont fusionné avec lui sans qu'il puisse rien y faire. Nous avons compris que plus personne ne renaitrait.

J'ai ouvert les yeux, encore un souvenir qui ne m'appartenait pas. L'idée que les digimons ne puissent plus renaitre ne me causait aucune peine. C'était même plutôt une bonne nouvelle, la seule chose désagréable était qu'ils n'étaient pas capable de simplement disparaitre. Ils se sentaient obligés de fusionner avec l'entité la plus proche d'eux. Digimon, humain et si rien n'était présent ils finissaient même par fusionner avec l'environnement.

-On est bientôt arrivé maintenant ?

-Hmmm. Plus très loin.

J'ai soupiré, cette phrase pouvait vouloir dire à des heures autant qu'à quelques minutes. Le ciel était toujours clair, à défaut que le paysage soit passionnant la température elle était très agréable. J'ai tendu mon bras vers le ciel pour regarder le soleil en dessiner les contours.

J'étais en train de piocher dans mon paquet de céréales quand quelque chose s'est enfin profilé à l'horizon. Il y avait des dizaines de coquilles géantes au loin, mais surtout il y avait enfin une île digne de ce nom. Pour la première fois depuis mon retour dans le digimonde, j'ai sorti mon digivice afin d'afficher une carte des alentours. J'ai effleuré du doigt la matière jaune qui le composait, pour la première fois je me demandais également où était Crookmon. Secouant la tête, j'ai de nouveau observé la carte en trois dimensions. L'île n'était pas si grande que ça, mais elle était sans doute la plus appropriée pour cacher un passage.

-Ce n'est pas possible d'aller plus vite ?

-Hmmm. Je suppose que je peux faire ça.

J'ai affiché un sourire douteux sachant pertinemment que le gros digimon ne pouvait pas me voir.

-Accroche-toi.

Dans le doute, je me suis rapproché d'un de ses piquants pour m'y accrocher, j'ai aussi remis mon sac mais rien n'aurait pu me préparer à ce qui allait suivre. J'ai senti sa coquille se soulever au dessus du niveau de la mer puis redescendre lentement avant d'être violemment projeté dans les airs. L'énorme digimon venait de se projeter à la force de ses bras comme un missile. J'étais accroché à la base de son piquant, plaqué contre sa coquille par la gravité. Le moment bref où juste avant de retomber on flotte un instant, j'en ai profité pour agripper mes jambes en plus de mes bras. La descente était encore plus violente que la montée, impossible d'ouvrir les yeux tellement les rafales d'air étaient douloureuses. Je sentais une violente envie de vomir me prendre aux tripes quand notre descente a commencé à ralentir progressivement. J'ai entrouvert un œil timide en comprenant qu'un énorme jet d'eau tempérait notre arrivée jusqu'au sol, au beau milieu de l'île. Une fois bien arrivé sur le plancher des vaches, j'ai descendu la carapace les jambes chancelantes avant de rendre mon goûter sur le sable. Je ne demanderais plus jamais à ce gros plein de soupe de se presser.

-Merci pour... la ballade. Je pense que je vais marcher maintenant.

-Bonne chance pour trouver les autres digimons que tu cherches.

Je l'ai remercié avant de partir d'un pas lent et peu assuré.

Je n'avais aucune idée d'où partir pour retrouver Louis ou pour trouver la petite sœur de Lorianne. Et surtout, je ne comprenais pas pourquoi j'avais atterris ici. Que ce soit Louis, Lorianne et moi, nous avions tous commencé notre voyage dans la zone des Goblimons. Si j'avais fini par réapparaitre dans les marais ça aurait peut être eu du sens mais je ne connaissais pas du tout cet endroit. Ca n'avait aucune logique. Je me souvenais de ce que m'avait dit mon père une fois, une histoire de lois de la complexité. Si tu te prends une fiente de pigeon sur le crane, c'est de ta faute après tout car c'est toi qui a choisis de marcher là ce jour là à cet endroit précis. Les événements ne sont jamais vraiment un hasard, les choses se sont agencées de telle manière que j'avais fini ici, sans doute que plein de paramètres que j'ignorais entraient en jeu.

L'île avait beau être plus grande, il n'y avait pas vraiment de relief alors je pouvais d'ores et déjà deviner que le passage ne s'y trouverait pas non plus. Continuant mon inspection pour être sur de ne passer à côté de rien, un bruit étrange me fit tendre l'oreille. Je ne l'ai pas identifié tout de suite tellement il me paraissait incongru dans ce paysage peuplé de crustacés géants à la voix grave. Je me suis mis à courir dans la direction du son qui devenait de plus en plus clair, c'était le rire d'une fille.

Plusieurs coquillages étaient collés entre eux, m'empêchant de voir correctement, je me suis agrippé aux piques de leurs carapaces pour les escalader le plus rapidement possible, j'ai même laissé tomber mon sac sur le sol dans ma précipitation. Mon pantalon a glissé de mon épaule sans même que je jette un regard un arrière, il fallait que je sache si ce bruit était réel ou pas. J'étais presque arrivé au sommet, j'étais sur d'entendre la voix d'une fille pourtant j'ai ralenti avant de m'arrêter. Ce n'était pas la voix de Lorianne. Évidemment que ce n'était pas la sienne. Qu'est ce que j'avais cru ? Elle était morte. Je n'avais même plus besoin de préciser à cause de qui tellement tout était clair dans mon esprit. Pourquoi est-ce que j'étais revenu dans le digimonde déjà ? Sa sœur. Il fallait que je retrouve sa sœur.

Mes bras ont recommencé à gravir la distance qui me séparait du sommet, et en haut je l'ai vue. La sœur de Lorianne était bien dans ce monde, c'était sans doute à cause d'elle que j'avais atterris dans cette zone, pour la retrouver. Quel était son nom déjà ? Je ne m'en souvenais plus. Elle ne ressemblait pas vraiment à Lorianne, elle était petite et trapue, ses cheveux étaient aussi noirs mais la ressemblance s'arrêtait là. Lorianne avait des cheveux mi-longs aux épaules souples et sa sœur un carré avec une chevelure bien fournie et raide. Mais la plus grande différence entre elles, je m'en suis aperçue en descendant quand elle m'a fixé avec ses grands yeux ébahis. Lorianne avait les yeux marron foncé et cette petite avait des yeux plus bleus que la mer qui nous entourait.

Elle ne semblait pas trouver de mots pour me parler, sans doute se demandait-elle si j'étais un mirage. J'ai fini de descendre la carapace, en un bond mes pieds se sont enfoncés dans le sol et je lui ai fais face. Je ne savais pas trop bien comment me présenter, les digimons à tête rose nous observaient et finalement c'est l'un d'entre eux qui a brisé le silence.

-Hmmmm. Celui là aussi c'est une fille ?

J'ai vu les yeux de la jeune fille se remplir de larmes avant qu'elle éclate d'un rire sonore en s'essuyant les joues.

-N'importe quoi ! C'est un garçon !

Elle continuait de rire et le digimon qui avait parlé approcha un peu plus près sa tête de moi comme pour chercher la différence entre ce qu'on appelait fille ou garçon. Je n'allais surement pas lui expliquer. Gêné, je me suis rendu compte que j'aurais mieux fais de me rhabiller correctement avant de me présenter à une jeune fille.

-Je m'appelle Jack.

Elle s'essuya encore le coin des yeux avant de me tendre sa main.

-Je m'appelle Camille, enchantée.

Une voix aiguë que je n'arrivais pas à situer à répondu à sa suite.

-Et moi Camille, moi aussi je veux le voir !

Affichant un grand sourire, elle pivota pour me montrer son dos. Elle portait un sweet bleu marine à capuche trop grand pour elle, dans la dite capuche se trouvait une sorte de tête de grenouille avec une queue de têtard.

-Mon nom à moi c'est Guämon et je t'enchante aussi.

-Non Guämon, tu ne l'enchante pas ! C'est toi qui est enchanté !

-Je veux pas être enchanté moi.

-Alors dis lui juste bonjour.

-Bonjour.

Repartant dans un fou rire, la petite Camille se retourna de nouveau vers moi sous les protestations de son digimon.

-Il n'a que deux jours alors il ne parle pas encore très bien, il faut l'excuser.

-C'est pas vrai je parle bien !

J'ai haussé un sourcil.

-Ce n'est pas bien grave, dis moi Camille, tu as vu d'autres personnes depuis que tu es ici ?

Son sourire s'effaça un peu.

-Non, je n'ai vu personne d'autre. Mais...

-Mais ?

-Je me demande si ma grande sœur n'est pas ici. Elle a disparu.

Mon cœur m'a soudainement fait très mal, j'ai agrippé ma jambe pour camoufler mon trouble avant qu'elles ne commencent à trembler. Je ne savais pas quoi dire à cette gamine, la vérité ou bien mentir ?

-Tu l'as pas vue toi ? Elle s'appelle Lorianne, elle est...

Mon cerveau ne suivait plus, je ne voulais pas entendre ce que me disait cette gosse. Il fallait qu'elle arrête, qu'elle se taise.

-Non je ne l'ai pas vue. Ça ne sert à rien de me la décrire.

Elle a grimacé, comme Lorianne.

-Ne fais pas cette tête là.

-Hé toi le garçon, ne sois pas méchant avec Camille ! Sinon je te mords !

Ce ridicule digimon pensait-il sérieusement me faire peur ? Je n'aurais jamais du revenir, cette gamine n'avait pas besoin de moi. Elle était très bien ici. J'ai fermé les yeux en pensant de toutes mes forces à rentrer chez moi. Mais rien. Le digimonde voulait bien me reprendre mais pas me laisser repartir. J'ai pris mon visage entre mes mains.

-Mais quel idiot ! Mais quel idiot !

Il fallait que je réfléchisse, loin d'ici, loin d'elle. Loin de mes souvenirs. Je me suis précipité sur une des carapaces pour la gravir en sens inverse et retourner de l'autre côté. J'ai attrapé mon sac au passage et je suis allé vers le rocher le plus lointain pour m'y adosser. Comment est-ce que j'avais pu imaginer un instant faire face sereinement à la sœur de la fille que j'avais entrainé vers la mort ? En faite, je n'avais aucune responsabilité envers elle. J'avais agit sur un coup de tête et j'étais puni. Et ce rapport complet que j'avais fait à Korsaki sur ce que j'avais vécu. Mais quel idiot !

Quand il était question de faire n'importe quoi j'étais le plus doué. Je ne pouvais même plus rentrer chez moi sereinement et faire croire que j'étais amnésique. Plus personne n'y croirait. Vouloir jouer les héros ce n'était plus de mon âge, ce que je devais faire moi c'était penser à l'avenir, à mon bac, ce genre de choses. Je n'avais même plus de digimon, qu'est ce que je pouvais faire seul ici, avec un têtard et une gamine ?

Je suis resté à me morfondre jusqu'à ce que mon ventre finisse par gargouiller, fouillant dans mon sac, j'en ai sortit une boite de macédoine. Un bruissement m'a fait relever la tête en arrière, Camille avait grimpé sur le rocher sur lequel je m'appuyais.

-Tu as à manger pour moi ? Ca fait deux jours que je ne mange que des algues. J'ai mal au ventre.

Elle avait plaqué ses mains sur son ventre dans une grimace théâtrale.

-Va-t-en, je n'ai rien du tout pour toi.

Son front s'est plissé alors qu'elle serrait les dents.

-T'es un gros nul !

Et elle a disparu.

Oui, j'étais un gros nul mais je vivais bien avec. C'était utopique de penser pouvoir redevenir celui que j'étais avant, celui qui n'avait rien connu d'autre qu'une vie normale. En venant ici je m'étais découvert face aux épreuves de la vie. Manipulateur, sans états d'âmes, égoïste, froid. Je cumulais ce que je considérais comme les qualités du crevard survivant. Certes d'un point de vue de bon samaritain ce n'était pas joli mais dans un mois je ne regretterais pas en mourant de faim d'avoir offert une boite de conserve à cette gamine qui ne m'apporterait que des emmerdes.

Voilà, c'était dit.

J'ai sortit mon calepin pour prendre des notes sur ce que j'avais vu, dans tous les cas mon objectif était de trouver un passage. Je savais maintenant que cette fille, Alexane était capable de nous renvoyer du bon côté. Il me restait simplement à la retrouver et rentrer. J'ai arrêté mon stylo avant d'écrire cette phrase, il restait un gros détail auquel je n'avais pas pensé. Les documents que j'avais donné à Korsaki. Il fallait au moins que je retrouve Louis, je n'étais pas obligé d'emporter la gamine avec moi par ce que personne ne saurait que je l'avais croisé si je ne le disais pas mais en revanche il me fallait Louis pour faire amende honorable. J'ai soupiré de frustration, tout était tellement compliqué. Un point à la fois, d'abord le passage vers une autre zone.

Quelque chose m'est tombé sur la tête, je l'ai écarté de mes mains avant de réaliser que c'était mon pantalon. Camille était de nouveau perchée sur le rocher.

-Tu devrais le remettre, ce que tu fais ça s'appelle de l'exhibitionniste.

-De l'exhibitionnisme.

Elle haussa les épaules peu concernée par ma remarque.

-En tout cas c'est pas bien, on pourrait te mettre en prison pour ça.

-En prison ! En prison !

J'ai fermé les yeux un instant, cette fille avait le digimon le plus débile qu'il m'avait été donné de voir.

-Tu aurais vraiment du réfléchir avant de d'inventer une horreur pareille.

-L'exhibitionniste ? C'est pas moi qui l'ai inventé.

-Je parle de ton digimon.

-C'est pas moi qui l'ai inventé non plus, j'avais son œuf dans mes bras quand je suis arrivée ici.

J'ai froncé les sourcils, tout ce qui arrivait à cette fille ne semblait pas normal. D'une certaine manière m'éloigner d'elle ne serait pas un mal. J'ai replacé mon pantalon sur mon épaule en ajustant mon sac.

-Hé ! Où tu vas ?

Je ne lui ai pas répondu et je me suis mis en route mais elle s'obstinait à rester derrière moi.

-Hé ! C'est quoi ton nom déjà ?

Tellement fatigante.

-Moi c'est Camille.

-Et moi c'est Guämon !

Je me suis arrêté, il fallait couper court à ça tout de suite.

-Je cherche un passage, une grotte ou quelque chose de ce genre. Je vais donc partir de mon côté et...

Elle a levé la main en l'air l'agitant frénétiquement comme une écolière.

-Je sais où il y en a une !

Est-ce que c'était une sorte de piège ? Cette gamine ne m'inspirait pas vraiment confiance.

-Ah vraiment ?

-Oui, c'est la grotte où il y a de l'eau. Je bois pas d'eau de mer moi alors forcément il a fallut que j'en trouve ailleurs c'est les Shellmons qui m'ont amené.

-Où est-elle ?

-Je te le dis que si tu me donnes à manger.

-Ou alors je demande aux Shellmons de m'y emmener.

Son sourire moqueur ne m'a pas échappé.

-Ils ne te le diront pas si je leur dis de ne pas le faire. Ils m'adorent et toi tu viens à peine d'arriver. Tu n'as aucune chance.

Il y avait des fessés qui se perdaient, comme une gamine pouvait-elle être aussi ignoble aussi jeune ?

-Je pourrais aussi te noyer avant et leur demander après.

J'avais dis ça d'un ton si sérieux qu'elle recula d'un pas soudain bien moins assurée et un instant je me suis demandé si je le ferais. J'ai secoué la tête, bien sûr que non.

J'étais un Goblimon, il y avait un intrus. Un intrus sur notre territoire, il fallait le supprimer. Il ne devait pas poser de problèmes à la horde. Tout ce qui ne convenait pas à la horde devait disparaitre. Je pouvais sentir le vent, les bruits d'une cascade. Je devais aller jusqu'à l'eau.

Un hurlement d'effroi m'a sortit de ma torpeur alors qu'une immense main m'enserrait pour me soulever du sol. J'avais encore recommencé, comme ce jour là où j'avais abandonné Lorianne. J'étais fou de rage, Camille pleurait, Guämon dans ses bras et vu la longue trainée qu'on pouvait voir dans le sable j'étais vraiment en train de l'emmener vers la mer. Le Shellmon qui m'avait attrapé me regardait de ses yeux bleus globuleux, il semblait vraiment furieux.

-Que faisais-tu à la fille ? Tu ne dois pas lui faire de mal.

Je ne savais pas quoi répondre alors j'ai reporté ma colère sur la gosse.

-Je t'avais dis de ne pas me suivre ! Mais tu es une enfant tellement stupide que tu n'arrives même pas à comprendre ça ?!

La poigne s'est resserrée sur moi me coupant le souffle.

-Tu n'insulte pas la fille ou je t'envoie dans la mer.

-Je ne veux pas rester, je veux partir de toute façon. Il faut juste que vous m'emmeniez à la grotte.

Un autre Shellmon s'approcha avec lenteur.

-Je prends ce digimon, je l'emmène à la grotte.

Je devinais que c'était celui qui m'avait amené ici, je lui étais reconnaissant de me sortir de ce mauvais pas. Il attrapa Camille qui pleurait toujours et lui parla d'une voix aussi douce qu'il l'était possible vu sa corpulence.

-Le digimon te cherchait, il en cherchait d'autres comme lui.

Elle essuya ses larmes et la morve qui lui coulait du nez avec la manche de son sweet.

-Il est méchant, et il me cherchait pas, il cherche quelqu'un d'autre.

-Si, vous êtes pareil tous les deux. Vous devez rester ensemble.

L'autre Shellmon gronda, sa poigne se resserrant encore un peu plus sur moi.

-Il a essayé de lui faire du mal. Il ne peut pas rester avec elle.

Le Shellmon qui m'avait conduit ici semblait jouir d'une certaine position hiérarchique car malgré ce que venait de dire l'autre il continua a soutenir que Camille et moi nous devions rester ensemble.

-Si nous sommes forts, c'est par ce que nous sommes plusieurs. La fille ne peut pas rester, elle n'est pas à sa place ici. Elle demande des choses qu'on ne peut pas lui donner.

Des choses qu'ils ne pouvaient pas lui donner, était-il nécessaire de me l'imposer pour si peu ? Je n'avais jamais donné mon accord mais il semblait que j'étais exclu de la prise de décision.

-Nous allons les porter jusqu'à la grotte et elle partira avec lui. Ce soir nous dirons adieu et demain ils partiront.

Le Shellmon qui me tenait relâcha brutalement son emprise me laissant chuter au sol, j'ai retenu une exclamation de douleur. Mes os n'avaient pas apprécié de retrouver le plancher des vaches avec si peu de douceur même s'il était composé de sable. Shellmon déposa Camille devant moi, elle essuyait toujours ses yeux rougis. Dans l'histoire c'était moi le coupable mais je ne l'admettrais pour rien au monde. Je suis allé retrouver mon sac qui gisait à une dizaine de mètres en essayant de ne pas regarder l'immense trace sur le sol. Ce monde m'avait vraiment rendu fou.

J'ai jeté un coup d'œil en arrière, Camille se tenait toujours debout, elle n'avait pas bougé d'un cil.

-Je ne veux pas venir avec toi.

Elle avait parlé avec des trémolos dans la voix.

-Je veux juste retrouver Lorianne et rentrer chez moi.

J'ai soupiré, je ne savais plus combien de fois j'avais soupiré dans la même journée.

-Viens ici.

-Non.

-Viens ici je te dis, tu ne voulais pas manger ?

Prudente, elle s'est approchée tout en gardant ses distances. J'ai sortit plusieurs boites de conserves que j'avais emporté, après tout ça faisait beaucoup de poids dans mon sac, une de plus ou de moins. Les yeux pétillants elle se jeta sur le sol pour regarder les différents menus qu'elle allait pouvoir s'offrir.

-Je peux en prendre deux ?

-Non tu ne peux pas.

J'avais toujours eu du mal avec les enfants, même quand moi j'en étais un. Ils ne m'aimaient pas vraiment. Je ne les aimais pas vraiment non plus pour être tout à fait honnête. Une sorte de répulsion pour ce qui était plus jeune que moi, ce qui multipliait au fil des années les tranches d'âge que je ne supportais plus.

-Je peux prendre celle là ?

Elle me montrait une boite de raviolis à la sauce tomate, froid ce serait sans doute moins bon que réchauffé mais nous n'avions pas vraiment de quoi faire un feu ici.

-Elle est à toi.

Elle a exulté de joie mais ça s'arrêtait là, elle semblait incapable d'ouvrir la boite, ce qui était logique vu qu'elle n'avait pas d'ouvre boite. Un sourire sardonique ornait mes lèvres alors qu'elle retournait la boite dans tous les sens. J'ai rangé les boites restantes avant de m'éloigner tout en jetant un œil amusé sur la situation. Tenter de la casser dans le sable n'était pas très malin. Sans doute par fierté, elle n'était pas venue me demander de l'aider mais me regardait fréquemment avec un air farouche. On pouvait noter un splendide air de famille avec sa sœur ainée.

Après avoir essayé de sauter dessus et s'être fait mal au pied elle a fini par remonter sur un rocher pour finir par l'exploser dessus. Je m'attendais à ce qu'elle manifeste un peu de déception mais elle fit un festin avec sa boite éventrée. Elle poussa même le vice jusqu'à lécher le rocher. Écœuré, j'ai détourné la tête. Qu'elle attrape donc le tétanos en avalant des micros morceaux de boite de conserve.

Maintenant il fallait que je planifie la suite, les Shellmons allaient m'emmener jusqu'à cette fameuse grotte mais je n'étais même pas sur que c'était bien le passage. Pire encore, on allait me refourguer la gamine. Dans l'absolu, il fallait que je retrouve Louis puis que je rentre, Camille allait elle être un poids ou un atout ? Listant les potentialités qu'elle pouvait m'offrir, j'ai constaté que ce n'était peut être pas si négatif, certes j'allais devoir la nourrir et jouer la babysitter mais elle possédait un digimon ce qui était un argument qui pesait dans la balance. Je me suis demandé au final pourquoi est-ce que je ne voulais pas d'elle et la réponse m'est apparue comme une évidence égoïste.

Elle va te rappeler toute ta vie le choix que tu as fais. Elle va vouloir connaitre la vérité quand elle saura que tu as mentis. Elle va te haïr.

Si je gardais cette fille avec moi, Lorianne allait me hanter durant tout le voyage. Le cauchemar, qu'il fasse nuit ou jour, il ne s'arrêterait plus jamais.

J'allais finir complètement fou, un rire nerveux a secoué mon torse alors que je me mettais à pleurer. Dans tous les cas mon esprit était totalement fichu. Même en étant retourné chez moi rien ne s'était arrangé, rien n'allait aller mieux que je la garde avec moi ou pas.

Je l'ai regardé surprenant le regard interrogateur qu'elle me lançait, qu'allais-je faire d'elle ? Si je l'avais noyée dans ma folie au moins je n'aurais pas eu à m'inquiéter de ce genre de question. J'ai revu ma mère me dire que je n'aurais jamais abandonné personne. Quelle bonne blague.

J'aurais abandonné ma propre mère pour me sauver.

-Hé toi là bas dont je me rappelle plus le nom ! Tu vas bien ?

Est-ce que j'allais bien ? Je suis approché à grands pas d'elle alors qu'elle se recroquevillait la peur brillant dans ses yeux.

-Est-ce que j'ai l'air d'aller bien ?

-N...non pas vraiment.

Bien, si elle était consciente de ça peut être qu'elle renoncerait d'elle-même à venir avec moi malgré la demande de Shellmon. Elle se pencha pour ramasser quelque chose avant de me tendre sa main pleine de sauce tomate où trônait un ravioli éventré.

-Tu veux le dernier ? Manger ça met de bonne humeur, et j'peux t'assurer qu'on voit sur ta tête que t'en as besoin.

Comme je restais impassible elle insista.

-De bonne humeur, tu as besoin de bonne humeur alors il faut manger.

Un nouveau rire nerveux m'a prit alors que je me demandais si elle était vraiment complètement demeurée. Vexée, elle écrasa le ravioli sur ma figure. J'ai passé ma main sur mon visage alors que le ravioli dégringolait sur mon t-shirt pour tomber dans le sable avec un bruit mat. Mes doigts étaient plein de sauce, elle ne m'avait pas raté.

-T'es comme Lorianne, t'es un idiot. Tous les grands ils sont idiots de toute façon.

-Moi comme je suis petit je suis intelligent ?

-Toi tu es un bébé Guämon, tu as plein de choses à apprendre.

Les deux recommençaient à parler comme si je n'existais pas et moi je continuais de regarder cette drôle de couleur sur mes doigts. Cette situation, j'avais presque l'impression de ressentir quelque chose de rafraichissant. Dans tous les cas il allait falloir que j'avance, avec ou sans elle, ça ne changerait pas grand-chose. Je me suis baissé pour reprendre le ravioli.

-Hé gamine.

Offusquée par la façon dont je l'avais appelée, elle s'est tournée aussi sec et ma main a à son tour enfoncé l'ignoble ravioli recouvert de sable sur sa jolie petite frimousse.

-On est quittes, dis bien au revoir à ces horribles mollusques par ce qu'on part demain à la première heure et qu'on ne reviendra jamais.

Mot de l'auteur : Jack est tellement étrange, c'est difficile de le rendre cohérent. Pourtant je l'aime bien, j'ai eu un peu de mal avec lui au début mais je me suis attachée à lui. Sa cohabitation forcée avec Camille va être très compliquée pour lui autant que pour elle, ils se sont mal trouvé les pauvres.