Et un chapitre encore tout chaud ! Merci à tous pour vos reviews. Comme toujours, elles me font un immense plaisir.

Petit chapitre assez calme, avec quelques petites infos..pour préparer la suite ;-)


(EPOV)

Jasper trottinait à mes côtés, nos souffles formant de petits nuages réguliers sous le froid de cette matinée. Nous avions un peu de mal à suivre la cadence, après les excès de nourriture du repas de Thanksgiving (ou plutôt des repas, car une fois entre les mains d'Esmée, nous étions gavés telles des oies) mais nous tenions le coup et n'étions distancés que d'une vingtaine de mètres.

-Alors, toi et Bella ? demanda mon frère, un sourire sur les lèvres.
-Oui. répondis-je simplement.
-C'est bien. jugea-t-il, continuant à courir. Tu sais que je tiens à Bella et… reprit-il après quelques secondes de silence.
-Je sais Jazz. le coupai-je. Je tiens à elle. Vraiment. Je n'imagine pas ma vie sans elle à mes côtés.
Jasper me regarda, un sourire se dessinant sur ses lèvres.
-Bienvenue au club, frangin. déclara-t-il d'un ton plutôt joyeux.

Voilà quelques mois, j'aurais réagi différemment, l'envoyant gentiment balader tout en lui demandant de se mêler de ses affaires. Mais là, j'étais plutôt fier de sa remarque. Oui, c'est çà. Fier. Fier d'enfin avoir Bella pour moi. Mes yeux se reposèrent sur le dos du coureur nous devançant.
-Allez, les garçons, bougez-vous un peu ! s'exclama Bella en se retournant sur nous.
Je souris à la voir si heureuse, même les joues rougies par l'effort.
-Oh Bella, tu vas finir par nous faire cracher nos poumons ! lui répondit Jasper.

Depuis trois jours, Bella avait voulu reprendre le footing, expliquant, lors d'une de ses discussions avec Jasper, qu'avant sa dégradation, le sport rythmait toutes ses journées et avait ainsi un côté rassurant pour elle. Jasper et moi lui avions alors promis de l'accompagner quotidiennement dans son footing matinal. Mais même si nous avions la forme et l'habitude de courir, nous ne nous étions pas imaginés ce que serait de courir avec Bella ! Le footing d'hier nous avait laissé épuisés, affalés sur les canapés du salon de nos parents pendant deux bonnes heures pour récupérer, le temps de regarder un film. Bella avait ri en nous voyant ainsi. Elle s'était alors dirigée vers nous et s'était allongée tout contre moi avant de poser sa tête sur mon torse sans un mot. Heureux de son geste, je l'avais emprisonnée dans mes bras. Jasper, d'abord étonné de son geste, finit par me sourire et me fit un clin d'œil, me félicitant silencieusement d'avoir réussi à enfin conquérir ma belle.

-Je n'irai pas jusque là, lieutenant Hale ! rit-elle franchement. Surtout que j'ai un intérêt à protéger ! poursuivit-elle en courant sur place, nous attendant, un grand sourire sur le visage.
Elle patienta jusqu'à ce que nous arrivions à sa hauteur, se mit à notre rythme en se glissant entre nous et attrapa ma main pour l'embrasser rapidement avant de la relâcher en riant.
-Bon, allez les lieutenants, on se traine et j'ai un peu froid. On se rejoint à la maison ! annonça-t-elle juste avant d'accélérer sa foulée et de nous distancer rapidement.
« On se rejoint à la maison ». Sa phrase dite d'un tel naturel me plut instantanément. Oui. Bella avait raison. Maintenant, c'était notre maison.

(BPOV)

-Mais, ils ne me laisseront pas entrer ! Ce n'est pas possible ! çà ne sert à rien ! répétai-je une énième fois alors qu'Alice et Rosalie s'affairaient sur mes longs cheveux parce qu'elles avaient décrétées qu'un chignon se marierait bien mieux avec la robe qu'Alice m'avait choisie.
-Bella ! Arrête de bouger ! grogna Alice en bloquant mes épaules une fois de plus.

J'aurais largement pu contrer son mouvement pour me libérer mais j'essayais, depuis un mois désormais, de ne plus laisser mes instincts, façonnés par l'Air Force, prendre le dessus et agir. Je devais apprendre à vivre avec les autres et à me comporter comme tout humain lambda.

-Mais Alice, je…je n'ai plus le droit de rentrer sur les bases américaines et….dis-je en grimaçant alors qu'Alice me piquait le cuir chevelu avec l'une de ses pinces de malheur.
-Bella, Eleazar t'a personnellement invitée et tu seras même dans sa voiture. Pourquoi t'aurait-il invitée pour que tu restes bloquée devant la barrière ? me coupa Rose en suspendant ses mouvements pour me fixer dans le miroir.
Je ne répondis rien à son argument ô combien infaillible. J'avais été invitée pour le bal de Noël par le n°2 de la base de Billings, le colonel Denali, ainsi que toute la famille Cullen.

Le couple Denali était devenu ami avec les Cullen et leurs liens ressemblaient plus à des liens familiaux qu'à de purs liens d'amitié.

Le lendemain de Thanksgiving, après le départ de Jake pour Seattle, le couple Denali était venu dîner et nous avions eu alors l'occasion de discuter de nouveau ensemble. Eléazar s'était assis à ma gauche et avait entamé la discussion le plus naturellement du monde, comme si j'avais toujours fait partie de leur groupe. Il est vrai que le colonel avait été là au pire moment de ma carrière et m'avait même « protégée » à mon arrivée à Seattle face à la police militaire, m'évitant ainsi les menottes.

-T'ai-je dit combien tu es magnifique ? me chuchota Edward à l'oreille alors que nous roulions en direction de la base, assis côte à côte à l'arrière de la voiture des Denali.
-Au moins une dizaine de fois. lui répondis-je tout en souriant.
La voiture ralentit pour s'arrêter devant la barrière principale de la base de Billings. Mon estomac se serra instantanément. Edward dut percevoir mon trouble car il attrapa ma main pour la caresser du pouce doucement. Eléazar tira le frein à main et ouvrit sa fenêtre, laissant le vent froid entrer dans la voiture. Dehors, un sergent se tenait dans un salut impeccable.
-Bonsoir mon colonel. dit-il après qu'Eléazar lui ai rendu son salut. Mesdames. Mon lieutenant. nous salua-t-il ensuite en faisant un signe de tête. J'espère que vous passerez une bonne soirée. conclut-il avant de reculer de quelques pas pour actionner l'ouverture de la barrière.
Edward sourit à ma réaction et je le regardais, encore un peu hébétée par le fait que j'avais pu entrer ainsi, sans plus de contrôle. Je le fis remarquer et Eléazar me répondit :
-Etre dans la voiture du colonel apporte quelques garanties sur les personnes qui l'accompagnent.
-Mais Eléazar, j'ai été radiée. Je…je ne devrais pas pouvoir entrer ainsi et…tentai-je de lui expliquer, la gorge serrée par la situation.
Bien entendu, j'étais ravie de les accompagner et d'entrer de nouveau sur une base de l'Air Force. Mais pour moi qui ai toujours suivi les règlements, cette situation me mettait mal à l'aise. Je trahissais un ordre et de plus, je risquais les carrières d'Eléazar, Jasper et Edward.
-Bella, ne t'en fais pas. me coupa Eléazar en me regardant via le rétroviseur intérieur de la berline, Si je t'avais jugée dangereuse pour la sécurité de ma base, je ne t'aurais pas invitée. Tu as fait d'énormes sacrifices pour l'Air Force et rien que pour cela, elle ne devrait pas te fermer ses portes. En t'invitant parmi nous, j'estime faire ce qui est bien et te permettre ainsi de retrouver ta famille.
Je ne répondis rien, touchée par ses paroles. Je détournai le regard après avoir salué d'un signe de tête silencieux Eléazar pour observer l'extérieur.

Nous roulions au pas, me laissant largement le temps de voir les bâtiments et les hangars, de repérer les silhouettes plus sombres de quelques avions à l'extérieur de leurs abris, doublant quelques militaires de faction ce soir-là, dans leurs treillis, le fusil automatique en bandoulière. La voiture s'immobilisa près d'un bâtiment illuminé pour l'occasion. Edward descendit avant moi et, gentleman, m'offrit sa main pour sortir de l'habitacle. Passant un bras sur ma taille, il m'embrassa tendrement.
-Tendue ? me chuchota-t-il alors que la voiture de Jasper se garait à son tour.
-Un peu. lui répondis-je franchement tout en replaçant correctement le col de sa chemise avant de planter mes yeux dans les siens.
Nous suivîmes les Denali à l'intérieur et la soirée commença. De ma table, j'observais tout ce monde en grand uniforme de sortie. Je n'avais jamais participé à l'un de ces évènements où toute la base se rassemble jusqu'à aujourd'hui. Encore une preuve de ma vie par procuration…

Jasper me sortit de mes réflexions en attrapant ma main pour m'emmener sur la piste de danse alors qu'un slow était joué. Il m'enlaça rapidement, ne me laissant pas ainsi la chance d'une échappatoire. Ma main se retrouva à hauteur de son torse, et instinctivement, mes doigts se portèrent sur ses ailes dorées, fièrement accrochées au tissu, brillant sous l'éclairage des spots. Du bout du doigt, je dessinai lentement leurs contours, me rappelant ainsi la sensation éprouvée lorsque j'accrochai les miennes à mon uniforme.
-Bella ? demanda doucement Jazz, lisant sûrement la tristesse sur mon visage.
-Ce n'est rien, Jazz…juste…çà me manque…lui expliquai-je.
Il ne répondit pas, se contentant d'embrasser ma joue avant de se détacher de moi puisque la chanson se terminait. Je n'eus pas le temps de faire un pas qu'une poigne un peu plus forte agrippa mon poignet. Devant moi, Emmett souriait.

La soirée se poursuivit ainsi, passant des bras d'Emmett à ceux du colonel Denali puis de Carlisle avant de me retrouver blottie contre le torse rassurant d'Edward.
-T'aurais-je un peu manqué ? rit-il alors qu'il me serrait un peu plus contre lui.
Je grognai un peu pour la forme et nous nous mîmes à danser. A la fin de la chanson, Edward me guida vers la sortie, déposant mon manteau sur mes épaules.
-Nous rentrons ? lui demandai-je, étonnée de son geste.
-Non. J'ai juste une petite surprise pour toi. me répondit-il, énigmatique.
Je le laissai alors me guider, son bras enserrant ma taille, à travers le dédale de la base. Après cinq minutes de marche, il nous dirigea vers un hangar en bord de piste. Un homme en treillis, arme en bandoulière, s'approcha de nous.
-Tout est prêt ? le questionna Edward.
-Tout est prêt, mes lieutenants. répondit-il en me regardant longuement.
-Je…non…je ne suis pas ….balbutiai-je.
-Afton était en Irak, Bella. me dit doucement Edward.
-Je vous ai vue traverser le camp avec le sergent Clearwater. En fait, nous vous avons tous vue là-bas. expliqua alors le militaire alors qu'il nous faisait entrer dans le bâtiment.
Je restais interdite, ne sachant que dire. Il ouvrit une seconde porte et me laissa passer la première.

Des lumières étaient allumées çà et là, nous permettant de voir aisément dans le hangar sans être trop repérés par l'extérieur. Je me retrouvai face à un groupe d'une dizaine de militaires, certains en uniforme d'autres en treillis ou en tenues de travail, debout au pied d'un F16. Je reconnus aisément Jasper qui s'avança alors vers moi, sourire aux lèvres.
-Allez, Bella ! Je t'ai déjà vue moins timide ! s'exclama-t-il d'un ton rieur en attrapant ma main pour me tirer vers le groupe.
J'eus à peine le temps de protester que je me retrouvais au beau milieu des hommes qui nous attendaient au pied de l'avion. Un jeune caporal me salua réglementairement.
-Non. Ne faites pas çà. Je ne suis plus militaire. expliquai-je alors que je le stoppai en déposant ma main sur son bras.
Le jeune homme me sourit timidement et je lui rendis son sourire. Après tout, son geste m'avait tout de même fait plaisir.
-Quoiqu'il se soit passé au niveau de ces bureaucrates, vous resterez toujours l'une des nôtres, Isabella. intervint alors un homme plus âgé : le major qui m'avait laissée entrer dans le hangar où était stationné l'avion d'Edward.
-Merci major. répondis-je. Et merci d'avoir été là ce soir-là. ajoutai-je légèrement émue de le retrouver là.

Pour la première fois depuis le procès, je pouvais évoquer cette période sans que des larmes n'apparaissent parce qu'entourée de tous ces militaires que je ne connaissais pourtant pas, je me sentais de nouveau entière. Edward dut le remarquer et il s'approcha de moi, me tenant contre lui, ses bras enserrant ma taille, alors que ses collègues revenaient sur leurs impressions quand ils m'avaient vue cette nuit-là, traversant la base ou passant un moment au mess des aviateurs. Puis très vite, ils passèrent à tout autre chose, parlant de missions, d'exercices, d'alertes, me posant quelques questions sur mes différentes missions…m'incluant parmi eux comme si j'avais toujours été des leurs.

() () ()

(EPOV)

-Comment va-t-elle ? me demanda doucement le major alors que notre groupe s'était tu depuis quelques minutes déjà, observant Bella évoluant dans le hangar, autour de l'avion de Jazz.

Sa silhouette délicate moulée dans sa longue robe de soirée en velours bleu nuit, elle promenait lentement sa main sur la carlingue, le visage relevé vers le cockpit.

-Elle commence à peine à prendre le dessus. Mais je crois que tout cela l'a détruite. répondis-je sans la quitter des yeux.
-Servir sur un théâtre de guerre et y perdre un équipier n'est jamais simple. me répondit un collègue pilote.

Jasper me fit un signe et partit rejoindre Bella. Il lui parla mais nous n'entendîmes rien. Puis, il lui tendit la main, qu'elle finit par prendre après quelques hésitations. Bella se retourna quelques secondes vers moi, se questionnant sûrement sur la réponse qu'elle devait faire à mon frère. Je lui répondis d'un sourire qui sembla ne pas être la réponse qu'elle attendait à en juger par le rire de mon frère, juste à côté d'elle. Sans attendre plus, Jasper la poussa vers l'échelle. Arrivée en haut, juste à côté de la verrière, elle rit enfin. Un rire franc et si beau à entendre. A chacun de ses rires, mon cœur s'allégeait car il était une preuve qu'elle se sentait bien avec nous. Puis, je la vis se baisser rapidement. Elle ôta ses chaussures et enjamba la carlingue pour disparaître dans le cockpit, Jasper s'agenouillant juste à côté.

-comment a-t-elle pu choisir cette voie ? se questionna l'adjudant qui nous avait ouvert le hangar.
-Je ne le sais pas. Elle n'a jamais parlé de son choix de carrière jusqu'à présent. Bella a passé six années dans les forces spéciales et a toujours dû tout cacher aux autres, alors…répondis-je, observant quelques instant les visages de mes collègues.

Je ne sais combien de minutes s'écoulèrent mais je vis mon frère se relever et tendre le bras pour aider Bella. Elle descendit avec légèreté l'échelle, suivie de Jasper. Une fois sur le sol, elle serra longuement mon frère dans ses bras avant de se détacher de lui pour se mettre à courir vers moi, ses chaussures à la main. Sans se soucier du groupe autour de nous, elle se jeta dans mes bras en riant, telle une enfant, et je la réceptionnai facilement contre moi. Mes collègues rirent franchement, la faisant rougir légèrement.
-En tous les cas, bravo Cullen ! Tu tiens une superbe jeune femme dans tes bras ! s'exclama l'un des gars. Qu'est-ce qui a bien pu plaire à Isabella ?
-Oh, sans aucun doute le prestige de l'uniforme des pilotes ! répondit-elle du tac au tac, m'infligeant une légère tape sur la poitrine avant de me lancer un regard rieur, souvenir de nos premières rencontres.
Je la serrai un peu plus fort contre moi, savourant enfin la chance de l'avoir près de moi désormais.

-Vous devriez remettre vos chaussures, Isabella. Le sol du hangar n'est pas des plus chauds. lui indiqua le major, toujours aussi prévenant avec elle.
-J'ai vu pire, major. répondit-elle du tac au tac, ce qui surprit mes collègues.
Bella perçut surement leur étonnement et poursuivit alors sa réponse.
-Je ne suis pas aussi fragile que ces très chers pilotes, calés bien au chaud dans leurs cockpits. plaisanta-t-elle sous les yeux ébahis des autres.
Un silence se fit quelques dixièmes de secondes avant que l'un de nos mécaniciens n'explose de rire, soutenant l'avis de Bella et racontant alors quelques anecdotes sur ces « satanés pilotes ». Bella sourit à tout cela tout en s'appuyant encore plus contre mon torse. Ecoutant toujours nos conversations, elle posa la tête sur mon épaule et sa main se posa sur ma poitrine, ses doigts caressant sans cesse mes ailes dorées.
-Joyeux Noël ma Bella. lui chuchotai-je à l'oreille avant d'embrasser sa tempe alors que Jasper racontait pour la énième fois à nos collègues la manière dont Bella l'avait sorti de son avion accidenté.

Les fêtes de Noël s'étaient déroulées dans la bonne humeur mais avaient surtout été emplies d'émotions pour Bella. Elle avait passé de longues heures dans la cuisine de ma mère, l'aidant à préparer les différents plats. De temps en temps, je passai la tête à la porte de la cuisine pour l'observer aux côtés d'Esmée, un grand sourire sur les lèvres, les yeux pétillants. Alice les avait photographiées sans se faire remarquer et m'avait promis une copie du cliché.

L'heure du repas arriva et nous prîmes tous place autour de l'immense table de la salle à manger. J'avais toujours passé les fêtes de fin d'année avec ma famille mais cette année, celles-ci avaient un goût différent. Une pointe de bonheur en plus. Et cela, tout le monde l'avait ressenti.
Bella riait aux éclats aux blagues d'Emmett, discutait avec Carlisle et Jasper...bref, elle évoluait au sein de notre famille comme si elle y avait toujours eu sa place.

Vint le moment des cadeaux qu'Alice distribua plus vite que l'éclair après que nous nous soyons installés au salon. Et l'expression de stupeur qui se dessina sur le visage de Bella lorsque ma sœur déposa sur ses genoux tous les paquets qui lui étaient destinés nous fit exploser de rire. Ma belle rougit face à notre réaction et baissa le visage, gênée. Ne pouvant la laisser ainsi, je passai rapidement mon bras sur ses épaules pour l'attirer vers moi et embrasser sa joue. Rose détourna habilement l'attention de tous en s'extasiant sur l'un de ses cadeaux, permettant à Bella de souffler quelques secondes. Quand vint son tour, Isabella ouvrit prudemment ses paquets, prenant garde à ne pas déchirer le papier, nous donnant l'impression qu'elle savourait le moment. Elle nous avait parlé un peu de ses Noël précédents, et nous avions été attristés d'apprendre que Charlie avait rarement pris le temps de passer cette soirée avec sa fille unique.

-Celui-là est de ma part et il est un peu spécial, Bellissima. expliqua Emmett, un sourire sur les lèvres.
Connaissant le contenu de l'enveloppe, je retins ma respiration. Bella décacheta l'enveloppe, en sortit les documents et lut la première page.
-Tu...tu m'offres un travail ? bredouilla-t-elle en se tournant vers mon géant de frère.
-C'est çà, Bella. Ce n'est qu'un mi-temps mais...expliqua Emmett.
-Mais, Emmett...pourquoi ? le coupa-t-elle, totalement perdue. Enfin, je...je veux dire...;je...je ne sais rien faire et...s'emmêla-t-elle.
La panique s'installait en elle et je saisis aussitôt sa main pour la soutenir.
-Bella. reprit doucement Emmett se levant de sa chaise pour se diriger lentement vers ma belle. Tu es une fille bien plus douée que tu ne le penses et je suis persuadé que tu t'en sortiras très bien. poursuivit-il en s'accroupissant devant Bella pour que leurs visages soient à la même hauteur.
Prudemment, il releva le visage de Bella en glissant son index sous son menton.
-Et puis, tu n'as plus de couverture sociale Bella. Et je ne peux pas tolérer que ma nouvelle petite sœur se retrouve dans une situation complexe. finit-il, sachant pertinemment qu'il avait appuyé là où il le fallait.
-Je...tu...tu me considères vraiment comme ta petite sœur ? chuchota-t-elle, d'une voix incertaine.
-Bien entendu ma belle. Depuis notre première rencontre à Seattle. répondit Emmett. Et tu n'es pas que ma petite sœur, tu es un membre à part entière de cette famille, Bella. ajouta-t-il alors qu'une larme isolée coulait doucement sur la joue gauche de la jeune femme.
Elle prit quelques secondes pour poser son regard chocolat dans le mien, y cherchant je ne sais quoi. Je me contentai de lui sourire, attendant, tout comme les autres, sa réaction.
-Merci...merci à tous pour tout ce que vous faites pour moi. Je ne sais pas très bien comment agir dans une famille « normale » et parfois, il est difficile pour moi de savoir où est ma place. Mais je ne pourrais plus vivre sans vous tous désormais. Alors, merci. Merci de m'avoir offert une famille. dit-elle d'une voix émue en regardant les membres de ma famille un à un.
Ma mère et Alice essuyèrent quelques larmes, sourire aux lèvres. Isabella planta ses yeux dans les miens et je pus y lire toute sa reconnaissance et son amour pour nous. J'embrassai doucement sa main avant de la serrer contre moi et la soirée se poursuivit ainsi.

() () ()

(BPOV)

-Qu'est-ce qui t'a amenée à choisir ce métier ? me demanda Edward lors de notre « quart d'heure à cœur ouvert ».

Nous nous étions créé un petit rituel, rien qu'à nous deux : nous avions droit chacun à une question à laquelle nous ne pouvions nous dérober. Ainsi, j'avais questionné Edward sur son enfance, ses vacances en famille un peu partout dans le pays puis sur son entrée à l'école d'officiers. Il avait enchaîné de lui-même en me parlant de son rêve de gamin : piloter. Il m'avait raconté dans les détails son premier vol solo après avoir obtenu son brevet. En fait, Edward m'ouvrait son cœur sans aucune réticences ni aucun tabou. Et j'étais persuadée que si je voulais que notre relation perdure, je me devais de faire la même chose.

J'attendais cette question depuis longtemps et lorsqu'Edward osa enfin la poser, je sus que j'allais devoir replonger dans mes souvenirs les plus sombres : mon enfance. Car, ces années qui sont sensées être les plus insouciantes et les plus belles sont, avec le recul, les plus difficiles de ma vie. Plus difficiles que toutes ces années d'entraînements, d'exercices et de secrets. Plus douloureuses que toutes les blessures physiques que j'ai pu recevoir.

-Pour ma mère…chuchotai-je presque, comme si l'aveu déjà difficile allait me blesser.

Je vis l'incompréhension dans les yeux d'Edward et ne lui laissai pas le temps de poser une autre question.

-Ma mère est morte le jour de mes six ans. Elle était dans la banque de Port Angelès quand les braqueurs sont entrés. La police a cerné le batiment. Les braqueurs ont voulu s'échapper en emmenant ma mère comme otage. Mais leur sortie s'est mal passée et ils l'ont abattue. poursuivis-je en accrochant mon regard à celui qui partageait désormais ma vie. Et ma vie a changé ce jour-là. Mon père s'est éloigné de plus en plus, ne partageant avec moi qu'une seule occupation : la sortie dominicale sur la tombe de ma mère. Certaines soirées, des collègues shérifs des environs passaient boire une bière avec Charlie. Je savais qu'ils parlaient ensemble de l'enquête sur la mort de maman. Alors, je m'asseyais sur la dernière marche de l'escalier sans un bruit et j'écoutais. Et à chacune de ces soirées, la même conclusion, sans cesse rabâchée par mon père : « s'il y avait eu un tireur d'élite dans l'équipe, Renée n'aurait pas été abattue, il aurait descendu ce salaud avant. ».

Je vis une lueur de compréhension dans le regard d'Edward.

-Je n'ai toujours entendu que ce discours. Toute mon enfance. Toute mon adolescence. J'avais des facilités pour le tir, Billy m'ayant initiée à la chasse. A toujours trainer avec Jake, j'étais un vrai garçon manqué. Sauter de la falaise dans l'océan ne me faisait pas peur. Tous les ans, au lycée, un recruteur de l'Air Force passait pour proposer aux étudiants de dernière année de s'engager. J'avais choisi ma voie. Jake et moi avons passé les épreuves de pré-sélection juste avant les examens. Nous sommes sortis en tête. Nos résultats excellents au lycée nous ont permis de poser nos « conditions »...et nous avons rejoint Seattle. Charlie m'a mise dehors et aujourd'hui, je ne sais toujours pas réellement pourquoi. J'ai tout fait pour être la meilleure. Toujours. Pour plaire à Charlie, même si je ne le voyais plus. Pour me hisser au rôle que le destin m'avait attribué. Je suis devenue snipeur pour que d'autres n'aient pas à subir ce que j'avais connu toute ma jeunesse. Mais tout çà ne m'a pas ramené ma mère. terminai-je en fermant les yeux pour ne plus voir toutes ces images qui me faisaient souffrir.

Edward ne dit rien, se contentant de me prendre dans ses bras et d'embrasser doucement mon front. Fatiguée d'avoir dû repenser à tout cela mais étrangement soulagée d'avoir révélée cette part de ma vie, je m'endormis, blottie contre son torse, bercée par ses murmures m'assurant que désormais tout irait mieux.

-Chérie, ton téléphone vient de sonner. m'indiqua Edward en me rejoignant dans la salle de bain alors qu'il se préparait pour sa dernière journée de travail de la semaine.
-Surement Jake. Je n'ai pas réussi à lui parler hier soir. Je le rappellerai quand je serais au boulot. lui répondis-je en l'embrassant sur les lèvres juste avant qu'il ne prenne sa douche.

Je lui préparai rapidement quelques pancakes et nous déjeunâmes, blottis l'un contre l'autre dans le canapé. Puis, comme tous les jours, la sonnette retentit avant que la porte d'entrée ne s'ouvre. Jasper, son sac de sport à la main, nous rejoignit et me serra dans ses bras après avoir serré la main de son frère.
-Allez les amoureux, il est l'heure de vous séparer pour aller travailler. claironna-t-il alors que je ronchonnais déjà, le faisant rire.

J'avais beaucoup de mal à me séparer d'Edward, ne serait-ce que pour quelques heures. Heureusement, mes matinées étaient occupées par mon travail au garage d'Emmett, ainsi, l'absence d'Edward se faisait beaucoup plus facile à supporter. Moi qui n'avait jamais été autre chose qu'une personne solitaire, je ne pouvais plus me passer désormais de la présence rassurante des Cullen ainsi que de l'amour qu'Edward me vouait.

Rapidement, Edward et Jasper me quittèrent et j'attrapai mon sac et mes clés pour aller travailler.
Ce n'est qu'en rentrant à l'appartement que je me rappelai l'appel de ce matin. J'attrapai mon portable, enfoui au fond de mon sac et allumai l'écran.

Un appel en absence. Pas de numéro.

Si cela avait été la première fois, je n'aurais pas réagi. Mais voilà une semaine que quelqu'un tentait de me joindre en masquant son identité. Et j'avais un pressentiment...très peu de personnes avaient mon numéro et aucune d'elles ne masquerait son identifiant...A cette constatation, mon estomac se serra. Foutu pressentiment!
Je composai un numéro que je connaissais par cœur et écoutai les tonalités s'égréner. A la quatrième, mon interlocuteur décrocha.
-Embry, c'est Bella. engageai-je aussitot la conversation.
Un long silence me répondit avant que mon ancien collègue ne reprenne la parole.
-Bella ? Bella, c'est toi ? Comment vas-tu ? Tu sais, l'équipe n'est plus la même sans toi...débita-t-il comme si sa vie en dépendait.
-Embry, j'ai besoin de toi...le coupai-je.