Résumé du chapitre précédent : le soir du solstice d'hiver, Hermione connaît les plus doux moments de son existence entre les bras de Drago Malefoy, quoiqu'elle refuse de l'admettre. Mais ce bonheur est entaché par l'arrivée subite de Al qui les met chacun en garde contre deux dangers différents : Hermione contre la menace qui pèse sur Lisbeth et Drago contre la mort de la jeune femme. Noël approchant, tout le monde s'organise pour des événements multiples : tandis que Hermione prépare la soirée de Noël, que l'histoire de Simon et Naomi connaît de nouveaux rebondissements – après que le premier ait cru que la seconde l'avait remplacé par un autre garçon – que la Résistance se mobilise pour le combat final, un sombre complot est mis en place au sein des troupes du Seigneur des Ténèbres…

Parole de l'auteur : une lectrice m'a recommandé – à juste titre – de faire attention car de plus en plus d'erreurs se glissent dans mes chapitres. J'en suis pleinement consciente et je m'en excuse auprès de vous, malheureusement je crains que ce problème n'aille pas en s'arrangeant car je suis très sollicitée par mes études ces temps-ci. Les journées sont surchargées, tant et si bien que je ne peux écrire que très tard le soir. Et comme vous vous en doutez, à ces moments-là je suis généralement fatiguée – voire très fatiguée – ce qui explique qu'il y ait beaucoup de fautes qui se glissent dans mes phrases, ou qui m'échappent pendant mes relectures. Je vais faire de mon mieux pour la suite, mais je ne peux rien vous promettre. Encore désolée !

Voilà, c'était la petite note d'excuse pour le chapitre précédent car c'est vrai qu'en le relisant à tête reposée, je me suis rendue compte de la quantité effroyable de fautes que j'ai semées derrière moi – honte à moi TT – J'ai posté une nouvelle version – corrigée celle-là – qui est un peu plus lisible que la première.

Réponses aux reviews anonymes :

Harmony : hello, merci pour ta review très encourageante. On peut dire qu'elles se font aussi rares que les bons Dramione. XD Bon, en tous cas je suis contente que tu aies pris plaisir à lire ma fic.
Je te souhaite une bonne continuation et une bonne lecture. B!zz

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Quatre saisons

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Troisième partie : l'hiver

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Avent

Quatrième dimanche

Dans l'ancienne salle des prophétie du Département des Mystère, transformée en prison pour les prisonniers, Harry ruminait de sombres pensées. Ses compagnons d'infortune étaient enfermés chacun dans une cellule. Dans la confusion, les Mangemorts avaient seulement confisqué toutes les baguettes qu'ils avaient trouvées.

Tout avait commencé une heure avant le « débarquement », le Survivant avait brusquement senti sa cicatrice le picoter, comme toujours lorsque Voldemort était sous l'emprise d'une émotion forte. Cependant, cela avait été si fugace, si discret, que Harry n'y avait pas prêté attention, ne voulant pas créer de psychose avant le départ. Pourtant, à la seconde précise où il avait mis le pied hors de l'Armoire, sa cicatrice l'élança de nouveau, cette fois de façon plus aiguë. Cachant habilement son appréhension, Harry avait proposé de fouiller la maison.

Rémus se tenait dans la cuisine en train de parler avec Tonks au téléphone, tandis que les dix-huit militaires l'accompagnant s'étaient dispersés un peu partout. Cho Chang était restée dans le salon avec Luna et Harry, prêtant à peine attention à la première et essayant vainement de nouer la conversation avec le second. Luna regardait autour d'elle avec indifférence et Harry attendait nerveusement le retour de la troupe lorsque soudain, l'Armoire à Disparaître prit feu sous leurs yeux.

Ce fut Cho qui cria la première, les soldats revinrent aussitôt au salon et commencèrent à s'agiter dans tous les sens. L'instant d'après, Rémus avait accouru pour voir ce qui se passait. Ensuite, tout s'était enchaîné très vite : les Mangemorts étaient apparus de nulle part par dizaines. Moins nombreux et désarmés, Harry et son équipe n'auraient rien pu faire. Dans la bagarre, deux soldats avaient été tués, un seul s'était enfui avec Cho Chang. Tous les autres avaient été capturés puis emmenés avec Harry, Rémus et Luna. Arrivés au ministère, les prisonniers furent séparés et enfermés dans des geôles différentes. En faisant le bilan de l'attaque, les Mangemorts constatèrent que beaucoup de leurs ennemis semblaient gravement blessés. L'odeur âcre du sang s'était répandue dans toute la pièce.

Le jeune homme fut brusquement interrompu dans ses médiations déprimantes par le grincement de la porte d'entrée s'ouvrant devant trois Mangemorts masqués. La véritable identité de Vernon Dudley, révélée par Voldemort lui-même peu avant l'attaque, avait causé l'effet d'une bombe parmi les Mangemorts. Toutefois les ordres avaient clairs : capturer le Survivant sans le tuer. L'un d'eux s'avança vers la cage de ce dernier et, après l'avoir ouverte, il lui ordonna en le tenant en joue de sa baguette :

« Potter, lève-toi et passe devant !

-Où m'emmenez-vous ? Cracha Harry avec méfiance.

-Tu verras bien, susurra-t-il. C'est une surprise. »

Sachant d'avance que toute rébellion serait inutile, le jeune homme s'exécuta sans un mot, le regard noir et les dents serrées. Il aperçut tout à coup Luna, très pâle, attrapée elle aussi par l'autre gaillard. Brisé devant cette vision, Harry n'osa lui adresser la parole en présence des trois molosses qui les firent monter dans l'ascenseur. Enfin, après une montée dans un silence glacial, les sorciers libérèrent les deux jeunes gens avant de les pousser dehors où ils arrivèrent dans l'ancien Atrium du ministère. Massés sur les côtés, l'ensemble des Mangemorts formaient un magma sombre et compact dont on ne voyait luire que les yeux.

Au centre, le premier rang formait un cercle autour du trône, sur lequel se tenait majestueusement Lord Voldemort en personne. L'homme regardait ses deux « invités » avec férocité et amusement, tandis que Luna était retenue en arrière, Harry fut jeté à terre pour se retrouver à genoux devant lui. Triomphant de voir son jeune ennemi rabaissé devant lui, le Seigneur des Tenèbres se leva et s'avança lentement vers lui. De son côté, refusant de montrer sa peur, Harry releva la tête et le toisa avec hargne. Mais Jedusort ne fit que rire :

« Harry Potter ! Cela fait bien longtemps, trop longtemps, que nous ne sommes plus rencontrés.

Haussant soudain les sourcils, le plus jeune répliqua avec sarcasme :

-Trop longtemps ? Je ne suis pas sûr de bien vous comprendre… c'est une déclaration ?

Perdant son sourire, l'homme-serpent plissa des yeux et siffla :

-Je vois que tu n'as rien perdu de ton insolence, ni de ta superbe. Mais je n'inquiète pas là-dessu, cela ne va pas durer. À propos, t'ai-je félicité pour ton magnifique travail de ces derniers mois ? Si, si, je n'ai jamais vu des chiens savants aussi bien dressés.

Conformément à l'humeur de leur maître, les subalternes éclatèrent de rire. Luna quant à elle, s'était mise à pleurer silencieusement, toujours maintenue prisonnière entre les bras de son geôlier. Voyant que son adversaire semblait se ficher éperdument de ses sarcasmes, Voldemort poussa le bouchon.

-Et puis, je ne savais pas que tu récupérais les déchets dans ton armée, railla-t-il en désignant Luna d'un geste insultant du menton.

Harry jeta un regard à son ami, soudainement terrifié pour elle. Celle-ci le fixait intensément, le visage ruisselant de larmes, ses larges yeux bleus semblaient vouloir faire passer un message que seul le Survivant pouvait capter. D'un ton claironnant, le Seigneur des Ténèbres ordonna :

-Amenez-la au centre !

-Non ! Rugit alors Harry. Ne lui faîtes pas de mal.

Derrière lui, les loups se rirent de plus belle de ses efforts. Harry tenta de se relever pour voler à la rescousse de Luna, quand soudain, le colosse qui se tenait prêt juste à côté de lui, le frappa brutalement dans le dos.

-Lui faire du mal ? Répéta Voldemort d'un ton doucereux. Mais pourquoi ferais-je une chose pareille ? »

Suffoquant, Harry vit la jeune fille se faire traîner jusqu'au trône où on la força à s'agenouiller également. Elle avait réussi à stopper ses pleurs mais tremblait toujours comme une feuille et reniflait spasmodiquement. De façon totalement inattendue, Voldemort ordonnât à ce qu'on la relevât et qu'on l'obligeât à faire face au Survivant. Intrigué par cette manœuvre, Harry craignait le pire… et il n'avait pas tort. D'un air faussement bonhomme, le Lord s'adressa de nouveau au prisonnier entravé :

« Dis-moi donc, Harry Potter, pourquoi voudrais-je faire du mal à cette jeune fille qui m'a tant aidé ?

Le captif poussa alors un couinement étranglé :

-Quoi ?

Devant lui, Luna avait le regard rivé vers le sol à présent.

-Voyons Harry, ironisa le plus vieux, n'es-tu pas d'accord avec moi qu'il serait fort ingrat de ma part de brutaliser cette chère petite alors que c'est elle qui m'a permis de te retrouver ?

-Je ne comprends pas, balbutia-t-il. Je ne comprends pas.

-Oh ! Il ne comprend pas, le singea l'autre. Comme c'est triste ! Pauvre enfant. Mais mon cher Harry, après l'expérience malheureuse de tes pauvres parents, ne t'es-tu jamais demandé s'il y avait des traîtres autour de toi ? »

Derechef, les soldats du Seigneur des Ténèbres éclatèrent en rires gras et sonores. Harry regarda Luna, l'air choqué, mais celle-ci ne chercha pas à se défendre et se contenta d'éviter le regard du jeune homme. Les Mangemorts s'esclaffèrent devant le visage décomposé du pauvre amoureux. Voldemort lui-même se délecta du spectacle : rien n'était plus plaisant à ses yeux que de voir l'amour avili devant ses yeux. D'une voix blessée, le jeune homme murmura à l'adresse de sa dulcinée :

« Luna… Luna, qu'as-tu fait ?

D'un ton entrecoupé de sanglots, la jeune fille, peina à répondre :

-P-pardonne-moi Harry… pardonne-moi.

Incapable d'en ajouter davantage, elle fondit en pleurs une deuxième fois et se cacha le visage entre ses mains. Lassé par tout ce sentimentalisme et ces pleurnicheries, Voldemort se racla la gorge et intervint :

-Bon, ce n'est pas que votre émouvante discussion m'ennuie, mais je n'ai pas que ça à faire. Ramenez-les aux cachots et que…

-Non ! Se révolta soudain Luna.

À la surprise de son gardien qui n'eut pas le temps de la retenir, elle se dégagea de sa poigne et se jeta aux pieds du Seigneur des Ténèbres en implorant entre deux sanglots :

-Vous… vous aviez promis ! Vous m'aviez promis… après notre arrivée… »

Elle fut aussitôt happée par le mufle mais, animée par la colère et le désespoir, elle se débattit en hurlant et en suppliant tour à tour son bourreau et Voldemort le premier pour qu'il la lâchât et le second pour qu'il respectât sa promesse. Révulsé par cet abominable spectacle, Harry détourna les yeux, incapable de supporter l'humiliation de la jeune femme. Les clameurs de Luna furent bientôt étouffées par une bruyante rumeur moqueuse qui parcourut les rangs des Mangemorts. Exaspéré par tout ce bruit, Voldemort tonna :

« Silence !

Et le silence fut. Ainsi, tout le monde put entendre le cri déchirant de Luna :

-Monsieur… je vous en supplie… où est ma fille ?

À cette seconde, les Mangemorts observèrent la réaction de leur jeune ennemi avec un étonnement morbide : celui-ci, bouche bée, blêmit et se raidit de tout son long. Sans prêter attention à lui, Voldemort sourit et déclara à Luna d'un ton faussement bienveillant :

-Mais bien sûr chère petite, tu as bien travaillé pour moi. Lord Voldemort sait être reconnaissant envers ceux qui le servent bien. Relâche-la Gregory. »

La brute qui tenait la jeune fille s'exécuta sans discuter. Prise au dépourvu, Luna perdit l'équilibre et retomba sur les genoux. Alors, sans se départir de sa voix faussement paternelle, le Seigneur des Ténèbres l'enjoignit à se lever et à approcher, jurant de lui rendre sa chère fille, comme il l'avait effectivement promis. D'un pas hésitant, Luna s'avança. Elle sentait sûrement le danger, mais elle était à bout et n'aspirait qu'à une seule seule : revoir l'enfant qu'on lui avait arraché il y avait exactement un an de cela. Lorsqu'elle fut à quelques mètres de l'homme, ce dernier lui fit signe de s'arrêter. Puis, d'un ton théâtral, il appela :

« Drago Malefoy ! Approche et viens donc donner sa récompense à Miss Lovegood. »

Il y eut un frémissement parmi les rangs, puis un homme en sortir enfin, masqué comme tous les autres, et qui fixaient les deux otages d'un regard impassible. Tremblant à la fois de rage et de peur pour son amie, Harry regardait son vieux rival s'avancer de sa démarche royale. Et plus il le regardait, plus sa haine envers lui se faisait dévorante et corrosive. Il songea alors à Hermione, la douce et courageuse Hermione qui avait déployé tant d'effort pour le sauver. « Ô Merlin, pardonne-moi Hermione », supplia-t-il inconsciemment.

Les yeux rougis et agrandis par l'émotion, Luna regardait Malefoy s'avancer. Mais de sa petite fille, aucune trace. Tout d'un coup, elle commença à avoir peur. Sans un mot ni regard la malheureuse, l'homme se planta en face d'elle et attendit. D'une voix qui cachait mal son excitation malsaine, Voldemort exhorta son serviteur :

« Hé bien Drago, qu'attends-tu pour récompenser cette jeune fille comme il se doit ? »

Lentement, Malefoy sortit sa baguette, la pointa sur la pauvre Luna puis, avant que celle-ci ne pût esquisser le moindre geste de défense, un sortilège de lumière verte jaillit de la baguette de l'homme et frappa la victime en pleine poitrine. Durant le quart de seconde qui suivit, la jeune femme écarquilla des yeux, paraissant comprendre ce qu'il lui arrivait, puis son regard se ferma et son corps retomba sur le sol, telle une fleur fauchée en plein vent. Il y eut quelques grognements mécontents de la part de sadiques qui s'attendaient à une mise à mort plus divertissante, mais Voldemort lui, dévisageait Malefoy avec une attention non dénuée d'un certain respect.

« Le Sortilège de la Mort informulé… je suis positivement impressionné Drago. Bien. Que cette leçon de ce soir profite à chacun d'entre nous ici : à trop presser Voldemort pour gagner son dû, l'on risque de finir fatalement dépourvu.

-Non ! Beugla subitement une voix masculine.

C'était Harry. Hors de lui, il hurla en direction de Malefoy :

-Salopard ! Comment as-tu pu ? Je vais te tuer ! »

Il fut aussitôt retenu par son geôlier, néanmoins cela ne l'empêcha point de vociférer un torrent d'injures à Malefoy qui retourna à sa place sans daigner regarder dans sa direction. Voldemort et les Mangemorts s'amusèrent de la fureur de l'ancien Griffondor. Puis, d'un geste négligent, le Survivant fut ramené aux cachots. Voldemort donna ordre à ce que personne ne le visitât ce soir car il voulait que son ennemi fût en forme en vue de ce qui l'attendait le lendemain. Quant au corps de Luna, Drago Malefoy proposa de le débarrasser lui-même. Personne n'émit d'objection.

Au bout de quelques minutes, le Mangemort qui avait reconduit Harry dans sa cage, revint et annonça :

« Maître, dix des membres de l'équipe qui accompagnait Potter sont morts. Ils ne se sont pas remis de leurs blessures.

-Ah… Et le reste ? Bougonna le Seigneur des Ténèbres.

-Ils sont en bonne santé. Mais je voulais quand même vous demander ce qu'on doit faire des cadavres parce que c'est une vraie boucherie là-bas, grimaça-t-il. Il y a du sang partout et les bestioles vont finir par rappliquer à cause de l'odeur.

Voldemort réfléchit, puis jeta négligemment :

-Bah, jette-moi toute cette vermine dans l'Arcade de l'Oubli. Demain, je ferai des torches humaines avec ce qu'il reste, en guise de cadeau de Noël pour ce cher Potter. Il paraît que c'est très beau à voir. »

Ainsi fut donc fait : les corps furent jeter sans cérémonie ni sépulture à travers le voile qui avait aspiré Sirius Black des années auparavant.

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À la fin du repas, Hermione avait couché Lisbeth dans sa chambre, ramené les enfants dans leur dortoir et les avait installés en rond au pied du sapin. Elle alterna contes et jeux divers, ainsi tout le monde passa une bonne soirée dans les rires et la bonne humeur. Deux personnes seulement avait moins le cœur à la fête. Malgré tous les efforts que Naomi fournissait en ce sens, Simon refusait obstinément de se retrouver à côté d'elle, ou même de la regarder. En revanche, il assassina plusieurs fois du regard le beau Thomas, chaque fois que celui-ci se montrait un peu trop attentionné avec la fillette. De son côté, Naomi ne prêtait pas la moindre attention à Thomas, trop occupée à rechercher celle de Simon.

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Il était presque onze heures. Dans le repère de Voldemort, la plupart des Mangemort étaient rentrés chez eux pour dormir. Parmi les rares encore présent, Drago Malefoy aurait bien voulu en faire autant, mais c'était impossible. Le Seigneur des Ténèbres avait absolument voulu mettre au point la cérémonie du lendemain où Harry Potter se ferait publiquement écraser devant toute la population sorcière et moldue il pensait ainsi qu'alors seulement, son triomphe serait total. Étant parmi ceux qui avaient le mieux travaillé ces derniers mois et qui avaient aussi participé à la capture du Survivant, Drago Malefoy était tenu de présence. Il avait même reçu l'insigne honneur de pouvoir torturer Potter en guise de récompense pour ses bons et loyaux services.

Une fois les derniers préparatifs achevés, Voldemort voulut s'assurer d'une dernière formalité. D'une voix claire, il ordonna à l'un de ses serviteurs :

« Vincent Crabbe, je veux que tu descendes dans les cachots pour vérifier si Potter va bien. Bien entendu, il t'est formellement interdit de l'abîmer physiquement, de quelque façon que ce soit. En revanche s'il ne dort pas, fais-lui boire une potion de Sommeil sans Rêves de gré ou de force. Je ne veux pas d'une loque à moitié endormie pour demain. »

Sans un mot, le jeune homme s'inclina et sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui. Après son départ, Voldemort se mit à discuter de choses diverses avec ses disciples. Plusieurs minutes s'écoulèrent. Ils en étaient à mettre au point tous les outrages qu'ils infligeraient à leur jeune ennemi quand soudain, les portes se rouvrirent avec violence devant un Vincent Crabbe rouge et hors d'haleine. Voldemort n'eut pas le temps de se fâcher que le serviteur s'écria d'une voix entrecoupée :

« Maître !… Les… les prisonniers… ils se sont échappés ! »

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Au cœur d'une ruelle sombre et déserte de Londres, un vieillard enveloppé dans un manteau misérable buvait sa bouteille remplie aux trois quarts d'une boisson dont il valait mieux ignorer la nature. Cette nuit-là, il faisait si froid que l'air sentait la neige bien qu'il n'en tombât point encore. D'une voix puissante et gutturale, le mendiant entama – ou plutôt beugla – un cantique de Noël dont il adapta les paroles pour en faire une chanson paillarde. Alors qu'il arrivait au point culminant du refrain, sept personnes apparurent de nulle part dans le ciel et retombèrent lourdement sur le sol en poussant des exclamations de douleurs. Pas plus surpris que cela, le clochard s'arrêta simplement de chanter et observa les nouveaux venus avec attention.

« Où sommes-nous ? Demanda l'un d'eux avec un drôle d'accent.

-Pas très loin de Eastcheap normalement, répondit un autre qui semblait natif d'Angleterre. Ce passage mène dans une des ruelles avironnantes.

-Rémus, s'enquit un troisième. Peux-tu nous faire transplaner ?

-Malheureusement non Harry, soupira le deuxième, on ne peut plus transplaner au sein de Londres à cause des barrières que Voldemort a dressées après la débandade. Si nous voulons rejoindre les autres, nous devrons y aller à pied.

-Bon, très bien ! Où devons-nous nous rendre ? Questionna un autre étranger.

-À Brighton, répondit Rémus lugubrement.

-Hein ! S'écria-t-il en français. Mais il y a au moins cent kilomètres de distance ! Vous ne comptez tout de même pas vous y rendre à pied. Cela va nous prendre des jours.

-Ou pas ! Grinça une voix inconnue.

Sursautant tous les sept, les sorciers se retournèrent vers le coin d'où provenait la voix. Ils ne virent qu'un vieux mendiant qui les regardait fixement, le visage voilé sous une large capuche. D'une voix méfiante, Harry attaqua le premier :

-Qui êtes-vous ?

-Allons mon garçon, persifla moqueusement l'inconnu. Nous nous sommes déjà rencontrés, tu ne te souviens pas ?

Le Survivant le regarda d'un air aussi ahuri que celui des deux autres. Parmi les trois, il était celui qui comprenait le moins. D'un ton mal assuré, il bredouilla :

-Que voulez-vous dire ?

-Je t'ai déjà sauvé une fois, et même plus que cela : tu as une dette vertigineuse envers moi, Harry Potter.

-Vous vous moquez de moi ! S'énerva Harry. Je n'ai pas la moindre idée de qui vous pouvez être.

-Quelle ingratitude ! S'exclama l'autre d'une voix faussement tragique. Après tout ce que j'ai accompli pour toi, j'ai bien envie de te laisser tomber.

-Cela suffit ! Qui êtes-vous à la fin ? Intervint Rémus d'un ton impatient.

Al l'ignora superbement et reprit en direction de Harry :

-Voyons Harry Potter, je vais finir par me vexer et croire que tu es aussi stupide que ton amie.

-Quelle amie ? Souffla-t-il en sentant poindre un début de mal de tête.

-Celle sous les traits de laquelle je suis apparu à toi la première fois : rappelle-toi… le Tunnel sous la Manche.

Ébranlé, le Survivant ne répondit pas, réfléchit deux minutes, puis pâlit tout d'un coup. Refusant d'y croire, il nia avec véhémence :

-Non ! C'est impossible, cela n'a jamais existé ! Ce n'était qu'un rêve.

-Ainsi le pensait-elle également, fit-il simplement remarquer.

-Vous vous moquez de moi ! Relança Harry. Cela ne peut pas être réel ! Vous n'avez aucune preuve.

-Ah non ? Murmura le vieil homme d'un ton onctueux. Et ceci ? »

Sous les yeux épouvantés des trois hommes, le mystérieux vieillard retira sa capuche et, devant eux, le visage d'Albus Dumbledore apparut, méconnaissable et terrifiant de par son sourire diabolique et ses yeux crevés. Rémus poussa une exclamation horrifiée, tandis que le moldu eut un mouvement de recul. Harry quant à lui, s'était brutalement rejeté vers l'arrière. Et tout à coup, avant qu'aucun d'eux ne pût réagir, le génie leva les mains et l'instant d'après, un nuage de noirceur les engloutit tous les trois. Quelques secondes plus tard, lorsque les ténèbres se dissipèrent, ils constatèrent non sans effroi qu'ils n'étaient plus à Londres mais perdus quelque part dans la campagne, au sommet de falaises blanches en à pic sur la mer, bordées seulement de quelques plages de galets ivoiriens.

D'un ton hésitant, un des sorciers interrogea Rémus :

« Euh… où sommes-nous à votre avis ?

Ce fut Rémus qui donna la réponse d'une voix incertaine :

-À Brighton, je reconnais cet endroit : c'est là que j'ai envoyé justement le reste du groupe pour ce soir. »

Il y eut un temps de silence pesant, chacun s'interrogeant sur ce qu'il venait de se produire : l'étrange rencontre, la discussion voilée qu'Harry avait eu avec l'inconnu, et puis enfin leur « transplanage » pile à l'endroit où ils voulaient se rendre. Du clochard, plus aucune trace. La seule certitude qui leur restait, c'était que tout cela n'avait pas pu être un rêve. D'un accord tacite, ils turent leur singulière aventure, et ce fut un des Français qui soulagea tout le monde en demandant :

« Excusez-moi mais… où se trouve ce fameux QG ? Je ne vois que la plaine et les falaises devant nous.

-Oh, excusez-moi, se reprit Rémus. Le quartier général est juste là devant nous, au-dessus du vide. Mais vous ne pouvez pas la voir car elle est protégée par l'enchantement du Gardien du Secret. Et puis nous avons déguisé l'endroit pour donner l'illusion que la falaise s'arrête bien avant.

-Ingénieux, applaudit Harry avec une admiration sincère.

-Espérons seulement que nous n'avons pas été découverts, formula amèrement le plus âgé.

-Je ne pense pas, objecta doucement le Survivant. Voldemort n'était pas au courant pour cette deuxième cachette. »

Le Loup-Garou hocha la tête, peu convaincu, et Harry n'osa pas insister. Rémus ayant déjà été trompé une fois dans sa vie par un ami proche, il était celui qui avait le plus de mal à digérer la trahison de Luna à laquelle il s'était sincèrement attaché. Mais les circonstances étant ce qu'elles étaient, il savait qu'il serait incapable de lui en vouloir longtemps. Pauvre Luna ! Avoir été forcée de trahir ceux qu'elle aimait, avoir bercé tant d'espérances de revoir l'enfant qu'on lui avait arraché, avoir tant souffert, et tout cela pour quoi ? Pour se faire abattre sommairement sans même avoir eu la possibilité de revoir sa fille une dernière fois. Non, s'il y avait bien quelqu'un à blâmer, c'était Voldemort pour lui avoir fait miroiter de faux espoirs, et Malefoy pour l'avoir assassinée.

Le soldat tira brusquement le loup-garou de sa méditation en parlant d'un ton interrogateur :

« Au fait, puisque que nous en sommes à Luna, je voulais vous demander si nous devions leur raconter ce qu'il s'est passé, je veux dire : tout ce qu'il s'est passé… avec ce personnage bizarre ?

Rémus réfléchit, puis hocha la tête.

-Non, je pense que c'est inutile : on ne nous croirait pas. Mieux vaut leur dire que nous avons échappé de justesse à une attaque, et que Voldemort s'est cru malin de clamer sur tous les toits qu'il avait vaincu Harry Potter avant de l'avoir capturé. »

L'un des moldus eut un demi-sourire et acquiesça du chef. Harry approuva également, soulagé que personne ne cherchât à enquêter sur la mystérieuse relation qui le liait avec le génie. Les trois pénétrèrent dans la maison, guidé par le plus vieux. Aucun ne reparla de leur étrange évasion. À peine la porte se fut-elle refermée derrière eux, qu'il se mit doucement à neiger dehors.

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Au même moment chez les Malefoy, alors que Naomi tentait une nouvelle fois, en vain, d'attraper le regard de Simon, une voix grave chuchota à son oreille :

« Hé Naomi ! Regarde un peu par la fenêtre. »

Machinalement, celle-ci tourna le regard et sursauta. Il neigeait ! Surprise, elle écarquilla les yeux devant ce spectacle enchanteur quand tout à coup, son cœur se tordit douloureusement car cette vision lui en rappelait une autre, plus précisément un certain souvenir de Février qui semblait remonter à des siècles. Consternée et abattue, elle songea : « C'est lui qui aurait dû me montrer la neige ! » Son visage se crispa. Penser à leur ancienne complicité lui causait une souffrance intolérable, peut-être parce que ce temps-là appartenait dorénavant à un paradis perdu.

« Ça ne va pas Naomi ? S'enquit Thomas d'un ton inquiet en voyant son expression.

Elle dut accomplir d'énormes efforts sur elle-même pour répondre sans se trahir :

-Si, si… je vais bien.

-Tu es sûre ? Insista-t-il. Tu es toute pâle.

-Mais oui, je… je suis juste un peu fatiguée, mentit-elle.

Le garçon parut réfléchir, puis lui demanda d'un ton soucieux :

-Tu n'aimes pas la neige ?

-Je… commença-t-elle.

Elle rougit, puis avant qu'elle ne put s'en empêcher, les mots jaillirent de sa bouche avec violence :

-Non en effet ! Je déteste la neige », cracha-t-elle.

Puis brusquement, à la plus grande incompréhension de son ami, elle se releva et se sauva à grands pas vers la sortie, sans un regard en arrière. Elle ne voulait surtout pas qu'on la vît pleurer.
Il y eut soudain un grand fracas, Hermione s'interrompit et tous les enfants tournèrent leurs regards vers la porte qui venait de claquer. Déconcertée, la jeune femme tourna la tête vers la petite assemblée et ce ne fut qu'à ce moment qu'elle se rendit compte qu'il manquait Naomi. D'une voix préoccupée, elle interrogea à la cantonade :

« Qu'est-ce qui se passe ? Où est Naomi ?

Ce fut Thomas, un garçon plutôt bien fait, qui répondit d'un ton penaud :

-Ben… je ne sais pas. Je lui ai simplement montré la fenêtre… et puis elle est partie.

-Quoi ! C'est tout ? S'étonna Hermione.

-Oui, balbutia-t-il. Euh… enfin, elle m'a dit qu'elle n'aimait pas la neige, et après elle s'est sauvée. »

Machinalement, tous les regards se portèrent vers l'ouverture sur la lune blafarde et virent qu'effectivement, de gros flocons tombaient paisiblement. C'était un tableau si imprévu et si charmant qu'on en oublia un moment la petite fugueuse. Simon ressentit un pincement au cœur. Lui seul venait de comprendre la raison de ce départ précipité. Si ce nigaud de Thomas ne l'avait pas suivie, c'est qu'il ne devait pas tenir autant à elle qu'il n'avait voulu lui faire croire. Tout de suite après, le jeune garçon se sentit bête, et en même temps plein d'espoir. « Je dois la retrouver ! » Pensa-t-il fiévreusement, et aussitôt après, il se leva. Sans s'adresser à personne en particulier, il prévint :

« Je reviens dans deux minutes.

Se reprenant, Hermione appela le garçon qui était déjà à la porte :

-Simon attends ! Où vas-tu ?

-Je vais la chercher ! » Lança-t-il le regard plein de détermination.

Pour lui-même, il ajouta : « Et foi de Simon, je la retrouverai ! » Et, le cœur rempli d'espoir, il partit à la recherche de la fillette disparue.

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Une demi-heure après l'annonce de l'évasion de Harry Potter et son équipe, après moult recherches infructueuses et vaines crises de rages, Voldemort dut se rendre à l'évidence : le Survivant n'était plus au Ministère.

C'était assurément une catastrophe, tous ses plans étaient remis en questions. Quelle manie avait donc Potter de lui filer à chaque fois entre les doigts ? Comme il regrettait à présent de ne pas l'avoir tué pendant qu'il était à sa merci, mais il était trop tard pour se lamenter. Désormais, il fallait agir, et vite ! Entouré de ses serviteurs dans l'ancien bureau du ministre, le Maître d'Angleterre distribua des ordres à chacun d'eux :

« Crabbe, Goyle, filez dans l'Atrium et faites appeler le reste des Mangemorts. Ensuite restez là-bas en attendant mes instructions. Tous les autres, vous allez me passer cette ville au peigne fin et vous ne reviendrez que lorsque vous aurez retrouvé les prisonniers. Ils n'ont ni baguette, ni balai, et avec les barrières anti-transplanage, ils n'ont pas pu aller bien loin… Non ! Sauf toi Bellatrix, j'ai à te parler en privé. »

Flattée d'être ainsi distinguée, la femme resta donc en arrière tandis que tous les autres repartaient vers l'ascenseur. Ils étaient sept au total : Drago Malefoy, Théodore Nott et Pansy Parkinson étaient des Mangemort de premier ordre, tandis que les quatre autres étaient des Mangemorts de second ordre. Ils commencèrent donc à s'organiser en conséquence : Pansy Parkinson proposait de fouiller Cheapside, Thédore Nott le côté de Westminster. Malefoy quant à lui, ne disait rien car il réfléchissait à l'endroit où Potter et sa bande étaient le plus susceptibles de se trouver en ce moment-même.
Arrivés dans le hall gigantesque, Théodore le tira brusquement de ses méditations :

« Drago, tu es avec nous ?

Secouant la tête, Malefoy se reprit et répondit d'un ton amer :

-Je pensais à notre mission, et j'ai bien réfléchi Nott : retrouver Potter est impossible dans ces conditions.

Aussitôt après, les six autres pâlirent, et Nott répliqua sèchement :

-Que veux-tu dire ?

Sans se départir de son calme, Drago leur livra la réalité toute crue :

-Nous ne sommes pas assez équipés pour réaliser une investigation de ce genre. Sans balais et sans possibilité de transplaner, nous n'avons aucune chance de réussir. Londres doit s'étendre sur des kilomètres de rues, les fouiller entièrement nous prendrait au moins deux jours, sinon plus.

La justesse de ces propos les frappa. Ils n'avaient plus pensé évidemment aux restrictions que Voldemort avait mis en place lui-même.

-Mais que peut-on faire alors ? Demanda Pansy nerveusement.

-Si on était un peu plus nombreux, intervint l'un des novices, ce serait peut-être plus facile.

Séduit par cette initiative, Nott l'applaudit comme s'il se fût agi de la sienne propre :

-Bien sûr ! Pourquoi n'y avons-nous pas pensé ? Il nous faut absolument des renforts.

-Quelle bonne idée ! Renchérit ironiquement Pansy. Et qui va se charger d'en parler au Maître ?

Il y eut un silence gêné, puis Malefoy se décida :

-Bon ! Attendez-moi ici, je m'en occupe. »

Feignant d'ignorer leurs mines soulagées, le jeune homme remonta dans l'ascenseur qui le transporta à l'étage supérieur. Arrivé au bout d'une minute à destination, Drago sortit et se dirigea vers le bureau du Seigneur des Ténèbres. Comme il faisait sombre, pour ne pas se cogner partout, Malefoy sortit sa baguette et marmonna à voix basse : « Lumos. » Une faible lueur jaillit alors de sa baguette et éclaira les lieux. La porte était refermée, mais on pouvait entendre des bribes de conversations filtrer à travers. Persuadés de leur impunité, ni Voldemort ni Bellatrix n'avaient pensé à insonoriser la pièce. Grave erreur. Alors que l'homme s'apprêtait à toquer, il suspendit brusquement son geste en entendant un nom terriblement familier :

« Granger !

C'était Voldemort qui venait de parler. Oubliant complètement ce pourquoi il était venu jusqu'ici, Malefoy colla son oreille sur le battant pour écouter. La voix étonnée de sa tante répondit distinctement :

-Elle ? Mais je croyais qu'elle était morte pendant la bataille.

-Pas du tout, rétorqua l'autre. Elle a été plus maligne que les autres : après avoir échappé de justesse à un enlèvement après la victoire, elle a disparu de la circulation pendant plusieurs mois et n'a plus fait parler d'elle. Je l'ai fait rechercher car j'avais la juste intuition qu'elle savait où se trouvait le corps de Potter. C'est ce traître de Severus qui l'a retrouvée à Azkaban puis qui me l'a livrée.

-Le traître ? S'écria Bellatrix qui comprenait de moins en moins. Mais pourquoi ?

-Enfin c'est évident : il voulait retrouver Potter lui-même, s'irrita Voldemort. Si cette petite idiote avait parlé lors de son interrogatoire, il serait parti le chercher pour lui permettre de s'enfuir hors du continent.

-Et c'est ce qui s'est passé, murmura Bellatrix sans trop s'adresser au Lord.

-Pas tout à fait, corrigea-t-il. Cette maudite Sang-de-Bourbe s'est barricadé elle-même l'esprit par l'Enchantement du Secret pour qu'on ne puisse jamais le lui extorquer. Alors pour la punir, je l'ai mise sur la route des Malefoy.

-De mon neveu ? Pauvre créature ! Ricana la demi-folle.

Voldemort ne sourit pas et contra d'un ton glacial :

-En effet, c'est ce que j'ai cru au départ : mon intention était de laisser à ce cher Drago le soin de l'affaiblir lui-même et de la désespérer – sans qu'il le sache lui-même. Ainsi je l'aurais peut-être trouvée en de meilleures dispositions pour passer aux aveux. Malheureusement les choses ne se sont pas déroulées comme prévu : je demandais souvent des nouvelles de là-bas, et il apparaît que cette Sang-de-Bourbe s'est révélée beaucoup plus coriace que je ne le pensais. Je ne saurai jamais pourquoi. »

Évidemment il ne saurait jamais pourquoi : comment Lord Voldemort dans sa grande arrogance, aurait-il pu deviner que la rédemption de Hermione avait été accomplie par des enfants – moldus de surcroît ?

Jusque là, rien de ce qui venait de se dire n'avait choqué Malefoy : tout cela, il le savait déjà, l'ayant appris de la bouche de Rogue lors de son ultime interrogatoire. Ce qui l'inquiétait en revanche, c'était de savoir comment Voldemort avait pu obtenir des renseignements sur elle. Mais sitôt qu'il se posa la question, il eut la réponse dans son cœur. Une réponse qui tenait d'ailleurs en un seul nom : Deborah.

« Et puis, poursuivit le Seigneur des Ténèbres, comme tu le sais, il y a eu le fiasco de l'attentat contre le gouvernement moldu français : quelqu'un a saboté l'expédition pour que le train n'explose que dans le Tunnel sous la Manche. Je n'ai appris l'identité du coupable que très récemment : Potter.

-Par la baguette de Salazar ! S'étrangla la jeune femme. Mais comment a-t-il fait ?

-À ton avis Bellatrix, railla-t-il. Il a été aidé, et je te laisse deviner par qui.

Dans la pièce, la jeune femme haleta et de l'autre côté du battant, Drago n'en menait pas large non plus. « Impossible ! » Songea-t-il d'abord avec incrédulité. Sa tante semblait de cet avis

-Comment est-ce possible ? Souffla-t-elle d'une voix blanche.

Voldemort se racla la gorge, puis entama son récit :

-Il y a quelques temps, Deborah Malefoy s'est posée des questions sur ce qu'elle a vécu le long des trois jours où son mari et elle s'étaient rendus à Folkestone. Elle éprouvait semblait-il, une curieuse sensation de dédoublement chaque fois qu'elle y repensait… comme si tous les souvenirs qui s'y rattachaient, n'étaient pas les siens. »

À cette seconde, Drago se rémora lui aussi un moment confus : le soir du premier jour, durant l'altercation qu'il avait eue avec sa « femme », il avait bien eu pendant un court instant l'impression que c'était Hermione, et non Deborah qui se trouvait en face de lui. Seulement, il n'avait pu avoir ses doutes confirmés car il faisait noir, et la femme qu'il avait vue lui tournait dos, cachant soigneusement son visage dans l'ombre. En remontant ainsi le cours des événements, d'autres éléments bizarres réapparurent, entre autres cette mystérieuse « maladie » qui avait frappé Hermione après son départ, puis qui avait disparu tout aussi subitement, le lendemain de son retour. De fil en aiguille, ses derniers doutes tombèrent et Malefoy en vint à la même conclusion que le Lord.

« Vous pensez que… ? Commença Bellatrix sans achever sa phrase.

-Oui, c'est exactement ce que je pense : notre Sang-de-Bourbe a pris la place de l'épouse Malefoy, et c'est elle qui s'est rendue à Folkestone, elle qui a permis à Potter de s'infiltrer dans le train, elle encore qui a dû lui conseiller de détacher les trains comme il l'a fait. Ensuite, une fois son méfait accompli, elle a échangé ses souvenirs contre ceux de Deborah Malefoy.

-Par le basilic de Serpentard ! S'exclama l'autre d'une voix altérée par la fureur. Cette misérable… cette répugnante petite Sang-de-Bourbe a osé ! Comment Deborah a-t-elle réussi à la démasquer ?

-Elle se doutait déjà de quelque chose car elle aurait surpris une conversation étrange entre sa mudain et un inconnu à travers un miroir à double-sens, dévoila-t-il. Mais elle n'a fait le lien avec les événements de cet été qu'il y a quelques jours : un génie serait apparemment venu la visiter pendant son sommeil pour tout lui révéler.

« Un génie ? Pensa le jeune homme avec alarme. Non, cela ne se peut pas ! »

-Un génie ? Répéta Bellatrix d'un ton perplexe.

-Oui bon, je n'ai pas voulu m'attarder là-dessus, s'impatienta le Seigneur des Ténèbres. Que m'importe la façon dont elle a appris la chose, ce qui importe, ce sont les faits. Je ne sais comment la Sang-de-Bourbe s'y est prise, mais si mes plans ont échoué et si le « Garçon-Qui-A-Trop-Survécu » est de nouveau en travers de mon chemin, c'est essentiellement à cause d'elle et cela, je ne peux le souffrir. Enfin, j'ai la conviction intime que cette garce n'est pas étrangère à l'évasion de Potter ce soir, c'est d'ailleurs la raison de ta présence ici.

-Désirez-vous que je vous l'amène dans la seconde, maître ? Proposa Bellatrix, une lueur dangereuse brillant au fond des yeux.

Drago n'entendit jamais la réponse car un sortilège le frappa brusquement dans le dos.

-Petrificus Totalus ! » Clama une voix féminine derrière lui.

Totalement pris au dépourvu, le jeune homme ne put éviter le maléfice et glissa à terre dans cette position qui l'accuserait d'office. Ce ne fut qu'à ce moment qu'il comprit son erreur : il avait oublié d'éteindre sa baguette, c'était cela qui l'avait trahi ! Son agresseur n'avait pas même eu à se poser de questions en le voyant.
En voyant le très digne Drago Malefoy figé dans cette posture ridicule, Pansy Parkinson éclata d'un rire moqueur. Elle ne lui avait en effet jamais pardonné d'avoir épousé une autre, ignorant tout au sujet de cette affaire qui tenait plus du sordide que du romanesque. D'une voix chargée de rancune et de venin, elle siffla à l'intention du jeune homme neutralisé :

« Et bien Drago, on écoute les conversations du maître maintenant ? Je me demande bien pourquoi. Enfin, tu t'expliqueras avec lui. »

Et comme elle s'avançait vers lui, Drago suait à grosse gouttes en cogitant à toute vitesse. « Non ! C'est trop bête, se houspilla-t-il mentalement. Il faut que je fasse quelque chose ! » Tout à coup, une idée lumineuse germa dans son esprit. Pendant quelques secondes, il avait failli oublier qu'il tenait toujours sa baguette dans la main. Alors il hurla désespérément dans sa tête : « Finite Oubliette ! Finite Oubliette ! » Enfin, le bout de bois émit une brève aura lumineuse bleutée avant de revenir à son état initial. Drago fut partiellement rasséréné : cela avait marché, mais Hermione aurait-elle le temps de se sauver et de se cacher ?

Et surtout, pourrait-elle lui pardonner ?

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Noël

Minuit avait sonné. Dans le dortoir des enfants, tout de le monde s'était couché à deux exceptions près, c'était d'ailleurs la raison pour laquelle Hermione se retrouvait à arpenter les couloirs du manoir à la recherche des deux fugueurs. En effet, après le départ précipité de Simon, ni lui ni Naomi n'étaient revenus. Si au début, la jeune femme avait bien voulu fermer les yeux, pensant qu'ils étaient en train de se réconcilier, maintenant elle commençait à être inquiète : il s'était écoulé presque une heure, les deux enfants auraient dû revenir depuis longtemps.

Après avoir fouillé le rez-de-chaussée de fond en comble, Hermione explorait à présent le premier étage, elle avait même déjà regardé dans sa propre chambre, en vain. Il n'y avait aucune trace des enfants. Alors qu'elle s'apprêtait à emprunter l'escalier pour monter au deuxième étage, elle entendit brusquement Padma l'appeler d'une voix hystérique :

« Hermione ! Hermione, enfin je te trouve ! Il faut que je te parle absolument.

L'interpellée se retourna et aperçut la jeune femme en chemise de nuit qui montait les escaliers deux à deux dans sa direction, livide et hors d'elle même. Visiblement, il s'était passé quelque chose.

-Ça ne peut pas attendre ? Dit-elle légèrement agacée. Je cherche les enfants, là.

-Non ! Hurla-t-elle. Tout de suite ! C'est une question de vie ou de mort ! De ta vie plus précisément…

Légèrement intimidée par la panique de son amie, Hermione tenta de la calmer :

-D'accord, je t'écoute, mais fais vite.

-Pas ici voyons, objecta-t-elle en montant désagréablement dans les suraigus. S'il-te-plaît Hermione, fais-moi en confiance, tu… tu es en danger ! Viens et suis-moi. »

Matée, l'ancienne Griffondor n'opposa aucune résistance lorsque son amie la tira par le bras et l'entraîna dans une des petites bibliothèques avant de refermer la porte derrière elles. Ironie du sort, la pièce dans laquelle elles se trouvaient, était exactement celle d'où Padma avait aperçu Lisbeth emprisonné dans le roncier. Mais pour l'heure, cette dernière avait bien autre chose en tête que le bébé sans attendre de retrouver son souffle après sa longue course, elle parla :

« Voilà, je sais pourquoi Malefoy et Deborah t'ont acheté et… ô Merlin c'est horrible !

Ce fut au tour de Hermione de blêmir. À ces paroles, son estomac se tordit et elle dut s'asseoir pour ne pas tomber. Tachant de ne pas la brusquer, Padma poursuivit néanmoins, se détestant à l'avance de qu'elle allait devoir lui annoncer :

-Il y a plusieurs mois, j'ai surpris une conversation entre Malefoy et sa femme… à propos de toi.

Sursautant, Hermione lui demanda sur un ton de reproche :

-Pourquoi ne me l'as-tu pas dit plus tôt ?

Padma rougit, puis avoua d'un ton embarrassé :

-Parce que je viens seulement de m'en rappeler.

-Pardon ? Grinça-t-elle. Tu te moques de moi, là !

-Je te jure que non, se défendit l'autre en levant les mains. C'est venu d'un seul coup sans que je m'y attende.

-Explique-toi Padma parce que je n'y comprends rien, siffla Hermione. Tu as eu un trou de mémoire, c'est ça ?

-Non ! Non, même pas, je… je ne savais pas que ce souvenir existait… jusqu'à ce qu'il me retombe dessus… comme ça ! Sans que je sache comment ni pourquoi.

-Tu n'aurais pas tout simplement rêvé ? Émit-elle avec un léger sourire suspicieux.

-Non ! Objecta-t-elle. S'il y a bien une chose dont je suis sûre, c'est que cela s'est vraiment passé parce que je sais exactement ce j'ai fait avant, et ce que j'ai fait après.

-Alors comment expliques-tu que tu aies oublié ce qu'il s'est entre ?

-Je ne sais pas. Oh ! Je n'en sais rien, se lamenta-t-elle au bord des larmes. Je ne comprends pas ce qui s'est passé.

-Bon, soupira Hermione enlevant les yeux au ciel. Sinon tu ne te serais pas cogné la tête non plus ?

-Non, même pas ! Je serais incapable de t'expliquer par quel moyen le déclic s'est fait, déclara-t-elle fébrilement. J'étais… j'étais dans mon lit, tranquillement, il faisait noir. Je m'apprêtais à dormir… mais je n'avais pas les yeux fermés ! Et puis brusquement, ça m'est revenu à la figure… comme un coup de massue. Je sais que ça paraît farfelu, j'en ai été la première surprise, mais je sais que c'est réel. Après, pourquoi l'ai-je oublié tout ce temps jusqu'à ce soir précisément ? Je n'en sais rien.

Hermione faillit hausser les épaules et renoncer à comprendre le fin mot de l'histoire, quand tout à coup, une hypothèse lui vient à l'esprit. Elle se creusa la cervelle quelques secondes, puis la lumière se fit enfin. D'un ton hésitant, elle questionna la jeune femme bouleversée :

-Est-ce que par hasard… quelqu'un t'aurait jeté le sort d'amnésie ? »

Padma réfléchit deux minutes, puis tout à coup, fut saisie d'un vertige qui la fit tanguer. Vacillant dangereusement, elle ne dut son salut qu'à ses réflexes qui lui permirent de se rattraper à bibliothèque. Saisie d'effroi, Hermione s'élança auprès d'elle et la soutint pour l'empêcher de tomber. Elle fut alors péniblement impressionnée par le visage de son amie qui était d'une pâleur de craie. Avec sollicitude, Hermione la guida jusqu'au fauteuil où elle l'aida à s'asseoir. D'une voix altérée, elle s'enquit auprès d'elle :

« Padma ! Padma tu m'entends ? Est-ce que tu m'entends ?

Celle-ci, parvenant à se reprendre, répondit d'un ton haché :

-Oui… oui. Je sais qui m'a lancé le sortilège.

-Qui ? La pressa Hermione. C'est Deborah j'en suis sûre !

-Non ce n'est pas elle, souffla-t-elle d'une voix sans timbre. C'est lui. »

_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._

Enfermé à son tour dans l'ancienne salle des prophéties, Malefoy reposait exactement dans la même posture où Pansy l'avait surpris. Plutôt que de l'enchaîner, Voldemort avait préféré le laisser ainsi en guise d'avant-goût à ce qui l'attendait.

Pour la première fois de sa vie, l'homme priait, non pas pour lui, mais pour une certaine femme qui obsédait ses pensées depuis qu'il la savait en danger. Le seul maigre espoir auquel il se raccrochait, était que son sortilège eût bien fonctionné. Il ne doutait pas de la loyauté ni de l'affection de Padma. Sitôt qu'elle aurait retrouvé la mémoire, son amitié la pousserait indubitablement à prévenir Hermione. En revanche, si la jeune fille était déjà endormie au moment il avait lancé le sort, tous ses efforts auraient été parfaitement inutiles.

_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._

Choquée, Hermione s'écarta d'elle, refusant de croire ce qu'elle avait entendu. Cependant, en voyant l'air défait de Padma, elle ne put repousser plus longtemps l'évidence. À ce moment, tous les espoirs qu'elle formait à l'encontre de Malefoy s'effondrèrent comme des châteaux de cartes. Blessée et trahie, elle couina :

« Tu veux dire… Malefoy ? Mais pourquoi ? Pourquoi aurait-il fait cela ?

-Parce que je me suis trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, gémit-elle en secouant la tête. Cela s'est passé l'été dernier, je passais devant le boudoir de Deborahe pour frotter les vitres du couloirs, lorsque j'ai entendu des éclats de voix provenant de la pièce : ils étaient en train de se disputer à ton sujet.

-D'accord, mais que disaient-ils ? S'impatienta-t-elle.

-J'y viens, Deborah était furieuse après son mari parce qu'apparemment il refusait de… de te… enfin tu m'as comprise. »

Hermione rougit et détourna les yeux. Consciente de la gène de son amie, Padma enchaîna sans lui poser de questions :

-Ensuite, Malefoy a répondu simplement qu'il n'avait pas de compte à lui rendre. Je te fais grâce des détails inintéressants pour sauter directement à la partie qui te concerne…

Six mois auparavant :

« Monsieur, je ne vous ai pas payé cette mudain à prix d'or pour que vous lui offriez le luxe de ne servir à rien, aboya Deborah.

-Mais elle me sert, ne vous inquiétez pas pour cela, persifla son époux. Je ne vois où est le mal à s'amuser un peu avec elle.

-Peut-être, mais en attendant, le temps passe et rien ne se passe !

-Mais enfin ma chère pourquoi cette impatience ? Ces choses-là peuvent prendre du temps, clabauda-t-il.

-Ah oui ? Pourtant avec vos premières mudain, cela ne prenait jamais plus d'un mois ! S'indigna-t-elle.

-En effet, admit-il froidement, et on a bien vu ce que cela a donné : une fausse-couche, un enfant prématuré, et un défilé de mudain toutes plus empotées les unes que les autres.

Pour la première fois, Deborah eut le bon goût de paraître mal-à-l'aise. Alors Malefoy lui assena d'un ton polaire :

-Si vous voulez que celle-ci tienne un peu plus longtemps que les autres et mette au monde un garçon bien portant, j'ai le regret de vous dire qu'il vous faudra attendre ! »

À ce moment, les deux protagonistes entendirent un halètement assourdi provenant de derrière la porte. Pâlissant tout à coup, Drago empoigna sa baguette et s'approcha de la porte sur la pointe des pieds. Par prudence, Deborah préféra se reculer et le laisser faire. Arrivé devant, il ouvrit sauvagement la porte d'un coup de pied. Padma qui se trouvait derrière poussa un cri de terreur et fit un bond sur le côté pour éviter le battant. Livide, elle toisa l'homme avec un mélange de terreur et dégoût. Quand il la vit, Malefoy ne réfléchit pas, il leva sa baguette et brama :

« Oubliette ! »

_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._

Deux étages plus haut, dans le grenier, Simon fouillait tous les recoins qui trouvait. Mais pas de trace de Naomi. Là, il commençait franchement à être inquiet. Il avait absolument cherché partout, mais ne l'avait point trouvée. C'est alors qu'il réalisa qu'il restait un endroit qu'il n'avait pas fouillé : le parc. Craignant alors atrocement que son amie n'eût commis une bêtise plus grosse qu'elle, Simon dégringola plus qu'il ne descendit en bas des marches, et arriva dans le hall quasiment sur les fesses. Sans prendre le temps de se couvrir, il s'envola vers la sortie et ouvrit grand les portes. La tempête le prit par surprise.

Manquant de trébucher sous la force de la bise qui le pris à la gorge, il se redressa vaillamment, ignora la neige qui lui fouettait le visage et beugla en direction du dehors :

« Naomi ! Naomi !

Pas réponse évidemment. Soudain, une voix sournoise toute proche derrière lui, le fit sursauter :

-On peut savoir pourquoi tu cries comme un cinglé ?

Frustré, Simon referma la porte et se tourna vers la fille qui lui avait parlé et qui le regardait méchamment. Tout à coup, voir ce visage trop parfait, trop lisse, et associé à trop de mauvais souvenirs lui fit horreur. Ruth, car c'était bien elle, le toisait d'un air de supériorité et de triomphe qui donna à Simon l'irrésistible envie de la gifler. Sans chercher à réprimer l'antipathie qu'elle lui inspirait, il aboya à son intention :

-Qu'est-ce que tu me veux ?

-Houlà ! Se récria-t-elle faussement innocence en levant les mains. On a l'air de mauvaise humeur, à ce que je vois. Je te dérange peut-être ?

-Ta simple existence me dérange, rétorqua-t-il.

-Et bien, et bien, et bien ! Que d'amabilité, siffla-t-elle. Moi qui comptais te parler de Naomi…

À ces mots, Simon faillit bondir au plafond mais il se reprit suffisamment pour lui demander d'une voix blanche :

-Tu sais où elle est ?

-Tiens ? Mais on dirait que je t'intéresse beaucoup plus d'un seul coup, susurra-t-elle. Aurais-je touché un point sensible ?

Rangeant momentanément sa dignité au placard, Simon pressa la fillette d'un ton nettement plus suppliant :

-Dis-moi où elle est.

-Hmm… je ne sais pas, minauda-t-elle.

Simon poussa un bruyant soupir, puis se résigna à l'implorer toute honte bue :

-S'il-te-plaît.

Ruth fit la moue et fit semblant de réfléchir, mettant ainsi les nerfs de Simon à rude épreuve. Au bout de quelques secondes, voyant qu'elle ne se décidait pas à parler, Simon la supplia pour la deuxième fois :

-Je t'en prie, dis-moi où est Naomi.

Mais la jolie fillette n'avait pas encore craché tout son venin. D'un ton méprisant, elle assena au garçon déjà accablé :

-Décidément, je comprendrais jamais pourquoi tout le monde devient hystérique dès qu'il s'agit d'elle. Franchement qu'est-ce que lui trouves à cette… balafrée ? Avec les filles, on l'a même appelée Chucky Little. Hahaha !

Simon crut qu'il allait avoir un vertige, tant ces propos suintant la jalousie et la cruauté le stupéfiaient. Naomi était-elle au courant d'une telle infamie ? Refusant néanmoins de se laisser prendre au piège que la petite peste lui tendait, il répondit sèchement :

-Cela ne te regarde pas. Je n'ai pas envie de discuter de ça, et certainement avec une…

Il se retint à temps, mais le regretta aussitôt car il éprouva du coup une double amertume pour ne pas avoir laissé ressortir ses sentiments. Enfin, il conclut :

-Bref, même si j'essayais de t'expliquer jusqu'au Nouvel An, tu serais incapable de comprendre.

-Je veux bien te croire, bâilla-t-elle ostensiblement. D'autant plus que ça m'ennuierait prodigieusement.

Pour la troisième fois, Simon demanda avec irritation :

-Vas-tu me dire à la fin où se trouve Naomi ? »

Estimant qu'elle avait suffisamment joué avec lui, Ruth consentit à lui répondre :

-Naomi est cachée quelque part dans le château mais si j'étais toi, je renoncerais à la chercher. Je crains qu'elle ne veuille plus de toi après ta trahison.

Là, Simon plongea dans la plus grande confusion. « De quoi parle-t-elle ? » Se demanda-t-il sans parvenir à comprendre les propos de la serpente. D'un ton interrogateur, il répéta :

-Ma trahison ? Quelle trahison ?

Alors, la fille sourit vicieusement et injecta avec perfidie :

-Celle que je lui ai rapportée tout-à-l'heure, alors que tout le monde se couchait et que tu t'escrimais vainement à la chercher. Entre nous, je suis toujours étonnée que tu n'aies pas pensé à regarder aux toilettes… mais ce n'est plus la peine d'y aller maintenant, elle a dû partir depuis longtemps se consoler avec son cher Thomas. »

_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._

Au fil du récit de Padma, Hermione perdit progressivement ses couleurs. Ses poings crispèrent à en faire blanchir les jointures et tout son corps se mit bientôt à trembler comme une feuille. Avec ces révélations, elle venait enfin de comprendre pourquoi Deborah l'avait sauvée il y a quelques semaines… et considérant les raisons de son geste, l'ancienne Griffondor se demanda s'il n'aurait pas été préférable qu'elle mourût.
Craignant qu'elle ne s'évanouît d'une minute à l'autre Padma s'agenouilla devant la jeune femme et l'appela en la prenant par les épaules :

« Hermione ! Hermione ça va ? Tu… tu tiens le choc ?

-Je… je… » Balbutia cette dernière.

Brusquement, elle se dégagea de l'étreinte de Padma et se redressa, l'air complètement hagard. Elle se mit à marcher d'un pas incertain sans but précis, sous le regard inquiet de l'autre femme. Finalement, elle s'arrêta devant la fenêtre et parut absorbée par la contemplation du blizzard. Dehors, la neige avait tout recouvert d'une couche blanche et épaisse. Comme elle lui tournait le dos, Padma ne pouvait voir comment elle encaissait le choc. Timidement, elle se releva et se dirigea vers elle. En voyant son visage, elle frémit et ne sut ce qui était le pire : son teint cadavérique, ou bien le vide total qui hantait ses yeux. Sans vraiment s'adresser à elle en particulier, Hermione murmura d'un ton absent :

« Ainsi tout s'explique.

Padma fut péniblement impressionnée par sa voix désincarnée.

-Quoi donc ? Demanda-t-elle avec douceur.

-Maintenant… je sais pourquoi elle m'a sauvée.

-Hein ? Tu veux dire… Deborah ? Elle t'a sauvée ? Quand cela ? S'écria-t-elle d'un ton interloqué.

Mais, comme si elle ne l'avait pas entendue, Hermione acheva d'une voix détruite :

-Elle sait.

Sans très bien comprendre ce qu'elle voulait dire, Padma lui prit néanmoins les mains en geste de réconfort et la questionna :

-Elle sait quoi ?

Alors, le visage de Hermione se crispa en un rictus de désespoir, et elle lâcha d'une voix entrecoupée de sanglots :

-Que… que je suis enceinte.

Et puis brusquement, ses nerfs craquèrent et elle se jeta en pleurs dans les bras d'une Padma stupéfaite et atterrée.

_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._

Voldemort était positivement fou de rage. L'évasion de cette nuit-là additionnée à la découverte de la trahison de l'un de ses plus fidèles Mangemorts avaient achevé de le jeter hors de ses gonds. Comme prévu, l'équipe qu'il avait envoyée chercher Potter avait épluché tout Londres, mais était revenue bredouille, ce qui avait aggravé la fureur du terrible Lord. Personne ne comprenait comment les prisonniers avaient pu disparaître sans laisser de trace en un si court laps de temps. Pour ne rien arranger, Voldemort n'avait même pas pu se défouler sur Drago à cause de l'arrivée des Mangemorts qu'il avait appelés. Étant donné l'urgence de leur situation, il n'avait pas le temps d'interroger le fouineur.

Tout allait trop vite et pour une des rares fois de sa vie, le Seigneur des Ténèbres commençait à avoir peur.

Parce qu'au rythme où les événements s'enchaînaient, s'il ne prenait pas rapidement d'une décision, il ne contrôlerait bientôt plus rien. La situation lui échapperait et cela, il ne pouvait l'accepter. Dans ce marasme, il crut entrevoir la solution : dès maintenant, il allait faire distribuer des potions énergisantes à ses soldats, puis il les enverrait sonder le pays à la recherche de Harry Potter. Si loin que ce dernier se fût réfugié, Voldemort se jura de ne s'accorder aucun repos tant qu'il ne l'aurait pas retrouvé.

Cependant, il ne savait pas encore qu'il n'aurait point à se donner cette peine, non plus qu'il n'aurait pas le temps d'informer ses fidèles de sa décision.

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Loin de là, à Brighton, une attaque se préparait. Depuis l'arrivée miraculeuse des rescapés de l'attaque dans l'ancienne cabane abandonnée, c'était l'effervescence. Harry avait dû supporter des effusions de joie pendant plus d'une demi-heure avant de pouvoir se remettre au travail, au point qu'il en vint presque à regretter de ne pas avoir gardé sa véritable identité secrète. Il avait vraiment apprécié ces quelques mois où dans l'esprit des gens, il n'avait été que Vernon Dudley, sorcier anonyme, sans renom et sans passé. Son seul plaisir avait été de retrouver des visages connus : presque tous les membres de l'AD étaient là.

Quand enfin il put respirer de nouveau, Harry rejoignit Remus qui guettait par la fenêtre, redoutant sans doute qu'on l'eût suivi. D'une voix basse, il s'enquit auprès de l'homme :

« Remus, as-tu encore ton téléphone portable sur toi ?

-Hélas non, grogna-t-il sur le même ton. Ces chiens l'ont détruits pendant la bagarre.

-Oh ! Je suis désolé, bredouilla Harry.

-Ce n'est pas ta faute, grommela-t-il.

Voulant détourner Remus de ses soucis, le plus jeune osa encore le questionner :

-Et… le reste de l'armée… les soldats je veux dire, sont-ils prêts ?

-Oui, il ne manque plus que le signal. »

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Au fur et à mesure que son cerveau assimilait les mots assassins lancés par la petite teigne, Simon crut que ses poumons se gelaient dans sa cage thoracique. Très pâle, il fut d'abord incapable de réagir pendant quelques secondes, puis subitement il explosa :

« Sale pétasse ! Qu'est-ce que tu lui a raconté ?

-Ce que je lui ai raconté ? Chuchota-t-elle d'un ton doucereux. Oh ! J'admets avoir un peu déformé la réalité, mais Thomas et elle formeraient un si joli couple que je n'ai pas pu m'empêcher de leur donner un coup de pouce. Mais je ne vois pas pourquoi cela te fâche autant, n'est-ce pas toi qui l'a rejetée en dernier ?

Hors de ses gonds, Simon rugit :

-Ne te moque pas de moi ! Qu'est-ce que tu lui as dit bon sang ?

-Mais rien je t'assure, se défendit-elle l'air de ne pas y toucher. Enfin, presque rien : je lui ai simplement dit de ne pas se morfondre inutilement après toi parce que tu ne l'aimais plus du tout et qu'à présent, nous sortons ensemble toi et moi. »

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Tout à coup, après une attente interminable dans la solitude, Drago Malefoy entendit la porte de la salle s'ouvrir lentement comme si l'intrus ne voulait pas se faire attraper. Plissant des yeux pour essayer de distinguer quelque chose, le prisonnier vit soudain tout un peloton se détacher furtivement de l'ombre en chuchotant entre eux. En les voyant de plus près, il comprit tout de suite qui ils étaient… et demeura bouche bée. « Mais… comment est-ce possible ? Ils sont morts. » Se dit-il non sans crainte. Par chance – ou pas – les ressuscités ne remarquèrent point sa présence tant il faisait sombre. Par prudence, le Mangemort préféra ne pas signaler sa présence : ayant participé à leur capture, il n'était pas sûr que ceux-ci fussent très enclins à l'aider.

Sans parler, les moldus commencèrent à déployer un matériel volumineux et étrange. Mais Drago était trop loin pour discerner de quoi il s'agissait. L'opération fut rondement menée : en dix minutes, les inconnus avaient accroché des câbles, posé des caisses à quelques endroits précis de la pièce avant de s'en aller. Avant de fermer la porte derrière lui, le dernier appuya sur un bouton rouge d'une machine. Il y eut un petit tintement aigu, puis un écran s'alluma dans le noir avant d'afficher un compte à rebours de dix minutes…

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Dans une bibliothèque, on n'entendait que les reniflements d'une jeune femme briser le silence de la pièce. Tout en caressant distraitement les cheveux de la malheureuse, l'ancienne Serdaigle réfléchissait à fond, cherchant vainement une issue au piège mortel qui s'était refermé sur Hermione. Au bout de quelques minutes, lorsque cette dernière se calma un peu, Padma la redressa et l'adjura sans brutalité :

« Hermione ! Hermione s'il-te-plaît, reprends tes esprits et réponds-moi : quand t'en es-tu aperçue ?

Cette dernière laissa échapper un drôle de son à mi-chemin entre le rire et le sanglot, puis répondit en bégayant :

-M-maintenant… après ce que tu m'as révélé, je me suis rendue compte que je n'avais pas… alors j'ai fait le calcul… machinalement…

Padma poussa un soupir fatigué mais elle insista malgré tout :

-Mais est-ce que tu en es certaine ? Vraiment certaine?

Hermione ne pas directement à la question. À la place, elle gémit tout haut :

-Quand je pense qu'elle l'a su avant moi… elle a su avant moi que j'avais du retard !

-Depuis combien de temps ? L'interrogea posément l'autre. Depuis combien de temps as-tu du retard ?

Elle s'attendait à une réponse vague dans l'ordre des quelques jours, voire de la semaine, c'est pourquoi elle fut profondément choquée lorsque Hermione lui annonça d'une voix éteinte :

-Trois mois. »

Saisie de honte, elle enfouit son visage entre ses mains et pleura silencieusement. Intérieurement, elle se maudit de sa négligence. Bien sûr que son cycle n'avait jamais été stable – encore moins depuis son arrivée au manoir – mais de là à passer trois mois sans rien voir ! Quelle genre de fille pouvait passer à côté de ça ?

Enceinte.

Maintenant que le mot détestable avait été lâché, l'évidence s'était imposée d'elle-même. Désormais coincée au bord du précipice, Hermione ne pouvait plus nier. Inutile de pleurnicher ou de protester à présent, cela ne servirait strictement à rien. Padma avait raison : ce qu'il fallait, c'était garder son sang-froid, réfléchir, trouver une solution, et vite. Mais en croisant soudain le regard de cette dernière, Hermione sentit un grand froid l'envahir : dans les yeux de l'ancienne Serdaigle, plus rien ne brillait désormais… à part des larmes. Mais d'espoir, pas la moindre étincelle. Confondue et désolée, ce dernière sanglota presque :

« Je… je suis désolée Hermione… je ne sais pas quoi te dire.

-Mais il n'y a rien à dire Padma, coupa l'autre d'un air blasé. Qu'est-ce qu'il s'est passé après tout ? Rien. J'ai juste été achetée comme une jument puis offerte à un maître qui m'a sautée autant qu'il a pu dans le seul but de m'engrosser. Quoi de plus banal par les temps qui courent ?

-Hermione… commença Padma en soupirant.

-Et que va-t-il se passer ensuite ? S'emporta-t-elle sans l'écouter. Rien. Ils vont juste me garder au chaud le temps que je mette bas d'un bon et vigoureux petit bâtard qui leur servira d'héritier. Enfin, quand je ne leur serai plus d'aucune utilité, dans le meilleur des cas ils me jetteront dehors, dans le pire ils m'abattront comme un chien dont on ne veut plus.

En disant cela, ses yeux étaient noyés de larmes. D'une voix chevrotante, elle reprit sans laisser à Padma le temps de parler :

-Je crois que le pire dans tout cela, c'est de se dire que si Deborah m'a sauvée, c'est uniquement à cause de l'enfant. Elle se fiche complètement de moi, tout ce qu'elle veut c'est récupérer le moutard à la sortie.

-Exactement ! » cracha une voix derrière elle.

Les deux femmes tressaillirent en même et se retournèrent pour voir Deborah debout à l'embrasure de la porte, qui les observait avec férocité.

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Allongé dans sa cage, Drago contemplait, angoissé et impuissant, le lent et inexorable défilé des chiffres sur le cadran… dix-neuf secondes… Il ne lui avait fallu que quelques instants pour comprendre qu'il s'agissait d'une bombe à retardement que les moldus avaient installée là… seize secondes… Ils avaient dû également en installer ailleurs, peut-être dans la salle de l'Arcade de l'Oubli comme c'était de là qu'ils venaient… treize secondes… Plus entravé que s'il avait été enchaîné, Malefoy se débattait mentalement et inutilement contre le sortilège du saucisson… dix secondes… Une nouvelle fois, il tenta d'ouvrir la bouche pour appeler à l'aide… sept secondes… En vain… six secondes… cinq… quatre… trois… deux… un…

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Oui, oui, c'est bien fini pour ce chapitre. Je sais que je coupe au pire moment, mais vous le valez bien :p

Ensuite concernant la grosse de Hermione, je sais que certains vont se dire : « Et les symptômes ? Et les nausées matinales ? Et les caprices culinaires ? Et les crises de larmes ? Et la sarabande des hormones ? Et l'âge du capitaine ? Etc… etc… » À tout ceci, je ne répondrai qu'une seule chose : ce n'est pas parce que je n'ai pas parlé de ces symptômes qu'ils n'ont pas existé. Bon, c'est vrai que Hermione doit vous paraître un peu bête d'être passée à côté de ça, mais là encore j'ai une excuse dans mon sac : le déni de grossesse. C'est rare, mais cela existe. Simplement, je ne suis pas forcée de tout écrire ! Et oui ! :-p