Chapitre 12 : Trahison

« Prenez le fortifiant, Tegan. »

Le Maître tend le gobelet à la jeune femme qui tient à peine debout, tellement elle est fatiguée. Elle l'attrape machinalement – c'est un geste qu'elle fait si souvent – et en avale le contenu. L'effet est presque immédiat. Elle se sent revigorée. Cependant, certains tics et des tremblements de mains persistent toujours.

« Ça dure de moins longtemps vous savez, grommelle-t-elle. "De moins en moins longtemps" » se corrige-t-elle.

Ça aussi, c'est un signe qui revient souvent : elle saute des mots dans la conversation, ou elle les met dans n'importe quel ordre.

« Est-ce que je ne pourrais pas avoir une bonne nuit de sommeil… commence-t-elle.

– Nous avons tellement de travail et votre vie est si courte, Tegan.

– Merci d'avoir la délicatesse de me le rappeler ! siffle-t-elle. Elle le sera encore plus, si je ne peux pas avoir un vrai repos de temps en temps.

– Pardonnez-moi. Je pensais juste à tous ces gens qui ont besoin de nous.

– Oui… enfin, j'ai eu l'impression de passer plus de temps à détruire qu'à aider, dernièrement.

– Mais ces destructions sont nécessaires et font partie de l'aide que nous apportons aux populations menacées. »

Tegan ne réplique pas. Elle a du mal à réfléchir. Elle avait commencé à éprouver une certaine méfiance sur ce que lui disait le Maître, et exigeait des preuves de ce qu'il avançait. Mais, peu à peu, son esprit aiguisé et critique l'avait abandonné, et elle se montrait moins intransigeante.

« Il nous faut intervenir sur Maradnias, continue le Maître. C'est urgent. Ensuite, je vous promets, vous pourrez dormir. D'ailleurs, moi aussi j'ai besoin de repos.

– "Nous dormirons ensemble"*, chantonne-t-elle.

– Qu'est-ce que vous dites ?

– Rien. Une vieille chanson française. Une chanson d'amour. Vous ne pouvez pas comprendre.

– Non. En effet. Mais oui, nous dormirons ensemble. »

*[Poème de Louis Aragon, mis en musique et chanté par Jean Ferrat, 1971]

Elle soupire et inspecte sur l'écran le système solaire où évolue Maradnias.

« Que se passe-t-il sur cette planète ?

– Une guerre civile. Et un des deux camps a la ferme intention d'utiliser des bombes atomiques pour détruire l'autre. Seulement, leur arsenal est énorme… et défectueux. S'ils font ça, ils détruiront toute vie sur cette terre, y compris eux-mêmes.

– Vous y êtes déjà allé ?

– J'ai fait quelques repérages. J'en tenté d'intercéder auprès des autorités des deux factions, mais la négociation a échouée. »

Ce que Tegan ne sait pas, c'est qu'il a tout au contraire attisé les rancœurs et accentué les malentendus. Un jeu qui n'a plus de secret pour lui.

« Je voudrais faire une dernière tentative, avant d'ouvrir les portes de l'Enfer, réclame la jeune femme. Je suis lasse d'appuyer sur les manettes de destruction. »

Le Maître se contient. Il a besoin d'elle, il doit parfois en passer par ses caprices.

« Bien sûr, lui répond-il. Peut-être l'intercession d'une femme aura plus de succès que la mienne. D'ailleurs, les ambassadeurs et autres médiateurs sont souvent des femmes, ici. Je vais vous trouver le costume approprié. »

Tout en fouillant sa garde robe à la recherche de la toge particulière des médiateurs féminins, il réfléchit à la situation. Il n'est pas vraiment inquiet sur la réussite de l'entreprise. Les deux alliances ont accumulé les aigreurs l'une contre l'autre. Il a fait en sorte que cette vindicte s'emballe, et le grand chambardement est proche. Il envisage un instant l'hypothèse qu'il se déclenche alors qu'ils sont encore à terre, elle dans le bâtiment du gouvernement des rebelles, lui dans son TARDIS.

« Tant pis, songe-t-il. Je partirai sans elle. Je perdrais un bon atout, mais j'ai toujours su me débrouiller seul. Je continuerais ainsi. »

ooo

« Je vais devoir porter… ça ?

– C'est le costume des ambassadrices.

– C'est surtout ce chapeau. Il est très… haut et très… fluorescent.

– Pour qu'on vous reconnaisse, justement. Sans lui, vous risquez le tir sans sommation.

– Je me sens parfaitement ridicule.

– Mais c'est totalement sûr », réplique le Maître.

Puis il ajoute :

« C'est vous qui avez voulu…

– D'accord, d'accord ! le coupe-t-elle. Je mets cette pièce montée, et j'y vais. »

Quelques minutes plus tard, elle se dirige vers le portail du palais. Le Maître avait matérialisé son TARDIS à plus d'un kilomètre, dans un fourré. Il avait d'ailleurs pris l'apparence d'un de ces buissons.

« Ça ne va pas paraître étrange que j'arrive seule et à pieds, avait-elle demandé avant de sortir de la machine.

– Au contraire. C'est la procédure habituelle. C'est pour montrer que vous venez désarmée et pleine de bonnes intentions. »

Elle chemine maintenant vers la grande porte. Sur le haut des murs, des sentinelles la regardent avancer. Autour de l'entrée, campe une véritable petite armée. Avant même qu'elle soit assez près pour distinguer les traits des plus proches soldats, un petit groupe vient à sa rencontre.

« Madame l'Ambassadrice. »

L'homme s'incline légèrement. Tegan a presque entendu la majuscule au titre, à la façon pompeuse qu'il a eu de s'adresser à elle. Cependant, il n'oublie pas de lui demander son accréditation. Elle lui présente le badge que lui a confié le Maître. L'objet, bien que totalement faux, passe avec succès le contrôle de la machine vérificatrice.

« Madame l'Ambassadrice, reprend le garde. Suivez simplement le chemin, la poterne est tout en haut à huit cent mètres, environ. Bonne route.

– Merci », répond Tegan, surprise de la facilité avec laquelle elle a passé ce premier barrage.

Elle s'aperçoit vite que cette aisance n'est qu'apparente. Elle grimpe au milieu d'un bois assez clair. Et elle voit des patrouilles le traverser dans tous les sens. Sans véritablement s'arrêter, ni l'observer, elle remarque que les soldats dévient leur course pour passer plus près d'elle. Tout individu circulant dans ce lieu est strictement surveillé.

Au détour d'un chemin, elle stoppe soudain, haletant de surprise. À demie cachée par un groupe de troncs un peu plus serrés, une grande boîte de bois bleue se tient à quelques mètres du chemin. Ses côtés sont ornés de panneaux, et de petites fenêtres vers le haut. Sur le toit, une lanterne, pour l'instant éteinte. Sur chaque face, une pancarte annonce : « Cabine de Police, téléphone public ».

« Le TARDIS… du Docteur… » souffle-t-elle.

Sa première impulsion est de se précipiter vers lui, comme vers un refuge. Puis elle se souvient de tout ce qu'elle a fait. Ses actions, qui commençaient déjà à chatouiller désagréablement sa conscience, lui apparaissent dans toute leur horreur. La simple vue de la machine spatio-temporelle du Docteur semble avoir fait tomber les écailles de ses yeux. Cet objet brise le sortilège, l'espèce de transe dans laquelle elle vit depuis qu'elle a proposé de se charger elle-même des Meeps.

« Je… je n'ai plus le droit de me proclamer son amie, maintenant, balbutie-t-elle. Je suis passée de l'autre côté. Du côté du mal. Et avec quelle facilité ! »

Elle recule et se dissimule derrière un buisson touffu, le cœur battant, ne sachant que faire. Sa route la fait passer tout près du vaisseau, et elle craint par-dessus tout de rencontrer celui qui fut son guide, mais qui ne lui apparaît plus que comme un juge, maintenant.

À cet instant, la porte s'ouvre et un homme de haute taille en sort. Sa tête est surmontée d'une chevelure blonde et bouclée. Tegan se souvient de ce que lui a dit le Maître, il y a quelques temps :

« Le Docteur n'a plus rien d'un bellâtre habillé en joueur de cricket. Ses goûts vestimentaires ne se sont pas améliorés, si vous voulez mon avis. »

Elle s'était alors moquée de son avis, mais il avait raison. L'habillement du nouveau venu est un concentré des couleurs les plus criardes mises ensembles sans aucun souci d'harmonie : le rouge, le jaune, le orange, le bleu et le vert, les carreaux et les pois se mêlent en une cacophonie visuelle. Un instant, Tegan se demande si c'est bien le Docteur.

Puis une jeune fille sort à son tour de la machine et s'exclame d'une voix au fort accent américain :

« Docteur, croyez-vous que ce soit bien prudent ? Cet endroit m'a l'air particulièrement bien gardé et le TARDIS ne fait pas vraiment couleur locale, ici. »

Le Docteur, planté à quelques pas de son vaisseau, les mains tenant les revers de son habit, renifle l'air, son visage rond fendu dans un sourire satisfait.

« Ne t'inquiète pas Peri, répond-il. Personne ne le remarquera. Il est équipé d'un filtre de perception.

– C'est quoi donc ? s'enquiert la nouvelle compagne du Docteur.

– "Qu'est-ce donc ?" ou "Qu'est-ce que c'est ?" la corrige le Seigneur du Temps. Quand vas-tu apprendre à parler correctement, Peri !

– Oh, Docteur, vous croyez que c'est le moment pour…

– Non, non, bien sûr que non, l'interrompt celui-ci, en se radoucissant. Voyons où nous sommes », ajoute-t-il en sortant un instrument de sa poche.

Tegan tremble. Elle voudrait fuir, retourner dans la relative sécurité du vaisseau du Maître. En même temps, une autre partie d'elle-même la pousse en avant, pour confesser ses crimes et se mettre sous la protection de celui avec qui elle a combattu le mal. La décision est prise pour elle.

« Oh, Docteur, s'écrie Peri. Regardez ! Quelque chose se cache dans ce bosquet là-bas ! »

La jeune fille pointe le doigt en direction de Tegan.

« Bien sûr, songe celle-ci. Ce ridicule chapeau "d'Ambassadrice" m'a trahi. Au fond, c'est mieux. Je préfère affronter le Docteur plutôt que de le fuir. »

Elle sort de sa cachette, la gorge serrée, marchant d'un pas de condamnée vers le duo.

« Tegan ! s'exclame aussitôt le Docteur lorsqu'elle est assez près pour qu'il reconnaisse ses traits. Mais… que fais-tu ici, accoutrée de façon si… particulière.

– C'est une longue histoire, Docteur, soupire l'Australienne.

– Ne devrions-nous pas retourner dans le TARDIS ? suggère la jeune compagne. Le temps que… Melle Tegan nous raconte.

– Eh bien, Peri… pour une fois… tu as raison. La présence de Tegan ici est suffisamment intrigante pour que nous remettions nos investigations à plus tard. »

Au bout de quelques minutes, les trois personnes sont attablées dans la cuisine, une tasse de thé entre les mains. La nouvelle équipe du TARDIS attend les explications de Tegan avec impatience, leurs yeux braqués sur elle.

Elle croit voir une menace dans ce qui n'est qu'attention. Son esprit est déséquilibré depuis que le Maître la gave de cette potion destinée à l'empêcher de dormir. Elle éprouve en même temps une grande colère et un grand chagrin. Finalement, c'est celui-ci qui gagne la bataille, et elle s'effondre en gros sanglots.

« Tegan, Tegan, ma chérie, lui murmure le Docteur en la prenant par les épaules. Que se passe-t-il ? »

Peri lui tend un mouchoir et elle essuie ses yeux, honteuse de s'être laissée aller à cette manifestation de faiblesse.

« C'est… commence-t-elle, avec des paroles entrecoupées. C'est… le Maître…

– Qu'a-t-il donc fait encore, celui-là ! s'exclame le Docteur. Il t'a enlevée ? Dis-nous Tegan. Et où est-il ? »

Alors, la jeune Australienne leur narre tout ce qu'elle a vécu. Cela sort un peu dans le désordre, et le Docteur doit souvent l'interrompre pour comprendre ce qu'elle raconte.

« Et voilà, conclue-t-elle. J'ai tué. J'ai détruit des mondes entiers, des races complètes d'être vivants. Je ne suis plus digne de fouler le sol de votre vaisseau et de me proclamer votre amie, Docteur.

– Sottises ! s'exclame celui-ci. Tu n'es pas responsable. Tu es une victime, Tegan, pas une coupable. Une victime du Maître. Il t'a hypnotisée. Il t'a fait croire que tu désirais faire ça, mais ça ne peut pas être vrai.

– Non, Docteur, justement. Il n'a pas eu besoin d'avoir recours à ce procédé. J'ai tout fait de façon volontaire. Je croyais… je croyais agir pour le bien, vous comprenez. Sauver plus de vies que je n'en détruisais.

– D'une certaine façon… ce n'est pas faux. Je connais ces Meeps, en particulier. Ils sont bien tels que le Maître te les a décris.

– Mais… comment pouvez-vous les connaître, Docteur ? Puisque nous les avons éliminés avant qu'ils ne se répandent dans la galaxie et ne commencent à faire du mal ?

– Je suis un Seigneur du Temps, ne l'oublie pas. Même les lignes temporelles qui ont été effacées par vos actions, restent dans ma mémoire. En tout cas, ajoute-t-il en se redressant, il ne nous reste plus qu'une chose à faire, c'est d'arrêter cet individu, avant qu'il ne continue.

– Mais comment allons-nous faire, Docteur ? intervient Peri.

– J'ai une idée, ma chère Perpugilliam, répond le Docteur en souriant malicieusement. Mais, elle a un inconvénient. »

Il serre plus fort les épaules de Tegan qu'il n'a pas lâché.

« Elle implique que tu retournes auprès du Maître, au moins pour quelques minutes. T'en sens-tu le courage ? »

L'Australienne réfléchit quelques instants, avant de déclarer :

« Est-ce que je vais devoir lui faire du mal ?

– Pour qui me prends-tu ? s'exclame le Docteur, indigné. Bien sûr que non ! J'ai un petit appareil – il faut juste que je le retrouve – qui permettra de désactiver l'androïde qui lui sert de corps. Cela casse le lien entre la pile qui l'alimente et le reste de ses circuits. Comme un interrupteur, si tu veux. Ton rôle consistera à le poser sur lui. Il est aimanté, il se fixera sur le métal, et à cet instant précis, il lui "coupera le jus". Ensuite, tu n'auras qu'à m'appeler – je vais te remettre un dispositif de communication – et nous viendrons.

– Qu'allez-vous en faire, ensuite ?

– Hum… je n'y ai pas encore pensé. Mais sans doute le mieux serait de le ramener sur Gallifrey. Je n'aime pas trop aller là-bas, mais c'est la solution la plus logique. Les Seigneurs du Temps s'occuperont de lui… qu'ils l'enferment ou bien…

– Ou bien ? interroge Tegan.

– Qu'ils… heu… qu'ils s'en débarrassent.

– Vous voulez dire… le tuer ?

– Songe à tous ses crimes, Tegan. Et à ce qu'il t'a fait, réussissant à te pervertir assez pour que tu penses que la destruction de toute une espèce soit la seule solution à un problème.

– Oui, murmure la jeune femme. Oui, bien sûr. »

Elle pousse un soupir, puis se redresse.

« Je vais le faire, Docteur. Donnez-moi votre appareil. »

ooo

« Enfin, souffle le Maître. J'ai cru qu'elle ne reviendrait jamais. Et à voir l'expression de son visage, il semble bien qu'elle ait échoué… comme prévu. Nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses. »

Il éteint l'écran de visualisation et attend que Tegan frappe à la porte. Deux petits coups discrets qui résonnent à peine, à travers la vibration continue de sa machine. Il pousse la manette d'ouverture en retenant un sourire triomphal.

« Alors ? demande-t-il, dès qu'elle a franchi le seuil et enlevé l'immense chapeau d'Ambassadrice.

– Échec sur toute la ligne.

– Vous avez essayé. N'est-ce pas le plus important ?

– Oui, oui bien sûr », répond Tegan en se rapprochant de la console.

Alerté par son ton, il se tourne vers elle. Il n'a pas le temps de comprendre ce qui se passe que soudain… c'est le noir.

ooo

Tegan contemple avec horreur le pantin désarticulé qui gît à ses pieds. La physionomie du Maître a disparue, et il ne reste que le visage indifférent du robot, et ses articulations de fer dans le costume de velours noir. Cette « trahison » qu'elle vient d'accomplir la secoue plus encore que la vue du Docteur tout à l'heure. Elle serre la main sur son ventre qui se tord de douleur. Les larmes qu'elle avait réussi à sécher, jaillissent à nouveau de ses yeux.

« C'était la seule solution, balbutie-t-elle. Faire appel au Docteur pour arrêter tout ça. La seule. »

Elle sort de sa poche la radio que lui a donné le Docteur.

« Docteur, murmure-t-elle. C'est fait. Vous pouvez venir. Il ne s'est pas méfié un seul instant. Cela a été très facile.

– Bravo, Tegan ! Je m'inquiétais pour toi. Nous arrivons tout de suite. »

Elle leur ouvre la porte, lorsqu'elle voit le TARDIS se matérialiser à côté de celui du Maître.

Le Seigneur du Temps jette de tout son haut un coup d'œil à son confère, affalé au pied de la console.

« Tu ne seras plus jamais une menace pour personne, marmonne-t-il.

– Qu'allez-vous faire, Docteur ? » demande Peri.

Tegan semble se désintéresser de la question. Elle tourne même le dos à la scène, se contentant d'ôter, pièce par pièce, l'encombrant costume qu'elle avait mis pour sa tentative de conciliation.

« Je vais commencer par matérialiser son TARDIS dans le mien…

– Mais n'est-ce pas une manœuvre dangereuse ?

– Un peu, mais sa machine est plus moderne, plus facile à maîtriser. Ça ne devrait pas poser de problème. Ensuite, nous transférerons le Maître dans mon TARDIS et je l'installerai dans une boucle spatiale.

– C'est quoi… pardon "qu'est-ce que c'est", Docteur ? » questionne à nouveau Peri.

Le Docteur lui répond par un grand sourire.

« C'est un lieu très particulier. Tu verras.

– C'est un endroit d'où il ne pourra pas sortir, énonce Tegan d'un ton morne. Où qu'il aille, cela le ramènera toujours à son point de départ.

– Eh bien, Tegan, bravo encore une fois. Comment connais-tu si bien les boucles spatiales ?

– Rappelez-vous Docteur, dans ce que je vous ai raconté. J'ai passé plusieurs semaines à déchiffrer des livres de physique spatio-temporelle. J'ai quelques notions, maintenant.

– En effet. Voilà, Peri. Une boucle spatiale, c'est exactement ce qu'a dit Tegan. Une petite partie du TARDIS dont il ne pourra pas sortir. C'est le seul moyen de s'assurer qu'il ne nous faussera pas compagnie avant d'arriver sur Gallifrey.

– Il faut longtemps pour faire ce voyage ? interroge Tegan. Je me sens si fatiguée. J'aimerai dormir.

– Normalement non. Nous devrions y être dans une heure ou deux. Mais vas dormir Tegan. D'après moi, tu as besoin d'au moins douze, voire vingt-quatre heures. Cette potion que te donnait le Maître a bien plus d'effets secondaires que ce qu'il t'a dit. Elle fait disparaître les symptômes de la fatigue, mais ton corps est toujours en manque de repos.

– C'est-à-dire que… reprend Tegan. Je voudrais être là… quand il partira.

– Oh… Est-ce bien nécessaire ?

– Ça l'est pour moi.

– D'accord. Nous ferons un détour alors. Peri, je vais te montrer les merveilles de l'Œil d'Orion. Le lieu le plus paisible de tout l'univers. Nous reviendrons sur Maradnias un peu plus tard.* »

[* Au début du Roman The Quantum Archangel, le Docteur revient sur cette planète avec Mel]

ooo

Sur un petit écran de la console, le Docteur observe l'androïde. Pour l'instant, il est encore « inconscient », étendu sur le lit de la chambre qui se trouve au milieu de la boucle spatiale. Le Docteur tape sur deux ou trois touches et l'appareil interrupteur se détache du corps métallique. Le Maître est debout dans la seconde, retrouvant instantanément son visage. Il crie :

« Tegan ! Non ! »

Puis il regarde autour de lui, surpris.

« Tiens, tiens, murmure le Docteur. On dirait bien qu'il s'était rendu compte de quelque chose, finalement. Tegan a juste été plus rapide. »

Ensuite, le Maître explore son environnement. Il fait deux ou trois fois le tour de sa boucle spatiale, avant de se planter au milieu de la chambre.

« Docteur ! lance-t-il. Je sais que tu es derrière tout ça. Et je reconnais ton TARDIS pourri. Qu'as-tu fait à Tegan ? »

Furieux, le Docteur enclenche le bouton du son.

« Je devrais te retourner la question : qu'as-tu fait à Tegan, toi ? Elle est épuisée, physiquement et nerveusement. Pourquoi l'empêchais-tu de dormir ? Je ne parle même pas du fait de l'inciter à faire le sale boulot à ta place. C'est quelque chose qui te ressemble tellement.

– Il y avait tant à faire, et passer un tiers de sa vie à dormir est une perte de temps.

– Hum, grommelle le Docteur. C'est possible que ce soit la raison, mais curieusement, j'en doute. C'est trop simple pour toi. Il y a autre chose là-dessous. »

Le Maître se contente de hausser les épaules. Il pose d'autres questions :

« Que vas-tu faire de moi ? Me garder enfermé là pour l'éternité ?

– Gallifrey, lui répond le Docteur. Je ne vais certainement pas passer ma vie à te servir de garde chiourme. »

Il coupe immédiatement la communication, et même l'image. Il n'a pas envie d'entendre les protestations, voire peut-être les supplications de son prisonnier.