Lorsque nos bagages furent déchargés, et que nous nous fûmes occupés des chevaux, il me prit par la main en disant :
-« Viens, rentrons à la maison ».
Il me conduisit à travers les rues de la ville souterraine jusqu'à sa boutique. La devanture était assez semblable à celle de mon herboristerie. Au dessus de la porte, il y avait une enseigne en bois sculpté, représentant un cheval à bascule et un pennonceau qui disait « Chez Bofur, jeux et jouets ». Je souris.
Il ouvrit la porte et nous fit entrer. J'adorais immédiatement cet endroit. Ça sentait le bois et la cire. Sur les étagères fixées au mur, je voyais des toupies, des bilboquets, des diabolos, des jeux de dames et d'échecs, et d'autres que je ne connaissais pas. Par terre, étaient alignés des chevaux de bois. Je m'avançais dans la boutique en souriant. En me retournant, je vis Bofur, appuyé à la porte qui me regardait d'un air vaguement inquiet.
-« Alors, qu'est-ce que tu en dit ? » demanda-t-il timidement
-« Que tu es très doué de tes mains. C'est magnifique ce que tu fais. »
-« Viens » me dit-il en me guidant vers une porte au fond de la boutique, « je vais te faire visiter la maison ».
La maison était grande. Après être sortie de la boutique, nous avions traversé son atelier puis monté un escalier en bois pour arriver dans une grand vestibule qui desservait trois chambres, une cuisine, un salon et un autre logement indépendant.
-« C'est là que je pensais que tu pourrais t'installer » me dit-il d'un ton qui me paru soudain timide « Il communique avec la maison, mais il y a un accès indépendant.
La porte de communication s'ouvrait sur une grande pièce qui faisait office de cuisine et de pièce à vivre. Un court couloir en partait qui desservait une chambre et la porte qui donnait sur l'extérieur. Seule la chambre était meublée d'un large lit en bois et d'une armoire.
-« Jusqu'à maintenant ça nous servait de chambre d'amis » expliqua-t-il. « Évidemment, c'est un peu vide. Mais on le meublera ».
L'entendre utiliser le mot « nous » me rappela qu'il était censé vivre avec son frère et son cousin.
Alors que j'allais lui demander où ils étaient, nous entendîmes la porte en haut de l'escalier se refermer.
-« Alors, mon frère » dit une voix dans le vestibule « Nous avons entendu une drôle d'histoire, en revenant de la mine. Il parait que tu as ramené un souvenir de ton voyage ».
Bofur sorti de l'appartement en riant. Je le suivit, mais restait courageusement planquée dans l'embrasure de la porte. Je le vis prendre dans ces bras un gros nain roux avec une immense barbe tressée en collier sur une bedaine rebondie. Ce devait être son frère, Bombur, et le nain aux cheveux bruns et gris de front duquel dépassait une hache, était sans aucun doute son cousin Bifur. Je déglutis.
Lorsqu'il les relâcha, Bifur me vit. Il paru surpris et attrapa le bras de Bombur en parlant une langue gutturale que je ne comprenais pas, gesticulant dans ma direction. Bombur suivi son regard et m'aperçut à son tour. Il ouvrit de grands yeux stupéfait avant qu'un grand sourire de s'étale sur son visage.
-« Ainsi donc, c'est vrai. Je ne voulais pas y croire, quand on me l'a dit… »
Il s'avança vers moi en se dandinant, je crois que j'ai eu un mouvement de recul, mais il se contenta de me m'attraper par la main pour me ramener dans le vestibule.
-« Mon frère n'a aucun savoir vivre. Alors, je vais faire les présentations : Je suis Bombur, pour vous servir » dit-il en s'inclinant devant moi avant de poursuivre « et là, c'est Bifur ».
Bifur s'inclina à son tour en parlant dans cette langue que je ne comprenais pas.
-« Nimiria. Pour vous servir » dis-je à mon tour.
Bombur rit. Bifur me regardait avec un petit sourire indéchiffrable et Bofur me fit un clin d'œil.
-« Bon, c'est pas tout ça, mais il se fait tard, et j'ai faim » dit Bombur. « Passons à table ».
Lorsque je fis mine de vouloir mettre la table Bombur m'arrêta et me dit simplement :
-« C'est ma semaine. Et puis, vous avez fait un long voyage, vous devez êtres fatiguée… Il faudra que vous nous racontiez comment mon frère à réussi à convaincre une jeune femme comme vous de le suivre ».
Je regardais Bofur avec un sourire embarrassé. Je n'étais pas sûre d'avoir envie de raconter mon histoire à sa famille, mais je voulais être honnête avec eux.
- « Il ne nous lâcheront pas avant de tout savoir » dit Bofur en haussant les épaules, puis se tournant vers son frère il ajouta « après le dîner. ».
Chose promise, chose due, après le dîner nous leurs firent le récit à deux voix de notre rencontre, et de ce qui en avait découlé.
Bifur s'énerva. Je palis et baissais les yeux en pensant qu'il devait engueuler son cousin d'avoir ramené une gourgandine chez eux. Puis il s'approcha de moi et attrapa ma main dans les deux siennes me parlant gentiment, même si je ne comprenais pas ce qu'il disait. Je regardais Bofur. Il sourit m'expliquant que Bifur venait de souhaiter aux habitants de Bree de passer un très long moment dans un endroit extrêmement chaud et très inconfortable et qu'il était bien content qu'il m'ait sorti de là.
Leur accueil me fit chaud au cœur, et tandis que je leur souriais, je sentis des larmes d'émotions perler sous mes paupières, c'était la première fois que je me sentais acceptée telle que j'étais.
-« Excusez-moi, » dis-je en essuyant mes yeux d'un revers de main « Votre accueil me touche énormément et je suis un peu fatiguée. Je crois qu'il vaut mieux que j'aille me coucher ».
Bofur attrapa ma main tandis que je me levais et m'embrassa, comme si s'était la chose la plus naturelle du monde, et me glissa à l'oreille
-« Je te rejoins dans un moment ».
Lorsque je quittais la pièce, je vis Bombur et Bifur qui me regardait avec un air attendrit.
Lorsque je me réveillais le lendemain, je n'avais pas la moindre idée de quelle heure il pouvait bien être. Ni si le jour était levé ou non. J'étais seule dans le lit. Je ne me rappelais pas si Bofur était venu me rejoindre ou non, je m'étais endormie avant qu'il ne vienne me rejoindre, mais lorsque je me retournais, je sentis son odeur sur l'oreiller à côté de moi. Je me levais, encore en chemise de nuit, et ouvrit doucement la porte de communication entre mon appartement et la maison. J'entendis du bruit dans la cuisine et m'y rendit. Lorsque j'entrais je vis Bombur occupé à cuisiner.
Quand il me vit il sourit
« Vous voilà réveillée ! Venez déjeuner, vous devez avoir faim. Vous avez dormis longtemps. »
Je m'assis à la table, il m'apporta un bol de tisane, du lait, du pain et du beurre puis s'assit en face de moi et commença à manger lui aussi.
-« Il est quelle heure ? » demandais-je
-« Il va bientôt être 14 heures. » répondit-il en riant.
-« Mon dieu, je suis confuse. Pourquoi ne pas m'avoir réveillée ? »
-« Vous étiez épuisée. Le voyage, les émotions… »
-« Où est Bofur ? »
-« Dans son atelier… C'est bien que vous soyez là. Il a l'air tellement heureux »
Lorsque j'eus fini de déjeuner, j'allais m'habiller, puis descendit à l'atelier. A mi-hauteur je m'arrêtais et le regardait : en bras de chemises, il rabotait une longue planche de bois. De la où j'étais je voyais les muscles de son dos jouer sous l'étoffe de sa tunique. Il ne m'avait pas entendu arriver. J'achevais de descendre et allait le rejoindre. Il me sourit, posa le rabot et s'essuya le front du revers de sa main.
-« Pourquoi tu ne m'as pas réveillée. J'ai honte. Que vas penser ton frère d'une femme qui reste au lit jusqu'au milieu de l'après-midi ? »
-« Qu'elle était très fatiguée. » répondit-il en me prenant par la taille.
-« J'ai encore du mal à croire que tu es vraiment là. » me dit-il « j'ai encore du mal à croire qu'une femme comme toi ait accepté de me suivre. »
-« Et moi, j'ai encore du mal à croire qu'un homme comme toi existe. Je t'aime, Bofur. Tu ne peux même pas imaginer à quel point je t'aime » Lui répondis-je.
-« Moi aussi, je t'aime » répondit-il en m'embrassant tendrement.
-« Oh, j'ai oublié de te dire. Il y a une fête ce soir, en l'honneur du retour de Thorin. »
-« Une fête ? »
-« Oui, comme ça tu auras l'occasion de rencontrer quelques uns de mes amis, et aussi quelques unes des humaines qui vivent parmi nous ».
-« Tu veux dire que tu veux que je vienne ? »
Il éclata de rire
-« Évidemment que je veux que tu viennes. »
-« Je… tu es sûr que c'est une bonne idée ? Je veux dire… je.. et puis j'ai pas d'autre tenue que celle que je porte sur moi et je doute qu'elle soit adaptée pour une soirée en l'honneur du roi… »
Il rit à nouveau et dit :
-« C'est bien pour ça que j'attendais avec impatience que tu te lèves. Il y a, un peu plus haut dans la rue, une boutique, tenue par une humaine. Elle vend des robes. On va y aller. Je suis sûr que tu y trouveras ton bonheur ».
