L'ambulance se gara, et les portes s'ouvrirent aussitôt. Les deux ambulanciers s'affairèrent à descendre le brancard, dossier à la main.

- Eric Malown, annonça-l'ambulancière. 31 ans, convulsions, et présente un cancer de la peau.

Mark, le regard fixé sur Lexie, réagit lorsque les mots "cancer de la peau" furent prononcés. Il était chirurgien plastique, il devait prendre ce trauma.

- Il faudra qu'on parle, lâcha-froidement Mark avant de saisir le dossier, et d'accompagner le brancard à l'intérieur.

Mark ordonna de faire passer quelques médicaments, par intraveineuse, et les convulsions stoppèrent. Le patient resta étendu sur son lit des urgences, épuisé, à la limite de l'inconscience.

- Pourquoi il convulse ? réfléchit-Mark à voix haute, en lui mettant un masque à oxygène.

- Aucune idée, fit-l'ambulancière, en se dirigeant vers la sortie. Sa fille l'a trouvé comme ça.

- Il s'est électrocuté..

Mark tourna la tête, vers la jeune fille qui avait parlé et qui s'approchait du lit, un pli d'inquiétude sur le front.

- Vous êtes sa fille ? demanda-Mark.

- Je m'appelle Adèle, acquiesça-la jeune femme brune. Comment vas-t-il ?

- Il est stable pour le moment...pourquoi convulse-t-il ? Normalement, le type de cancer qu'il a n'a pas pour résultat des convulsions..

- Je vous l'ai dit, il s'est électrocuté..répondit-Adèle. Il bricole toujours dans son labo', je ne sais pas trop ce qu'il fabrique mais..j'ai trouvé l'ordinateur cramé et fumant et lui près de la prise. J'en déduis qu'il s'est électrocuté.

- En effet, une électrocution peut causer les convulsions, acquiesça-Mark.

A ce moment, le patient enleva son masque, avec une grimace de douleur.

- Je me suis bien électrocuté, putain d'ordinateur ! râla-le patient.

- S'il vous plaît, allez y doucement, protesta-Mark.

- Tu vas bien, papa ? demanda-Adèle.

- Je suis de retour à l'hosto, j'ai l'air d'aller bien ? grogna-Eric.

- Je vais vous admettre pour la nuit, Mr. Malown, fit-Mark en remplissant le dossier. En observation.

- Très bien, très bien..

- Mark ?

Le chirurgien plastique se tourna, alors que des infirmiers commençaient déjà à monter le lit vers la sortie et les ascenseurs. C'était Lexie, qui voulait visiblement lui parler.

- Je travaille là...répondit-Mark.

Il lui jeta un dernier regard triste, puis suivit le lit. Une fois installé dans sa chambre, Mark lut un peu plus le dossier.

- Vous avez un carcinome basocellulaire nodulaire, lu-Mark. Diagnostiqué depuis un ans déjà. Pourquoi ne l'avez vous pas fait opéré ?

- Il a peur...soupira-Adèle.

- C'est parfaitement rationnel ! répondit-son père. La peur est un phénomène de réaction parfaitement légitime, face à l'inconnu, or, cette opération est de l'inconnu pour moi. Je ne veux pas la faire ! Hors de question...

- Vous allez vous en rendre compte, soupira-Adèle. Mais mon père est psychologue, de métier et de passion. Il utilise souvent ses arguments de psy...

- Mr. Malown, vous êtes psychologue, mais je suis chirurgien, et c'est mon métier de...

- Non ! N'insistez pas ! s'exclama-Eric. Je ne veux pas en entendre parler...je ne veux pas d'opérations !

- Très bien, céda-Mark. Je vais simplement vous garder cette nuit en observation alors.

- Tant mieux, au moins un médecin qui n'insiste pas, grommela-Eric.

Mark sortit de la chambre, imité d'Adèle. La fille du patient devait avoir une vingtaine d'année, et elle semblait inquiète.

- Vous allez le convaincre, n'est-ce pas ? demanda-t-elle, en soupirant. Lui parler ?

- Je ferais mon possible, promit-Mark. Mais il a l'air décidé...

- Merci..

La fille réintégra la chambre et le chevet de son père. Mark ouvrit le dossier, et se mit à le remplir rapidement. A priori, si rien d'anormal ne se produisait durant la nuit, ils pourraient décharger Mr. Malown. A moins qu'il n'accepte l'intervention, ce qui serait médicalement le mieux pour lui. Mark était plongé dans ses pensées, élaborant mille plans pour le faire accepter l'intervention, lorsqu'il vit arriver Lexie.

- Pas maintenant ! trancha-t-il. En plus, il vaut mieux que je me sois calmé, avant que l'on parle.

- Très bien...acquiesça-Lexie. Même si ça ne sert strictement à rien de repousser cette discussion plus longtemps.

- Demain midi...décida-Mark.

- Tu es sûr ? demanda-Lexie. Dans une cafétéria bondée de nos collègues ?

- Ça me permettra de garde mon sang-froid et de ne pas te crier dessus...répondit-Mark en serrant les dents.

- Tu n'as même pas entendu mon...commença-Lexie.

- Demain midi, la coupa-Mark en se replongeant dans son dossier.

Lexie baissa la tête, comme giflée par ce ton dur et froid. L'interne ne releva même pas la provocation du Dr. Yang, qu'elle croisa alors qu'elle filait loin de Mark. Elle était en train de négliger ses patients et ce n'était pas bon. Si sa résidente se penchait trop sur son travail, elle verrait sûrement qu'elle avait accumulé du retard. Or, Lexie était supposée couvrir les post-op de cardio. L'interne enfila sa blouse, prit une pile de dossiers, et couvrit les post-op. Au bout de la troisième chambre, elle sortit, pour gagner la chambre du patient suivant lorsqu'elle croisa Alex. Elle le fusilla du regard.

En sortant de la chambre suivante, elle dût aller au bureau d'admission, pour noter un taux de glycémie élevé, et vit à son plus grand désespoir qu'Alex y était aussi. Elle fut tentée de reporter la note à plus tard mais si elle oubliait de remarquer que le taux de glycémie était élevé, le dossier n'était pas à jour et ce genre d'erreur pouvait être fatal.

Aussi, Lexie se dépêcha d'y aller. Elle ouvrit le dossier sur le comptoir, le plus loin possible d'Alex qui lui jetait des regards en coin.

- Quoi ? aboya-Lexie, de mauvaise humeur.

- Je n'ai rien dit, fit-Alex en haussant les épaules.

- Non, mais tu as quelque chose à me dire, visiblement...

Alex ferma le dossier, le rendit à l'infirmière, puis s'approcha de Lexie, qui arborait une expression méfiante.

- Qu'est-ce que tu veux, Karev ? demanda-Lexie.

- Karev ? s'étonna-le résident, un brin arrogant. Cet après-midi, c'était Alex..

Lexie soupira, leva les yeux au ciel, et, à cours de mimiques, s'éloigna sans daigner lui adresser un mot.


La nuit était tombée depuis un bon moment. Mark n'étais pas de garde, mais il n'avait pas tellement envie de rentrer chez lui, broyer du noir. Mieux valait qu'il tire profit du temps qui lui était accordé pour parler à Mr. Malown.

Mark entra dans la chambre du patient. Il ne dormait pas, mais somnolait devant un navet particulièrement horrible de la télévision.

- Eric Malown, fit-Mark en posant le dossier sur la petite table du lit.

- Dr. Sloan ? s'étonna-Eric, en éteignant la télé d'un coup de télécommande. Qu'est-ce qui vous amène ? Il est presque minuit..

- Habituellement, on ne réveille pas les patients, sourit-Mark. Mais j'ai vu que vous étiez éveillé.

- Semi-éveillé, protesta-Eric.

- Je voulais vous parler d'une intervention minimale, expliqua-Mark. Pour votre carcinome.

- Et voilà que ça recommence ! s'exclama-Eric, excédé. Vous autres chirurgiens, êtes accros au scalpel à ce point là ? Pourquoi persistez-vous tous à m'ouvrir, alors que j'ai clairement dit NON !?

- Mr. Malown, calmez-vous...le tempéra-Mark. Je comprends que vous ayez peur...mais nous sommes très doués.

- Avec un ego surdimensionné, qui plus est, ricana-Eric. J'ai dit non ! Pas d'opération ! Je ne veux pas vos mains dans moi, non, non et non !

- Mr. Malown, pour traiter un carcinome comme le votre, c'est très simple, expliqua-Mark. Ce serait quelqu'un du service de dermatologie qui le ferait en anesthésie locale...presque aucun risque !

- Presque...grommela-Eric. Et ça ne serait pas vous qui le feriez ?

- Non..je ne suis pas dermatologue, répondit-Mark.

- Alors pourquoi êtes vous ici à me convaincre ?

- Parce que vous êtes mon patient, répondit-Mark. C'est mon devoir de vous orienter vers les meilleurs choix pour vous. Et votre type de carcinome possède une dimension plastique, intéressante.

- Je vois...grommela-Eric. C'est toujours non.

- Réflechissez-y tout de même, Mr. Malown...recommanda-Mark. C'est une intervention mineure..même moi je pourrais la faire en dormant, et je ne suis pas dermato !

Mark quitta la chambre. Au moins, il aurait essayé. La nuit fut plutôt calme, et Mark eut toute l'occasion de penser à Lexie, malheureusement. Elle l'avait trompé ? Pendant qu'ils étaient encore ensembles, ou après ? Parce qu'après, ce n'était pas vraiment tromper...même si ça faisait le même effet sur Mark.

Lorsque l'heure de leur "rendez-vous" arriva, Mark n'avait pas dormi depuis un bout de temps, il était plein de questions, il avait les nerfs à fleur de peau, et..pas du tout envie d'une confrontation avec Lexie. Mais il gagna tout de même la cafétéria. Il repéra la jeune interne, assise devant un plateau.

- Salut..souffla-t-elle timidement.

Mark ne répondit que par un bougonnement, puis, s'assit en face d'elle. Il y avait du monde, ce midi-là.

- Alors ? demanda-Lexie.

- Alors quoi ? riposta-Mark. La parole est à toi. Tu m'as trompée ? Avec qui ? Quand ? Pourquoi ? Comment ?..

- Je ne t'ai pas posé toutes ces questions pour toi, répliqua-Lexie.

- Parce que je t'ai donné les réponses...à la plupart. D'autres étaient évidente. Allez.

Mark vit Lexie inspirer un bon coup, nerveuse.

- D'accord...fit-Lexie. Ça remonte à il y a plusieurs semaines, quand on était encore ensembles.

Cette première partie ne fit pas du tout plaisir au chirurgien plastique.

- A ce moment là, Alex me tournait déjà autour, expliqua-Lexie. Et..j'ai résisté. Il me draguait sans arrêt, et au bout d'un moment je..j'ai cédé.

- Tu as couché avec lui ? demanda-Mark.

- Non, le détrompa-Lexie. Non. J'ai..répondu à ses flirts. J'ai...joué dans son jeu, j'ai cédé. Je répondais à ses grands sourires, et je rougissais à ses clins d'oeils...j'en ai un peu honte mais...je n'ai pas pu m'en empêcher. Une telle attention, c'est flatteur..

- Surtout de la part d'un minet comme Karev, n'est-ce pas ? cracha-Mark. Il est jeune, il est...

- Mark.

Mark se tut, et baissa les yeux sur la table.

- Je...je suis tellement faible de ne pas avoir résisté à tout ça, bredouilla-Lexie. En plus, j'étais comme dans un conte de fée, avec toi, j'étais très très amoureuse mais...comme tu l'as dit, ce genre de truc c'est pas..enfin bref. Disons que pendant cette période je t'ai trompé psychologiquement...enfin..il m'a embrassé une fois. Et je ne l'ai pas repoussé. Mais c'est tout je te jure. Et après..quand tu m'as dit que tu m'avais trompée, physiquement, toi, avec cette...

- Infirmière.

- C'est ça...

Mark releva la tête vers Lexie.

- Je me suis sentie dévastée, poursuivit-Lexie. Mais soulagée. On était presque quitte. Mais je t'ai quand même plaqué. On ne pouvait plus fonctionner, avec deux adultères, dont l'un était secret..

- C'est tout ? demanda-Mark.

- Pas tout à fait...fit-Lexie.

- Va-y...balance, pendant qu'on y est.

- Cela fait maintenant presque deux semaines qu'on n'est plus ensemble, dit-Lexie. Et hier j'ai..enfin..Alex m'a bipée en salle de garde. Tu sais ce que ça signifie..

- Tu as..?! s'exclama-Mark. Tu..?

- Oui...acquiesça-Lexie, les yeux brillants. Je suis tellement désolée...et en même temps..on étais plus ensemble !

- Et alors ? s'exclama-Mark. Je...je..

- Quoi ? s'exclama-Lexie. Tu veux que je reste seule toute ma vie, parce que tu veux être le dernier homme avec qui j'ai été ? Mais toi tu as le droit de te taper des infirmières ?

- J'ai toujours fonctionné comme ça ! se récria-Mark. C'est..moi. Mais toi ! Tu es passé à autre chose avec Karev tellement rapidement ! J'arrive pas à y croire...sérieusement !

- On étais plus ensemble, Mark ! s'exclama-Lexie.

- Et alors ? répliqua-Mark. Je ne savais pas que tu m'oublierais si facilement !

- Et toi alors ? s'exclama-Lexie. Tu n'avais pas l'air de souffrir de notre rupture !

- Tu plaisantes ? s'exclama-Mark en haussant la voix. Pendant ces deux semaines depuis que tu m'as plaqué je n'ai pas arrêté de me traiter de con, que j'étais complètement stupide d'avoir fait ça, que je voulais absolument te récupérer, que tu me manquais !

Mark regarda autour de lui, et voyant les regards qu'il avait attiré, il baissa la voix.

- Et toi tu...tu fais ça !

- On étais plus ensemble ! répéta-Lexie.

- Arrête de répéter ça ! s'exclama-Mark. Et tes flirts avec Karev alors ? Pendant qu'on était ensemble !?

- Je n'en suis pas fière et je n'ai rien pour me défendre, lui accorda-Lexie.

- Même si j'agis comme un...gigolo, je ne flirte pas avec les infirmières ! s'exclama-Mark hors de lui. Je ne le faisais plus depuis que j'étais avec toi. Je ne pensais qu'à toi..je..! et toi tu t'amusais avec Karev dans mon dos ?!

- Je suis désolée...s'exclama-Lexie.

- Je crois qu'on va en rester là, fit-Mark.

Le chirurgien plastique se leva.

- Mark ! s'exclama-Lexie, en bondissant à sa suite.

Ils sortirent de la cafétéria au pas de course. Lexie réussit à le stopper devant les ascenseurs. Mark entra dans une cabine vide, mais Lexie retint les portes.

- Pousse-toi, ou je prend les escaliers, prévint-Mark.

Lexie resta là.

- Mark..je suis désolée..soupira-Lexie. Mais je ne suis pas la seule fautive, si notre couple est en train de couler.

- A, coulé, corrigea-Mark. A coulé. On est pas en train de couler, c'est déjà fait.

Ces mots blessèrent Lexie, mais elle resta devant Mark, déterminée.

- Y a-t-il une petite chance pour que l'on se remette ensemble ? demanda-Lexie. Une petite chance ?

- Il paraît qu'il ne faut jamais dire jamais...fit-Mark en haussant les épaules. Mais...je répondrais bien que jamais je ne pourrais oublier tout ça.

- Alors c'est un..?

- Un non. Je suis désolé...même si je t'aime Lexie, tu m'as...déçue. Si on peut dire ça comme ça. Je ne suis pas facilement blessé mais j'avoue que si je vois Karev, je lui ferais payer.

- Ne fais pas ça ! s'exclama-Lexie.

- Tu le défends..nota-Mark. Ce qui confirme ma décision. C'est fini, nous deux. Et je t'exclus de mon service. Je...c'est pour le mieux.

A ces mots, Lexie sut qu'elle avait perdu cette bataille. Elle laissa les portes de l'ascenseur se refermer.


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