Relecture Brynamon.

Merci à Caro19, Supergirl971, GunWiHarPoTwi et Veronicka pour leurs supers reviews.

Bonne lecture.


Chapitre 12 : Au bout de la colère, que reste-t-il ?


POV ALICE

Je lâchai Lucy pour courir vers la fenêtre que je refermai aussi sec. J'avais peur. De ma vie je n'avais jamais eu si peur et pourtant j'en avais vu des choses terribles. Je ne comprenais toujours pas comment je n'avais rien vu. J'étais pourtant si clairvoyante. Je percevais les gens, leur aura, leur âme. Emmett m'avait paru si pur…

Il n'était pas en vue. J'espérai qu'il ne revienne jamais. Il fallait que je prévienne Jasper et il allait encore vouloir que l'on déménage. J'en avais assez. Je ne le voulais plus. Je décidai que cette fois je me tairai. Je ne voulais pas qu'il nous emmène dans un trou perdu encore pire qu'ici. Il serait capable de nous emmener en Alaska !

Je frissonnai, me tournai vers Lucy, elle était pâle.

-Tu peux retourner jouer dans ta chambre ma chérie. Je me suis affolée pour rien, tout va bien.

Je savais mentir, j'étais habituée. Elle s'y laissa prendre, visiblement soulagée. Je ne voulais pas qu'elle vive constamment dans la peur, son père l'avait trop habituée. J'avais réussi à le convaincre de la laisser aller à l'école communale en lui promettant de rester avec elle et de rentrer avec elle. J'étais bien équipée, armée de mon arbalète (dont les munitions étaient des pieux) et de mon petit fusil qu'il avait modifié.

Jasper était doué dans ce qu'il faisait, il créait des armes. Des armes spéciales. Il avait participé à la dernière guerre, je l'y avais rencontré dans un des dispensaires éparpillés le long de l'état. J'étais infirmière. Il était arrivé, gravement blessé. J'avais assisté le médecin qui l'avait opéré, le sauvant in-extremis. Je l'avais ensuite veillé longuement. Et j'étais tombée amoureuse dès qu'il avait ouvert les yeux et qu'il les avait posés sur moi.

-Emmett est le plus gentil, le plus doux des êtres humains qui soit sur cette Terre. Il a été mordu par un loup blanc il y a deux ans et sa vie en a été bouleversée. Il aurait pu laisser cette immonde créature l'ensevelir et prendre possession de lui mais il a combattu vaillamment jour après jour et mon amour l'y a aidé. Voilà pourquoi il est si serein et si joyeux par moment. Il aime la vie, il aime rire. Et ainsi le loup blanc est relégué au fond de lui et ne peux rien faire. Mais il ne faut pas qu'il se bouleverse sinon il perd le contrôle, m'éclaira-t-elle, repliée sur elle-même.

Je ne savais que penser de cela mais en même temps cela devait-il me surprendre ? Je connaissais l'existence des Sang-froid, pourquoi douterai-je de l'existence des Loups-garous ?

-J'aurais dû prévoir qu'il m'entendrait vous parler. Il a l'ouïe fine. Je me sens si fautive.

Elle se redressa en position assise, séchant ses larmes avec détermination.

-Je dois aller le chercher. Je dois lui expliquer, lui mentir ou je ne sais quoi mais il faut qu'il retrouve son calme.

-S'il a entendu ce que vous m'avez confié, je comprends sa douleur. Et je ne vois pas ce que vous pourriez lui dire qui le calmera.

-Il le faut, sinon il va devenir ce monstre définitivement et sèmera le malheur sur son passage. Et ça jamais je ne le supporterai, jamais, jamais !

Elle se leva, fit quelque pas sous mes reproches virulents et s'étala avant que je ne puisse la rattraper. Elle s'était évanouie. Je courus vers elle, la retournai, émue par son visage encore marqué par le chagrin, elle avait si souffert. Sa blessure suintait, je devais la remettre au lit.

Je ne sais comment, je trouvai la force de la mener jusqu'au lit. Je la rhabillai non sans avoir nettoyé sa blessure et la recouvris avec la couverture épaisse. Je restai près d'elle, dubitative. Lucy avait abaissé ses barrières devant cet homme immense, elle ne l'aurait pas fait s'il avait été néfaste. Cela m'emmena à m'interroger.

Elle vint réclamer son goûter vers quatre heures. Déjà quatre heures. Jasper n'allait pas tarder.

Je passai le reste du temps à faire la lecture à ma fille, je continuais son instruction avec les livres en ma possession. Nous étions samedi, elle devait se reposer et s'amuser mais je voulais toujours qu'elle passe un peu de temps à étudier, je pensais à son avenir. J'espérais qu'elle suivrait mes traces. L'inactivité me pesait, mais dès que je parlais à Jasper de l'éventualité de retravailler, il se braquait déjà.

-Nous aurions plus d'argent, nous pourrions déménager, partir de l'état, vivre dans une ville et non dans les bois.

-Je suis capable de subvenir à nos besoins.

-Je le sais, mais je n'en peux plus de cette inactivité. Regarde ma sœur, elle travaille elle !

-Ta sœur n'a pas d'enfant. Lucy devrait être ta priorité.

-Elle l'est mais pendant qu'elle va à l'école, je pourrai…

-Tu ne peux pas la laisser seule !

-Elle n'est pas seule ! Il y a l'instituteur de notre paroisse et les autres enfants !

-Et tu crois qu'ils pourront la protéger en cas d'attaque ! Aro la veut, il la cherche ! Et il finira par nous trouver un jour ou l'autre, nous devons nous y préparer…

J'observai ma princesse, la prunelle de mes yeux. Il avait raison, je le savais mais…

Je soupirai en refermant le livre dans mes mains.

-Tu peux jouer maintenant.

Je retournai ensuite voir Rosalie mais elle n'était plus dans son lit…

La fenêtre était ouverte, je sortis en courant, tournant sur moi-même mais elle n'était pas en vue. Je l'appelai sans relâche pendant une minute. Seul l'écho des feuilles me répondit.

Un nœud se fit dans mon ventre. Je ne pouvais pas partir à sa recherche. Ce qui la condamnait. Si elle forçait, tous ses points s'ouvriraient et elle perdrait tout son sang, à moins qu'elle ne s'évanouisse et fasse une septicémie si sa plaie s'infecte. Pourquoi était-elle partie ?

Elle aimait son mari, peu importe ce qu'il était voilà tout. Je ne pus que l'admirer. Je retournai à l'intérieur :

-Lucy, viens ma chérie, nous devons partir.

Elle arriva en courant déjà vêtu de son manteau, les yeux illuminés alors que je rangeai mon arbalète à ma ceinture et mon fusil de l'autre côté. Je pris ensuite ma cape.

-Nous allons chercher Rosalie, constata-t-elle.

-Tu le sais déjà.


POV JACOB

La veille au soir

-Nous devrions nous arrêter pour la nuit.

Nous n'avancions pas vite et la fatigue se faisait sentir, j'avais le contrecoup de ces deux jours sans dormir. Bella, complètement ailleurs, s'y opposa fermement.

-A cette allure, il nous reste encore trois heures de route Bella !

-Nous avons fait le plus gros !

-Notre cheval est épuisé.

-Alors emmène-moi !

Je ne voulais pas céder.

-Il est tard. Reposons-nous Bella. Je ne pourrai pas aller bien loin.

J'aurais pu mais je m'en voulais déjà d'avoir à l'emmener à Neilton, l'emmener là où sa vie avait déjà basculé, là où elle risquait de basculer encore. Elle s'irrita, elle était éreintée, et elle gérait mal son angoisse. Je comprenais son désir de savoir, attendre et imaginer le pire devait être insupportable mais je voulais d'abord la protéger elle, avant tout le reste quitte à ce qu'elle m'en veuille.

-Il y a une grange pas trop loin, allons y.

Elle ne répondit pas. Je soupirai intérieurement. Cette journée avait été le commencement d'un « nous », nous en avions beaucoup appris l'un sur l'autre en peu de temps. Je lui découvrais un caractère volontaire et combatif, avec un sens de la répartie que j'adorais. Elle se révélait doucement à moi dans un éclat particulier.

Je la fis descendre, défit les liens et tirai le cheval derrière nous, il s'abreuva dans une mare d'eau avant d'accepter de nous suivre à nouveau. Il s'installa dans un coin sans nous attendre et ferma les yeux. Je nous fis un bon nid douillet, et l'appelai doucement. Elle était debout devant les portes à demi-fermées, fixant la nuit avec désespoir.

-Bella, viens dormir un peu.

-Je ne pourrai pas dormir.

-Viens près de moi alors.

Je m'assis avec lassitude. Elle accepta de me rejoindre et s'assis à mes côtés. Elle avait froid mais refusa de s'allonger avec moi.

-Ne sois pas fâchée contre moi.

-Je ne le suis pas.

-Si tu l'es.

Elle fixait le sol, dans une attitude résignée.

-Je le suis c'est vrai mais contre moi pas contre toi.

-Je ne comprends pas.

-Je suis horriblement égoïste. Et tout le monde paie pour ça. Je voudrais tellement revenir en arrière.

-Tu ne peux pas. Et tu n'es pas égoïste.

J'avais aussi découvert des parts sombres de sa vie. Je ne pensais pas qu'un enfant pouvait souffrir autant et devenir adulte dans un environnement autre « qu'aimant et plein de confiance ». Cela avait façonné ce qu'elle était mais son cœur avait gardé une part d'espoir et la faisait agir en conséquence dans un besoin vital de trouver la lumière.

Elle se colla contre moi sans un mot. Je l'entrainai en arrière, nous nous enfonçâmes dans le foin dans un abri sommaire mais confortable. Je fermai les yeux, apaisé, caressant son dos. Elle m'apportait tant et moi qu'est-ce que je lui apportais à cet instant ? Elle cessa de trembler, son cœur se calma. Je craignais de m'endormir, je voulais prendre soin d'elle comme elle voulait prendre soin de moi il y a quelques heures. J'avais été contre, question de principe mais finalement en quoi était-ce mal ? Si c'était sa façon à elle de me montrer ses sentiments de quel droit je l'en privais ? Nous vivions une histoire hors norme. Autant continuer dans ce sens, en espérant que je sois cette fois à la hauteur. Peu importait ce qui se passerait chez son père, je devais la préserver à tout prix. Préserver ce qu'elle avait déterré, ce qu'elle m'avait montré, la vraie Bella : impulsive et impétueuse.

Même fatigué, je réagissais à sa proximité. Cette promiscuité était douloureusement inconvenante mais je m'en fichais, je ne savais pas de quoi demain serait fait. Je voulais profiter de chaque instant. J'aurais voulu aussi revenir en arrière. De quelques heures.

Elle s'endormait, je suivis à mon tour, trop épuisé pour lutter.

OoooO

Et je me réveillai aux première lueurs de l'aube… seul !

Bordel ! J'étais donc un si grand incapable ? Je fis un bond agile qui m'emmena droit devant les portes ouvertes, son cheval n'était plus là non plus. Je rebroussai chemin, retournant vers la charrette, elle n'y était pas non plus. Je me pris la tête entre les mains, accablé. Non…

-Je dois la retrouver avant qu'elle n'arrive là-bas.

J'allais m'élancer vers la forêt pour muter quand je l'entendis arriver.

Je fis volte-face. Elle était là, un panier en main. Elle descendit une fois à ma hauteur.

-Désolée de t'avoir fait peur, je me doutais que tu aurais faim alors j'ai été voir si je trouvais des petites choses.

Je voulais la sermonner mais à quoi bon, son visage accusait un grand manque de sommeil et de l'anxiété.

-Merci, dis-je finalement.

Elle fit un geste léger de la tête et me montra ce qu'elle avait dans son panier : une bouteille de lait, du pain, du beurre, des œufs.

J'aurais bien voulu des œufs…

Sur la route, nous nous arrêtâmes pour que je mange, elle n'avala rien d'autre que du lait. Elle me pressa et finalement notre destination fut atteinte, trop rapidement à mon goût. Elle n'attendit même pas que je sois arrêté pour se précipiter chez son père.


POV CHARLIE

Hier matin.

Je descendis les marches avec difficulté. Je m'assis sur la dernière marche et contemplai le visage sans vie de Renée. Elle avait les yeux ouverts. Du sang sortait de son nez et de sa bouche, s'écoulant lentement. Je l'observai, hypnotisé. Je n'avais rien vu de plus beau…

… et de plus triste.

Je soupirai, agacé par mon sentimentalisme. Elle m'avait rendu la vie impossible, surveillant, épiant mes moindres gestes, m'accusant de tout et n'importe quoi. Je n'étais pas homme à me laisser marcher sur les pieds et je le lui avais fait comprendre. Nous nous étions rencontré à l'église. Elle s'y rendait avec sa mère, une femme aigrie et revêche. Par la suite, je l'avais évincée de notre vie. Renée m'avait remarqué ce jour là et je l'avais remarquée aussi. Nous nous étions rencontrés en cachette par la suite, et elle était tombée enceinte. Mais des commères avaient remarqué notre manège et la rumeur de notre liaison s'était propagée. Cela avait fait le tour de la ville et j'avais dû assumer cette responsabilité alors que j'avais à peine vingt-quatre ans. Je ne me voyais pas avec des enfants, mon père m'avait dégoûté d'en avoir.

Finalement, l'arrivée d'Isabella m'avait procuré beaucoup de fierté. Elle était un adorable bébé, ses yeux étaient identiques aux miens, expressifs et déterminés. J'avais été sous le charme. Pendant sa première année, j'évitais de partir travailler loin, rentrant chaque soir. Tout allait bien…

J'étais heureux. Elle grandissait, était sage et obéissante.

Et puis il avait fallu que je rencontre un homme, passionné de paris, le même qui m'avait ensuite entrainé dans des choses pas très nettes et à qui j'avais dû céder ma fille bien plus tard. J'avais commencé moi aussi à parier dans tous les domaines possibles et imaginables. Le jeu était devenu ma seconde épouse. Et Renée s'en était aperçue. Les problèmes avaient commencé ainsi et puis la jalousie avait suivi et tout le reste n'avait été qu'une horrible galère. Ce fut là que commencèrent mes longs déplacements, les rencontres sans lendemain. Ma vie avait pris un autre chemin et je l'avais mal supporté.

Je me redressai, il fallait que je me débarrasse d'elle. Personne ne se rendrait compte de son absence. Bella était chez James et à part elle personne ne pouvait la relier à moi. Une chose attira mon attention, en me penchant, je remarquai son alliance. Je la récupérai et la glissai dans ma poche, cela pourrait me dépanner un peu. Je manquai de liquidité et je ne pouvais me résoudre à vendre ma maison.

Je l'enjambai avec précaution, souffrant atrocement de ma jambe. Louise était partie sans mon autorisation, quelle infirmière inutile. Pourtant elle était jolie mais dans la vie ce n'étais pas suffisant. Il fallait que je trouve quelqu'un de confiance pour m'aider. Je sortis derrière, hélai le jeune Henry, qui travaillait la terre de son père. Il passa ma grille d'un saut agile et se planta devant moi.

-Oui M. Swan ?

J'avais écrit un mot, je lui tendis une enveloppe.

-Tu peux donner ça à Harvey. C'est urgent.

-Bien sûr.

Je lui filai quelques pièces. Les rares qui me restaient. Je pouvais compter sur lui, depuis que j'avais eu « mon accident » il s'était proposé de m'aider si j'en avais besoin et cela n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Il fila aussi vite que lui permettaient ses longues jambes filiformes. Il avait le même âge que Bella. Ils s'étaient côtoyés, enfant, puis je les avais séparés étant adolescent, pas ravi de son regard sur elle qui avait changé. C'était pendant la période où je l'élevais seul. Une période difficile car elle m'avait montré de la résistance et son caractère s'était affirmé me rappelant désagréablement sa mère. Mais elle avait toujours su ou s'arrêter contrairement à Renée.

Une demi-heure passa, j'étais allé déjeuner, Louise avait laissé de quoi me sustenter correctement jusque ce soir. Finalement elle n'était pas si inutile. J'espérai qu'elle passe le lendemain sinon j'allais aller casser les oreilles (et autre chose) au médecin chef du dispensaire car je payais chèrement ses services, elle me devait encore trois jours.

L'on sonna, je me trainai jusqu'à l'entrée. Harvey entra, impassible. Harvey était mon ami, il était grand, bourru et costaud. Il n'afficha rien de plus en entrant et en découvrant Renée sur mon carrelage.

-Cette fois elle est bien morte, constata-il seulement, à peine surpris qu'elle soit là.

-Je n'ai rein pu faire, elle m'a agressé et elle est tombée du haut des escaliers.

Il regarda en haut :

-Une sacrée chute en effet.

Il retourna dehors, revint avec une immense couverture, l'enroula dedans, et ressortit avec elle sous le bras.

-Nettoie les traces de sang Charlie, je me charge d'elle.

-Merci, vieux frère.

-Donnant, donnant.

Je l'avais aidé dans un cas similaire il y a quelques années. Je l'entendis partir, nullement soucieux, je lui faisais confiance.

Je m'occupai ensuite de nettoyer toute trace. Ce fut difficile avec ma jambe en attelle. Je ne comprenais toujours pas pourquoi James m'avait fait cela. Dès que j'irais mieux, j'avais projeté de le faire venir. Avec Harvey, nous avions prévu une vengeance froide et calculée. J'avais de quoi me défendre. J'avais de quoi lui faire mal. J'avais de quoi le tuer mais je n'irai pas jusque là sauf s'il m'y contraignait.

Harvey revint plus tard, il resta boire et manger. Le soir, il dormit dans la chambre d'amis. Il était trop ivre pour repartir.

Le lendemain

Je sortis comme à mon habitude pour prendre le journal sur le pas de ma porte. Je manquai de faire une attaque en lisant un des titres.

« Un incendie meurtrier dans le domaine familial Whitherdale »

Je rentrai pour aller m'asseoir dans le canapé, j'ouvris le journal à la page correspondante, me décomposai au fur et à mesure de ma lecture.

Bella…

Que s'était-il passé ? Le lendemain du retour de Bella, ce ne pouvait être une coïncidence. J'avais vu de quoi elle était capable. Y était-elle pour quelque chose ? Ce loup l'y avait-il aidée ? Tous ces cadavres brûlés, ce n'était pas par hasard. On se débarrassait des vampires ainsi. J'aurais voulu ne jamais rencontrer James…ne rien connaitre de leur existence.

-Harvey ! Criai-je.

Rien, il dormait toujours. Je dus me résoudre à remonter, cela me fatigua. Louise en profita pour franchir le seuil, me faisant sursauter. J'étais à cran. De quoi avais-je peur ? Si elle devait venir, elle serait déjà arrivée.

Louise ôta son manteau, monta me rejoindre et m'aida pour faire le reste du trajet.

-Vous devriez éviter de marcher.

-Je ne vous ai rien demandé !

Elle m'emmena dans ma chambre, m'aida à faire ma toilette et m'habiller. Je perçus les pas lourds d'Harvey dans le couloir. Je le hélai, il entra, il était tout vaseux.

-Mon ami, j'ai besoin de ton aide.

Il grommela je ne sais quoi.

-Va boire ton café, j'arrive dans une minute.

Il tituba lourdement.

-Attention dans les escaliers !

-Mouais, grogna-t-il.

-Louise, je vais partir quelques temps, l'informai-je.

-Vous allez où ?

-Pas très loin, quand je serai de retour je vous ferai signe.

-Bien.

Elle sembla soulagée, cela m'agaça.

Dans la cuisine, Harvey émergeait.

-Cela t'embêterait de m'héberger quelques temps ? Lui demandai-je.

-Non, mais pourquoi veux-tu partir, tu as peur que l'on découvre…

-Non, le coupai-je, mais j'ai eu une nouvelle qui m'inquiète un peu et je crains des représailles.

Je n'avais aucunement envie de voir cet homme-loup débarquer chez moi, je l'avais déjà vu de trop près. Et il semblait proche de ma fille, cela me dégoutait rien que d'y repenser. Mais cela n'aurait pas dû m'étonner, l'anormalité appelait l'anormalité. Là aussi j'aurais aimé ne rien savoir sur ces bêtes mais James m'avait mis en garde.

Harvey ne rajouta rien, il n'était pas du genre loquace encore moins curieux, voilà pourquoi je l'appréciais autant. Je me joignis à lui pour le café.

-Ne trainons pas, proposa-t-il après quelques minutes.

-Je vais juste prévenir Henry pour qu'il surveille ma maison.

Nous nous éloignons enfin hors de la ville. J'étais plus détendu, je pris le temps de réfléchir. J'avais une chose urgente à faire.


POV SETH

La veille au soir

Nous avions fermé l'épicerie et nous étions maintenant tous les trois devant chez Emily. Nous avions discuté en route et elle nous avait raconté ce qu'elle savait. Elle était au courant pour moi, Leah et Sam depuis quasiment le départ. Elle avait vu ma différence.

-Parce qu'il y a une différence ?

-Bien sûr ! Pour un œil avisé. Mon père m'a appris à reconnaitre les loups. Il m'a conté les différentes légendes dont celle de notre peuple disparu.

-Notre peuple ? M'étonnai-je.

-Les Quileutes.

J'en avais entendu parler. Mon père s'étendait rarement dessus, traumatisé par la destruction de sa famille et de ses amis. Il était venu à Forks pour repartir de zéro, le reste je ne le connaissais pas.

-Ton père refoulait tout ça. C'était dur pour lui mais mon père lui refusait d'oublier. Il voulait me transmettre notre histoire pour qu'à mon tour je la raconte à mes fils. J'ai toujours crus que ces légendes étaient fabuleuses. Et puis je t'ai vu Sam et j'ai su…

Je regardai Sam, il était troublé et contrarié.

-Et ces loups blancs ? Déviai-je.

-Une race normalement éteinte mais maintenant pour moi rien n'est impossible. S'il existe réellement, il faut le tuer.

-Ton ami est sûr de ce qu'il avance Seth ?

-Ce n'est pas mon ami. Et oui, j'en suis sûr. Il ne pouvait pas l'inventer.

-Nous devrions avoir confirmation quand même. Allons voir déjà par nous-mêmes si toute cette histoire est vraie.

J'étais on ne peut plus d'accord.

-On te confie notre affaire Emily, décrétai-je.

-Non, je viens avec vous, s'emballa-t-elle.

-N'importe quoi ! S'agaça Sam. Tu as des enfants, un mari et on ne veut pas…

-Avoir une fille dans les pattes, le coupa-t-elle, mécontente.

-On ne veut pas qu'il t'arrive un truc, corrigeai-je, on ne pourra pas te gérer.

-Je sais me gérer seule.

-Tu vas nous ralentir et on a besoin de quelqu'un pour garder l'épicerie ouverte.

Elle céda, déçue au possible. Je ne comprenais pas ce besoin qu'elle avait de se mettre en danger.

-Il vous faut des armes efficaces, n'y allez pas comme ça, les bras ballants, intervint-elle.

Mince, je n'y avais pas pensé.

-Où pourrions-nous en trouver ?

-Il existe des marchands d'armes, demandez à Cranston, il fera le lien. Il en connait pas mal.

-Comment tu sais tout ça ? La questionna Sam.

-J'allais souvent à la chasse avec mon père et il se fournissait par son biais.

Je la dévisageai avec effarement.

-Oui, une fille peut tenir une arme et chasser !

-Je sais, c'est juste que toi, je ne te voyais pas …

-J'ai un fusil de chasse, je te garantie que c'est utile pour protéger ma famille.

Nous sautâmes de sa carriole, encore choqués. Nous étions déjà sur le départ quand elle nous héla :

-Procurez-vous des balles en argent, et visez le cœur.

OoooO

Sam avait voulu que l'on parte immédiatement, après avoir vu Cranston qui nous promis de nous fournir dès que possible. Le domaine était situé au nord ouest à une centaine de kilomètres. Je ne connaissais pas le nom de la ville mais je saurai retrouver l'endroit. Nous étions partis à pieds. J'avais suffisamment dormi pour ne pas ressentir de fatigue mais lui, il était fatigué mais jamais il ne m'en fit part. Il courait sur mes pas, silencieusement. Il avait son vieux fusil sur le dos et moi le mien. Mais pas de balles en argent. J'aurais aimé obtenir du matériel plus adéquat dès aujourd'hui. A mesure, que nous avancions, les sens aux aguets, je repensai à mon apprentissage des armes :

J'avais à peine dix ans, papa me montrait une cible, une bouteille posée sur un rondin de bois. Il était derrière moi, me mettant dans la bonne position. Mais au moment de tirer, j'eus une infime mais réelle peur qui me paralysa. Il perdit patience. Il fallait dire que cela faisait une heure que nous étions là, derrière la maison.

-Si tu ne sais pas tirer comment sauras-tu te protéger et pire comment sauras-tu protéger ta sœur ?

-Je n'ai pas besoin d'être protégée, je peux le faire moi-même.

Bien sûr, Leah s'interposait comme à chaque fois que ça n'allait pas avec mon père. Il se crispa.

-Donne-moi cette arme Seth.

-Leah, une femme ne doit pas…commença mon père.

-Donne-moi cette arme Seth !

Je lui donnai volontiers, ses colères étaient trop terribles, je ne voulais pas en faire les frais. Mon père grogna tandis qu'elle mettait en joue la bouteille. Elle atteint sa cible du premier coup. J'étais agacé et mon père stupéfait.

-Recule la cible Seth, me demanda-t-elle

Je pris une autre bouteille et la posai un mètre plus loin.

-Recule la cible, j'ai dit !

Dix mètres plus loin, elle fut enfin satisfaite.

-Il faut au moins que ce soit stimulant sinon quel est l'intérêt.

Elle ne rata pas sa cible encore cette fois là. Mon père ébahi, la regarda, contrarié.

-Où as-tu appris à tirer ?

-Toute seule. Avec l'arme d'Embry.

Il rouspéta mais lui demanda de tester encore plus loin ses capacités. Les yeux de mon père brillèrent, ceux de Leah aussi, je me renfermai. J'étais ridicule maintenant.

-Pas aujourd'hui, lui répondit-elle contre toute attente. Seth a besoin lui aussi de s'améliorer.

Elle me tendit l'arme, se posa derrière moi et me montra une autre technique. Mon père avait ramené la cible à son point de départ. Leah m'aida à supporter le recul du coup de feu, et le bruit du verre explosé me rendit le sourire. Elle se pencha vers moi, elle souriait elle aussi, les yeux plein de fierté…

Ma sœur m'avait appris tant de choses. Grâce à elle, j'avais vaincu certaine de mes peurs. Jamais je ne pourrai la remercier.

Nous courûmes une partie de la nuit. Nous nous reposâmes dans un champ puis repartîmes aux premières lueurs de l'aube. Nous n'étions plus très loin, je le sentais. En effet, le domaine apparut enfin dans mon champ de vision. Sam ralentit, s'arrêta.

-Nous y sommes presque, Sam, c'est pas le moment de flancher.

-Je ne vais pas y arriver.

-Il le faut !

Il le fallait, j'avais besoin de lui, de son appui, de sa force pour affronter cela de nouveau. Cet endroit représentait le mal mais il représentait aussi Leah.

Il reprit le rythme, la grille était ouverte, la maison était détruite, encore fumante. Jacob ne m'avait pas parlé de ça. Cela avait l'air récent. Qui avait mis le feu ? Le loup blanc ? Les autres prisonniers ? Je m'avançai dans l'allée, revenant à la source du mal, en direction du souterrain, mais avant d'y arriver nous passâmes devant l'arène. Mon cœur se broya, je restai figé ainsi, fixant cet endroit maudit. Je ne voulais pas y aller.

-Qu'est-ce qu'il y a Seth ?

-C'est ici qu'elle est morte.

Je ne m'aventurai pas à lui jeter un coup d'œil, je ne pouvais qu'imaginer l'horreur sur ses traits. Je repartis en direction du souterrain mais Sam ne me suivait plus, il se dirigeait vers « son » dernier souvenir.

J'arrivai au souterrain, il était vide, tant mieux. Je détaillai cet espace restreint, l'odeur était persistante. Je me rappelai de mon évasion. Tout cela me paraissait loin tel un mauvais rêve sauf que c'était bien réel. J'entendis un coup de feu. Je manquai de défaillir sous la peur. Un vampire ? Je m'élançai vers les voix, entrant malgré moi dans l'arène. Mon sang se glaça, Sam faisait face au loup héréditaire. Il était sous sa forme humaine, sans aucune arme en main. Sam le menaçait de la sienne. J'en fis de même. Il ne réagit pas en me voyant le menacer aussi.

Je ne savais comment intervenir. Il avait tué ma sœur sous la contrainte, je ne savais pas si cela faisait de lui un meurtrier. Sam ne semblait pas l'entendre de cette oreille, déjà prêt à tirer de nouveau.

-Ca ne sert à rien, il régénère plus vite que nous encore.

-Pourquoi ?

-Il peut se transformer quand il veut. Il n'est pas comme nous. S'il le voulait vraiment, il nous aurait déjà tués.

-Je l'aurais tué bien avant, me contredit Sam.

Je descendis mon arme.

-Cela ne sert à rien.

-Et pourquoi ? Il… Il l'a tuée. Il doit mourir.

-Comment tu sais que c'est lui.

Je ne lui avais pas révélé cet élément.

-Il vient de me le dire.

Je fixai Caleb avec stupeur. Il affichait une telle culpabilité.

-C'était sous la contrainte, le vrai responsable c'est cette sangsue malfaisante. Et elle est morte.

-Non, il ne l'est pas.

Caleb avait parlé comme on sonnait le glas.

-Pardon ?

-Mon maitre n'est pas mort. J'ai vu cette femme le récupérer morceau par morceau tandis que nous nous battions.

Je me liquéfiai.

-Pourquoi tu nous dis ça ?

-C'est un piège ! Cria Sam, à bout de nerf.

-Non. J'ai nettoyé la fosse des restes calcinés. Son odeur n'est pas là, ce qui confirme mes dires. Il va revenir se venger, et il ne m'épargnera pas car je n'ai pas su le défendre.


La suite de la trad est dispo.

Je suis en cours d'écriture de ma propre suite (assez courte) de BN et le Chasseur. Ce sera ma version, à ma sauce. Je la posterai quand elle sera terminée.