Note:I'M BACK, BITCHES!

D'abord les réponses aux reviews anon (qui seront un peu décousues parce que j'ai l'impression d'avoir dormi cent mile ans et je sais plus trop ce que je fais et communiquer avec des humains (même virtuellement) est dur pour moi):

Réponse à SH: Mais tu fais bien d'espérer! J'abandonnerais jamais SB, JAMAIS, tu m'entends? OUI le chapitre 12 et 13 et tout le reste est écrit! ET OK JE SUIS MORTE PENDANT PRESQUE DIX MOIS MAIS FAUT PAS DESESPERER, ENFIN! En tout cas c'est très gentil, merci beaucoup pour ta review, ravie que ce style te plaise (cœur). ET NON J'ABANDONNE PAS.

Réponse à Calaelen: Vous êtes mignons tout plein de m'écrire des pavés en anonyme mais moi je dois vous répondre et les lecteurs veulent me mordre quand ils voient 40 pages de réponse lol. Je RIGOLE. BREF RENTRONS DANS LE VIF DU SUJET. J'ai vu ta review sur TCEAQ et je suis ravie que ça t'ait fait rire et que t'as aimé et tout hihihi par contre dis, si je t'apprends des choses ça devient grave là! ET YES J'AI ENCORE FAIT PLEURER DES GENS QUI ME LISENT. ET APRES T'AS LAISSE UNE REVIEW SUR SB. ALORS DEJA FAUT ARRETER DE ME LIRE LA NUIT SVP J'AI L'IMPRESSION DE CREER DES INSOMNIES CHEZ LES GENS (bon c'est moi qui me couche à 4h j'ai rien à dire). Sinon je suis tellement heureuse de faire déprimer les lecteurs c'est fou (ok cette phrase paraît sadique mais non en fait). Et OUI , il y a un HAPPY END et NON JE N'ABANDONNE PAS CETTE HISTOIRE. ET OMG enfin quelqu'un qui aime Elle! Et je ne dirais rien sur Maria Hill hihi En tout cas, merci merci merci merci pour ta review mille fois je suis super heureuse que tu aimes cette histoire!

Réponse à Blabla: Ravie que cette fanfiction t'ait plue! Merci beaucoup pour ta review!

SINON. SINON.

Ok alors svp vous pouvez arrêter de m'enterrer? Cela serait bien.

Des gens ont vu Mad Max Fury Road? Parce qu'il faut aller lire ma fanfic. Je suis la seule dans la catégorie français et ça me fait peur. Et si on a pas vu Mad Max on va voir parce que sinon on rate sa vie. Voilà.

ET AUSSI, il faut aller lire FOXCOZ, absolument tout ce qu'elle écrit, parce qu'elle est géniale et qu'elle vient vivre dans ma ville prochainement et que c'est grâce à ce merveilleux site qu'on s'est rencontrées, si c'est pas merveilleux. Va la lire tout de suite si tu as du goût.

Bonne lecture mes petits.

Et pendant qu'on lit on écoute: In My Veins - Andrew Belle et puis A Night To Remember - Pakito


Chapitre Douze

Love 2.0


Un jour, on avait dit à Tony Stark qu'on aime son premier amour toute sa vie.

Et en réponse, Tony Stark avait éclaté de rire.

Tony Stark avait rigolé pour la simple et bonne raison qu'il n'y avait jamais cru. A l'amour. Ou plutôt : à l'Amour.

Tony Stark, tu vois, il ne croyait déjà pas à l'Amour. Par conséquent, il ne croyait pas à toutes les expressions qui contenaient le mot « Amour ».

Il ne croyait pas à l'Amour altruiste. Il ne croyait pas à l'Amour au premier regard. Il ne croyait pas à l'Amour au premier rendez-vous. Il ne croyait pas à l'Amour interdit, il ne croyait pas à l'Amour de vacances, il ne croyait pas à l'Amour fou, il ne croyait pas à l'Amour platonique.

Il ne croyait pas au premier Amour, ni au dernier, d'ailleurs.


C'était jeudi, parce que le jeudi est le pire jour de la semaine, absolument, madame, et d'ailleurs, c'est le jeudi qu'il faut commencer à boire pour que le week-end arrive plus vite. On avait tous une vie où pour avoir le courage de se lever le lundi matin, on pensait au samedi (moi, quand je pense à ma vie, je pense à la mort).

C'était jeudi, et il pleuvait à verse.

Il y a un jeu de reflets entre le magenta du vin de ton verre et les bougies qui éclairent la pièce. C'est une bouteille importée de France. Ce n'est plus qu'un détail.

Le monde devenait beaucoup trop compliqué.

J'espère que t'es pas trop seul, sans moi. On était un mystère, quand même, en y repensant.

C'est le bruit de la sonnette te sort de ton rêve éveillé. Tes paupières (jusqu'à là semi closes) papillonnent. Ta bouche est entrouverte. Tes yeux sont vitreux.

Irina a la clé, ça ne peut pas être elle.

Alors pourquoi, Loki t'es pas stupide pourtant dis-moi pourquoi descends-tu quand même les escaliers alors que tu sais qu'il n'y a qu'une seule personne qui sait où tu vis à part ton assistante ? Hein ? Dis-moi pourquoi, Loki.

Explique-moi, Loki.

Donne-moi des raisons. Dis pourquoi.

Explique-toi, Loki.

Loki, tu es un ange à qui il est arrivé malheur, et qui voulait juste rentrer à la maison. Mais tu pouvais pas, t'arrivais pas, ils te les ont arrachées, tes ailes.

Est-ce qu'il te restait assez sur ton compte en banque pour un ticket destination Paradis ? Est-ce qu'il fallait juste se contenter des Maldives ? Quel désastre, les amis !

Ta peau est pâle, elle contraste contre le marbre noir de ton hall d'entrée. Tu es pied nus et d'un peignoir en soie (acheté au Japon) vêtu.

Une fois devant la porte, tu hésites, puis tu tends la main vers la poignée. Tu ouvres.

Tu ouvres la porte.

C'était une histoire de portes.

Et bien évidemment, ce n'est une surprise pour personne, vous l'aviez tous deviné. C'est Tony, Tony Stark, notre héros.

Mais dis-moi, Tony… Dis-moi… Si tu ne crois pas à l'Amour, alors pourquoi t'es là ? Pourquoi t'es là, sous une averse, un bouquet de fleurs à la main ? Pourquoi t'es là, à attendre devant sa porte ? Pourquoi, Tony ?

C'était quoi ton problème, hein ?

Explique-moi, Tony.

Explique-toi, Tony.

C'était une histoire de portes, ne l'oublie pas, ne l'oublie jamais.

Loki soupire juste :

— Stark.

Alors on pourrait se dire, c'est pas grave, n'empêche sauf que c'est « Stark » et pas « Tony ».

Pourquoi encore, pourquoi toujours ? Tu sais rien y faire. C'est juste un jeu. Tony Stark était devenu ton malaise quotidien, ton mal au cœur, une grosse peur.

SPOTTED !

Tony Stark, notre héros, était debout en ce jeudi sur le porche de la résidence de Loki Laufeyson (on est pas sensés savoir donc il n'y pas de photos, comprenez-nous), à vingt-trois heures trente-sept précises. Tony Stark portait un complet noir de chez Ralph Lauren et des chaussures en cuir de chez Armani. Il avait pour signe distinctif le fait d'avoir dans les mains un bouquet de fleurs, qui étaient au nombre de cinquante-neuf, plus précisément de roses noires (toute la rédaction pleure parce qu'on a pas de photos). La moitié de nos reporters affirment qu'il les a faites venir de Turquie, l'autre moitié est formelle : elles sont issues de manipulations génétiques et auraient été fabriquées dans un laboratoire souterrain à Hong Kong tout spécialement pour Loki Laufeyson. Mais les deux partis s'accordent sur une chose : Tony Stark les aurait payés soixante mille dollars (après investigation et examen de ses relevés de comptes bancaires obtenus de manière totalement légale, on vous assure).

La rumeur dit aussi qu'il aurait tenté d'obtenir des fleurs australiennes, au nombre de soixante, génétiquement modifiées, qui luisent dans le noir mais, il y a eu, paraît-il, une erreur de livraison.

(La vérité, ou plutôt la rumeur, Clint est tombé sur la commande en question et a changé le nom, et l'adresse du destinataire, et a aussi mis, de sa part, de New York, avec amitié.)

(La vérité, ou plutôt la rumeur, quelque part dans Moscou, dans le noir de la nuit, Natasha jette une à une des pétales luisantes du haut de son balcon (parce qu'offrir des bouquets où il y a un nombre pair de fleurs porte malheur en Russie), et ça faisait comme une pluie de perles de lumière.)

Les roses noires voulaient dire tellement de choses.

Elles signifiaient le mystère (qu'on était ?) et la mort. Le changement et la résistance. La fin et le mal. Un amour fou, une passion fatale.

Donc, Tony Stark, notre héros, en personne, Tony Stark qui te tend un bouquet de fleurs. Tony se gratte la tête et puis finit par lâcher :

— J'essaye de le dire avec des fleurs.

(Même s'il pleut, il y a comme un silence total, parce que Loki vit loin de la ville et qu'on dirait qu'ils étaient seuls au monde. En vrai, y'a quelques villas, pas trop loin à côté et nos reporters nous affirment qu'au même moment, sans doute, il y a d'étranges choses qui se passent dans la cave de la résidence voisine, mais c'est insonorisé, on entend pas. Alors autour d'eux, il n'y avait qu'un bruit blanc et rien d'autre.)

C'était rien que nous tous, rien que nous trois, rien que le silence, toi, et moi.

— Dis quelque chose, fait Tony.

— Pars d'ici.

— Ok, dis autre chose.

— Je vais appeler la police et je vais te coller une ordonnance restrictive pour harcèlement.

— Tu l'aurais fait en arrivant à New York si c'est ce que voulais vraiment. Laisse-moi rentrer.

— Tu n'as pas encore compris ?!

Mais Tony est un homme obstiné et il ne contrôle pas ce qui sort de sa bouche :

— J'ai pas compris quoi ?! Explique-toi clairement au lieu de tourner ça en comédie romantique.

Mais de comédie romantique, c'en était une, et elle était démentielle, qui plus est. Un conte de fée moderne raté.

Et Loki, il se met à hurler:

— Tu as dit que tu t'étais amoureux de moi! ET LE PROBLEME, TONY, C'EST QUE TU AS MENTI!

Et qu'honnêtement, dans ces moments-là, tu sentais que tu pouvais toucher le ciel. Et que là, t'es six pieds sous terre.

— C'était il y a UNE ÉTERNITÉ !

— TU AS DIT QUE TU AVAIS HONTE DE MOI !

Le problème, c'était qu'on avait notre Lui ou notre Ils ou notre Elle à nous, la personne qui nous a marqué au fer rouge à vie.

Le jour où Loki est entré dans cette pièce, Ce Jour-Là, tu vois, pour redescendre il a pris l'escalier, mais en réalité, il était enfermé dans un ascenseur en chute libre et tu peux t'imaginer, toi, ton état, dans un ascenseur qui dégringole tous ces étages pour finir au moins un, complètement en bouillie? Parce que tu ne veux pas crever mais c'est inévitable, les miracles n'existent pas, c'est que des mensonges et Loki était là, à genoux sur le sol, à taper contre les parois de l'ascenseur, hurlant, sachant que le mal était fait, le mal venait de partout, de l'extérieur et en lui, ça le rongeait, ça le dévorait, c'était des brûlures acides dans le creux de son estomac et dans son cœur (et putain, Tony, le cœur de Loki, fallait pas le briser, il t'as pris quoi, parce que son cœur, c'est là que t'avais élu domicile, pourtant), l'irréparable était déjà route, tu vois, tu sais dans ces moments-là que tu peux rien faire, et Loki, il voulait pas tomber, et une fois en chute libre, y'a plus rien à faire, et Loki, lui, il savait peut-être ce qu'il risquait (on le savait tous) mais il aurait jamais cru que ce genre de chose arriverait.

Ça arrive toujours aux autres, non ?

Au fond, Loki ne voulait juste pas mourir. Et Tony Stark allait le tuer.

Et alors, donc, revenons à la scène principale, Tony Stark, Tony Stark notre héros, il laisse tomber le bouquet de fleurs par terre (cri d'horreur dans la rédaction) et tu n'as pas le temps de réagir parce que c'est inattendu (quoi que) et tu sens sa main sur ta joue et ses lèvres sur les tiennes et la voix de Tony qui murmure après quelques secondes, son souffle se mélangeant au tien :

— Je suis là parce que je ne t'ai jamais menti, Loki.

Mais Loki recule et Loki lui claque la porte au nez. Il se colle dos à la porte. C'était une histoire de portes.

Tu avais juré de m'aimer pour la vie, je t'avais rien demandé, moi, pourtant.

On voulait pas te le dire, mais au début, Tony s'était dit « pas grave », au début, Tony s'était dit « un de perdu, dix de retrouvés », Tony s'était dit « y'en aura d'autres », on te l'a pas dit parce que même si c'est que de la poudre aux yeux, même si c'est que des mensonges à soi-même, les expressions les plus banales vont te dévorer de l'intérieur.

Alors Tony hésite, il tape deux petits coups contre la porte, puis se met à parler. Les pensées, les mots, viennent à lui, incohérents et désespérés.

— Hey, j'ai changé.

Mais Loki ne te croit pas. Loki se laisse glisser par terre, toujours adossé à la porte. Il lève la tête vers le plafond.

L'idée était de remonter dans le temps. L'idée était de faire en sorte qu'on n'ait jamais été ensemble dans le passé. Bien plus que ça, l'idée était de faire en sorte qu'on ne se soit jamais connu, ni rencontré, ni même vu. L'idée, c'était de t'effacer.

— Je le sais, putain, que je suis un connard ! Mais le problème, là-dedans, c'est qu'on a été crées pour être ensemble, on est liés par un truc plus fort que ça ! Et même les connards ont droit à l'amour. Je sais même plus quoi prendre pour arrêter de penser à toi, toi, toi, et juste toi. Depuis le jour de notre rencontre, j'ai plus jamais réussi à imaginer ma vie sans toi. Je sais que si je m'excuse, ça va servir à rien, c'est que des mots, sauf que tu pourras jamais nier qu'il y a un truc qui nous attire l'un à l'autre on se croise et on se recroise et tu savais à quoi t'attendre en revenant ici… Tu peux pas nier que tu m'aimes plus, putain, tu sais très bien que tu peux pas m'oublier !

Il y a un silence et Tony répète :

— Tu peux pas m'oublier !

La réponse ne se fait pas attendre et Loki frappe de son poing contre la porte et hurle :

— ALORS PEUT-ÊTRE QUE SI JE ME JETTE DU HAUT D'UN IMMEUBLE LE CHOC SERA ASSEZ VIOLENT POUR TE FAIRE SORTIR DE MA PUTAIN DE TÊTE !

Et ça commence tout doucement t'inspire puis t'as l'impression d'étouffer et soudainement tes épaules sont secouées par des sanglots de plus en plus violents.

Dégage! hurle Loki d'une voix enraillée à travers la porte et les sanglots. Dégage!

Il y a un silence, puis Tony dit :

— Alors veux-tu que je disparaisse définitivement de ta vie ?

Tony se tait. Loki tremble. Tony redemande:

— Loki. Réponds.

Il n'a pas de réponse. Il attend.

Tony Stark a la frousse, là maintenant. Parce que la réponse ne vient pas. Toujours pas.

Du tout.

Tony Stark a la trouille.

Sur ma vie, Tony, il a jamais flippé comme ça. Il sentait un sentiment d'horreur dans sa cage thoracique et son cœur, il était tout serré, il allait étouffer, paralysé.

La porte fermée. Tony Stark, notre héros, est mort de peur.

Tony Stark n'est pas un super-héros.

En fait, Tony Stark n'est même pas un héros tout court.

Tony Stark n'est rien. En ce moment, en tout cas.

Dans le monde de Tony Stark, les histoires se terminent bien. C'est bien ça, le problème. Là, c'est improvisation totale.

C'était pas prévu. C'est pas dans le script. Coupez. Coupez. Mais qu'est-ce que vous foutez?

T'avais juré, pourtant, que ça allait bien aller. Menteur, mensonges.

T'avais surement pas prévu de morfler comme ça.

T'avais pas prévu ton putain d'ultimatum.

— Loki. Loki, je t'en supplie. Ça peut pas se terminer comme ça, hein ? J'arrête pas depuis toutes ces années de fermer les yeux pour me souvenir de ton visage ce soir-là parce que tes conneries de photo mentales ça marche, bon Dieu, ça marche, à chaque fois que je ferme les yeux je vois les tiens, grands et vert véronèse, je me souviens de tout à propos de toi, je me souviens de tes putains de grands yeux verts véronèse confus qui me regardaient et moi, j'y voyais notre futur à tous les deux ensemble et t'avais les cheveux mouillés et tu m'obsèdes, toi, ta photo mentale qui m'est jamais sortie de la tête, tu m'obsèdes et je sais que je pourrais jamais t'oublier parce qu'on m'a dit qu'on aime son premier amour toute notre vie et j'aurais pas dû rire mais je l'ai fait parce que ça me fait flipper comme un malade, ça me fait très peur parce qu'avec chaque jour qui passe, je réalise que c'est vrai -…

Et contre la porte, tu murmures: c'est maintenant. Tu murmures: maintenant ou plus jamais.

Tu n'as pas de réponse.

— Loki, Loki, s'il te plaît, donne-moi juste alors une réponse, une seule réponse, je veux juste une seule réponse à ma question.

Et à travers la porte, il entend Loki dire, sa voix entrecoupée de sanglots : pose ta question.

— Loki… Loki, est-ce que tu m'aimes encore ?

Silence.

Tony repose sa question.

Mais il n'y a pas de réponse. Tu n'entends que sa respiration.

Alors Tony Stark hurle :

— Réponds ! RÉPONDS ! RÉPONDS, T'ENTENDS ?! T'AS PAS LE DROIT DE ME LÂCHER SANS ME DONNER DE RÉPONSE À ÇA ! EST-CE QUE TU M'AIMES ENCORE ?! LOKI, EST-CE QUE TU M'AIMES ENCORE ?! LOKI, EST-CE QUE TU M'ENTENDS?! RÉPONDS ! TU M'ENTENDS PARLER ?! JE TE DEMANDE : EST-CE QUE TU M'AIMES ENCORE ?!

Loki, c'est ta plus grosse défaite, parce que t'as pas pu le récupérer. C'est juste ça, au fond. Ça marchait toujours, d'habitude.

Loki, c'est quoi ? Loki, c'est l'Amour, peut-être.

Et Tony Stark, il peut te changer le cours de Bourse du Dollar, mais Tony Stark, il peut pas acheter l'Amour.

Loki, c'est juste un point sur ta check-list de « choses à faire pour réussir ta vie ».

— TU M'ENTENDS ?!

Et à travers la porte, soudain, te parvient :

— Oui…

— ALORS RÉPONDS À MA PUTAIN DE QUESTION !

Mais c'est un murmure terrifié et quasi-inintelligible que tu entends venir de l'autre côté :

— Arr… Arrête de m'hurler dessus…

Avez-vous déjà pensé à vos derniers mots ? Vos derniers mots avant vos vingt ans ? Vos derniers mots à une personne ? Vos derniers mots à la fin de votre vie ? Y avez-vous pensé ? Les avez-vous prévus ? Ils vont vous déterminer, ils seront inscrits dans votre mémoire, votre héritage, vos souvenirs. Voulez-vous dire « adieu » ? Voulez-vous dire « je t'aime » ? Voulez-vous dire « pardon » ? Y avez-vous pensé ?

Mais toi, Tony, Tony, Tony… Ton dernier mot était : « Loki… ».

Et t'as juste pas la force de prononcer ne serait-ce qu'une syllabe de plus tellement tu chiales contre la putain de porte.


Il y avait des choses drôlement moches en ce bas monde. Alors que s'est-il vraiment passé ? C'était pas juste ça, hein ?

Donc, c'était quoi ?

Pour cela, il fallait revenir en arrière, une fois de plus.

Le truc, c'est que c'était pas un film. Et Tony Stark, c'était pas un imbécile. Tony Stark était multifonctionnel : il réfléchissait avec son cerveau, son cœur, sa bite et son cul, tout ça à la fois. Et quand c'était pas assez, les gens réfléchissaient à sa place.

Donc, il y a une dizaine d'années, quand Tony rentre le soir chez soi, et qu'il voit la peinture partout, et Loki qui porte la même chemise depuis une semaine, dans sa tête, ça crée des problèmes.

Ce n'était plus mignon.

Quand la conversation dérive sur Loki et que les conseillers de Tony lui jettent un regard qui veut tout dire, dans sa tête, ça crée des problèmes.

Ce n'était plus marrant.

Quand Tony prend Loki aux dîners et qu'il doit dire aux gens qui est Loki pour lui, dans sa tête, ça crée des problèmes.

Ce n'était plus amusant.

Quand Tony laisse Loki venir le voir à son travail et que dans le couloir, après, on le regarde de travers, dans sa tête, ça crée des problèmes.

Ce n'était plus agréable.

Quand Tony doit sortir et qu'il tient Loki par la main, et qu'on le reconnaît, dans sa tête, ça crée des problèmes.

Ce n'était plus excitant.

Donc, Loki crée des problèmes.

Et donc, Tony réalise peu à peu que Loki et lui, c'était pas possible. Parce que c'était sa tête qui réfléchissait.

Et ça devient le bordel à partir de là.

Et dix ans plus tard, c'est toujours le bordel.


Loki, oh Loki, et toi, qu'en est-il de toi ? As-tu vraiment changé ?

Tu es allongé sur le dos. Tu regardes la pluie tomber. Les gouttes contre ton plafond vitré. Tes joues mouillées, c'est comme si la pluie tombait à travers la vitre.

Et t'as l'impression d'être de nouveau Ce Jour-Là. Cette Epoque-Là.


Cela se passe de nouveau il y a sept ans, six ans, environ, peut-être, on a pas de dates précises, si ce n'est que cela se passe lorsque souffle encore l'air chaud du mois d'août moscovite. C'est le soir, quand la nuit commence tout juste à tomber, que les nuages bougent vite dans le ciel et que la ville s'illumine, peu à peu, de mille flammes. Le ciel est encore un peu orange.

A Moscou, ce n'est pas encore l'heure car à Moscou, on ne dort pas, tout simplement.

La ville était splendide et pleine de rêves inachevés. Elle était inatteignable jamais on ne pouvait la goûter dans son absolu.

Tout était parfait à Moscou.

Et je vais t'arrêter là tout de suite : ouais, Moscou, c'était parfait. Mais seulement si t'avais du fric. Il n'y avait rien, absolument rien en ce bas monde que l'argent ne pouvait t'offrir.

Moscou était l'empire des oligarques. Des discussions qui décidaient de l'avenir du monde, sourires dans l'ombre, quelque part en haut, allô, ici la terre, on vous appelle dans Votre monde dingue et merveilleux. Allô, allô. Répondez, répondez, s'il vous plait. Répondez, répondez, s'il vous plait. Répondez, répondez, s'il vous plait.

On parlait d'une ville où il y avait des fusillades dans les universités parce que des nanas à l'allure de top modèle avaient pas d'autre choix que de sortir avec des mafieux de quarante-cinq ans pour qu'ils leur paient leurs études de droit, leur sac Prada, leur BMW et leurs manteaux de fourrure et puis qui pouvaient pas s'empêcher d'aller draguer des mecs de leur auditoire (true story). Une simple histoire de jalousie, quoi. ON TUE LES GENS PAR JALOUSIE, AUSSI, BORDEL ! Quel drôle de monde !

Irina est assise à bord d'une Lexus noire, vitres teintées, tenant le volant d'une main assurée Loki à côté d'elle, sur le siège passager. Il a un pied posé sur le siège, l'autre par terre. Et on pourrait en effet se dire : qu'en est-il du cuir du siège ? Hé ben sache qu'il y a des gens qui tueraient pour se faire marcher dessus par Loki, ça serait un honneur, alors tu penses bien que Loki, il met ses pieds là où il veut (mais surtout pas sur ta sale gueule parce que, de un, il voudra pas et, de deux, t'es même pas digne de lécher la semelle de ses chaussures si Hollywood veut pas de ton corps).

Irina est vêtue d'une robe rouge à motifs écossais (Prada). L'un de ses téléphones sonne (celui qui est posé à côté du levier de vitesses) et elle l'attrape pour décrocher. Loki la regarde faire et demande :

— On peut conduire en téléphonant, ici ?

— Si on a très envie, on peut, Loki chéri, répond Irina avec un clin d'œil. Allôôô ?! Oh, mon Dieu ! Chéri, Adrien chéri, allôôô, oh, je n'ai pas entendu parler de toi depuis une é-ter-ni-té ! J'ai vraiment cru que t'étais mort, chéri, mais oui, d'une overdose de craie, hihi, tu sais bien, chéri, Adrien ! Comment vas-tu, chéri ? Oh, vraiment, vraiment ? Oh, Paris ? Vraiment, chéri ? Oh, chéri, Adrien, attends, un instant, un instant ! Un in-stant !

Elle pose son téléphone sur ses genoux et se met à rouler plus lentement, puis s'arrête. Elle baisse la vitre. Un policier la regarde en fronçant les sourcils. Il y a un silence, puis il fait :

— Чё за рулём по телефону? (Pourquoi on cause au téléphone au volant ?)

— А надо, répond Irina. (J'ai besoin.)

— А тонированные стекла? (Et les vitres teintées?)

— Нечего в чужие дела лезть. (Pas de quoi se mêler des affaires autres.)

Irina ne cille pas. Irina n'a pas peur, Irina n'a jamais peur. De quoi ce peuple pouvait-il avoir peur, de toute manière ? Loki ne voit rien passer et puis, l'instant d'après, il voit juste Irina serrer la main du policier. Irina remonte la vitre et redémarre. Elle reprend le téléphone en main.

— Ex-cu-se-moiiiii, chéri. Tu disais? Paris, vraiment? Une semaine? Mais tout à fait, chéri, tout à fait possible, oui, oui, oui! De suite, chéri! Je te mets en attente, chéri, un in-stant! Loki, chéri, passe-moi mon sac, s'il te plaît, veux-tu bien?

Loki s'exécute et lui tend le sac (Michael Kors, vert).

— Un tout grand merci à toi, chéri, fait Irina en sortant un autre téléphone.

Elle en porte un à son oreille. Elle attend qu'on décroche. Elle claque quatre fois des doigts.

— Алло, Аэрофлот, здравствуйте, а у вас еще есть места, на завтра утром, мне из Шереметьево в Париж... Ага, вез пересадки, ага, так так, слушаю,... Давайте в 10, в бизнес класс, имя Ирина Сергеевна Яковлевна, ага, ага, час, да, ага, спасибо, ага. (Allô, Aeroflot, bonjour, est-ce que vous avez encore des places, pour demain matin, de Sheremetyevo à Paris… Oui, sans escales, oui, oui, j'écoute… Va pour dix heures, en business class, au nom de Irina Sergeïevna Yakovlev, oui, oui, merci, oui.)

L'un des talents d'Irina consistait à pouvoir jongler entre plusieurs téléphones.

Et Loki a sa tête posée contre la vitre, soupirant, ils allaient une fois de plus disparaître dans la nuit et la vie allait de nouveau recommencer à l'aube.


Loki connaît désormais les endroits les plus chauds de Moscou.

Rien à voir avec leur petit voyage étudiant il y a quelques années. Ce putain de voyage, Loki lui crache dessus (non, en vrai, heureusement qu'ils l'ont fait, ce voyage, sinon Loki serait en train de se planquer en Thaïlande et c'est déjà beaucoup plus difficile vu qu'il a jamais été). Maintenant, c'est simple : Loki, il traîne pas avec le prolétariat. Loki, non, il préfère traîner avec ce qu'il y a de pire pour toi mais le mieux pour lui et moi. Parce que tu vois, à Moscou, le fric honnête, ça existe pas (en vrai, il paraît que t'es jaloux). C'est son sex-appeal légendaire qui lui ouvre des portes.

Il paraît que t'aimerais toi aussi goûter au fruit défendu, mais le truc, c'est que cette foutue pomme, elle est amère comme t'as pas idée, y'a des gens qui se sont étouffés avec, qui ont vomi toutes leur tripes, moi je te dis, y'a pas que les vierges qui ont du mal à avaler dans ce bas-monde.

Alors bon, c'est quoi le secret, derrière tout ça ? Derrière Leur monde dingue et merveilleux ? Moi, j'veux pas casser le mythe, parce que bon, tant que t'es pas au courant totalement de ce qui se passe, t'en aura toujours envie.

(Mais en vrai, au fond, ça craignait à mort, parce que c'était la même putain de routine morbide, y'avait juste plus de paillettes, de filles nues et d'alcool, mais au fond, sur ma vie, n'y vas pas, parce que ça va te bouffer) (pas qu'on te laissera entrer, hein. Rêve pas. On veut garder notre routine morbide pour nous).


Quand Loki se réveille, Irina se tient à côté de lui. Loki ne se souvient pas de hier.

— Tu es enfin réveillé, Loki chéri ?

Loki cligne juste des yeux pour signaler qu'il est vivant.

— Alors écoute-moi, chéri, Loki. Lève-toi, chéri, je t'ai mis des vêtements ici (Loki tourne la tête pour voir Irina qui pointe vers un sac sur la table de chevet), oh, tu vas voir, Loki, chéri, ils sont splendides, tu vas a-do-rer. Donc, écoute-moi bien, chéri. Je dois partir une petite semaine à Paris (Loki écarquille les yeux), mais je ne vais pas te laisser seul, naturellement, chéri. Je t'ai trouvé une assistante de secours, tu vas voir, chéri, elle est a-do-ra-ble. Alexandrovna Valeritch, oh, chéri, tu sais, elle doit avoir ton âge, elle va s'occuper de toi, et dès que je reviens, je te récupère, promis, Loki chéri. Je t'ai donné un téléphone, il y a son numéro dedans, chéri, par contre il n'y a pas le mien, mais ne t'inquiète pas, Loki, chéri, ton assistante de secours aura tout en main.

Loki hoche la tête.

Loki était désormais sans attaches, ni matérielles, ni émotionnelles.

C'était un avantage.

Chaque nouveau jour était vraiment une réelle opportunité parce qu'il était un amnésique volontaire, il FALLAIT tout oublier.


Ainsi donc voilà, la situation. Irina est partie, Loki a un peu peur. Il attend là où Irina lui a indiqué d'attendre « ton adorable assistante de secours ».

Et donc Loki attend.

Peut-être que tu ne sens plus rien et que le monde ne paraît vraiment plus réel.

Quel bordel, mes amis.

— Loki?!

Loki se retourne.

Do you wanna rock ?

Le truc, Loki s'attendait à quelqu'un comme Irina.

Introducing…

Elle a quoi, vingt-cinq, vingt-six ? Loki était habitué aux gens sans âge, des êtres de lumière éternels, le temps pouvait juste pas les définir, ils étaient au-dessus de ça.

Elle a des cheveux noirs, la même couleur que Loki, qui sait. Elle a des clés dans la main, des énormes lunettes de soleil sur le nez.

Et, inutile de le préciser, des talons.

— C'est toi, Loki? demande-t-elle en s'approchant d'avantage.

Loki ne peut qu'hocher la tête.

— Je le savais. Ok, ok, lève-toi, on y va. Tu sais qui je suis, ha?

— Irina a dit que vous êt… tu es mon «assistante de secours».

La fille rigole et hausse les épaules.

— Mais oui. Allons-y.

Loki la suit. Elle marche au pas de course. Tout le monde à Moscou marche au pas de course.

Do you wanna rock ?

Mais elle ne sourit pas, parce qu'à Moscou, on ne sourit pas sans raisons. Ce n'est pas poli.

Ils arrivent devant une BMW.

— Désolée pour la voiture. Vas-y, monte, fait-t-elle en ouvrant la porte du côté passager.

Loki obéit. La fille referme sa porte puis va du côté conducteur et s'installe.

— Irka t'a dit que t'as une réception ce soir?

— Qui?

— Irka. Ira. Irinka. Irochka. Irinochka. Ir'. Irina, quoi. La version russe du prénom Irène, comme vous dites en Occident.

Elle n'a presque pas d'accent quand elle parle anglais.

Loki ne dit rien. Elle est aussi vive qu'Irina, la même énergie. Elle ne regarde pas Loki.

Elle retire ses Jimmy Choo et les jette sur le siège arrière. Puis, se retourne pour fouiller dans l'amas de choses qui y traîne. Elle pêche une paire de Nike d'un rose fluo qu'elle enfile avant d'enfoncer la clé dans le contact.

Do you wanna rock ?

— Ok, on est en retard.

Et elle démarre, dans les rues de Moscou, elle fonce, à du cent dix à l'heure. Ce soir, il y aura de la pluie, c'est certain; mais peut-être pas chez toi parce que tu vois les nuages s'éloigner et que Moscou est énorme, les distances y sont gigantesques. Chaque bâtiment, chaque lumière, tout était si net.

Nike s'était bâti un Empire en Russie. Tout Moscou avait les chaussures de la marque aux pieds.

I wanna rock.

— Pourquoi «désolée pour la voiture»?

— Oh, mon Dieu, c'est une vraie aventure, ça. Je leur avais dit qu'il nous faudrait une Bentley, non, ils m'ont pas écoutée, ils m'ont dit «vous l'aurez demain», du coup, j'ai dû prendre ma BMW, ne regarde pas le siège arrière.

— C'est pas grave.

— C'est bien, t'es pas capricieux.

Mise à part le bordel à l'arrière, la BMW était propre et sentait le parfum. Son parfum. Sur le tableau de bord, à côté d'un drapeau russe, une petite icône religieuse était posée. Une croix était accrochée au rétroviseur central et se balançait au rythme des trous et des bosses des routes moscovites.

— Irina Sergueïevna m'a fait prendre le métro, fait Loki.

— Ouais, mais notre métro est beau. On t'a dit comment je m'appelle?

— Alexandrovna Valeritch ?

— Et mon prénom, elle l'a pas mentionné?

— Non.

— Tu peux m'appeler Rita mais mon prénom entier, c'est Margarita une version russe de la « Margueritte » ou « Margaret » de l'Ouest… et on peut m'appeler Margo, Rit', Margocha, Ritatchka, Margochka et j'en passe. C'est comme ça que la langue russe est belle.

— Comment on sait qu'on peut décliner le prénom ?

— Ça vient naturellement.

— Tu préfères lequel ?

— J'adorerais que tu m'appelles Ritatchka. C'est un peu comme «Rita chérie».

— Ritotchka?

— Non, essaye de rouler le «r» et de faire tes «a» avec le fond de la gorge. Et ne fais pas l'accent sur la fin du nom, plutôt sur le milieu.

— Ritatchka?

— Mieux.

Loki observe Rita. Elle ne sourit pas, elle fait la moue. Loki est habitué.

— Tu veux me demander quelque chose ? demande Rita sans se tourner vers lui.

— Pourquoi tu t'occupes de moi ? fait Loki en reportant son regard sur la route.

— Irka a demandé.

— Qu'est-ce qu'elle dit de moi ?

— Que tu es son favori et qu'elle voulait pas te confier à quelqu'un qui risque de mal prendre soin de toi. D'ailleurs, elle m'a dit qu'il faut te loger alors voilà, on va te loger à Moscow City.

— Mais on est à Moscou, non?

— Moscow City, c'est le quartier des affaires. Regarde.

Une dizaine de tours qui se dressent, dominant toute la ville. La plupart encore en construction, avec des grues partout.

— Ici? fait Loki.

— T'aime pas? C'est pourtant le quartier le plus luxueux de la ville. Tu vas voir, c'est un enfer pour rouler dans le coin. La circulation est horrible.

Derrière les verres de ses lunettes, les yeux de Loki brillent.

Ils s'arrêtent au feu.

Rita plonge sous le siège de la voiture.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Mon téléphone tombe à chaque fois que je démarre, dit-t-elle en ramassant le téléphone perdu quelque part sous le siège.

Et Loki se dit qu'il en rencontre, des personnages excentriques. Il se demande encore aujourd'hui d'où ils sortaient.


Le lendemain matin, tu te réveilles dans ton lit aux draps de soie. Moscou est magnifique, depuis le haut de ta tour.

La porte de ta chambre s'ouvre. C'était une histoire de portes.

— Je t'ai amené du jus de pommes frais, fait la voix douce de Rita.

Loki se tourne vers elle. Elle porte un jeans déchiré et des Nike. Mais pas les rose fluo de la veille. Celles-là sont violettes. Loki, il a les cheveux en bataille et il disparaît un peu sous les couvertures. Il fait signe à Rita de s'approcher. Elle s'exécute. Elle lui tend le verre.

— Merci.

— Tu sais comment on dit merci en russe ?

— Oui.

— Dis-le.

Spaciba.

— Arrête de mettre l'accent sur la fin des mots. L'accent doit être au milieu.

Spaciba.

— C'est mieux.

— Tu parles bien anglais.

Le verre est en plastique et il y a une paille orange.

Rita s'assied sur le coin du lit.

— Tu as quelqu'un ? demande Loki.

Rita rigole.

— Quoi, intéressé ? répond-t-elle.

— Pas vraiment. Curieux.

Elle rigole encore plus fort.

Mais elle ne sourit pas.

— Tu n'as pas répondu à la question, reprend Loki.

— Non, je vais pas répondre, ça, c'est mon petit secret.

Loki hausse un sourcil.

— Tu m'intrigues.

— Tant mieux. Lève-toi maintenant.


Loki était devenu une créature qui n'avait plus aucune notion du temps. Il ne connaissait plus les années ni les mois. Jour et nuit étaient pareils. C'était comme si le monde lui appartenait : il n'était plus prisonnier des calendriers et des montres. S'il devait se trouver quelque part, on gérait ça pour lui.

Il ne savait plus qui il était.

Et c'était très bien comme ça.


Rita pouvait sentir quand les choses allaient mal se passer et, une fois de plus, elle aurait dû s'écouter. C'était pourtant la règle numéro un : ne jamais laisser un étranger seul en Russie. Chaque russe qui se respectait le savait.

Ça s'était passé comme ça : Loki avait une énième réception, parce que, oui madame, un artiste américain à la mode, on se le voulait un peu partout, et la Haute aimait acheter des toiles à tout va sans trop comprendre leur sens parce que ça faisait « bien ». Alors avoir l'artiste qui vient avec, pense-tu bien. Ainsi donc, il était environ vingt heures quand Rita se dit qu'elle allait laisser Loki seul dans un night club privé avec une délégation de milliardaires américains venus tout expressément en Russie afin de profiter, selon leurs mots « des ours, de la dictature et de la vodka ».

Le problème, c'est que ces gens avaient du fric.

Non, non, j'te jure, c'est un réel problème.

C'était un problème car vers vingt-trois heures, l'interprète qui s'occupait de la délégation (parce que personne parlait le russe, évidemment), seul individu rationnel du groupe, envoyait un sms à Rita pour lui dire qu'ils n'étaient non plus à Moscou mais qu'ils, c'est-à-dire les milliardaires, après être tombés sur d'autres milliardaires, ceux-là étant russes, avaient collectivement jugé intelligent de prendre un jet privé (celui des milliardaires russes il faut préciser, parce que ça fait beaucoup de milliardaires) pour aller jusqu'à Saint-Pétersbourg, à savoir donc environ sept cent kilomètres plus loin, parce que l'un des milliardaires (américain) avait entendu que les filles y étaient encore plus belles et que les musées étaient pas mal (ignorant bien sûr le fait que les musées étaient fermés la nuit, mais soit, ces gens avaient du fric et ils s'en foutaient royalement).


Tout ce qui suit se passe quelques heures plus tard.

Loki a les mains tremblantes.

Tout va le foutre en l'air.

La musique. Tout ce qu'il a déjà dans le sang. Les caresses d'une prostituée. Les filles de l'Est, c'est les meilleures.

Loki sort une carte de crédit de la poche de son manteau (noir, Prada). Il n'est pas sûr que ce soit la sienne. Loki n'a pas besoin de cartes de crédit. Si Loki veut quelque chose, il le dit à Irina (ou, en ce moment, Rita), on le paye. C'est qui, on ? Loki préfère ne pas le savoir.

Loki ne sait plus rien, de toute façon.

(Rita gare la Volga sur le trottoir face à l'hôtel et sort.)

On a aussi payé pour ça.

(Rita glisse un billet de cinq mille roubles au réceptionniste et demande à quel étage se trouve la suite.)

Ils ont transformé la suite en boîte de nuit improvisée. Le gérant de l'hôtel dira rien, parce que ces gens ont du fric. En Russie, le client est vraiment roi.

Le type à côté de Loki lui tape dans le dos, une fille lui embrasse le cou. Loki fait un petit tas de poudre.

(Rita monte dans l'ascenseur et appuie sur le bouton « 50 ».)

— Te fais pas chier avec les rails, lance l'un des types (en temps normal, c'est la dernière personne de laquelle il aurait fallu accepter des conseils, sauf que là, on est pas en temps normal, chéri).

(Les portes de l'ascenseur s'ouvrent. On entend déjà la musique, agressive, explosive. Rita marche dans le couloir qui mène à la suite.)

Bam !

C'est en toi, en tes veines, en ton sang-même. C'était un orgasme, la meilleure chose qui ne te soit jamais arrivée.

Peut-être que les poudres des univers parallèles arriveront à remplacer Tony.

Rita rentre dans la suite et se dirige vers la pièce principale. Elle voit Loki et les autres et fait :

— Чё вы делаете ! (Qu'est-ce que vous faites !)

Loki a le nez blanc de poudre. Il relève la tête d'un coup et s'écrie, en pointant Rita du doigt :

— Ha ! J't'avais bien dit que j'étais une salope !


Loki ouvre les yeux. Il est assis dans une voiture. La voiture est en mouvement. Un mouvement beaucoup trop rapide. Il cligne des yeux. Il regarde à sa gauche. Rita est assise au volant. Elle se tourne aussi vers lui. Sa bouche se fend en un sourire et puis, elle se met à rire.

— Tu te souviens de hier ? Regarde-toi dans le miroir.

— Je ne me souviens jamais de hier, répond Loki.

Il déplie le miroir et se regarde.

— Irina a débarqué pour s'occuper de toi.

Loki ouvre les yeux et regarde par reflex à l'arrière de la voiture.

— Elle est repartie à Paris quelques heures après.

Loki a mal partout.

— Règle numéro un : bois de l'eau, fait Rita en lui tendant une bouteille. Loki la prend et regarde l'étiquette.

Il est beaucoup trop tôt pour l'alphabet cyrillique. Loki regarde par la fenêtre.

— On est à Saint-Pétersbourg.

— Quoi ?

— On est à sept cent kilomètres de Moscou. On rentre à la maison. On en a pour neuf heures de trajet. J'espère que la voiture va tenir.

— Pourquoi on prend pas l'avion ?

— Parce que t'es puni.

— Qu'est-ce que j'ai fait ?

— Ce qu'il fallait pas.

Il fait beau, dehors. Loki plisse les yeux et se tourne vers Rita :

— T'as mes lunettes de soleil ?

— Dans mon sac. Prends-les.

—Et il est quelle heure ?

— Quinze heures.

Ça veut rien dire mais c'est une habitude.

Rita porte un jeans et une chemise, des lunettes de soleil sur son nez. Elle fait la moue, comme d'habitude. Loki regarde ses propres vêtements : une tunique multicolore (Prada), une veste en cuir (Dior), un pantalon noir (Armani).

— Tu es fâchée ? demande Loki.

— Non. Je fais que faire mon boulot à savoir, te garder en vie.

Loki ferme les yeux pour quelques instants.


Quand Loki ouvre les yeux, il fait un peu plus sombre, le soleil va se coucher.

— Il est quelle heure ?

Ça veut rien dire mais c'est une habitude.

— Vingt heures, répond Rita, automatiquement. Encore quatre heures de route. Bien dormi ?

— Oui.

Tu parles. Plein de monstres et de cauchemars. Des souvenirs de toi. Il y a un long silence.

— Est-ce que tu crois aux deuxièmes chances ? demande soudain Loki.

Rita soupire, les yeux sur la route.

— Nous, les russes, on ne croit presque en rien. On ne croit pas aux deuxièmes chances, on ne croit pas à l'amour, on ne croit pas à l'espoir. On ne croit pas nos médecins, on ne croit pas en nos politiciens. On ne croit qu'en Dieu et en nos mères.

— Dieu est amour et espoir, non ? Mais j'ai demandé si toi, tu croyais aux deuxièmes chances. Pas le pays entier.

— Pourquoi demander ?

— Parce que… Parce que je me demandais s'il y avait des choses qui valaient la peine d'être oubliées.

Rita se tourne vers lui, sa bouche se tord en un sourire, et puis, finalement, elle fait :

— Moi, je crois même pas à la chance.


Et puis Irina est revenue. Flashforward.

Il s'en est passé, des choses. Ça sera pour une autre fois, bordel, mais qu'est-ce que c'était dingue.

Flashforward.

Le vent est glacial et sec, contre ta peau. Les vents des pays de l'Est.

— Oh, oh. Un avion privé. Classe.

Loki se retourne. Il reconnaît la voix.

C'est Rita, qui s'approche. Elle lui sourit. Elle porte une veste de cuir et un jeans. Elle a les bras croisés contre sa poitrine. Elle a un foulard autour du cou et des escarpins aux pieds. Loki hésite, puis va vers elle, lentement. Un sentiment d'importance et de danger flottait dans l'air. On se serait cru à la veille de la Destruction du Monde, l'Apocalypse qui nous était Promise, une Guerre Nucléaire.

Zoom avant, zoom avant, zoom arrière, zoom avant, zoom avant, zoom avant, focus, zoom arrière, zoom arrière, zoom avant.

Il n'y a que ses pas et le bruit des avions qui s'envolent, tellement près d'eux que leurs cheveux flottent au vent et qu'ils sont obligés de crier pour s'entendre. Il tend la main à Rita.

— Enlève tes lunettes quand tu dis au revoir, Loki.

Loki fait « non » de la tête.

—Tu reviendras.

Elle prend la main de Loki et la serre. Sa peau est douce ; comme la soie.

Et Loki chuchote :

— Je vais prier tous les dieux auxquels je ne crois pas pour que tu sois enfin heureuse.

La bouche Rita s'entrouvre et aucun son n'en sort et elle ferme les yeux, elle tend le bras et fait glisser les lunettes du nez de Loki. Il a les larmes aux yeux, elle cache les siennes derrière les verres teintés des lunettes de Loki.

Et elle répond en retour : merci.

Le ciel s'obscurcit, le coucher de soleil n'est plus là.

On allait tous crever.


Loki ouvre les yeux et fronce les sourcils.

Est-ce que tu te souviens du Loki que tu as abandonné à l'aéroport, il y a sept ans de cela, le Loki qui ne reviendra plus, pas. Pauvre petit Loki assis contre la vitre du terminal F de Sheremetyevo.

Comment mais comment t'as pu faire ça?

Tu te souviens de Tony ? Ce Tony. Celui qui te disait à quel point il t'aimait, t'adorait, d'adulait, qui t'embrassait et te promettait le ciel, la terre, les étoiles, l'univers et…

Et le Soleil.

Loki se met à hurler et les larmes coulent toujours sur ses joues.

Loki est perdu.

Rien n'allait jamais, de toute façon. Jamais, jamais, jamais.

Tu perds la tête, chacun veut un morceau, ils te tirent de tous les côtés.

Loki prend le téléphone, posé à côté de soi. Ses mains tremblent.

On en faisait, de folles choses.

Tu composes le numéro. Ce numéro que tu connais par cœur mais que tu te trompes en le composant tellement tu n'en peux plus.

Les longs bips.

A l'autre bout du fil, on décroche enfin.

Et bien qu'elle ne l'ait pas entendue une seule fois depuis exactement quatorze ans, Frigga reconnaît immédiatement la voix pleine de sanglots de son fils adoptif.


A suivre.

PS: PLOT TWIST + CLIFFHANGER.