Chapitre 12: duel d'insultes

Gary atterrit en roulé boulé au bas du toboggan, et il resta allongé dans la poussière, les bras en croix et les yeux étroitement fermés.

"C'est décidé, je ne bouge plus jusqu'à ce qu'on me renvoie chez moi" pensa-t-il.

Mais il regretta soudainement cette décision quand Bombur atteignit le sol et s'écrasa sur lui. L'air s'échappa entièrement de ses poumons, et il hoqueta misérablement quand le nain prit appui sur son estomac pour se relever.

"Oups, pardon" dit simplement Bombur, comme si le simple fait de s'excuser pouvait ressouder les côtes, sûrement brisées, du garçon. Entendant un autre nain arriver en trombe dans le toboggan, Gary s'empressa de rouler sur le côté pour s'éloigner de la voie. Il se traina vers un coin d'herbe, à l'ombre d'un rocher, et resta allongé sur le ventre en gémissant. L'un après l'autre, les membres de la compagnie atteignaient le sol, se relevaient, s'époussetaient et allaient s'assoir un peu plus loin. Personne ne prêtait attention à Gary et cela lui allait parfaitement bien. Qu'on le laisse mourir en paix.

Bilbo s'arrêta auprès de l'humain. Il avait un sourire compatissant aux lèvres et le teint vaguement verdâtre.

"Tout va bien?" demanda-t-il gentiment en s'accroupissant à côté du garçon. Celui-ci grogna et enfouit son visage encore plus profondément dans l'herbe verte.

"Qu'avez-vous dit?

- Je veux mouriiiiiiir" vagit Gary plus intelligiblement en battant faiblement des jambes.

Le Hobbit lui tapota la tête avec gentillesse, puis, constatant que la compagnie commençait à s'en aller d'un bon pas, il se releva rapidement et se mit à trottiner pour rattraper les nains.

"Eeeeeeeeh attendez-moi!" s'écria Gary en commençant à ramper en direction des autres. Malheureusement, personne ne semblait l'avoir entendu (ou alors ils faisaient très bien semblant), alors Gary fit une roulade avant et se releva laborieusement, ignorant la douleur lancinante dans sa poitrine. Il se mit à courir misérablement en agitant les bras et en poussant des cris de vache effrayée.

"Attendeeeeeeeeeeeeeeeeez! Attendeeeeeeeeeeeeeeeez! Atten..."

Aussitôt, le magicien gris fut à ses côtés et lui abattit son grand bâton sur la tête.

"Taisez-vous, bougre d'idiot, siffla-t-il, vous voulez attirer les wargs et les gobelins qui nous suivent?"

Gary voulut protester (qui est-ce qui, il y a dix minutes, descendaient son toboggan en s'esclaffant (très) bruyamment?) mais l'autre ne lui en laissa pas le temps et le saisit par le col pour le traîner derrière lui. Le garçon n'osait pas se plaindre, il avait trop peur que le vioque lui inflige une commotion cérébrale en le frappant à nouveau sur le crâne.

Dès qu'il parvint au niveau des nains (ce qui ne fut pas très long, sachant que 1 pas de Gandalf = 8 pas de nain), le magicien laissa tomber Gary dans la poussière, et, sans attendre qu'il se relève, continua son chemin pour reprendre la tête du groupe, parce qu'il fallait bien se l'avouer, c'est le seul qui savait où ils allaient.

Merlin bondissait gaiement aux côtés de Thorïn, qui, lui, avait l'air stoïque (ou bien avait l'air d'avoir un manche de hache dans le fessier, c'est comme vous préférez), comme d'habitude.

"Vous êtes sûr que vous ne voulez pas qu'on donne un nom à la compagnie?

- Non, grogna le roi nain.

- Je pense que Gandalf est d'accord avec moi, n'est-ce pas Gandalf?"

Le magicien qui arrivait à leur niveau fit la sourde oreille quand il avisa le regard noir de Thorïn et se dépêcha de les dépasser.

" La Compagnie des poneys joyeux! proposa Merlin en se grattant la tête.

- On n'a pas de poneys, grommela Thorïn.

- La Compagnie des dragonneaux étincelants!

- Vous êtes sérieux? questionna le nain, abasourdi. On est sur le point de buter un dragon, on va pas s'appeler "les dragonneaux"!

- Vous allez tuer un dragon?

- Vous n'étiez pas encore au courant? Je pensais que le gamin idiot vous l'avait dit."

Le sage magicien séculaire fit un geste obscène des deux mains en même temps.

"J'essaye de ne pas trop m'associer à lui, je l'avais dans les pattes 24h/24 à Camelot et il était plus embêtant qu'utile. Si on pouvait le donner à bouffer au dragon avant de lui mettre sa pâté, ça m'arrangerait."

Ce fut à ce moment décisif de la conversation que ledit gamin idiot débarqua.

"Moi, inutile? s'insurgea-t-il. Qui est-ce qui vous prépare vos repas et range votre laboratoire tous les jours?

- Sûrement pas toi, flemmard comme tu es, répondit son maître en haussant les épaules.

- Et dois-je vous rappeler QUI nous a envoyés ici, à la merci de loups géants, de dragons et de nains psychopathes?

- Eh, oh, je ne vous permets pas! protesta Thorïn qui n'acceptait pas trop qu'on lui manque de respect à ce point, même si c'était vrai qu'il était un peu psychopathe sur les bords.

- Je suis sûr à 99% que c'est toi qui as fait rater le sort, espèce d'incapable!

- Même pas vrai! rétorqua Gary avec son légendaire sens de la réparti.

- Je savais que je n'aurais jamais dû accepter de t'engager petit saligaud!

- Je serais vous je me tairais, parce que dans le genre baltringue vous n'êtes pas mal non plus! s'écria le garçon qui, depuis sa dernière réplique, avait quand même vachement amélioré son éloquence et se sentait pousser des ailes.

- Clampin!

- Détritus!

- Foutriquet!

- Grognasse!

- Ectoplasme!

- SILENCE!

- C'est pas une insulte, ça" fit remarquer Kili, l'expert du groupe, en sortant son livre d'insulte de son sac pour appuyer son propos.

En effet, ce n'était pas une insulte, mais un Gandalf furieux qui agitait son baton dans tous les sens.

"Une horde de Wargs et de Gobelins nous colle aux fesses, et la seule chose que vous trouvez à faire c'est de hurler des obscénité, pour bien leur faire comprendre où nous sommes? Je vous avais déjà prévenu tout à l'heure, Gareth!"

Tout le monde baissa la tête comme des enfants pris en faute, sauf Thorïn, parce qu'il ne baisse les yeux devant personne, never, understood bitches?

"Alors maintenant vous fermez bien vos mouilles, et si j'entends un mot, un seul, vous serez de corvée de brossage de ma barbe"

Devant l'horrible menace, le groupe retint son souffle, choqué par tant de cruauté de la part du vieil homme qui ne payait pourtant pas de mine, à première vue.

En silence, la compagnie sans nom emboîta le pas du magicien, et la randonnée pédestre continua encore et encore et encore et encore... jusqu'à ce que, 20 minute plus tard, Merlin brava l'ultimatum de son copain magicien et demanda:

"On arrive quaaaaaaaaand?"

Aussitôt, les nains se mirent à transpirer de peur pour Merlin. Le brossage de barbe de Gandalf était sa punition la plus sérieuse et la plus horrible, et ils ne souhaitaient à personne, pas même aux elfes, d'en être victime. Enfin bon, comme les elfes aimaient bien brosser les crinières des poneys et se faire mutuellement des tresses, ça ne devrait pas trop les déranger.

Gandalf se retourna lentement, et Merlin ne bougea pas, inconscient du sort affreux qui l'approchait à grands pas. Mais il fut protégé par son statut de membre du crew de Gandalf the grey, et c'est (presque) avec gentillesse que Gandalf lui répondit "Nous arriverons bientôt dans un abri où nous pourrons dormir, avec un peu de chance."

Fili, tout heureux de constater que Gandalf n'était plus en colère, chuchota à son frère:

"Depuis quand tu as un livre d'insultes, toi?

- C'est maman qui me l'a offert avant qu'on parte.

- FILI, KILI. J'espère que vos peignes sont fonctionnels, déclara Gandalf sans même tourner la tête.

- QUOI? s'exclamèrent-ils en un choeur outragé.

- J'avais dit "pas un mot".

- Passe-moi ton livre, ordonna Fili d'un ton glacial. Je vais lui mettre sa race."