Chapitre 12: La lettre
« NON ! »
Je sursautai en entendant le cri de Potter.
« Que se passe-t-il ? », demanda Granger.
Je tournai les talons et dévalai l'escalier. J'entrai dans une cuisine de la taille d'une caverne, à peine moins sinistre que le hall, avec des murs en pierre brute. Elle était essentiellement éclairée par un grand feu de bois qui brûlait dans une cheminée aménagée au fond. Je restai clouée sur place en voyant la scène qui s'y déroulait. Mon père et Black étaient debout, face à face, leurs baguettes magiques pointées l'un vers l'autre; Potter, immobile au milieu, tendait un bras vers chacun d'eux pour essayer de les séparer.
« Papa, qu'est-ce que tu fais ? »
« C'est plutôt à toi qu'il faut poser cette question. Retourne là-haut ! »
« Pour que tu puisses lui envoyer un maléfice en pleine poire ? Certainement pas ! »
Je m'approchai de lui et tentai de lui arracher sa baguette des mains mais il me repoussa sèchement et je me cognai à Potter.
« Toi et la délicatesse, ça fait deux ! », grognai-je.
Les deux adultes abaissèrent simultanément leurs baguettes. Mon père rangea la sienne dans sa poche et tourna les talons. Arrivé devant la porte, il lança un coup d'œil en arrière:
« Lundi soir, six heures, Potter. »
Puis il disparut. Je l'entendis remonter l'escalier et claquer la porte d'entrée. Il ne m'avait même pas dit au revoir !
Black sortit de la pièce, le regard encore venimeux. Je restai seule avec Potter.
« Pourquoi voulait-il te voir ? », le questionnai-je.
Pas de réponse.
« Tu ne veux pas me le dire ? »
« Non. »
« Tant pis, je demanderai à mon père. »
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Mon père eut l'obligeance de m'envoyer mes effets dans le courant de la soirée. Je fis connaissance avec la famille Weasley, un loup-garou du nom de Lupin et une jeune femme farfelue aux cheveux rose-chewing-gum que tout le monde appelait Tonks. Malgré ma froideur, les adultes se comportaient de façon plutôt amicale avec moi – sauf Black qui ne pouvait pas me souffrir.
Je passai trois jours au square Grimmaurd. Souvent, après le diner, on choisissait d'entamer une partie de cartes, on optait pour une bataille explosive qui se soldait toujours de cette manière :
« Tricheuse ! »
« Mauvais joueur ! »
« Vipère ! »
« Balafré ! »
Furieux, Potter se levait généralement d'un bond, la main serrée sur sa baguette magique et j'éclatais d'un rire grinçant.
« Tu veux me jeter un sort ? disais-je en écartant les bras. Mais vas-y, je n'attends que ça ! »
Potter levait alors sa baguette et quelqu'un cherchait à le raisonner. Ce soir-là, ce fut Granger.
« Harry, arrête de faire l'idiot. », supplia-t-elle.
« Allez, mon vieux, ajouta Weasley en tirant sur la manche de Potter, laisse tomber et rassis-toi. »
Potter rangea sa baguette et se rassit, les mains tremblantes de colère.
« Sage décision. », commentai-je de ma voix doucereuse.
« Oh, toi, ferme-là ! », s'énerva le rouquin.
Je tournai la tête vers lui et ancrai mes yeux noirs et froids dans les siens.
« Tu as un problème, Weasley ? »
« Oui, rétorqua celui-ci, mais si tu fiches la paix à Harry, je n'en aurai plus. »
« C'est lui qui m'a provoqué… »
« Il ne l'aurait pas fait si tu n'avais pas triché. »
Vexée, je reculai ma chaise et me levai avec l'évidente attention de quitter la cuisine.
« C'est ça, casse-toi ! », dit Potter.
Je montai rageusement les escaliers. Mrs Weasley m'intercepta dans le couloir du deuxième étage.
« Ça ne va pas ? », demanda-t-elle en avisant mon visage blanc de colère.
« Si… tout va très bien. », répondis-je en m'efforçant d'adopter un ton neutre.
« Tu t'es encore disputée avec Harry, n'est-ce pas ? »
Je haussai les épaules, passai devant elle et m'enfermai dans la chambre qui m'était assignée.
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Le lendemain, nous décidâmes d'utiliser le Magicobus pour rentrer à Poudlard. Après avoir roulé pendant plusieurs heures sous la neige, celui-ci s'arrêta devant le portail de l'école dans un crissement de pneus. Lupin et Tonks nous aidèrent à sortir nos bagages avant de descendre nous dire au revoir. Potter jeta un coup d'œil aux trois étages de l'autobus violet à double impériale et vit que tous les passagers l'observaient, le nez collé aux vitres.
« Vous serez en sécurité dès que vous aurez franchi l'enceinte de Poudlard, assura Tonks en scrutant la route déserte. Bon trimestre ! »
« Prenez bien soin de vous. », dit Lupin qui serra la main de tout le monde en terminant par celle de Potter.
Il emmena ce dernier à l'écart et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Puis, je remontai à grand-peine l'allée glissante qui menait au château avec les Gryffondor, traînant derrière moi ma grosse valise. Lorsque nous arrivâmes devant les grandes portes de chêne, je lançai un regard en arrière. Le Magicobus était déjà reparti.
Je me rendis au dortoir pour y déposer ma valise. Pansy et Millicent s'y trouvaient, assises sur un lit.
« Salut. », leur dis-je en ôtant mon blouson pour enfiler mon uniforme scolaire.
Seule Millicent me répondit. Pansy, elle, me fixait intensément, l'air féroce.
« Comment se sont passées tes vacances ? », demanda-t-elle.
« Oh, très bien ! J'ai vu Drago presque tous les jours. »
D'accord, ce n'était pas vrai mais j'avais envie de la faire enrager un peu. Son visage se durcit instantanément.
« Et qu'avez-vous fait ? », demanda-t-elle d'une voix qu'elle essayait de contrôler.
« Plein de choses. Il m'a donné des cours de piano, emmené faire du shopping avec sa mère et on a fêté le jour de l'an ensemble. »
« Vraiment ? »
« Il m'a fait danser, la narguai-je. C'était merveilleux, j'ai adoré ! »
Pansy m'aurait volontiers égorgé. Je riais sous cape, très fière de mon petit manège. Millicent me lança un regard réprobateur.
« Bon, je vais voir mon père. À tout à l'heure. »
Je quittai le dortoir et croisai Drago dans la salle commune.
« Tu vas bien ? », demandai-je.
« Oui, et toi ? »
« Moi aussi. »
« Tu as lu la Gazette la semaine dernière ? »
« Oui. »
« Onze Mangemorts viennent grossir les rangs du Seigneur des Ténèbres. C'est bien, non ? »
« Hum. »
« Tu vas pouvoir connaître ta mère. Tu es contente ? »
« Très. »
Sachant que Pansy nous surveillait, je m'approchai de lui et l'embrassai sur la joue. Il en fut surpris; néanmoins, il me fit un sourire enjôleur.
Je sortis dans le couloir glacial et allai frapper au bureau de mon père.
« Entrez ! »
J'ouvris la porte et me glissai dans l'entrebâillement.
« Coucou. »
« Alors tu as survécu à Black et Potter ? »
Je hochai la tête.
« Je peux te poser une question ? »
« C'est ce que tu viens de faire, il me semble. »
« Très drôle. Pour quelles raisons t'es tu entretenu avec Potter ? »
« Dumbledore souhaite que je lui apprenne l'Occlumencie. »
« L'occlu… quoi ? »
« L'Occlumencie. Tu chercheras la définition de ce mot dans un dictionnaire. »
Je le dévisageai quelques secondes avant d'éclater de rire. Mon père haussa un sourcil.
« Qu'y-a-t-il de drôle ? »
« Je viens de réaliser que tu allais lui donner des cours particuliers. Il a fait quelle tête, dis-moi, quand tu le lui as dit ? »
« La même que moi quand Dumbledore m'a annoncé que j'allai m'occuper de son cas une à deux fois par semaine. »
Nouvel éclat de rire.
« Arrête de glousser et laisse-moi tranquille. J'ai du travail. »
« Ne te cherche pas d'excuse pour te débarrasser de moi. »
Mon père secoua la tête et se pencha de nouveau sur son chaudron.
« Au fait, Meredith ? », dit-il alors que je m'apprêtais à sortir.
« Oui ? »
« Je t'interdis de me déranger quand je serai avec lui. »
« Avec qui ? »
« Avec Potter, tiens ! »
« Je n'ai pas l'intention de te déranger… juste de te faire un petit coucou de temps en temps. »
Mon père releva la tête.
« Je ne veux pas que tu mettes un pied dans ce bureau ce soir, tu m'entends ? »
« Oui, oui… », dis-je d'une voix lointaine.
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Les cours reprirent tranquillement. Hagrid et Trelawney, notre professeur de divination, furent mis à l'épreuve mais il n'y eut pas grand monde pour s'en émouvoir. Certains même, à commencer par Drago, s'en montraient enchantés. L'évasion des onze Mangemorts était devenue un grand sujet de conversation dans les couloirs. Ceux qui venaient de familles de sorciers avaient grandi en entendant les noms de ces Mangemorts prononcés avec presque autant d'épouvante que celui du Seigneur des Ténèbres. Les crimes qu'ils avaient commis, au temps où le mage noir imposait sa terreur, étaient légendaires. Une fille de Poufsouffle était devenue célèbre parce que sa cousine avait été assassinée par Malvina Malefoy. À part Drago, aucun élève ne connaissait l'identité de ma mère et j'en étais grandement soulagée.
Mon père étant né le onze janvier et moi le douze, nous décidâmes de fêter nos anniversaires le même jour. En cadeau, je reçus un collier serti de diamants et un petit coffret en bois rempli de photos de moi étant bébé.
Je me levai de ma chaise et entourai le cou de mon père avec mes deux bras.
« Merci beaucoup, papa. »
Je savais qu'il n'était pas très riche et que ces diamants avaient du lui coûter une petite fortune. Je pris le collier dans mes mains et lui tendis.
« Tu me le mets ? »
Je me plaçai devant lui et lui tournai le dos. Il repoussa mes cheveux sur le côté, dégageant ma nuque pâle et me passa le collier autour du cou. Je frissonnai au contact de ses doigts froids sur ma peau.
« À moi, maintenant. », murmurai-je.
Je fouillai mon sac et en sortis une carte d'anniversaire et un paquet épais. Il les prit et ouvrit la carte. Je le regardai lire avec un peu d'appréhension. J'essayai de me souvenir de ce que j'avais écrit :
Papa,
Je n'ai jamais été aussi heureuse depuis que je suis avec toi. Tu as transformé ma vie. Je te remercie pour tout ce que tu fais pour moi et te souhaite un joyeux anniversaire. J'espère que mon cadeau te plaira.
Ta fille, Meredith.
Les coins de la bouche de mon père frémirent en un sourire sincère, je sentis mon cœur s'accélérer. Il défit le nœud et décolla proprement le scotch qui maintenaient le papier-cadeau en place.
Je lui avais offert une trilogie de livres de potions en français. Il les mit sur son bureau et effleura ma joue avec sa main en signe de remerciement. Ce geste me toucha bien plus que je ne l'aurais cru.
« Merci, Meredith. »
La cloche annonçant la fin des cours sonna, brisant ce moment si doux. Mon père me poussa gentiment sur le côté et partit à son premier cours de la journée.
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Le midi, je déjeunai avec Daphné. Elle venait encore de réussir sa potion grâce à moi et me couvrait d'éloges.
« Si tu veux obtenir tes B.U.S.E.s, tu ferais bien de travailler par toi-même plutôt que de toujours compter sur moi. », lui fis-je remarquer.
« C'est vrai mais… oh, regarde ! »
Elle leva un doigt vers le plafond et je levai la tête. Un grand hibou noir fonçait sur moi; il lâcha un paquet que j'attrapai au vol et disparut par une des fenêtres de la Grande Salle.
« C'est bizarre qu'il n'arrive que maintenant », commenta Daphnée.
Sur le paquet, une enveloppe indiquait :
Meredith Snape
Grande Salle
Poudlard
L'écriture était fine et stylisée. J'ouvris l'enveloppe et dépliai la missive qu'elle contenait.
Meredith,
Grâce à ton oncle, je sais que tu te trouves à Poudlard. Je te félicite pour ton admission à Serpentard. Je suis très fière de toi.
Il s'est écoulé tant de temps, je n'arrive pas à croire que tu as déjà seize ans. Sache que je ne t'ai jamais oubliée, je pense à toi tous les jours. Ta naissance a été ma plus grande joie. J'aurais voulu t'élever, te choyer comme je m'étais promis de le faire. Je te demande pardon, ma chérie. Je n'ai pas été assez prudente, les Aurors m'ont eu trop facilement.
Ton père m'a beaucoup déçu. Je ne lui pardonnerai jamais de t'avoir laissée si longtemps dans cet infâme orphelinat moldu.
Je te promets de rattraper les années que nous avons perdues. Sois sûre que nous nous verrons avant les prochaines vacances.
Maman.
La boule que j'avais sentie dans ma gorge au début de la lecture grossissait de plus en plus. Je ne savais plus ce que je devais penser. Ma mère était-elle aussi cruelle que le disait mon père ?
Je repliai la lettre et la rangeai dans l'enveloppe, la protégeant des regards indiscrets.
« Meredith ? Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu es toute pâle. »
Je ne fis pas attention à Daphné, pris l'enveloppe et le paquet et courus jusqu'à mon dortoir. Là, je m'assis sur mon lit et déballai mon cadeau. C'était un livre. Un livre très beau. Je lus le titre :
Les Forces du Mal surpassées
Un frisson me parcourut. J'ouvris le livre. Sur la première page, il y avait un mot :
Joyeux anniversaire, Meredith !
Fais-en bon usage.
Maman.
Peut-être ce livre aurait-il du m'horrifier, me dégouter, m'alarmer sur les intentions de ma mère. Mais ce ne fut pas le cas. J'étais troublée, certes, mais pas horrifiée. J'étais attirée.
