Chapitre 12

Une demande languissante.

Londres. Juin 1868

Quand il ouvrit les yeux, Harry fut bercé par un rayon de soleil, illuminant son visage. À côté de lui, le corps chaud de son amant se soulevait au rythme de sa respiration. Soupirant de bien être, le jeune homme se colla un peu plus contre lui. Que c'était bon et chaud. Il avait l'impression d'avoir traversé un long et grand désert et, qu'à cet instant, il avait enfin trouvé son oasis, son havre de paix. Le souhait de rester ainsi, encore pendant un long moment, l'effleura. Harry prit alors une profonde respiration, s'enivrant du parfum bestial de son amant. Tandis qu'il laissait descendre ses mains sous la couverture, Tom se réveilla. Encore brumeux, il lui murmura près de l'oreille, la voix rocailleuse.

« Hey... »

Harry lui répondit par un sourire qui s'accentua lorsqu'il trouva la virilité réveillée de son amant. Ce dernier esquissa à son tour un sourire, qui fut plus un essai pathétique aboutissant à un rictus. Il aurait encore à faire d'énorme progrès dans ce milieu. Le Lord se releva alors légèrement, s'appuyant sur un coude, écartant la main du jeune homme qui avait commencé à le caresser. Harry le regarda avec surprise, l'interrogeant.

« Non pas que ton corps et tes caresses ne m'attirent pas... »

Harry esquissa un petit sourire avant de s'étirer tel un félin à côté de lui afin de l'aguicher. Mais le Lord reprit assez rapidement, malgré ses yeux fiévreux et désireux, le coupant dans son élan.

« Mais je crois que nous devons d'abord discuter. »

Harry rigola légèrement. C'était bien la première fois que son amant se montrait bien plus raisonnable que lui. Cependant, aujourd'hui, à cet instant, il n'en avait aucune envie. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait le pressentiment que cela mettrait fin à une journée qui avait si bien commencé. Sa main redescendit et lorsqu'il voulu attraper le membre du Lord, ce dernier se dégagea. Il soupira, le priant d'arrêter son manège.

« Harry. S'il te plait. »

Le ton était ferme et assuré. Tom était pire qu'une tête de mule et Harry savait qu'il n'avait guère le choix. Ce dernier se redressa à son tour, s'adossant à la tête de lit et croisa les bras sur son torse, dans une attitude de « boudinerie ». Très bien. S'ils devaient discuter, ils le feraient. Il attendit donc que son amant commence.

« Je pense que nous devons mettre les choses au point. Hier soir... C'était... Très bien. Même plus que ça. Mais... »

Harry ferma les yeux en soupirant. Il sentait venir la catastrophe. Voilà. Ça y était. Il allait lui dire que c'était fini ou au mieux, qu'il désirait rester amis avec lui et qu'ils ne se verraient que lors de Garden-Parties ou à la limite, lors de parties de jambes en l'air. Harry secoua la tête et, repoussant les couvertures, se leva. Le Lord le regarda avec surprise.

« Que fais-tu ? »

Harry se retourna et le regarda avec un air résigné.

« Je sais déjà ce que tu vas me dire. C'était bien Harry, un bon coup au lit, mais ça ne peut pas aller plus loin. Je l'ai déjà entendu tu sais, alors je préfère partir plutôt que de le subir une nouvelle fois. »

Le jeune homme prenait déjà ses affaires pour se diriger vers la salle d'eau afin de se rafraichir et changer, mais il n'eut même pas le temps de franchir la porte que son bras fut attiré en arrière. Se retournant, il fit face au corps de son amant, entièrement nu. Il était difficile de ne pas l'aimer. Sa carrure était imposante et forte. Elle devait surement être la convoitise de nombreuses personnes. Pourtant, les cicatrices encore visibles venaient accentuer le tout. Non pas qu'elles l'enlaidissaient, Harry trouvait même cela très bestial. Mais il fallait avouer que cette vision ne devait très certainement pas plaire à tous ou toutes.

Sortant de ses pensées, il leva la tête pour plonger ses yeux dans ceux grenats de son amant. Le Lord le scrutait intensément comme s'il essayait de lire en lui, de le déchiffrer et lui dit d'un ton calme :

« Tu te trompes. Je ne veux pas que tu partes. »

Harry haussa les sourcils. Vraiment ? Il lui demanda alors ce qu'il attendait de lui, ce qu'il voulait réellement. Le Lord hésita un instant. Il était très difficile pour lui d'exprimer des "sentiments". Il n'était pas à l'aise avec ce genre de choses. Il passa alors une main dans ses cheveux courts, ébouriffés par la nuit agitée. Sa nudité ne semblait pas le gêner. Non. Le Lord n'avait jamais honte.

« Je veux que tu restes avec moi... Mais tu sais très bien que ça ne se fera pas comme ça. »

Riddle rigola un peu. Son esprit, confronté à cette situation, était bouleversé et perdu. Comment agir ? Lui qui n'avait jamais aimé ou fait la moindre geste pour aider quelqu'un...

« Même si je fais ce que je veux, j'ai un empire à gérer et des vies à assurer. »

Harry acquiesça et lui répondit immédiatement, en levant les mains, comme pour lui dire qu'il ne le remettait pas en doute sur ce point-là.

« Je sais que tu fais travailler beaucoup de personnes et c'est tout à ton honneur de leur assurer une sécurité et un salaire décent. »

Le Lord rigola ironiquement. Pour lui, ses « employés » n'étaient là que pour le servir et faire augmenter son capital monétaire. D'un autre côté, il se sentait tout de même responsable envers eux. Ils étaient cependant différents de ses disciples. Eux lui étaient fidèles. Ils vivaient pour ses paroles, pensées et actes. Ces personnes étaient autant ses frères d'arme que des partisans.

Après un moment, il reprit.

« Je suis un homme... influent et riche certes, mais... dangereux aussi. Tu le sais très bien. »

Harry le coupa alors, se renfermant. Oui, il se souvenait de Régulus... Et cette victime ne devait pas être la seule. Il aurait dû éprouver de la tristesse ou de la honte en repensant à ce nom et à ce qu'il venait de faire à son bourreau, mais il fallait être sincère... Au fond, Harry n'était pas attristé d'être à nouveau tombé dans les bras du Lord. C'était totalement idiot et imprudent, cependant une drogue restait une drogue. Et le plaisir de retrouver quelque chose tant désiré après si longtemps était juste... jouissif.

« Sache que je ne cautionne pas ce que tu fais. Pour moi, tous les hommes sont égaux et libres en droits. Tu dois le savoir... C'est tellement... Traditionnelle et arriérée comme pensée... »

Le Lord ricana alors nonchalamment avant d'ébouriffer la chevelure d'Harry. Ce dernier ne se sentit pas pris au sérieux et détesta ça. Plissant les yeux, il se dégagea et recula un peu plus, marquant une certaine distance entre eux. Le Lord croisa alors les bras et argumenta.

« Tu as une vision assez nouvelle de la chose. J'essaie juste de garder nos... traditions et notre supériorité de sang intactes. »

Cette fois, ce fut Harry qui lui ricana au visage.

« C'est ridicule. Quelle supériorité ? Un homme est un homme. »

Le Lord grommela légèrement. Une dispute était la dernière chose dont il avait envie, mais il savait aussi que leurs opinions étaient très différentes et cela ne changerait surement jamais.

Harry s'énerva un petit peu plus. Ce n'était jamais le moment avec lui. Et s'ils n'en parlaient pas, ils allaient rester sur un différent, un abcès qui serait de plus en plus difficile à percer.

« Justement, cela aiderait à dissiper le malaise... »

C'était vrai.

Le Lord soupira alors avant d'aller s'asseoir sur le lit. Après un instant, il tapota à côté de lui pour inviter Harry à s'y mettre. Ce dernier hésita un petit peu, puis alla le rejoindre. Ils commencèrent alors une discussion mouvementée sur ce qu'ils croyaient juste ou non, afin de défendre leur point de vue et de comprendre – dans la mesure du possible – celui d'en face.

Au bout de plusieurs heures, ils avaient fait un tour superficiel de la question. Allongés l'un contre l'autre, ils se regardèrent avec un sourire naissant. Même s'ils ne croyaient pas en l'argument de l'autre et n'aimaient pas sa position, ils la respecteraient et laisseraient ça de côté. Pour l'instant.

Ils se levèrent finalement et allèrent se laver avant de descendre, main dans la main (enfin, l'index d'Harry était accroché au petit doigt du Lord), pour prendre le déjeuner. Le serviteur haussa, l'espace de quelques secondes, les sourcils, avant de reprendre immédiatement un visage impassible. Il était bien rare de voir son Maître dans un tel élan d'affectivité en public... Enfaite, il était rare de voir le Maitre sensible et heureux tout simplement.

Ils se firent servir avant d'entamer une nouvelle question. Que faire maintenant ? Si le problème des croyances avait été – momentanément - résolu, celui de savoir quoi faire de cette relation ne l'était pas.

Soudain le Lord lâcha une idée, tel un boulet de canon.

« Et si tu vivais avec moi ? »

Harry faillit s'étouffer avec son café. Vivre avec lui ? C'était un peu rapide, n'est-ce pas ? Et surtout bizarre. La dernière fois, il l'avait jeté dehors et maintenant il voulait s'installer avec lui ? Harry l'observa un moment, méfiant, cherchant le piège. Mais l'homme avait l'air d'être sérieux. Cela terrifia un peu plus Harry. Il se promit d'être prudent, car il y avait peut-être anguille sous roche...

« Mais, sans officialiser la relation, c'est cela ? » demanda Harry perplexe, ayant peur de ne pas comprendre les intentions exactes de son interlocuteur.

Le Lord reposa sa tasse de café le plus naturellement du monde, avec cette grâce hautaine et répondit en haussant les épaules. Il semblait totalement détaché de la situation, comme si cela lui importait peu et Harry trouva cette attitude très déplaisante.

« Si tu penses que c'est plus judicieux... Je le pense personnellement. Pour l'instant, soyons discret.»

Le jeune brun secoua négativement la tête. Non, ce n'était pas ce qu'il pensait. S'il devait être avec lui, alors il aurait aimé pouvoir le crier sur tous les toits, qu'importe les « on dit ». Le Lord reprit la parole en s'éclaircissant la voix.

« Alors, qu'en penses-tu ?»

Harry détourna les yeux de sa tasse de café après quelques secondes.

« Mmmh... Je trouve juste que ça va un peu vite... »

Le Lord plongea ses yeux dans ceux d'Harry. Ce dernier eut un frisson qui parcourut son échine.

« Je crois que j'ai assez attendu pour t'avoir. »

Harry écarquilla les yeux avant de boire une gorgée de son café afin de masquer son malaise. Il était dur de comprendre le Lord. Il l'avait dit lui-même, il avait du mal à exprimer ses sentiments lorsqu'il s'agissait d'amour et de tendresse. Mais ceci n'était-il pas une déclaration d'amour cachée ?

Le jeune brun sourit finalement et acquiesça. Il savait qu'il ne pouvait pas attendre de « Je t'aime » de sa part. Peut-être un jour ? Qui sait, mais pas encore. C'était trop tôt et les blessures étaient encore vives.

« Tout de même... Cela va trop vite à mon goût... Laisse-moi du temps pour y réfléchir. D'accord ? »

Le Lord plissa les yeux. Il n'aimait pas cette situation et avait l'impression qu'elle lui échappait. Il était du genre à aimer avoir tout, tout de suite. Cependant, il acquiesça. Il allait faire quelques efforts pour le jeune homme. Après tout, il n'était ni son employé, ni son disciple... Il était... bien plus. Tom le réalisa alors.

« Je t'attendrai... Toujours. »

Ces paroles étaient un peu trop belles pour y croire, mais Harry le voulut. Ils finirent de prendre leur déjeuner et le jeune brun le quitta peu de temps après. Il flâna un peu devant les vitrines de boutiques en réfléchissant. C'était totalement absurde. S'installer avec lui, son bourreau, son tortionnaire. Il était impossible qu'ils soient heureux... Oh peut-être le Lord... Mais lui... Ce ne serait jamais un amour réciproque car Tom ne savait que faire souffrir. Il ne savait pas échanger.

Il rentra à la maison assez tôt et s'enquit auprès du serviteur si Drago était déjà de retour, ce qui ne fut pas le cas. Le blond travaillait trop et le fait qu'il soit absent le week-end confirmait cela. Harry demanda à l'homme de prévenir son ami qu'il voulait le voir ce soir au café du coin pour 17h. Le serviteur hocha la tête et partit envoyer le message. Dans la foulée, Harry demanda aussi par lettre la présence d'Hermione et Luna. Le conseil devait se réunir.

OoOoO

Le jeune brun fut sur place une demi-heure en avance. Ayant reçu des réponses positives de ses amis, il avait réservé une table. À peine avait-il terminé son premier café qu'une tignasse brune arriva comme une furie.

« Harry ! Tout va bien ? L'autre soir tu es parti ass- »

L'interpellé pris le bras de sa meilleure amie et l'a fit s'asseoir à côté de lui, avec délicatesse. Voulant la rassurer, il commença à parler avec un ton léger et amusé.

« Voyons Hermione, ce n'est pas comme ça qu'une fille de bonne famille se comporte... »

Il la regarda en rigolant et cette dernière eut la délicatesse de se renfrogner en plissant son petit nez. Elle était tellement adorable. D'une intelligence remarquable, mais parfois tellement enfantine.

« Et je vais bien», termina Harry.

Il savait que son amie s'inquiétait trop. Une vraie mère poule.

« Heureusement que tu vas bien ! »

Une voix derrière lui s'éleva, enjouée. Harry n'eut pas besoin de se retourner pour savoir de qui il s'agissait. Drago s'assit en face d'Harry, souriant légèrement à Hermione qui s'empourpra. Le jeune brun se promit d'éclaircir cette affaire là au clair, mais plus tard. Finalement, une tête blonde arriva quelques minutes plus tard et chacun commanda sa consommation, tout en parlant de mondanités. Luna croisa alors les bras, surprenant Harry par sa question.

« Vas-tu enfin nous parler de ton cas et de celui de Lord Riddle ? »

Le jeune brun écarquilla les yeux. Comment savait-elle pour eux ? Parfois, Harry se disait qu'elle avait des dons de divination et cela lui faisait franchement peur.

« Comment... »

La jeune blonde le coupa immédiatement.

« Je vous ai vu partir ensemble l'autre fois... »

Oui, c'était tellement logique. Ils n'avaient pas dû être trop discrets. Et puis la jeune femme avait réellement une capacité à tout savoir.

«Il t'a kidnappé, oui... », rajouta Hermione.

Ils se sourirent tous malgré les protestations d'Harry, qui étaient plus des excuses qu'autre chose. Ils avaient l'air "de mèche", comme s'ils cachaient au jeune brun un petit secret, une entente qu'ils avaient entre eux. Ce dernier, mécontent de ne pas être au courant, s'écria.

« Quoi ?! »

Drago esquissa un sourire à Hermione qui s'empourpra à nouveau. Décidément, ces deux-là lui cachaient quelque chose. Alors qu'il allait les questionner, Luna brisa le silence.

« Tu étais assez consentant au fond de toi, n'est-ce pas ? »

Harry soupira.

« Je ne suis pas masochiste à ce point Luna. »

La jeune femme le reprit aussitôt, coupant court à sa tentative d'illusion.

« Je pense que tu ferais presque n'importe quoi pour cet homme. »

Luna la sage. Harry ne sut quoi y répondre. Soupirant, il but un peu de son café essayant d'esquiver la réflexion. Cependant, l'atmosphère ne désemplissait pas de son électricité.

« Alors... Si tu nous as demandé de venir ici... C'est bien qu'il s'est passé quelque chose d'assez... Comment dire... Spécial, n'est-ce pas ? » demanda Hermione au bout d'un moment, impatiente.

Harry sut immédiatement de quoi elle voulait parler. De l'anguille sous roche. Mal à l'aise, le jeune brun se tritura les doigts, hésitant. Finalement, il lâcha la nouvelle comme un boulet de canon, sans prévenir.

« Il m'a demandé de vivre avec lui. »

Le silence ce fit brusquement autour de la table. Drago était ébahi, Hermione faisait une moue désapprobatrice et Luna... Et bien elle restait fidèle à elle-même, semblant réfléchir à ses paroles. Harry savait que la nouvelle de la demande ne serait pas facile à accepter et que ses amis lui diraient de renoncer à cette proposition s'il voulait rester en vie et sain d'esprit.

« Ah » répondit simplement Drago.

« Oui ah... » rigola, légèrement mal à l'aise, Harry.

Il savait que le Lord ne faisait pas l'unanimité ici. Trop extrémiste... Trop... Riddlesque. Hermione ne pouvait faire abstraction du côté sombre et criminel du Lord et Harry le comprenait parfaitement.

« Mais de façon non-officielle... » rajouta le jeune brun, comme pour les rassurer.

Cette fois-ci, Hermione lâcha sa rancœur d'un seul coup. Ça ne l'avait vraisemblablement pas tranquillisée comme il l'espérait.

« C'est n'importe quoi ! Comment peut-on demander à quelqu'un de vivre avec soi, tout en le sommant de rester de côté et dans l'ombre ?»

Harry baissa légèrement la tête. Il le pensait aussi, mais être en couple ne signifiait-il pas qu'il fallait aussi faire des concessions ? Après tout... Cela donnerait l'impression qu'ils étaient amants. Harry serait au moins invisible aux yeux de tous et ils pourraient vivre, pleinement, leur amour et ce, tranquillement.

Mais le jeune brun ne disait cela que pour se rassurer car il fallait être réaliste. Il n'était même pas sûr qu'il y ait de "l'amour". Ce mot était pour les contes de fée et histoires de jeunes filles. Pas pour lui. Pas pour le Lord.

« Il a honte ? » demanda soudainement Drago, faisant sursauter Harry qui était plongé dans ses pensées.

Harry expliqua alors les raisons que le Lord lui avait donné. Les lèvres du jeune blond se crispèrent en signe de désaccord. Il était clair qu'il n'était pas pour cette relation. Soudain, Luna prit la parole comme sortie de sa rêverie.

« T'a-t-il au moins dit qu'il t'aimait ? » demanda-t-elle sur le ton du reproche.

Harry s'empourpra. Que pouvait-il dire à cela ? Hermione, remarquant son attitude, comprit immédiatement la réponse à la question. Elle retint un juron et commença à s'esclaffer.

« Non mais je rêve. Tu serais prêt à t'engager avec quelqu'un qui ne t'a même pas dit clairement qu'il t'aimait ? »

Baissant la tête, Harry réfléchit quelques secondes, mais lorsqu'il voulut répondre, son meilleur ami lui coupa la parole, essayant de détendre la brune.

« Hermione, calme-toi » essaya de l'apaiser Drago.

« Non ! Toute cette histoire, c'est n'importe quoi.» s'énerva Hermione.

Les joues de la jeune femme s'étaient rosies sous le coup de la colère. Elle était révoltée du comportement de goujat que le Lord avait envers son ami. N'avait-il encore rien compris, combien Harry était fragile et qu'il croyait en les sentiments véritables ? Finalement, elle entendit Harry répondre tardivement à la question.

« Enfaite... Il ne me l'a pas dit directement.»

C'était vrai après tout. Il y avait bien eu une esquisse de confession, mais Tom restait Tom et personne n'allait le changer. Hermione soupira une nouvelle fois de façon théâtrale afin de montrer sa désapprobation et le fait qu'elle le pensait fou.

« Il va te faire souffrir », morigéna la jeune femme.

Elle voulait le protéger, Harry le savait. Mais après tout, c'était son choix. Enfin, son futur choix. Celui qui allait diriger les prochaines années de sa vie.

« Mais qu'en penses-tu au plus profond de toi-même ? » le questionna Luna calmement.

Harry la regarda un moment avant de hausser les épaules. C'était vrai. Il était assis dans ce café, à parler du problème, mais avait-il réfléchi à ce qu'il voulait réellement ? Il se savait accroc à Tom mais au point d'être invisible ? De n'être que son ombre et de faire bon nombre de concessions qui seront sans retour ?

« Tu l'aimes ? » demanda finalement Luna.

La question fut jetée comme un pavé dans la mare. Il écarquilla les yeux. Il n'avait jamais affirmé cela concrètement à ses amis. Bien sûr, ils savaient qu'il avait une certaine addiction à l'homme, mais celle-ci aurait pu être totalement et uniquement sexuelle. Sauf que ce n'était pas le cas. Harry était de ces dominés qui avaient besoin d'un homme fort, les protégeant mais ne faisant pas le macho, ne les bridant pas. Le Lord correspondait à cela... sous sa carapace évidement. Il était tellement distant et laissait à peine ses sentiments effleurés son armure que cette aura de secrets et de mystères faisait s'embraser Harry au plus profond de son être.

« … Oui »

Il lâcha la réponse dans un souffle, à peine audible, mais tout le monde la comprit. Oui, il l'aimait. C'était dur, cela faisait mal, mais oui, il était amoureux de cet homme. Cela, il le savait depuis le début au plus profond de son être. Ne dit-on pas que la haine conduit à l'amour ?

« Mon dieu, on est réellement perdus. Tu n'as donc rien appris de tes erreurs ? »

Hermione soupira en prononçant cette phrase. Totalement perdue, la jeune femme ne comprenait pas l'attitude et les sentiments de son meilleur ami. Comment pouvait-il seulement apprécier cet être abject et sans cœur qu'était le Lord ? Elle voulait le résonner, le faire retourner sur Terre en lui faisant comprendre qu'il n'y avait pas que le physique, l'argent et les paillettes qui comptaient. Qu'un avenir avec lui ne mènerait à rien sauf dans le mur.

« Si mais... » commença Harry.

« Tu devrais surtout bien réfléchir à tes décisions ou tu vas encore le regretter... L'apparence et un regard charmeur ne font pas tout dans la vie ! » le coupa-t-elle froidement.

Harry soupira. Il aimait beaucoup Hermione, mais il y avait des limites. Ce n'était pas son rôle de le juger. Ni d'ailleurs de lui parler ainsi. Il répondit alors de façon désabusée.

« Je suis un peu déçu que tu crois qu'il n'y ait que ces facteurs qui rentrent en compte dans mes sentiments. Car sache que ce n'est pas du tout le cas. »

Hermione afficha alors un air contrit, mais ne dit rien. Prenant la parole, Drago essaya d'adoucir un peu l'atmosphère.

« Je pense que ce que Hermione veut dire c'est que... »

Soupirant, Harry le coupa de suite, avortant son essai de raccommodement.

« J'ai compris » se renfrogna Harry, coupant court à tout argument superflu.

Il ne voulait pas être méchant avec Drago ou Hermione, mais il détestait qu'on le prenne pour un enfant, une fillette qui s'amourache du garçon le plus populaire de l'école et qui n'est pas fait pour elle. C'était un scénario typique des mauvais romans à l'eau de rose. Harry jeta alors un regard à Luna. Celle-ci, toujours dans ses pensées, s'y retira et focalisa son attention sur lui comme si elle avait senti ses yeux sur elle. D'un air sérieux, elle lui dit alors.

« Je pense que... tu devrais faire ce que ton cœur te dicte. Qu'en penses-tu ? »

Le jeune homme sourit légèrement, remerciant mentalement son amie. Mais sa raison et son cœur étaient entrés dans une rude compétition. Malgré le ton employé, les paroles d'Hermione n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd et avaient commencé à faire leur petit bout de chemin dans son esprit.

Soupirant, il détourna la conversation vers le dernier opéra donné en ville, ce qui fit revenir instantanément la bonne humeur au sein du groupe et remit du baume au cœur chez tout le monde … Enfin presque.

Harry, perdu dans ses pensées ne vit même pas ses amis se séparer et le quitter. Il comprit juste quelques mots que Luna lui dit et qui le fit sourire. Quant à Hermione et Drago, ce dernier lui fournit l'excuse qu'il allait raccompagner la jeune femme chez elle... au cas où. Après tout, les rues de Londres n'étaient pas si sûres le soir.

Cela fit sourire Harry. Il comprenait peu à peu que ses amis allaient être dans la même situation que lui, ne pouvant vivre ouvertement leur amour à cause des règles de la société anglais et de l'aristocratie. De plus, l'opposition entre les lignées des maisons Granger et Malfoy allait ajouter un obstacle de plus.

À nouveau seul dans les rues de Londres, Harry s'arrêta un instant à Picadilly Circus, s'asseyant au bord de la fontaine. Le bruit de l'eau l'apaisa peu à peu. Qu'il était bon de se retrouver seul pour pouvoir réfléchir le plus sérieusement possible. Il pesa alors le pour et le contre pour une relation sérieuse avec Tom.

Après une bataille intérieure féroce, sa raison lui fit avouer que c'était pure folie que de l'aimer et de lui faire confiance. Mais d'un autre côté, son cœur battait de plus en plus vite à la simple évocation du nom de Tom. Que choisir entre le cœur et la raison ? Après tout, Drago et Hermione avaient raison. Cela ne mènerait à rien. De plus, qui disait que ce serait une relation durable et concrète ? Il allait peut-être devenir le nouveau jouet permanent et prisonnier de l'homme...

Au fur et à mesure que ses pensées avançaient, Harry en perdit le fil, devenant à moitié fou. Puis soudain, alors que la nuit s'installait tranquillement, il eut un flash, une révélation. Se levant, il décida de se rendre au domicile du concerné. Oui, il avait pris sa décision et suivre l'avis donné.

Il ne pouvait en être autrement.

La vie était faite ainsi, de rebondissements et de déchirures.

C'était maintenant à Harry et à personne d'autre de prendre son destin en main.