Encore en retard. Pour me faire pardonner j'ai renoncé à couper et je vous offre un long chapitre !

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Dédicaces aux fidèles Mousquetaires !

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Bonne lecture !

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(Ninja, n'oublie pas ! En dix lettres qui commence par un C… )

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Reese revint vers 22H ce soir là et trouva son compagnon endormi dans leur lit serrant toujours son livre et les lunettes en équilibre précaire sur son nez. Il s'approcha sans faire de bruit et les récupéra avec précaution, ainsi que le livre, sans que l'informaticien ne réagisse. Ce fut seulement lorsqu'il se glissa près de lui après s'être dévêtu que Finch se réveilla à moitié

-« John » murmura t-il

-« Tout va bien. Continuez de dormir »

Finch remua, cherchant à se rapprocher. John l'attira contre lui et il posa la tête sur son épaule avec un soupir satisfait qui fit sourire son compagnon

-« Vous serez engagé demain » marmonna l'informaticien

-« Comme garde du corps ? »

-« Oui »

-« Bien. Je saurais quoi faire. Dormez maintenant » affirma John en posant un baiser sur son front. Il le sentit se détendre, devenir plus pesant contre lui et compris qu'il s'était rendormi. Il passa tendrement la main dans ses cheveux puis s'installa pour dormir lui aussi

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Reese se présenta donc pour son nouvel emploi dès le lendemain, son prédécesseur ayant démissionné précipitamment après avoir reçu une offre qu'il ne pouvait envisager de refuser, selon la méthode préférée de son associé.

Il s'avança vers l'entrée du manoir et fut étonné de trouver la grille grande ouverte. Il remonta l'allée et aperçu le maître des lieux campé sur le pas de la porte, les bras croisés sur sa poitrine en un geste inconscient de défense, l'air contrarié. Il était visiblement aux prises avec deux femmes assez vindicatives. La première, dans la soixantaine, se tenait très droite, dans un élégant ensemble de soie noir, ses cheveux gris retenus en un chignon serré d'où ne dépassait pas la moindre mèche. Mais ce qui frappait surtout chez elle c'était son air dur, son visage sévère, ses yeux gris vous fixaient d'un regard froid comme de la glace et Reese la jugea particulièrement antipathique. La seconde, plus jeune, dans la trentaine, semblait moins rigide mais l'expression de mépris qui déformait ses traits la rendait toute aussi désagréable. Grande, mince, les cheveux colorés d'un roux agressif tirant sur le rouge, elle était vêtue de vêtements tout aussi élégants mais d'un style diamétralement opposé à celui de sa compagne, modernes, voyants, un peu trop d'ailleurs, impression renforcée par le carmin agressif de son corsage

-« Et moi je vous dis que vous n'entrerez pas ! » affirmait Marco « Vous n'avez rien à faire ici ! »

-« Quelle audace ! » grinça la vieille femme

-« C'est encore plus vrai pour vous Esther ! » rétorqua Stanford

-« Je suis ici chez moi ! » brama la plus jeune

-« C'est la maison de votre mère Nathalie et vous n'y étiez pas la bienvenue lorsqu'elle s'y trouvait, et vous l'êtes encore moins à présent ! »

-« Parce que vous, vous croyez avoir le droit d'être ici ? »

-« Je suis chez moi dans la maison de mon épouse avec notre enfant »

-« Epouse ? Ma mère était sur le point de vous virer avant l'agression ! Enfin ! »

-« Peut être mais rien n'est officiel. J'ai donc toujours le droit de décider qui entre dans cette maison ! »

-« Croyez moi à l'instant où cela deviendra possible je vous jetterais dehors vous et votre descendance » cracha Nathalie

-« N'ayez pas trop d'espoir. Elaine va se réveiller ! » Rétorqua Marco « Et ne vous avisez pas de toucher à ma fille ou vous le regretterez ! »

-« Des menaces ? On voit bien d'où vous venez ! » Attaqua la vieille femme

-« Taisez-vous ! Je n'ai aucune raison de rougir de mes origines »

-« Je n'ai pas d'ordres à recevoir d'un misérable petit arriviste tel que vous ! » fulmina Esther

-« Tout le monde sait pourquoi vous avez séduit ma mère » insista Nathalie

-« J'aime votre mère ! Vous ne pouvez pas en dire autant, vous, sa propre fille ! »

La jeune femme, furieuse, leva la main dans l'intention de frapper son beau père. Elle resta stupéfaite en sentant une poigne ferme retenir son bras. Ils étaient si absorbés dans leur querelle que personne ne s'était préoccupé de la présence de Reese qui s'était discrètement glissé derrière les deux femmes, anticipant l'attaque

-« A votre place j'éviterais Mademoiselle. La violence ne résoud rien »

-« Quoi ? Qui êtes vous ? » Protesta la fille

-« Je suis le garde du corps de Monsieur Stanford »

-« Garde du corps ? C'est ma mère qu'il fallait protéger contre l'assassin que lui a envoyé ce salaud ! Et lâchez-moi bon sang ! »

-« Lorsque vous serez calmée »

-« Comment osez-vous ? » protesta Esther

-« Je ne fais que mon travail » La jeune femme s'agitant un peu trop, Reese la relâcha pour ne pas risquer de la blesser mais vint se placer devant Marco « Mesdames, je crois que M Stanford a été très clair : il ne souhaite pas vous recevoir en sa demeure. Vous feriez donc mieux de partir »

-« Vous allez m'y obliger peut être espèce de grosse brute ? » ricana Nathalie en se massant le poignet

-« Non. Mais vous êtes sur une propriété privée. La police pourrait donc bien s'en charger » répondit tranquillement Reese. Il sortit son téléphone de sa poche « Je sais parfaitement qui appeler si vous voulez »

Esther prit le bras de sa petite fille

-« Viens Nathalie. Il est inutile d'insister. Cet homme ne vaut pas mieux que l'autre. Il vient probablement du même monde » affirma t-elle, méprisante

-« Alors je suis censée obéir à ces péquenots ? Moi ? » S'insurgea la jeune femme

-« Inutile de provoquer un nouveau scandale Natty » répliqua Esther « Il y en a déjà eut suffisamment comme cela. Ton heure viendra » ajouta t-elle en l'entrainant de force

Reese entendit le soupir soulagé de Marco dans son dos. Il se tourna vers lui

-« Tout va bien M Stanford ? »

-« Oui merci. Enfin grâce à votre intervention. J'ai cru que je ne m'en débarrasserais jamais ! Le concierge leur a ouvert la grille en dépit de mon interdiction »

-« J'ai remarqué que le portail était grand ouvert en effet » approuva Reese. Marco le fixa, perplexe

-« Je ne me rappelle pas vous avoir déjà vu ? »

-« En fait, j'avais rendez vous ce matin pour le poste de garde du corps M Stanford. L'agence m'a dit que le votre avait démissionné et que c'était urgent »

-« Cette agence est mandatée par mon avocat. Et je crois que votre intervention vaut tout les entretiens d'embauche Monsieur… ? »

-« John Randall »

-« M Randall. Je vous remercie d'être intervenu pour calmer ces deux harpies. La plus jeune est ma belle fille et l'autre sa grand-mère et nous avons des relations familiales assez… compliquées » précisa Marco « Vous lisez les journaux ? »

-« Comme tout le monde »

-« Alors je suppose que vous êtes au courant de notre histoire ? »

-« Dans les grandes lignes Monsieur »

-« Je n'ai pas agressé ma femme. Je le précise »

-« Je ne porte aucun jugement »

-« Vous êtes une exception alors » soupira Marco « Venez » ajouta t-il. John le suivit dans la maison puis à travers le vaste hall d'entrée « Tout ce que je vous demanderais c'est de la discrétion. Pas d'interview aux journalistes »

-« Cela va de soit »

-« C'est moins évident que vous ne le pensez M Randall » rétorqua Marco. Il s'engagea dans le vaste escalier « Mon avocat souhaite que je sois protégé. Tant que cela n'est pas trop envahissant cela ne me dérange pas. Mais avant tout ce que je veux, et c'est ma seule exigence d'ailleurs, c'est que vous protégiez en priorité mon bien le plus précieux »

-« Bien monsieur » approuva Reese perplexe

L'homme entra dans une pièce qui s'avéra être une salle de jeu. Une petite fille au visage constellé de taches de rousseur encadré de soyeuses boucles brunes s'y amusait avec une grande maison de poupée. Au bruit de la porte elle leva la tête

-« Papa » cria t-elle en s'élançant vers lui, lâchant précipitamment ses jouets. Marco la souleva dans ses bras et elle se blottit contre son épaule

-« Voilà ce que je vous demande de protéger avec le plus grand zèle M Randall »

-« Je comprends monsieur et je veillerais »

-« Merci » répondit Stanford. Il câlina sa fille quelques minutes puis lui annonça qu'il devait se rendre à son travail. Il la quitta en lui demandant d'être sage avec sa nurse. Il intima à la jeune femme de ne pas sortir de la maison avec la fillette et lui précisa que sa mère viendrait passer l'après midi avec elle.

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John le suivit toute la matinée sur divers chantiers. A midi, pendant que Marco déjeunait avec sa fille, il rencontra le chef du personnel qui lui réserva un accueil assez froid. Il comprit qu'étant chargé du recrutement, il n'avait pas apprécié qu'il soit embauché sans même avoir passé un entretien. Il lui lut une liste de recommandations, que l'ex agent écouta distraitement, et lui remis les clés de son logement

-« L'agence ne m'a pas indiqué que je devrais loger sur place » remarqua Reese

-« Pourtant c'est le cas. Cela vous pose t-il un problème ? » Demanda l'autre d'un ton rogue

« Oui. Un problème nommé Harold » songea John

-« Non aucun » répondit-il toutefois « Mais je n'ai pas amené mes affaires puisque je n'étais pas averti »

-« Dans ce cas je vous laisse rentrer chez vous ce soir pour avoir le temps de faire vos valises » concéda l'autre « Mais soyez à l'heure demain matin. Enfin sauf si vous décidez de renoncer moi ça ne me dérangerait pas » précisa l'homme avec un air ironique

-« Je serais exact » affirma Reese en lui adressant un regard glacial. L'autre ravala son sourire puis quitta la cuisine sans un mot. Le chef qui avait assisté à toute la scène se rapprocha de la table avec un plateau

-« Venez déjeuner M Randall » invita t-il

-« Merci » répondit machinalement l'ex agent

-« Pas de quoi. Je m'appelle Luis. Et laissez pas Elmer vous couper l'appétit, c'est un imbécile » ajouta le vieil homme avec un haussement d'épaules

-« Je crois qu'il ne m'apprécie pas » estima Reese

-« Et vous avez raison. Pardi ! Vous avez fait fort ce matin, l'histoire s'est répandue, surtout que Paul le jardinier a tout vu et que c'est un bavard » précisa le chef en reprenant le plateau après avoir déposé l'assiette et les couverts

-« J'ai seulement aidé M Stanford » remarqua Reese en prenant place

-« Ouais c'était votre job. Enfin, par anticipation. Et si vous l'aviez exercé contre un journaliste ou un curieux Elmer n'en aurait rien eu à faire mais vous avez contredit la veuve »

-« La veuve ? »

-« La vieille Mme Mac Caan »

-« La femme en noir ? »

-« Ouais. La couleur lui va bien a ce vieux corbeau. C'est l'ex belle mère de Mme Stanford. Une vipère qui a complètement retourné le cerveau de sa petite fille Nathalie »

-« La jeune femme qui était avec elle ? »

Luis approuva de la tête

-« Elle lui a tellement monté la tête après le divorce. Et surtout quand Miss Elaine s'est remariée. Cette vieille peau est parvenue à lui faire détester sa mère et Miss Elaine en a beaucoup souffert. Et elle hait son beau père et peut être encore plus la petite Justine. Pour ça on dira ce qu'on voudra, sa sœur Catherine est une écervelée pas très futée mais en tout cas elle n'est jamais tombée dans le piège de sa grand-mère. C'est pas toujours le grand amour avec sa mère mais elles sont très liées au fond. Elle entretient des relations cordiales avec son beau père. Et je la soupçonne de craquer pour la petite Juju »

-« Vous connaissez bien cette famille » remarqua l'ex agent qui le trouvait bien familier pour un simple cuisinier

-« Ca fait quarante ans que je travaille pour eux. J'ai préparé les gâteaux d'anniversaire de Miss Elaine depuis son septième. J'ai même réalisé la pièce montée de son second mariage » précisa le chef

-« En revanche Elmer… »

-« Ce pompeux était maître d'hôtel de la veuve avant d'être embauché par le premier mari » répondit le chef avec un visible mépris. « Moi j'ai toujours pensé que c'était un coup monté, il sert d'espion à la veuve. A la place de Miss Elaine je l'aurais viré dès le divorce. J'ai toujours pas compris pourquoi il est encore là ! Mais il est faux comme un serpent. Devant Miss Elaine il se montre irréprochable et elle est tellement naïve parfois notre maitresse »

-« Elles ont évoqué cette histoire d'agression ce matin »

-« Evidemment » grogna le vieil homme « Pas un jour sans qu'on en entende parler ! Moi je dis que c'est mauvais toute cette publicité. Ca va pas aider Miss Elaine »

-« J'ai lu pas mal d'articles là-dessus » remarqua John « Je ne pense pas que M Stanford y soit pour quelque chose » ajouta t-il en fixant le vieil homme pour bien capter sa réaction. Celle-ci ne se fit pas attendre

-« Bien sur que non ! Marco n'aurait jamais levé la main sur elle, alors commanditer un truc pareil, encore moins ! C'est des conneries »

-« Mais ils allaient divorcer »

-« Ca c'est pas dit ! Je suis sur que Miss Elaine a regretté sa demande sitôt déposée. C'est juste qu'entre eux la communication est pas toujours facile et la situation aide pas. Y'a toujours quelqu'un pour rappeler qu'ils sont pas du même monde, du même âge, ou pas avec la même richesse. Au début ils n'y prêtaient pas attention mais à force c'est usant ! Mais moi je suis sur qu'ils devraient se donner une seconde chance. Et faire un peu de ménage ça aiderait »

Reese hocha la tête pour approuver mais ne répondit pas. Malgré lui ces remarques le touchaient. Marco vivait au quotidien ce qu'il avait vécu durant quelques jours et cette coïncidence le troublait. Ce genre de différences était-il toujours jugé aussi sévèrement ? Et cela ne semblait pas bien se terminer. Elaine avait éludé toute les attaques au début de leur histoire. Comme Finch le faisait. Mais Elaine avait finit par se laisser atteindre. Et Finch ? La pensée le mis mal à l'aise

-« C'est bon ? » interrogea Luis le ramenant à la réalité

-« Oui. Très bon merci » répondit-il machinalement

-« Tant mieux ! » approuva joyeusement le cuisinier « Enfin tout ça pour dire qu'ici y'a deux clans. Les pour et les contres M Stanford. Autant vous dire tout de suite que les premiers sont bien minoritaires »

-« Je suis donc du mauvais côté ? » constata John

-« Ouais. Moi ça me convient. Mais vous voilà prévenu »

-« Je saurais m'en souvenir Luis » affirma l'ex agent. Et agir en conséquence…

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Après cette entrée en matière assez agitée, John prit le temps de faire connaissance avec Marco Stanford qui lui donna l'impression d'être un homme simple, un peu dépassé par les événements mais s'efforçant d'y faire face de son mieux. Une routine s'était installée. Il consacrait la matinée à gérer sa petite société, se rendant sur les chantiers pour veiller à leur avancement. En dépit de son riche mariage, le peintre n'avait jamais arrêté de travailler, seul différence, il était devenu le patron de l'entreprise et il s'appliquait à la développer de son mieux sans recourir au carnet d'adresse de sa femme qui l'avait pourtant incité à le faire. A midi il rentrait déjeuner avec leur petite fille. Puis il se rendait à la clinique et passait l'après midi auprès de son épouse, le plus souvent en lui faisant la lecture. Il rentrait ensuite directement au manoir et s'occupait de Justine jusqu'à l'heure de son coucher. Il s'offrait ensuite une heure ou deux de détente, le plus souvent devant un match, avant d'aller lui-même se coucher. Une vie régulière et d'une étonnante simplicité pour un homme dans sa position. Pour beaucoup c'était la preuve qu'il n'était pas à sa place aux côtés de la brillante Elaine, pour d'autre il ne faisait que jouer la comédie, enfin certains, bien rares, y voyaient une preuve qu'il ne l'avait pas épousé pour sa fortune.

Reese fut témoin dans la journée de plusieurs incidents avec certains serviteurs, visiblement hostiles et trouva l'homme particulièrement patient de supporter cette ambiance pesante avec calme. Vers 15H il appela son partenaire

-« Oui M Reese ? Tout va bien ? »

-« Il n'y a rien à signaler depuis l'altercation de ce matin »

-« De quel genre ? » interrogea Finch tendu

-« Ne stressez pas autant » répondit John en percevant sa tension « Nous n'avons échangés que des mots Harold »

-« C'est parfois suffisant » jugea celui-ci

John lui résuma l'incident puis sa conversation avec le chef

-« Au moins cela a convaincu M Stanford de votre efficacité »

-« En effet. Je n'avais jamais eu d'entretien d'embauche aussi agité »

-« Nous savions qu'il y avait une guerre ouverte entre lui et l'ainée de ses belles filles. Apparemment la grand-mère y participe activement »

-« Sous prétexte de soutenir sa petite fille » suggéra Reese

-« Sans doute. Cela ne doit pas être un effort pour elle puisqu'elle détestait son ex belle fille »

-« C'est une situation fréquente »

-« Si c'est pour avoir quitté son fils elle avait de bonnes raisons de le faire. En 18 ans, une bonne dizaine de raisons, blondes le plus souvent, et pas toujours très discrètes » constata Finch d'un ton désapprobateur

-« Mais visiblement cela ne compte pas comme une excuse valable »

-« Il est vrai que Miss Mac Caan fut dans le même cas avec son défunt mari mais qu'elle n'a pas divorcée. C'est toujours mal vu dans une certaine classe de la société »

-« En tout cas l'ambiance est assez lourde ici. C'est particulier »

-« A cause de l'agression ? »

-« Pas seulement. Je crois que Marco n'est pas vraiment intégré et certains domestiques se chargent de le lui rappeler. Sans doute encouragé par Elmer »

-« Et Miss Stanford tolère cette attitude de son personnel ? »

-« Elle ne s'en est peut être pas rendu compte. Cela peut arriver » murmura Reese

Finch pinça les lèvres. Cette situation lui en évoquant une autre

-« Il serait préférable pour elle d'être plus attentive à son entourage » estima t-il « Cela peut arriver de ne pas s'apercevoir de certaines choses mais à un moment cela devient visible et il est important de corriger rapidement la situation »

-« Espérons qu'elle le fera à son réveil » Jugea Reese d'un ton neutre. Il y eut un léger moment de flottement. Son ton et cette hésitation interpellèrent son associé

-« Tout va bien John ? » demanda celui ci par reflexe

-« Oui pourquoi ? »

-« Quelque chose dans votre ton »

Reese hésita. Il fut tenté d'évoquer les pensées qui étaient venues le troubler un peu plus tôt mais y renonça finalement. L'incident avec Will était clos et Finch n'apprécierait sans doute pas d'en entendre parler à nouveau

-« Non. Je dois juste être un peu fatigué » répondit-il

-« Vous n'êtes jamais fatigué John » rétorqua l'informaticien. L'ex agent préféra opter pour une taquinerie

-« Peut être que je vieillis ? » suggéra t-il « En attendant je dois retourner à mon poste » ajouta t-il pour changer de sujet « Et Harold, j'ai une mauvaise nouvelle »

-« Laquelle ? » interrogea ce dernier se demandant s'il devait s'attendre à une nouvelle taquinerie

-« Cet emploi est assorti d'un logement de fonction et je vais être contraint de l'utiliser. Elmer m'a seulement accordé la soirée pour récupérer quelques affaires »

-« Vous déménagez souvent ces derniers temps M Reese » constata Finch

-« Cela ne fait pas vraiment plaisir »

-« Très bien. Je vous préparerais ce qu'il faut »

-« Une valise suffira Finch. Ne vous emballez pas » taquina l'ex agent « Enfin… quoique »

-« Mais je ne prépare toujours que le strict minimum M Reese ! » rétorqua Finch sur le même ton « Mais je crains de ne pas avoir de valise assez grande pour moi »

John eut un petit rire

-« Alors je vous fais confiance. A tout à l'heure »

-« A ce soir » murmura Harold. Il raccrocha et resta un instant à réfléchir. Quelque chose n'allait pas. Un changement dans le ton de son compagnon, il le sentait hésitant, incertain. En tout cas c'était apparu lorsqu'ils évoquaient la situation de Marco. Etrange écho à ce qu'ils avaient connu quelques jours plus tôt « Il y a parfois de drôle de coïncidence » songea t-il. Bear se rapprocha et posa la tête sur son genou quêtant une caresse. Finch la lui accorda tout en continuant ses réflexions « Je crains que l'ombre n'entoure à nouveau ton maître » affirma t-il au chien après quelques minutes. Bear lui donna un petit coup de museau « Ne t'inquiète pas je ne compte pas la laisser faire » le rassura t-il. « Viens, allons lui préparer une valise » ajouta t-il en se levant. Le malinois le suivit puis le devança dans l'escalier.

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L'horloge indiquait 22H lorsque John franchit la porte de la maison. Marco avait reçu des amis ce soir et il était resté écouter leur conversation. Les deux hommes avaient quittés leur hôte un peu avant 21H30 et il avait surtout été question de travail. Le premier était employé chez le grossiste qui fournissait Marco en matériel pour son entreprise et le second était architecte. John n'avait rien appris d'intéressant et il ne s'était pas attardé après leur départ, pressé de retrouver son compagnon. Surtout s'il devait en être privé ces prochains jours. Il câlina Bear qui l'accueillait joyeusement et traversa le couloir pour emprunter l'escalier mais il avisa une faible lueur qui filtrait sous la porte du salon. Poussant doucement le battant, il vit que la pièce était plongée dans une semi pénombre, une seule lampe l'éclairant en partie. Il remarqua une touffe de cheveux bruns dépassant du dossier du canapé et avança sans bruit

-« Harold » chuchota t-il. Celui-ci tressaillit et se redressa « Pourquoi n'êtes vous pas dans votre lit ? »

-« Je vous attendais répondit Finch en se frottant les yeux. Reese fronça les sourcils

-« Migraine ? » interrogea t-il

-« Un peu » concéda l'informaticien. Aussitôt John posa doucement les mains sur sa tête

-« Laissez-moi faire » murmura t-il. Finch se réinstalla docilement « Vous avez pris un cachet ? »

-« Pas encore »

-« Pourquoi attendre ? Vous savez qu'il faut agir dès le début de la crise »

-« Ce n'est pas très fort »

-« Vous avez besoin de vous reposer » jugea l'ex agent « Raison de plus pour aller vous coucher ! » le sermonna t-il tandis qu'il le massait avec attention suivant la méthode enseignée par leur ostéopathe. Après quelques minutes Finch laissa échapper un soupir de soulagement. Reese sourit

-« Vous vous sentez mieux ? »

-« Oui. Grace à vos mains expertes »

-« Elles seront ravies du compliment » s'amusa l'ex agent « Maintenant un cachet et au lit ! » affirma t-il en contournant le canapé pour aider son associé à se lever

-« Non. Essayez vous plutôt un instant » répondit celui sans prendre sa main

-« Pourquoi ? »

-« J'ai besoin de vous parler »

Reese hésita, interpellé par le ton sérieux de son partenaire

-« Nous pourrions discuter là haut ? »

-« J'aimerais mieux ici » insista Finch « S'il vous plait » ajouta t-il en tapotant le coussin près de lui « c'est important »

-« D'accord. Qu'y a-t-il ? » demanda l'ex agent, intrigué. Il s'assit, ses mains crispées sur ses cuisses trahissaient sa tension. Finch posa une main sur la sienne, entrelaçant leurs doigts

-« J'aimerais m'assurer que tout va bien John »

-« Mais oui pourquoi ? »

-« Parce que vous êtes parfois … absent ces derniers jours. Je sens que quelque chose vous perturbe » Reese baissa la tête

-« Ce n'est rien » affirma t-il

-« Il y a donc bien quelque chose qui vous trouble ? » constata alors l'informaticien

-« Peut être » concéda John devant cette logique

-« Alors parlez-moi » invita Finch. Il glissa deux doigts sous son menton pour l'obliger à lever la tête « Je finirais par le savoir de toute façon » Il laissa sa main dériver sur sa joue « Je ne manque pas d'arguments » chuchota t-il avant de poser ses lèvres sur les siennes. Reese ferma les yeux pour savourer son baiser puis nicha son visage dans son cou. Finch passa la main dans ses cheveux et caressa sa nuque. L'ex agent garda le silence quelques minutes puis affirma :

-« J'ai suivi Marco toute la journée. Il y a tellement d'hostilité dans son entourage »

-« Vous le croyez en danger ? » interrogea Finch se demandant s'il cherchait à changer de sujet ou s'il essayait de lui faire passer un message

-« Non mais il est sans cesse en but aux regards désapprobateurs, aux remarques blessantes. Cela fait six ans qu'il vit avec Elaine. Est-ce qu'après tant de temps ces gens ne pourraient pas enfin croire en sa sincérité ? »

Finch fronça les sourcils et cessa un instant sa caresse comme il commençait à comprendre. Il reprit son geste sans rien dire

-« Le chef a dit qu'Elaine souffrait de cette situation et qu'elle était fatiguée d'être sans cesse l'objet de réflexions et que cela influait sur leur couple »

L'informaticien retint un soupir comme ses soupçons se confirmaient. Jusqu'à quel point les remarques blessantes de Will sur leurs différences avaient-elles atteint son compagnon sans qu'il le réalise lui même ? En apparence Reese avait paru imperméable à ces attaques. Pourtant ces remarques insidieuses semblaient bien avoir atteint leur but à en juger par les doutes de son compagnon. Peut être n'avait-il pas réalisé consciemment qu'il les assimilait ? Toutefois c'était le cas. Mais Finch savait la fragilité que John cachait en lui quand ses doutes le rattrapaient et dès que cela concernait leur couple il était toujours plus sensible, incertain. Finch savait qu'il redoutait sans cesse de ne pas être à la hauteur sans comprendre ce qui pouvait bien le pousser à être si peu sur de lui, si ce n'est peut être la peur de commettre une erreur et de le perdre…

-« C'est bien triste pour ces gens qui les critique » dit-il finalement

Reese tressaillit et releva la tête

-« Pour les accusateurs ? »

-« Oui. 99% de ces gens agissent par simple jalousie et je ne les envie pas d'être aussi mesquins. Souvent le bonheur des autres dérange, surtout lorsqu'il rapproche des êtres différents que rien ne destinait l'un à l'autre. Heureusement il y a aussi des êtres intelligents qui comprennent où se trouve l'essentiel» Finch tourna la tête, ses yeux se posèrent sur un tableau accroché au mur sans réellement le voir comme il était absorbé par ses souvenirs « Je me souviens d'un jour au parc, il faisait doux, une belle journée de printemps. Je vous regardais jouer avec Bear et puis un couple vous a interpellé. Ils étaient simples et joyeux. Le jeune homme m'a serré la main avec un grand sourire lorsqu'il a su qui j'étais. Et je me rappelle les paroles de la jeune femme « Je suis contente pour vous. Vous êtes chou tout les deux !» Ce n'était pas très conventionnel mais c'était sincère »

-« Marthy et Marge » murmura John

-« Ils faisaient parties de ces gens sensés qui s'attachent à l'essentiel en passant par-dessus les apparences, les différences, qui ne voient ni l'âge, ni le physique, ni la richesse » poursuivit Finch « Ils n'ont vu que le lien entre nous et notre bonheur d'être ensemble. Miss Stanford ferait bien de faire un peu de ménage dans son entourage et de n'y retenir que ceux qui ont l'intelligence du cœur » Le regard de l'informaticien revint chercher celui de son compagnon qui n'avait pas bougé mais dont il sentait le cœur battre plus vite « Je ne saurais trop conseiller à Miss Stanford de faire un tri. Garder ceux qui se trompent de bonne foi, cela peut arriver » précisa t-il et John savait bien à qui était destiné cette allusion « Et d'écarter tout les autres avant qu'ils ne parviennent à briser ce qu'elle devrait considérer comme son bien le plus précieux »

-« Et si… Si un jour elle change d'opinion ? » Interrogea Reese

-« Elle y perdra beaucoup » répondit Finch « Moi cela ne m'arrivera pas. J'ai trop conscience de ma chance » chuchota t-il en l'embrassant doucement

-« Moi aussi » murmura John en lui rendant son baiser

-« Rassuré ? »

-« Oui »

-« Bien » approuva Finch en posant la tête sur son épaule. John lui caressa les cheveux quelques instants puis se rappela ses soins

-« Nous pouvons aller dormir maintenant ? »

-« Maintenant oui » approuva l'informaticien avec un mince sourire

Reese se redressa aussitôt et l'aida à se relever avant de l'escorter jusqu'à l'escalier

-« Allez y j'arrive dans trois minutes avec ce qu'il vous faut »

-« Entendu »

Finch commença à gravir les marches, Bear lui ouvrant le chemin. Reese se rendit dans la cuisine, prépara un en-cas et s'empressa de le rejoindre

L'informaticien s'était installé dans le lit, calé contre un oreiller, les yeux clos pour échapper à la lumière, pourtant faible, de la veilleuse. Reese s'assit près de lui et lui tendit un cachet et un verre d'eau, puis sa préparation. Finch grimaça légèrement

-« Vous n'aimez plus ma cuisine ? » interrogea John

-« Si bien sur »

-« Il faut manger quelque chose »

-« Je sais » répondit l'informaticien en se forçant à avaler. Reese se pencha et l'embrassa

-« Pour aider » le taquina t-il et Finch ne put s'empêcher de sourire. Il termina et s'allongea plus confortablement. John éteignit aussitôt la lampe

-« Vous n'êtes pas prêt » objecta son partenaire

-« Il fait bien assez clair pour ôter mes vêtements»

-« Mais pas pour les ranger »

-« Hum. On verra demain ? »

-« Incorrigible » soupira Finch

-« Vous avez tout ce qu'il vous faut ? »

-« Non » marmonna l'informaticien. John sourit. Se glissant à ses côtés il l'attira contre lui

-« Vous avez tout ce qu'il vous faut ? » répéta t-il

-« Oui » répondit cette fois Finch en se calant contre son "oreiller"

Reese resta parfaitement immobile jusqu'à ce que la douleur s'atténue et qu'il s'endorme. Seul son esprit vagabondait. Mais il n'avait plus de doute, plus de pensées sombres. Encore une fois Finch avait su l'apaiser, trouver les mots. Et c'est l'esprit serein qu'il s'endormit à son tour.

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Lorsque Finch s'éveilla le lendemain il était déjà tard et il était seul. Déçu, il s'assit dans le lit et mis ses lunettes. Il sourit alors en voyant le plateau déposé sur la table de nuit. Un petit thermos posé à côté d'une tasse contenant probablement son thé préféré. Et une cloche qu'il souleva pour admirer les beignets préparés par son compagnon et dont le parfum fit gémir Bear assit sagement au pied du lit. Il lui caressa doucement la tête

-« Il y en a bien assez pour deux mais tu ne devras pas le dire à ton maître » affirma t-il. Calant son dos contre un oreiller il saisit le plateau pour l'installer. Il donna alors un morceau de gâteau au malinois qui le guettait, la tête posée sur le lit. Comme il soulevait le thermos il avisa la petite feuille de papier glissée dessous. Il s'en empara rapidement et la déplia

« Je sais qu'il est tard. Mais vous aviez besoin de repos et je n'ai pas eu le cœur de vous réveiller. Ce n'est pas grave si vous êtes vexé j'adore vous voir bouder. Je serais prudent !

Je t'aime. John »

Il ne put s'empêcher de sourire à ces mots qui lui ressemblait tant, à sa façon de le deviner. Il aperçu alors le post-scriptum au bas de la lettre :

« J'ai prévu assez de beignet pour deux et Bear ne me dira rien »

Cette fois Finch ne put se retenir de rire

-« Bear je crains que ton maître ne soit décidément trop clairvoyant à notre sujet ! » s'amusa t-il. Le malinois le fixa, perplexe, puis repris sa surveillance, concentré sur l'assiette de beignets. L'informaticien lui tendit un autre morceau puis saisit son téléphone.

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A l'autre bout de la ville, John sentit vibrer son portable et le sortit un instant de sa poche s'assurant que Marco n'était pas loin. Il sourit en lisant le message court mais tellement précieux : « Je t'aime »

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La journée s'écoula sans que rien ne vienne perturber la routine de Marco. Plus la mission se poursuivait moins Reese lui trouvait l'attitude d'un coupable et s'il restait méfiant par expérience, il avait la quasi certitude que Marco n'était pas à l'origine de l'agression de son épouse. Il se rendit compte qu'il existait en fait plusieurs Marco.

D'un côté le chef d'entreprise, impliqué dans son travail, compétent, sur de lui, dirigeant ses hommes fermement. De ce côté-là il y avait aussi le père, aimant, attentif, cherchant à être le plus disponible possible pour sa fille. La tendresse entre eux était une évidence

Et de l'autre il y avait le mari d'Elaine Stanford-De Wilder, la pièce rapportée qui devait seconder sa brillante épouse mais qui semblait ne jamais être à la hauteur. Cet homme là était étouffé par son statut, peu sur de lui et n'osant pas faire preuve d'autorité. Et l'entourage en profitait, Elmer en tête. John s'étonna de cette différence. Pourquoi Marco ne s'imposait-il pas ? Etait-ce une consigne de son épouse ? Dans ce cas elle ne lui rendait pas service. Ou espérait-il se faire plus facilement accepter s'il ne faisait pas de vague ? Ce n'était pas la bonne technique, certains ne semblaient même plus le respecter. Reese eut plus d'une occasion de le constater mais ne dit rien, ce n'était pas son rôle. Il ne put s'empêcher de penser à la chance qui était la sienne d'être aussi soutenu par son compagnon et il ne put se retenir de lui en parler à mots couverts lorsqu'il l'appela le soir alors qu'il s'apprêtait à se coucher

-« Peut être que Miss Stanford n'a pas rassuré suffisamment son époux ? Ou peut être n'a-t-elle pas réalisée qu'il est plus sensible qu'il n'y parait ? Il ne faut pas toujours se fier aux apparences » jugea Finch, attentif

-« Heureusement pour moi vous le savez »

-« Je sais chasser certaines ombres John »

-« Merci » murmura celui-ci « Vous me manquez » soupira t-il

-« Vous aussi »

-« Est-ce que Bear a trouvé les beignets à son goût ? » demanda soudain l'ex agent, taquin

-« Je l'ignore M Reese. C'est un chien particulièrement discret : il ne dit rien » répliqua Finch d'un ton sérieux et il se réjouit d'entendre rire son compagnon

-« J'oubliais qu'il est aussi doué que nous pour la discrétion »

-« Bien sur : il a de qui tenir »

-« J'espère que la mission ne durera pas trop longtemps » affirma John « J'ai hâte de retrouver ma famille » ajouta t-il après un instant

-« Elle vous attends. Il vous suffira d'être prudent ! » Le taquina à son tour son compagnon

-« Bien sur Finch ! Et en attendant allez vous reposer. Ne profitez pas de mon absence pour être déraisonnable !»

-« Oh ! C'est vous qui dites ça ? » Protesta l'informaticien « Qui est le plus déraisonnable des deux ? »

-« Hum. Je ne sais pas… Ca dépend des jours je dirais ? »

-« Alors c'est bien plus souvent votre jour que le mien ! »

-« Mais comme il parait que j'ai une très mauvaise influence sur vous, vous devriez bientôt revenir à égalité non ? »

-« Ca c'est bien possible. Donc… » Commença Finch sachant que John saurait terminer sa phrase

-« C'est de ma faute ! » compléta celui-ci

-« Exactement ! »

-« Franchement Harold c'est déloyal ! Vous ne devriez pas avoir le droit d'être de mauvaise foi quand je suis loin de vous et que je ne peux pas en profiter ! » Protesta l'ex agent

-« Vous aurez d'autre occasions John »

-« C'est vrai que cela vous arrive souvent »

-« Je faisais plutôt allusion au fait que tout les prétextes vous sont bons ! » marmonna Finch faisant mine d'être vexé

-« N'oubliez pas que j'aime lorsque vous boudez Harold » remarqua aussitôt son compagnon

-« Qu'est ce que je disais ! » triompha l'informaticien

-« Que vous aimez que je vous taquine ? » suggéra John

-« Je n'ai pas dit cela M Reese »

-« Mais vous l'avez pensé très fort ! » rétorqua celui-ci « Et maintenant je vais essayer d'aller dormir malgré ma frustration de ne pas pouvoir finir convenablement cette discussion ! »

-« Ah oui ? Et qu'entendez-vous par là ? »

-« Vous voulez une description de la façon dont j'aimerais la terminer Finch ? Je peux être très précis si vous voulez… »

-« Tout compte fait… » Répondit Finch en se sentant rougir

-« C'est vous qui vouliez savoir ! » l'interrompit John « Donc pour commencer… »

-« Bonne nuit John ! » le coupa brusquement son partenaire et il raccrocha redoutant l'imagination de son compagnon. Mais seulement parce qu'il ne pourrait pas en profiter vraiment…

Reese posa son téléphone sur la table de nuit et se laissa retomber sur l'oreiller, riant de la réaction de son compagnon. Il savait très bien ce qui la motivait. Cette pensée lui donnait encore plus envie d'être près de lui. Il repensa à Marco et songea qu'il aurait dû se forcer pour imposer ses opinions. S'il ne parvenait pas à dépasser tout cela, à vivre en ignorant ceux qu'il dérangeait il ne serait jamais heureux. « C'est une question d'équilibre » se rappela t-il. Le trouver, et surtout le garder, n'était sans doute pas simple mais cela en valait la peine et il se promit une nouvelle fois de préserver le sien

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OoooooooooO

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Le lendemain dès le petit déjeuner, John constata à nouveau à quel point Marco, en s'effaçant, desservait sa position. Devant se rendre sur un chantier important mais un peu éloigné, Marco avait commandé qu'on lui prépare son petit déjeuner 45 minutes plus tôt. Reese l'ayant entendu se présenta aux cuisines avant l'heure. Il y trouva Luis qui venait à peine d'arriver, le salua et s'étonna

-« Vous n'avez pas préparé le petit déjeuner de M Stanford ?

-« Non pas encore, il est trop tôt »

-« Hier je l'ai entendu demander à Anny d'être servi à 7H45 »

-« C'est vrai ? » s'inquiéta le cuisinier « Elle m'a rien dit la peste ! Il faut que je m'y mette vite !» ajouta t-il en se précipitant vers le placard

-« Il y a peut être une meilleure solution… » Jugea Reese

Dix minutes plus tard Marco apparut au seuil de la pièce

-« Bonjour M Stanford » saluèrent les deux hommes

-« Bonjour. Le petit déjeuner n'est pas prêt ? »

-« On m'avait pas averti M Stanford ! » répondit Luis

-« Je vois » soupira le maître de maison, fatigué

-« Il y a du café Monsieur, je peux vous le monter » proposa John. L'homme hésita puis s'installa à la table

-« Je le boirais ici ce sera plus rapide, mais je ne pourrais pas attendre le reste »

-« Pas de problème M Stanford, j'ai préparé des sandwichs spéciaux que vous pourrez emmener et manger sur la route » affirma le cuisinier en lui montrant un plateau avec ses préparations

-« Bonne idée. Et c'est appétissant. Merci Luis »

-« C'est pas de ma science, c'est John qui a eut l'idée »

-« Vraiment ? Vous aimez cuisiner M Randall ? »

-« Beaucoup. Surtout pour mon compagnon. Et ils nous arrivent souvent de manquer de temps pour le repas »

-« Et bien cela me rend service. C'est une idée à garder Luis ? »

-« Pour sur » approuva le cuisinier en adressant un clin d'œil à l'ex agent. Il lui remit le sac lorsque les deux hommes quittèrent le manoir quelques minutes plus tard promettant que le déjeuner, lui, serait prêt à l'heure.

Stanford passa la matinée sur le chantier et rentra juste à temps pour le repas avec sa fille. Il était détendu pour une fois et cela dura jusqu'à ce qu'il ramène sa fille dans sa chambre pour passer un peu de temps à jouer avec elle avant d'aller à la clinique. Reese l'entendit soupirer en entrant dans la pièce et resta attentif. Quelques minutes plus tard la femme de chambre apparut dans le couloir et se dirigea vers la chambre lui lançant un regard indifférent au passage. Reese la suivit, curieux

-« Monsieur a appelé ? »

-« Oui Anny. Je vous avais demandé de nettoyer les vitres de la chambre la semaine dernière. On ne verra bientôt plus à travers ! »

-« Désolé. Je n'ai pas eu le temps Monsieur »

-« Qu'aviez vous donc de si pressé à faire ? »

-« C'était la semaine où on s'occupe des salles de réception. Je suis allée aider Simone »

-« Nous ne risquons pas de donner une fête en ce moment Anny. Ce n'était pas urgent »

-« C'est notre emploi du temps Monsieur » rétorqua la jeune femme avec un sourire moqueur. Son air insolent exaspéra John qui décida d'intervenir

-« C'est Miss Stanford qui l'a établi ? » demanda t-il

-« Heu…oui » bredouilla la femme, surprise de son intervention

-« Toutefois, si elle était là, je doute que Miss Stanford ferait passer sa salle de réception avant le bien être de sa fille, qu'en pensez vous ? » Anny le fixa, interdite « Vous négligez vos enfants pour votre salon Miss Stone ? » insista t-il

Cette fois la jeune femme le dévisagea, bouche bée

-« Bien sur que non ! » protesta t-elle

-« Alors je suppose que vous pourriez deviner les ordres que Miss Stanford vous donnerez pour son enfant ? A défaut de respecter les préoccupations d'un père»

-« Evidemment » grinça Anny « Mais… »

-« De toute façon » l'interrompit Reese « Il me semble logique de répondre à ce genre de demande lorsque l'on est payé pour cela non ? » La jeune femme rougit et le fusilla du regard « Aurait-on oublié de vous verser votre salaire ? » ironisa John

Cette fois la servante se retint difficilement. Se tournant brusquement vers Marco, elle affirma :

-« Je m'en occuperais cet après midi Monsieur. Pendant que Mademoiselle sera avec sa grand-mère »

-« Bien. Merci Anny » répondit Marco. La femme sortit aussitôt, visiblement furieuse de la façon dont elle avait été traité

Stanford se tourna vers l'ex agent, hésitant

-« Monsieur Randall je ne sais pas quoi vous dire » murmura t-il finalement « Vous y êtes allé un peu fort. Et ce n'est pas votre rôle. Mais je serais ingrat de vous reprocher vos paroles »

-« Excusez moi si cette intervention vous semble déplacée mais je pense que le bien être d'une enfant est prioritaire »

-« Et vous avez raison. Merci. Je sais que je manque de poigne » Remarqua Marco « Mais c'est un peu tard à présent »

-« Il n'est jamais trop tard pour bien faire Monsieur » L'homme le fixa un instant mais ne répondit pas. Une demi-heure plus tard ils quittèrent le manoir pour la clinique.

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Le soir Marco constata avec satisfaction que les vitres de la chambre de sa fille étaient parfaitement nettes. Reese se rendit aux cuisines où Luis l'accueillit avec un regard inquiet. Il lui fit un signe discret de la tête qui l'intrigua. Il comprit lorsqu'en avançant un peu il vit Elmer assit dans un coin comme une araignée tapie dans sa toile

-« M Randall ! » lança t-il « Je vous attendais »

-« Ah oui ? » répondit John l'air neutre

-« Je n'irais pas par quatre chemins. Anny m'a raconté la façon dont vous l'avez traité !»

-« Je suis désolé M Keller. Je sais que c'était votre rôle de la sermonner pour son comportement. C'est évidemment au chef du personnel de confondre une employée qui ne fait pas son travail. Mais ne sachant où vous trouver et s'agissant du bien être d'une fillette, j'ai préféré agir » constata tranquillement l'ex agent

Elmer le fixa, les yeux écarquillés, stupéfait de sa tirade. Dans son coin, Luis se retenait de sourire

-« Je suis un homme d'action vous avez dû vous en rendre compte » ajouta alors Reese pour enfoncer le clou

-« Heu…oui » bafouilla Elmer « Mais je n'aime pas que…que l'on empiète sur mes prérogatives ! »

-« La prochaine fois j'essayerai de vous trouver alors »

-« Certes » concéda l'autre en triturant nerveusement sa cravate, désarçonné par le calme inaltérable de son adversaire « Que cela ne se reproduise plus ! » ajouta t-il finalement avant de quitter précipitamment les lieux

-« Ah comment vous l'avez mouché ! » jubila Luis dès qu'il fut sorti « Vous savez que c'est pas du tout ce qu'il allait dire ? »

-« Je m'en doute »

-« Sauf que là ! En mettant le doigt où ça fait mal qu'est ce qu'il pouvait dire ?! » Constata le cuisiner

-« Exactement »

-« Oh vous êtes un malin vous ! Un rusé ! » Affirma Luis « Vous me plaisez mon gars ! » Ajouta t-il en lui octroyant une solide tape dans le dos « Essayez vous ! Vous avez mérité un bon repas ! »

Reese obtempéra, amusé

-« Merci Luis »

-« Jamais personne avait osé lui tenir tête à ce pompeux ! » Luis lui tendit une assiette « Et en plus vous lui avez sorti ça avec un naturel ! »

-« J'ai eu un bon professeur » jugea John

-« Ben c'est sur ! »

Le cuisinier continua tranquillement à bavarder pendant que Reese profitait du repas songeant qu'il lui manquait une présence pour être tout à fait bien. Ils avaient échangés de nombreux sms toute la journée mais il détestait être séparé de lui. Dès la fin du repas il se pressa de rejoindre la chambre et de le rappeler tenaillé par l'envie d'entendre sa voix et… de le taquiner un peu !

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L'après midi du troisième jour, John montait la garde devant la porte de la chambre, attentif aux allées et venues du personnel et des visiteurs. Marco était au chevet de sa femme, lui faisant la lecture, lorsque son portable vibra

-« Oui Finch ? »

-« Tout va bien ? »

-« C'est tranquille. Du nouveau ? »

-« Oui et non. J'ai enfin terminé de rassembler les informations sur la journée de l'agression. Enfin au maximum, mais ça n'apporte pas grand-chose »

-« Dites toujours » l'invita John en s'isolant dans un coin d'où il pouvait écouter discrètement tout en surveillant la porte

-« Miss Stanford a quitté le manoir le matin à 9H pour se rendre dans ses bureaux. Elle y est restée un peu plus d'une heure puis s'est rendu chez sa cousine. Elles s'étaient vues plusieurs fois la semaine précédente et la journée était déjà organisée. Elles ont déjeuné dans un restaurant près de la marina, ensuite elles sont passées à la banque puis chez un chapelier où elles ont passé commande. D'après son agenda Miss Stanford devait assister à un mariage la semaine suivante, c'est sans doute pour cela qu'elles se sont rendues dans cette boutique. Ensuite elles sont rentrées. Il était environ 16H30. Miss Anders, la cousine, a déclaré qu'Elaine s'était installée dans le bureau à l'étage pour téléphoner et effectivement j'ai retrouvé la trace de trois appels. Le premier, destiné à la résidence, a duré 9 minutes j'ai trouvé le témoignage de la nurse de Justine qui a mentionné l'appel dans son interrogatoire indiquant qu'Elaine n'avait parlé qu'à sa petite fille. Le second était pour sa belle mère. Celle-ci a déclaré qu'Elaine l'avait appelé pour lui rappeler de ne pas oublier de donner ses médicaments à sa petite fille puisqu'elle devait la garder ce soir là jusqu'au lendemain midi et que la petite était enrhumée. La conversation a durée 6 minutes et elle était cordiale selon la mère de M Stanford. Bien sur nous n'avons que sa déclaration, mais je n'ai aucun indice d'un désaccord entre les deux femmes même si Miss Stanford devait être au courant de la requête déposée par sa belle fille. Enfin le troisième appel était destiné à l'un de ses collaborateurs mais celui-ci était en réunion et Miss Stanford a dit à la secrétaire qui avait pris l'appel qu'elle rappellerait le lendemain et qu'il n'y avait rien d'urgent »

-« Il n'y a rien de bien spécial dans tout cela »

-« Non. C'est très ordinaire jusque là. Après ces appels Miss Stanford a rejoint sa cousine, elles ont discuté tranquillement, puis Elaine a annoncé qu'elle montait dans sa chambre se préparer. Ce qu'elle a fait. Mais une demi-heure plus tard elle est redescendue rejoindre Miss Anders. Celle-ci était toujours au salon ayant reçu une visite imprévue, et elle l'a averti qu'elle renonçait à la soirée et avait décidé de rentrer chez elle »

-« Elle a changé d'avis un peu brutalement non ? Et elle n'a pas dit pourquoi ? »

-« Non mais Mis Anders n'était pas seule au salon, elle a déclaré aux enquêteurs que c'était probablement la présence de cette tierce personne qui avait empêché Elaine de s'exprimer. Elle s'est contentée de lui dire qu'elle ne souhaitait plus se rendre à la soirée et qu'elle lui expliquerait pourquoi plus tard. Avant de remonter elle l'a aussi prié de rejoindre son époux et de le prévenir en lui donnant pour excuse qu'elle ne se sentait pas très bien. Après cela Miss Anders a décidé de l'interroger au plus tôt mais Miss Stanford a quitté la résidence avant sa visiteuse et elles ne se sont pas revues »

-« Elle n'a pas essayé de l'appeler ? »

-« Miss Anders a déclaré que sa cousine lui avait parut « passablement agacée, plutôt nerveuse » et que dans ces conditions elle s'était dit qu'elle ne voudrait sans doute pas lui faire de confidence par téléphone, donc elle avait préférée attendre de la revoir »

-« C'est bizarre ce revirement, il faut en trouver la cause » Estima Reese

-« Je pense qu'il est dû à un appel que Miss Stanford a reçu alors qu'elle était dans sa chambre. L'ennui c'est qu'il provenait d'un téléphone pré payé et qu'il a donc été impossible de retrouver l'appelant. C'est l'hypothèse la plus probable »

-« Vous avez surement raison mais cela ne nous avance pas beaucoup. La police n'a pas enquêté davantage sur cet appel je suppose ? »

-« Non le fait que l'appelant ne puisse être identifié a stoppé les enquêteurs. En revanche j'ai trouvé un indice supplémentaire par rapport à eux »

-« Cela ne m'étonne pas de vous » rétorqua aussitôt John

Finch sourit

-« La police a juste récupéré un numéro. Grace a une application j'ai réussi à déterminer également le nombre de fois où il a été utilisé et à localiser les bornes qui ont transmis les appels. En fait il n'a que très peu servi, je n'ai trouvé que deux appels. En premier celui reçu par Miss Stanford qui a duré environ 8 minutes. Puis un second qui a été passé le soir à 22H18 »

-« Destiné à qui ? »

-« A la résidence Stanford. Un appel qui n'a duré que 11 secondes »

-« 11 secondes ? Ca ressemble à un appel pour vérifier la présence de la maitresse des lieux »

-« C'est aussi ce que je pense » approuva Finch

-« Et ça écarte la thèse du cambriolage. Un cambrioleur n'appelle pas pour s'assurer que la maison qu'il convoite est vide. Et en admettant qu'il le fasse, nul doute qu'il renoncerait à son projet en réalisant que ce n'est pas le cas »

-« C'est certain. Et savez-vous ce qui est le plus troublant ? »

-« Non dites moi ? »

-« Lors du second appel la borne déclenchée par l'appel était toute proche du lieu où se déroulait la réception à laquelle Miss Stanford devait assister »

-« En effet c'est troublant. Mais la police n'a pas réagit à cette information ? »

-« Non. Car elle ne dispose pas de cet élément. Les enquêteurs n'ont cherché que les appels vers le portable de Miss Stanford, pas ceux vers le téléphone fixe de la résidence. Et visiblement ils n'ont pas suffisamment pisté le portable inconnu »

-« Sacrée lacune ou alors ils manquent de génie dans leurs effectifs ? »

-« C'est possible M Reese » jugea Finch sans pouvoir se défendre d'un certain sentiment de fierté

-« Elaine devait connaitre l'appelant. Ne serait ce qu'à cause de la durée de l'appel. Et je parie que l'appelant et l'agresseur sont une seule et même personne »

-« Reste à le retrouver » murmura l'informaticien « Et ça c'est autre chose »

-« Sauf que vos découvertes réduisent le champs des recherches »

-« En quoi donc ? » S'étonna Finch

-« Oui, si l'on émet quelques suppositions. Imaginez. Elaine a décidé d'assister à la soirée, notamment parce qu'elle est la marraine d'un des artistes qui expose ce soir là. Mais elle reçoit cet appel qui l'en dissuade. Pourquoi ? Parce qu'il lui apparait brusquement inutile d'y assister ? Ou pour éviter quelqu'un ?»

-« Son mystérieux interlocuteur ? »

-« Pourquoi pas ? Seulement lui ou elle ne l'entend pas ainsi. Elaine ne lui a pas forcement dit qu'elle renonçait mais l'autre s'en rend compte s'il est à la soirée. Lorsqu'il réalise qu'elle ne viendra pas il appelle la résidence pour la localiser et l'ayant retrouvé il décide de se rendre au manoir. Et là l'explication tourne mal, ils ont une violente dispute et l'intrus décide de faire passer ça pour un cambriolage »

-« Oui mais il y a le témoignage du voisin qui a prévenu la police. Il a vu une silhouette vêtue d'une tunique noire et cagoulée »

-« C'est vrai » approuva Reese « Dans ce cas on peut imaginer que l'inconnu a anticipé que la rencontre se passerait mal et avait déjà prévu son déguisement »

-« Puisque Miss Stanford refuse le dialogue il emploi la manière forte ? »

-« C'est une possibilité. Maintenant est ce que vous pourriez accéder à la liste des invités de la soirée ? »

-« Bien sur. Et que dois-je chercher ? »

-« Un invité présent ce soir là et qui habiterait le quartier où se situe la borne activée au premier appel »

-« Vous pensez que l'agresseur a appelé de son domicile ? »

-« Si ce n'est pas un criminel expérimenté pourquoi pas ? Et sur ce que j'ai vu de la scène de crime rien ne permet d'affirmer que c'était un voleur expérimenté. Au contraire, il était motivé c'est sur, mais trop brouillon. Je trouve même surprenant qu'il n'ait pas laissé plus d'indice »

-« Je me fie à votre expérience » affirma Finch « Je vais commencer les recherches »

-« Ce sera peut être une bonne piste ? En tous cas c'est mieux que pas de piste du tout »

-« Certainement. Je vous rappelle si je trouve quelque chose »

-« Ok »

-« Et soyez prudent »

-« Bien sur Finch. Enfin dans ce genre d'endroit la surveillance est facilité »

-« Je le devine. Ce n'est pas vraiment un endroit plaisant » marmonna l'informaticien

-« Je suis de votre avis » approuva Reese. Il laissa passer quelques secondes puis demanda : « Harold ? »

-« Oui ? »

-« Puisque nous abordons ce sujet… » Commença l'ex agent

-« Je n'ai pas encore reçu ma convocation John. Mais je n'oublie pas mes contrôles prévus le mois prochain et je ne compte pas m'y rendre sans vous » l'interrompit Finch

-« Merci Harold »

-« Est-ce que vous… vous en doutiez ? » ne put s'empêcher de demander l'informaticien

-« Non. Je voulais juste savoir à l'avance le jour où vous aurez besoin de moi »

-« John » murmura Finch « C'est tout les jours que j'ai besoin de vous »

-« Je voulais dire, un peu plus que d'habitude »

-« Je sais. Mais je ne change pas ma réponse »

-« Elle me convient » Approuva Reese touché « J'espère que nous trouverons bientôt le coupable. J'ai hâte de rentrer à la maison » soupira t-il

-« Et j'ai hâte de vous y retrouver »

-« Surtout que je n'ai pas encore eu l'occasion de tenir ma promesse » taquina John

-« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler » répondit Finch

-« Auriez vous oublié que je dois m'occuper de vous lors de nos prochains moments de répit Harold ? »

-« Non mais puisqu'en ce moment vous êtes fatigué je pense que vous devriez plutôt songer au repos » répondit celui ci

-« Et cela vous convient ? »

-« Tout à fait M Reese »

-« Vous n'êtes pas sincère Finch »

-« Croyez-vous ? » demanda celui-ci

-« J'en suis certain. Jurez-moi que-vous l'étiez ? »

-« Est-ce utile ? Je pensais que vous me faisiez confiance ? » Remarqua l'informaticien

-« Finch… » Gronda John

-« Excusez moi John, mais il est l'heure de la promenade de Baer » éluda Finch

-« Vous trichez Harold ! »

-« A plus tard M Reese » l'interrompit celui-ci avant de raccrocher

John fronça les sourcils

-« Vous ne perdez rien pour attendre M Finch ! » murmura t-il amusé au fond de son attitude. Et il savait déjà comment il se vengerait…

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De retour à son poste, John vit un couple sortir de l'ascenseur et se diriger vers lui. Il reconnut la jeune femme : Catherine Mac Caan. Elle semblait sobre cette fois et s'appuyait au bras d'un homme d'une cinquantaine d'année. Celui-ci se tenait droit, élégant dans un costume sombre, pourtant Reese eut une étrange impression en le voyant. Son visage émacié, sa silhouette mince, presque maigre, cet homme là n'était visiblement pas en bonne santé malgré les efforts qu'il déployait pour faire bonne figure

Les voyant approcher l'ex agent s'interposa

-« Non mais ! » protesta la jeune femme « Qu'est ce que vous faites ? Je viens voir ma mère laissez nous passer ! »

-« Cathy » tempéra l'homme « Peut être pourrions nous commencer par nous présenter ? Cet homme est visiblement chargé de la sécurité et face à deux inconnus il ne fait que son travail »

-« Inconnue ? Moi ? Il vient de quelle planète ! » protesta Cathy « Une où les journaux n'existent pas ! » S'énerva t-elle

-« Je ne suis pas certain qu'il y ai de quoi être fier de tes dernières apparitions, ni de certains journaux où elles ont paru »

-« Papa ! » râla la jeune femme, ce qui permit à Reese de deviner l'identité de l'homme face à lui. Celui-ci haussa les épaules et se tourna vers l'ex agent

-« Je suis Patrick Mac Caan et voici ma fille Catherine. Nous venons rendre visite à Elaine mon ex femme et sa mère » expliqua t-il posément. Reese hocha la tête et se retourna. Il frappa à la porte et l'ouvrit

-« Entrez Monsieur »

Marco Stanford leva les yeux de sa lecture. John nota que son visage resta impassible devant Patrick mais se tendit devant Cathy

-« Bonjour Marco. Tu autorises la visite ? » S'enquit Patrick

-« Pour vous bien sur » répondit l'intéressé

John referma la porte et enclencha le portable de Marco. La conversation était cordiale entre les deux hommes, Cathy ne disait rien. La visite dura plus d'une heure puis John entendit Patrick prendre congé. La voix de la jeune femme s'éleva alors un peu trop aigue et l'ex agent se tendit près à réagir

-« Marco… »

-« Oui ? »

-« Je voulais te dire que je suis de ton côté. Et que j'espère que, si ma sœur a le culot de se pointer ici, tu la mettras à la porte ! »

-« Nathalie a le droit de voir sa mère » répondit Stanford d'une voix lasse

-« Tu sais ce qu'elle veut lui faire à sa mère ? » riposta Cathy

-« Oui. Et je ne compte pas la laisser agir. Mais je ne pourrais lui interdire une visite. Simplement nous la surveillerons avec attention je te le promets »

-« J'espère bien ! »

La porte s'ouvrit brusquement mais Reese s'était déjà mis de côté. Cathy sortit sans lui adresser un regard mais il vit son expression perturbée, les larmes retenues dans ses yeux. Patrick suivit sa fille le saluant au passage. John referma soigneusement la porte, attendit quelques minutes puis s'isola au bout du couloir pour rappeler son partenaire

-« Oui ? » demanda prudemment celui-ci en décrochant

-« Bear est-il satisfait de sa promenade ? »

-« Heu oui. Il s'est bien amusé »

-« Il a bien de la chance » ironisa John « Vous êtes rentré ? »

-« A l'instant »

- « Finch est ce que vous avez des infos sur Patrick Mac Caan ? » demanda John en redevenant sérieux

-« J'ai un dossier pourquoi ? »

-« Il est passé voir son ex femme avec Cathy. Il m'a parut bizarre… »

-« Dans quel sens ? »

-« Son attitude tout en retenue »

Il entendit son associé pianoter sur son clavier

-« Je cherche dans son parcours »

-« Que fait-il en ce moment ? »

-« Et bien après avoir dirigé une entre prise qu'il avait fondé il s'est reconverti dans la banque. A l'époque de son mariage avec Miss Stanford il était président de la plus grande succursale de l'état du groupe qui l'emploi. Après le divorce il a accepté un poste à Hong Kong pour cinq ans. Mais il n'y est resté que trois ans. Il est rentré prématurément, il semble que le climat ne lui convenait pas. Il a retrouvé un poste au siège de la banque, hum… »

-« Oui ? »

-« Depuis dix huit mois M Mac Caan ait passé en mi temps et il a considérablement ralentit ses activités. Il a même abandonné le sport qu'il pratiquait régulièrement »

-« Je crois que cet homme est malade » jugea Reese

-« En effet. Attendez, je pense que j'ai trouvé quelque chose » John patienta quelques secondes écoutant le son familier des touches « Je vois » affirma Finch « Il semble que M Mac Caan soit traité depuis deux ans dans cette même clinique où vous êtes »

-« Pour quel problème ? »

-« En néphrologie. M Mac Caan souffre de troubles suffisamment important pour nécessiter deux dialyses par semaine »

-« C'est du sérieux et ça explique son air maladif et son teint cireux »

-« Je vais essayer d'accéder à son dossier médical »

-« Ok. Tenez-moi au courant »

-« Bien je vous recontacte tout à l'heure »

-« Entendu Finch »

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OoooooooooO

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L'informaticien reprit ses recherches. Grace aux caméras disposées dans le manoir il assista au retour de son associé et de leur numéro une demi-heure plus tard.

Marco rejoignit immédiatement sa petite fille et joua avec elle jusqu'à l'heure du dîner. Reese rodait dans les couloirs. A 20H le père alla coucher son enfant. John le salua et céda la place au vigile de nuit, gagnant la petite maison du gardien qui lui avait été affecté. Dès qu'il fut entré il brancha l'ordinateur que lui avait confié son associé pour continuer la surveillance à l'aide des caméras qu'il avait installé discrètement. Il saisit son téléphone pour l'appeler mais tomba sur la messagerie. Perplexe, John recomposa le numéro mais au moment de lancer l'appel un bruit provenant de l'extérieur attira son attention puis un grattement se fit entendre. Il s'avança, sur ses gardes. A peine eut il entrouvert la porte que Bear se glissait dans le petit couloir remuant joyeusement la queue

-« Bear ? Que fais-tu ici ? » Il releva aussitôt la tête. La silhouette de son partenaire se détacha d'un buisson « Harold ? »

-« C'est Bear qui a voulu venir » murmura celui-ci. Reese soupira

-« Vous pouviez lui dire non »

-« Vous savez combien il m'est difficile de lui résister ? » plaida l'informaticien

-« Ne restez pas dehors » intima John. Finch entra, il le prit dans ses bras et lui donna un bref baiser

-« Vous vous doutez que je n'ai pas très envie de vous savoir ici ? »

L'informaticien baissa la tête

-« Oui mais j'espère qu'après deux jours vous avez au moins envie de me voir » demanda t-il tout en jouant distraitement avec un bouton de la chemise de son agent

-« Comment pouvez vous seulement poser la question ? » protesta celui-ci. Finch eut un mince sourire satisfait

-« Dans ce cas nous pouvons rester ? » demanda t-il en relevant la tête

-« Et c'est moi qui passe pour un gamin déraisonnable »

Finch entoura son cou de ses bras

-« Peut être qu'avec vous je me sens rajeunir ? »

-« Et bien il ne manquait plus que cela ! » se plaignit John. Finch l'embrassa pour le faire taire et il lui rendit son baiser avec application. L'étreinte se prolongea, chacun refusant de lâcher l'autre, désireux de rattraper ces derniers jours frustrants. Reese finit par saisir le visage de son compagnon

-« Il faut que j'appelle mon patron » murmura t-il

-« Pardon ? » bredouilla Finch surprit

-« Je dois le prévenir que j'ai de graves problèmes de concentration ! »

-« Il sera indulgent » s'amusa l'informaticien. Il lui donna un dernier baiser puis recula « Je vais m'installer a ce petit bureau ainsi nous pourrons nous partager la surveillance »

-« Harold c'est hors de question ! »

-« Ce ne sera pas la première fois. Je sais comment faire »

-« Ce n'est pas la question. Ce n'est pas votre rôle et vous avez besoin de repos »

-« Et vous alors ? Cela fait deux nuits que vous dormez à peine »

-« Je suis formé à résister pour ce genre de situation »

-« Et moi je n'ai pas sommeil lorsque je n'ai pas mon oreiller ! » rétorqua l'informaticien en passant la main sur son épaule. Bear jappa et vint donner un coup de museau dans les jambes de son maitre « Vous voyez ? Même Bear le sait » se moqua Finch

-« C'est un complot ? »

-« Voyons M Reese, nous n'oserions pas nous liguer contre vous! »

John secoua la tête, désabusé. Il prit le premier tour de garde. Installé dans le fauteuil, il gardait les yeux fixés sur les écrans, bercé par le son des touches du clavier de son associé. Après une demi-heure Finch émit un petit son dont il se demanda si c'était de contrariété ou de satisfaction

-« Un problème Finch ? »

-« Non. Au contraire. J'ai fini les recherches sur Miss Mac Caan »

-« La belle mère ? »

-« Oui. En fait j'avais commencé les recherches sur son fils mais un détail a attiré mon intention alors j'ai poursuivi sur elle »

-« Je vous écoute »

-« Miss Mac Caan vient d'une famille d'entrepreneur très riche et très connu. Adolescente elle pratiquait l'équitation à haut niveau. A 20 ans elle s'est retrouvée mariée par son père au fils d'un concurrent pour permettre un rapprochement entre deux entités. La fusion fut une réussite et le mariage un désastre. Mais il a quand même permis la naissance de trois fils. Puis l'époux est mort deux jours après leur 9ème anniversaire de mariage dans un accident de voiture. Il était ivre et il a raté un virage. Ce n'était pas son premier accident dans les mêmes conditions, il s'est était toujours sorti sans trop de dommage mais cette nuit là il était sur une route de montagne et une chute dans un ravin n'a pas le même effet qu'un dérapage dans un fossé » estima l'informaticien

-« Il a trop joué avec le feu » estima Reese

-« C'était un peu son domaine, Sean Mac Caan était aussi un flambeur grand amateur de casino. Sans vouloir être cynique, l'accident a certainement du permettre de préserver la fortune de la famille. Après cela Miss Mac Caan a élevé seule ses trois fils. Le premier a suivi avec exactitude l'exemple de son père, même goût du jeu et de la fête, jusqu'à connaitre le même destin sur une autoroute de Californie, à cette différence près que lui n'avait que 19 ans et non 31. Le second fils a fuit la maison à 16 ans pour s'engager. J'ai trouvé la trace de quelques missions puis il a disparu lors d'une intervention en Amérique du sud »

-« Une mission qui tourne mal ? »

-« Non au contraire. Il a été déclaré déserteur par les autorités et personne n'a plus jamais entendu parler de lui. L'enquête, assez succincte d'ailleurs, a conclus à un départ volontaire. Apparemment il n'aimait pas beaucoup sa vie militaire. Enfin le troisième, Patrick, est le seul a avoir vécu à peu près normalement. Il a mené une brillante carrière. Mais il est aujourd'hui rattrapé par la maladie. Ce n'est pas très étonnant dans ces conditions que Miss Mac Caan soit devenu cette femme dure à la réputation d'insensibilité et de sévérité, bien qu'elle soit engagée dans plusieurs bonnes œuvres »

-« Elle a quand même aidé sa petite fille »

-« Je crois que Nathalie et son troisième fils sont les seuls êtres qu'elle tolère et peut être qu'elle pourrait faire beaucoup pour eux »

-« Que voulez vous dire ? »

-« Nous en arrivons au détail qui a attiré mon attention »

-« Lequel ? » demanda Reese en se tournant vers lui

-« Vous vous rappelez le premier appel le soir de l'agression ? J'avais pu localiser approximativement l'endroit d'où il avait été émis »

-« Oui et ? »

-« Il se trouve que Miss Mac Caan habite dans le même quartier, très près de la fameuse borne »

John se leva et vint le rejoindre

-« Ca pourrait être elle l'auteur du coup de téléphone ? » demanda t-il

-« La coïncidence est troublante » estima Finch

-« Mais le mobile ? Tout de même pas leur concurrence dans les parrainages ? »

-« Cela me paraitrait excessif. Mais que pourrait-il y avoir d'autre ?

-« Et pourquoi s'en prendre aussi à Marco ? Elle le déteste mais ce n'est pas nouveau »

-« Pour favoriser sa petite fille ? »

-« Même si elle élimine Marco, il restera Catherine et elle ne semble pas décidé à rejoindre son camp »

-« J'ai la sensation que nous touchons au but mais qu'il nous manque un élément important » soupira Finch

-« Oui moi aussi, c'est frustrant » murmura l'ex agent « En tout cas c'est une piste assez inattendue »

-« Nous avons rencontré des cas plus étranges »

-« C'est vrai » approuva John « Alors que peut-on faire ? »

-« Attendre un nouvel élément je suppose. D'ici là M Stanford ne risque rien puisque vous veillez sur lui » constata Finch. John se pencha à son oreille

-« Honnêtement Harold lorsque vous me dites ce genre de chose c'est vous qui êtes exposé » lui chuchota t-il

-« Ah oui ? » L'informaticien se leva et fit face à son compagnon, posant les mains contre sa poitrine. Reese l'enlaça par reflexe « Bizarrement je ne me sens absolument pas en danger »

-« Vous devriez Finch ? Je peux être redoutable » le taquina Reese

-« Je n'ai pas… Je n'aurais jamais… peur de vous » énonça l'informaticien entrecoupant sa phrase de baisers

-« Vous êtes trop sur de vous » rétorqua l'ex agent en l'embrassant dans le cou, mordillant légèrement la peau tendre « Et si je décidais de vous faire mourir de plaisir ? » interrogea t-il d'une voix suggestive

-« Ce ne serait pas nouveau » estima Finch. Il glissa la main sur la nuque de son partenaire « et c'est la plus agréable des menaces »

-« Attendez donc la prochaine fois que je l'applique ! » gronda Reese « Et vous verrez de quoi je suis capable ! »

-« Nous verrons » le provoqua l'informaticien. John eut un demi sourire puis se penchant à son oreille il lui chuchota quelques mots qui le firent rougir violemment « John ! » protesta t-il

-« Oui ? » demanda celui-ci l'air faussement innocent

-« Hum. Je crois qu'il est temps de reprendre la surveillance » toussota l'informaticien

-« Vous avez changé d'avis ? »

Finch leva les yeux et riva son regard dans le sien

-« Non. Je n'aurais jamais peur de vous » répéta t-il. Reese l'embrassa comme pour celer ses paroles

-« Allez-vous reposer. Je vous réveillerais »

-« D'accord »

John se réinstalla dans le fauteuil tandis que Finch allait s'allonger sur le lit, Bear à ses pieds, prêt à assister ses maîtres.