Broots :

Je me lavais les mains puis m'apprêtai à les sécher quand j'entendis la porte s'ouvrir. Je jetai un coup d'œil et j'eus juste le temps de voir apparaître la silhouette de Cox que déjà je courrai me cacher dans une des cabines. Ma dernière rencontre avec Cox dans les toilettes m'avait laissé de mauvais souvenirs.

J'essayai de rester calme bien que ma respiration se soit accélérée. Il ne fallait pas qu'il sache que j'étais là. Je me recroquevillai dans un coin quand une voix s'éleva. C'était Lyle. Décidément ces deux là ne se quittaient plus depuis le retour de Cox ! Je me concentrai sur leur conversation quand j'entendis Cox questionner Lyle à propos du bébé Parker:

« - Qu'est-il devenu ?

- Raines doit le garder précieusement comme dernier atout au cas où sa place au Centre serait compromise, mais c'est aussi un projet qui lui tient à cœur…enfin, si on admet qu'il a un cœur, répondit Lyle.

- Ce serait une bonne chose de savoir où il le cache.

- Pour quoi faire ?

- Voyons Lyle, vous n'allez pas me faire croire que vous n'avez pas songé à doubler ce cher Raines ! Dit Cox en riant.

- Disons que…ça m'est passé par la tête, mais j'ignore où se trouve le petit, dit Lyle en reprenant un ton sérieux ».

Je les entendis sortir mais je ne bougeai pas. Je n'osai pas faire un bruit de peur qu'ils reviennent et qu'ils s'aperçoivent que j'avais entendu leur conversation.

J'entendis un bruit provenant du plafond. La grille d'aération se souleva et Angelo passa sa tête dans le trou. Il me fit signe de grimper en m'indiquant que c'était la sortie la plus sûre.

Jarod :

Elle me regardait droit dans les yeux, impatiente de savoir la suite maintenant que j'avais commencé. Je ne savais pas comment lui annoncer. Je redoutais sa réaction, j'avais peur que ça fasse trop d'un coup. Mais elle avait le droit de savoir…il fallait qu'elle sache. Alors je respirai un grand coup et me lançai :

« - J'ai regroupé toutes les informations que nous avons et j'ai relu la copie du dossier que j'ai pris au Centre. Je ne vois qu'une seule possibilité logique, dis-je en espérant qu'elle comprenne où je voulais en venir ».

Elle semblait réfléchir, repenser à ce fameux dossier. C'était ça qui m'avait permis de comprendre. Elle me dévisageait à présent, tentant de trouver un semblant de réponse sur mon visage, et j'espérai bien parvenir à y ancrer cette fameuse réponse. Je ne désirai qu'une chose… ne pas avoir à prononcer des paroles qui suivraient inévitablement un choc pour elle… Et qui instaureraient un malaise entre nous. Malaise que je m'étais évertué à disséminer aux quatre vents...

Il fallait qu'elle comprenne, seule.

Soudain, je vis une lueur de compréhension passer dans son regard : elle savait.

« - Tu veux dire que…commença-t-elle sans finir sa phrase.

- …il se peut que je sois le père, complétai-je ».

Elle ne sembla pas réagir. J'imaginais qu'elle devait faire face à une multitude de questions. Les mêmes qui m'avaient assailli quelques instants auparavant et auxquelles je n'avais malheureusement pas trouvé toutes les réponses.

« - …Raines…Pourquoi ? Dit-elle en passant de la colère à l'abasourdissement ».

Je ne savais pas si c'était un bon signe ou pas qu'elle ne fasse aucune remarque quant au fait que j'étais probablement le père du bébé.

« - Un nouveau projet je suppose. Tu sais à quel point il voulait un enfant qui ait ton sixième sens et mes dons de caméléon. Apparemment, faire l'expérience une fois ne lui a pas suffit. Il a recommencé. Et en faisant passer le bébé pour l'enfant de M.Parker et de Brigitte, personne ne posait de questions…tu ne posais pas de questions, dis-je d'une voix douce pour tenter d'apaiser un peu sa colère et la mienne par la même occasion ».

Mlle Parker :

Dire que j'avais mis au monde cet enfant ! Pas comme une mère le fait habituellement mais c'était dans mes bras qu'il avait pris sa première respiration.

Jarod parlait calmement mais je savais qu'il bouillonnait intérieurement. La famille était quelque chose de si importante pour lui ! Et là, il apprenait qu'il avait un fils quelque part, aux mains du Centre. J'étais bien placée pour savoir ce qu'il ressentait !

Je n'avais rien dit à propos du fait qu'il état sûrement le père de l'enfant parce que, d'une part, je ne savais pas trop comment réagir et , d'autre part, je trouvais ça plutôt rassurant que ça soit lui. J'étais sûre qu'il n'allait pas l'abandonner et le laisser aux griffes de Raines mais qu'il en prendrait soin. Et –il aurait sûrement dit encore une fois que je ressemblais à ma mère- c'était aussi ce que je voulais. Je me demandai ce que j'aurais fait si le père avait été Raines, ou même pire…si ça avait été Lyle. Cette idée me répugnait.

J'avais besoin de temps pour encaisser tout ça. En quelques jours, nous étions passés du stade de la souris et du chat à celui de parents du même enfant. Je ne savais pas où tout ça allait nous mener mais j'étais moins effrayée de ce qui m'attendait dans une vie où le bonheur est un minimum présent. Maintenant, j'avais peur pour le…mon…notre bébé. Il était hors de question que le Centre vole une autre vie. Je ne voulais pas que notre enfant grandisse dans cet univers fait de mensonges et d'atrocités. Jarod et moi y avions grandi et nous en avions souffert. Terriblement. Le Centre nous avait tout pris…à part une chose : la complicité –et même plus- qui nous unissait, qui nous avait toujours uni.

Je relevai la tête et vis que Jarod était perdu dans ses pensées. Il devait déjà étudier toutes les situations possibles et tous les moyens pour trouver où l'enfant se trouvait.

Sydney :

J'entendis un bruit métallique derrière moi et, en me retournant, je vis sortir Broots du conduit d'aération précédé d'Angelo. Je le regardai, surpris. Il remercia Angelo qui parti aussitôt et se dirigea vers moi.

« - Sydney, dit-il excité ce qui me laissait penser qu'il avait trouvé ou entendu quelque chose dont il n'était pas censé être au courrant.

- Broots, calmez-vous. Dîtes moi ce qu'il se passe.

- J'étais aux toilettes quand Lyle et Cox sont entrés alors je me suis caché…parce que je ne voulais pas que Cox refasse faire à ma main un petit tour sous le séchoir…, commença-t-il.

- …Broots, le résumé, coupai-je ».

Il sourit, moi aussi. C'était Parker qui lui faisait ce genre de remarque d'habitude.

« - Euh…oui…donc, j'ai les ai entendu parler du bébé Parker. Il semblerait que Raines soit à la base de tout ça, un nouveau projet qui lui permettrait de rester au Centre si quelqu'un essayait de lui prendre sa place, continua-t-il. Et ça n'est pas tout ! On dirait que Lyle et Cox sont devenus les meilleurs amis du monde et qu'ils commencent à manigancer quelque chose pour doubler Raines. En tous cas, ce qui est sûr, c'est que le bébé les intéresse aussi ».

Je posai mon menton contre mon poing pour réfléchir à la situation. Après quelques secondes, je sortis mon portable : je devais prévenir Parker.

« - Sydney, qu'est-ce que vous faites?

- Parker fait des recherches sur cet enfant, dis-je en composant le numéro ».

J'entendis une, puis deux sonneries avant qu'elle ne décroche.

« - Allô, dit-elle, ce qui ne présageait rien de bon quand ça venait d'elle.

- Parker, ici Sydney. Est-ce que ça va?

- Pour vous dire la vérité, je n'en sais rien. Qu'est-ce que vous voulez ? Demanda-t-elle en changeant de sujet.

- Broots a entendu une conversation entre Lyle et Cox. Ils parlaient du bébé...

- Sydney, me coupa-t-elle, vous devez savoir quelque chose à propos de cet enfant…c'est…

- Parker ? Demandai-je, préoccupé.

- …C'est le mien…et sûrement celui de Jarod, m'annonça-t-elle d'une voix qui laissait transparaître ses émotions ».

Je ne réagis pas tout de suite, surpris par la nouvelle. Mais après tout, ça n'avait rien d'étonnant venant du Centre. Cette entreprise pouvait aussi bien donner la vie -pour ses propres expériences, cela va sans dire- que la prendre…dans tous les sens du terme.

« - Sydney, reprit-elle en me tirant de mes pensées, il faut que je sache si Raines est derrière tout ça.

- C'était pour ça que je vous appelais ».

Je lui appris l'entretien auquel avait assisté Broots dans les toilettes.

« - Mlle Parker, ça va aller ? Demandai-je, inquiet.

- Oui, ne vous inquiétez pas Sydney, répondit-elle plus par automatisme et par habitude de cacher ses sentiments que pour me répondre réellement ».

Elle raccrocha après avoir prononcé un vague "merci". Je me posais des questions sur ce qu'elle venait de m'annoncer. Comment prenait-elle la nouvelle ? Comment Jarod réagissait-il ? Je connaissais l'importance qu'avait la famille à leurs yeux pour en avoir manqué tous les deux mais j'avais peur qu'il leur arrive quelque chose…surtout si cet enfant était la ceinture de sécurité de Raines.

Raines:

Je finissais de rédiger des instructions pour un de mes nettoyeurs quand mon téléphone sonna. Au bout du fil, un homme se présenta comme étant le nouveau directeur du Triumvirat. Il voulait savoir où en était notre projet. Je fulminais intérieurement : c'était mon projet ! Il était hors de question que les Africains s'en emparent. C'était moi qui avais mis tout en place pour que cette naissance soit possible. Mais les dirigeants du Triumvirat ne semblaient pas se rendre compte de l'importance de cet enfant. Il fallait dire qu'ils ignoraient qui était la mère. Je leur avais juste dit le nom du père et à partir de là, ils ne s'étaient plus posés de question : rien ne les intéressait à part le Caméléon. Dommage, c'était probablement ce qui allait me permettre de réaliser mon rêve…

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