Bonjour à tous !
Bon, le titre est pas top mais j'espère que vous m'excuserez, au nom de quelques autres titres de chapitres franchement sympa. Non ? =3 Mais le titre parle de lui-même (je crois ?), les vacances sont terminées et Willy retrouve une vie un peu plus tranquille. Pour l'instant...
Bonne lecture !
Chapitre 12 :
Le Retour du Quotidien
Voilà, les vacances sont finies et je retrouve ma petite chambre d'internat. Youpi. Enfin au moins j'ai la chance d'avoir une chambre individuelle. Maintenant que j'y pense, je me demande comment se seraient débrouillés les Lyoko-Guerriers si ça n'avait pas été le cas. La copie n'aurait jamais pu tenir la route en dormant dans la même chambre que quelqu'un d'autre. Jérémie aurait sûrement réussi à obtenir une chambre. Après tout ce qu'il a dû faire pour inscrire Aelita, ça n'aurait rien eu d'étonnant.
Bref, j'ai donc poursuivi mes vacances en me forçant à travailler régulièrement, mais j'ai quand même réussi à en profiter. On est finalement allé visiter les calanques le jeudi matin, avec mes parents. Oui, parce qu'en dédiant une bonne partie de mes aprèm au travail, ne pas se lever le matin aurait vraiment été dommage. Les matinées ont donc été sacrément variées, entre les sorties et la plage. Pour une fois j'ai réussi à prendre des couleurs, d'ailleurs.
J'ai continué à faire des rêves, toujours aussi désagréables, sur ce qui s'est passé sur Lyoko pendant que j'étais sous le contrôle de XANA, mais je n'ai pas eu de nouvelles visions éveillées, même quand j'ai tenté d'en provoquer. Je me suis acheté un carnet pour y écrire tout ce que je pourrais « voir » et essayer de comprendre ce qu'il en est, et j'ai noté tout ce dont je pouvais me souvenir. À ma grande déception, je n'ai pas été capable de « voir » à nouveau le dossier de Fabrice Adeyrolles, qui me semblait ma meilleure piste.
Finalement, je me suis persuadé moi-même que tout ce qui se passe n'est pas une création de mon esprit, et ça veut dire que je vais peut-être découvrir ce qu'est réellement Carthage. Avec les quelques fragments de réponses auxquels j'ai eu accès, c'est déjà quelque chose qui me terrifie. Mais je suis totalement incapable d'en rester là. Si la vérité est quelque part dans ma tête, je vais la trouver, et comprendre pourquoi j'y ai eu accès. Parce que c'est la seule chose qui me permettra de surmonter les évènements et de m'affranchir de Lyoko.
« T'en fais une tête ! Mauvaises vacances ? me hèle quelqu'un alors que je vais ouvrir ma chambre. »
Je lève la tête et tombe sur le sourire chaleureux de Christophe. Et je constate que ça me fait plaisir, tiens.
« Christophe ! Nan, les vacances étaient géniales. C'est justement parce qu'elles sont finies que je tire cette tronche… je réponds en lui souriant. Et de ton côté ?
- Tant mieux pour toi ! Je me suis retrouvé coincé à la campagne avec ma peste de sœur, autant te dire que je suis bien content de la reprise ! »
J'éclate de rire devant son air de chien battu. Je ne savais même pas qu'il avait une sœur.
« C'est marrant, t'es tellement cool avec tout le monde que j'aurais cru ta sœur dingue de toi ! »
Il soupire en levant les yeux au ciel.
« M'en parle pas, c'est l'âge ingrat, elle est insupportable… Mais ne parlons pas des choses qui fâchent, t'as réussi à tout déchiffrer dans ce que je t'ai envoyé ?
- C'est en parlant boulot que t'évites les choses qui fâchent ? je rétorque en le fusillant faussement du regard. Et bien tu sauras que oui, tu peux ajouter ton écriture absolument lisible à la liste de tes qualités, monsieur parfait ! Non, sérieusement, merci, ça m'a vraiment aidé.
- Ben tant mieux. Bon, je vais peut-être te laisser arriver, quand même, parce que tu commences à me faire de la peine, la main sur la poignée de ta porte. On se voit demain.
- Ouais, ok. »
Ce mec incarne la décontraction, c'est un truc de dingue. Mais où est-ce… ?
« Eh, Christophe ! Je peux savoir pourquoi tu pars en direction des escaliers quand ta chambre est juste à côté de la mienne ? »
Il se tourne vers moi en souriant et pose un doigt sur sa bouche. Intéressant, il y en a un qui s'est casé, on dirait…
Mais j'y réfléchirai plus tard, je commence à avoir mal à l'épaule, avec mon sac. Où est cette fichue clef ? Un jour je vais bien trouver le moyen de la perdre dans le train. Ah, la voilà, au fin fond de ma poche, histoire de rendre les choses plus faciles… Mais je suis con, rien m'empêche de poser mon sac…
Voilà ! Une chambre d'internat glaciale, sombre, et qui sent le renfermé ! Faudrait vraiment que j'y passe le balai plus souvent. Enfin je suis quand même bien content d'arriver, le trajet en voiture a été interminable ! Vivement que je puisse conduire aussi, ça passera plus vite.
Je balance mon sac dans un coin et mets un tour de verrou avant de m'affaler sur mon lit. Je suis défoncé ! Je crois que je vais rester à ma méthode habituelle et laisser mon sac se défaire tout seul au gré des affaires que j'aurai besoin de piocher. J'arrêterais bien de bouger pour dormir tout de suite, moi. J'ai le dos en compote. Mais il fait quand même super froid, et ça va pas s'arranger si je mets pas le chauffage. C'est nul, on est presqu'en mai, il devrait faire plus chaud, non ?
Je me relève en grommelant. Thermostat 4, soyons fou. Par contre il ne faudra pas que j'oublie de le baisser avant de me coucher sinon je vais mourir étouffé. Je n'ai plus qu'à aller me brosser les dents en attendant que ça se réchauffe. Et ensuite je DORS. Ceux qui pensent qu'on revient reposé des vacances sont des imbéciles.
Il a fallu qu'on reprenne avec deux heures de maths. Si je m'écoutais, je me frapperai la tête sur mon bureau. Des maths.
Tiens, voilà Christophe.
« Salut ! je lui lance.
- Hey, répond-il en posant son sac sur la place à côté de la mienne. J'ai l'impression qu'à chaque fois que je te vois t'es déprimé ! Faut le dire si tu peux pas me voir en peinture ! »
J'éclate de rire. Comment on peut être aussi en forme un jour de rentrée, alors que deux heures de maths s'annoncent ?
« C'est la perspective de revoir notre chère madame Meyer qui me plonge dans une joie sans pareille. Rien à voir avec toi, au contraire même, je me languissais de tes beaux yeux. Mais je ne devrais peut-être pas le dire trop fort, une certaine personne pourrait être jalouse, non ? »
Il me fait des grands signes pour que je me taise.
« Silence ! Si jamais elle entend que quelqu'un est au courant je vais me faire démolir ! dit-il en surjouant la panique. »
Je pouffe de rire, mais il fait mine d'être vexé.
« Dis donc, est-ce que je te parle de tes histoires de cœur, moi ?
- Ah mais, mes histoires sont loin d'être aussi avancées que les tiennes ! Encore que… »
Je me demande si je devrais essayer de contacter Lucie. J'ai toujours son numéro.
« Encore que quoi ? »
Mince ! Je n'avais pas prévu de dire ça à voix haute, quel con ! Et maintenant c'est lui qui me scrute avec un sourire en coin. Pour une fois que c'est moi qui pouvait le narguer !
« Rien. Rien du tout. Silence.
- Mec, t'en as trop dit ou pas assez, me nargue-t-il.
- T'es une vraie commère ! je contrattaque. Si tu commençais par me dire le nom de ta chérie, avant de jouer les détectives à mon sujet, monsieur j'ai peur de me faire démolir.
- Arg, touché ! »
J'éclate de rire face à sa mimique, mais s'il croit que je vais abandonner l'affaire ! Après tout c'est lui qui m'a provo…
« Monsieur Dunbar, au lieu de vous dissiper, venez donc au tableau corriger l'exercice que vous aviez à faire. Comme ça vous passerez au moins quelques minutes de mon cours à réfléchir. À moins que vous ayez une fois de plus décidé que travailler était réservé aux autres ? »
La douche. Je n'avais pas remarqué que Meyer était arrivée. Et puis merde, quoi ! Les gens sont même pas encore tous assis ! Elle a décidé de me saquer jusqu'au bout ? Tu vas voir, grognasse, je l'ai fait ton exercice !
C'était un exercice sur les vecteurs, ces mêmes vecteurs qu'elle avait si chaleureusement utilisé pour me clasher la dernière fois. Mais je CONNAIS LES RÉPONSES MAINTENANT, ÇA T'EN BOUCHE UN COIN, HEIN ? Restons calme, ce serait bête de l'insulter à voix haute par inattention. Avec un peu de chance je n'ai pas fait d'erreur. En plus il n'y a pas de raison, j'ai vraiment bien bossé pendant ces vacances, et même si je n'ai pas encore tout rattrapé je devrais m'en sortir. Peut-être même mieux qu'au début de l'année quand je prenais pas la peine de trop me fouler. Faut dire qu'à ce moment-là je pensais que mon niveau serait suffisant pour passer dans la classe supérieure, mais comme Lyoko a changé la donne, j'ai plutôt intérêt à cartonner.
Vooiiiilà. Et considérant qu'elle ne m'a pas interrompu une seule fois, je suppose que ça veut dire que c'est juste. DANS TA FACE !
« Eh bien… »
HA HA, TU SAIS PLUS QUOI DIRE ?!
« Voilà qui prouve qu'avec un minimum d'efforts tout le monde peut y arriver. Vous pouvez retourner vous asseoir. »
…Sérieusement ? Elle se fout de moi, je bosse et je me fais rabaisser ! Pff, tant pis, au moins j'ai des chances qu'elle me foute la paix, maintenant.
Christophe m'adresse un sourire compatissant quand je retourne m'asseoir.
« On est d'accord que c'est pas dans ma tête, elle me déteste ? je chuchote.
- Hé, vois ça comme une motivation pour cartonner en maths, elle sera verte.
- Pas faux. »
Autant ne pas tenter la chance et éviter de trop parler. Meyer serait capable de me virer de cours dès la rentrée, j'en doute pas une seconde.
« Bien, pour le prochain exercice… »
On devrait interdire les profs de faire durer le suspense. Mais j'ai la chance d'avoir été le premier jeté aux lions, pas de stress pour moi, ha ha !
« Mademoiselle Ishiyama. »
Tiens ! Cette chère Yumi. Quelle chanceuse, l'exercice suivant, même moi je l'ai trouvé simple. Enfin, souhaiter qu'elle se plante serait mesquin. Tant pis, j'assume, plante toi Yumi, et tu contribueras à ensoleiller ma rentrée.
« J'ai cru que ce cours de maths n'en finirai jamais ! je m'exclame en sortant de la salle. »
Et tant pis si Meyer m'a entendu, elle a qu'à faire des cours plus intéressant et arrêter d'être une peau de vache.
- Ça, deux heures de maths comme ouverture, je m'en serais passé aussi, soupire Christophe en s'étirant. Prêt à enchaîner sur le français ? »
Je grogne.
« Plutôt prêt à retourner me coucher, oui.
- Me tente pas ! répond-t-il en riant. »
Voyons le bon côté des choses, le français ne sera jamais aussi insupportable que deux heures de maths. Et l'absence de Meyer y est pour beaucoup, je l'avoue.
Le troupeau constitué par la classe s'est déplacé avec un manque d'entrain flagrant vers le premier étage. Et Évidemment, il faut toujours que les gens s'arrêtent au niveau du passage le plus étroit, genre en plein milieu des escaliers, pour se faire la bise et se raconter leurs vacances ! C'est bon ! Tu lui diras plus tard, que t'as fait une indigestion de chocolat, laisse-moi passer ! C'est pas comme si j'étais pressé d'arriver en cours, mais ça reste insupportable…
C'est donc en slalomant entre les amalgames de bovins incapables de se décaler du passage lorsqu'ils veulent discuter que nous parvenons, Christophe et moi, à nous frayer un chemin jusqu'à la prochaine heure de bourrage de crâne. Le soleil me nargue, on serait tellement mieux à faire un basket dehors plutôt qu'à rester coincés le cul sur une chaise. Je me laisse tomber derrière un bureau juste à côté de la fenêtre et Christophe s'assied à ma droite. Deuxième rang. On se sent bien planqué, ici, en général.
« Hey Manu !
- Salut les gars ! »
Tiens, Emmanuel, c'est vrai que j'ai pas encore eu l'occasion de lui parler depuis ce matin.
« Bien les vacances ? je demande. »
Sujet bateau par excellence, mais à priori ça marche toujours.
« Super, répond-t-il en levant le pouce. J'ai découvert un nouveau groupe absolument génial, il faut que je vous fasse écouter ça ! »
Manu est toujours super enthousiaste quand on parle de musique, il est incroyablement calé sur le Métal. J'avoue que de mon côté je n'y connais pas grand-chose, je suis plutôt Electro, mais il est tellement passionné quand il parle de ses groupes favoris qu'il parvient toujours à me donner envie de les écouter.
« Vas-y, fais nous rêver, je le relance en souriant.
- Ils s'appellent Alestorm, c'est du pirate metal !
- Du quoi ? »
Je le regarde avec des yeux ronds. C'est quoi encore, ce machin ?
« Du pirate metal ! Ce sont des pirates, c'est trop la classe !
- Comment ça, ce sont des pirates ? demande Christophe, curieux.
- C'est comme ça que se définit leur musique, elle est caractérisée par un thème pirate, c'est du « vrai pirate metal écossais » ! Je vous jure, c'est énorme, ils viennent de sortir leur premier album et ça vaut le détour !
- Eh ben écoute, ok, j'écouterai ça dès que je pourrais, je lui dis.
- Tu vas pas le regretter, c'est génial ! »
Du pirate metal. Original. Je crois.
« Bonjour tout le monde, j'espère que vous avez passé de bonnes vacances et que vous êtes prêt à vous remettre au travail. »
Monsieur Camusset est arrivé et a, comme toujours, commencé par poser son gobelet de café fumant sur son bureau. C'est un homme grand et sec, aux pommettes marquées et aux cheveux poivre et sel, assez imposant. Il fait partie de ces gens qui dégagent une autorité naturelle, qu'on n'ose pas trop défier, mais dans le fond il est plutôt sympa.
« Bien, nous allons commencer une nouvelle unité d'enseignement : Le Récit, avec l'étude de différentes nouvelles. La nouvelle peut se définir basiquement comme un récit court, écrit en prose. Mais plus qu'une question de longueur, on peut parler de concision et d'efficacité de l'écriture. La nouvelle n'est pas un genre très populaire en France, bien que nous ayons de très bons écrits dans ce domaine. Est-ce que vous pouvez m'en citer ? »
Comme d'habitude, il y une foule de doigts levés…
« …Personne ? Dunbar ? »
Mince, j'ai croisé son regard…
« Heu, Le Horla, de Maupassant ? »
Quoi, qu'est-ce qu'ils ont tous à me regarder comme ça ? Je suis pas plus con qu'un autre, ça m'arrive de donner des réponses correctes quand on m'interroge…Même si c'est uniquement grâce à Lucie, pour le coup. Elle a trouvé le temps de me faire l'apologie des nouvelles pendant notre trajet en train. Je crois bien que quand elle ne sait plus quoi dire elle se met automatiquement à parler de livres. Un peu comme Manu avec le metal.
« Effectivement, très bon exemple. Maupassant a été un auteur prolifique en nouvelles et Le Horla est l'une de ses œuvres les plus connues… »
Youhou, fin des cours de la matinée !
« Joli sauvetage tout-à-l'heure, William ! me félicite Mathias. Je me disais déjà qu'on aurait droit à un long silence pesant. Je n'aurais pas cru que tu t'y connaissais en littérature.
- …Merci. Je crois. »
Ce mec est pas méchant, mais un peu lourd quand même. Même si je ne m'y connais effectivement pas plus que ça en littérature.
« On dirait que tout te réussit, aujourd'hui ! me lance Christophe.
- C'est vrai que malgré la rentrée la journée est bonne. Je suis en veine, je devrais peut-être en profiter pour reconquérir la femme de ma vie…
- Wow, tu doutes vraiment de rien toi. Je pensais pourtant avoir été claire au sujet des causes perdues. »
Yumi. Je n'avais pas vu qu'elle était là. Décidément, ma bonne étoile se serait-elle réveillée ? Puisqu'elle a décidé d'être une garce, pas besoin de lui faire de cadeau.
« Considérant que celle dont je parle est à Matheson, est-ce que ce ne serait pas plutôt toi qui ne doutes de rien ? »
Il faut que j'arrive à graver cette image de son visage dans ma tête, ça illuminera mes soirées d'hiver. Je veux dire, voilà quoi, les yeux légèrement écarquillés, la bouche entrouverte, et l'absence totale de son qui s'en échappe, c'est assez magique. Ben alors, Yumi ? Un problème ? Déçue que je ne te coure plus après ? Et dire que ce n'est même pas mon anniversaire, ha ha ha !
« Bon, tu m'excuseras, mais si tu n'as rien de plus à ajouter, je vais aller manger. À plus Yumi ! »
Mon dieu, que c'est jouissif de l'envoyer paître. J'aurais faire ça avant. Mais il faut dire que cette fille est incroyablement douée pour souffler le chaud et le froid.
« Aouch ! Apply water on the burned area, pas vrai ? me lance Christophe avec une mimique de souffrance assez convaincante, je dois dire.
- Quoi ? Elle le mérite, non ? je réponds innocemment. »
Il éclate de rire alors que nous nous engageons dans la queue du self.
« Tu sais, je ne suis pas très au courant de ce qui s'est passé entre vous.
- Concrètement, il ne s'est rien passé. Je lui ai fait comprendre de façon suffisamment explicite qu'elle me plaisait, elle m'a laissé croire que c'était réciproque, elle m'a envoyé sur les roses, et comme maintenant elle agit comme si j'étais le dernier des enfoirés, j'ai finalement décidé de lui rendre la politesse, fin de l'histoire.
- Ouuuh, c'est sacrément tendu, à ce que je vois, dit-il en se saisissant de la part de gâteau que je convoitais.
- Rends-moi cette part, mécréant ! Pas si tendu que ça, puisque qu'on n'a pas besoin de se parler.
- Trouve-t-en une autre. Tant mieux si tu le prends aussi bien, je t'aurais cru plus amer, vu comme t'étais à fond sur elle.
- Bonjour Rosa ! Du poisson, s'il vous plaît. Je te l'ai dit, j'ai une chance de reconquérir la femme de ma vie, alors pourquoi être amer au sujet de Yumi ?
- Moi aussi du poisson s'il vous plaît. Comment ? Tu n'as pas dit ça uniquement par calcul ?
- Pour qui tu me prends ? Je ne plaisante jamais sur ces choses-là, enfin ! je m'offusque en lui soufflant la dernière assiette de tranches de saucisson.
- Hé ! C'était mon assiette ! Tiens donc ? Tu ne me parlais pas de Yumi, avant le cours de maths ?
- Trouve-t-en une autre. Ah bon, c'est comme ça que tu l'avais interprété ?
- C'était ma réplique. Alors ? Qui est cette heureuse élue de Matheson ?
- Près de la fenêtre ? Si tu veux des noms, je n'ai qu'une chose à dire, toi d'abord.
- Près de la fenêtre. Sûrement pas ! Compte sur moi pour te faire cracher le morceau avant la fin du repas, mon brave !
- Ah ouais ? Que le match commence, alors ! »
Bon. Ç'a été une journée très bizarre. Je veux dire, elle s'est bien passée. Entièrement bien passée, du début à la fin. Mais c'était une rentrée, donc c'était absolument inespéré. Oui, je sais j'en fais trop. J'en fais trop parce que me repasser la journée dans ma tête me fera gagner du temps.
Je me laisse tomber sur mon lit après avoir envoyé balader mes chaussures, restons fidèle aux bonnes habitudes.
La confrontation avec Christophe s'est soldée par un match nul. Je sais maintenant que l'heureuse élue n'est autre que Caroline. Une fille plutôt sympa même si je n'ai jamais pris le temps de beaucoup parler avec elle. Il m'a dit qu'elle comme lui, ils n'avaient pas spécialement envie de devenir un centre de ragots, donc qu'ils préféraient rester discrets. Et puis ils ne veulent vraiment, mais alors vraiment pas avoir une page dédié à leur couple dans les échos de Kadic. De mon côté, je lui ai tout déballé concernant Lucie et il m'a assuré que l'appeler était une bonne idée. Du coup j'ai dit que je le ferai. Mais quel crétin, pourquoi j'ai dit une chose pareille ?
Bon, c'est pas comme si j'étais obligé de le faire, pas vrai ? Après tout, je ne dois rien à Christophe, et je ne vois pas pourquoi il aurait le droit de me prendre la tête là-dessus. Non mais.
Sauf que si je n'appelle pas, je vais perdre la face. Royalement.
Pfff, je dis n'importe quoi. Je sais très bien pourquoi j'en ai parlé à Christophe. Pour éviter de me dégonfler et de renoncer à appeler. Mais quand j'ai décidé que j'appellerai la soirée paraissait tellement loin !
Peut-être que si je fixe mon téléphone elle appellera en premier ? Et si je n'appelais que demain ? Mais si je repousse, je vais passer la nuit à me retourner. Et demain soir je vais détester le William d'aujourd'hui.
Et voilà. Je me retrouve à rouler sur mon lit pour gémir dans mon oreiller. Pourquoi je me mets dans cet état ? Au pire elle dit non, c'est pas comme si c'était grave ! En plus on est même plus dans le même bahut, je n'aurais pas à faire de gros efforts pour l'éviter, au cas où je me ridiculiserais par téléphone !
Bon allé, j'appelle !
Merde, qu'est-ce que j'ai fait ? Je peux pas raccrocher, elle verra quand même que je l'ai appelée. Mais justement, elle croira qu'elle a raté mon appel, et elle rappellera ! Oui mais non, ce serait vraiment lâche. Et puis avec un peu de chance elle va vraiment rater mon appel, et dans ce cas ce ne sera pas de ma faute ! Voilà, en plus elle doit être en train de manger, là tout de suite.
Ne réponds pas, Lucie, ne réponds pas. Encore quelques sonneries et je serais tranquille.
« Allo ? »
Évidemment. Ça aurait été trop beau.
« A..Allo Lucie ! C'est William.
- Salut ! Ça va ? »
Mince, comme à chaque fois que je suis vraiment stressé, j'ai la gorge enrouée. C'est super pratique, ça, au téléphone…
« Ça va bien, et toi ?
- Comme une rentrée, on va dire ! »
Je ris. Ce n'est pas comme si je trouvais vraiment ça drôle, mais je suis assez soulagé d'entendre qu'elle n'a pas l'air énervée par le fait que je l'appelle.
« …Tu m'appelais pour quelque chose en particulier ? »
Flûte, j'ai eu un bug de cerveau et il s'est passé plusieurs secondes sans que je ne dise rien. Elle va me prendre pour un demeuré.
« Oui. Non ! Enfin, je veux dire… Désolé. »
Elle va définitivement me prendre pour un demeuré. Reprends-toi, William !
Je l'entends rire. Je me demande si c'est une bonne ou une mauvaise chose, tiens…
« T'inquiète pas, je suis bien contente que tu m'appelles en premier, comme ça j'ai le beau rôle ! »
Bon signe. Bon signe à fond.
« Dois-je comprendre que si je n'avais pas sauté sur mon téléphone dès mon retour à Paris, tu n'aurais pas résisté à l'envie d'entendre ma voix ?
- Ah mais, comme tu as justement sauté sur ton téléphone, c'est quelque chose que tu ne sauras jamais…
- Tricheuse. »
Elle rit à nouveau. La boule que j'ai dans le ventre ne s'est pas allégée le moins du monde, mais je ne regrette pas d'avoir appelé.
« Bon, du coup, puisque mon cerveau est à nouveau correctement irrigué, oui j'appelais pour quelque chose en particulier. Ça te tente un ciné, samedi ?
- Oui, bien sûr ! Qu'est-ce que tu proposes ? »
Elle a répondu vite. Je crois que c'est encourageant. Je crois.
« Il y a le dernier Pirates des Caraïbes en ce moment. Samedi, 16h devant Le Trianon, ça te va ?
- Ok pour moi !
- Super ! »
Mince, j'espère que le soulagement dans ma voix n'était pas trop audible.
« Heu…Ben, à samedi du coup.
- Ah, oui, salut ! »
J'ai encore laissé un blanc dans la conversation ! Le moins qu'on puisse dire c'est que vu à quel point je suis tendu, c'est pas gagné. Avec un peu de chance j'arriverais à avoir l'air à peu près normal samedi.
Mais en attendant, elle a dit OUI !
