Bleach ne m'appartient pas. Je ne fais que tenter de développer ses personnages et proposer ma propre vision de ce monde et de sa magie.
Par ailleurs, je ne me fait aucun argent avec cette fic.
Voici le chapitre 12 de Proies. Je m'excuse pour le très grand retard, je n'ai hélas pas beaucoup de temps pour moi cette année. Bonne lecture en tout cas, et n'hésitez pas à laisser une petite review !
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Chapitre 12 : Quand naissent les soupçons
Yoruichi adorait le monde humain. Oh, parfois elle regrettait la Soul Society, surtout sa chère petite Soi Fon, mais le monde humain était tellement plus amusant, plus confortable et plus ouvert que l'endroit où elle avait grandi ! Elle aimait ce monde où tout était plus simple, où le rang social n'avait pas la même importance qu'au Seireitei – même si les japonais y accordaient encore dix fois trop d'importance à son goût – où son amitié avec Soi Fon ou Kisuke, même après qu'il soit devenu capitaine, choquait toute la bonne société.
Depuis qu'elle s'était disputée avec Kisuke, deux ans plus tôt, Yoruichi avait parcouru tout le Japon, ne restant jamais plus de quelques jours au même endroit. Elle avait une préférence pour les îles du sud, là où il y avait du soleil et la mer chaude où se baigner. Il n'y avait pas de mer à la Soul Society. Mais même là, il y avait des hollows à affronter. Ils étaient moins nombreux dans le monde des vivants depuis qu'ils avaient découvert un monde à eux, mais ceux qui restaient étaient parmi les plus forts, vicieux et dangereux. C'étaient les chasseurs sadiques qui tuaient des humains pour s'amuser. Et puisque la Soul Society n'envoyait presque jamais de shinigami dans le monde réel et que les Quincy n'étaient plus qu'un souvenir, Yoruichi s'occupait de patrouiller dans tout le Japon pour s'occuper de ces hollows.
Le reste du temps, elle profitait de la vie, des plages de sable, des boutiques pleines de vêtements et de nourriture, et elle s'inquiétait pour Kisuke qu'elle avait laissé à Karakura. Elle s'inquiétait toujours pour lui depuis qu'ils étaient gamins. Yoruichi doutait qu'il soit jamais capable de s'occuper de lui tout seul. Il était peut être suprêmement intelligent, mais l'ancienne capitaine n'avait jamais vu un homme aussi peu dégourdi dans la vie de tous les jours et ses relations avec les autres.
C'est pourquoi le coup de fil de Tessai sur son portable ne l'étonna pas le moins du monde. Il l'appelait toute les semaines pour lui dire que Kisuke et les deux gamins allaient bien. C'est en souriant largement qu'elle prit la communication tout en faisant signe au beau jeune homme qui la draguait d'attendre une minute. Celui-ci se rallongea sur sa serviette et se mit à admirer le corps de Yoruichi qui se laissait dorer au soleil sur une plage radieuse.
« Salut Tessaï !, s'exclama-t-elle au téléphone tout en envoyant un baiser au joli garçon. Comment ça va chez toi ? Tout est toujours en un seul morceau ou Kisuke a fini par faire exploser la baraque ?
Le silence de Tessaï à l'autre bout du fil l'inquiéta. Finalement, il prit la parole.
-Il veut que vous rentriez.
-Oh, il est enfin prêt à s'excuser ?, persifla Yoruichi tout en essayant de faire disparaître le frisson d'angoisse qui parcourait ses veines.
-Il s'est passé quelque chose. Les Kurosaki ont été attaqués par un hollow et une shinigami a été blessée. Kisuke-san l'a ramenée à la maison pour la soigner et... je ne sais pas ce qui se passe, mais il a besoin de vous. Il était mortellement sérieux quand il l'a dit. »
Le sourire de Yoruichi qui s'était déjà peu à peu figé s'évanouit complètement. Elle ne réussit qu'à prononcer un « j'arrive le plus vite possible » d'une voix hachée avant d'éteindre le téléphone. Sans plus se soucier du jeune homme qui tentait d'attirer à nouveau son attention, elle se leva et partit sans même ramasser ses affaires, en dehors du petit sac qui contenait ses papiers.
Il lui fallu presque deux jours pour rejoindre Karakura. Elle n'avait pas pu monter dans les deux premiers avions pour Tokyo, plein à ras bord, et elle avait du passer la nuit sur place. Ensuite, son train avait été immobilisé pour cause de « problèmes techniques sur la voie ». L'habitude explication des humains aux destructions inexplicables causées par des hollows invisibles. Quand elle arriva à Karakura, le jour se levait à peine. Se changeant en chatte pour passer inaperçue aux yeux d'éventuels observateurs de la Soul Society, la jeune femme se précipita vers la maison de Kisuke.
La petite fille qu'il avait accueilli – Ururu si elle se souvenait bien – et Jinta l'accueillirent à l'entrée, et c'est avec une joie mal contenue qu'elle rejoignit Kisuke à l'intérieur. Celui-ci lui offrit son sourire ravi. Il cachait mal ses préoccupations, mais Yoruichi décida qu'ils pouvaient s'accorder deux ou trois heures avant qu'il ne lui explique quelle catastrophe leur était tombée dessus. Elle ne l'avait pas vu depuis deux ans.
« Salut Kisuke, dit-elle de sa plus belle voix masculine, et le sourire de son ancien amant et meilleur ami se changea en grimace. Elle eut du mal à s'empêcher d'éclater de rire. Elle fit mine de le snober royalement et monta à l'étage dans sa chambre. Celle-ci n'avait pas changé, bien sûr. Kisuke était tout simplement trop sentimental. Yoruichi s'habilla rapidement et redescendit auprès de son ami et amant. Celui-ci l'attendait une tasse de thé à la main. Son visage était marqué par une ride d'inquiétude.
-Alors vas-y, raconte-moi ce qui se passe, demanda Yoruichi, plus inquiète qu'elle ne voulait le laisser paraître.
-Que t'a raconté Tessaï exactement ?
-Que tu avais recueilli une shinigami, que les Kurosaki avaient été attaqué et que tu avais besoin de moi. Pas forcément dans cet ordre. Explique.
-L'attaque des Kurosaki n'est qu'une coïncidence. La force d'Ichigo a augmenté plus que je ne l'avais prévu et un hollow a été attiré par son reiatsu et la shinigami a débarqué. Elle ne soupçonne rien bien sûr. Le nom de Kurosaki est inventé après tout. Mais la shinigami a donné sans faire exprès tous ses pouvoirs à Ichigo.
-Une Kuchiki ?, grimaça Yoruichi. Ce n'est pas bon. Cette famille est pleine d'orgueil et un humain ne signifie rien pour eux.
-Sauf qu'elle est originaire du Rukongai celle-là et déjà copine comme cochon avec Ichigo. Selon Isshin, deux gosses avec un aussi mauvais caractère étaient fait pour s'entendre. Elle va au lycée avec lui, et il l'accompagne pour purifier les hollows à sa place le temps qu'elle récupère son pouvoir et ils s'asticotent en permanence.
-Tout va bien alors, non ? Il suffit que la gosse récupère son pouvoir, qu'on lui ôte ses souvenirs et tout est fini non ?
-C'est hélas plus compliqué que ça, grimaça Kisuke avant d'ajouter après un long silence. Le Hogyoku est caché dans son âme.
Yoruichi mit quelques minutes à appréhender ce que Kisuke venait de lui révéler. Elle faillit lui demander ce qu'il avait fait mais réussi à retenir ses paroles. Elle ne croyait pas vraiment que Kisuke avait enfermé de lui-même l'horreur qu'il avait créée dans une âme, quelle qu'elle soit.
-D'accord, finit-elle par dire. Quelles sont tes théories là-dessus ?
-Que le Hogyoku est plus puissant encore que je l'ai cru, et qu'il est doté d'un fort réflexe de survie. Se sentant faible après que je l'ai employé, il a dû fuir et se réfugier dans une âme à la fois dotée de reiatsu et assez faible pour le laisser entrer. Il y a cent ans, Rukia était une enfant, peut être même un bébé récemment décédé. Et ça veut dire que les instances directives du Seireitei n'ont jamais mis la main dessus. Ça me soulage... Mon plus grand regret était de n'avoir pu le détruire avant de fuir.
Tout s'éclaira soudain pour Yoruichi. Cela expliquait pourquoi Kisuke était aussi réticent à l'idée de retourner se venger de la Soul Society. Ce n'était pas de la couardise, c'était la honte qui l'empêchait de penser à la vengeance, ainsi que la douleur face aux morts et aux tortures qu'il pouvait avoir causé. La jeune femme regarda son ami avec plus d'attention. Même s'il était visiblement très inquiet, il était moins affairé sur lui-même, comme si un grand poids lui était tombé des épaules. Elle s'en voulait de ne pas avoir compris sa honte, mais était heureuse de le voir enfin pleinement de retour.
-Qu'allons nous faire alors ?
-La priorité est de détruire le Hogyoku. J'ai fabriqué à Rukia un corps artificiel qui va éteindre peu à peu tout reiatsu de son âme. D'ici trois mois, peut-être deux, elle sera une âme ordinaire. Et le Hogyoku disparaîtra avec les derniers reste de sa force spirituelle. Elle sera obligée de vivre une vie humaine jusqu'à sa mort mais c'est mieux que rien.
-Il n'y a pas moyen d'accélérer le processus ? C'est une Kuchiki, même si d'adoption seulement -et depuis quand les Kuchiki adoptent-ils des enfants du Rukongai d'abord ?-. Ils vont la chercher.
-Si j'accélère les choses, elle mourra, et le Hogyoku se cachera dans une autre âme. S'il se réfugie encore dans une âme d'enfant, je ne pourrai pas l'arracher sans tuer l'enfant, et tout serait à recommencer. Il n'y a pas d'autre moyen.
C'était bien regrettable songea Yoruichi. En trois mois, trop de choses pouvaient se passer. Mais il était hors de question de s'abaisser au niveau de la Soul Society en tuant quiconque, même si cela avait pu marcher. Elle aussi préférait les solutions pacifistes.
Elle soupira et s'affalla sur les coussins qui entouraient la table basse où Kisuke et elle s'étaient assis.
-Il n'y a donc plus qu'à espérer que tout se passe bien ?
-Oui, hélas. Je vais quand même me charger de créer des brouilleurs pour que la Soul Society la retrouve moins rapidement. De toute façon, vu le territoire immense qu'elle devait surveiller, il y a peu de risques qu'ils s'intéressent à Karakura. Mais en attendant, si tu pouvais surveiller Ichigo et Rukia sous ta forme de chat ? Isshin serait soulagé de savoir qu'ils ne risquent pas de se retrouver confronter à quelque chose de trop gros pour eux, même s'il est content qu'Ichigo prenne à cœur son rôle de shinigami.
-Tout parent serait fier de voir son fils se comporter ainsi, sourit Yoruichi. C'est entendu, j'éloignerai les menaces trop importantes. Tout devrait bien se passer.
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Yoruichi regretta vite ses paroles. Durant les semaines suivantes, tout ce qui pouvait tourner mal tourna mal. Le jeune Ichigo et son ami shinigami semblaient avoir un talent absolument sans égal pour se mettre dans les ennuis, pire qu'elle et Kisuke quand ils étaient jeunes. Par ailleurs, la force spirituelle d'Ichigo augmentait de façon régulière et inquiétante. L'ancienne capitaine ne se souvenait pas d'avoir jamais rencontré quelqu'un avec un potentiel comme le sien. Il avait le potentiel pour devenir plus puissant que les nouveaux hollows qui avaient ôté leur masque, plus puissant que Yamamoto lui-même.
Par conséquence, les hollows étaient attirés par lui comme des vautours par un cadavre frais. Yoruichi avait réussi à supprimer la plupart des hollows avant qu'ils n'atteignent la ville et n'apparaissent sur le détecteur de la Kuchiki, mais elle n'avait pu empêcher le hollow assassin de la mère d'Ichigo d'attaquer celui-ci. Trop occupée à s'occuper d'un huge hollow, elle n'avait pu arriver à temps pour empêcher le jeune quincy d'utiliser son appeau à hollows, et d'attirer sur Ichigo l'attention de la Soul Society.
Et maintenant, Kisuke et Ishida s'occupaient de soigner les blessures qu'avait infligé Byakuya à Ichigo, alors qu'Isshin, blême, faisait les cent pas devant la porte.
L'ancienne capitaine ne savait pas comment lui apporter le moindre soutien. Ce devait être terrible d'être médecin et de ne pas pouvoir soigner son enfant, d'être un ancien guerrier dont le fils était blessé au combat. Il avait laissé à Ichigo le choix de mener sa vie comme il l'entendait. Un choix admirable, qu'il payait au prix fort.
Lorsqu'Ishida et Kisuke sortirent de la pièce, Isshin se figea, blême. Yoruichi ne l'avait jamais vu aussi défait, même après la mort de sa femme et elle vint poser une main apaisante sur son épaule. C'était tout ce qu'elle pouvait faire, hélas.
-Il vivra, annonça tout de suite Kisuke, l'air épuisé, mais intensément soulagé. Ton fils est sauvé Isshin.
Les jambes de celui-ci lui manquèrent et il s'effondra sur une chaise.
-Je devrais même pouvoir l'aider à récupérer sa force spirituelle, au prix d'un lourd entrainement. Mais connaissant son caractère, je crains qu'il ne cherche à aider Kuchiki Rukia à échapper à son sort. Ton fils est une vraie tête brûlée.
-Il tient de sa mère, rétorqua fièrement Isshin avec un faible sourire. Tu est sûr qu'il va bien ?
-Tu devrait me faire davantage confiance Isshin, répondit Ishida en allumant une cigarette. Je suis un des meilleurs chirurgiens du Japon. Entre mes mains, ton fils allait forcément s'en sortir. Tu peux être certain que d'ici deux jours il sera sur pieds et prêt à retourner se faire tuer si ça lui chante.
Isshin ne répondit pas à la provocation mais se retourna vers Kisuke, très calme en apparence, mais bouillonnant intérieurement.
-Merci d'avoir sauvé mon fils, tous les deux. Mais maintenant Kisuke, je crois que tu nous dois quelques explications. Tu nous as caché quelque chose autour de cette shinigami n'est-ce pas ? Comme tu m'a caché tes soupçons sur la mort de Masaki. Ces secrets incessants s'achèvent maintenant ! Que ce passe-t-il ici ?
Kisuke et Yoruichi échangèrent un long regard. Les yeux noirs et féroces de la jeune femme défiaient son ami et celui-ci soupira, et abandonna la lutte.
-Il faut que je vous parle en effet. De Kuchiki Rukia, de mes erreurs d'il y a cent ans, et de ce que je soupçonne des manigances de la Soul Society. Et quand j'aurais fini, il nous faudra prendre une décision.
Tous hochèrent gravement de la tête, et commencèrent à écouter l'ancien capitaine.
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L'annonce de l'arrestation de Kuchiki Rukia et de son enfermement dans les geôles de la sixième division fit le tour du Seireitei en moins de quelques heures. Lorsqu'elle atteignit la treizième division, tous les membres de celle-ci se mirent à former une barrière entre le monde extérieur et leur capitaine, empêchant l'information de lui parvenir. Ils le déclarèrent sorti aux messagers des sixième et première division venus apporter la nouvelle officielle. Du premier au dernier, tous les soldats d'Ukitake estimaient que ce n'était pas à ces gens de lui apprendre l'horrible nouvelle, mais à un ami.
Quand Shunsui se présenta, il fut, lui, accueilli immédiatement. Les deux troisièmes sièges s'empressèrent de lui expliquer la situation tandis qu'ils marchaient à grand pas vers la demeure d'Ukitake au fond des jardins de la division. Quand ils arrivèrent devant le pavillon, Shunsui se retourna vers les deux sièges.
-Mieux vaux que je m'occupe de lui annoncer la nouvelle moi-même, vous avez raison, déclara-t-il mettant fin à la conversation. Je suis sûr que votre capitaine voudra s'adresser à la division ensuite, soyez prêts à convoquer tout le monde.
-Mais il ne va pas laisser faire ça quand même ? Kuchiki est une brave fille, elle ne mérite pas d'être exécutée !
-En tant que capitaines et soldats de la Soul society nous sommes forcés d'accepter les ordres, rapella sévèrement Shunsui. Nous allons voir ce que nous pouvons faire.
Rassurés, les deux sièges saluèrent respectueusement le capitaine de la huitième division et s'éloignèrent. C'est avec un soupir inquiet que Shunsui frappa à la porte et pénétra dans la petite maison de son ami sans attendre de réponse.
Jyûshiro se redressa de son lit avec étonnement, mais l'accueillit d'un sourire.
-Ca faisait quelque jour que je ne t'avais pas vu mon ami. Quel bon vent t'amène ?
-Un mauvais je le crains, reconnut Shunsui en s'installant à son chevet.
Il scruta avec attention les traits de son vieil ami. Jyûshiro se relevait à peine d'une crise qui l'avait cloué au lit pendant trois semaines. Il avait maigri et son visage était émacié et plus blanc encore que de coutume. Si le reiatsu de Jyûshiro était toujours aussi fort et stable, son corps avait l'air à l'agonie.
-La sixième division a retrouvé Kuchiki Rukia, finit par annoncer Shunsui en s'efforçant de diminuer ses inquiétudes sur la santé de son ami. Elle a été arrêtée pour avoir transmis ses pouvoirs à un humain. Tu sais comme moi quelle est la condamnation requise en un cas pareil.
-La mort, confirma Jyûshiro. C'est stupide ! Cette loi n'a pas été appliquée depuis au moins trois cent ans, voire plus !
Sous l'agitation qui l'envahissait, il se leva et se mit à faire les cent pas dans la pièce. Shunsui le suivait du regard avec appréhension. Plus il le regardait, plus il était terrifié par sa maigreur.
-Je n'ai pas été consulté les archives, reconnut Shunsui. Mais ça fait bien trois cent ans, à quelques décennies. Je me souviens bien de cette histoire. C'était l'héritier de la famille Shiba qui avait donné une partie de ses pouvoirs à une jeune humaine dont il était tombé amoureux. Le tribunal monté par la chambre des 46 avait alors décidé de l'exiler et...
-Et de déchoir la famille Shiba de son rang, je me souviens. La chambre avait voulu m'interdire de prendre Kaien comme vice-capitaine deux cent ans plus tard sous prétexte que cette famille n'était pas fiable. Mais ça n'a aucun sens Shunsui ! Rukia est une enfant du Rukongai, adoptée dans une grande famille certes, mais la loi interdit qu'elle hérite des biens des Kuchiki, et encore moins qu'elle puisse succéder à Byakuya à la tête de la famille Kuchiki. Ses actes sont donc moins grave que ce que pouvait avoir faire un héritier de l'une de ces grandes familles. Et si on n'a condamné Shiba qu'à l'exil, pourquoi condamner Rukia à mort ? Ça n'a pas de sens pour moi !
Pour Shunsui, cela n'en avait guère plus. La peine semblait disproportionnée face au crime, surtout que pour les familles nobles comme les Kuchiki et les Kyuraku, les jugements avaient tendance à être doux.
Pourtant... En trois cent ans, deux des cinq grandes familles étaient tombées dans la déchéance. Les Shiba avaient été bannis après le crime d'amour de Shiba Shinichi, les Shihôn avaient été destitués de la plupart de leurs privilèges et prérogatives après la désertion de leur chef de famille, Yoruichi. Il y avait-il là une volonté de la part de la chambre des 46 de restreindre le pouvoir des grandes familles en utilisant les faux pas de leurs membres pour justifier leur décision ? C'était possible.
-Tu as raison, finit par dire Shunsui. Ça n'a pas de sens. Pour le moment du moins. Tu dois pouvoir obtenir l'autorisation de voir Rukia puisque c'est ta subordonnée, non ?
Il regretta immédiatement ses paroles. Le regard enfiévré, Jyûshiro releva sa tête et acquiesça du regard.
-J'y vais de ce pas. Byakuya ne peut me refuser ça. Et je vais aussi aller me renseigner à la première division.
-Non, je me charge de ça, le coupa Shunsui. On gagnera du temps, expliqua-t-il pour ne pas avoir l'air d'être trop inquiet de la santé de son ami.
-Très bien, finit par accepter celui-ci. Je te rejoint à la huitième division dès que j'ai fini.
Il quitta la pièce hâtivement pour s'habiller de son uniforme. Après un instant de réflexion, Shunsui quitta la petite maison et rejoignit l'entrée de la division d'un unique coup de shunpô. Sa vice-capitaine, Nanao, l'y attendait. Comme toujours quand il la voyait, il eut mal au cœur en voyant sa ressemblance avec une autre vice-capitaine. Lisa lui manquait toujours terriblement. Il sourit néanmoins à la jeune fille.
-Tu m'as manqué Nanao-chan !, s'exclama-t-il. Tu ne t'est pas ennuyée ici toute seule ?
-Ne m'appelez pas ainsi, soupira la jeune femme. Comment-va le capitaine Ukitake ?
-Pas très fort j'en ai peur, reconnut Shunsui en redevenant sérieux. Et les dernières nouvelles ne vont rien faire pour accélérer son rétablissement. Veux-tu me rendre un service ? Je vais aller chercher des renseignements à la première division. Je voudrais que tu aille à la quatrième demander à Unohana si elle peut passer à la huitième tout à l'heure, le capitaine Ukitake va m'y rejoindre et j'aimerai qu'elle l'examine.
Nanao hocha la tête et partit à vive allure. Quand elle eut disparut de son champ de vision, Shunsui pris la direction de la première division.
Deux heures plus tard, il rentrait à sa division, avec malheureusement plus de questions que de réponses. Nanao l'attendait à l'entrée, et elle lui sauta presque dessus dans sa hâte.
-Vous voilà enfin !, souffla-t-elle, soulagée. Je reviens de la quatrième division. Le capitaine Ukitake y est, il a eu un malaise en sortant de la sixième division. Ça ne devrait être rien de grave mais je ne voulais pas que vous vous inquiétiez en ne le voyant pas dans votre bureau.
-Merci, la remercia Shunsui. Je vais voir de suite comment il va.
-Je m'occupe de tout ici, lui assura la vice-capitaine. Restez auprès de lui aussi longtemps que vous le souhaitez.
Shunsui la remercia chaleureusement. Sous ses dehors austères, Nanao était pleine de compassion et de bienveillance. Puis, il rejoignit à toute vitesse la quatrième division. Il s'attendait à la trouver tranquille. Aucun combat n'avait eu lieu récemment entre shinigamis et hollows, et seuls quelques malades et blessés à l'entrainement nécessitaient des soins attentifs.
Pourtant, une effervescence inhabituelle y régnait. La plupart des infirmiers discutaient par petits groupes, l'air inquiet, et Shunsui distingua dans des recoins quelques shinigami de la deuxième division qui surveillaient, attentifs, tout ce qui se passait dans le hall d'entrée.
De plus en plus préoccupé, Shunsui accosta Isane qui donnait des instructions à deux shinigami. La jeune femme s'excusa et finit d'expliquer leur tâche aux visiblement deux jeunes nouvelles recrues puis se tourna vers le capitaine.
-Puis-je vous aider capitaine Kyuraku ?, demanda-t-elle. Je suppose que vous venez voir le capitaine Ukitake ? Je vous conduit à lui.
Elle se mit en route d'un pas rapide, et Kyuraku s'empressa de la suivre. La jeune femme fixait les shinigami de la seconde division avec appréhension, et lui semblait-il, un peu de réprobation.
-Que font-ils ici ?, finit-il par demander.
-La première division a fait transférer le hollow du Senzaiku ici, souffla Isane. La deuxième division est chargée de surveiller qu'il ne s'échappe pas.
Cette fois-ci, Shunsui en était sûr, il y avait de la réprobation dans son regard.
-Ça n'a pas l'air de vous plaire, nota-t-il d'une voix qu'il s'efforça de rendre indifférente.
Isane regarda autour d'elle d'un air inquiet.
-Il est mourant, finit-elle par murmurer. Ça fait cent ans qu'il est enfermé là-bas dans le noir, avec pour unique compagnie les gens qui viennent le torturer pour obtenir des informations. J'ai été chargée d'aller le soigner plusieurs fois et... ce n'est pas bien. De laisser quelqu'un souffrir comme ça.
-Mais ce n'est pas quelqu'un Isane, rappela gentiment, mais fermement, Shunsui. C'est un hollow, même s'il ressemble à un homme. Et celui-là est plus dangereux que beaucoup d'autres. Il a un nombre de meurtres terrible à son actif.
-Je sais. Je le sais très bien. Et je me répète à chaque fois que je ne dois pas montrer de compassion, qu'il me tuerai en un instant s'il le pouvait mais...
-Mais ?
-Mais c'est tellement difficile quand il me regarde dans les yeux ! Il est en train de se laisser mourir, et il a l'air tellement... humain.
-Et c'est justement ce qui ne doit pas te tromper Isane, déclara une voix sévère.
Shunsui et Isane se retournèrent pour saluer la capitaine Unohana. Isane balbutia une excuse incohérente, interrompue par un mouvement de la main d'Unohana.
-Je reconnais que c'est difficile, déclara-t-elle. Son visage est humain. Mais un hollow est une bête, souviens-t-en. Et maintenant, va t'occuper de tes blessés, je vais accompagner moi-même le capitaine Kyoraku.
Isane s'inclina et disparu rapidement. Silencieusement, chacun perdus dans leurs pensées, les deux capitaines rejoignirent la chambre de Jyûshiro. Celui-ci les accueilli avec un sourire ravi.
-Venez-vous m'annoncer ma délivrance ma chère Unohana ?
-Je crains que non mon vieil ami, répondit celle-ci en souriant. Je tiens à vous garder pendant un jour ou deux. Sinon je vous connais, vous allez vous surmenez et faire une nouvelle crise. Et ce ne serait bon ni pour vous, ni pour la pauvre Rukia.
-Tu as réussi à la voir alors ?, demanda Shunsui pour couper court aux protestations de Jyûshiro.
-Oui, j'ai pu la voir. Mais je n'ai pas beaucoup de réponses hélas. Elle refuse de parler. Je crois qu'elle essaie de protéger l'humain a qui elle a donné ses pouvoirs. Mais elle a dit qu'elle n'avait pas eu le choix, que c'était cela ou laisser un hollow l'achever et tuer la famille du jeune homme.
-L'a-t-elle dit à ses interrogateurs ?, demanda Unohana. Si oui, cela devrait la disculper.
-Elle l'a fait, confirma Jyûshiro. Mais je n'ai pas l'impression que cela ait changé l'avis de ses juges.
-Quand à moi, je n'ai pas réussi à voir Yama-ji. Cette affaire ne sent définitivement pas bon.
Les trois capitaines restèrent encore quelques instants à discuter de l'affaire Kuchiki sans réussir à parvenir à la moindre conclusion. Tout ce qui se passait là était étrange, et ressemblait à un coup monté. Mais cela venait-il de la dimension royale, de la chambre des 46, de Yamamoto lui-même, d'une famille rivale des Kuchiki... Il était impossible de se prononcer pour le moment. Ils s'accordèrent pour avancer avec prudence dans cette affaire, et de ne parler de leurs soupçons qu'avec Byakuya lui-même. Ils hésitèrent à demander une enquête dans le monde réel, mais Byakuya avait déclaré avoir tué l'humain qui avait reçu les pouvoirs de Rukia. Une enquête serait donc vaine et ne servirait qu'à attirer l'attention sur eux.
Unohana finit par s'excuser. Le hollow nécessitait des soins constants et elle devait s'assurer de son état. Les yeux de la médecin étaient triste tandis qu'elle parlait de lui.
-Il se laisse mourir de faim, déclara-t-elle. Je regrette terriblement de devoir le mettre sous perfusion pour le nourrir. Il serait plus charitable de le laisser mourir. Il n'a pas dit un mot en cent ans, pourquoi commencerait-il aujourd'hui ?
Shunsui n'avait pas de réponse à cette question. Il salua son ami qui avait le visage marqué par la douleur jamais éteinte de la perte de son épouse sous les griffes de ce hollow. Jyûshiro lui rendit son salut, et assura à Unohana qu'il se reposerait jusqu'au lendemain.
Quand ils eurent quitté la pièce, il se rallongea en poussant un soupir de fatigue. L'histoire de Rukia le contrariait, et il espérait que tout se terminerait très rapidement par une amnistie ou une simple réprimande, tout en en doutant. Mais plus que Rukia, c'était le hollow qui monopolisait toutes ses pensées.
Il était là, à quelques dizaines ou centaines de mètres de lui, à se laisser mourir. Que pensait-il à l'instant même ? Avait-il du regret envers ses victimes ? Savait-il ce qu'était la souffrance et la perte ?
Il était en train de mourir. Jyûshiro ne saurait alors jamais si le hollow regrettait ses victimes. Il n'aurait jamais confronté l'assassin de sa femme. Le capitaine se sentit alors saisit par une certitude. Il fallait qu'il le voit, et qu'il lui parle.
