LE CRÉPUSCULE DES IDOLES
- XI -
La douleur envahit ses terminaisons nerveuses avant même que la conscience ne se fût pleinement faite en lui. Il était pendu par les bras en station verticale, jugea-t-il d'après le degré d'engourdissement de ses poignets et la raideur anesthésiante dont ses avant-bras ne pouvaient se départir en dépit des efforts qu'il déployait afin de rétablir la circulation sanguine. Un regard vers le bas lui fit réaliser sa nudité, en même temps que le précaire de sa situation : hormis les maillons de la chaîne le retenant captif, dont il ressentait dans son épiderme le dessin anguleux et les aspérités, il n'était pas tant suspendu qu'il ne flottait au sein de la pénombre. Aucun de ses gestes désespérés n'avait seulement imprimé à son corps le moindre effet d'oscillation — comme s'il était inclus dans une matière solide à la fois et inconsistante. Sa respiration demeurait courte et oppressée, quoiqu'il eût depuis déjà longtemps recouvré une immobilité parfaite. A quoi bon lutter, quand toute son énergie l'avait abandonné et sa force démontré son impuissance ? Qu'il restât essoufflé n'admettait pas d'explication — et n'en eut pas, jusqu'à ce qu'il décide que l'air était étrange. Des remugles, qu'il n'avait pas ressentis auparavant, dans le choc de revenir à lui entravé et destitué de ses pouvoirs, mettaient une touche de renfermé désagréable dans chaque inspiration qu'il prenait. Il en acquit bientôt la certitude ; cet endroit inconnu sentait le tombeau, moisissure, poussière et vétusté, avec en arrière-goût un bouquet entêtant mais subtil, dont il n'était pas certain de vouloir identifier les composantes.
Sa vision se fut accoutumée à cette nuance spéciale d'obscurité à l'issue d'une attente que le garçon estima avoir duré des heures. Contre toute prévision, il constata que s'il y voyait aussi peu et mal, ce n'était pas tant la faute à un déficit lumineux qu'à la qualité particulière de l'atmosphère : sauf à souffrir de corps flottants, ses yeux lui découvraient quantité de particules opaques éparses dans l'air, telles de la cendre ou de la pierre ponce, dont la masse imperceptible par ailleurs accroissait l'impression de noirceur de ce qui paraissait en fait être un demi-jour. A condition de se concentrer assez, il pouvait distinguer les contours des murs. Ceux-ci n'étaient pas sensiblement éloignés du point où le prisonnier était en suspension, quelques mètres dans le meilleur des cas ; la pièce était donc moins imposante que l'écho ne lui avait laissé croire. Il lui était loisible, en recentrant son attention, de se pénétrer davantage du lieu. Des traînées verticales, d'une nuance de brun sombre plus ténue, s'évasaient vers le plafond, rythmant la maçonnerie invisible d'un appareillage de piliers ou de colonnes et conférant de faux airs de mausolée ou cathédrale à sa geôle. Les souffles discrets qui faisaient se dresser les petits cheveux à la base de son cou et rebiquer les soies courtes qui lui tenaient lieu de poils pubiens, remontaient du fond de la pénombre ; c'était donc que la pièce s'ouvrait par le bas. La pression de l'air que son sens du toucher croyait répercuter de manière moins intense que sur Terre ou dans feu Elysion évoquait quant à elle les profondeurs de la Lune.
Un rectangle lumineux se découpa subitement à bonne distance de lui. La clarté vive et crue émanait d'un corps plat suspendu dans le vide, dans l'exacte diagonale du prisonnier. L'or y resplendissait avec des airs de brasier, ce qui permit au garçon d'obtenir un aperçu de l'endroit. Longue galerie étroite dont les parois à l'appareillage octogonal plongeaient dans le néant plus loin que ne portait la vue, la salle se réduisait à une double rangée de colonnes en quinconce telles autant de stalagmites et à une passerelle tout juste assez large afin que deux personnes s'y croisent. Des ogives du plafond dégoulinaient des colonnes similaires, sans aucun ornement, dont le fût s'achevait en cannelures effilées à hauteur d'homme par rapport à la passerelle. Cette dernière prenait fin à dix ou douze mètres à l'ouest du garçon enchaîné, sur le rectangle de lumière. Partout de la pierre froide et glabre, d'un bleu outremer mâtiné de noir. Les reflets y peignaient un glacis réfrigérant. La seule trace de couleur émanait de l'or incandescent dans les contours duquel s'épanchait la source de lumière.
Un sentiment d'horreur étreignit le cœur d'Hélios. Cet endroit lui rappelait les souvenirs les pires de sa longue existence. La dimension personnelle de Néhellénia, par delà les miroirs du Cirque de la Lune Morte. Il n'était pas étonnant que la salle empestât la décadence et le vieux... Même défaite par Sailor Moon, la sinistre Reine continuait d'exister dans le monde qu'elle s'était créé, belle et seule éternellement. La façon dont son aura saturait l'atmosphère témoignait sans conteste de la résurgence de ses pouvoirs. Ils n'étaient pas différents, ni plus violents, mais le fait que le Gardien se trouvât entre ses griffes impliquait que Néhellénia était vraisemblablement en possession du Cristal d'Or. Il n'en avait aucune certitude, mais ce n'était pas pour rien que la maîtresse du Chapiteau les convoitait, l'artefact divin et lui...
La sueur perlait à grosses gouttes sur le front du captif. La situation était plus grave que le simple triomphe de son ennemie. La Déesse inconnue qui avait surgi dans Elysion et fait main basse à la fois sur le Cristal, le monde onirique et Hélios lui-même, armée d'une seule, innocente petite fiole, devait remuer des plans à la hauteur de Sa terrifiante noirceur. Un autre se fût méfié, eût soupçonné contreparties, sinon traîtrise, aux dons bénévoles de la glaçante Altesse ; mais pas Néhellénia, le garçon entravé en était convaincu. La souveraine à la beauté figée n'avait pas dû manquer d'accepter les cadeaux, de quelque prix qu'il se fussent accompagnés. La perspective que le désir qu'il inspirait à l'immortelle coquette, de pair avec la promesse du pouvoir absolu incarnée par le Cristal d'Or, allait être responsable des souffrances que la Déesse déchaînerait par le truchement de la Lune Morte, était insupportable à Hélios.
Il sentit la chaîne se donner, au niveau des poignets. Distinctement. Le métal tenait bon, mais les anneaux avaient craqué sous la pression de ses membres. Une autre bouffée de désespoir distendit un peu plus les maillons. Ils ne semblaient pas en voie de céder ; de se fragiliser, plutôt. Il convoqua une nouvelle image de la Ténébreuse libérant les fureurs de Néhellénia sur la Terre. Cette fois la chaîne plia, de la limaille froide comme glace s'échappant des brisures au niveau des veines à la pliure de ses mains. C'était bien cela : l'indignation d'Hélios provoquait un regain d'énergie dans son corps. Le Gardien poursuivit l'œuvre de sape de ses liens avec une prudence égalant son opiniâtreté ; il se savait très inférieur à son ennemie, maintenant que le Cristal était à sa dévotion, aussi n'agirait-il pas à moins de disposer d'une occasion avantageuse. D'ici là, il escomptait ferme apprendre à quelle cible la Déesse entendait s'attaquer via Néhellénia.
Un changement dans le continuum métaphysique de la salle l'engagea à cacher derechef sa magie au dedans de son être. La chaîne recouvra sa cohésion, sinon sa solidité, juste à temps pour que l'illusion fût convaincante. Une forme sombre barrait le dégagement de lumière dans la profondeur du miroir, à laquelle le froufrou de torsades cruellement frisées de part et d'autre de son buste composait une traîne de cheveux épais et drus comme du crin. Deux billes de vif argent ressortaient sur le néant ombré de son visage. La pâleur surnaturelle de son teint défiait l'obscurité qui nimbait la sorcière.
Si Hélios s'était attendu à ce qu'elle traversât la glace, il fut cruellement déçu. La Reine du Chapiteau demeurait sur le seuil, dans le monde réel. Qu'elle s'y trouvât déjà corroborait les craintes du Gardien ; la satisfaction obscène qui transpirait de son maintien, à défaut de pouvoir interpréter l'expression de ses traits, augurait mal du sort d'Usagi et des Sailors. Son nimbe de force exhalait des ondes perceptibles même par delà la barrière dimensionnelle. Plus inquiétant, une part de la propre obscurité rayonnante qui définissait la Déesse à la fiole s'attachait à l'aura de Néhellénia, probablement à l'insu de celle-ci. C'était un écho, atténué quoique dangereux au delà de toute expression, de l'essence des Ténèbres qui armait le bras de la maîtresse de la Lune Morte. Devant cette collusion, les moelles d'Hélios clamaient leur peur panique en s'épaississant et en menaçant de l'envoyer en syncope.
Les flots lumineux refluèrent soudain. Taris ? Non ; arrêtés, ou plus exactement masqués par la silhouette de Néhellénia alors que cette dernière avançait vers le côté du miroir qui donnait sur la chambre obscure. L'écran de ses cheveux battant contre ses épaules avec l'ampleur raide de tentures se combinait à l'outrance des parements de son bustier pour bloquer l'éclat d'au delà de la glace. Son pas était sonore, menaçant, comme si l'ennemie de la Lune Blanche ne pouvait marcher sans exprimer les forces maléfiques qui agitaient son cœur et son aura. Lorsqu'elle eut complètement émergé du miroir, un ample moulinet du bras en gifla la surface brillante. Celle-ci trilla, se fendit sur la totalité de sa longueur ; les craquelures qui s'étendaient sur la vitre d'où ne parvenait plus qu'une lumière pâle devenaient fissures, puis crevasses profondes, et avec elles le front entier de la salle qui prenait fin en un plan vertical à l'endroit exact marqué par le miroir se fracturait. Le bruit évoquait à Hélios des pans de glacier s'entrechoquant — comparaison plus qu'exacte attendu qu'il s'agissait bel et bien de masses énormes en cours de chevauchement. La frontière dimensionnelle avec le monde des hommes était en train de partir en morceaux !
Non contente de n'être plus confinée, et d'aller et venir à sa guise Néhellénia entendait fusionner sa dimension avec la Terre.
Les fulgurances discrètes dont la facette du Cristal d'Or visible dans l'étau de ses doigts témoignaient du recours à l'artefact. Son pouvoir ébranlait la cohésion des mondes à un niveau mineur certes, et insuffisant à les faire crouler, mais qui impliquait une discordance dans le tissu de la réalité dont cette folle ne paraissait pas appréhender le danger à long terme. Pour l'heure, les failles dans l'invisible courtine dont le miroir était l'unique échappatoire béaient à une allure géométrique, essaimant des morceaux de réalité ténus et fragiles à l'image d'autant de fragments de vitre Securit. A peine avaient-ils explosé dans la pénombre opaline de la chambre qu'ils se désagrégeaient en soupirs désolés.
Hélios manqua recracher la salive accumulée dans sa bouche ; le regard arctique de son ennemie venait de se braquer sur lui. Son corps recouvrit instantanément l'immobilité qui seyait à sa condition ; cela n'empêchait pas ses forces de s'accumuler subrepticement dans ses poignets et avant-bras, parés à toute éventualité sous la chaîne aux maillons ébranlés. Tu n'es pas au bout de tes peines, Néhellénia ; tu maîtrises peut-être le Cristal, mais les subtilités de son utilisation t'échapperont un bon moment, j'espère...
— « Inutile de feindre », entonna la Reine de la Lune Morte d'une voix à l'intonation railleuse ; « mon sortilège peut à peine te maîtriser encore, Hélios chéri... Laisse-moi te regarder. »
Des spots dissimulés dans le plafond ciblèrent incontinent le prisonnier. Leur clarté était fuligineuse et froide, exempte de la plus infime pitié à l'instar de ce tout qui se trouvait sous ces voûtes sinistres. Entre ses paupières entrebâillées, le Gardien distingua l'intérêt lubrique animant les traits de vouivre de son adversaire. La chair de poule recouvrit ses omoplates et l'intérieur de ses cuisses devant l'éclat de convoitise faisant luire les yeux de la démoniaque.
— « Tu ne veux pas parler ? Comme tu voudras... Souffre au moins que je te montre en quoi tu diffères de mes autres ennemis. » Ses ongles manucurés se refermèrent en un poing noueux. « Je me suis retenue jusqu'à maintenant ; espérons que le spectacle te servira de leçon... »
Une passe de ses doigts fit s'illuminer une section de passerelle sise à la verticale parfaite d'Hélios. Des volutes d'un gaz sombre s'en élevaient, promptement effacées devant les contours indistincts d'un objet. Une potence, à ce qu'il paraissait, mais étrange, de par sa forme, un grand Y de cristal, et son inclination — elle penchait en arrière à quarante-cinq degrés. En tirant sur sa vue, il était loisible au garçon entravé d'entrevoir un dégagement gazeux plus clair en formation au centre de ce qui ressemblait davantage à un chevalet. Les spires demi solides se stabilisaient à mesure qu'elles s'étalaient à compter du point où les branches de l'Y en rejoignaient la barre. Il aurait été difficile de manquer de reconnaître un corps humain dans ces bras en croix et dans ces jambes liées solidairement. Hélas pour le ci-devant Gardien, la récognition ne s'arrêtait pas là ; les traits de cette face ombragée par sa courte mais épaisse toison noire ne s'étaient pas encore distingués du gaz, néanmoins Hélios eut la certitude qu'il connaissait l'identité du malheureux. Son corps était svelte, habillé malgré sa nudité complète par le dessin de ses côtes et les méplats de ses muscles ; la manière qu'il avait d'éclater de santé jusque dans le sommeil imposé par la magie noire faisait serrer le cœur de l'albinos dans sa poitrine.
Puis les traits se mirent en place sur son visage et Hélios partit d'un cri douloureux.
— « Mamoru ! » La réincarnation du prince de la Terre lui avait été sympathique d'emblée, alors que le garçon aux cheveux bleus n'était pas encore Hélios, juste son esprit matérialisé en Pégase, et ayant donc affaire à Chibi-Usa et son père du futur. Le voir exhibé ainsi que viande sur un étal martelait son âme et son cœur généreux. « Tu n'as pas besoin de t'en prendre à lui ; il n'a jamais ne fût-ce que levé un doigt contre toi... »
Pour toute réponse, Néhellénia hilare se contenta de glisser dans les airs jusqu'à planer avec une majestueuse lenteur devant le chevalet et son jouet humain. Elle le considéra une longue minute, ses traits figés dans une expression calculatrice, avant d'abattre sa main qui ne tenait pas le cristal de part et d'autres des joues du mortel. Le grognement qui échappa à l'enclos de ses dents ne la déterminait qu'à frapper plus fort, jusqu'à ce qu'il fût totalement réveillé. Ses joues gonflées portaient des sillons aux endroits où les ongles trop longs avaient dérapé durant telle ou telle gifle. Ils s'estompèrent tantôt, quoique, de là où était suspendu Hélios, il lui échappait si le garçon affichait ou non sa douleur. Néhellénia fit volte-face en relevant le menton ; une moue qui eût semblé charmante si les lèvres ne s'étaient pas avérées dessinées cruellement et fardées tel un masque de théâtre No, ne celait rien de la satisfaction perverse de la sorcière.
Elle esquissa le geste d'envoyer un baiser à Hélios.
— « Une femme a ses besoins ; cela fait des millénaires que je n'ai pas senti un homme en moi. Quoique la pensée que cette peste de Sailor Moon aie pu jouir de lui tout son saoul me révulse, c'est l'un de vous deux. Et je préfère autant te garder pour la fin. Tu me détestes ; mais qui sait ? je suis convaincue qu'avec le chantage adéquat, ton sens du devoir te créera l'obligation de me donner ce qui m'attire. Ton corps et ton âme, librement consentis... A présent, regarde ! »
Elle n'avait pas fini sa phrase que le Cristal d'Or s'envolait du réduit de ses doigts ; ses facettes miroitantes vinrent tournoyer lentement au dessus du poteau de torture, baigné par elles d'un jour écru. La peau nue qui s'étala lorsque Néhellénia, d'une main pressée, eût dégrafé les attaches de sa robe et enjambé les pans ouverts de celle-ci au même instant où ils glissaient sur les tomettes écarlates de la passerelle, ruisselait froidement comme une Stryge sous la lune. Du vampire, elle détenait la beauté immobile et glaciale, complète jusqu'aux yeux purpurins — leur bleu gris impavide se devinait toujours, mais présentement l'appétit charnel prédominait sur lui. Le pas qu'elle décrivit vers sa proie mit en branle sa chevelure ; les galbes de ses seins et de ses hanches en provocante progression diffractait la lumière du cristal, si bien qu'il n'était nul besoin de spots afin qu'Hélios obtînt une vue parfaite sur ce qui s'ensuivit.
L'appréhension noyant les iris du garçon offert à son regard délectait Néhellénia comme peu de choses dans l'univers le pouvaient. Elle laissa la tension s'accumuler, les poignards de ses ongles décrire des arabesques dans le vide non loin du torse de Mamoru. Un regard lui avait suffi pour savoir que, question virilité, le compagnon de la feue princesse du Millénium d'Argent ne souffrait pas la comparaison avec Hélios ; pourquoi était-ce une surprise ? Son attention rivée à l'entrejambe du mortel avait fini par paniquer celui-ci. Elle s'en réjouit grandement.
— « Sailor Moon se contentait de peu », susurra-t-elle dans une torsion de son buste qui l'amena à la hauteur des yeux de Mamoru. Sa langue noire comme d'un cadavre lécha plaisamment l'une après l'autre les arêtes de son nez. « Qu'allons-nous faire de toi, petit humain sans valeur ? Te picorer bouchée après bouchée ? Ou goûter à ce que ne commences déjà plus à contrôler ? »
Ce que disant, la poigne de la souveraine était descendue se porter à sa verge. Le rythme de la respiration qui soulevait doucement les boucles au sommet de son crâne s'était accéléré, or Néhellénia n'avait même pas commencé à manipuler l'organe ! L'excitation de Mamoru montait donc ; voilà qui promettait... Ses doigts aux ongles rétrogradés à dimension normale flattaient la peau râpeuse des sacs avant de remonter en un geste plus appuyé à la naissance du sexe. L'afflux de sang arrivait par à coups, réchauffant la pauvre chose et l'animant au delà de ce que pouvait contenir la main de la sorcière. Lorsque la tenue de l'érection lui sembla suffisante, elle lança à sa surface un sort d'expansion avant de décroiser ses jambes pour mieux se hisser sur le pénis en pleine croissance ; ses deux mains se nouèrent simultanément sur les pectoraux du jeune homme où elles cherchèrent, et trouvèrent, les boutons érigés des mamelons. Les fourches de ses cheveux rebiquèrent en un ressac désordonné, l'aiguillon du plaisir dissipant son self-control, pour danser en filaments de méduse tout autour du couple copulant.
Les sons mouillés de leur union avaient inspiré une rougeur furieuse aux joues d'Hélios. Son sentiment de dégoût ne tarda pas à tuer le début d'émoi dans son bas-ventre. En effet, là où Mamoru gémissait et s'agitait et dardait désespérément sa tête dans l'espoir de capter de sa lèvre la poitrine que Néhellénia, penchée comme elle l'était sur lui, lui promenait devant les yeux, il était évident que la maîtresse de la Lune Morte, loin de s'abandonner à la passion, prenait grand soin de maîtriser celle-ci. Ses yeux où l'éclat pourpre avait rétrogradé suivaient ostensiblement les réactions du Gardien ; un éclat de bien mauvais augure s'y affichait de temps en temps avant qu'elle ne redirigeât son attention vers le mortel frémissant sous ses coups de bassin. A mesure que passaient les minutes, les ongles occupés à malaxer la plaine de l'abdomen devant eux se faisaient plus vicieux, déchirant la peau et traçant des figures languissantes avec le sang qu'ils répandaient. Ce qui s'apparentait, vu d'en haut, à des ondes maléfiques s'épanchaient hors de son pubis — de là le ravissement, toujours aussi béat en dépit des blessures, qui n'avait pas décru sur les traits rougis et transpirants du fiancé d'Usagi.
Hélios savait mieux que quiconque les périls encourus à laisser tomber le masque. Faire craquer ses liens et s'interposer ne sauverait pas Mamoru ; probablement Néhellénia lui tendait-elle un piège, par le spectacle odieux de cette bacchanale. Bougerait-il qu'elle exécuterait sur le champ son joujou sexuel avant de se retourner contre lui et, comme en se jouant, d'imposer les débordements de la sienne lubricité au bras trop faible du Gardien. Il se composa donc un visage impassible complété d'oreilles absentes, dans l'attente que le viol arrivât à son terme. Il n'avait que trop duré, déjà ; les minutes s'étaient allongées hors de proportion, à l'instar des menus cris échappés au garçon qui viraient dès à présent à la plainte continue, de ses halètements ponctués de pauses lorsque l'excès de sensations, souffrances et jouissance, piégeait l'air au dedans de ses poumons, et des craquements du chevalet soumis à flexions et poussées ; mais la magie érotique n'en finissait pas de durer. Hélios pressentait pourtant que l'on s'acheminait vers le dénouement — la force vitale de l'amant résonnait à ses sens atténuée et basse telle une chandelle en fin de course, et il y avait le manège de plus en plus glaçant des mains griffues de la sorcière contre sa pomme d'Adam. Le garçon aux prunelles ambre était peut-être vierge, il n'en savait pas moins reconnaître un orgasme quand il en percevait un sur le point d'advenir ; le contrôle de Néhellénia avait donc fini par s'effriter...
Elle partit tout à coup en arrière, auréolée par ses mèches en folie, tint quelques secondes sur ses reins une position à cent quatre-vingt dix degrés par rapport à Mamoru, puis se redressa d'un mouvement saccadé. Son buste de sylphide dégouttait littéralement de sueur ; des traînées carmin là où les balafres infligées à celui qu'elle avait acculé au coït étaient venues l'éclabousser, poissaient son ventre plat. Ces larmes sanguinolentes s'affaissaient paresseusement en direction de sa vulve. Mais rien n'égalait l'horreur de son visage à l'instant où elle le dirigea vers Hélios. Elle était au delà de la satisfaction. Une extase sans bornes lissait les contours de ses traits à la beauté figée, l'assimilant à une icône terrible dans le goût des Symbolistes, Salomé, Hérodiade, le Péché enfantant la Mort. La haine dans sa plénitude révulsait la moindre parcelle de l'être de Hélios : cette monstruosité cosmique, oser le narguer tandis qu'elle s'apprêtait à fondre sur le pauvre Mamoru ! Le jeune immortel ne lui pardonnerait jamais ce forfait.
Les manches et les parements de sa robe revinrent de leur propre chef couvrir son buste. Ses cheveux jusqu'alors lâchés tout autour d'elle en une masse en folie, s'élancèrent à la verticale telle la corolle d'un monstre sous-marin, ce qui laissa le champ libre aux flots d'étoffe de la jupe, à la traîne ensuite, qui de revêtir ses jambes poissées par la semence, qui de s'ajuster contre son dos d'albâtre. Une fois rhabillée, elle descendit de Mamoru duquel elle s'éloigna de quelques pas. Un claquement de doigts intima au Cristal d'Or de recouvrer sa place dans sa main gauche. Le chevalet était revenu entre-temps à angle aigu de la passerelle. Le faisceau des spots tomba sur le garçon nu arrimé au support, comme la silhouette cruelle de la mégère s'encadrait devant lui, en lisière du cône de clarté.
— « Le moment de tirer ta révérence a sonné », lâcha-t-elle en ayant soin de détacher ses mots. « Tu m'auras divertie, c'est plus que n'ont fait toutes tes pitoyables camarades de la Lune... Mais j'aurai très bientôt mieux, alors au plaisir de ne jamais se revoir ! »
Les ongles recouvraient leur longueur meurtrière au bout de sa main libre. Elle en cingla l'air avec des mines gourmandes, non sans décrire des pas feutrés en direction de la gorge offerte du jeune homme. En effet, le chevalet glissait tout seul à sa rencontre, son cristal rampant vers elle centimètre après centimètre. Le son émis rappelait celui, ô combien intolérable, de la roulette d'un dentiste. Les protestations que ne retenait plus Hélios au dessus des deux protagonistes de l'acte ultime du drame avivaient le plaisir pris par Néhellénia à retarder la mise à mort. Musique à ses oreilles que l'angoisse dans le ténor léger du Gardien d'Elysion. Son ravissement eût touché à l'extase si d'aventure les Sailors avaient survécu pour remplir le parterre ; aux premières loges de l'exécution, réellement, le spectacle aurait été mémorable. Le voile ensorcelé dont elle avait nimbé le mortel était en voie de disparaître ; ses iris naguère vitreux et déroutés la ciblaient avec haine, sans une once de peur dans le regard. La souveraine en conçut de la rage. Or donc, jusque dans l'avilissement, l'ancien prince de la Terre s'enhardissait à la défier ! Elle avait manipulé ses sens, dominé ses instincts mieux qu'aucune femelle de sa race, et le bâtard, non content de ne pas s'abîmer sous le dégoût de soi, montrait suffisamment de fierté afin de regarder son destin droit dans les yeux. Nous verrons quelle contenance sera tienne quand mes mains serreront l'existence hors des artères de ta poitrine, siffla entre ses dents Néhellénia furieuse. Elle qui avait eu l'intention d'aller vite en besoin, le vitriol qui coulait dorénavant dans ses veines hurlait que l'affront devait être lavé. C'était résolu ; l'impertinent n'aurait pas droit à un trépas rapide. L'exemple proposé à Hélios n'en serait que plus frappant...
Une malédiction fusa hors de sa bouche. L'atmosphère de la chambre s'emplit de l'odeur du souffre et de la puanteur âcre des miasmes. Hélios pouvait presque entendre les mouches et autres insectes porteurs de maladies se mouvoir au sein des ombres dont la chambre était riche. Il y avait plus. Néhellenia changeait à vue d'œil. Des filaments de chair congestionnée, noir pétrole, ressortaient en hideux lacis sur son cou, la naissance de ses épaules et la profondeur pigeonnante de sa gorge, dénudés par l'échancrure de son bustier. Mamoru avait dû dire ou faire quelque chose d'impardonnable, car elle était enragée... L'intense aura purpurine dont les vapes accompagnaient la marche de la sorcière reflétait sans fard la démence qui agitait son âme.
Voici qu'elle se tenait à quelques centimètres de la forme affaissée et liée du garçon sur son poteau de torture. Une trajectoire trop rapide pour les sens du Gardien envoya une giclée de sang, vermillon phosphorescent sous les sunlights, nourrir les parasites grouillant aux alentours. Sept autres s'ensuivirent. Hélios ne voulait pas compter, mais le moyen de faire autrement, dans sa position ! Le cri guttural et sourd qui s'était frayé un chemin hors des mâchoires de Mamoru avait culminé en hurlement quand les ongles des index de Néhellénia étaient venus trancher tendons et ligaments au dessous de ses mains. Ensuite, plus rien. La Reine du Chapiteau avait pris du recul ; elle contemplait son œuvre, rayonnante et obscène dans sa robe barbouillée d'écarlate. Un peu de sang avait trouvé moyen de souiller les trois croissants de lune apposés en breloque à son front.
Elle revenait au contact de Mamoru lorsqu'une secousse extrêmement brutale frappa la chambre. Hélios que la pression de l'air sur ses membres maintenait jusqu'alors en dans un étau comprit qu'il était libre et dans une position fort précaire à la seconde où le poids de son corps porta sur ses bras. Les chaînes cliquetèrent avec déplaisir, le déportant de-ci, de-là au gré des oscillations de la pièce, avant qu'un roulement plus violent que tout le reste ne le drossât avec une force imparable contre la muraille limitrophe. Puis le mouvement de balancier le ramena à son point de départ — mais par trop vivement. La suite des maillons se déforma, et, à bout de chaînes, il s'encastra dans le plafond, le marbre râpeux comme peau de requin résonnant pour céder sous son corps plus solide que lui. Néhellénia en personne avait été projetée dans le vide, la passerelle brisée en quantité de tronçons dont elle devait, tout en se maintenant en vol, dévier les débris d'un maelström de sortilèges. L'effondrement partiel des voûtes avait envoyé au tapis le grand miroir à son extrémité du chemin suspendu ; à l'autre, le chevalet s'était abîmé au tout premier à-coup dans l'écroulement des proches colonnes.
Puis secousses et tremblements stoppèrent.
— « Tu es en retard, ma vassale », fit une voix suavement vénéneuse.
oooOOOooo
L'extrémité de l'épée de bambou abattue sur le sol forte des cent et quelques kilos jaugés par Tatsumi avait fait litière des réticences. Les serviteurs couraient de tous côtés, se passant les cartons à chapeaux et les pesantes caisses abritant les toilettes de la princesse Kido. Les malles seraient certainement les dernières à prendre le chemin du Colliseum, conséquemment hors délai, si le transfert de la garde-robe depuis le palais du pope vers le pied de la montagne sainte persistait à s'exécuter à ce pas de limaces. Tous des imbéciles, pestait le majordome ; à deux douzaines, ils étaient incapables d'expédier le portage autrement qu'en ployant sous le faix qu'ils auraient dû se sentir honorés de charrier ! Ils évitaient certes, sur ses instructions, l'escalier des douze Temples, trop plein de Chevaliers et de piétaille. Ce n'était pas une raison pour traîner. Tatsumi avait sérieusement considéré se harnacher derrière une des charrettes empruntées aux resserres, au vu de la pile de choses précieuses restant à déménager. Sans sa présence, hélas, ces bons à rien ralentissaient le pas, compromettant la mise en sécurité des affaires de sa maîtresse. Athéna pouvait haïr autant qu'elle le voulait le grand train que le butler entretenait autour d'elle, il n'y avait pas aucune raison qu'elle allât nue et sans apprêt. Cela eût constitué un affront au décorum — pis, à la mémoire de Mitsumasa Kido, lequel veillait personnellement, de son vivant, à ce que sa fille connût tous les égards possibles.
Quatre robustes jeunes hommes surgirent à l'entrée du palais et, sans attendre, prirent à bras-le-corps les deux dernières caisses en forme de cantines. Le cuir pleine fleur ferré d'argent étalait la sueur poissant leurs doigts, faisant glisser le faix avant qu'un effort ne le stabilisât. Ils respectaient l'ordre d'évacuation lancé par la Déesse, seulement voilà, ils avaient davantage peur du Japonais accoutré en samouraï... Avec Shina affairée à superviser le comptage des partants ; Marine poussant le fauteuil d'invalide de son frère ; les Bronzes demeurés tels, Jabu et autres, qui s'assuraient que nul ne manquât à l'appel en condamnant l'une après l'autre les installations et demeures ; et les Saints d'Athéna, Chevaliers d'Or et Chevaliers Divins, téléportés autour du monde par l'un ou l'autre des Dieux présents en quête de leurs proches, le valet de la grande Athéna commandait l'obéissance. Qu'il fût fort comme un Turc ajoutait à son aura d'autorité
Tatsumi porta les yeux à sa coûteuse montre-bracelet. Plus que dix minutes... Les bijoux dans son havresac bourré à craquer l'entraînaient en arrière, mais il n'en avait cure. Il n'allait pas confier pour des milliards de yens au premier abruti venu ! Son regard s'attarda du côté de la pyramide de malles. Tant pis ; il faudrait les abandonner là... Un signe au serviteur qui se battait avec le pêne de la porte monumentale comme quoi ce n'était pas la peine de se mettre de la sorte en frais, et sa résolution fut prise. L'homme n'attendit pas pour se débander ; ses jambes de vingt ans laissèrent le Japonais sur place dans un petit nuage de poussière.
Abandonnant son épée de kendo contre le fut d'une colonne, la montagne faite homme resserra les lanières du sac autour des siennes omoplates, pour se retourner tout d'une pièce et embrasser du regard la masse silencieuse du palais. Il regretterait la majesté du lieu ; Athéna, les Dieux la bénissent !, y était insensible, néanmoins il convenait plus qu'elle ne le voudrait jamais l'admettre à son extraction. Ces adieux achevés, Tatsumi franchit à grandes enjambées le terre-plein au delà duquel plongeait l'escalier des Douze Temples.
La sente aux pavés disjoints et inégaux ne l'emmenait pas dans ses lacets le long de la montagne depuis une minute qu'on le hélait des degrés monumentaux. Etait-ce l'éloignement, la lourdeur des pensées qui bruissaient sous son crâne, ou le pressentiment qu'il ne lui arriverait rien de bon s'il prêtait attention à ce timbre profond, le marcheur accablé de trésors ne donna pas suite. Au contraire. Son pas gagna en énergie. Seulement huit minutes... C'était dans son intérêt d'arriver en avance, quand bien même de quelques secondes. Les Saints de tous ordres pouvaient se permettre un retard, mais pas lui, surtout sous les auspices de cette nouvelle Athéna. Il devait l'avouer, elle lui inspirait une franche appréhension.
— « Qu'est-ce que ça signifie ? », l'interpella une voix nasale qu'il n'associait de prime abord à personne au Sanctuaire. « Nous avions dit : les personnes seulement, or je viens de croiser mes serviteurs mettant à l'abri tes babioles sur ton ordre exprès... »
Un pinceau de Cosmo or surgit au milieu du chemin, ses contours aussitôt éclipsés par l'éclat d'une lumière divine. Tatsumi, qui avait dû se protéger les yeux de son avant-bras, resta bouche bée. Athéna, grande, martiale, auburn, et mécontente au plus haut point, l'honorait de sa présence. Il tomba avec un moment de retard en une génuflexion profonde.
S'il attendait la permission de se relever, ses espoirs étaient très mal fondés. La Déesse fut sur lui en trois pas et le fusilla du regard. Ses yeux pers étaient rien moins qu'amènes.
— « Ma princesse, je peux tout expliquer », bredouilla-t-il.
Un mouvement impérieux de la tête le convainquit de ne pas poursuivre. Le Cosmo latent de sa maîtresse était teinté d'impatience, et pas qu'à demi intimidant. La manière dont le jupon de sa robe, blanche et simple à l'extrême, flottait le long de sa silhouette indiquait suffisamment combien elle était sérieuse.
— « Ce barda doit t'encombrer », dit-elle sur le ton du sarcasme. « Souffre que je t'en libère ; nous parlerons ensuite. »
Les lanières cédèrent autour de sa nuque et des épaules. Brusquement délivré du poids du sac, son dos arrondi et courbé sous la masse se détendit ainsi qu'un ressort, et le grand homme rasé s'enroula sur lui-même, piquant du nez avec la maladresse d'un novice à l'école du cirque. Le sifflement d'un corps lourd projeté dans le vide, puis les cognements sourds et sec de pierres roulantes : son faix avait emprunté la voie le plus directe pour le pied de la falaise — par la face verticale, à l'opposé du raidillon parallèle à l'escalier des Temples. Tout en relâchant le souffle qu'il savait avoir retenu bien trop longtemps dans ses poumons, le Japonais, qui s'était sans le savoir remis debout aux premiers signes de telékinésie, s'empressa de retomber à genoux.
— « J'ai offensé Votre Grâce, je lui en demande humblement pardon ; comme toujours, j'ai visé son service et sa plus grande gloire... »
— « Assez de mots ronflants ! Ce que je constate c'est que tu n'as aucun respect envers la vie d'autrui... Le passé ne t'a pas servi d'exemple, lorsque tu battais mes Saints enfants ; tu diriges, régentes, distribue les horions — je n'ai nul besoin d'une brute telle que toi ! »
— « Princesse, en me chassant, vous bafouez la mémoire de Monsieur Kido... Princesse ! »
Les cris du majordome retentissaient à présent avec une sorte d'agonie. C'est qu'il était traîné, talons vers l'arrière, sur le chemin inégal en direction du palais ! Battant des bras, arquant ses jambes, pieds en dedans, en un effort surhumain pour s'opposer au vouloir de la Déesse qui l'attirait hors de sa vue, tel un voleur pris au collet, comme avec un treuil, Tatsumi vociférant et protestant de sa dévotion donnait un spectacle pitoyable de la nature humaine. Comprenant que rien de ce qu'il avançait ne servirait sa cause, il en était venu à apostropher violemment Athéna. Qu'il haïssait ce en quoi elle s'était transformée, cette amazone dénuée de conscience, la virago mythologique dont il comprenait pourquoi elle comptait tant et tant d'ennemis. Rien n'y faisait. La poigne invisible et infrangible continuait à l'entraîner vers le bourbier de dorures et de marbre qu'était la demeure du pope. De guerre lasse, et épuisé bien qu'à la vérité la scène n'avait pas dû durrr plus d'une minute, et une autre encore son humiliante sortie, le butler hurla à la Déesse que puisqu'elle attentait en sa personne à lui à la confiance de son grand-père, cela prouvait combien indigne du grand Kido véritablement elle était.
Il aurait été mieux inspiré de ce taire. En un éclair, Athéna apparaissait assez près de lui afin de lui souffler son haleine au visage — verveine, ambre gris et vétiver, releva-t-il avec son nez de taste-vin. Ceci avant qu'il ne réalisât l'étendue du péril dans lequel il venait de se placer. La Déesse paraissait gigantesque, comme s'il avait soudain rapetissé ; ses immenses cheveux fauves ondoyaient calmement sur le versant droit de sa nuque, en saisissant contraste par rapport aux plis durcis de son visage. La discordance qu'étaient ses yeux accablait le maraud sous leurs éclairs. La traction avec laquelle ce dernier se débattait changea incontinent ; le voici à présent dont les membres appesantis le tassaient sur sa propre carcasse.
— « Mortel présomptueux », rugit la Déesse en le toisant de sa hauteur surnaturelle. La pression qui courbait Tatsumi grandit jusqu'à l'intolérable. « Kido était un saint homme ; ne t'avise plus jamais de lui baver dessus, ou j'oublierai un moment qui je suis et te crèverai... »
Elle se détourna avec tout le mépris du monde dans le balancement de ses épaules. Les affres de la pesanteur se détournèrent de la misérable carcasse du Japonais. L'air soulagé qui se lisait sur ses traits fut de courte durée : il se sentit happer puis soulever de terre depuis une prise sur ses vertèbres cervicales. Il s'élevait centimètre après centimètre des dalles ébréchées de la sente ! Au comble de l'effroi, la lisière escarpée sur laquelle mourait cette dernière cédait devant lui à l'abîme qui avait emporté son sac. Sa menace... Athéna allait-elle le drosser dans le vide ?
Un bruit de pas vers la droite matérialisa l'arrivée de quelqu'un. Le front de la falaise duquel Tatsumi s'approchait inexorablement était l'unique centre de son attention, aussi ne lui prêta-t-il que peu d'intérêt. Au demeurant, l'étau sur sa nuque n'autorisait aucun mouvement de la tête. Il avala sa salive avec un bruit audible ; ses pieds... ils avaient quitté la terre ferme ! Cela faisait une trentaine de centimètres d'avec le chemin de servitude sur lequel il avait pensé, peu auparavant, prendre la large avec la joaillerie de sa maîtresse. Et il descendait... descendait. Le niveau du sommet de la falaise ne s'alignait déjà plus avec la visée de ses yeux. Il désira crier sa frustration, mais s'en trouva empêché. La pression sur la base de son cou embrassait dorénavant sa gorge. Ce fut donc avec une impuissance hybristique perceptible par le roulement des globes oculaires dans ses orbites et les grimaces déformant la moitié inférieure du visage que Tokumaru Tatsumi sortit, sinon tout à fait de l'existence — car il n'était pas écrit que la Protectrice de la Terre écourterait les jours d'un seul de ses sujets —, du moins de celle de la déesse Athéna.
Les pas qui s'étaient fait entendre alors que l'odieux personnage sortait pour toujours de sa vie amenèrent une ébauche de sourire aux lèvres de la susdite, vite remplacée par une grimace. Elle venait de se comporter, statut divin ou non, à l'image de Tatsumi. Devant témoin !
— « Tu dois me pardonner, Saga », dit-elle avec une courte révérence dans sa direction ; « cela n'est pas conforme à mon devoir. Une Déesse se doit de — »
Le Chevalier des Gémeaux s'inclina à son tour, avant de l'interrompre d'un claquement de cape lorsqu'il parvint à son niveau. Son expression goguenarde était éloquente.
— « Ce paltoquet ne l'a pas volé... Oubliez-le, Altesse. Ceci étant réglé, je venais vous informer que nous sommes quasiment au complet. Sire Hélios attend le signal de Seiya pour les ramener, Seika, Miho et lui ; il ne reste plus que Shiryu et Shunrei. »
Athéna avait fermé les yeux un bref moment. Son expression était soucieuse lorsqu'elle les rouvrit. Des rides prématurées sillonnaient son front, ses yeux avaient perdu de leur éclat au profit d'un bleu et d'un vert ternes, glauques.
— « Il ne sont pas près de rentrer... Shunrei a quitté depuis longtemps la cabane de Rozan. Avec qui dis-tu qu'est parti le Dragon ? C'est étrange ; j'ai du mal à les visualiser... Mon énergie est comme parasitée. »
— « Le blond platine aux cheveux longs, Loxias... Oh, que... ?! Votre Altesse !!! »
Saga se hâta de rejoindre sa souveraine. Le Déesse avait laissé filer un glapissement, son Cosmo fluctuant parcouru de flammes erratiques, puis, sous les yeux médusés qui enregistraient sans voir vraiment du Chevalier d'Or, elle s'était prise la tête entre ses mains et avait commencé à glisser sur elle-même, en proie à une souffrance écrasante. Saga comprit qu'il n'était en mesure de rien faire, hormis manifester son soutien à la jeune femme qui combattait sa douce étreinte et s'y blottissait à la fois en fonction des pics ou des paliers de la douleur. Ce qui la tourmentait ne lui parvenait pas ; ce n'était pas faute d'essayer, mais il avait beau étendre son Cosmo sur le plus grand rayon possible, rien qui sortait de l'ordinaire ne s'imposait à ses sens. En désespoir de cause, il recourut à son lien télépathique avec Kanon. Pourvu que son jumeau l'entendît...
Athéna s'extirpa tout à coup de ses bras d'un mouvement saccadé ; de la bave perlait à la commissure de sa bouche, ses yeux en partie révulsés étaient d'une démente. Sa voix blanche qu'elle raclait pour lui faire exprimer des mots intelligibles avait tout de l'animal apeuré qui se terre devant le prédateur. Sa terreur gagnait le Gémeau, car il s'écarta d'elle imperceptiblement.
— « Zeus nous garde », réussit-elle à articuler entre deux haut-le-cœur ; « Elle vient d'apparaître parmi nous. Je ne... je ne pensais pas qu'une malveillance... une haine semblable était possible. »
oooOOOooo
Shunrei, le cœur en joie, achevait de balayer la pergola de sapin qui flanquait la maison quand un sifflement rabattit son attention vers l'office. Le souper sur le feu appelait après elle ! Son œuvre n'était pas achevée ; la petite bise typique des fins d'après-midi agitait mollement les plantes semées dans un hasard coordonné sur le pourtour des degrés ceignant l'abri de bois, des feuilles enhardies par le souffle se donnant mine de vouloir grimper les cinquante centimètres en haut desquels la construction ovale dressait la brique rouge de ses murs et l'arrondi de son toit. La jeune femme ramassa prestement les pollens et les menues brindilles à portée de son balai de crin, puis cala sous son bras l'instrument, la pelle de rotin et la corbeille similaire tenant lieu de poubelle. Les fumets de la viande au dedans de son pot de terre cuite étaient à point lorsqu'elle entra dans la cuisine ; elle vérifia la cuisson, ajoutant une bûche sous le foyer que le défaut de croustillant des galettes de maïs assurait n'être point assez chaud, déplaçant divers ustensiles au jugé, pour enfin se camper devant la huche. Les portes latérales ne recelaient rien de ce qu'il lui fallait ; peut-être les croisillons géométriques de l'ouverture centrale cachaient-ils à sa vue les pains bistres qui seraient délicieux en accompagnement de la poitrine de porc au soja... Shunrei ne voyait aucun autre endroit susceptible d'écourter sa quête dans la pièce meublée à la chinoise. Le temps ne lui manquait certes pas ; les membres de la maisonnée tous dehors hormis les plus jeunes affalés devant les images déversées par le satellite — unique touche de modernité dans ce logis traditionnel — réclamaient leur pitance à un horaire immuable. Pourtant Madame Zhao n'aimait rien tant que revenir à l'improviste avec une volaille ou le produit d'une vieille créance et s'assurer, comme elle disait, du bon ordre des choses, pour s'en retourner dans un plissement de ses lèvres fines une fois rassérénée quant au train dont allait la maison en son absence. La jolie Chinoise ne prêtait plus attention, ou si peu, au manège de la maîtresse des lieux ; en comparaison du labeur harassant auquel se réduisait son existence à Rozan, entre un Dokho qui n'y entendait rien en fait d'économie domestique et un Shiryu davantage prompt à engloutir les provisions qu'à cultiver le sol, cuisiner ou entretenir ce qui ne pouvait manquer de se salir entre leurs quatre pauvres murs, n'était-elle pas maintenant nourrie, défrayée et assignée à une couche confortable sur l'arrière du logis ? Son ancienne vie trop riche de larmes et de soucis peignait des couleurs les plus vives son quotidien présent de femme de charge dans la maison Zaho. Elle aimait encore le Dragon, mais ses résurrections successives étaient trop pour son cœur tendre ; elle n'avait pas attendu d'être au clair sur ses sentiments pour s'enfuir de Rozan. Bien lui en avait pris ; à peine descendue de son train, dans la grande ville provinciale, un concours de circonstance la mettait en rapport avec un certain Shiramine Zaho, ouvrier du pétrole de son état. Le petit homme se disputait avec une femme guère plus âgée que Shunrei ; tous les deux s'exprimaient en japonais, sans doute de manière à n'être pas compris de la foule clairsemée qui déambulait à l'aventure sur le parvis de la gare. La jeune dame criait haut et fort qu'elle ne retournerait jamais à Hokkaido avec l'homme ; qu'il pouvait tracer une croix sur ses services, quelque augmentation qu'il lui offrît, et quand même il l'avait raccompagnée au pays pour les funérailles de sa mère ; que la Bon Dieu de famille du quidam n'avait qu'à se chercher une autre souffre-douleur, la vieille, ses exigences, ses sales moutards et la bicoque dans son trou perdu. Le couple dûment séparé, Shunrei s'était enhardie et aborda l'homme. Son audace paya ; il se trouvait en effet que la place de la Chinoise acerbe était vacante, que le bonhomme râblé et sec devait le soir même regagner le Japon, et que son épouse née sur le continent le disputerait jusqu'à plus soif s'il s'avisait de revenir sans une bonne de l'Empire du Milieu parlant le Nihongo. Une heure après, il payait à Shunrei un billet en seconde classe sur un cargo, direction le sud de l'archipel. C'était il y a avait huit mois de cela, peu après le terme de la bataille des Enfers, lorsque le sort de Shiryu, Dokho et des autres demeurait en suspens. L'émissaire de la Fondation aux Cinq Pics porteur de la nouvelle de leur retour avait précipité la décision de Shunrei.
La vague de souvenirs reflua comme la jeune fille à la natte passait dans le vestibule. Ses yeux étaient tombés sur l'autel Shinto ménagé, à la place d'honneur, dans une niche du mur. Les angles drapés de crêpe noir du sobre petit cadre la ramenaient aux préoccupations de l'heure. Le gaillard sur la photographie la toisait de ses yeux passionnés ; les rubans de deuil et les ornements religieux dont s'encombrait la tablette, brasero, supports à encens, poignard rituel dans son étui gemmé, miroir damasquiné et bandes de papier plissé en pendeloques depuis la bordure du dais qui surplombait le petit édifice, étouffaient à peu près totalement la silhouette compacte et altière du défunt dans son costume traditionnel. Shunrei s'arrêta devant le cadre, joignit les mains sur son cœur ; elle n'avait pas eu l'heur de rencontrer le feu garçon, et on en parlait très peu, mais il était certain qu'il avait laissé un vide considérable. Aussi bien la nouvelle de sa mort, tombée de la veille, planait-elle sur la maisonnée en une ombre tangible. Le père n'avait pas dessaoulé dès lors qu'il était rentré de la préfecture, liste des victimes en main ; Madame Zhao faisait comme si le deuil était pure affaire d'apparences, apprêtant l'autel, avisant les voisins, ordonnançant un banquet en prévision de la reddition prochaine du corps, et courant la campagne suivant l'ordre immuable de ses jours. Les enfants, du plus âgé, du haut de ses dix-sept ans, au benjamin, six ans et demi, ne pleuraient pas encore ; la réalisation les affecterait ensuite, pour le moment ils se contentaient de nier l'évidence et de vaquer à leurs occupations — école, amusements et TV. Il incombait à Shunrei, ce qui du reste lui causait infiniment de joie, de les maintenir propres et calmes dans des chambres décentes. D'ailleurs, le son excessif émanant du salon appelait de leur côté l'attention de la jolie Chinoise ; deuil ou pas, elle devait leur faire mettre leur programme en sourdine. Forte de son expérience, elle fit un crochet par l'armoire à provisions dont la mère Zaho seule partageait avec elle la clé. Ce fut une jarre à macarons sous chaque bras que Shunrei franchit le seuil de la salle à manger.
Les six enfants de la famille, quatre garçons pour deux filles, occupaient toutes les places disponibles autour de l'écran dans la pièce exiguë. Le plasma Sony trônait sur son long meuble bas de rotin à portes et caissons à claire-voie, jouxté par deux vases pansus dont le bec explosait de grandes fleurs vernissées, lys, arums, gueules-de-loup roses, et se mirait sur les lattes vernies de cerisier qui couraient sur la longueur de la pièce. L'harmonie rouge impérial avait dicté les formes, matières et textures du mobilier. Un grand banc chinois encombré de coussins abritait les membres alanguis des trois plus jeunes enfants ; une fille au chignon compliqué, dans les dix ans mais en paraissant davantage, la faute à sa mine sérieuse et à son kimono saumon un tantinet trop ample, s'appuyait le dos, assise en tailleur sur le camaïeu de teintes chaudes de la laine du tapis, contre l'élément médian du grand buffet d'orme massif, laque pourpre sur les panneaux et les arêtes, bois blond pour les ciselures, l'emmanchement des poignées et les queues d'aronde ; dans les deux fauteuils empereur à dossier ajouré, bas et inconfortables de par l'étroit montant armorié dans lequel, vaille que vaille, il fallait caser épaules, épine dorsale et fesses, avaient pris place les aînés de la fratrie, de part et d'autre du banc. Le milieu du salon, guère davantage d'un mètre cinquante en son diamètre maximal, abritait une table basse également laquée rouge, dont la rotondité, le travail délicat des intailles d'ivoire et la malachite en fines couches qui servait de plateau, évoquaient avec délicatesse la collection de figurines alignée ainsi qu'à la parade sur le dos du buffet, sous l'ombre bienveillante des lanternes accrochés au plafond à la gueule de lion de la plus proche tête de poutre. L'atmosphère était étouffante et cossue.
Shunrei fut accueillie par le torrent verbal d'un journaliste décrivant, en cantonais formel, la stupeur qui s'était emparée de tout le continent à la vue des images qui occupaient l'écran. Le choc fit lâcher à l'accorte brunette les jarres calées sous ses aisselles. Leur fracassement sur le sol ne fit même pas dévier un sourcil de la contemplation passionnée du plasma chez les jeunes téléspectateurs. La foudre aurait pu s'abattre sur la maison que personne, y compris la mouche qui butinait les fleurs, y compris Shunrei, n'eût pu, ou su, réagir.
Elle s'extirpa tantôt de la torpeur qui l'avait gagnée. Un battement de cœur la vit bondir au milieu du salon, marcher droit aux deux garçonnets et à la petite fille.
— « Nous devons fuir séance tenante », suppliait-elle les gamins interloqués de la voir tout à la fois pleurer, les cajoler et se tordre les mains. « Je sais, croyez-moi sur parole, que cela peut paraître fascinant, mais ce n'est qu'apparences. La laideur ne va pas tarder à sourdre de derrière la beauté ; alors il sera trop tard. Vous, les grands, Amano, Kesuké, Mitusi, préparez un sac chacun ; je m'occupe des petits. »
Les enfants, partagés qu'ils étaient entre l'incrédulité devant le comportement affolé de leur amie et confidente, si pondérée à son habitude, et la crainte sourde que la contemplation des images instillait dans leurs jeunes cerveaux, plus enclins que les adultes à accepter un spectacle aussi manifestement surnaturel, se levèrent de leur siège. La fille en kimono avait pris par le bras le tout dernier frère et s'engageait dans le couloir des chambres, tournant le dos à la vision de la face cachée de la lune peu à peu envahie par l'ombre gigantesque portée par la sphère de ténèbres absolue en cours d'alunissage. La partie sommitale de la géode s'ouvrait en même temps, laissant apercevoir, corolle d'une fleur aux dimensions cosmiques, l'intérieur hérissé de superstructures cristallines de ce qui s'apparentait à des constructions dantesques — une ville ou un palais vaste comme un continent. La chance avait voulu que la République Populaire eut envoyé un satellite de dernière génération derrière l'astre nocturne, dont la masse dérisoire, entraînée tout à coup par une déchirure dans l'espace, s'était abattue sur la surface lunaire et avait filmé, avec une netteté qui devait quelque chose à la puissance extra-terrestre qui se mouvait dans la géode, la suite des événements. Aucun doute là-dessus, les caciques du Parti devaient remuer ciel et terre, et plus encore, pour couper la diffusion — à soit seul, cela persuadait Shunrei que le Mal s'apprêtait de nouveau à déferler sur Terre. Le contraste des lueurs multicolores sur les avers des panneaux de la sphère avec la solidité visqueuse de la noirceur de l'enveloppe externe suggérait des idées de deuil et de trépas à la jeune fille. L'attaque dont le Saint du Bélier avait protégé Shiryu à Rozan, juste avant que ne débutât l'attaque du Sanctuaire — la déchirure de la réalité pratiquée par ce monstre de Masque de Mort, à laquelle elle avait assisté depuis la cabane de Dokho —, bien que les ondes maléfiques qu'elle avait répandues n'approchaient pas la millième partie de celles que Shunrei soupçonnaient être émises dès à présent depuis la Lune, suscitait en la pupille du Saint de la Balance le même type de peur viscérale que la bâtisse démesurée en train d'envahir les mers lunaires.
Elle ne fut en conséquence que fort modérément surprise quand un panneau de bois qui menait sur le jardin s'ouvrit derrière elle et qu'une voix des plus reconnaissables retentit :
— « Shunrei ?! Athéna soit louée, je t'ai retrouvée... Ce que tu fais ici importe peu ; tu pars avec moi. »
Sa vue perçante avait cru distinguer un détail, oh infime et peut-être dû à un défaut dans la résolution des objectifs photographiques du satellite, mais dont Shunrei ne croyait pas vraiment que la pixellisation l'expliquait : à la faveur d'un zoom sur le faîte s'évasant de la corolle, une espèce de château central avait été clairement discernable dans la télévision. Un donjon surmonté de toits aigus, et contre le plus arrogant de ceux-ci s'était profilé... un chapiteau. Nul autre mot ne convenait à cette forme brillamment colorée dont la nacelle reposait au contact de la poudrière sommitale du donjon. Ce que trafiquait un cirque à l'intérieur de cette géode en fleur funeste contenant ville et palais, passait la compréhension de l'orpheline de Rozan. Une chose était sûre, en revanche : le retour du Dragon avait trait à cette invasion de la Lune.
Elle fit face aux arrivants — ledit Saint, flanqué d'un garçon infiniment plus beau qu'il ne serait jamais, les cheveux blond blanc autour d'une face exquise et de prunelles à se damner, avec cela une finesse nerveuse toute en force contenue qui n'eût point déparé sur un mannequin de haute couture. Son expression grave et sereine changeait des traits chiffonnés dont Shiryu et ses frères Bronzes se départaient rarement, pour le peu que Shunrei les avait fréquentés. Un autre Chevalier, disait le maintien de l'inconnu. Un allié ; voilà qui était inédit...
Elle se souvint alors qu'elle n'avait pas encore répondu à l'entrée en matière de son ex fiancé. La marmaille Zaho faisait bloc autour d'elle, intimidée par les nouveaux venus. Et la télévision de vomir continûment les images de la Lune conquise.
— « Shiryu... Quel timing excellent ! Tu te montres, et un nouveau péril mortel fait son entrée... Les enfants, laissez-moi vous présenter l'un des pires portes poisse qui existent : l'ancien homme de ma vie. Shiryu, ceci est ma famille, et je ne la quitte pas. »
