Disclaimer : Tous les personnages cités dans cette fanfiction (Deadpool, Spider-Man, Iron Man, etc) sont la propriété de Marvel Comics.
Music : The Neighbourhood — Daddy Issues


« Je suis affamée. »

Le soir venu, je suis privé de dessert et ai droit à un discours sur ma mauvaise conduite. Gwen a cafté ma disparition et c'est la seule punition que Tante May a jugée intéressante à exécuter à mon encontre. Je ne parviens pas à départager celui qui, de nous trois, a agi de façon la plus immature dans cette histoire. Le mystère plane une heure, deux, trois... Je me tortille dans mon lit en baillant et m'endors peu après le lever du jour. Le réveil pour l'Université est une torture.

La semaine se prolonge durant une éternité. Les insomnies me tiennent en haleine la nuit, tandis que je fais profil bas la journée, exténué. Ma vie sociale se réduit à un trou noir. D'une part, Gwen me boude ; elle en a marre de mes enfantillages. Je lui ai promis de me reprendre en main, mais là encore, je ne convaincs personne, moi compris. D'autre part, Tante May contourne la situation comme elle peut ; elle fait des heures supplémentaires et ferme les yeux sur mes fringales nocturnes. Je crois que s'occuper de ses problèmes la fatigue déjà suffisamment et qu'elle a, par conséquent, peur d'empirer les choses en intervenant.

Je ne leur en veux pas, elles ont raison de garder leurs distances. Quand je ne suis pas un cadavre ambulant, ma petite voix empoisonne l'atmosphère. C'est un calvaire. Toutefois, je ne suis pas sûr qu'elles en mesurent l'ampleur. Elles sont encore accrochées à l'espoir que tout ceci n'est qu'une phase, qu'un beau matin, le gentil et souriant garçon d'antan sera de retour. Je peux prétendre être ce garçon, mais je ne le redeviendrai jamais. J'ai changé.

Le week-end arrive et je suis encore apathique. Je n'ai pas ouvert l'œil que je l'entends déjà :

« Je suis affamée. »

— Bah toi, tu me fatigues, grommelé-je en écrasant un coussin sur mon visage.

Quand je glisse un regard vers ma table de chevet, je suis pris de remords à la vue de mon téléphone et me lève pour l'attraper. J'efface la dizaine d'appels en absence (dont la plupart sont de Tony) qui s'affiche sur l'écran, puis néglige les divers projets d'études en attente sur mon bureau et sort par la fenêtre avec un t-shirt à la main. Je l'enfile une fois accroupi sur le balcon du voisin.

Le soleil a beau taper comme les autres jours, il fait frais. J'aime bien le début de l'automne, surtout son côté imprévisible. Il flanque une grosse claque à l'été sans s'encombrer de la cavalerie. C'est une période qui devrait me donner un regain d'énergie et me dégourdir les muscles. En comparaison, mon reflet dans la baie vitrée est peu reluisant : j'ai la tronche d'un lendemain de cuite.

Il me faut le double de temps pour parcourir le trajet de la maison au toit du Bobby Van's, que je grimpe à l'ancienne (les escaliers). Je ne suis pas revenu depuis ma rencontre avec Wade. Je ne pensais même pas revenir avant ce matin. J'ai été trop négligent lors de mon départ improvisé il y a plusieurs jours... Je n'ai pas pris la voie conventionnelle, j'ai juste sauté. Le cadenas, que je déverrouille en cet instant et glisse dans ma poche de pantalon, est donc resté sur la porte de secours. La serrure étant toute pétée, je l'avais installé pour pouvoir squatter tranquille. Je parie que l'autre taré de mercenaire a fait le tour du bâtiment depuis la dernière fois et a étudié de près ce détail. Cela a dû soulever quelques questions dans son esprit, à commencer par...

— Comment t'es descendu ?

... celle-là.

Délaissant la poignée de porte, je fais volte-face et me mords la lèvre. Il me toise avec circonspection, toujours armé de la tête aux pieds dans son costume rouge et noir. Cela n'a plus rien à voir avec notre fausse première conversation. Il paraît plus imprédictible que jamais.

— Les issues sont bouclées de l'intérieur, continue-t-il en s'avançant dangereusement. J'ai vérifié.

C'est vrai ça, Peter, comment un étudiant ordinaire a-t-il fait pour escalader un immeuble de trente mètres sans une égratignure ? Même si Deadpool n'a pas assisté en personne à la scène, il doit désormais se douter que la réponse sort de l'ordinaire.

— Escaliers extérieurs.

Je suis nul pour mentir. Mon truc, c'est les blagues, le second degré, les pirouettes, pas le passage à la casserole par Monsieur l'expert en interrogatoire. Enfin, c'était, je suis plutôt bloqué à la case dépression et humour noir en ce moment, alors il en faut peu pour me faire paniquer.

— Y a pas, tranche-t-il du tac au tac.

Sa voix grave et sa posture oppressante me poussent à marcher à reculons. Son doigt bute alors au milieu de mes clavicules et je sursaute, électrisé. Il est doué, le bougre.

— Chance du débutant ? feignis-je avec un pincement à la poitrine.

Je déglutis. Je suis en train de me liquéfier sur place. Si je ne me tais pas très vite, il va finir par me tirer les vers du nez. Certes, je pourrais courir, mais ça reviendrait à exposer mes capacités de super-héros. Autrement dit, je suis cuit.

— Chance du—Tu t'fous de moi ?

Archi cuit.

Je l'ai cherché. Après une semaine de totale léthargie, je crois que j'avais besoin d'un coup de jus et je suis allé exactement là où je pouvais en trouver. Deadpool est une source inépuisable d'ennuis. Deadpool est le petit démon qui murmure des insanités sur votre épaule.

— Qui es-tu ?

Je lève le menton et contemple un instant le ciel. Je me sens respirer à vive allure, tandis que le sang se bouscule contre mes tempes. Je l'ai cherché. Cette phrase se répète en boucle dans mes pensées. J'avais le choix entre écouter une fois de plus ma petite voix ou écouter la folie d'un psychopathe immortel. Je vais le regretter, mon Dieu que je vais le regretter !

Je me tourne les pouces lorsque me vient subitement une magnifique idée, digne des plus prestigieux génies de cette planète.

— Faisons un marché : je te le dis seulement si tu arrives à me changer les idées avant minuit.

Une lueur de défi traverse immédiatement son regard. Il serre le poing avec enthousiasme et je sais d'emblée que j'ai touché son talon d'Achille. Son caractère lunatique m'étonnera toujours, en mal.

— Ye—s ! J'adore jouer ! s'exclame-t-il en s'écartant de moi.

J'expire de soulagement. Voilà qui me laisse une... porte de sortie.