Bonjour à toutes et à tous!
Avec un peu de retard voici non pas un mais bien DEUX nouveaux chapitres! Oui, oui, oui! Bon, ils ont mis du temps à sortir, parce que j'ai eu quelques petits soucis dans les incohérences.
Pourquoi? Parce que je voulais fêter avec vous plusieurs choses, aujourd'hui! Tout d'abord, tout le monde s'en fout, mais j'ai réussi mes partiels! xD Ensuite, je voulais vous remercier pour les nombreuses reviews: plus de cinquante, c'est magique pour moi! (petit hommage à Oeufs qui a posté la 50e!)
Enfin, parce que je vous aime et que sans vous cette fic n'aurait pas de grande utilité! Donc voici mon cadeau!
Je voudrais aussi stipuler que (merci Oeufs pour la notification de cette incohérence) Drago ne sent pas la même chose que Harry quand il hume la potion de l'Amortentia. Il sent bien évidemment ce qu'il dit à Slughorn. Voilà, c'est corrigé! ^^ Il sent donc le parfum de Ginny, mais d'autres arômes.
Merci à Sevy: merci de ta fidélité, j'espère que tu apprécieras la suite, alors. J'essaie de mélanger le livre et les passages fictifs quand je le peux.
Merci à Lypse: merci de ta review. Le polynectar... Oui c'est une grosse question, mais je ne peux encore te donner la réponse! ^^"
Merci à vous, et bonne lecture!
Chapitre 12: L'idée du siècle
Drago soupira d'aise dans une baignoire rectangulaire de marbre blanc de la taille d'une piscine. Il faisait quelques allers et retours lents, ravi d'utiliser à nouveau ce lieu réservé aux quelques privilégiés. Le magnifique lustre de chandelles était éteint et la lumière du jour pointait timidement à l'horizon, tandis qu'il se prélassait dans un mélange d'eau chaude, de mousse, et de bulles bleues et vertes. La senteur qui se dégageait de la baignoire rappelait l'herbe humide après une tonte pluvieuse au manoir et la fumée d'un feu de bois. Aucun son aux alentours ne venait troubler sa quiétude. Merlin qu'il était heureux en cet instant précis.
Il avait complètement oublié qu'il pouvait utiliser la salle de bains des préfets, et Ron le lui avait rappelé la veille, alors qu'il pestait contre le nombre conséquent des pintades qui piaillaient sous la douche.
Cependant, le silence apaisant et la multitude de bulles qui tournoyait autour de lui ne pouvaient lui faire oublier complètement ses soucis : bien vite, les effets bénéfiques du bain se dissipèrent et la brunette resta à faire la planche, les yeux rivés au plafond, submergée par ses pensées qui l'assaillaient de toutes parts.
Ni Drago, ni Hermione n'avaient reparlé de l'incident dans la Salle sur Demande, accord tacite pour oublier du moins en façade comment Hermione s'était humiliée et comment Drago s'était retrouvé ridiculisé. Le polynectar ne fut pas non plus évoqué de nouveau, Hermione attendant certainement le moment propice pour remettre des arguments plus convaincants sur le tapis.
Il fallait ajouter également qu'ils s'évitaient scrupuleusement ces derniers jours : le grand blond, parce qu'il était trop honteux de s'être montré sous cet aspect devant un tel ennemi, et la brunette parce qu'elle ne savait pas comment réagir si une nouvelle situation de ce type se reproduisait sous ses yeux. Il avait toujours en tête de lui enseigner le Quidditch, mais il hésitait à remettre ce sujet sur le tapis.
De surcroît, Harry Potter et Ronald Weasley le fatiguaient considérablement.
Et Granger n'arrangeait rien : même s'ils ne se voyaient plus, les bourdes accumulées auprès des Serpentard dont il avait eu vent par les commérages de Ginny et ses amies ne le rassuraient en rien. Ses fréquentes visites à la bibliothèque lui avaient permis de l'observer, et il fut soulagé quand il s'aperçut qu'à défaut d'être crédible auprès des membres de sa maison, elle avait préféré la solitude.
Cette situation ne s'améliorait cependant pas sur un point : il avait vu Daphné Greengrass tourner plus d'une fois autour de son corps et Drago devait réprimer à chaque fois une violente envie de s'interposer. Comment pourrait-il avoir un quelconque pouvoir sur elle dans ce corps-là ? Et surtout, quelle légitimité avait-il à présent sur elle ? Les relations avec Daphné s'étaient changées du jour au lendemain après ce fâcheux événement. Leur vague amitié, ou du moins leur entente cordiale, avait été réduite à néant, après cet épisode. Il en voulait autant à ses parents qu'elle aux siens, mais il lui en voulait encore plus, à elle, et à lui, pour l'avoir défendue. Ce jour-là, tout fut fini. Terminé. Et rien n'aurait pu changer les aléas d'un destin trop bien programmé.
Daphné faisait partie maintenant des reliquats du passé, et elle ne pourrait plus jamais rentrer dans ses projets futurs. Mais cette situation, ces rapports, ces confrontations incessantes depuis leur quatrième année, tout ce qui les avait façonnés depuis cet incident, il ne pouvait se résigner à en faire part à Granger. Il valait mieux pour elle qu'elle ignorât tout et qu'elle repousse Daphné en ne la considérant que comme une dragueuse invétérée, et non comme une ancienne…
Drago détourna la tête. Par respect envers Daphné, il ne pourrait lui faire l'affront de la faire traiter avec pitié par une Sang-de-Bourbe de Gryffondor.
Ce mercredi matin, Hermione buvait une gorgée de thé en écoutant distraitement Pansy critiquer un énième Poufsouffle, quand le gallion magique émit une douce chaleur dans sa poche de pantalon. Instinctivement, elle porta sa main à son emplacement, mais détourna son mouvement, trop suspect. Elle finit rapidement son petit-déjeuner, et prit congé de la brune, prétextant un besoin d'aller vérifier quelque chose à la bibliothèque.
En portant le gallion à son oreille dans le couloir désert, elle entendit une voix différente, mais néanmoins familière, et fut très surprise de cette intervention, se félicitant que son sort eût si bien marché.
- J'ai reçu un paquet, disait la voix d'un ton vide.
La voix de Rosmerta résonna encore un peu dans son esprit. Cet événement tombait à pic, il fallait qu'elle rapporte le paquet et qu'en plus, elle rafraîchisse le sort d'Imperium qu'elle lui avait lancé.
- Très bien, je vais venir le chercher. Laissez votre porte d'entrée ouverte.
Hermione scruta le couloir, et sûre de s'y trouver seule, déplia la carte du maraudeur.
- Je jure que mes intentions sont mauvaises, déclara-t-elle avant de détailler le parchemin.
Les couloirs semblaient plutôt vides, en cette heure de la matinée. Son premier cours ne commençait qu'à la troisième heure de la matinée, ce qui lui laissait un peu plus de deux heures pour aller à Pré-au-Lard et revenir.
Le grand blond retourna rapidement aux dortoirs des Serpentard récupérer sa cape de voyage afin de ne pas se faire reconnaitre. Se faufilant au deuxième étage, Hermione arriva jusqu'à la statue d'une sorcière borgne. Elle connaissait ce passage pour y avoir récupérer la cape d'invisibilité d'Harry en troisième année.
- Dissendium ! intima-t-elle avec sa baguette.
La bosse de la sorcière glissa latéralement en dégageant un espace suffisant pour qu'elle se faufilât. Hermione plongea la tête la première dans l'ouverture et glissa longuement dans une sorte de toboggan de pierre. Elle atterrit avec lourdeur sur un sol de terre froid et humide. L'obscurité totale la surprit, et elle sortit sa baguette.
- Lumos, murmura-t-elle.
Une pâle lumière se projeta sur les cavités du tunnel, étroit et bas de plafond. C'était la première fois qu'elle empruntait ce passage jusqu'au bout. Il décrivait des courbes incessantes et Hermione trébucha de nombreuses fois sur le sol inégal, courbant le dos pour ne pas racler ses cheveux blonds au plafond : qui aurait cru que Drago Malefoy était si grand ? Ou alors c'était le plafond qui était trop bas. Oui, sans aucun doute. L'absence de visibilité et le silence régnant empêchait toute notion de temps et Hermione espéra être à l'heure pour son prochain cours de botanique.
Le passage remonta en pente douce et l'adolescent blond arriva au pied d'un vieil escalier de pierre, dont les marches usées semblaient s'étendre à l'infini. Soudain, sa tête heurta quelque chose de dur. En réprimant une exclamation de douleur, il se frotta vivement le crâne, et poussa, avec difficulté, ce qui semblait être une trappe.
Hermione rabaissa sa capuche sur son visage, se hissa à travers l'ouverture et referma la trappe. Harry lui avait dit que ce passage menait chez Honeydukes. Elle devait être dans leur cave.
En vérifiant l'heure, Hermione s'aperçut qu'il était à peine huit heures. La boutique devait être fermée, surtout qu'aucune sortie n'était prévue pour les élèves de Poudlard. Elle poussa doucement la porte en bois et traversa le magasin désert. En franchissant la porte d'entrée qu'elle avait désensorcelée, elle lança un sortilège d'assourdissement et la clochette qui tinta n'émit aucun son.
En traversant la rue, elle se hâta de se diriger vers les Trois-Balais. Avec beaucoup de méfiance, elle ouvrit la porte du pub et constata avec soulagement que Rosmerta avait obéi à ses ordres. Celle-ci était accoudée à une table, un paquet volumineux devant les yeux.
- C'est fermé, lâcha-t-elle d'une voix monocorde et désagréable, à l'attention de l'intrus qui avait ouvert.
N'entendant pas de pas qui s'en allaient ou de mot d'excuse, elle se retourna, l'air exaspéré. Mais elle s'arrêta net dans ses remontrances, et son regard qui se posa sur l'arrivant se fit vide. D'un mouvement embrumé, elle prit le volume et le tendit à Hermione.
Un peu méfiante, cette dernière s'en saisit, et ouvrit délicatement l'enveloppe : il s'agissait d'un manuel vieilli et rabougri, un vieux grimoire dont la couverture sale n'avait plus de couleur définissable. Une note accompagnait le colis. « Comme convenu. B. »
Hermione ouvrit la couverture et son sang se glaça. Elle n'aurait jamais cru que ce jour arriverait enfin. Barjow avait tenu sa parole. Elle déglutit difficilement, maintenant il fallait qu'elle trouve l'Armoire, et ce n'était certainement pas une partie de plaisir de se fader toutes les pièces de Poudlard.
En plantant son regard dans les prunelles lourdement maquillées de Rosmerta, Hermione rajusta son sort, pour être sûre de l'emprise qu'elle avait sur elle, et rejoignit rapidement Poudlard. Elle sortit le gallion magique pour avertir Malefoy, mais elle ne put poursuivre son geste. Elle ne se sentait pas encore prête à se confronter à lui à nouveau. A regret, elle remit le gallion en poche.
Hermione soupira en refermant la quinzième salle du cinquième étage. L'Armoire n'était pas là non plus. Sa patience avait atteint une certaine limite, et elle s'énervait elle-même en se demandant si c'était vraiment une bonne idée de passer au peigne fin un château qui recelait autant de secrets.
Avec une moue dubitative, elle replongea dans la carte du maraudeur, cherchant désespérément un signe quelconque lui indiquant quelle direction suivre. Mais rien.
Elle avait laissé le manuel de réparation de Barjow soigneusement caché dans son dortoir : sans Armoire, il était tout simplement inutile, trop difficile, bourré de croquis, d'annotations et d'explications trop floues ou trop précises. Elle avait été singulièrement découragée en constatant la complexité de l'ouvrage. Tout paraissait un peu abstrait dans sa tête : chercher une armoire qui permettrait de passer d'un endroit à l'autre comme une cheminée, pourquoi pas ? Mais dans l'enceinte de Poudlard, là où personne ne pouvait transplaner, cela lui semblait impossible à croire. Et c'était aussi pour ça qu'elle cherchait avec espoir cette Armoire, parce que dans le recoin de sa tête, elle se disait bien qu'un plan aussi foireux ne pourrait réussir. Malefoy l'avait lancée sur cette piste, et elle avait obéi, ne sachant comme faire autrement. Mais plus les jours avançaient, plus elle se posait des questions sur l'existence-même de cette armoire au sein de l'école.
Quant à la façon de tuer Dumbledore, les possibilités qu'elle trouvait étaient toutes plus irréalisables les unes que les autres. Comment pourrait-elle arriver à tuer le directeur de l'école ? En l'empoisonnant ? Mais comment être sûr que le produit arrivera bien à destination ? Ces raisons cachaient évidemment un autre dilemme, plus profond et qu'elle ne voulait s'avouer : Hermione espérait secrètement qu'elle n'aurait pas à tuer Dumbledore et repoussait fondamentalement l'heure pour trouver un moyen de le faire. C'était une excuse encore plus idéale de se concentrer sur l'Armoire.
Accoudée contre le rebord d'une fenêtre, elle réfléchit, les yeux dans le vague. Au loin, le terrain de Quidditch semblait la narguer. Elle réprima un frisson d'effroi.
- Tiens, mais c'est le petit Malefoy qui prépare encore un mauvais coup… Deebeedeedoo, deebeedeeboc ! On dirait qu'il va faire dans son froc !
Hermione releva la tête et eut une moue de colère en voyant Peeves, l'esprit frappeur, cabrioler dans les airs au-dessus d'elle. Il ne manquait plus que lui.
- Tire-toi, Peeves, lâcha-t-elle d'un ton glacial en le fusillant de ses yeux gris.
Peeves lui offrit un sourire des plus larges et le toisa d'un air provocateur. Mais il ne dit rien de plus et s'en alla en chantonnant des paroles badines. Heureusement qu'il craignait le Baron Sanglant et préférait ne pas s'en prendre trop aux élèves de Serpentard. Hermione soupira en entendant des pas se rapprocher. Qui allait arriver au détour de ce couloir pour l'affliger encore plus ? Peut-être Daphné Greengrass ? Ou mieux, Drago Malefoy en personne ?
Mais aucun de ces deux énergumènes n'apparut. A la place, un grand brun, cheveux courts et allure un peu bancale surgit de l'angle opposé à la direction de Peeves, au bras d'une charmante jeune fille qui semblait rire niaisement à ses plaisanteries qu'Hermione imagina aussi insipides et sans saveur que son gloussement l'était. Son regard froid croisa celui du jeune homme, qui la salua d'un geste de la main et, adressant quelques mots à sa compagne, s'avança vers elle. Hermione le vit arriver, sur ses gardes. Elle pouvait voir la mâchoire carrée et le regard bovin du grand baraqué qui s'amenait. Son uniforme ne laissait aucun doute sur sa maison.
- Ah, Drago Malefoy ! J'ai beaucoup entendu parler de toi, sourit-il et Hermione remarqua à quel point ça ne lui allait pas du tout.
Qui était ce type ? Que lui voulait-il ?
- Le prochain match est dans deux mois, il faudra bientôt s'entraîner pour gagner contre Gryffondor.
Hermione fronça les sourcils. Alors Malefoy ne mentait pas. Il faudrait réellement qu'elle s'entraînât au Quidditch avec eux ? Elle hésita à se désister, mais la vision de Malefoy la torturant jusqu'à la fin de l'année l'en dissuada et elle acquiesça en silence.
- Au fait, Urquhart, nouveau capitaine de Quidditch des Serpentard, s'annonça-t-il en lui tendant une main moite.
L'adolescent blond daigna la serrer en retour et hocha brièvement la tête. Alors c'était lui, Urquhart ? A priori, il n'était pas si différent des autres capitaines de Serpentard : c'était le même morphotype, grand, baraqué, l'air très benêt et basic. Hermione déglutit difficilement : le retour au balai volant s'annonçait plus rapide que prévu. Elle suivit le couple des yeux tandis qu'il s'en allait en gloussant. Machinalement, elle sortit le gallion magique et le regarda longuement. Non, elle n'avait pas encore le courage de se confronter à Malefoy. Ce weekend. Elle lui donnerait rendez-vous ce weekend.
Le samedi vint, et avec lui une vague de devoirs des plus conséquentes, qui ne firent qu'augmenter la mauvaise humeur de Drago Malefoy : Granger ne donnait plus signe de vie et pour couronner le tout, l'amour que Harry Potter vouait à son Manuel avancé de préparations de potions et les bons résultats qu'il en tirait en cours de Slughorn, sans compter la fâcheuse tendance de Ron Weasley à copier abondamment sur ses notes n'amélioraient en rien sa situation.
Du reste, le livre du « prince de sang-mêlé », appellation que l'ancien propriétaire du livre s'était lui-même donné et que Drago trouvait complètement stupide, le renfrognait plus qu'autre chose : il avait bien reconnu l'écriture « pattes-de-mouche » qui parsemait les pages d'annotations aux potions ou de sortilèges inventés et savait pertinemment à qui appartenait ce livre. Mais jamais, au grand jamais, il ne s'abaisserait à en informer Potter. Il préférait assister à la suite des événements aux premières loges, en attendant que le propriétaire du manuel vienne le lui reprendre des mains en grandes pompes. L'idéal était de ne surtout pas aiguiller Harry sur la bonne voie : il donc prit un malin plaisir à l'induire en erreur.
Aussi, quand ils se retrouvèrent tous les trois dans la salle commune des Gryffondor et qu'Harry montrât quelques exemples de sortilèges gribouillés dans son manuel à Ron, il ne put se retenir d'intervenir.
- Lui-même ou elle-même, dit-il d'un ton irrité. Il se peut très bien qu'il s'agisse d'une fille. Son écriture est plus féminine que masculine.
- Il s'appelait le Prince de Sang-Mêlé, objecta Harry. Tu connais beaucoup de filles qui sont princes ?
La brunette ne sut que répondre. Elle se renfrogna et reprit d'un geste brusque sa dissertation sur « Les principes de rematérialisation » que Ron essayait de lire à l'envers.
- Il est huit heures moins cinq, dit Harry en rangeant précipitamment ses affaires. Il faut que j'y aille si je ne veux pas être en retard chez Dumbledore.
- Ooooh ! s'exclama Drago en relevant la tête. Bonne chance ! On va t'attendre, on veut savoir ce qu'il te donne comme cours !
- J'espère que ça se passera bien, dit Ron, et tous deux regardèrent Harry sortir par l'ouverture du portrait.
Une chaleur dans la poche de sa robe de sorcier le fit frémir : Granger. Ne pouvant sortir le gallion en présence de Weasley, Drago ne s'attarda pas : quelques minutes plus tard, il sortit de la salle commune, prétextant aller faire un tour à la volière. Le regard mutin qu'il lança à Ron pour lui faire comprendre le destinataire de la lettre eut l'effet escompté : le rouquin se rembrunit et ne se proposa pas de l'accompagner.
Pivotant le portrait de la grosse dame, il sortit vivement le gallion pour écouter le message, mais il s'immobilisa sur place : Granger était en face de lui dans le couloir, adossée au mur. Drago la toisa d'un air dur.
- Pourquoi es-tu là ? demanda-t-il d'un ton inquisiteur.
- J'ai à te parler, répondit-elle d'un calme serein. Et puis il me semble aussi que j'ai un match de Quidditch à gagner, non ?
Drago la fixa, stupéfait. Mais il ne rétorqua rien du tout et hocha la tête. La surprise de ce retournement de situation et ils se dirigèrent ensemble vers la Salle sur Demande.
- Tout va bien ? demanda timidement Hermione, changeant de sujet.
- Oh oui, assura Drago d'un air détaché. A part Weasley qui copie tous mes devoirs et Potter qui ne parle que de ce satané livre…
- Un… livre ? s'inquiéta le jeune blond en s'arrêtant.
Drago le dévisagea et comprit cette soudaine angoisse.
- Ce n'est qu'un vulgaire livre, rassura-t-il. Ce n'est pas ce que tu crois. Ce n'est pas comme le journal que mon père a foutu dans le chaudron de…
Il se tut, gêné de cet aveu. Ils savaient tous comment cette histoire avait fini.
- Un vulgaire livre ? répéta Hermione en s'éclaircissant la gorge pour dissiper le silence lourd qui venait de s'installer.
- Oui, un manuel de potions, expliqua Drago en haussant les épaules, très peu enclin à partager l'information qu'il savait sur ce livre avec la meilleure amie de Potter.
Il lui raconta cependant comment ses soudaines prouesses en potion n'étaient que le fruit des annotations du livre.
- C'est pour ça qu'il a des bonnes notes maintenant ? s'exclama Hermione avec surprise et frustration, tandis que Drago hochait la tête. Et à qui appartient-il, ce…
Hermione s'arrêta net sur place et sa voix mourut dans sa gorge. Elle plissa ses yeux gris et son expression se situait entre l'horreur et la stupeur. Drago suivit son regard et son sang se glaça. Une silhouette blonde surgit de nulle part venait tranquillement dans leur direction. Ils la reconnurent sans peine : ses longs cheveux blonds flottaient de façon désordonnée dans son dos, elle portait un collier de bouchons de Bièraubeurre et sa baguette magique était coincée derrière son oreille gauche. Quoique dans la pénombre, Drago put même détailler ses boucles d'oreilles : des chrysopes, sans conteste. Il déglutit difficilement.
- Oh, salut Hermione ! Salut Drago ! dit Luna d'un ton rêveur en posant ses yeux protubérants sur eux.
Ils ne répondirent pas, mal à l'aise. Hermione, parce qu'elle ne se voyait pas faire la conversation dans le corps de Drago Malefoy à Luna Lovegood, et Drago, parce qu'il était encore atterré qu'elle l'appelât par son prénom. Ils ne s'étaient jamais parlé auparavant. Et puis, qu'allait-elle imaginé, de les voir ensemble ? Ferait-elle une réflexion aux autres ?
- Que… fais-tu ici ? demanda Drago, d'un ton mal assuré.
- Je me promène, répondit Luna sur un ton joyeux. Les couloirs le soir ont plus de charme qu'en journée. Et on risque moins de m'embêter.
Ils acquiescèrent, silencieux.
- Et vous, que faîtes-vous ? C'est amusant de vous voir ensemble, sourit Luna d'un air songeur.
Ils échangèrent un regard gêné. Quelle réponse allaient-ils pouvoir lui donner ?
- On…, commença maladroitement Hermione, sans savoir comment finir sa phrase.
- … se promène, nous aussi, finit Drago d'un ton catégorique.
Luna leur lança un regard dénué de toute expression, qui les fit frissonner, mais elle ne dit rien.
- C'est une bonne idée, n'est-ce pas ? reprit-elle d'un ton joyeux. Alors… bonne promenade !
Et elle les dépassa d'un pas léger. Ils étaient toujours immobiles, peu pressés de comprendre ce qu'il s'était passé.
- Oh…, dit une voix derrière eux.
Luna s'était retournée. Ils la dévisagèrent gravement.
- Si j'étais vous, j'éviterai le sixième étage, déclara Luna d'un ton léger. Peeves s'amuse à lancer des bombes à eau dans les couloirs et… je crois qu'il s'ennuie en ce moment, et il ne serait pas contre un peu de compagnie.
Ils lui lancèrent un regard interloqué. Luna leur offrit son plus beau sourire et continua sa route en chantonnant doucement.
Laissés seuls dans le couloir, Hermione s'aperçut avec horreur qu'elle avait retenu sa respiration depuis tout ce temps, et inspira profondément en toussotant. Quant à Drago, il semblait atterrir tout doucement. Ils échangèrent un regard et préférèrent ne rien dire au sujet de cette rencontre qui les mettait franchement mal à l'aise. La question qui se lisait explicitement dans leurs yeux était facile à deviner : jusqu'à quand allait-elle se taire ?
Sûrs d'être seuls à présent, ils s'arrêtèrent devant une tapisserie miteuse, relatant comment Barnabas le Follet voulut stupidement apprendre aux Trolls l'art de la danse.
Au bout de leur troisième aller-et-retour, une porte en bois apparut et ils s'engouffrèrent dans l'immense salle recouverte de tapis moelleux et qui recelaient plusieurs balais à leur disposition.
- Alors ? Pourquoi voulais-tu me parler ? argua Drago en enfourchant un balai et en décollant du sol.
Hermione eut une moue d'effroi : elle aurait voulu parlementer encore à terre, mais elle prit courageusement le manche d'un balai dans ses mains tremblantes en déglutissant difficilement et s'envola à hauteur de la brunette.
- Rosmerta a reçu le colis de Barjow. Je suis allée le chercher. Il ne manque plus que l'Armoire à trouver et on pourra enfin commencer les réparations, expliqua-t-elle.
Drago fut enchanté de cette nouvelle.
- Parfait, se réjouit-il.
Il vit la mine inquiète d'Hermione et fronça les sourcils.
- Quoi d'autre ?
- Je vais devoir commencer les entraînements de Quidditch avec ton équipe très bientôt, soupira-t-elle. J'ai rencontré ton nouveau capitaine.
- Ah, dit-il simplement.
Il la dévisagea quelque temps, puis eut une expression d'amusement.
- Tu n'as pas de souci à avoir. Mon père est très influent, même en prison et la réputation de ma famille n'est plus à faire. Les autres ne te chercheront aucune noise. Et si tu fais des faux pas, c'est parce que tu l'as fait exprès. Souviens-toi, tu contrôles tout.
Hermione, à la grande stupéfaction de son interlocuteur, éclata d'un éclat de rire nerveux. Le fou rire qui la secouait était si fort qu'elle dut se rapprocher du sol pour ne pas faire une chute trop importante si elle tombait. Drago Malefoy était tout simplement incroyable ! Comment pouvait-il encore tenir de tels propos alors que sa famille était cataloguée comme mangemort, que son père était en prison et qu'il était pointé du doigt avec mépris et crainte ? La brunette regardait la scène, abasourdie, mais se garda de faire le moindre commentaire. Il se surprit à la trouver amusante et un sourire léger passa furtivement sur ses lèvres.
Hermione reprit ses esprits et le cours de balai se passa étrangement bien par la suite. Elle réussit à rester en équilibre pendant toute la durée de la séance. Elle ne parvenait pas encore à aller très vite, mais c'était une victoire éclatante face au dernier cours affligeant de nullité.
- Tu vois, Granger, s'exclama Drago dans un rictus, quand tu veux, tu peux. C'est pas bien compliqué.
Hermione reposa le pied au sol avec l'accord de son professeur et se massa douloureusement l'intérieur des cuisses.
- Je ferais mieux de retourner dans la salle commune, dit Drago en vérifiant l'heure. Potter ne devrait pas tarder maintenant. Il avait une leçon avec Dumbledore ce soir.
- Une… leçon ?
- Oui, répliqua Drago en reposant le balai sur le mur. Dumbledore a… Ah, j'ai oublié de t'en parler ! Dumbledore veut donner des cours au petit pote Potter. Je ne sais pas encore de quoi il s'agit, mais je te tiendrai au courant.
Hermione hocha la tête, inquiète.
- Bon, je pars devant. Des fois que…
Drago ne prit pas la peine de finir sa phrase. Ils pensaient tous deux à la même chose et à la même personne. Sans un mot, Hermione suivit des yeux son propre corps quitter la salle. Des leçons avec Dumbledore ? Son anxiété ne fut jamais aussi grande en cet instant que depuis qu'elle était enfermée dans le corps de Drago Malefoy.
- Ah c'est toi ! s'exclama Ron, en relevant la tête de sa dissertation, son visage désespéré affichant désormais une mine réjouie. T'en as mis du temps, t'étais où ? Ne me dis pas qu'il faut deux heures pour envoyer un hibou ?
Son ton était inquisiteur, quoique légèrement inquiet. Avant que Drago ait eu le temps de trouver une explication plausible, le tableau de la grosse dame pivota à nouveau et Harry reparut dans la salle commune.
- Ah ! Alors ? questionna la brunette, les yeux brillants et le sourire encourageant, ravie de changer de sujet.
Harry passa les deux heures suivantes à leur narrer presque mot pour mot la séance avec Dumbledore, au cours de laquelle ils avaient vu les souvenirs d'Ogden, chef de la Brigade magique ayant des informations sur le passé de Voldemort – ou plutôt sur ses ancêtres.
- Toujours connaître son ennemi avant de le combattre, déclara Drago en hochant la tête d'un air entendu (son père lui avait tellement répété cette phrase durant son enfance qu'il l'avait machinalement énoncée à haute voix).
A ce moment-là, Harry et Ron dévisagèrent leur amie comme s'ils la voyaient pour la première fois : Harry fronça les sourcils et Ron ouvrit de grands yeux, mais ni l'un, ni l'autre ne firent de commentaire.
- Hé bien… Dumbledore est enfin réaliste ! Ce serait peut-être temps qu'il t'apprenne à te battre contre… Voldemort, tenta la brunette pour détendre le malaise qui venait de s'immiscer entre eux.
Harry, le regard encore soupçonneux, sembla prendre en considération les paroles sensées de Drago et plongea dans une réflexion personnelle, durant laquelle il ne dit mot. Ron semblait retourné à sa dissertation, une moue dégoûtée sur le visage. Drago regarda quelques instants le feu crépiter dans la cheminée, en silence, avant de prendre congé.
Il souhaita une bonne nuit aux deux garçons et monta dans le dortoir des filles. En se couchant dans son lit à baldaquin, il resta un moment, les yeux grand ouvert au plafond, l'air méditatif.
Finalement, ces leçons avec Dumbledore étaient une bonne chose pour eux : plus Harry leur raconterait en détails ces séances, plus il en apprendrait sur le directeur et plus Granger sera apte quand le grand jour…
Drago soupira longuement. Il était évident que Granger ne ferait rien pour se confronter au plus tôt à Dumbledore : elle l'aimait, le respectait et l'admirait à un point qu'il n'était pas permis d'aduler quelqu'un. Alors comment pourrait-elle jamais lui ôter la vie ? Il l'avait vu dans ses yeux. Elle était incapable de tuer. Et il ne pourrait certainement pas le faire à sa place. Il n'était d'ailleurs pas sûr de le pouvoir lui-même, mais ça, il se garda bien de se l'avouer. Cet adage que Lucius Malefoy avait ressassé des années à son fils allait enfin porter ses fruits : connaître son ennemi avant de le combattre. Comment faire tomber Dumbledore ? Si Granger ne semblait pas pressée de trouver un moyen valable, il n'aurait pas cette clémence : la vie de ses parents en dépendait, sa propre vie en dépendait, et même son corps en dépendait.
Il trouvait cette situation cocasse, le changement de corps étant un art pour le moins original et imprévisible, mais ça allait un temps. Il fallait désormais passer aux choses sérieuses. Si Granger pouvait se lancer à corps perdu dans la réparation de l'Armoire, alors il allait mettre aussi la main à la pâte et faire des efforts pour trouver un moyen de tuer le directeur de façon indirecte.
Drago regardait danser les flammes dans l'âtre. Ses pensées dérivèrent sur les explications de Potter. Les souvenirs des parents du Seigneur des Ténèbres. Ces stupides Gaunt, trop fiers et trop fermés d'esprit pour comprendre à quel point ils étaient voués à disparaître…
Ses pensées convergèrent vers la bague, puis le collier des Gaunt. Si la bague était ensorcelée et pouvait causer une brûlure telle sur la main de Dumbledore, il imaginait sans peine ce qu'un autre objet, qui pourrait toucher une plus grosse surface ferait comme dégâts. Un objet plus gros… ou plus proche des points vitaux. Dumbledore avait bien été attiré par une bague, peut-être aimait-il les bijoux ?
Ce fut à ce moment-là que l'image d'un collier chez Barjow et Beurk lui revint en mémoire. Il connaissait ce collier, il l'avait déjà vu auparavant, quand il y était allé avec son père. Et quand il avait questionné Barjow, ce dernier lui avait répondu que ce collier pouvait détruire quiconque touchait l'opale qui lui servait de pendentif, l'intimant fermement de garder ses mains loin du bijou. Il eut un petit sourire en coin. C'était le moment de mettre à épreuve la véracité de ces propos.
Drago se redressa vivement dans son lit à baldaquin. Il se leva furtivement et attrapa dans le noir le gallion magique qui était resté dans la poche de sa robe de sorcier.
- Granger, murmura-t-il en bougeant à peine les lèvres, il nous faut le collier de Barjow et Beurk.
La semaine qui suivit se déroula sans heurt, si on omettait le fait que les cours étaient de plus en plus difficiles et que l'idée de se faire livrer le collier ensorcelé de Barjow et Beurk ne plaisait qu'à moitié à Hermione.
- Mais enfin, Malefoy, réfléchis ! s'insurgeait-elle, exaspérée de son entêtement. Tu imagines un peu ? Un collier ? Dumbledore mettrait un collier ? Et pourquoi ? Qu'est-ce que ça lui apporterait ?
- Ce n'est pas un collier ordinaire, ripostait-il en tapant du poing. Tu n'as qu'à effleurer ce bijou et tu te retrouves ensorcelé ! Le maléfice est proportionnel à la façon dont tu toucheras l'objet et donc si tu l'empoignes à pleines mains, je n'ose même imaginer dans quel état tu ressortirais…
- Mais pourquoi un collier ? s'entêta-t-elle en fronçant les sourcils.
- Parce que Potter m'a parlé de la bague des Gaunt, répliqua-t-il d'un ton catégorique. Tu as vu un peu la blessure de Dumbledore à la main ? C'est elle qui lui a causé ce dommage ! Tu imagines l'effet produit par un collier ? Du reste, c'est le seul objet que j'ai vu dans la boutique de Barjow et Beurk qui m'a fait tilt sur le genre de sortilèges qui peut nous être utile.
- Tu es sûr de ton coup ? questionna Hermione, en tremblant légèrement d'angoisse.
Evidemment que non, mais ça, il ne pouvait lui avouer.
- Mais oui ! mentit-il d'un mouvement agacé. Et puis, il nous faudrait des mois si on voulait ensorceler nous-mêmes un objet avec une magie noire aussi pointue.
Hermione faillit dire quelque chose, mais renonça. Après tout, elle en était sûre : Malefoy ne s'avouerait pas vaincu. Son idée allait voir le jour et malgré toutes ses réticences et tous ses contre-arguments, elle n'aurait de répit que lorsqu'ils auront ce fichu collier.
Aussi, elle dut envoyer sous le joug de Malefoy un hibou à Narcissa pour lui demander d'acheter le collier et de leur envoyer via l'adresse de Rosmerta. Ils détermineraient ensemble la suite des opérations.
Durant la semaine suivante, la tension était palpable. Hermione se rongeait les ongles jusqu'au sang, paniquée à l'idée de ne pas avoir assez de temps pour réviser suffisamment et tétanisée face à la difficulté du livre que lui avait envoyé Barjow pour réparer l'armoire : en effet, le guide semblait bien plus complexe qu'il n'y paraissait et elle ne pouvait comprendre décemment les informations qu'il recelait, pour la simple et bonne raison qu'elle n'avait pas l'Armoire sous les yeux. Toute à ce problème, elle en avait même oublié de rendre la dissertation de métamorphose au professeur McGonagall et se trompa dans plusieurs des potions que le professeur Slughorn leur avait ordonné de reproduire.
Cette absence la faisait cauchemarder chaque soir, et elle cherchait désespérément sur la carte du maraudeur un lieu où elle pourrait se cacher : mais rien. Pas la moindre petite trace de cette satanée armoire. Elle avait fait consciencieusement tous les troisième et quatrième étages, mais n'avait rien pu trouver de probant. A croire qu'ils s'étaient débarrassés de cette armoire depuis l'an dernier, ce qui était tout bonnement impossible. Chaque chose avait sa place à Poudlard. Rien n'était jeté ou démoli. Tout était juste transformé et déplacé.
Drago, quant à lui, était irrité au plus haut point, et son humeur massacrante descendait de jour en jour d'un cran à chaque fois et proportionnellement à la pile de devoirs qu'il voyait augmenter à l'infini. Il ne cessait de marmonner des phrases cinglantes, répétant constamment et intérieurement une litanie qui ressemblait à peu près à « Je vais te tuer, Granger ». Les cours étant de plus en plus complexes, et Drago n'ayant pas la même capacité d'assimilation qu'Hermione, il s'était fait remarquer par Harry en demandant à McGonagall de répéter certaines instructions en métamorphose ou plus d'indications au professeur Flitwick pour ses sortilèges.
Les sorts informulés étaient exigés pratiquement dans chacune des classes suivies, et la fatigue que cela encourait ne les rendait que plus maussades, les heures de sommeil étant de plus en plus courtes.
- Je ne te comprendrais jamais, Granger, râla pour la énième fois Drago en se massant douloureusement le dos. Tous ces cours…
Hermione le toisa d'un regard gris et froid empli de mépris. Elle avait quelques cernes sous les yeux et semblait avoir passé plusieurs nuits agitées, mais Drago ne remarqua pas ses changements physiques, trop occupé à grommeler.
- Pourquoi, Granger ? Pourquoi autant de cours ? se plaignit-il en levant les yeux au ciel.
- « La connaissance est une vertu que peu reconnaissent comme telle, oubliant qu'elle n'est pas due et que c'est un présent inestimable qu'offre l'établissement incroyable que nous appelons école », récita l'adolescent blond d'un ton catégorique.
- C'est merveilleux, tu sors ça d'où ? railla la brunette.
- L'Histoire de Poudlard, introduction page trois, commenta Hermione d'une moue peu compatissante.
- … Tu es désespérante, lâcha Drago après quelques minutes de silence.
Ils étaient à la bibliothèque. Drago venait de laisser en plan les deux Gryffondor qui tentaient désespérément de lire ses notes et de copier ses dissertations, ce qui l'avait agacé prodigieusement. Il n'était pas aussi tendre que Granger et le fait de se faire exploité n'entrait pas dans ses rares principes d'auto-flagellation. Il devait déjà se taper l'étude des runes et l'arithmancie, ce n'était certainement pas pour faire les devoirs de deux fainéants en plus.
Hermione, qui appréciait malgré elle la compagnie de Pansy et trouvait Nott de plus en plus intéressant, avait préféré pour une fois travailler seule à la bibliothèque : elle apprenait mieux en solitaire et pouvait redevenir elle-même le temps de quelques heures, le nez dans les manuels, en oubliant qu'elle n'était plus Hermione désormais.
C'est donc avec une certaine nonchalance qu'ils s'étaient croisés dans les couloirs étroits entre deux étagères : bien que d'habitude, ils évitassent les rapports trop voyants, la dernière rangée de la bibliothèque leur laissait tout loisir de discuter sans être vus de qui que ce soit. En effet, assis non sans une certaine gêne à la même table, chacun dans leurs devoirs respectifs, personne ne vint les déranger.
L'ambiance entre les deux protagonistes était très palpable, chacun étant de fort méchante humeur et rejetant la faute sur la personne qui était l'objet de leurs malheurs, à savoir l'usurpateur ou usurpatrice de leur corps.
Aussi, face à la remarque désobligeante de Drago, Hermione lui avait lancé une œillade noire avant de reprendre la rédaction de son devoir de métamorphose qu'elle avait en retard, « Les Animagi à travers les âges », préférant ne rien répondre pour ne pas envenimer plus la situation qu'elle ne l'était.
Mais Drago ne semblait pas en reste et voulait manifestement s'épancher sur ses problèmes, se moquant bien de déranger son interlocutrice en plein travail.
- Merlin ! La Grande Miss Je-sais-tout a des devoirs en retard ! Je devrais fêter ça !
- Ne me lance pas sur ce sujet-là, Malefoy, gronda Hermione entre ses dents.
Drago ricana, visiblement très content d'avoir gagné cette manche. Il reporta son attention d'un air blasé sur son manuel d'arithmancie, La numérologie dans la science.
- Hagrid m'inquiète, reprit-elle d'un ton plus bas. Il ne se montre quasi plus aux repas communs et je n'ai pas eu l'occasion de le voir récemment.
La brunette haussa les épaules. Qu'est-ce que l'absence d'Hagrid pouvait lui faire ? Au contraire, il ne s'en portait que mieux.
- Tout comme Dumbledore, continua Hermione, l'air toujours soucieux. Il doit être en pleine mission pour…
Mais elle s'arrêta vivement, stoppée net dans son élan. Merlin, que n'allait-elle pas faire là ? Elle en avait déjà trop dit. Elle jeta un regard vers Malefoy, priant pour qu'il ne s'aperçût de rien. Mais ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.
- Pour ? releva Drago d'un air innocent en s'arrachant à la contemplation d'une superbe illustration de Gondoline Oliphant se faisant massacrer à coups de gourdins dans les Cotswolds alors qu'elle faisait des croquis (le dessin illustrait une suite complexe de chiffres expliquant les raisons qui l'avaient poussée à étudier les us et coutumes des trolls).
Hermione se mordit les lèvres. Tant pis, après tout, il faudrait bien qu'il fût au courant un jour ou l'autre de ce qu'ils faisaient pour contrer Voldemort. Sinon, la crédibilité de sa couverture tomberait à l'eau.
- Pour l'Ordre, articula-t-elle difficilement.
- L'Ordre… du Phénix ? murmura Drago en écarquillant les yeux.
L'adolescent blond hocha la tête, nerveux de révéler une information aussi importante à quelqu'un qu'elle considérait comme un ennemi. Ce dernier resta bouche bée, stupéfait d'apprendre que cette organisation était bel et bien réelle et que Dumbledore en était vraiment à la tête.
- Quel genre de mission ? s'enquit-il, d'un ton dégagé.
- Je ne sais pas. Et ça ne te regarde pas, siffla Hermione. Si tu veux vraiment le savoir, va le lui demander par l'intermédiaire d'Harry, ou alors va rendre visite à Hagrid. Il travaille aussi pour l'Ordre et il n'a pas sa langue dans sa poche, lui.
- C'est hors de question que j'aille voir ce demi-géant, s'indigna Drago d'un air vexé. Je ne m'abaisse pas à de telles ignominies.
- Vous n'êtes pas encore allés lui rendre visite ? s'indigna Hermione en relevant la tête.
- En aucun cas ! En quel honneur ? Cette stupide erreur de la nature… Jamais, non jamais ! Il en est hors de question !
- Ça suffit, maintenant Malefoy ! coupa-t-elle en refermant sèchement son manuel de Manuel de métamorphose avancée.
Elle le dévisagea avec colère et se retint pour ne pas le frapper. La vision de Madame Pince accourant et fustigeant les deux élèves sous les regards curieux des autres la dissuada de faire un esclandre.
- Tu vas aller demander à Harry et Ron d'arrêter de faire leurs Serpentard et d'aller rendre visite à Hagrid, puisqu'ils n'ont même pas donné d'explication au fait qu'ils ne suivaient plus le cours de soins aux créatures magiques. Et tu as intérêt à te montrer amical et chaleureux envers Hagrid. C'est comme ça, et pas autrement. Sinon… Sinon, je me désiste du poste d'attrapeur des Serpentard. Tant que tu n'auras pas résolu ce problème, on ne se verra plus pour les cours de balai.
Drago la regarda ranger prestement ses affaires et ne répondit rien, trop scandalisé pour que des pensées cohérentes n'arrivent au cerveau. L'esprit toujours vide, outré, il s'étouffa de bégaiements et la vit disparaître hors de la bibliothèque. La bouche ouverte, rageur, il replongea dans La numérologie dans la science. Aller voir Hagrid. Rendre visite à Hagrid. Sinon, il ne serait plus jamais attrapeur chez les Serpentard. Non, elle n'oserait pas… Mais si, il savait pertinemment que si, elle oserait. Hagrid. Cette immonde bête absurde. Il blêmit et se recentra sur son manuel d'arithmancie.
La lecture se fit soudain plus fluide, comme si son cerveau voulait l'éloigner de la réalité qu'il devrait affronter très bientôt.
Dumbledore avait décidé de rendre une petite visite à Rufus Scrimgeour, étant donné que celui-ci le harcelait de messages lui intimant de venir. On n'avait jamais vu quiconque ordonner quelque chose à Dumbledore, mais ce dernier se dit que, peut-être, il pourrait glaner quelques informations utiles dans les couloirs trop bavards du ministère. En y pensant, il eut un sourire léger sur les lèvres.
Le directeur sortit d'une des grandes cheminées dorées de l'Atrium, et constata avec délice qu'en cette heure très matinale, le ministère était relativement calme, ce qui donnait une étrange impression d'apaisement dans une période pourtant si sombre. Il se dirigea d'un pas assuré vers la rangée d'ascenseur. Les portes dorées s'ouvrirent sur un grand homme mince dont les rares cheveux roux étaient tout ébouriffés.
- Ah, Arthur ! s'exclama joyeusement Dumbledore en le reconnaissant. Comment allez-vous ?
- Bonjour Albus, salua Mr Weasley. Ça va bien, merci…
Sa voix était faible, soucieuse, et il tenait un gros dossier dans les mains qu'il considérait en fronçant les sourcils. Il essaya maladroitement de cacher le titre du volume, mais cela n'échappa malheureusement pas au regard vif et observateur du directeur de Poudlard.
- Malefoy ? demanda doucement Dumbledore en scrutant derrière ses lunettes en demi-lune Arthur Weasley dont le teint commençait à prendre une couleur similaire à celle de ses cheveux.
- Oh…, laissa échapper Arthur en tentant vainement de paraître naturel.
Il sortit de l'ascenseur et voulut se défaire de son interlocuteur impromptu, mais Dumbledore ne lui laissa pas le choix, bloquant le passage. Heureusement – ou malheureusement pour lui –, l'Atrium était presque désert et les rares sorciers ou sorcières qui s'y trouvaient marchaient d'un pas pressé vers leur bureau.
A l'inverse, Dumbledore semblait avoir tout son temps. Il ne lâchait pas le regard fuyant de Mr Weasley et ses yeux bleu azur le transperçaient de part en part. Arthur n'avait plus le choix. Dumbledore ne lui avait rien demandé, mais son silence était insoutenable et plus inquisiteur qu'une multitude d'interrogations.
- Il semblerait que… quelque chose nous ait échappé à la première perquisition du manoir. Nous avons monté un dossier pour pouvoir y retourner…, bredouilla-t-il, dépassé.
Dumbledore ne répondit pas tout de suite, digérant ces paroles.
- Vous avez une source, j'imagine ? demanda-t-il poliment.
- Oui, évidemment, répondit le père de Ron. Mais je ne sais…
Devoir tout dévoiler à cet homme si imposant lui était inévitable, bien que cette mission soit jugée confidentielle. Mais Dumbledore faisait quand même partie de l'Ordre du Phénix. Mr Weasley réfléchit rapidement : il scruta les environs et se baissa vers son interlocuteur.
- Harry Potter. Sur le Chemin de Traverse, il a suivi Drago Malefoy avec Hermione Granger et Ronald. Ils ont découvert qu'il devait réparer quelque chose. Il semble qu'il veuille ramener cet objet mystérieux à Poudlard…
Dumbledore se figea et n'écoutait plus après que les noms de Drago et d'Hermione aient été prononcés dans la même phrase. Alors ils étaient rentrés en contact, malgré ses précautions. Un voile d'inquiétude et de déception se lut un instant dans son regard, mais il le balaya rapidement et ses yeux pétillèrent à nouveau.
- Bien sûr, nous n'avions aucun moyen de monter un dossier avec ce genre d'accusations non fondées, continuait Mr Weasley sans faire attention à l'expression du vieil homme.
- Ah oui ? Alors, comment avez-vous réussi ? s'enquit Dumbledore d'un ton courtois, bien qu'il n'en avait pas grand-chose à faire.
Il aurait voulu savoir la réaction d'Hermione Granger face à Drago Malefoy, mais le demander ainsi de but en blanc semblait suspect et il ne voulait pas éveiller les soupçons d'Arthur, quoiqu'il ne fût pas un observateur inné.
- Figurez-vous que Steven Cousins a commis une grave faute professionnelle et qu'il a été démis de ses fonctions, informa Mr Weasley et un sourire satisfait apparut sur son visage.
Il n'avait jamais apprécié l'ancien Serpentard, surtout avec la façon dont il se comportait au ministère. Ses nombreux déboires étouffés par Lucius Malefoy ne passaient certainement pas inaperçus. Sauf que cette fois, il n'y avait pas de Lucius pour venir maquiller l'incident.
- Ah bon ? s'étonna poliment Dumbledore, l'air visiblement ailleurs, se demandant bien ce que Steven Cousins venait faire dans l'histoire.
- Surtout que c'est une faute de débutant, poursuivit Arthur Weasley. Cousins était obligatoirement au courant de son infraction au règlement. C'est dommage d'être ami avec la famille Malefoy, en ces temps troublés.
L'attention de Dumbledore fut aussitôt attirée par cette nouvelle information.
- Qu'a-t-il fait ? demanda-t-il, bien plus intéressé qu'auparavant.
- Il a... C'est fou, ça peut sembler aberrant, mais il aurait accepté de faire un raccord de cheminée entre le manoir Malefoy et je vous le donne en mille ? jubila-t-il.
Dumbledore eut une mine incrédule : il attendait patiemment la réponse.
- La cheminée d'un foyer moldu, annonça-t-il à voix basse.
Le vieil homme ne répondit rien. Il dévisagea gravement l'homme roux devant lui et fronça les sourcils. Non, ce ne pouvait être ça. C'était bien trop gros pour être réaliste.
- Quel foyer ? ne put-il s'empêcher de questionner.
Arthur haussa les épaules.
- Je n'en sais pas plus. Mais grâce à ça, nous avons notre mandat, dit-il avec gaieté en agitant un parchemin tamponné sous ses yeux. Et grâce à Harry, j'ai l'occasion de me joindre à cette perquisition !
- Eh bien, félicitations, répondit Dumbledore avec un sourire de convenance.
- Je vous laisse, Albus, je dois y aller. Bonne journée, salua Mr Weasley.
- Evidemment, tenez-moi au courant, rajouta Dumbledore en lui faisant un clin d'œil.
- Je n'y manquerai pas.
Et Arthur Weasley s'empressa de traverser l'Atrium.
Dumbledore resta immobile quelques instants, perdu dans ses pensées. Puis il franchit les portes de l'ascenseur qui l'attendait toujours, et se rendit dans le bureau de Scrimgeour.
- Entrez, lança une voix grave et légèrement agacée à travers la porte, une fois qu'il eût toqué.
L'homme était assis à son bureau, derrière un immense tas de paperasses, le noyant presque. Ses yeux perçants, d'un reflet jaune, se levèrent rapidement derrière des lunettes cerclées de fer vers l'arrivant et ses sourcils broussailleux se défroncèrent en une expression de surprise et de satisfaction. Il secoua ses cheveux fauves striés de gris et se leva brutalement.
- Albus Dumbledore ! s'exclama Scrimgeour en lui offrant un sourire de convenance un peu trop large pour être sincère. Quel honneur !
- Rufus, salua brièvement Dumbledore en prenant place dans le fauteuil désigné.
Les deux hommes se toisèrent quelques minutes.
- Alors, vous avez réfléchi ? Êtes-vous devenus plus raisonnable ? demanda Scrimgeour en se penchant en avant.
- Quel foyer moldu Steven Cousins a-t-il raccordé au manoir Malefoy pour être exclu de ses fonctions ? répliqua Dumbledore d'un ton calme.
Scrimgeour se figea un instant, interloqué de cette question imprévue.
- Je… Ce n'est pas le sujet, rétorqua-t-il d'un ton brut, toute cordialité évanouie.
Dumbledore haussa les sourcils et eut un sourire en coin.
- Il me semble que Steven Cousins vous a rendu bien des services, à l'époque de Millicent Bagnold, déclara-t-il d'un ton posé. A quoi est dû ce soudain changement de cap ? Pourquoi lui faire dégringoler les échelons d'une carrière qu'il a mis tant de temps à gravir ?
Scrimgeour fixa le directeur de ses yeux jaunâtres et fronça les sourcils en une moue mécontente. Il ressemblait vraiment à un lion avec cette expression et Dumbledore se demanda un instant s'il n'allait pas lui sauter au cou.
- Je doute que cela vous concerne, articula-t-il lentement sans ciller du regard.
Un silence glacial prolongea ces paroles.
- Laissons ce sujet de côté, voulez-vous ? Je suppose que vous n'êtes pas ici pour changer d'avis à propos d'Harry Potter, soupira le ministre de la magie en déplaçant une pile de dossiers volumineuse.
- En effet, répondit Dumbledore d'une voix joyeuse. Je viens pour parler de Stan Rocade.
L'homme aux cheveux fauve se raidit et dévisagea son interlocuteur d'un air dur.
- Et d'où tenez-vous cette information ? lâcha-t-il d'un ton las.
- J'ai mes sources, sourit le directeur énigmatiquement.
Rufus Scrimgeour poussa un soupir qui en disait long. Il pianota distraitement de ses longs doigts un tas moins feuillu devant lui en semblant réfléchir.
- C'est à cela que vous vous amusez, alors ? finit-il par demander, comme accablé. Alors que votre école est sous notre protection et que le danger guette vos portes un peu plus chaque jour, vous multipliez vos escapades ? Vous préférez parcourir le monde à la recherche de ce que le ministère projette de faire ? Vous préférez découvrir quelles personnes on traque et quelles autres on attrape ? Vous n'êtes pas si légitime dans votre rôle de directeur de Poudlard, avec un emploi du temps comme le vôtre.
Face à l'absence de réponse de Dumbledore, Rufus Scrimgeour poursuivit avec un sourire mesquin :
- Et oui, Albus, nous aussi, nous avons nos sources.
- Mon école est avant tout sous la protection des professeurs de Poudlard et de nos propres sortilèges de défense, décréta le directeur d'un ton froid. Pré-au-Lard est peut-être sous votre contrôle, mais Poudlard est mon domaine avant tout, Rufus. Tant qu'à mes… escapades, comme vous dîtes, je suis bien aise d'apprendre de vive voix que je suis surveillé. Mais si vous voulez mon avis, vos Aurors ne sont pas très discrets.
Un silence suivit cette tirade.
- Alors, comme ça, reprit Dumbledore d'un ton plus léger, vous allez me faire croire que vous pensez réellement que Stan Rocade est un mangemort ? Ce pauvre garçon est tout sauf capable d'être accepté parmi les fidèles de Voldemort. Comment pensez-vous conserver votre crédibilité en agissant de la sorte ?
- Cessez vos propos moralisateurs, Dumbledore, siffla Scrimgeour d'un ton agacé, en tressaillant face au nom maudit. Si vous y mettiez du vôtre, nous ne serions pas obligés d'en arriver là…
- Comment voulez-vous que je vous aide, si vous refusez de m'éclairer sur vos actes ? s'étonna le directeur de Poudlard, une lueur amusée dans le regard.
Rufus Scrimgeour le regarda d'un œil neuf. Il ramena d'une main rapide ses lunettes qui glissaient sur son nez et croisa les mains devant lui sur la table.
- Que voulez-vous dire ? Vous voulez bien nous aider ?
Dumbledore eut une moue indéchiffrable.
- Si vous relâchez Stan Rocade et me faîtes part des raisons qui vous ont poussé à vous séparer de Steven Cousins, je commencerai à considérer la proposition, déclara Albus Dumbledore d'un ton amical.
Scrimgeour dodelina de la tête et ses cheveux longs se désordonnèrent un peu plus.
- Je ne peux vous fournir ces renseignements, ni vous promettre cette libération, Albus, soupira-t-il. Les temps sont durs, je pense que vous le comprenez. Mais si vous nous aidez, vous pourriez faire en sorte qu'ils ne se reproduisent plus et la population sera bien plus confiante dans nos mouvements. Nous pourrons enfin gagner en crédibilité.
Dumbledore se leva alors prestement de son fauteuil en hochant la tête. L'entrevue semblait prendre fin, sous le regard stupéfait du ministre.
- Très bien, conclut le vieil homme, d'un ton un peu froid. Je vois dans ce cas que nous ne pourrons nous mettre d'accord. Faîtes attention, Rufus… Ne soyez pas aussi entêté que Cornelius.
Scrimgeour rougit jusqu'aux oreilles de colère face à la menace et il ouvrit grand la bouche. Mais Dumbledore ne lui laissa pas le temps de répondre.
- J'ai moins à perdre que vous dans l'histoire, poursuivait-il en se dirigeant vers la porte du bureau.
Il mit la main sur la poignée de porte. Une idée de génie lui traversa l'esprit et il sourit de toutes ses dents. Il allait jouer le tout pour le tout. Il s'était juré de découvrir ce mystère et c'était maintenant ou jamais.
- Oh ! s'exclama-t-il et il plongea son regard bleu perçant dans celui de Scrimgeour. J'allais oublier. Ne serait-ce pas le foyer d'Hermione Granger qui a été impliqué dans l'affaire de Cousins ?
Son ton était détaché, convivial. Rufus Scrimgeour se leva d'un bond, hors de lui.
- Vous le saviez ! Vous le saviez, Dumbledore ! Et vous m'avez manipulé jusqu'au bout ! Sortez ! Sortez tout de suite ! rugit-il.
Dumbledore ferma la porte, un sourire mesquin sur le visage. Mais quand il se retrouva seul dans les couloirs pour retourner à l'Atrium, toute fierté avait disparu : il avait eu son information. Il avait ajouté une nouvelle pièce à son puzzle : les Malefoy avaient connecté leur cheminée à celle des Granger. Quand était-ce arrivé ? Il espérait secrètement que ce fut après qu'il eût amené la jeune fille chez les Weasley.
La mine soucieuse, il rentra à Poudlard par la poudre de cheminette.
Seul dans son bureau, Rufus Scrimgeour se passa une main dans les cheveux et sur le visage, l'air accablé. Il vérifia les noms des Aurors mutés à Pré-au-Lard : Fiertalon, Dawlish, Savage et Tonks. En soupirant, il hésita sur son choix, puis se décida pour Dawlish. Il écrivit une note à son attention, lui demandant de suivre scrupuleusement Dumbledore lors de ses virées solitaires et inconnues. Puis, le ministre se ressaisit : si Dumbledore faisait barrage pour qu'il vît Harry Potter, il allait simplement passer outre sa présence et directement s'entretenir avec lui. Aussi, il envoya une autre missive à Fiertalon, l'enjoignant de surveiller celui qu'on appelait l'Elu pour savoir quand il pourrait obtenir une entrevue en tête-à-tête avec lui.
La tête presque chauve d'un petit homme trapu apparut dans la cheminée en marbre. Il jeta un regard autour de lui et ne put qu'observer un salon richement meublé et désespérément désert.
- Narcissa ! lança-t-il d'une voix forte et mal assurée.
Une porte en bois s'ouvrit à la volée et Narcissa apparut sur le seuil de la bibliothèque, la baguette magique dégainée en main, le visage dur.
- Steven ! s'exclama-t-elle en le reconnaissant. Que me vaut l'honneur… ?
- Pardonne mon intrusion, s'excusa-t-il maladroitement. Mais je dois faire vite. La connexion avec ta cheminée l'autre jour, tu te rappelles ? Ils l'ont découverte. Je suis sur la sellette, à présent, mais toi, ils ont réussi à trouver un motif suffisant pour perquisitionner une nouvelle fois ta maison !
Mrs Malefoy détailla gravement la tête de l'homme qui dansait mal à l'aise dans les flammes devant elle. Steven paraissait très gêné de cet aveu. Mais avant qu'elle eût pu dire quoi que ce soit, des coups forts et secs retentirent sur la porte d'entrée du manoir. En se retournant, elle put constater que la tête du visiteur avait disparu. Légèrement inquiète, elle se hâta d'ouvrir. Elle tomba nez à nez avec Arthur Weasley, qui la dévisageait gravement.
- Bonjour, Narcissa, dit-il simplement, d'un ton qui se voulait conventionnel.
- Arthur, répondit-elle en retour sur le même ton et elle glissa son regard vers les autres sorciers qui étaient venus s'introduire chez elle.
Trois autres sorciers d'un âge certain se tenaient dans l'entrebâillement de la porte, ainsi que cinq sorcières d'âge différent, quoique légèrement plus jeune.
- Que voulez-vous ? s'enquit la noble blonde froidement, même si elle connaissait déjà la réponse.
- Nous venons pour une nouvelle perquisition. Il se trouve que non seulement nous pensons que vous cachez quelque chose, mais qu'en plus, vous avez encouragé Steven Cousins à enfreindre le règlement pour vous connecter à une cheminée moldue.
Si Narcissa n'était pas aussi blanche, on aurait pu constater qu'elle pâlissait à vue d'œil. Mais son teint d'albâtre lui laissait l'honneur de paraître impassible.
- Très bien, convint-elle. Entrez.
A part Arthur Weasley, ils semblaient un peu intimidés au seuil du manoir. Ce n'était pas la même équipe que la dernière fois et elle ne connaissait aucune tête présente. A regret, elle s'effaça lentement pour les laisser passer, et referma doucement la porte.
Hermione s'habillait rageusement dans le dortoir, s'aspergeant de potion permettant d'annihiler les odeurs persistantes. Elle n'en pouvait plus. Elle avait tenu une semaine. Une longue semaine. Pendant laquelle, chaque jour, elle avait accepté sans broncher. Elle avait voulu fermer les yeux. Mais là, elle n'en pouvait tout simplement plus. Elle n'avait rien dit devant les caleçons qui traînaient de Goyle, devant les marques de dentifrice sur le rebord du lavabo de Crabbe. Elle avait tenu sa langue face aux flaques d'eau de Nott à chaque fois qu'il sortait de la douche – c'est-à-dire chaque matin – et qui transformait la salle de bain en un gigantesque toboggan aquatique. Hélas, si c'était le seul ? Les douches communes des hommes étaient un joyeux bordel, où chacun prenait soin de chambouler un peu plus le décor, sachant pertinemment que les elfes de maison nettoyaient chaque soir de fond en comble. Or, Hermione Granger n'était pas du matin, et par conséquent se levait plus tard que les autres.
Elle devait donc subir les passages de la moitié des Serpentard avant d'utiliser elle-même la salle d'eau. Elle avait accepté les serviettes humides qui restaient au sol sans que personne ne prît le soin de les ramasser. Elle avait voulu oublier les poils des barbes dans le lavabo après un rasage intensif (au passage, elle remerciait Merlin chaque matin d'avoir échangé un corps aussi imberbe).
Elle avait subi sans rien dire. Elle était restée silencieuse, et avait fait profil bas pour préserver le semblant de colocation qu'ils avaient et le respect qu'elle s'efforçait de leur montrer. Mais plus les jours passaient, et plus elle se rendait compte qu'ils ignoraient totalement ses attentions. Pire : peut-être ne les voyaient-ils même pas.
Un seul occupant du dortoir ne partageait pas leur salle de bain. Et elle enviait avec une hostilité accrue Blaise Zabini qui ne supportait plus ces inconvénients, ayant le privilège d'avoir sa propre salle de bain, en tant que nouveau préfet. Et elle le détestait d'autant plus d'avoir ce titre.
Il n'y avait qu'une chose sur laquelle elle ne dérogeait pas. Un accord tacite entre les membres de cette maison. Et il venait de l'enfreindre. Oui, là, c'était trop. Cette fois, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le lac de Poudlard. Elle repensa à cette situation gênante et plus-que-tout humiliante.
- Non mais ça va bien ? hurla Hermione en se couvrant comme elle pouvait et en sortant de la cabine de couche dans laquelle elle était.
Un garçon un peu plus petit que lui, mais qui ne semblait pas beaucoup plus jeune, se retourna et eut un sourire goguenard.
- J'ai cru que c'était quelqu'un d'autre, ok ? Tout le monde peut se tromper, et puis je me suis excusé, non ? demanda-t-il d'un air provocateur.
- Ce n'est pas une raison ! Et non, tu ne t'es pas excusé !
- C'est vrai, alors excuse-moi, ironisa-t-il en le toisant.
Le sang d'Hermione bouillit dans ses veines et sans qu'elle ne vît rien venir, sa main vint s'écraser contre la joue du perturbateur dans une gifle monumentale. Cette arrogance et cette prétention, elle ne pouvait plus les supporter. Pourquoi les Serpentard étaient-ils tous désagréables ? Avant qu'elle eût pu comprendre quoi que ce soit, l'assaillant, rouge de colère, s'était jeté sur elle, les faisant glisser à même le sol, tandis qu'ils essayaient maladroitement de se battre, le garçon tentant vainement de lui administrer des coups, Hermione cherchant à les éviter.
- Ça suffit, qu'est-ce qui se passe ici ? tonna une voix gutturale. Malefoy, Harper !
L'arrivée de Zabini les calma un instant. Hermione se releva tant bien que mal et lui jeta un regard de mépris, essayant de rester le plus digne possible, sachant pertinemment dans quelle situation elle se trouvait. Harper, encore au sol, jouait les victimes.
- Malefoy m'a frappé, gémit-il.
- Ce n'était qu'une gifle, siffla le jeune blond entre ses dents. Et puis, si tu n'avais pas envoyé cette bombabouse…
- C'était un accident, je te l'ai déjà dit, répondit l'adolescent, agacé.
- Drago, répliqua Zabini d'un ton sévère en l'attrapant par le bras, si tu n'es pas content, tu peux toujours aller voir ailleurs, si les autres maisons t'acceptent dans leur salle de bain.
Outrée par tant d'injustice, Hermione fusilla du regard le grand noir. Elle se dégagea brusquement et sortit de la pièce, l'air pincé.
S'il y avait une chose sur laquelle Hermione Granger ne dérogeait pas, c'était son intégrité. Or, il était évident que Harper avait bien vu qui se trouvait dans cette cabine de douche et qu'il n'avait pas envoyé cette boule puante sans raison et en se trompant de destinataire. En priant pour que cet incident passât inaperçu, elle constata encore une fois que Malefoy n'était pas tant apprécié au sein de sa propre maison.
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Kumi
