ATTENTION : ce chapitre contient une scène de sexe entre hommes. Je ne peux cependant pas la différencier du reste du texte par souci de lisibilité et de compréhension de l'histoire. En gros, si vous ne lisez pas tout le chapitre, vous risquez de manquer certaines choses importes (ce n'est que mon avis cependant, vous me direz si j'ai eu tort ou non.)
Choses promise, chose due. Voici le dixième chapitre.
Bonne lecture.
X
Dévores moi.
Tel le loup mangeant l'agneau.
Dévores moi tout entier
Et prends mon cœur en otage.
- Tu ne penses pas que tu le maternes trop ?
Kakashi lui avait posé la question avec un mélange de moquerie et d'inquiétude dissimulée, étonnant le jeune homme qui avait alors levé le nez de son assiette. Assis dans le fond de ce restaurant mexicain où ils avaient pris l'habitude d'aller, Itachi avait alors secoué la tête, disant à son second que non, il n'en faisait pas trop. Il se souvenait lui avoir sorti une excuse qui lui sembla sur le coup crédible, aucune réplique ne quittant la bouche de l'argenté qui changea de sujet. Pourtant, le jeune directeur pouvait toujours se remémorer avec une facilité déconcertante le visage suspicieux de l'homme en face de lui et du ton de sa voix, à la fois désapprobateur et intrigué. Mais qu'aurait-il dû lui dire ? La vérité ? Comme si il lui était possible de faire une telle chose.
Regardant un moment sa montre, le jeune homme poussa un soupir avant de reprendre sa contemplation du paysage de nuit. Installé dans sa voiture, Itachi attendait dans le coin d'une rue que l'heure passe. Il était presque minuit, heure à laquelle la plupart des gens bien pensant allaient se coucher. Cependant, lui restait là, observant le ciel sombre et noir comme ses rétines. Il attendait, sagement, que l'heure passe.
Cela devait faire plusieurs jours qu'il agissait de la sorte. Quand il sortait de son bureau et rejoignait son véhicule, ses mains ne tournaient maintenant plus le volant pour le ramener à son appartement mais dans une ruelle isolée. Le silence lourd qui régnait dans son logement était devenu insupportable, le tic-tac frénétique et incessant des dizaines d'horloges accrochées aux murs ni changeant rien. À chaque fois qu'il passait la porte d'entrée et débouchait dans le couloir désert et vide, Itachi avait envie de hurler si fort que sa tête aurait très bien pu exploser. Alors rentrer dans son appartement une fois sa journée de travail terminée n'était plus une chose qu'il désirait faire. Bien au contraire. Mieux valait qu'il soit loin de cet endroit.
Un lampadaire non loin diffusait une lumière jaune blafarde, éclairant à peine le morceau de trottoir qu'il couvrait. Itachi pouvait voir des papillons voletaient autour du halo jaunâtre, dansant comme l'auraient fait des femmes enivrées tout en cherchant un moyen de rejoindre l'ampoule. Certains réussirent à y accéder, s'approchant assez près avant de tomber lamentablement au sol, brûlés par le verre chauffé de la lampe. Ils allaient mourir là, sur le bitume froid et sans que personne ne se rende compte de leur présence. Au matin, des passants leur marcheraient dessus, les achevant et les soulageant certainement d'une nuit de pure souffrance. Triste vie qu'avait ses pauvres insectes insignifiants. Le genre de vie que son cher petit frère aurait pu avoir si il n'était pas intervenu.
Tu l'as sauvé.
Bien sûr qu'il l'avait sauvé. S'il n'avait pas été là, s'il ne s'était pas pris en main et n'avait pas décidé de changer la situation, Sasuke serait quelque part, dans le lit d'un homme qui le prendrait pour un jouet. Il continuerait à aller ça et là, couchant à droite à gauche avec n'importe qui et un jour, un funeste jour, il ne resterait de lui que des loques et un corps sans vie. Itachi en était sûr, pour lui c'était le destin tragique qu'il avait évité à son cadet, dont il l'avait préservé. Et à présent, maintenant qu'il l'avait tiré des griffes de ce monde qui le retenait prisonnier, ils pouvaient enfin vivre ensemble et en paix.
Tu le protèges trop...
Ses lèvres s'étirèrent en une grimace démente, le rire sourd et sadique de cette voix se faisant plus insistant dans sa tête. Non, il n'en faisait pas trop. Il n'en ferait jamais assez pour Sasuke. Ce n'était pas comme si il le maltraitait ou lui faisait du mal. Il ne lui faisait rien de mal. C'était mieux pour lui d'être isolé, de rester dans cette grande maison et de ne voir personne. Le monde extérieur était trop dangereux pour lui, trop cruel et violent pour lui. Comment pouvait-il le laisser l'affronter tout seul ? Non, Itachi avait pris la bonne décision. Installer Sasuke dans cette maison avait été la meilleure solution. Tayuya le surveillait et lui faisait parfois la conversation et puis, son frère n'était pas triste. Depuis ce jour, depuis qu'ils avaient dormi ensemble ce soir-là, l'adolescent n'avait jamais demandé à quitter la maison. Certes, il quémandait peu de choses à son aîné mais jamais, il n'avait voulu sortir. Pour quoi faire de toute façon ? Il n'y avait rien dans le monde extérieur qui puisse le combler et le contenter plus que pouvait le faire Itachi. Sortir ne lui apporterait rien du tout.
Kakashi ne pouvait pas comprendre. Il ne le pourrait sûrement jamais. De toute façon, il ne connaissait pas assez son frère pour se faire une idée de la situation. Il ne pouvait rien en dire et ni revenir sur les décisions de son supérieur. Qu'importe qu'il soit inquiet ou perplexe, ce n'était pas ses affaires. Que Sasuke n'aille plus au lycée et reste chez eux ne le concernait pas.
Un profond soupir échappa au jeune homme, l'une de ses paumes passant sur son visage couvert de sueur. Son cœur battait à un rythme soutenu dans sa poitrine, le fatiguant étrangement tandis qu'elle ne cessait de rire et de se moquer de lui. Pour le coup, il avait envie de s'arracher la peau du crâne et de la sortir de sa tête avant de la regarder dans les yeux et lui infliger mille tortures. Mais hélas, Itachi savait qu'elle n'attendait que ça... lui faire du mal.
La lumière du lampadaire vacilla quelque peu, un papillon s'écrasant piteusement sur le sol. On entendit un bruit mat de chaussures claquant sur le bitume, écrasant l'un des insectes couchés sur le trottoir. Et alors que les pas s'éloignaient, que leur son diminuait et disparaissait, Itachi afficha un sourire étrange, son rire devenant alors glacial et cruel.
Oh oui ! Elle n'attendait que ça.
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o
.oOo.
Le soleil filtrait à travers les épais rideaux de la chambre, plongeant la pièce dans une demie pénombre envoûtante et cotonneuse. Calfeutré sous les draps, Sasuke dormait encore du sommeil du juste, respirant lentement et profondément tandis que son frère aîné l'observait d'un œil attendri tout en consultant ses derniers messages. Il avait pris une semaine pour pouvoir passer du temps avec son cadet, laissant son second s'occuper de l'entreprise pendant son absence. Kakashi était assez compétent pour s'occuper seul des affaires en cours et il fallait dire que le jeune directeur n'avait aucune envie de rencontrer ses potentiels associés chinois pour l'instant. La seule chose qu'il désirait était de passer des journées entières avec son cadet et non pas écouter un traducteur lui rabâcher les propos désuets d'hommes grassouillets en costumes.
Le corps endormi de l'adolescent commença à se mouvoir, indiquant qu'il n'allait pas tarder à se réveiller. Affichant un sourire, le jeune directeur s'approcha de la couche pour l'embrasser, comme il le faisait toujours depuis qu'ils s'étaient mis à dormir ensemble. En moins d'un mois, une sorte de routine s'était installé entre eux, ravissant Itachi qui n'en avait pas espéré autant de la part de l'adolescent. Certes, il ne le voyait pas chaque jour de la semaine, ni chaque heure de la journée mais Sasuke lui parlait plus librement, se mettait moins en colère et lui prêtait attention. Ils dormaient dans le même lit et chaque matin, pour le sortir de son sommeil, son aîné embrassait sa joue avec tendresse avant d'aller lui préparer à manger.
Le jeune homme avait découvert, au fur et à mesure que les jours s'écoulaient, que son cadet n'était pas vraiment du matin. Sasuke n'aimait pas trop qu'on le bouscule pour se préparer, préférait de loin rester coucher sur le ventre toute la matinée plutôt que d'aller se prélasser au soleil dans le jardin. Dans les meilleurs jours, le garçon passait son temps dans le salon, allongé sur le canapé à lire l'un des nombreux livres qui peuplaient la bibliothèque qu'avait aménagé Itachi tout en mangeant diverses boules de riz que lui confectionnait Tayuya.
Le brun adorait également écouté des morceaux de musiques classiques, changeant parfois avec les airs de jazz que son aîné affectionnait tant. Et parfois, il parlait avec Itachi, lui demandant ce qu'il faisait au bureau, lui posant des questions sur Kakashi dont ils avaient un soir parlé. Il n'avait que très peu de réclamations ou de requêtes, forçant le jeune directeur à redoubler d'imagination pour le divertir. Alors il lui avait acheté une console de jeux que le brun n'utilisait que rarement, avait rempli une seconde bibliothèque que son cadet avait regardé avec fascination et lui avait commandé un violon. Bien qu'il ne sache pas en jouer, Sasuke avait eu cet air émerveillé devant l'objet, offrant l'un de ses rares sourires à son aîné qui s'était retenu de l'embrasser. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à trouver un professeur pour donner des cours à son frère.
- Bonjour.
Sasuke répondit dans un grognement plaintif, pas encore totalement réveillé. Son visage se cacha dans son oreiller, amusant Itachi qui alla coller ses lèvres dans le cou du jeune homme qui émit un faible gloussement. Le sachant chatouilleux et sensible à cet endroit, le plus âgé continua son manège, réveillant complètement l'adolescent qui se débattit un peu avant d'attraper son agresseur et de porter sa bouche à la sienne. Le baiser, bien que chaste, était empli d'amour et de douceur, tirant Sasuke des dernières brides du sommeil. Tel un félin, il s'étira une fois le baiser rompu sous le regard bienveillant d'Itachi qui retourna voir ses mails sur son portable, avant de descendre dans la cuisine.
Depuis qu'ils dormaient ensemble, Sasuke avait avoué ne plus faire de cauchemars, ni de crises. Tayuya lui avait confirmé la chose quelques jours plus tard, alors qu'il avait laissé son cadet seul dans la bâtisse et cela avait rassuré le jeune homme. L'adolescent ne semblait plus tiraillé par ses angoisses ou pétri de colère, lui permettant de faire des nuits complètes et sans songes dérangeants. Cependant, lui, ne pouvait pas en dire autant. Il arrivait toujours à Itachi de se lever en pleine nuit pour aller vomir, s'efforçant toujours de faire le moins de bruit possible pour ne pas alerter son cadet. La jeune femme à la chevelure de feu s'était légèrement inquiétée mais son employeur lui avait tout simplement ordonné de garder ça pour elle et de ne pas s'en occuper davantage. La rousse n'avait rien dit et elle n'avait de toute façon pas de quoi répliquer. Ce n'était pas pour cela qu'elle avait été engagée.
- Tu ne descends pas ?
La voix ensommeillée de l'adolescent s'éleva dans la pièce, Sasuke captant alors le regard interrogateur de son aîné. D'ordinaire, Itachi allait toujours dans la cuisine très tôt pour lui préparer quelque chose, bien qu'il ne soit pas toujours affamé. Il adorait, semblait-il, lui faire la cuisine, reléguant Tayuya à sa surveillance. Le jeune homme ne se sentait pas malheureux pour elle, loin de là. Il appréciait les plats du jeune directeur et le regard doux qu'il posait sur lui quand il se sustentait. Et à cet instant, Sasuke aurait bien aimé dévoré l'une de ses fournées de pancakes que le brun avait appris à faire quelques jours plus tôt.
- Si, répondit Itachi tout en revenant près de lui. Pourquoi ? Tu veux que je reste avec toi ?
- J'ai faim, déclara l'adolescent, ses bras passant autour du cou de son aîné qui vint l'embrasser.
- Tu peux me dévorer si tu le désires.
Chaude et inquisitrice, la bouche du jeune homme se déposa sur ses lèvres closes, un violent frisson parcourant chaque cellule de son corps. Sasuke sentit son cœur manquer un battement, le murmure brûlant et empli de sous-entendu d'Itachi l'ayant comme tétanisé. L'espace d'un instant, il cessa de respirer, intriguant son aîné qui le lâcha pour mieux l'observer.
- Sasuke...
Aucune réponse ne vint, le jeune homme s'asseyant dans le lit sous l'oeil inquiet d'Itachi. Sa peau se couvrait lentement de sueur, ses prunelles sombres fixant un point à l'opposé de la pièce. Évitant soigneusement de croiser le regard de son frère, Sasuke se leva presque à la hâte pour quitter la chambre et s'éloigner davantage de son aîné... qui n'entendit pas les choses de cette oreille et attrapa soudain l'adolescent fuyard.
- Sasuke, répéta le jeune directeur avec douceur. Que se passe-t-il ?
Ses doigts se serrèrent sur le poignet de son cadet, l'empêchant de faire un pas de plus. Sasuke ne tenta même pas de se dégager, tremblant quelque peu et gardait le dos tourné, comme si la honte et le peur lui rongeaient les entrailles. Perplexe, Itachi le rapprocha lentement de lui, prenant cinq bonnes minutes pour réussir son entreprise et blottit son cadet dans ses bras pour le rassurer. Le silence reprit place, se faisant tranquille et dénué de stress pendant que le jeune homme se détendait. Ses frissons avaient cessé, son souffle ayant retrouvé un rythme normal tandis que son aîné garda un air contrarié. Après tout, c'était de sa faute si Sasuke s'était soudainement retrouvé dans cet état.
- Excuses moi, commença le brun avec douceur. Je ne pensais pas...
- C'est bon. Ça va, le coupa Sasuke. C'est juste... que ça fait un moment que je n'ai pas ressenti ça...
- Que veux-tu dire ?
Le corps du jeune homme se tortilla dans l'étreinte protectrice de son aîné, l'obligeant à ouvrir les bras pour me le laisser bouger. Sasuke se tourna alors vers lui, le bout de ses oreilles ayant rougis pendant que ses billes onyx faisaient la navette entre le visage d'Itachi et tout autre point dans la chambre. Ses lèvres laissèrent s'échapper quelques mots incompréhensibles, des paroles décousues qui ne voulaient rien dire quand sa main se plaqua durement sur son front, effaçant les dernières traces de sueur qui y perlaient. Poussant un soupir, le jeune homme planta son regard dans celui du jeune directeur, l'intriguant avant d'ouvrir la bouche avec plus d'assurance et d'irritation.
- Tu te rends tout de même compte que tu viens de m'exciter ? Maugréa Sasuke tout en croisant les bras sur sa poitrine. Je veux dire... tu sais le rapport que j'ai avec le sexe. C'est pas un truc que je fais pour m'amuser ou par pur plaisir. C'est pas comme ça que ça fonctionne avec moi.
- Je le sais, marmonna le plus âgé, mécontent de se faire gronder de la sorte. Je ne pensais pas que tu réagirais de cette façon.
- Tu t'attendais à quoi au juste ? Parce que franchement, je ne vois pas comment j'aurais dû réagir. Ok, on s'embrasse et on se câline mais...
Sasuke laissa sa phrase en suspend, les sourcils froncés et la mine durcie. Levant les yeux au ciel, il contempla un moment la chambre plongée dans une demi-pénombre, les draps du lit totalement défait, la commode en bois sombre près de la fenêtre cachée par les lourds rideaux marron. On ne sentait pas d'odeur de café ni de cannelle, n'entendait pas d'air de jazz ou de Chopin. Juste un calme silence, un faible odeur de transpiration et de lessive. Son cocon protecteur, sa prison dorée. Qu'importe ce qu'il pourrait dire ou faire, rien ne pouvait lui arriver... pas vrai ?
- J'aime quand tu m'embrasses, murmura alors le jeune homme. J'aime quand tu me prends dans tes bras et me caresses les cheveux. J'aime la façon dont tu me regardes, dont tu me touches... mais je peux pas coucher avec toi... ni avec n'importe qui d'ailleurs.
- Tu le faisais bien avant pourtant, souffla son aîné, comme pour lui faire un reproche.
- Ce n'était pas pareil. Ça n'a rien à voir. Je pouvais pas faire autrement Itachi, fit l'adolescent en secouant la tête. Je suis détraqué... brisé... à un moment, j'ai juste besoin... qu'on me fasse du mal... Ça m'arrive d'être excité ou d'en avoir vraiment envie mais... je n'arrive pas à faire autrement... et toi, tu ne me feras jamais du mal... et je ne veux pas que ça arrive.
Les pupilles noires de Sasuke brillaient d'un éclat étrange, sa gorge serrée ne laissant plus filtrer aucun son. Fixant Itachi avec ce mélange de détresse et de dégoût, il attendait une réponse, une parole rassurante ou un geste tendre. Quelque chose, n'importe quoi qui l'aiderait à se sentir mieux en cet instant. Parce qu'il sentait qu'il était sur le point de se briser en mille morceaux.
C'est alors que les doigts fins de son aîné se glissèrent dans ses cheveux, comme il l'avait secrètement espéré. Ils caressèrent son crâne, s'emmêlèrent dans les mèches corbeaux, glissèrent sur sa nuque qu'ils dégagèrent tendrement, laissant assez de place pour que les lèvres mutines d'Itachi puissent embrasser sa peau pale. Une douce chaleur l'envahit, un soupir s'élevant dans la pièce quand les puits sans fond du plus âgé captèrent son regard, le plongeant dans des ténèbres à la fois rassurantes et terrifiantes.
- Je ne te ferai aucun mal Sasuke, jamais. Mais je ne pourrais pas vivre en sachant que tu vas voir des personnes pour qu'elles puissent te blesser, de quelque façon que se soit. Je sais qu'un jour ça arrivera, que tu recommenceras bien que tu me dises le contraire maintenant. Alors, si vraiment, tu as besoin de ça pour te sentir bien, je préfère encore être ton bourreau.
L'air devint lourd, glacial et chargé d'un malaise grandissant et dérangeant. Sasuke crut pendant un moment qu'il était en plein hiver, sur la glace polaire d'un pays reculé à affronter la pire des tempêtes. Son sang n'avait fait qu'un tour dans ses veines, le rendant livide pendant que son cœur se remettait lentement de ses émotions. Le cocon rassurant et chaud sembla se fissurer, dévoilant un monde teinté de gris et de rouge, un monde ressemblant étrangement à celui dans le lequel il avait vécu ses dernières années. Mais le visage de ses tortionnaires, d'ordinaire brouillés et cachés dans la pénombre, prirent tous le regard de cet homme en face de lui.
Le regard de son futur bourreau.
Sans qu'il ne puisse les contrôler, ses mains allèrent prendre le visage d'Itachi qui le fixait de ce drôle d'air avant que sa bouche n'aille chercher la sienne dans un élan désespéré. Engageant un baiser désordonné et fiévreux, Sasuke s'accrocha de toutes ses forces au cou du jeune directeur, le forçant à se rapprocher le plus possible de lui afin que leurs corps soient parfaitement en contact. Une chaleur insidieuse les enveloppa alors, se mêlant à la fureur et l'amour qu'ils partageaient. Pauvres diables qu'ils étaient. S'ils pouvaient la voir rire, ils se seraient certainement arrêtés.
Avec une certaine autorité, Itachi se décolla de son frère, l'obligeant à le regarder. Toute froideur avait disparu de ses traits, calmant le jeune homme qui essayait de reprendre rapidement son souffle sous le regard bienveillant de son aîné.
- Tout va bien Sasuke, déclara le jeune directeur. Tout va bien...
- Et si cela devait arriver ? Rétorqua le brun avec inquiétude. Me diras-tu encore que tout va bien ?
- Nous n'en sommes pas encore là. Si ça se trouve, ça n'arrivera pas.
- Comment peux-tu en être sûr ? Grimaça le jeune homme.
La seconde qui suivit, le plafond se présenta sous ses yeux, vite remplacé par le sourire espiègle d'Itachi qui le surplombait. Allongé sur la couche, Sasuke ne mit pas longtemps à comprendre ce qu'il allait se passer, une boule insidieuse se formant dans son estomac.
- Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, bredouilla l'adolescent sans quitter son aîné des yeux.
- On va le savoir tout de suite...
Les lèvres du jeune directeur ne vinrent pas se poser sur les siennes, comme il l'avait d'abord pensé. Elles n'allèrent pas non plus dans son cou, zone extrêmement sensible et se dirigèrent bien plus bas. Sasuke fronça les sourcils, se demandant si son aîné savait ce qu'il faisait lorsque ses doigts remontèrent son t-shirt bleu et que sa bouche alla caresser ses abdominaux. Fines et chaudes, elles lui arrachèrent un faible frisson qui se diffusa dans tout son corps pendant que les doigts graciles de l'homme s'efforçaient de retirer le vêtement trop gênant.
Itachi n'arrivait pas à se souvenir de la dernière fois qu'il avait embrassé le corps d'une femme. Ni même de sa dernière relation amoureuse. Il y avait eu cette fille au collège qui le suivait partout, lui disant qu'elle l'aimait et l'admirait. Au début, le jeune garçon avait été mal à l'aise à l'entente de ses propos, peu sûr de la marche à suivre puis avait fini par se lier d'amitié avec la jeune fille. Mais après un baiser échangé, la petite brune avait déménagé, les séparant à jamais.
Au lycée, il n'eut pas réellement le temps de s'entretenir avec d'autres personnes, étant bien trop concentré sur les cours. Le seul ami qu'il possédait était son cousin, Shisui. Liés comme les doigts de la main, ils étaient toujours ensemble jusqu'au jour où le jeune homme changea d'établissement, s'envolant pour les États-Unis. Itachi n'avait plus eu de nouvelle de lui depuis son départ, créant dans son cœur une plaie béante. Le jeune homme s'était alors concentré un peu plus sur ses études, ne rencontrant que peu de femmes qui pourtant ne se lassaient pas de le courtiser. Ce fut l'année de ses vingt-et-uns qu'il se laissa aller, sortant avec quelques filles d'associés dans le dos de son père qui quand il l'apprit, lui asséna un sermon dont le jeune directeur se souviendrait toute sa vie. Depuis, Itachi n'était plus sortir avec une seule femme et n'avait pas jeté son dévolu sur un homme. Alors, tandis qu'il caressait de ses doigts les hanches pales et fines de son cadet, un sentiment étrange s'empara de lui.
Le t-shirt tomba au pied du lit sans le moindre bruit, les mains du jeune homme effleurant les flans albâtre du garçon sous lui. Des soupirs lui répondaient parfois, des plaintes plus prononcées et profondes s'échappant d'entre ses lèvres rosées. Qu'il désirait les embrasser ses lèvres, savourer leur goût, apprécier leur douceur et leur chaleur avant d'aller taquiner cette langue, ce morceau de chair capricieux qui se soumettait rarement à ses attaques. Oh qu'Itachi voulait l'embrasser encore et encore, prendre cette bouche et la faire sienne. Pour ensuite prendre ce corps tout entier et le marquer à jamais.
Ne sachant où mettre ses mains, Sasuke agrippait avec maladresse les draps défaits de la couche. Il pouvait sentir le désir monter en lui, l'excitation et l'impatience aussi. Mais il redoutait ce moment où la douleur serait nécessaire, voire vitale. Ce qu'il ressentait à cet instant était à la fois brûlant et doux, comme les caresses que lui prodiguait son aîné et pour rien au monde il aurait souhaité franchir la barrière entre l'agréable et l'insupportable. Pourtant, une chose au fond de lui ne cessait de lui répéter qu'il ne pourrait en être autrement.
Un sursaut prit l'adolescent, l'homme au-dessus de lui glissant sa langue sur son aine avec une lenteur insoutenable. Doucement, il fit descendre son pantalon et son boxer, dévoilant sa peau chaude et humide. Sasuke n'osa pas le regarder, gêné comme le serait une pucelle et cacha son visage de son bras. Un petit rire s'éleva alors, lui arrachant une grimace embarrassée lorsqu'un soupir plus bruyant quitta sa gorge.
De sa vie, Itachi n'aurait jamais cru toucher un autre homme aussi intimement. Et encore moins son propre frère. Que diraient les gens s'ils l'apprenaient ? Que dirait sa famille si cela se savait ? Et Kakashi ? Parce que ce qu'il faisait n'avait rien de sain. Pire, c'était la débauche la plus perfide et immonde dans laquelle il pouvait se plonger. Malgré cela, malgré le fait qu'il sache parfaitement qu'il n'avait pas le droit de faire une telle chose, qu'il ne devait pas s'adonner à ce genre de bassesses, Itachi ne pouvait s'empêcher de se dire que les gémissements de son cadet était la chose la plus mélodieuse qui lui avait été donné d'entendre.
Ses doigts se crispèrent davantage sur le tissu, sa tête plongeant dans les oreillers pendant que ses hanches se mouvaient sans qu'il puisse les contrôler. Les yeux clos, Sasuke savourait la caresse fugace de doigts fins et chauds de son aîné sur son membre, ses cuisses s'écartant pour lui laisser plus de place. Quelques fois, le jeune homme retenait ses plaintes, mordant ses lèvres fortement pour ne pas se laisser à ce plaisir qui ne faisait que grossir dans ses veines. Depuis quand n'avait-il pas ressenti une telle chaleur ? Il n'arrivait même pas à se souvenir. L'adolescent ne se rappelait pas si l'un de ses amants avaient été aussi doux, si l'un d'entre eux avait pris le temps de faire monter la pression dans ses veines avant de prendre son propre plaisir. Là, il était le seul à subir les assauts du désir, luttant avec force pour ne pas sombrer. Parce que s'il sombrait...
- Arrêtes... Itachi, arrêtes...
Le souffle déjà rapide du plus jeune s'accéléra, s'entrecoupant d'accros que son aîné remarqua avec facilité. Arquant un sourcil, le jeune directeur cessa de mordiller la cuisse de Sasuke pour remonter vers lui, sa main ne quittant cependant pas son sexe tandis qu'il portait l'autre au menton de l'adolescent.
- Sasuke...
- C'est trop... l'implora le jeune homme sans le regarder. Arrêtes... je t'en prie...
- Regardes-moi. Sasuke regardes moi.
L'ordre claqua dans la chambre, ne dissipant cependant pas la chaleur et la concupiscence qui y régnaient. Fébrile, le jeune homme s'efforça de regarder son aîné, son visage déformé par l'impatience et désir. Il n'était plus très loin de la délivrance, son corps bougeant en des mouvements saccadés et désordonnés, pourtant une chose dérangeante lui tordait les entrailles. La douleur, absente, lui manquait et Sasuke n'était pas certain de pouvoir se libérer sans elle. Il était tellement habitué à sa froide présence qu'il ne savait plus comment faire pour se soulager sans. Pouvait-il réellement le faire sans elle ?
Ses prunelles désemparées rencontrèrent les yeux sombres d'Itachi, un nouveau frisson le parcourant. Cet homme, à qui il était lié par le sang, n'avait jamais été aussi beau qu'à cet instant. Grand, impérieux, autoritaire. Ses billes obsidiennes étaient emplies d'un désir incommensurable et d'une douceur qui ne semblait pas vouloir disparaître. Ses traits, tirés par l'attente et l'effort, arrivaient tout de même à lui montrer tout l'amour qu'il ressentait à son égard. Jamais Sasuke n'avait vu une telle expression sur un visage, ni d'homme aussi beau et imposant. Il lui aurait donner sa vie s'il le lui avait demandé, lui aurait offert la lune et le soleil s'il le lui avait ordonné. Il lui donnerait tout, jusqu'à son âme souillée et torturée. Du moment qu'il le garde à ses côtés.
Les lèvres se rencontrèrent, se happèrent et se caressèrent avec l'énergie du désespoir et la force du désir. Serrant le t-shirt que portait son aîné, Sasuke s'accrocha au jeune homme comme une moule à son rocher, la tête lui tournant sous tout ce plaisir qu'il ressentait. Il en oublia presque la douleur, ne souhaitant pas sa présence entre lui et Itachi. Il ne devait y avoir qu'amour, désir et fièvre.
Un long gémissement quitta la gorge de Sasuke, ses doigts s'entremêlant dans les mèches sombres et désordonnés de son amant. Celui-ci avait délaissé sa bouche, descendant honorer son cou et son torse avant d'aller plus bas. Bien plus bas. L'adolescent émit un hoquet de surprise quand la bouche chaude l'engloutit, sa raison se brisant et son esprit s'envolant. Jamais on ne l'avait comblé de cette façon et le fait que ce soit Itachi qui soit le premier à le faire lui arracha le peu de crainte qui lui restait.
Se délectant des plaintes du corps alangui sous lui, le jeune directeur s'attela à contenter son amant qui ne cessait d'exalter. Sasuke criait si fort qu'on devait certainement l'entendre dans toute la bâtisse, répétant son nom à mesure qu'il approchait de l'orgasme. Plusieurs fois pourtant, il le supplia d'arrêter mais jamais Itachi n'arrêta. Bien au contraire. Il entraîna Sasuke si loin qui ne resta de lui qu'un monceau de chair ardente et vibrante.
Un voile blanc avait recouvert ses yeux pendant plusieurs secondes, un bourdonnement désagréable s'imposant à ses oreilles. Ses forces l'avaient abandonné, clouant son corps fiévreux dans le matelas déformé. Haletant, Sasuke tentait de remettre en place chacune de ses pensées, n'arrivant plus à se rappeler ce que qu'il s'était produit. Il avait juste ressenti une grande pression, une chaleur étouffante puis, une sorte d'explosion. Alors, le calme l'avait enveloppé de ses bras graciles, l'engourdissant. À présent, l'adolescent ignorait où il se trouvait, ce qu'il avait pu faire et ce qu'il s'était passé.
- Hey.
La voix grave et profonde de l'homme à ses côtés lui tira un frisson, ses prunelles noires découvrant le corps de cet être qui l'avait plongé dans un gouffre de convoitise. Itachi le couvait de ce regard si doux et protecteur, gonflant son cœur et ravissant son âme. Dieu qu'il ne voulait échanger sa place avec personne.
- Que s'est-il passé ? Demanda le jeune homme d'une voix rauque, remettant lentement ses souvenirs en ordre.
Le sourire que lui offrit son aîné le fit rougir, une boule de chaleur irradiant son ventre alors que le jeune directeur venait embrasser sa joue tout en massant sa nuque.
- Tu criais si fort lorsque que je t'ai pris dans ma bouche, que j'ai bien cru que tu ne pourrais plus parler pendant plusieurs jours.
- Itachi !
Le rire cristallin de l'homme l'embarrassa davantage, ses paumettes se colorant d'une belle couleur rouge pendant qu'Itachi caressa son cou de ses lèvres. Tentant de le repousser, Sasuke poussa le corps puissant de son aîné qui ne semblait pas vouloir dégager.
- Sérieusement Itachi ! Grogna l'adolescent qui essayait de quitter la couche.
- Quoi ? Ne viens pas me faire croire que tu n'as pas aimé.
- Là n'est pas le problème.
S'emmêlant dans les draps, Sasuke faillit tomber à même le sol, son corps nu tremblant sous l'air à nouveau frai de la chambre. Heureusement - ou malheureusement - pour lui, le jeune homme le rattrapa, le collant instinctivement contre son torse pour ensuite lui voler un baiser. Le brun se débattit quelque peu, la fatigue et ses muscles atrophiés ne l'aidant pas à se dégager. Il était piégé.
- Itachi...
- Chut...
La langue mutine et taquine de son amant alla découvrir son épaule, lui procurant une myriade de frissons agréables. Lâchant un soupir, Sasuke s'agrippa au cou du jeune directeur qui l'installa d'autorité sur ses cuisses, dévoilant son corps couvert de baisers et de marques suggestives. Ses yeux l'admirèrent un instant, ne déstabilisant pas son cadet qui semblait se souvenir parfaitement du plaisir qu'il lui avait donné. Qu'il était beau, là, entre ses bras. Libéré de la colère, libéré de la haine, libéré de la souffrance. Sasuke était si beau, si précieux. Et il était à lui.
Son rire résonna violemment dans son crâne, disparaissant peu à peu tandis que les lèvres de l'adolescent caressait les siennes. Il ne l'entendait déjà plus, sa bouche parcourant chaque parcelle de ce corps qui était maintenant sien et qu'il allongea à nouveau, désireux de le contenter encore.
Qu'elle rit. Qu'elle se moque de lui. Cela n'avait plus d'importance. Tout cela n'avait plus d'importance. Sasuke était tout à lui.
Pouah ! Qu'est-ce que j'avais envie d'écrire cette scène ! Vous n'imaginez même pas ! Depuis le temps qu'Itachi a envie de sauter sur son frangin, c'est enfin chose faite.
Du coup, 10ème chapitre. J'espère qu'il vous a plu. On en apprend un peu moins sur les personnages que le chapitre précédent mais ne vous en faites pas, on arrive à la conclusion de l'histoire.
Vous l'aurez compris, c'est bientôt la fin. Il reste, pour être exacte, un chapitre et l'épilogue. Donc dans deux semaines, la fiction sera terminée. Ca me fait un peu bizarre je dois dire. Cela fait un moment que je travaille dessus et on approche enfin du grand dénouement... je vais verser une larme.
En tout cas, je vous remercie de continuer de suivre (bien que vous ne soyez plus très nombreux) Pour ceux qui découvrent l'histoire, tenez bon, c'est bientôt fini (et ne pleurez pas sinon je vais pleurer aussi).
Je vous dis à la semaine prochaine pour la suite et presque fin d'Inside Me.
Des bisous mes loutres !
