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Chapitre 12 : Sous le temps
Mardi 1 juillet 2014
Marcher dans la forêt me fatiguait. J'avais hâte de retrouver une ville, de pouvoir me déplacer entre les rues et dormir sur un véritable matelas, au lieu de la banquette ou l'arrière de la camionnette. Maintenant qu'il faisait nuit, je n'avais pas attendu plus longtemps avant de repartir. Les « quelques provisions » qu'ils m'avaient donné se résumaient à une gourde d'eau claire et trois biscuits militaires aussi secs et durs que du marbre. Il ne fallait pas trop en demander. Non, ce qui m'énervais, c'était qu'ils ne m'avaient pas laissé reprendre mon arme à feu. Trop dangereux qu'ils disaient, et de toute façon, je n'avais pas eu le choix, qu'aurais-je pu faire ? Tenter de la prendre de force ? Même pas la peine d'y penser. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas cela qui allait m'aider à tenir devant les heures de recherche qui m'attendait. Rien que gravir la petite route de pierre qui sortait de la carrière m'épuisait, j'avais l'impression que chacune de mes jambes pesait une tonne, et que la pente était aussi abrupte qu'un versant de montagne. Lorsque la voiture militaire l'avait descendu, cela ne m'avait pas paru aussi difficile. Question de perception, peut-être. J'avais rapidement dit au-revoir à Kalei et à son père, ce dernier m'ayant précisé que si je changeais d'avis, il fallait revenir avant le jour prochain, ils projetaient de repartir de continuer leur voyage à ce moment là. Je gardais cette information dans un coin de mon esprit, car si nous arrivions à les suivre de loin, cela nous faciliterait grandement les choses.
Arrivé en haut de la falaise – même si elle ne devait faire qu'une vingtaine de mètres de hauteur – je poussais un long soupir en regardant vers le bas, le groupe de la caserne semblait beaucoup plus organisé vu d'au-dessus. Et maintenant ? Il fallait que je cherche les autres... au hasard, dans la forêt. Sans doute serait-il mieux de d'abord retrouver la route. En pleine nuit, je préférais rester sur le sentier, quitte à faire un léger détour au lieu de tirer tout droit à travers les troncs et leur pénombre. Malgré la nuit, l'air restait lourd, comme si la forêt empêchait toute brise de rafraichir l'atmosphère, et ça sentait fort la résine.
Sans motivation, je m'engageais donc sur le chemin de terre qui partait entre les arbres. On voyait clairement les deux sillons des roues fait par le passage des voitures. Stone, qui marchait près de moi, se mit soudainement à accélérer, et s'enfonça un peu plus loin... tant pis pour lui, je n'allais pas lui courir après. Du moins, c'est ce que je pensais, avant que mon attention fut attirée par une lumière clignotante. Une lampe torche ? Je n'étais à même pas dix mètres de la falaise, s'agissait-il d'un militaire faisant une ronde ?
– Ah... tu t'es enfin décidée à sortir, ça fait des plombes qu'on poireaute, m'interpella une voix quand le faisceau de la lampe se rapprochait.
C'était Yui, mes doutes s'envolèrent après quelques secondes, lorsqu'elle se baissa légèrement pour caresser Stone qui s'agitait gaiement à la vision de sa maîtresse. J'avais eu un instant d'incertitude, car le ton employé ne lui seyait pas du tout. Ou plutôt, je n'avais pas l'habitude d'entendre mon amie parler d'une manière aussi... blasée. Bon au moins, je n'aurais pas à errer bêtement.
– Vous... avez réussi à retrouver le groupe de la caserne ? questionnais-je en jetant un coup d'œil dans la direction de la falaise.
– T'as vu toute la lumière qu'ils font ? C'est dur de les louper quand on passe par ici.
Je ne pouvais pas dire le contraire.
– Et évidemment... il fallait que tu nous fasse perdre du temps, encore. Hein Ricchan ? continua t-elle en tournant les talons.
D'accord... elle était particulièrement de mauvaise humeur, cette nuit. Je la suivis en accélérant légèrement pour me retrouver à son niveau.
– Non mais attend... tu crois peut-être que j'avais envie me perdre en forêt ?
Elle ne répondit pas. Yui avait plutôt l'air fatiguée. Et pas uniquement au niveau physique. Je pressentais de continuer à discuter de ça n'allait pas mener bien loin, alors je n'insistais pas. Et puis, je ne pouvais pas nier que je me trouvais particulièrement stupide à m'être enfuie de la sorte. Sur le moment, la panique ne m'avait pas laissé d'autres solutions, j'avais réellement cru qu'un Siffleur me fixait, mais après coup... j'avais honte.
– Et... Anko ? me rappelais-je soudainement.
– La balle lui a traversé l'épaule et s'est fiché dans la clavicule. Une galère pour l'enlever. Mais bon, elle est en vie, quoi.
Cette nouvelle éveilla en moi des sentiments contraires. Heureusement que je ne l'avais pas tuée, sinon sans doute que Dixon et Shinsuke se serait retournés contre nous... mais je ne pu empêcher une petite vague de déception de passer dans mon esprit. Déçue d'avoir évité de donner la mort. Voilà bien un sentiment que jamais je n'aurais cru ressentir...
Nous marchions dans le silence. Je suivais simplement Yui, qui depuis le début, n'avait pas tenté de blaguer ou de partir dans une discussion légère, et elle n'arrêtait pas de soupirer. Par intermittences, j'entendais clairement son ventre gronder. C'était vrai, j'avais oublié qu'on était dans une situation critique, nous n'avions plus une seule boite de nourriture sous la main. Et ce n'était pas les œufs cru ou les racines bouillies qui allaient nous aider. Peut-être était-ce la faim qui l'a mettait à cran... je connaissais cela. Ce n'était pas le simple creux que l'on avait en permanence dans l'estomac, mais bel et bien le sentiment obsédant d'un manque viscéral.
Nous arrivâmes rapidement au camp, à peine deux ou trois minutes de marche. Je m'attendais à ce que les autres se soient installés dans une petite clairière, ou une zone sans arbres, mais ils avaient apparemment préféré s'embêter à conduire entre les troncs pour se garer en plein milieu de la forêt. La camionnette et la voiture bleue étaient là, ainsi que le vieux Shinsuke, assis sur une souche, occupé à lire un livre. Il avait pendu sa lampe torche à une branche basse, de sorte que la lumière arrive pile sur les pages. Tout était bien calme.
– Et les autres ? lui demandais-je.
– Parti chasser, répondit Shinsuke sans lever le nez de son livre.
Par « chasser » je supposais qu'il entendait plutôt « trouver quoi que ce soit de comestible dans les environs ». Yui de son côté, était allé grimper dans la camionnette. Sa lampe torche posée sur un carton vide qui traînait dans le coffre, elle s'était enroulée dans une couverture. Il ne faisait pas spécialement froid, mais j'étais inquiète, il n'y avait pas besoin d'y vérifier à deux fois pour se rendre compte qu'elle grelottait, et était particulièrement pâle. Je montais à mon tour dans le coffre, en restant sur le bord, devinant que mon amie était en pleine crise d'hypoglycémie. C'était une chose qui nous arrivait trop souvent, et d'habitude, j'avais sur moi des morceaux de sucre pour y palier, comme une solution de secours pour éviter l'évanouissement. Mais dans cette situation... sans rien dire, je lui tapotais la joue pour la garder éveillée, et posa mon sac à dos à côté d'elle. Heureusement les biscuits militaires tombaient à pic. Je les cassaient en quatre pour qu'ils soient plus facile à mâcher, tout doucement... inutile de le nier, je ne voulais pas les partager avec Shinsuke. Moi, je jugeais que je pouvais encore tenir, alors je laissais Yui manger les trois, avec des gestes si lents que j'étais fatiguée rien qu'à les voir.
– Hé Ritsu, j'aimerais discuter.
Je me crispais en entendant une voix, sa voix. Elle n'était pas en train de récupérer après sa blessure par balle, celle-là ? Je ne l'avait même pas remarquée. Anko était assise sur la banquette arrière de la voiture, la portière ouverte, à quelques mètres de nous. Et qu'est-ce que c'était que cette proposition ? Voulais t-elle réellement discuter ? Ou était-ce une manœuvre pour m'éloigner ?
– Qu'est-ce que tu manigances, encore ? marmonnais-je d'un ton défiant.
– Rien. Je veux seulement parler...
Elle se leva difficilement, en tenant son épaule. Je ne pouvais pas voir son visage dans le noir, mais le petit gémissement que j'entendis me confirma qu'elle avait mal. Donc, elle était aussi sensible aux balles que nous... c'était bon à savoir. Même si je n'avais plus mon arme. Je jetais un coup d'œil à Yui, mais elle ne faisait que fixer un point invisible, la tête baissée. Et ne réagit pas lorsque je descendis du véhicule. Contrairement à son habitude, Anko semblait... sérieuse. Elle qui passait son temps à se moquer ou à s'amuser à m'effrayer... cette fois, elle ne semblait pas vouloir plaisanter. La gamine alla s'asseoir sur le capot de la voiture bleue. Moi, je restais en face d'elle, les bras croisés. Cette fois, je gardais mon calme. Je ne saurais pas dire pourquoi, mais l'impression de menace qu'Anko dégageait habituellement s'était totalement évanouie. Son visage faiblement éclairé par une petite lampe de camping posée à côté d'elle lui donnait seulement l'air d'une fille normale. Le fait qu'elle ait l'air de souffrir contribuait sûrement à cette impression.
– Je vais être directe. Que dirais-tu de… rejoindre ce groupe tous ensemble ?
Elle chuchotait tout bas, si bien que je mis plusieurs seconde à comprendre. Est-ce qu'elle venait vraiment de me proposer ça ? À moi ? Elle parlait du groupe de la caserne, c'était certain... alors maintenant qu'on les avaient retrouvés, elle changeait de stratégie et se mettait à jouer la fille sympa ? Je vis une bonne occasion de creuser un peu, et ne me pria pas pour questionner.
– Pourquoi tu me demandes ça ? Et pourquoi maintenant ? Toi et les autres voulaient obtenir quelque chose de la caserne, c'est pour ça que vous avez essayé de me négocier, ou je ne sais quoi.
Alors maintenant qu'elle avait réalisé que j'avais de plutôt bonne relations avec la caserne – ou qu'en tout cas, ils ne me tireraient pas dessus à vue – elle voulait s'en servir. Puisque la force n'avait pas marché, alors elle comptait s'introduire dans le camp avec mon aide, hein. Je ne pouvais que supposer la raison, mais ses intentions étaient claires. Sans doute avait-elle jugé qu'il serait beaucoup plus facile pour son groupe d'intégrer la caserne si un médiateur tel que moi, qui connaissais les deux parties, les aidaient.
Anko garda le silence.
– Donc… tu as besoin de moi, précisais-je tout haut.
Je jubilais presque devant la situation. Qui se trouvait dans la mauvaise position, en ce moment ? Le fait qu'elle me demande mon aide me donnais un certain pouvoir de décision sur elle. Pour l'instant, je n'envisageais absolument pas d'accéder à sa requête. Je n'oubliais pas que le sergent avait déjà rencontré Dixon et Shinsuke lorsqu'ils avaient tenté de me négocier, et je doutais fortement qu'il accepte. Chose que je rappelais au souvenir de Anko.
– J'ai besoin de te rappeler ce qu'il s'est passé entre Dixon et le sergent ?
Elle haussa l'une de ses épaule.
– Si ce n'est que ça... on n'a qu'à le laisser.
Je n'avais pas encore bien cerné la relation entre Anko et les deux adultes, mais il m'avait semblé que ces derniers se sentaient concernés par elle. Qu'ils s'entendaient bien. Et elle était prête à les planter ainsi ? Et à l'avouer sans gêne devant moi ?
– Qu'est-ce que tu as à perdre, hein ? insista t-elle.
Je sentais clairement que cette conversation n'allait mener à rien. De mon côté, il était hors de question de l'aider, et elle, ne semblait pas vouloir répondre à mes questions. Il fallait aussi dire que parler avec elle m'agaçais profondément, je voulais juste mettre un terme à cette causette. Alors autant ne pas faire traîner mon refus plus longtemps.
– C'est pas moi, la question. Tu veux que je te dise le fond de ma pensée ? Je te trouve particulièrement hypocrite. Et fourbe. Et je suis certaine que tu manigances quelque chose de pas net envers la caserne. Je sais pas ce que tu leur veux, mais ce n'est pas du bien. Tu penses sérieusement que je vais te faire confiance, après ce que tu m'as fait ? Pas question que je m'embarque dans tes idées, et encore moins que j'implique mes amies ou tous ces gens.
Ma réponse n'eut pas l'air de lui plaire. Vraiment pas. Mais je ne la laisserais pas faire ce qu'elle voulait. Anko descendit lentement du capot de la voiture, se plaça debout juste en face de moi.
– D'accord… tu as raison sur un point, je suis fourbe. Et je n'ai aucune attache affective, contrairement à toi. Tu aimes tes amies, n'est-ce pas.
Elle parlait encore plus doucement. Inutile de réfléchir longtemps pour lire entre les lignes. Alors comme la discussion n'avait pas marché, elle passait aux menaces, maintenant ? Mais elle pouvait toujours courir. Dans les faits, nous étions trois contre elle. Et puis, même en temps qu'hybride, elle était sensible aux balles, j'avais pu le confirmer.
– Et tu comptes faire quoi ? Je t'ai tiré dessus. Je peux recommencer, et cette fois en visant mieux.
Je voulais lui montrer qu'elle n'avait plus le pouvoir de me faire peur... sans doute, d'un côté, pour réparer en quelque sorte ma stupide fuite. Après un court soupir agacé, Anko s'avança d'un pas et appuya ses doigts en-dessous de mon épaule droite, pile sur les entailles au couteau, comme pour me rappeler ce qu'il s'était passé. Je tiqua, me ne m'écarta pas. Pas question de lui faire ce plaisir.
– De nuit, peut-être que je ne suis qu'une gamine. Mais le jour ? J'ai déjà brisé les vertèbres de l'autre. Tu ne voudrais pas qu'il lui arrive pire, pas vrai ?
Je ne su pas le moins du monde comment réagir face à ça. J'eus quelques instants d'incertitude. Était-ce du bluff ? Je savais que la blessure de Mio était réelle, bien que mon amie n'ai pas l'air d'en souffrir ni d'y accorder beaucoup d'importance. Je ne lui avais pas redemandé à propos de ça, j'avais supposé qu'elle nous en parlerait si cela n'allait pas. Mais de toute façon... si Anko se transformait en monstre le jour tel un loup-garou inversé, pourquoi n'avait-elle pas déjà attaqué la caserne ? Peut-être que la chose qui gardait les monstres à distance marchait aussi sur… les hybrides ? Ou alors c'était juste du chiqué ? Je restais silencieuse. J'avais besoin de poser plusieurs questions à Mio avant tout.
– Réfléchi bien, conclu t-elle.
Anko m'adressa un dernier regard mauvais, avant de retourner s'allonger dans la voiture. Et maintenant... je n'étais pas plus avancée. À part le fait de savoir que cette gamine avait besoin du groupe de la caserne au point de ravaler sa fierté pour me demander de l'y emmener, sans doute pour avoir un garant qui connaissait déjà le groupe, et augmenter ses chances d'être acceptée. Probablement avait-elle aussi... peur de l'examen médical qu'ils faisaient passer aux étranger, et qui risquerait de révéler sa condition ? Mais comment pouvait-elle en être au courant ? C'était peut-être moi qui lui en avait parlé pendant... l'interrogatoire qu'elle m'avait fait subir.
Yui avait fini par s'endormir. Ou s'évanouir de faim, je ne savais pas. Je lui avais seulement mis une couverture pliée sous la tête pour éviter que sa nuque lui fasse mal lorsqu'elle reviendrait à elle, et l'avais laissée se reposer dans la camionnette. De mon côté, j'avais attendu que les autres reviennent, puis finalement, avait décidé de mettre à profit ce temps. Shinsuke aussi, était parti je ne savais où, alors je préférais ne pas trop m'éloigner du camp. Armée d'une lampe et d'un canif, je furetais tout autour, examinant les branches pour trouver des œufs, ou arrachant quelques plantes pour savoir si leur racines seraient comestibles. Je cherchais aussi des insectes, bien qu'en avaler me dégoûtait toujours autant... en cette saison, on en trouvait de toute sorte, en particulier après les pluies. Mais pas de chance, bien que l'on soit normalement en pleine saison des pluies, le climat avait été plutôt sec ces derniers temps. Si bien que je ne trouvais que de la terre sous les branches mortes que je soulevais. C'était dommage, j'espérais trouver des chenilles ou des chilopodes, ces trucs horribles étaient tellement gros qu'on pouvait les manger comme des crevettes.
J'avais mal au dos, à force de me pencher, et fut surprise du temps écoulé lorsque je consultais ma montre. En été les nuits était toujours très courtes, et le soleil allait se lever dans un moment. Pas de quoi s'affoler, mais je gardais l'horaire dans un coin de ma tête. Tout comme ma discussion avec Anko, me rendant de plus en plus perplexe. Je craignais qu'elle ne passe à l'action seule. Bien sur la caserne et ses militaires avaient de quoi se défendre, mais en prenant en compte la « nature » difficile à cerner de cette gamine, je n'étais pas tranquille.
D'autres lumières me parvinrent. Les autres étaient enfin rentrés ? J'espérais qu'ils avaient eu plus de chance que moi. Je revint vers le camp. Yui s'était réveillée, et était accroupie en train de se nettoyer le visage au-dessus d'une bassine d'eau. Seule Mio était rentrée, je ne vis aucune trace de Dixon ni de Shinsuke. Elle portait le fusil anesthésiant dont s'était servi Anko pour me tirer dessus lors de notre première rencontre, mais surtout, un oiseau de bonne taille.
– Ah Ritsu, tu es enfin de retour. Regarde, j'ai eu de la chance, cette nuit, il était déjà blessé, alors il n'a pas réussi à s'envoler.
C'était un faisan versicolore. Je connaissais cet animal, c'était rien de moins que l'oiseau national du Japon. Un peu comme l'aigle l'est pour les États-unis, à la différence qu'eux, c'est est établi par un décret. Ici, c'était plutôt non-officiel. Quoi qu'il en soit, ce symbole national allait faire un parfait repas. J'oubliais parfois que cela faisait plusieurs mois que je n'avaient plus vu mes amies... elles avaient eu le temps d'apprendre beaucoup de choses, entre temps.
Mais pour l'instant, j'avais autre chose en tête, il fallait que je leur parle. Je leur fis signe d'approcher, et interpella Yui devant sa non-réaction.
– Yui, amène-toi, faut qu'on parle.
Mon amie ne répondit pas... en tout cas, pas oralement. Elle se contenta d'émettre un « pff » indifférent, et tourna les talon en m'ignorant superbement. Et moi, je restais plantée comme une cruche, la regardant s'éloigner et aller s'asseoir près de la petite lampe de camping. Je savais qu'elle n'était pas bien, mais... j'hésitais à lui demander une nouvelle fois de venir, mais jugeais qu'il valait mieux laisser couler. En m'approchant de Mio, je décelais un regard fuyant de sa part. Suspectant anguille sous roche, je fis un léger coup de tête désignant Yui.
– Qu'est-ce qui lui arrive ? chuchotais-je.
Mio détourna les yeux en joignant ses mains pour tripoter les fils de ses manches. Je connaissais ce genre d'attitude. Il s'était forcément passé quelque chose entre elles alors que j'étais à la caserne, et mon amie allait sans doute trouver un euphémisme pour amenuiser le problème.
– Disons que pendant ton absence, on as eu... une discussion légèrement déplaisante.
Bingo. Je ne me priais pas pour reformuler selon ma propre vision des choses.
– Tu veux dire que vous vous êtes engueulées, non ?
Mio fit un léger mouvement d'épaule, l'air de dire « oui, bon, d'accord ».
– A cause de moi ?
– Pas uniquement..., marmotta-elle. Écoute, je sais qu'elle n'en a pas l'air, mais Yui est... fragile, en ce moment. N'oublie pas que tu n'es pas la seule à être, euh... affectée par la... présence des autres.
Décidément, elle aimait beaucoup les phrases alambiquées pour dire quelque chose de simple. En gros, Yui était soûlée d'être en compagnie du groupe de Dixon ? Je supposais aussi que côtoyer une... personne telle que Anko n'était pas très sain pour l'esprit. Pourtant, elle était bien restée longtemps avec Mio, non ? Ses crises d'hypoglycémie ne devait pas l'aider non plus. A cause de tout cela, je restais inquiète, mais tout de même... j'imaginais mal Yui en train de se disputer avec quelqu'un – et encore moins Mio – ou se mettre à crier. Je soupirais longuement. Enfin, pour l'instant, on avait un autre problème.
– Que fait-on, maintenant ? Est-ce qu'on attend que la caserne reparte, ou on s'en va de notre côté ? s'enquit Mio sans attendre que je commence.
Je regardais la voiture bleue, Anko était toujours à l'intérieur, allongée. Je ne savais pas si elle dormais, mais je ne voulais pas prendre de risque, alors j'attrapais mon amie par la manche et m'éloigna. Avant tout, je commençais par le début. En parlant doucement et en prenant le temps de rassembler mes idées, j'exposais précisément la situation à Mio, en lui décrivant la conversation avec Anko plus tôt. Je terminais en insistant sur les menaces qu'elle avait proféré.
Une fois mon speech fini, j'attendis sa réaction, qui tardait à venir. Elle m'avait écoutée en silence, et n'avait pas l'air de savoir quoi faire.
– Est-ce qu'elle a dit est vrai ? la sollicitais-je. Pendant le jour, vous êtes… différentes ? Pourrait-elle nous attaquer ?
Je me doutais que ce genre de question n'allaient pas lui plaire. C'était toujours compliqué de faire parler Mio sur ce sujet.
– Je… peut-être, bredouilla t-elle.
– Qu'est-ce qui t'arrive quand le jour se lève ?
J'insistais encore, pour savoir si Anko était une réelle menace, ou si ce n'était que des mensonges. Mio, visiblement agitée, se mit à se balancer d'un pied sur l'autre avec une expression nerveuse.
– Je ne me rappelle pas… seulement des images, parfois. Ou plutôt, une seule sensation : j'ai besoin de lumière. Comment dire… je suis... en train de dépérir, et le seul moyen d'y remédier est de trouver les rayons du soleil.
D'accord, elles partageait un besoin vital du soleil, mais... était-ce tout ? Peut-être que Anko voulait faire genre, mais qu'elle était aussi perdue que Mio lorsqu'il s'agissait de ça. Mon amie n'arrêtait pas de tripoter ses mains, on aurait dit un élève interrogé au tableau, craignant la question du professeur. Je lui tapotais gentiment la joue pour tenter de la déstresser un peu. Ce qui me rappela au passage que j'avais une autre conversation à avoir avec elle, mais ce sera sans doute pour un moment un peu moins tendu.
– Ritsu... je me disais... ces gens n'ont par l'air mauvais... ça serait bien de ne plus avoir à se soucier des Trancheurs. Et puis, c'est quand même l'armée, s'ils sont en contact avec le gouvernement... ou ce qu'il en reste... enfin, on n'aura plus de chance de survivre en faisant le voyage avec eux, je pense.
Je hochais la tête. Certes, vivre en communauté n'était pas vraiment mon fort, mais avec mes amies pour m'aider, peut-être que ça avait plus de chance de marcher. Et de durer, cette fois. Mais il y avait toujours des appréhensions qui me restait collées à l'esprit.
– Y'a un truc dont je dois te prévenir Mio, quand je suis arrivée la première fois dans leur caserne, ils m'ont fait passé une auscultation médicale plutôt... étrange.
Je m'apprêtais à expliquer ce qu'il s'était passé, mais mon amie devina la suite.
– Est-ce qu'ils avaient de chercher quelque chose sur les endroits où les os sont saillants ?
J'acquiesçais d'un signe de tête. Elle avait l'air de savoir de quoi il s'agissait. Mio attrapa ses cheveux noirs en queue de cheval, et se pencha légèrement vers moi, comme si elle voulait me montrer quelque chose sur sa nuque. Mais il n'y avait rien.
– Ils voulaient probablement savoir si tu étais... comme moi. Là, appuie, c'est assez... flagrant.
Après une légère hésitation, j'appuyais sur sa peau, là ou les vertèbres ressortaient. Au lieu d'être lisses, les os semblait comme... rugueux. Couverts de petites aspérités. On aurait vraiment dit qu'ils étaient... fait de gravier. C'était... effrayant. Quels genre de... mutations avait subi son corps, si j'arrivais à les sentir rien qu'en appuyant ainsi ?
– Ça... te fait mal ? questionnais-je en baissant ma main.
– Non. C'est juste... étrange, au début, mais je m'y suis habituée.
Alors c'était pour ça, toute cette mascarade avec le médecin. J'évitais de me demander le pourquoi du comment ses os étaient différents, pourquoi ils avaient cette texture anormale, c'était juste comme ça. J'espérais seulement... que ça ne se transforme pas plus. Dire que ces monstres pouvaient faire muter un corps humain jusqu'à son intérieur même. Qu'est-ce que ça leur apportait, en plus ? J'expirais avec mépris en écartant quelques branches d'un mouvement de chaussure fainéant. Je devais avoir l'air assez contrariée, car Mio murmura un petit « désolé... » à peine audible. Je fis mine de n'avoir rien entendu.
– Et ton dos ? ajoutais-je d'un ton plus calme.
Elle haussa les épaules. Mio n'avait pas l'air de démontrer des signes de souffrance, alors... bien que la blessure aurait été grave, ou plutôt mortelle, pour quelqu'un comme moi, de son côté notre ancienne bassiste traitait ça comme une petite coupure de feuille de papier. Je décidais de ne pas insister la-dessus, il valait mieux réfléchir à l'instant présent. En clair, ce que je retenais de cette discussion, c'était que même si elle était d'accord pour rejoindre la caserne, il restait toujours le problème de sa nature. Si le sergent et les autres étaient au courant pour les hybrides, je n'avais aucune idée de leur relation avec eux.
Avant de prendre une décision, je voulais entendre ce qu'en pensait Yui. Même si je n'obtenais qu'un « je m'en fiche », j'estimais que je n'avais pas à me passer de son avis. Voilà bien une réflexion que je n'aurais pas eu une année en arrière. Notre ancienne guitariste n'avait pas bougé d'un pouce. En passant, je jetais un coup d'œil en direction de la voiture bleue. Cette fois, la banquette arrière était vide. Contrairement à ce que j'aurais pensé, l'absence d'Anko m'inquiéta plus que sa présence. Et le fait que Shinsuke n'était pas là non plus… et Dixon, toujours pas revenu.
– Où sont les autres ? questionnais-je.
Yui me jeta un regard peu concerné. Et moi, j'examinais les environs avec des gestes nerveux. Où est-ce qu'ils étaient tous passés ? Il se tramait quelque chose. Anko n'était tout de même allée à la caserne toute seule ? Avait-elle changé d'idée après l'échec de sa proposition ? J'avais un très mauvais pressentiment. Mon apparente tension semblait communicative, Yui fit l'effort de se lever. Il fallait aller les prévenir, et tout de suite. Nous n'avions pas les clés des voitures, alors je parti directement à pieds, d'un pas rapide. Derrière moi, j'entendis Mio dire quelque chose à Yui, qui répondit, mais je ne compris pas.
Ma marche rapide se transforma en trot, en course, et enfin, en sprint. Je souhaitais juste... protéger ces gens, en quelque sorte. Ils avaient réussi à vivre ensemble, à trouver un équilibre leur permettant de survivre, et n'avait nullement besoin de se frotter à un groupe comme le notre. Celui de Ren n'avait été qu'un ramassis de criminels, mais eux... ils avaient de bonnes intentions. Dans mon dos, j'entendais les pas rapides de mes amies qui me suivait de près.
Je dévalais littéralement la petite pente le long de la falaise, laissant mes jambes prendre de la vitesse sans tenter de freiner, au point que chaque choc contre le sol me faisait mal aux pieds. Évidemment, cela fit un sacré boucan à cause de tous les cailloux que je baladais, alors au moins, j'étais certaine de de faire remarquer, et c'était ce que je voulais. Tant pis s'ils devenaient plus soupçonneux à mon égard.
En arrivant en bas, deux militaires étaient là pour nous accueillir, et heureusement, il me reconnurent directement.
– Déjà de retour ? Et, vous, ne cachez pas vos mains !
Je m'arrêtais en face d'eux, complètement essoufflée. J'avais l'habitude de courir malgré la pauvre endurance de mon corps en constance fatigue, mais la chute d'adrénaline était toujours un peu difficile. Alors qu'ils commencèrent à vérifier que mes amies, arrivées juste après moi, ne portaient pas d'arme dangereuses – ils n'eurent pas l'air de trouver le fusil à fléchettes de Mio menaçant – je m'adressais à eux sans attendre de reprendre mon souffle.
– Est-ce que... hhhh... vous avez vu une fille arriver, avant nous ? Brune, qui à... l'air d'avoir 13 ou 14 ans ?
– Quoi ?... Euh, non...
Il se tourna vers son collègue, qui fit un signe négatif de la tête.
Elle n'était pas venue ici ? J'avais pensé qu'elle irait tout de même jouer la carte de la petite fille perdue pour les attendrir, mais... ce n'avait pas l'air d'être son plan. Peut-être avait-elle peur de subir l'auscultation médicale qui aurait révélé sa... nature ? Mais alors, où était-elle passée ? Avait-elle monté quelque chose avec Dixon ? Je regardais autour de moi pour examiner le terrain, et remarqua au passage que plusieurs personnes s'approchaient de nous. Impossible de descendre par la route de la falaise, elle se ferait voir, c'était une zone surveillée. Par la forêt, alors ? Mais il faudrait d'abord contourner toute la carrière pour arriver à revers ainsi. Je jetais un œil à mes amies, silencieuses, qui n'avaient pas l'air d'avoir plus d'idées que moi. Enfin, Yui semblait plutôt se ficher royalement de ce qu'il se passait autour d'elle. On aurait dit qu'elle se concentrait juste pour rester debout.
– Qu'est-ce qu'il se passe, ici ?
Le sergent émergea de derrière ses soldats, qui se mirent au garde à vous. Il me fixa d'un air étrangement soulagé, l'air de se dire « ah, ce n'est que toi ». Peut-être s'attendait-il à pire ? Après quelques coups d'œil, il sembla comprendre la situation. Enfin, seulement ce qu'il pouvait en déduire d'après ses propres connaissances.
– Enchanté, vous êtes des amies de Ritsu je suppose ? C'est bien, j'espérais que tu prendrais la décision de rester. On n'est jamais trop de bras utiles, et d'après ce que je vois, je suis certain que vous nous serez d'une grande aide.
Je suivis rapidement le regard du sergent vers Mio. Cette dernière leva légèrement le bras, en présentant le faisan qu'elle avait chassé. Apparemment, elle n'avait même pas prit le temps de le lâcher avant de me courir après. Quoi qu'il en soit, c'était bien que le sergent soit venu à notre rencontre, je pouvais le prévenir, et tant pis si ça me valait un autre interrogatoire.
– Shinjô, il y a, euh... vous vous souvenez du groupe qui a essayé de négocier avec vous ? Il sont dans les parages, alors-
– Eux ?! me coupa t-il.
Il se tourna vers ses hommes
– Faites passer le message, que toute l'équipe soit vigilante. Surveillez bien la forêt.
Cette nouvelle l'avait visiblement mit sur les nerfs. Les militaires saluèrent leur sergent avant de repartir chacun d'un côté, de manière synchronisée, tout en sortant leurs talkies-walkies. Mais ce qui me surprit le plus, c'était que le sergent n'avait même pas douté ou remit en cause mon avertissement, il l'avait prit pour argent comptant sans se dire qu'il s'agissait peut-être d'une fausse information, ou d'un piège. Est-ce que... c'était de la confiance ? Je préférais ne pas m'avancer dans ses eaux là. Sans doute ne voulait-il prendre aucun risque, trop de surveillance, c'était probablement mieux que pas assez...
– Merci de nous avoir prévenu, soupira t-il.
Il ne posa aucune autre question, pas même pour me demander comment j'étais au courant de leur présence.
– On peut rester ici ? s'enquit immédiatement Yui.
Je la fixais, quelque peu mécontente qu'elle demande cela ainsi. Heureusement, je me rendis compte, avant de commencer à râler, que le jour n'était pas loin. Ici, on était en sécurité, alors autant rester. En plus, je ne me sentais pas de revenir vers les voitures dans la forêt, et je crois qu'aucune d'entre nous ne le souhaitait.
– Bien sur. Il y a juste une petite formalité, avant tout. je vais devoir vous demander de rencontrer notre médecin, afin qu'il s'assure que tout soit en ordre. Tojiro va vous y conduire.
Nous y voilà. Shinjô fit un signe de la main au militaire qui passa non loin. Évidemment, on ne pouvait pas y couper... Je regardais Mio donner son faisan et son fusil à fléchettes au sergent. Si même moi, j'avais pu sentir l'anormalité de ses os, alors aucun doute que le docteur allait le découvrir. Qu'allait-il se passer, alors ? Devrais-je leur dire avant qu'ils ne le découvrent par eux-même ? Ou jouer la surprise et prétendre tout ignorer ? Pour l'instant, je me tus, et suivit le militaire.
La tente réservée aux soins était l'une des plus grandes, postée un peu à l'écart du centre du campement. Il y avait une grosse croix rouge peinte dessus, et plusieurs lanternes électriques pendues aux arcs. Le médecin qui nous accueillirent était le même qui m'avait auscultée, je le reconnaissais bien, lui et ses mains caleuses. Lui aussi eut l'air de me reconnaître... mais pas de se souvenir de mon prénom, par contre.
– Bienvenue, vous trois. Euh... toi, je sais que tu es déjà passée, mais tu dois-
– Oui, oui, pas de problème, expédiais-je d'un geste de la main.
Après un léger coup d'œil vers elle, Yui me comprit directement et s'avança en premier. Bon, ça me donnait un peu de temps pour élaborer une stratégie. Mio et moi sortîmes de la tente lorsque le docteur nous demandât d'attendre à l'extérieur. Je m'affalais sur un tabouret en plastique en essayant de rassembler mes pensées. D'accord, et maintenant ? Je ne connaissais rien de leurs idées sur les hybrides. Et s'ils avaient pour ordre de les capturer ? De les exterminer ? Et s'ils tuaient aussi tous ceux liés de près ou de loin à un hybride ? Ou peut-être allaient-ils simplement nous refuser et nous laisser partir ?
J'aurais bien demandé à Mio si elle avait des idées, mais elle commença simplement à marcher. Je me levais immédiatement pour la retenir, et au moment ou je l'attrapais par le bras, je remarquais qu'il étaient agités de légers tremblements. Est-ce qu'elle avait... peur ?
– Hé, Mio, tu...
Ma phrase se termina dans un hoquet lorsqu'elle me fixa. Bordel, ses yeux étaient rouges ! Et sûrement pas un rouge naturel. Mon cerveau s'affola, et je l'a lâchait dans un sursaut. C'était exactement comme cette fois, au camping. Son expression par contre, nullement agressive, semblait... sur le point de fondre en larmes.
Une fois la surprise passée, je tournais la tête pour vérifier que personne ne nous observaient. Heureusement, nous étions légèrement éloignées, et surtout, quasiment pas éclairées. Mais il fallait dire que ses pupilles avaient aussi tendance à refléter la moindre petite parcelle de lumière, ce qui leur donnait un aspect brillant, exactement comme celles des animaux dans la nuit. Je posais rapidement mes mains sur ses yeux en lui faisant baisser la tête.
– Qu'est-ce que tu fous ?! Vire-moi ça tout de suite ! chuchotais-je.
Je n'étais même pas certaine que « ça » soit contrôlable. Et je n'imaginais même pas la réaction d'un membre du camp si on remarquait cette couleur particulière. Mon amie attrapa mes mains, mais au lieu de les retirer, se mit à les serrer. Je grimaçais en sentant la douleur de mes plaies, mais ne m'écartais pas. Elle reniflait doucement, s'empêchant clairement de pleurer. Bien qu'ayant paniqué une seconde avant, je me forçais à prendre une voix douce.
– Mio... qu'est-ce que tu as ?
– Je... je n'sais pas..., murmura t-elle.
Puis, l'idée me frappa soudainement. Bien sur... ce qui permettait au camp de garder les monstres à distance pendant le jour, est-ce que cela marchait aussi sur les hybrides... ? Était-ce à cause de ça qu'elle se sentait si mal-à-l'aise ? Pourquoi n'y avais-je pas pensé plutôt ? Moi qui était focalisée sur Anko, j'en avait oublié le bien-être de mes amies. Entre Yui qui semblait sur le fil du rasoir et maintenant Mio en pleine angoisse... les rôles s'étaient bien inversés, depuis le jour où elles m'avaient ramassée par terre. Si je me mettait à craquer moi aussi, il ne resterait plus personne. Je baissais doucement mes mains, cherchant des mots réconfortants, mais mon amie se détourna.
Elle se mit à marcher, mais ne lâchait pas ma main.
– A-attend ! Où tu vas ? Ne t'approche pas trop du camp ! tentais-je de l'arrêter.
Elle ne m'écouta pas, et se dirigeait droit vers... la citerne ? Ce gros véhicule était garé non loin, le long de la forêt. Le ciel s'éclaircissait, alors pourquoi aucun militaire ne venait nous demander ce qu'on fabriquait ? Pourtant, il y avait ce type, qui venait de passer à moins de cinq mètres de nous, un soldat visiblement en pleine ronde. Alors quoi ? Il nous ignorait ? On étaient pas devenue soudainement invisibles, tout de même ! Est-ce que... sa perception était affectée par quelque chose ? Par... l'état de Mio ? Je savais que Anko avait déjà réussi à modifier ma perception à plusieurs reprises, peut-être pas de façon totalement volontaire - l'auto-persuasion avait sans doute joué son rôle - et c'était vrai, je m'étais demandé si mon amie avait ce même genre de... présence.
Nous n'étions plus qu'à quelques mètres de la citerne, tout près de la forêt. Avec le jour qui approchait, est-ce qu'elle voulait simplement partir, comme elle le faisait à chaque aube ? Dans ce cas, il valait sans doute mieux que je la laisse... mais ce n'était pas vraiment moi qui la suivait, c'était plutôt Mio qui ne voulait pas lâcher ma main. Je tirais tout de même dessus pour me libérer, au moment ou nous passions derrière la citerne.
La vision de deux canons d'arme à feu pointés dans notre direction me figea sur place. Ils étaient là. Tous les trois. Dixon et Shinsuke qui nous tenaient en joue, et Anko, accrochée à l'échelle de fer permettant d'accéder à la trappe au-dessus de la citerne. À côté d'eux était allongé un soldat. Il n'avait pas de blessures apparentes, mais était clairement inconscient. Ou assommé. Shinsuke se campa sur sa position, visiblement crispé sur son arme.
– Un seul bruit, un souffle, et je tire.
Merci d'avoir lu!
