Roy était arrivé juste après son lieutenant, une fois n'est pas coutume. Mais seul Hayate était dans le bureau, témoignant de l'arrivée de la jeune femme.
" Où est Riza ?" demanda le brun en ôtant son manteau noir.
" Aux toilettes. Mais utilise notre lien, des fois qu'elle reviendrait à l'improviste. conseilla le chien.
Le colonel acquiesça. Il lui parla ensuite de l'incident de la veille avec l'oiseau. Hayate répondit que le fait qu'il ressente ce Roy avait ressenti était probablement dû à son lien avec le chien.
" Ce doit être un effet collatéral. Elle a beaucoup apprécié sa jurnée en tout cas. Continue comme ça." dit le Yatori.
" C'est bien mon intention."
Riza entra à cet instant, et fut étonnée de voir son supérieur déjà là. Se rappelant de l'agréable journée de la veille, elle lui sourit chaleureusement. Roy le lui rendit avec tendresse. Le reste de l'équipe arriva. Quelques instants plus tard, l'équipe reçut son travail du jour : le classement des archives ... l'horreur suprême. Des montagnes de cartons, des raz-de-marées de dossiers ... du stress en pagaille.
Et des soldats au bord de la dépression nerveuse, voire de la folie ou du suicide. C'est donc gaiement qu'ils se rendirent à l'échaffaud, pardon au département des archives. C'était leur tour de faire cette corvée, c'était ainsi. Et en voyant le ... désordre ? bazar ? souk ? bordel ? des archives, ils se demandèrent si le colonel ne ferait pas mieux de tout cramer. Ils balaieraient les cendres, et tout serait nickel. Non ?
Non. Définitivement pas. Un concert de soupir en ennui majeur ponctua l'entrée dans la pièce de l'équipe Mustang. Chacun prit un carton, et entreprit de le trier. L'affaire s'annonçait longue et pénible. Il leur fallait également apporter des cartons ou des piles de dossiers ailleurs. Riza monta une première pile, et sortit de la pièce.
" Bon : je dois essayer de lui dire que je l'aime, mais comment ? La journée ne me parait pas des plus appropriée." se dit Roy.
En effet, ils risquaient ne de pas avoir une minute à eux. Et déclarer sa flamme au milieu d'un tas de papiers ... bonjour le romantisme. Le colonel réfléchissait tout en classant des feuilles.
" Colonel ! Faites attention aux dates, ces documents sont à jeter." fit l'objet de ses pensées.
" Hein ? Oh mince."
" Tâchez de faire attention, autrement on n'est pas couchés." reprit-elle.
Hou ! La phrase ambigue pour Mustang. Aussitôt, tout un tas d'images interdites au moins de dix-huit ans défilèrent dans sa tête. Il dut inspirer plusieurs fois pour se calmer. Eh bien. Les heures passèrent, et Roy n'avait toujours pas trouvé le moment pour parler avec sa subordonnée, ni la manière de s'y prendre. Il ne s'était jamais déclaré à une femme, en dépit de ses nombreuses conquêtes.
Riza serait la première, et ça le rendait nerveux. Pour le moment, il se contentait soit de l'éviter, soit d'ouvrir la bouche avant de la regarder, ou encore de la fuir.
" Mais qu'est-ce qu'il a aujourd'hui ? " se demanda Riza.
Soudain, elle entendit la conversation de deux secrétaires :
" Mustang est pris ? Non tu rigole !" fit l'une d'elle.
" C'est en tout cas la rumeur qui court. Il a refusé au moins cinq rendez-vous ce matin. Il a dit lui-même que son coeur était pris, d'après ce qu'on m'a dit." répondit la seconde.
" Eh ben ! Et qui est l'heureuse élue ?"
" Ca c'est le grand mystère."
Roy était pris ? Une femme avait enfin réussi à voler son coeur, se demanda Riza. Elle sentit le sien se tordre de douleur et de jalousie. Alors ça y était ... elle l'avait perdu. La jeune femme sentit les larmes lui piquer les yeux, mais elle refusa de se laisser aller. Riza refoula son intense chagrin, et se décida à poursuivre son travail. Quand elle croisa le regard de Roy, elle fut fortement tenté de lui lancer sa pile de dossiers en pleine tête, et de s'enfuir.
Elle se contenta de lui lancer un regard extrêmement noir, et de poursuivre son travail. Roy la regarda étonné.
" Qu'est-ce qui lui prends ? J'ai bien cru qu'elle allait m'assassiner. Je n'ai pourtant rien fait de répréhensible." se dit-il.
Hayate s'approcha de lui. Il avait lui aussi remarqué l'air de sa maîtresse, et tout comme son protégé il n'y comprenait rien. Roy lui jeta un regard interrogateur.
" Désolé, c'est tes sentiments que je ressens pas les siens." lui répondit le Yatori.
Roy soupira. Il ne comprenait bien évidemment pas la raison de cette colère soudaine, mais il sut que ça allait encore plus compliqué les choses entre eux. Il n'eut pas tort. Riza était devenue d'une humeur noire. Elle lui hurla dessus pendant le restant de la matinée, déversant par là sa peine.
" Hawkeye, vous me faites encore une réflexion de ce genre, et c'est la court martiale." finit-il pat lancer froidement.
Riza se tut aussitôt. Il irait jusque là ? En tant que supérieur il en avait le droit, mais lui était différent. Et puis ... elle était son bras droit. Il n'oserait tout de même pas la faire passer en court martiale, pas après tout ce qu'elle avait fait pour lui ? Pourtant il avait l'air sérieux.
Roy n'avait pas du tout aimé lui dire ça, mais elle allait trop loin. D'où pouvait bien lui venir cette rancoeur soudaine ? Lui aussi ça lui faisait mal. Il décida d'en avoir le coeur net. Le colonel marcha droit vers elle, avec la ferme intention de lui tirer les vers du nez. Seulement, sa subordonnée n'attendit pas après lui. Riza sortit de la pièce en vitesse. Elle ne supportait plus sa présence. C'était si douloureux ...
Penser que l'être que l'on aime tant depuis des années vous échappait, c'était insupportable. Le lieutenant alla se réfugier là où il ne pourrait pas aller la trouver : les toilettes pour femme. Là, elle se pencha sur le lavabo. Sa respiration était saccadée, sa poitrine était compressée par le chagrin. Riza mit une main devant ses yeux. Les larmes la brûlait.
" Non ... je ne pleurerais pas pour un égoïste, pour un ingrat doublé d'un prétentieux ! Il ne le mérite pas !" se dit-elle avec force.
Elle enfonça ses ongles dans la paume de ses mains, quitte à les faire saigner. Au bout de longues minutes, elle parvint à refouler son chagrin. Riza se passa un peu d'eau sur le visage, puis se résolut à retourner travailler. Et à affronter son supérieur. Riza opta donc pour une autre stratégie : l'indifférence la plus totale.
C'était comme s'il n'était pas là. Plutôt que de lui demander quelque chose, elle demandait à un de ses collègues.
" Voilà autre chose. Je me demande ce qui est le pire : les regards à vous griller sur place, ou l'ignorance." se dit Roy.
Riza s'affairait comme une abeille dans sa ruche, sans s'occuper de lui le moins du monde. Si ça avait été dans d'autres circonstances, il en aurait été relativement content. Mais là ... il voulait qu'elle s'occupe à nouveau de lui, qu'elle le houspille pour qu'il bosse, tout ce qu'elle faisait d'habitude. Parce que là au moins, Roy occupait ses pensées.
Le beau brun soupira pour la énième fois. A présent, il ne voyait plus du tout comment aborder le sujet de ses sentiments avec elle. Déjà qu'elle avait l'air à deux doigts de le tuer ... Il attrapa un gros carton, et sortit. Riza était dans une autre pièce, en train de classer des documents. Elle les posa sur une table à côté.
Que de papiers ... ça devenait pénible. Il y en avait même sous la table. La jeune femme se glissa dessous pour en ramasser. Mais quand elle se releva, elle cogna assez rudement le bois. Le choc fit tomber les feuilles, qui allèrent voleter jusqu'au sol.
" Oh non ! "
Cette fois ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Le stress de cette corvée plus ce qu'elle croyait être la perte de Roy eurent raison de son sang-froid. Riza éclata en sanglots. Le colonel entra à ce moment-là, et se figea en la découvrant en train de pleurer à chaudes larmes. Sans l'ombre d'une hésitation, il posa sa pile de rapports et se précipita vers elle.
" Riza ! Allons ce n'est rien, ça va aller je suis là." dit-il doucement en la prenant dans ses bras.
Il la serra contre lui, et sourit quand elle lui rendit son étreinte. Roy lui dit des paroles rassurantes à mi-voix, la consolant comme il l'avait déjà fait, dans un autre monde. Riza y réagit favorablement, et se calma. Du fait d'être dans ses bras, sa colère s'était momentanément envolée.
" Ca va mieux ma puce ?" demanda Roy tout doucement.
Hein quoi ? Qu ... qu'avait-il dit ? Ma puce ? C'était à elle qu'il parlait ? Riza se contenta de le regarder, interdite. Roy essuya ses larmes des pouces. Il se pencha ensuite et embrassa ses paupières. Riza piqua un fard.
" Tu veux de l'aide pour ranger tout ça ma chérie ?"
Riza fronça ses sourcils d'incompréhension. Tout d'un coup la conversation des secrétaires lui revint en mémoire. Le coeur de son colonel était pris ... se pourrait-il ... que ... que ce soit par elle ? Non impossible. Et pourtant, il venait de lui donner deux surnoms affectueux. Elle n'osait y croire.
" Riza ? Ca va ?" demanda-t-il avec une pointe d'inquiétude.
" Euh ... je ... pourquoi vous ... vous m'appelez ... comme ça ?" parvint-elle à dire.
Roy afficha alors un large sourire :
" Eh bien parce que je le pense."
" Comment ça ?"
" Je le pense parce que ... je t'aime."
Voilà, il y était. Riza ouvrit des yeux immenses. Alors ... la rumeur était vraie.
" Vous ... mais je croyais ..." dit-elle.
" Quoi donc ?" s'étonna Roy.
" Eh bien ... j'ai entendu une rumeur qui disiez que vous étiez pris. Mais jamais je n'aurais imaginé que ce serait moi."
" Ah cette rumeur ! Je la connais, j'en suis à l'origine. Et c'est la plus stricte vérité : mon coeur est pris. Par une belle blonde." sourit Roy.
Riza sourit. Elle se pelotonna ensuite contre lui, heureuse. Le colonel comprit enfin la raison de sa colère : c'était tout simplement de la jalousie. Une grosse jalousie même. Il lui releva le menton :
" Dis-moi toi : tu m'as fait une sacrée crise de jalousie." dit-il.
Riza rougit. Oui, la pire crise qu'elle aie jamais eue.
" J'en déduis donc que mes sentiments sont réciproque." reprit le brun.
" Oui ... si tu savais à quel point je t'aime." murmura-t-elle.
" Ca ne t'as quand même pas empêchée d'en voir un autre." lui reprocha son supérieur.
Riza pouffa de rire : lui aussi était jaloux on dirait.
" C'est parce que j'avais décidé de prendre ma vie ne main. Comme tu ne me voyais pas, j'ai tenté de trouver l'amour ailleurs. Mais ça n'a servit strictement à rien, si ce n'est de me sortir un peu. Notre journée d'hier m'a rappelé que je ne pouvais pas en aimer un autre." expliqua-t-elle.
" J'ose l'espérer."
Riza éclata d'un rire cristallin, et l'embrassa passionnément. Depuis le seuil, Hayate les regardait avec satisfaction.
" Pendant un moment j'ai bien cru qu'ils n'allaient pas y arriver." se dit-il.
Il décida de les laisser savourer ce moment, et s'éclipsa.
