Alec se gara à côté du 4x4 de son père, celui-ci n'était pas encore parti, cette idée lui réchauffa un peu le coeur. Il pouvait encore profiter de sa présence quelques instants. Lorsqu'il entra dans la maison, une odeur de rôti et d'haricots lui parvint alors aux narines. Il comprit que sa mère cuisinait déjà le déjeuner ; il passa pourtant son chemin afin de rejoindre l'étage, pour prendre une bonne douche et changer ses vêtements. Ce qu'il fit quelques minutes plus tard. Il laissa la salle d'eau embuée et descendit par la suite rejoindre sa mère qui était désormais accompagnée d'Isabelle. Celle-ci semblait la tête dans les choux, fixant son chocolat chaud d'une manière endormie. Elle lui jeta un regard étonné empli de reproche, elle avait dû remarquer son absence. Les joues du garçon rougirent lorsqu'il vit ses yeux l'observer ainsi.
Maryse continua de cuisiner devant ses deux enfants en silence, concentrée dans ses tâches ménagères. Le brun se servit un verre de boisson énergisante afin de ne pas se rendormir dans l'après-midi. Ils ne discutèrent tous les trois que très peu, un peu chacun dans leur monde. Des pas resonnèrent quelques minutes plus tard. Des pas lourds et identifiables comme ceux du père de la famille, Robert. Il salua ses enfants, prenant soin d'embrasser le front d'Isabelle en passant près d'elle.
— Où est passé Max ? Demanda Maryse en souriant à son mari d'un air heureux.
— Je l'ai laissé se rendormir, rit-il. Nous avons regardé un film ensemble hier soir, il doit être fatigué.
L'homme avait ce regard bleu caractéristique de la famille Lightwood. Ses cheveux noirs corbeau devenaient poivre et sel, montrant aux yeux de tous que les années passaient rapidement. Son visage, néanmoins, avait gardé des traits de jeune homme entrant dans la vie active, il reflétait, comme sa posture droite, qu'il ne se laissait pas abattre par son âge.
— Quelle idée, sourit la mère avec un air crispé. Elle n'était clairement pas d'accord avec cet acte.
— Comment était votre soirée les jeunes ? Demanda Robert pour changer de sujet.
Les deux adolescents évincèrent la question avec un léger "bien" et un petit sourire. Le père ne chercha pas pourtant à chercher la petite bête. Il n'était pas là souvent et s'il pouvait éviter une petite dispute, ce serait bien. Il s'assit à la table pour discuter un peu avec eux, dont il ignorait la vie quotidienne depuis plusieurs années, mais Alec se leva pour aller faire ses devoirs et Isabelle le suivit. Robert remarqua son air contrarié mais ne dit rien. Il se tourna vers sa femme qui arborait la même moue et sentit que ce n'était pas son jour.
À l'étage, Alec entendit la porte de sa chambre claquer derrière lui. Il sursauta, la main sur le cœur, et se retourna vers sa sœur. Elle avait les sourcils froncés, la bouche pincée. Isabelle s'assit sur le matelas, passa ses jambes nues sous la couverture pour se les réchauffer. Alec l'observa faire en silence, attendant qu'elle dise ce qu'elle avait à dire.
— Donc, commença-t-elle, vous avez...
— Dormi ensemble, la coupa Alec. On a... on a dormi.
— Dormi ? Répéta Isabelle. Alors pourquoi tu ne m'as pas simplement dit que tu dormais chez lui. Vois avez dormi dans le même lit ?
Sa sœur commençait à débiter des paroles rapidement. Alec posa ses mains sur ses épaules d'un geste rassurant.
— Mais qu'est-ce qui t'inquiète ? S'étonna le brun. Je suis désolé d'avoir découché, il s'assit près d'elle, mais ça ne justifie pas... Alec la montra d'un geste vague. Cet état.
— J'ai cru que tu avais couché avec Magnus, dit sa sœur.
Les joues du brun s'empourprèrent immédiatement. Il retira lentement ses mains de sa sœur en bafouillant légèrement. Il repensa à l'étreinte de Magnus, puis à la phrase de Ragnor. Il avala sa salive en regardant tout sauf sa sœur. Isabelle comprit sa gêne et cette petite faille dans la personnalité d'Alec la fit sourire. Il avait beau essayer d'être le fils modèle sur qui tout le monde pouvait se reposer, il restait néanmoins un adolescent timide qui cherche à se connaitre. Elle s'excusa à mi-voix. Son frère avait l'air si perturbé par ce qu'elle disait sur Magnus et lui. Isabelle se sentit un peu coupable de lui infliger ces questionnements gênants. Elle prit ses mains dans les siennes, un petit sourire aux lèvres.
— Détends toi, rien ne presse. Je ne veux pas te pousser, tu... Pardon.
— C'est rien, Alec plia ses jambes sous lui, c'est... j'aime bien Magnus.
Isabelle lui lança un regard l'air de dire « je sais ». Il inspira et continua sa phrase.
— Mais tout le monde autour de moi a l'air d'avoir une avance sur ma vie, comme s'ils savaient ce que j'allais faire dans un mois, et ça m'effraie. Je viens de me faire un ami, ce que je n'ai pas tous les jours, et on me dit de ne pas le faire espérer ou je ne sais quoi. Je ne comprends rien.
Il se prit la tête dans les mains. Isabelle grimaça. Au niveau émotionnel, Alec restait un adolescent de treize ou quatorze ans. Des toquements sur la porte les interrompirent. La tête blonde de Jace passa par l'entrebâillement. Il avait une moue restreinte.
— Maryse veut que vous descendiez manger, dit-il avant de repartir.
Alec regarda son réveil, il n'était que onze heures passées. Sa soeur haussa les épaules et lui indiqua qu'elle allait se changer avant de déjeuner. Le brun descendit. Il vit Jace et sa mère puis, plus loin, deux têtes qui n'étaient pas de sa famille. Que faisaient Simon et Clary dans son salon ? Il serra les dents en voyant la rousse. Il se détourna, bien décidé à ignorer les intrus. Son père était déjà assis sur l'une des chaises, son téléphone en mains. Alec repéra les chaises en trop et grogna dans sa barbe. Il ne pensait pas que ce déjeuner allait être agréable.
