Chapitre 3
Loft, 19 h.
Kate quitta la salle de bain, où elle venait de s'apprêter pour le dîner de ce soir, et retrouva Rick dans le bureau. Installé dans le fauteuil, devant son ordinateur, il avait calé Eliott sur son torse, le tenant simplement d'une main dans son dos. Kate sourit en les découvrant ainsi tous les deux : leur fils endormi, blotti contre Rick, et si petit, dans la main large et puissante de son homme. Castle, de sa main libre, faisait défiler la souris sur son écran d'ordinateur, d'un air concentré.
- Il vient de s'endormir …, fit-il à voix basse alors qu'elle s'approchait.
- Vous êtes mignons, comme ça …, sourit-elle.
- Je crois qu'il préfère quand même le torse de Papa à sa balancelle …
- Je le comprends …, répondit-elle, souriante, tout en venant s'asseoir contre son bureau, lui faisant face. Tu écris ?
- Non, je vérifiais quelques petites choses concernant Monsieur Philo … enfin Cody …, répondit-il, tout à fait naturellement.
- Ne me dis pas que tu as fait une recherche sur lui ? s'indigna-t-elle aussitôt.
- C'est mon rôle de m'assurer que les petits-amis d'Alexis sont fiables …, expliqua-t-il.
- Tu vas me rendre dingue, Castle …, soupira-t-elle. Après Martha au déjeuner, maintenant Alexis … Qu'est-ce que tu as cherché ?
- Tu vas être fâchée …, répondit-il avec une petite moue, comme s'il redoutait le couperet qui allait tomber.
- Pourquoi ? s'étonna-t-elle. Il y a quelque chose qui ne va pas chez Cody ?
- Non … tout va très bien …, assura-t-il.
- Alors quoi ?
- Il n'a pas de casier judiciaire …, répondit-il, simplement.
- Castle ! Tu as utilisé le serveur de la police ?! s'exclama aussitôt Kate, en haussant le ton.
- Chut … lui fit-il tout doucement. Tu vas réveiller Eliott …
- Mon Dieu que tu es pénible quand tu fais ça …, grogna-t-elle, s'efforçant de ne pas élever la voix. Tu as utilisé mes codes d'accès en plus je suppose ?
- Je savais que tu serais fâchée …, se contenta-t-il de répondre, un peu timidement.
- Tu es pire qu'un gosse … Tu sais que je ne suis pas d'accord, et que ça me dérange, mais tu le fais quand même ….
- Je n'avais pas d'autre moyen de m'assurer qu'il était clean …, rétorqua-t-il pour sa défense.
- Je vais changer mes codes, lui fit-elle, en le regardant sévèrement, et tu auras interdiction d'utiliser le moindre serveur de la Police de New-York …
- Tu ne ferais pas ça ? protesta-t-il. Comment je pourrais t'aider si je ne peux plus …
- Castle …, l'interrompit-elle, exaspérée, ça fait des années que je me bats pour te faire comprendre que tu n'as pas à utiliser les serveurs de la Police ou ta relation avec moi à des fins personnelles … Tu vas m'attirer des problèmes un jour …
- Mais ce n'est rien … personne ne saura que j'ai fait une recherche de casier judiciaire …
- Si Cody l'apprenait, il pourrait même porter plainte pour atteinte à la vie privée !
- Ah bon ? Il pourrait faire ça ? s'étonna-t-il, d'un air inquiet.
- Evidemment ! Comme si tu avais besoin de vérifier en plus. Tu as déjà enquêté sur Cody il y a plusieurs mois ...
- Mais il me manquait cette information … et j'ai découvert autre chose d'intéressant …
- Je ne veux rien savoir de plus, lui répondit Kate, l'air vraiment fâchée, avant de s'éloigner pour quitter le bureau.
Elle alla s'asseoir dans le canapé, et attrapa un magazine pour tenter de se calmer. Castle l'exaspérait au plus haut point quand il faisait des choses pareilles : obnubilé par son idée, il ne se souciait plus de rien, ni des règles, ni des convenances, ni de l'impact que ses actes pouvaient avoir sur son travail, sur sa carrière. Rien n'était jamais grave pour lui et tout semblait justifié, tant que ça servait ses intérêts. Comme s'il avait besoin d'enquêter sur le petit-ami d'Alexis en plus, un jeune professeur de Columbia dont tout le monde vantait les mérites.
Au bout de quelques secondes, elle le vit apparaitre, d'un air un peu penaud. Il avait couché Eliott, et vint s'asseoir près d'elle dans le canapé.
- Tu fais la tête ? demanda-t-il, voyant bien qu'elle ne lisait pas vraiment son magazine.
- A ton avis ? répondit-elle, sans même lever les yeux vers lui.
- Eh bien on dirait … mais dès fois tu fais semblant …
- Je ne fais pas semblant, Castle … Tu m'agaces …
- Je suis désolé …
- Tu es toujours désolé …Mais tu recommences quand même …
- Mais c'est parce que …
- Rick … ne dis rien de plus. Il n'y aucune raison valable dans ce que tu fais. Cody est un gentil garçon, brillant professeur à l'université, et Alexis lui trouve tous un tas de qualités. Cela devrait suffire à ce que tu n'aies pas à faire de recherches sur lui en utilisant MON serveur en plus …
- Ce n'est pas de ma faute …
- Non, c'est de la mienne …, rétorqua-t-elle sèchement.
Il ne dit rien, et s'adossa dans le canapé, sentant qu'il valait mieux éviter de chercher à se justifier. Il restait persuadé qu'elle faisait toute une histoire de pas grand-chose, mais s'abstiendrait de le lui dire. Il jeta un œil vers elle, qui, silencieuse, faisait toujours mine de lire son magazine, feuilletant négligemment les pages. Il soupira, et fourra sa main dans la poche de son pantalon pour en extirper un petit caillou qu'il s'amusa à lancer doucement d'une main, et à rattraper de l'autre. Au bout de quelques secondes, il sentit qu'il exaspérait de nouveau sa muse, qui leva enfin les yeux vers lui. Des yeux fâchés, mais au moins, elle le regardait. C'était le but de sa petite manœuvre.
- Que fais-tu avec ce caillou ?
- Je me détends …, répondit-il simplement. C'est mon caillou …
- Ton caillou ?
- Oui, celui que j'ai ramassé sur la plage pendant notre voyage l'été dernier … Tu sais cette plage où on a …
- Je sais de quelle plage il s'agit, Rick … Je croyais que tu l'avais perdu ….
- Je l'ai retrouvé tout à l'heure … c'est trop chouette … Il était juste au fond du tiroir de mon bureau …
Elle ne répondit rien, et baissa les yeux de nouveau vers son magazine.
- Dire que ce caillou nous a permis de trouver un psychopathe … Gates aurait dû m'offrir une médaille pour ça ….
- Castle … Va donc poursuivre tes recherches sur Cody au lieu de m'embêter. Je suis fâchée, et te voir tourner en rond à côté de moi n'arrange rien …
- Mes recherches sont finies. Tu sais que Cody est divorcé ?
- Je t'ai dit que je ne voulais pas savoir.
- Mais il est divorcé, Kate ! Et il a trente-deux ans seulement … Ma fille sort avec un homme divorcé ….
- Et alors ? Je suis mariée avec un homme deux fois divorcé, je te rappelle …
- Ce n'est pas pareil …
- Pourquoi ? s'étonna-t-elle.
- Parce que … moi je … j'en sais rien, mais ce n'est pas pareil …
- C'est exactement pareil … Heureusement que mon père ne s'est pas focalisé sur le nombre de tes divorces pour me laisser t'épouser.
- Je t'aurais épousée même sans son accord de toute façon …
- Hum …
- Je t'aurais enlevée … et emmenée sur une île déserte paradisiaque …
Elle soupira. Même quand elle voulait lui faire la tête, et qu'elle était fâchée, il fallait qu'il arrive à l'embêter plus encore. Elle savait qu'il n'essayait que de se faire pardonner, à sa façon, maladroitement, et d'un côté, c'était attendrissant. Mais si elle cédait trop facilement, il recommencerait. Enfin, de toute façon, il recommencerait.
- Je ne peux pas faire la tête tranquillement ? lui fit-elle, en le dévisageant.
- Non, sourit-il. Dis, tu me pardonnes ?
- Non, répondit-elle.
- Non ? s'étonna-t-il avec une petite moue.
- Non, répéta-t-elle, catégorique. Castle, ça pourrait être plus grave … Et si je voulais monter en grade ? Etre capitaine ou je ne sais quoi … et qu'on apprenait que mon mari utilise les bases de données de la police pour servir ses propres intérêts ? Que se passerait-il à ton avis ?
- Tu veux être Capitaine ?
- Je n'en sais rien … un jour peut-être …, si tu ne m'as pas fait perdre toute crédibilité d'ici là …
- Je n'avais pas vu les choses ainsi …
- Evidemment, tu ne réfléchis pas plus loin que le bout de ton nez … sans parler des conséquences pour toi si Cody l'apprenait, ou même Alexis …
- Je sais …., mais c'est plus fort que moi … Une petite voix me pousse à vérifier … et je ne peux pas faire autrement …
- Une petite voix hein ?
- Oui …, répondit-il, d'un air contrit.
Elle esquissa un sourire, adoucie par sa mine dépitée. Il l'exaspérait mais il était tellement mignon quand il était désolé, et tentait de se justifier. Elle se maudissait d'être si sensible à ses sourires et son air penaud, et de ne pas réussir à lui faire vraiment la tête plus de dix minutes.
- Tu as souri …, constata-t-il, tout content.
- Oui, mais je suis quand même fâchée.
- Un peu moins ? demanda-t-il tel un petit garçon inquiet.
Elle sourit plus franchement cette fois, et s'avança pour l'embrasser.
Tu m'agaces …, lui fit-elle doucement, contre sa bouche, effleurant doucement ses lèvres.
- Je sais … Je ne recommencerai pas … Promis.
- Tu as intérêt.
Elle déposa un nouveau baiser sur ses lèvres, avant de s'éloigner un peu de lui.
- Tu crois vraiment que c'est une bonne idée ce dîner ? reprit-il.
- Pourquoi ?
- Je n'ai pas envie … Je le sens mal … On devrait annuler peut-être …
- Ils seront là d'ici cinq minutes …. Et puis, on ne va pas annuler alors qu'Alexis nous présente son petit-ami ! Tu es capable d'être gentil et agréable avec lui, non ?
- Peut-être … Pas sûr … Je ne contrôle pas entièrement cette méchante petite voix qui est en moi …, expliqua-t-il, en grimaçant comme s'il avait peur de lui-même.
- Je suis sûre que si … Tu peux être un amour quand tu veux …
- On pourrait leur dire que je suis souffrant ? Et que j'ai une maladie super contagieuse et qu'il vaut mieux qu'ils ne viennent pas …
- Sérieusement ? sourit-elle, amusée par ses craintes.
- Eh bien c'est la première fois qu'Alexis me présente quelqu'un depuis Pi … Et si ça se passe mal … elle va m'en vouloir … et la dernière fois avec Pi, ça a déjà été difficile … alors si de nouveau elle s'éloigne de moi …
- Fais en sorte que ça se passe bien ..., sourit-elle gentiment, au moment même où la sonnerie de la porte d'entrée retentissait.
- Si on ne répondait pas ? On pourrait se cacher et ….
- Castle … Je vais ouvrir …
Une heure plus tard …
Dans la cuisine, Rick préparait la suite du dîner, tout en écoutant les conversations joyeuses d'Alexis et Cody, installés autour de la table, discutant comme s'ils étaient seuls au monde. Kate s'était éclipsée dans le bureau pour donner le sein à Eliott. Jusqu'à présent, tout s'était bien passé. Malgré les premières appréhensions de chacun en tout début de soirée, une ambiance cordiale s'était instaurée, tout le monde y mettant du sien. Les discussions s'étaient surtout orientées vers Alexis, sa fille étant le dénominateur commun de tous les convives. Elle avait raconté, bien-sûr, les nombreux stratagèmes qu'il avait élaborés pour faire fuir ses précédents petits-amis, et tout le monde avait bien ri, Cody se félicitant d'avoir échappé au pire. Lui, avait narré quelques anecdotes croustillantes sur l'enfance et l'adolescence d'Alexis, et Cody ne s'était pas privé de taquiner gentiment Alexis. Avec Kate, ils avaient relaté certaines de leurs enquêtes les plus passionnantes ou les plus originales, et leurs récits avaient tenu en haleine Cody, très intrigué par cet univers dont il ne connaissait rien. Kate avait mentionné avec plaisir ses lointains souvenirs de ses cours de philosophie, et Cody avait eu l'air content qu'elle manifestât un intérêt certain pour sa discipline. Et enfin, Rick lui avait posé les traditionnelles questions d'usage concernant sa famille, son enfance, le métier de ses parents … et Cody avait répondu sans s'offusquer le moins du monde de cette intrusion dans sa vie privée, et l'air même heureux au contraire, de lui en apprendre davantage.
Il se devait de reconnaître que Cody, pour l'instant, avait à peu près tout du gendre idéal. Il était charmant, intelligent et cultivé bien-sûr. Il avait le sens de l'humour et de la répartie, sans compter un métier sérieux qui lui permettait de très bien gagner sa vie. Il se montrait attentionné et prévenant à l'égard d'Alexis, et Rick voyait bien qu'il y avait, dans les yeux de sa fille, quand elle regardait Cody ou riait à l'un de ses traits d'esprit, cette petite lueur, cette petite étincelle, qu'il n'avait jamais vue auparavant. Elle était radieuse, et amoureuse, sans nul doute. Et Cody aussi. Il ne manquait pas de glisser un compliment au gré d'une conversation, et malgré la pudeur et la timidité du jeune homme, Rick avait remarqué ses petits gestes tendres envers Alexis.
Même s'il se montrait sous son meilleur jour, sachant au combien sa relation avec sa fille en dépendait, Rick observait et analysait néanmoins, quêtant le faux pas. Il était heureux de voir Alexis si épanouie, et amoureuse d'un jeune homme bien sous tous rapports. Il était le gendre idéal, oui. A condition qu'il fermât les yeux sur son âge, sur son divorce, et sur le fait qu'il était professeur d'université, et enfreignait toutes les règles de la déontologie en sortant avec une de ses étudiantes. Rick savait qu'il ne devait pas aborder ce sujet. Kate le lui avait fait promettre. Il ne servait à rien, selon elle, de mettre mal à l'aise Cody et Alexis. Ils étaient amoureux, et l'amour ne devait pas s'encombrer de la moindre règle. Il était d'accord sur le principe, mais quand cela s'appliquait à sa fille, Rick ne voyait pas vraiment les choses du même œil.
En les observant ce soir, il sentait que la situation lui échappait, pour la première fois peut-être depuis qu'Alexis était née. Avec Cody, c'était sérieux. Alexis n'avait pas besoin de lui dire pour qu'il le voie. C'était différent. C'était une relation d'adultes qu'elle vivait, et cela lui faisait peur, à lui, son père. Il savait que sa petite fille avait bien grandi, et qu'elle était maintenant une femme, mais il avait la sensation qu'en quelques mois seulement, depuis qu'elle sortait avec Cody, elle avait pris son envol, et s'éloignait doucement de lui, du loft. Doucement, mais trop rapidement malgré tout. Et il ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle était trop jeune pour une relation si sérieuse, pour vivre en couple, car il sentait que c'était ce qui s'annonçait d'ici peu, ou pire encore pour se marier. Alexis avait toujours été plus mâture que les autres pour certaines choses, en avance sur son âge. Et surtout elle avait toujours voulu faire les choses comme les adultes, bien avant d'en être une. Il redoutait qu'elle ne veuille brûler les étapes avec Cody.
Il termina la vinaigrette qui accompagnerait la salade, et rejoignit la table, se disant qu'il fallait qu'il arrive à sonder ce que Cody attendait de cette relation, et comment tous deux voyaient leur avenir.
- Je vais voir où en est Kate avec Eliott, annonça-t-il aux deux jeunes gens, en déposant le saladier sur la table.
- Ok. Tu as besoin que je m'occupe de quelque chose ? lui demanda gentiment Alexis.
- Non, non … Tout est prêt, on arrive, sourit-il, avant de s'éloigner.
Il retrouva Kate dans le bureau, installée dans le fauteuil, Eliott toujours dans ses bras en train de téter.
- Tout va bien ? demanda-t-elle, en le voyant entrer, l'air préoccupé.
- Oui …
- Notre petit vampire est affamé ….
- Je vois ça, sourit-il, en s'asseyant sur sa chaise, derrière son bureau, et la contemplant, attendri comme toujours quand elle donnait le sein à leur fils.
- Le dîner se passe bien, non ? Tu n'avais pas de raison de t'inquiéter …
- Oui … tout se passe bien … trop bien …
- Comment ça trop bien ? s'étonna-t-elle.
- Cody est parfait … non ?
- Il a l'air, oui … Il est charmant … Tu devrais être content ..., lui fit-elle avec un sourire.
- Je le suis. Alexis est heureuse. Si elle est heureuse, alors je suis heureux …
- Mais ?
- Mais … elle est si jeune … et lui si …, expliqua-t-il, cherchant ses mots.
- Adulte ?
- Oui.
Elle le sentait réellement affecté tout à coup, comme s'il prenait conscience ce soir qu'Alexis vivait désormais sa propre vie, et que bientôt elle partirait. Quand elle le savait si touché, elle lui pardonnait volontiers toutes les bêtises qu'il faisait régulièrement pour tenter de s'immiscer dans la vie de sa fille. Le père qu'il était, si aimant, attentionné, soucieux, l'émouvait. Le voir s'inquiéter, sincèrement, lui faisait un peu mal au cœur.
- Rick, reprit-elle avec douceur, ils ne t'ont pas annoncé qu'ils se mariaient demain que je sache … Alexis ne vit même pas encore officiellement avec lui … Et ils ne sortent ensemble que depuis cinq mois à peine …
- Je sais bien, mais …
- Ne t'angoisse pas déjà pour des choses qui n'arriveront peut-être pas … ou pas tout de suite …
Il soupira à ses derniers mots, tant imaginer l'avenir sentimental de sa fille l'inquiétait.
- Je suis très fière de toi, ce soir, tu es adorable, lui fit-elle, sachant combien il faisait d'efforts malgré tout.
Il sourit à son tour, conscient lui-aussi, qu'il ne s'était jamais montré si aimable et bienveillant avec l'un des petits-amis d'Alexis. Il la regarda, silencieux, contemplant Eliott qui doucement cessait de téter, et Kate qui, avec une tendresse infinie, le tenait contre elle, caressait sa tête.
- Tu devrais retourner avec nos invités, mon cœur … J'arrive.
- Je t'attends … Ne t'en fais pas, ils ne risquent pas de s'ennuyer sans nous … Ils roucoulent …
- C'est mignon de les voir amoureux … non ?
Il lui répondit par une grimace qui la fit sourire, alors qu'Eliott semblait avoir bel et fini de téter. Il se leva pour prendre son fils dans ses bras, et permettre à Kate de se rhabiller.
- Est-ce que tu veux voir à quoi ressemble le prétendant de ta grande sœur ? demanda-t-il à Eliott, le calant contre son épaule, tout en caressant légèrement son dos. Quoique … je ne sais pas si c'est une bonne chose …. Ça pourrait leur donner des idées … Il ne manquerait plus que je sois grand-père …
- Ne dis pas de bêtises, rigola Kate, repositionnant son corsage.
- Tu ne te souviens pas de ce qu'avait dit Alexis un jour ? Que ce serait sympa d'élever ses enfants avec les nôtres !
- Je me souviens, sourit-elle. Mais ta fille a la tête sur les épaules … A mon avis, tu ne crains rien avant plusieurs années ….
- Espérons-le …, soupira-t-il, en la suivant vers le salon, son fils dans les bras.
Quelques minutes plus tard …
Le dîner s'était poursuivi, plutôt animé. Alexis et Cody s'étaient extasiés devant Eliott, adorable et souriant, qui avait trouvé dans les bras de sa grande sœur un douillet cocon pour assister lui-aussi au dîner. Puis, Castle, qui, sous son air aimable, voulait néanmoins essayer de percer à jour les défauts de ce jeune homme si parfait, avait orienté la conversation vers l'université et les cours que donnait Cody, sans aborder néanmoins le sujet tabou de sa relation avec l'une de ses étudiantes.
- Papa, tu sais que Cody écrit lui-aussi …, annonça fièrement Alexis.
- Ah …, nous voilà un point commun …, répondit gentiment Rick.
Il savait que Cody écrivait. Il l'avait découvert en faisant ses quelques recherches à son sujet. Mais pour avoir parcouru les titres des ouvrages qu'il avait publiés il savait que Cody et lui ne faisaient pas partie du même monde littéraire. Cody écrivait des essais philosophiques.
- Et sur quoi travailles-tu en ce moment ? demanda Kate, curieuse.
- Je travaille avec plusieurs collègues sur un projet colossal, depuis deux ans maintenant … c'est une sorte de synthèse sur les concepts de liberté et d'existence dans la pensée occidentale …
- C'est passionnant, ajouta Alexis, voyant l'air sceptique de son père. Si vous voyiez Cody disserter sur la notion de « libre-arbitre » dans l'Etre et le Néant …
- C'est un film ? demanda Rick, avec un petit sourire.
- Un livre, papa … de Sartre …
- Sartre est un des plus grands philosophes français du XXème siècle, lui fit remarquer Kate.
- Je connais Sartre, bien-sûr, répondit Castle, mais je n'ai jamais rien compris à la philosophie … Ce n'est pas contre vous, Cody, mais …
- Oh, ce n'est rien, ne vous en faites pas …, sourit gentiment Cody. Pour ma part, je n'ai jamais rien compris non plus à l'intérêt d'inventer des histoires macabres …
- L'intérêt est de divertir les lecteurs, rétorqua Rick, un peu sèchement, vexé.
- Je pense que la littérature doit servir un intérêt supérieur …, continua Cody, nourrir l'âme du lecteur …
- Mes romans nourrissent l'âme …, répondit Castle. On y apprend plein de trucs …
- Je n'en doute pas, sourit gentiment Cody.
Kate et Alexis se lancèrent un regard un peu soucieux, sentant, l'une comme l'autre que cette conversation pouvait rapidement agacer Castle, et tourner à la rivalité d'auteurs.
- Tu arrives à vendre tes livres … philosophiques ? reprit Rick, cherchant volontairement à embêter Cody. Enfin, je veux dire … des gens les lisent ?
- Oui, sûrement pas dans les mêmes proportions que vos romans, bien-sûr ..., reconnut Cody. Mes ouvrages ne s'adressent pas au même type de public ... Mais puisqu'on parle de vos romans, j'ai lu Vague de Chaleur … quelques temps après avoir rencontré Alexis …
- Et qu'en avez-vous pensé ? demanda Rick, alors que Kate à ses côtés redoutait déjà la réponse de Cody.
- Eh bien … c'est intéressant, très intéressant, surtout si l'on met cette historiette en perspective … La littérature populaire est un sujet d'étude passionnant …
Rick sentait l'agacement le gagner, face à ce qu'il estimait être de l'arrogance et du dédain de la part de Cody. Non seulement, il lui volait sa fille, mais en plus, il considérait ses romans comme la plus vile des littératures.
- Et quelle analyse en tireriez-vous ? demanda-t-il.
- Je ne sais pas si on peut vraiment analyser philosophiquement les Nikki Heat, leur fit remarquer Kate, tentant d'éviter de nouvelles critiques négatives. Ce sont des romans policiers qui n'ont pas la prétention de fournir une pensée, une morale ou une réflexion sur le monde …
- C'est vrai, ajouta Alexis, comprenant elle-aussi que la conversation pouvait dégénérer. Le but est simplement de divertir les lecteurs, et ça fonctionne merveilleusement bien …
- Merci, chérie, sourit fièrement Castle.
- Je sais bien, oui, mais il y a toujours quelque chose derrière les mots d'un auteur, qu'il le veuille ou non, il y a toujours cet implicite si riche … Dans Vague de Chaleur, l'image de l'homme est en décalage avec la conception bergsonienne de l'être, ce qui contredit par ailleurs l'idée de liberté essentielle de l'individu confronté au choix de sa liberté comme affirmation de son existence, tel que l'affirme Sartre justement …
- Ok … et en langage populaire, ça veut dire ? répondit Castle.
- Ça veut simplement dire que Rook est un homme qui n'existe que par la volonté de Nikki entièrement dominé par la femme qu'il aime …
- Je ne suis pas dominé, rétorqua aussitôt Castle.
- Je ne parle que de Rook, cela va de soi même s'il est le vecteur de vos propres émotions et sentiments …, sourit Cody, essayant de se montrer gentil.
- Je ne suis pas d'accord, ajouta Kate. La série des Nikki Heat montre aussi combien les choix que fait Nikki, la femme qu'elle est et devient, sont conditionnés par l'homme qu'elle aime … Le bonheur de Nikki est lié à la présence de Rook à ses côtés …
- Peut-être, mais l'inverse est plus évident dans ce premier opus …
- Quoi qu'il en soit, mes romans se vendent par centaines de milliers, littérature populaire ou non … le public ne se trompe jamais, lui …
- Certes, mais comme l'a montré Nietzche, répondit le jeune homme, les grandes démonstrations de force ne peuvent séduire qu'un peuple aveuglé par sa propre ignorance de ce qui fait la grandeur des individus …
- Donc mes lecteurs sont stupides ? lança Rick, dévisageant Cody, fâché.
Cody s'apprêtait à répondre, comprenant qu'il était peut-être allé un peu loin dans son analyse, quand Eliott se mit à pleurer.
- Oh … que passe-t-il ? s'étonna Alexis, tentant de bercer doucement son petit frère.
- Il n'aime pas qu'on critique les livres de son papa, répondit Rick, se levant pour prendre son fils. Viens là mon bonhomme …
- Je suis désolé si je vous ai semblé critique …, ajouta Cody, d'un air un peu désemparé. Ce n'était pas mon intention …
Eliott pleurait de plus belle, et s'agitait, malgré les lents mouvements de Castle pour tenter de le bercer, sous le regard attentif de Kate, toujours soucieuse de savoir ce qui perturbait son fils quand il se mettait à pleurer sans raison apparente.
- C'est vrai, Papa, Cody a prévu de lire les autres Nikki Heat en plus …, lui fit remarquer Alexis, essayant de détendre l'atmosphère.
- Je n'ai pas l'habitude de la littérature pop… enfin grand public …, et je reconnais que mes analyses metaphysico-existentielles ne sont pas forcément adaptées …
- C'est bon, il n'y a pas de souci, répondit Rick, toujours un peu sèchement, malgré les excuses de Cody. Je suis fier d'écrire des livres que les gens peuvent comprendre sans avoir besoin de faire une recherche sur Internet ou d'ouvrir un dictionnaire, moi …
- Touché, sourit Cody, pas vexé le moins du monde.
Rick faillit esquisser un sourire, amusé que ce jeune homme le prenne si bien. Décidément, il avait un côté sympathique, vraiment sympathique. Même s'il dédaignait ses romans, il trouvait le moyen de retourner la situation à son avantage, et de s'en amuser.
- Dans tous les cas, j'admire votre imagination … si … fertile …, continua Cody, s'évertuant à se rattraper.
- Je n'ai pas vraiment de mérite, enfin si, quand même … mais j'ai la plus belle des sources d'inspiration …, répondit Rick, adressant un tendre regard à sa femme.
- Alexis m'a raconté … l'écrivain et sa muse … On pourrit y voir d'ailleurs une métaphore de …
- Cody, l'interrompit Alexis avec un sourire. Je crois qu'on a eu assez d'analyses pour ce soir …
- C'est vrai, sourit-il.
Constatant qu'Eliott ne se calmait pas et pleurait toujours aussi fort, malgré les déambulations de Rick pour le calmer, Kate se leva à son tour.
- Que se passe-t-il mon ange ? s'inquiéta-t-elle, en s'approchant de ses hommes.
Elle supportait difficilement d'entendre ainsi son bébé pleurer. Ça lui arrachait le cœur, bien qu'elle tentât par tous les moyens de se raisonner et de dire que ce n'était rien.
- Tiens, prends-le, répondit doucement Rick, en déposant leur fils dans ses bras. Je vais chercher Suki, il va peut-être se calmer.
Alexis et Cody observaient, silencieux, Eliott qui s'égosillait à pleins poumons dans les bras de Kate, ne sachant trop ni que dire ni que faire.
- C'est effrayant, constata Alexis, le cœur serré par les pleurs de son petit frère.
- Ne t'inquiète pas, sourit Kate, berçant Eliott contre son épaule, tout en caressant son dos pour l'apaiser. Ce n'est sûrement rien du tout …
- Je ne l'avais jamais entendu hurler ainsi …
- D'habitude c'est parce qu'il a faim …, expliqua Kate, mais il reste encore plus de deux heures avant la tétée du soir …
- Il a peut-être juste envie de câlins …, suggéra Alexis.
- Oui, sourit Kate, marchant doucement à travers le salon, Eliott blotti contre elle, alors que Rick réapparaissait, muni du précieux doudou de son fils.
- Voilà …, fit-il, glissant le doudou entre Eliott et la poitrine de Kate.
- On va peut-être y aller ? suggéra Alexis, jetant un œil vers Cody.
- Oui …, répondit le jeune homme. Ce petit gars a sûrement besoin de repos.
- Vous pouvez rester encore un peu, leur répondit Kate, Eliott pleurant toujours à chaudes larmes.
- On ne voulait pas rentrer trop tard de toute façon, répondit Alexis. On se lève tôt demain.
- Un dimanche ? s'étonna Castle.
- Oui, on participe à un triathlon … Cody m'a initiée …
- Oh, je vois …, répondit Rick, surpris qu'Alexis soit devenue une athlète, sans même qu'il ne le sache.
Les deux jeunes gens se levèrent, prêts à s'en aller.
- Merci, Papa, sourit Alexis, venant étreindre son père et déposant un baiser sur sa joue.
- De rien, chérie …, sourit-il, content qu'elle soit contente.
- Tu as été chouette, chuchota-t-elle à son oreille, alors qu'il la serrait contre lui.
Il lui répondit par un sourire, fier de lui et de son attitude, même si une part de lui restait fâchée par les commentaires de Cody.
- Merci pour le dîner …, continua Cody. Alexis parle si souvent de vous … Je suis content d'avoir enfin pu vous rencontrer.
Rick jeta un œil vers sa fille, un peu étonné. Alexis lui répondit par un petit sourire complice.
- Moi aussi, répondit Rick, le plus gentiment possible.
Alexis et Cody saluèrent ensuite Kate qui tentait toujours de calmer Eliott, avant de se diriger vers la porte, escortés par Castle.
- J'espère qu'on aura l'occasion de se revoir avant mon départ …, reprit Cody.
- Ton départ ?
- Oui … J'enseignerai à Paris dès septembre …, dans le cadre de ce projet dont je vous parlais, je travaille avec d'éminents spécialistes européens ...
Rick ne dit rien, sous le coup de cette nouvelle dont il saisit aussitôt toutes les conséquences pour Alexis, pour lui. Il jeta un œil vers sa fille, qui avait ouvert la porte, et depuis le couloir, prenait soin de ne rien ajouter.
- Bonne nuit, Papa, lui fit-elle simplement, le regardant avec cet air qu'il connaissait par cœur.
Elle n'avait pas commenté les propos de son petit-ami, mais ses yeux lui disaient combien elle était désolée de ne pas lui en avoir parlé, mais aussi de la décision qu'elle avait prise, certainement. Elle n'avait rien besoin de dire. Il savait. Il avait vu combien elle semblait amoureuse. Elle allait partir elle-aussi.
- Bonne nuit …, répondit-il, s'efforçant de sourire. Rentrez bien.
Ce n'était pas le moment de dire quoi que ce soit, de poser des questions. Il les regarda s'éloigner le cœur serré, perdu dans ses pensées, imaginant déjà ce qui l'attendait quand elle serait loin. Ce furent les pleurs d'Eliott qui redoublaient d'intensité, un peu plus loin dans le salon qui le ramenèrent à la réalité. Il referma la porte, et rentra retrouver sa femme et son fils.
Une heure plus tard …
Dans la pénombre du salon, debout devant la fenêtre, Rick contemplait la nuit, tout en finissant son verre de vin. Kate était allée coucher Eliott, qui avait fini par se calmer. Epuisé d'avoir tant pleuré, il s'était endormi dans ses bras, le visage encore baigné de larmes.
Observant la noirceur du ciel, parsemé de quelques étoiles à peine visibles, il réfléchissait, perturbé par ce qu'il avait compris de la situation, par l'idée que sa fille puisse suivre son petit-ami et partir très loin de lui, sur un autre continent, presque au bout du monde finalement. La voix de Kate, quelques mètres derrière lui, le tira de ses pensées.
- Tu viens te coucher ? demanda-t-elle depuis le palier du bureau.
- J'arrive …, répondit-il, se retournant furtivement pour la regarder, tout en déposant son verre de vin sur le rebord de fenêtre.
Elle remarqua tout de suite, son air un peu sombre et triste, malgré le sourire qu'il esquissait.
- Ça va ? lui fit-elle aussitôt, soucieuse.
- Ça va ..., sourit-il légèrement, avant de regarder de nouveau vers la fenêtre.
Elle le rejoignit, sachant pertinemment que quelque chose n'allait pas.
- Ne te tracasse pas pour ce qu'a dit Cody de tes romans, lui fit-elle doucement, se blottissant dans son dos, posant sa tête contre lui.
- Ce n'est pas ça …, répondit-il, prenant les mains de sa femme dans les siennes alors qu'elle l'enlaçait par la taille.
- Que se passe-t-il alors, mon cœur ? Tu es tracassé, je le sais.
- Elle va partir, Kate.
La tristesse dans sa voix la toucha. Elle avait senti elle-aussi, après cette soirée, qu'entre Alexis et Cody les choses étaient sérieuses. Alexis le lui avait déjà laissé entendre le matin même, et elle en avait eu confirmation. Leurs regards, leurs gestes, leurs paroles trahissaient la force de ce qui les unissait tous les deux. Alexis vivait déjà pratiquement chez Cody, même si elle affirmait vivre toujours au loft. L'officialisation de leur vie commune ne tarderait certainement plus désormais.
- Je sais que c'est difficile …, lui fit-elle doucement, essayant de trouver les mots pour le réconforter, mais il est normal qu'elle fasse sa vie et …
- Non, ce n'est pas ça …, répondit-il, se tournant dans ses bras pour la regarder.
Il l'enlaça par la taille, alors qu'elle le dévisageait, sans comprendre ce qu'il voulait dire.
- Elle va partir vivre à Paris …, reprit-il. Avec Cody.
- A Paris ? s'étonna-t-elle, surprise. Comment le sais-tu ?
- Cody m'a dit qu'il partait pour son projet en septembre … Tout à l'heure … Quand tu essayais de calmer Eliott.
- Et Alexis t'a dit qu'elle partait aussi ?
- Non … Elle n'a rien dit. Mais j'ai vu son regard, expliqua-t-il. Je le sais. Elle va partir.
- Rick …, lui fit-elle tendrement, comprenant toute sa peine. Ne t'inquiète pas avant d'avoir de certitudes, ok ?
- Mais j'en suis certain, Kate, affirma-t-il, sûr de lui. Je la connais … Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ? Elle aurait pu m'en parler …, me demander ce que j'en pensais …
- Et que lui aurais-tu dit si elle t'en avait parlé ?
- Que c'était une très mauvaise idée, qu'elle risquait de commettre une grosse erreur en suivant ainsi un garçon au bout du monde …
- Voilà pourquoi elle ne t'a rien dit …, lui fit-elle gentiment remarquer. Elle savait ce que tu en penserais. Et elle sait aussi que ça va te faire de la peine …
- Qu'est-ce que je peux faire ? demanda-t-il, comme s'il s'attendait vraiment à ce qu'elle lui donnât une solution pour empêcher sa fille de partir.
- Rien. Tu ne peux rien faire. Et tu ne dois rien faire.
- Mais, Kate … c'est ma fille …
- Je sais … justement, c'est parce que c'est ta fille que tu ne dois rien faire.
- Et si elle commet une erreur ? Comme avec Pi …, et si elle est malheureuse ?
- Eh bien, elle commettra une erreur. Tout le monde commet des erreurs. Tu dois la laisser faire …
- Elle va me manquer …
- Tu vas lui manquer, aussi … Si elle part … ce n'est sûrement pas une décision si facile pour elle non plus.
- Elle va partir, réaffirma-t-il. Elle est amoureuse.
- Oui. Ils sont adorables tous les deux …
- Cody est un homme bien, soupira-t-il. Même s'il dédaigne mes romans …
Elle sourit, effleurant sa joue d'une caresse.
- Si elle part pour Paris, elle aura là-bas tout ce qu'il faut pour être bien et heureuse, continua Kate, s'efforçant d'apaiser les inquiétudes de son homme. Elle poursuivra ses études …. Et c'est une expérience tellement enrichissante pour elle.
- Mais je ne serai pas là pour veiller sur elle …, objecta Rick.
- Cody sera avec elle, Rick … Il veillera sur elle …, le rassura-t-elle. Il prendra soin d'elle …
- Et si ça se passe mal ?
- Elle reviendra. Et elle aura grandi, et appris de cette expérience.
- Pourquoi c'est si simple quand je t'écoute ? demanda-t-il, en esquissant un sourire.
-' Parce que c'est simple …, même si ça fait te mal au cœur, tu sais au fond de toi, que tu dois la laisser vivre sa vie, la laisser suivre son coeur …
- Je sais, oui … et d'un côté, je suis content qu'elle ait choisi Cody … Mais s'il pouvait ne pas l'emmener au bout du monde …
- Ce n'est pas si loin …, à quelques heures de vol seulement …
- Quand ma mère saura ça …, constata-t-il, dépité.
- Elle va tous nous manquer.
- Dis … tu me dénoncerais si je l'attachais au radiateur pour qu'elle reste avec nous ? lui fit-il, avec un petit sourire, qui la rassura, tant il indiquait que Rick allait un peu mieux.
- Evidemment … C'est toujours illégal, mon cœur …, sourit-elle.
Il sourit plus largement. Elle prit son visage entre ses mains et déposa un baiser sur ses lèvres. Doucement, il posa son front contre le sien, réconforté par cette discussion, et ils restèrent ainsi quelques secondes, silencieux, l'un contre l'autre.
-' Alexis s'en va …, reprit-il à voix basse. Et puis viendra le tour d'Eliott …
- On a encore le temps …, constata Kate.
- Le temps passe vite …
-' Je sais … Oui, Eliott, un jour partira lui-aussi. Et les autres …
- Les autres ? sourit-il, surpris.
- Hum …
Il effleura ses lèvres d'un baiser, heureux de l'entendre envisager cette éventualité.
- Nos enfants partiront, continua-t-elle, glissant sa main dans sa nuque, caressant ses cheveux. C'est la vie, Rick … L'inverse serait problématique …, non ?
- D'une certaine façon, oui …, admit-il.
- Mais moi, je ne partirai jamais, sourit-elle, Je serai là, près de toi, même quand nos enfants auront déserté le loft …
- Toujours ? sourit-il.
- Toujours, assura-t-elle, avant de venir blottir son visage au creux de son cou.
Il resserra son étreinte autour d'elle, déposant un baiser sur ses cheveux. Elle l'avait rassuré. Apaisé aussi. Il l'aimait tant pour ça. Son écoute, sa patience, et ses conseils, toujours si justes et sensés. Elle, qui découvrait tout juste la maternité, avait une si jolie vision de l'éducation, de la parentalité, de la famille. Kate avait raison. La vie était ainsi faite. Il était temps pour Alexis de prendre son envol, aussi douloureux cela soit-il pour lui. Il l'avait élevée afin de lui donner toutes les clés pour qu'elle soit heureuse. Et aujourd'hui, elle l'était.
