Ils se fixèrent pendant plusieurs minutes, immobiles, la tension palpable. Le pouce de House commença soudain à tracer de petits cercles dans la paume de la jeune femme alors que la lueur dans ses yeux bleus se transformait en quelque chose de nouveau, de différent. La bouche soudain sèche, Lisa sentit sa colère se métamorphoser, son cœur battant toujours aussi vite. Il serra un peu plus sa main dans la sienne et elle vit son regard dévier vers ses lèvres. La seconde d'après, elle se retrouvait serrée contre lui et leurs lèvres s'entrechoquaient brutalement. Elle ouvrit la bouche sous le choc et il en profita pour approfondir leur baiser.
Toute pensée rationnelle déserta immédiatement l'esprit de Cuddy. Elle ne pouvait se concentrer que sur lui. Son odeur. La façon dont sa barbe chatouillait son menton. La sensation qu'il provoqua quand il gronda dans sa bouche. Elle n'envisagea même pas de ne pas lui répondre alors que ses bras s'enroulaient autour de son cou et qu'elle se mettait sur la pointe des pieds pour lui offrir une meilleure emprise sur ses lèvres. Il glissa la main dans son dos et la serra un peu plus contre lui.
Ils s'embrassèrent jusqu'à ce que leurs poumons se fassent douloureux sous le manque d'oxygène. Quand ils se séparèrent, elle posa son front sur son épaule et il enroula ses bras autour de sa taille. Elle remarqua qu'il s'appuyait contre le dossier du canapé et qu'il avait laissé tomber sa canne. Elle glissa ses mains sur son torse pour venir les placer juste à l'endroit où elle pouvait sentir son cœur battre. Elle concentra toute son attention sur ses pulsations, ne sachant ce qui allait arriver ensuite.
House s'éloigna un peu et releva délicatement son menton pour croiser son regard. Au lieu de l'air moqueur auquel elle s'attendait, ses pupilles brillaient du même désir que les siens. Ses yeux lui donnèrent le courage de poser sa main sur sa joue râpeuse avant de la plonger dans ses cheveux courts. Elle se mouvait doucement, savourant l'instant. Elle frissonna quand ses lèvres frôlèrent les siennes en une caresse d'une douceur insoupçonnée.
Le téléphone sonna et elle fit un bon en arrière, coupant tout contact entre leurs corps sous la surprise. House jura et attrapa le téléphone.
« Ça a intérêt à être une question de vie ou de mort », grogna-t-il.
« House ? »
« Wilson, appelle plus tard ».
Il était sur le point de raccrocher quand il entendit son ami crier.
« Je dois parler à Cuddy ! »
House soupira. Elle tendit la main et il lui passa le combiné sans croiser son regard.
« Qu'est ce qu'il se passe, Wilson ? », interrogea-t-elle la voix légèrement tremblante.
« Si ça vous intéresse, j'ai trouvé un moyen de vous conduire à l'hôpital ».
Cuddy se demanda alors comment on pouvait être à ce point déçu et soulagé à la fois.
« Comment ? », souffla-t-elle finalement.
« On rapatrie un patient sous dialyse qui habite à un pâté de maison de chez House. Ils sont d'accords pour vous prendre au passage ».
Elle ferma les yeux. Encore une fois, les désirs de la directrice et de la femme menaient une lutte acharnée en elle. L'incertitude offrit la victoire à la directrice.
« Quand ? »
« Dans une demi-heure environ. »
« Merci. Oh, et c'est vous qui avait donné le numéro de House à Mueller ? »
« Quoi ? »
« Mueller a appelé ici ».
« Oh mon dieu, dites moi que House ne lui a pas parlé ? »
« Malheureusement, si. On a probablement perdu l'argent. J'essayerai de l'appeler plus tard pour arranger les choses ».
Elle ignora le grognement de House derrière elle.
« A tout à l'heure », salua-t-elle en raccrochant.
Elle ne bougea pas, sentant les yeux de House posées sur sa nuque.
« Tu vas voir Wilson ? »
« Il a trouvé quelqu'un pour m'emmener à l'hôpital. Il sera là dans une demi-heure. Je ferais mieux de ranger mes affaires », annonça-t-elle en se tournant vers lui.
Malgré ses mots, elle ne bougea pas, attendant qu'il dise quelque chose. Il se contenta de la regarder et elle résista à l'envie de se tordre nerveusement les doigts.
« Tu as oublié ta réplique, Cuddy. Là t'es censée dire « House, on doit oublier ce fantastique baiser que l'on vient de partager. Je suis ton patron et ça serait totalement inapproprié de se jeter l'un sur l'autre comme ça de nouveau. » »
« Ça serait inapproprié », dit-elle avec précaution. « Tu pense que c'était une erreur ?, demanda-t-elle d'un ton neutre. »
Il piétina nerveusement d'un pied à l'autre. Cuddy ne réagissait pas comme il l'aurait cru, et il n'aimait pas l'imprévu. Il la scruta à la recherche d'indices sur ce qu'elle ressentait. Il n'en trouva pas.
« C'était un chouette baiser. »
« En effet. »
« Tu serais opposée à ce que ça recommence ? », questionna-t-il doucement.
« C'est là que les choses se compliquent ».
Elle baissa les yeux et il se contenta d'attendre qu'elle continue. Finalement, elle prit une profonde respiration et croisa son regard.
« Tout est juste…trop rapide », lâcha-t-elle finalement.
Il rit légèrement à ça.
« Cuddy, on se connaît depuis vingt ans ! »
« Tu as très bien compris ce que je voulais dire », s'impatienta-t-elle. « En vingt-quatre heures on est passé de collègues à…. »
« Une amitié renouée qui a bien failli se finir en une merveilleuse partie de jambes en l'air sur le parquet de mon salon ? »
« Je ne l'aurais pas formulé comme ça, mais oui. »
Il grogna et alla ramasser sa canne sur le sol.
« Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas s'empêcher de toujours tout compliquer ? Pourquoi croyez-vous toujours que s'embrasser et coucher ensemble va forcément avec une longue discussion ? »
« House, tu crois réellement qu'on ne coucherait ensemble qu'une seule fois ? Que ça ne changerait rien entre nous ? », interrogea-t-elle sans le regarder.
Elle le surprit de nouveau avec cette question. Il essayait de mettre fin à la conversation et il ne s'attendait pas à ce qu'elle insiste.
« Non… », répondit-il sincèrement, un « et alors ? » flottant dans l'air.
« C'est pour ça qu'il faut y réfléchir à deux fois. Je suis ton patron. Il y a des règles contre ce genre de choses. Tu es déjà un de mes employés les plus problématiques, le conseil s'opposerait forcément à ça. »
« Je vois pas en quoi ça les regarde. T'es bien trop professionnelle pour m'accorder des privilèges sous prétexte qu'on couche ensemble. J'en suis conscient. Et je serais même déçu si t'arrêtais de me compliquer la vie rien que pour ça. »
Elle rit nerveusement.
« J'ai toujours su que t'aimais ça ».
« T'es sexy quand t'es en colère », ajouta-t-il avec un haussement de sourcil.
Elle lui sourit affectueusement avant de continuer.
« Y aussi….Tu m'as manqué. Tu es une des seule personne qui me connaisse vraiment. »
Elle pausa une seconde, secouant la tête avec un sourire triste.
« T'es même probablement la personne qui me connaît le mieux, dit-elle en plantant ses yeux dans les siens. On vient juste de se…retrouver et je ne veux pas tout gâcher à cause de mes hormones et d'une fichue tempête. Il y a à peine une semaine, tu essayais encore de récupérer Stacy. Hier encore, on n'aurait même pas pu qualifier notre relation d'amitié. Je ne dis pas que…que je n'ai pas envie de ça…avec toi. Je dis juste que je ne suis pas sûre d'être prête à prendre le risque de te perdre de nouveau uniquement parce qu'on se sent seuls et que tu veux oublier Stacy. »
« J'en ai fini avec Stacy. »
« Peut-être, mais ça ne veut pas dire que tu dois te jeter dans une nouvelle relation moins d'une semaine après son départ pour le prouver ».
« Combien de temps il te faut ? »
« Quoi ? »
« Tu dis que ça va trop vite pour toi. Je le comprends, mais j'aimerais avoir une estimation de la lenteur qu'il te faut. Je vais pas attendre éternellement que tu décide que c'est ce dont tu as envie. »
Elle se tut un instant.
Qu'était-elle censée dire ? Sa peur de le perdre ne pouvait pas être délimitée dans le temps. Elle n'allait pas juste se réveiller un jour en se disant qu'elle était prête à sortir avec lui. Le problème n'était pas qu'elle veuille ou non être avec lui, elle était persuadé de vouloir l'être. Le problème était qu'elle ne voulait pas être juste un substitut à Stacy. Elle ne voulait pas tout risquer parce qu'ils ne voulaient pas rester seuls.
Elle avait besoin de réfléchir à tout ça, elle se connaissait assez pour savoir qu'elle allait analyser tous les avantages et inconvénients d'une relation avec House. Malheureusement, elle savait aussi avoir une fâcheuse tendance à donner plus de poids aux inconvénients. Elle n'était même pas sûre d'être un jour disposée à se lancer dans une relation intime avec House. Ils étaient tous les deux bien trop compliqués et si elle appréciait leurs disputes en tant qu'amie, elle n'était pas sûre de supporter ses critiques en tant que petite amie. Elle n'était pas sûre de pouvoir s'offrir sentimentalement à lui. Perdre son amitié avait été horrible et elle savait qu'elle ne supporterait pas de le perdre si elle se laissait aller à ses sentiments pour lui.
Contrairement à ce qu'il croyait, ce n'était pas juste des parties de jambe en l'air en plus de leur relation habituelle. Pas pour elle. Elle avait encore des rêves. Elle voulait des enfants, elle voulait de l'affection, elle voulait quelqu'un qui prendrait soin d'elle, la complimenterait. Elle n'était pas sûre que House puisse lui apporter ça.
Il lui avait dit il y a une vingtaine d'années qu'il ne voulait pas la même chose qu'elle, qu'ils n'attendaient pas les mêmes choses de la vie. Elle réalisait aujourd'hui la portée de ses mots. Elle réalisait que rien n'avait changé.
« Alors ne m'attends pas ».
Les mots étaient l'écho de leur passé et elle se mordit la lèvre en se rappelant à quel point ils l'avaient fait souffrir la première fois. Mais, encore une fois, elle se dit que c'était mieux ainsi.
« N'attends pas de moi ce que je ne peux pas te donner et je ferais de même », déclara-t-elle.
Elle leva les yeux et il évita les siens. Il ne dit rien et les larmes de la jeune femme menacèrent de couler. Elle renifla discrètement, se haïssant de lui faire du mal. De leur faire du mal.
Sans qu'elle ne sache comment, elle se retrouva juste en face de lui. Il fixait un point sur sa droite, mais elle le sentit se crisper quand elle posa une main sur sa joue.
« T'es pas quelqu'un de fréquentable, tu te souviens ? », prononça-t-elle en essayant de sourire.
Il prit quelques secondes pour se composer un visage neutre avant de poser son regard sur elle.
« J'ai… »
Il fut interrompu par un coup de klaxon provenant de l'extérieur et il ferma les yeux frustrés. Elle ne bougea pas, attendant qu'il continue.
« On se voit lundi », dit-il finalement.
Elle déglutit difficilement et hocha presque imperceptiblement la tête.
« On se voit lundi ».
Elle réunit rapidement les quelques affaires qu'elle avait et disparut à travers le blizzard. Il ne bougea que quand l'écho de la porte d'entrée mourut dans le silence.
TBC….
