J'ai fini le chapitre suivant avant celui-là. Maintenant, la question est de savoir si je le scinde en deux ou pas. Il me faut déjà deux mille mots avant que Finn n'adresse la parole à Rachel. Vous en pensez quoi ? Un seul long chapitre, ou deux séparés ?
Pour l'instant, place à Tina. Ouf, ça a été dur de s'y mettre. Ou j'en étais, déjà ?
Ah. Oui. Merci pour le soutien et les commentaires !
Il ferma les yeux. Les rouvrit. Le soleil était toujours là. Il était toujours là. Toujours au même endroit. C'était toujours le matin. Le matin…
Il sauta hors du lit, se sentant un homme nouveau. Il se rua à la fenêtre, l'ouvrit, et laissa l'air frais le réveiller complètement.
« C'est une journée magnifique. » Cria-t-il dans l'infini.
Il baissa les yeux, et vit un homme en train d'enlever la neige avec une pelle.
« Bonjour ! Quel jour est-on ? Noël est-il passé ? »
« Non, Noël n'est pas passé. C'est aujourd'hui. »
Aujourd'hui. Il était encore temps. Le mariage n'avait lieu que l'après-midi.
Au fait, il était quelle heure ?
…
Il se retourna, et vit que midi allait bientôt sonner.
Un soupir de soulagement s'échappa de sa bouche.
Il sortit de sa chambre, et dégringola les escaliers. Il chantait presque.
Il n'était pas trop tard.
…
Il vit les pièces être rangées, et arrêta de chanter. Il s'avança vers son frère. Qui n'avait pas l'air heureux. Du tout.
« Artie ? Et le mariage ? » Il était inquiet à présent.
« Tu dois être content, Finn. Tu as enfin obtenu ce que tu voulais depuis le début. Tina a rompu nos fiançailles. Il n'y a pas de mariage. »
« Mais… pourquoi ? »
« A ton avis. »
« Ce qui s'est passé avec Brittany ? »
Artie fit oui de la tête.
« Non. Vous ne pouvez pas rompre. Vous êtes faits pour être ensemble. Tu vas être très malheureux si tu restes tout seul. »
« T'es vraiment un con, avec ton ironie et ton sarcasme. »
« Je ne suis pas ironique, Artie. Je suis très sérieux. Ou est Tina ? »
« Le Capitaine est en train de l'emmener à l'aéroport en compagnie des demoiselles d'honneur. C'est terminé. »
« Non, non, non. Ce n'est pas terminé tant que je n'ai pas dit que c'est terminé. »
Il ne laissa pas le temps à son frère de répondre. Il tourna les talons, et se rua dehors.
…
Il vit la voiture s'en aller, sur le chemin, au loin. Il essaya de les appeler, mais ils étaient déjà hors de portée. Il fallait absolument les rattraper.
Aucune des voitures des invités n'était utilisable. La neige était tellement tombée qu'elle avait tout enseveli. Des gens faisaient ce qu'ils pouvaient. Ils avaient tous de la neige jusqu'au mi mollets. Aucune voiture ne démarrerait dans ses conditions, avec autant de neige fraiche et poudreuse sur la route. Il n'avait pas le temps d'utiliser une pelle. Il n'avait pas le temps de faire grand-chose. Quand soudain.
Eureka.
Il y avait ici une voiture qui n'avait pas passé la nuit dehors. Celle de son oncle. Qui avait dormi au garage ces deux dernières années. Il fonça vers sa destination, espérant qu'elle démarre. Et qu'il y avait de l'essence dans le réservoir. Son oncle sortait rarement sans un réservoir plein, mais après deux ans, il ne savait pas si la batterie tiendrait toujours.
Il entra dans le garage et enleva la bâche qui couvrait la voiture. C'était un ancien modèle, mais réputé increvable. Il prit les clés sur l'établi, là où son oncle les laissait toujours, s'assit au volant, et mit les gaz. La porte vitrée qui séparait le garage de l'extérieur vola en éclats.
…
Il n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Et avait largement les moyens de réparer. Alors qu'il appuyait sur la pédale de l'accélérateur, il n'avait qu'une seule chose en tête. Rejoindre la voiture, qui descendait la petite route en lacets jusqu'à la grille d'entrée du domaine. Il chercha la ceinture de sécurité, avant de se souvenir que son oncle l'avait fait enlever. Comment, pourquoi, il ne savait pas. Il n'y avait pas de ceinture, et il n'était pas rassuré.
Il alla tout droit. La neige ne freinait pas sa route, elle l'empêchait juste de voir sur quoi sa trajectoire rectiligne au possible le faisait rebondir. Il était en train de rattraper la jeep noire qui continuait tranquillement sa route. Peu importe s'il n'y ait plus de liquide de frein. Euh… plus de liquide de frein ?
…
Il ne pourrait pas s'arrêter. Et la fin des lacets arrivait. La bonne nouvelle, c'était qu'il arriverait en premier. La mauvaise, c'est qu'il devait sauter en marche, sous peine, en restant passager, de se faire encore plus mal.
Il dépassa la voiture noire à l'avant dernier lacet. Il attendit encore un autre tournant, puis sauta dans la neige, à un endroit où il espérait que l'épais manteau amortirait sa chute, et laissa la voiture tomber dans le cours d'eau gelé qui parcourait les environs. Il n'avait pas toujours aimé habiter ici, mais aujourd'hui, à ce moment précis, il remercia son oncle d'avoir été si extravagant et d'avoir tellement de terrain autour de sa maison. Ce terrain l'avait aidé, peut-être, à sauver un mariage, voire plus.
Il voyait la voiture noire arriver à petite allure, et se plaça au milieu de la route. Il fit de grands signes de la main, mais dû s'écarter lorsque le Capitaine freina. Frêner dans la neige n'avait jamais été une très bonne idée.
…
« Je dois parler à Tina » Il cria, une fois la voiture à l'arrêt.
Le Capitaine se fâcha, et sortit de la voiture. « Jamais tu ne parleras à ma fille. Après tout ce que tu l… »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Finn lui avait décoché un crochet droit. Le Capitaine s'était retrouvé au sol, et dans les vapes. L'élément de surprise avait été son meilleur allié. Il avait au moins le champ libre. Par réflexe, il s'empara des clés, et s'approcha de la voiture.
…
Tina était sortie de la voiture avant qu'il puisse régir. Il se contenta de verrouiller les portes, laissant les trois demoiselles d'honneur enfermées dans la voiture sur la banquette arrière.
« Tina. » Il s'approcha d'elle.
« Ne me touche pas. » La colère s'entendait dans sa voix.
Il était concentré sur sa future, il espérait, belle-sœur. Il ne vit pas la fenêtre arrière légèrement s'entrouvrir.
« Écoute-moi. Ok. Je suis désolé d'avoir détruit ta pièce montée. Je suis désolé d'avoir touché les seins de ta mère. Je suis désolé d'avoir mis ton père K.O. à l'instant. En gros, je suis désolé d'avoir ruiné ton mariage. Ayant dit ça, je t'implore, je te supplie, ne t'en vas pas. » Elle le regardait, les yeux ronds, incrédule. « Ce que tu partages avec Artie, c'est tellement puissant, tellement grand, que tu ne peux pas laisser tomber maintenant. »
« Laisser tomber ? Il m'a trompée ! »
« Remets-toi en ! Ça s'est passé il y a des années. Avec une amie à toi qui était plus que volatile. Une amie, d'ailleurs, avec qui tu n'es même pas fâchée. Tu n'es pas fâchée parce que tu sais au fond de toi que ça n'a aucune importance. Tu aimes tellement Artie que tu lui as pardonné à la seconde où tu as appris ce qu'il avait fait. Et c'est ça qui te fait peur. Que tu puisses lui pardonner si facilement. »
« Tu n'as aucune idée de ce que je ressens. Aucune idée de ce que ça m'a fait. »
« Si, justement. Je me suis trouvé à ta place. Et ça m'a foutu la pétoche de ma vie. Et si elle me blessait ? Et si elle me quittait ? Et si elle mourait ? Je n'aurais pas pu vivre sans elle. Alors j'ai décidé de partir le premier. De limiter les dégâts. Avant qu'elle me brise le cœur. Et devine quoi. C'était la plus grosse erreur de toute ma vie. Quelque chose que j'ai regretté tous les jours. Et je te vois, là, sur le point de faire la même grosse erreur, et je ne peux pas rester planté là et ne rien faire. Aimer, c'est aussi un risque. Prends le, Tina. Je ne l'ai pas fait. Et regarde-moi. »
Il s'arrêta un instant.
« Je suis un pantin sans attaches. Un playboy sans cœur. Un fantôme parmi les vivants. »
« Ça ne veut pas dire que tu ne seras jamais blessée. Mais une chose est sûre. Toute la peine et la douleur que tu peux ressentir ne sera jamais comparable avec le regret que tu éprouveras dans tout ton être si tu choisis de fuir, et de ne pas aimer. Crois-moi. J'ai ressenti tellement des deux, je sais de quoi je parle. Je choisirais sans hésiter toute la peine du monde, si ça pouvait m'épargner le regret. Sans hésiter. C'est pour ça que tu ne peux pas fuir. Tu dois rester. Et aimer. »
« Je ne peux pas croire que je suis sur le point de dire ça, mais, il se peut que tu aies raison. » Tina avait une larme, coulant doucement sur sa joue.
« Alors, Tina, veux tu te marier ? »
« Oui. »
Pour la première fois, Tina pris son futur beau-frère dans ses bras. Artie lui avait parlé de ce grand frère, celui d'avant. Jusqu'à maintenant, elle avait toujours cru que c'était un mythe. Elle avait eu tort.
Elle fut ramenée à la réalité lorsque des manifestations de joie se firent entendre de l'intérieur de la vouture.
…
Ils réveillèrent le Capitaine, et le forcèrent à monter à l'arrière avec les demoiselles d'honneur. Finn prit alors le volant, et remonta le chemin, impatient de revoir son frère.
…
Artie n'avait pas bougé, depuis qu'il avait vu Finn courir dehors et l'avait suivi. Il l'avait vu la baie vitrée du garage exploser. Il avait vu Finn partir comme un dingue, pour essayer de sauver le futur. Il n'avait pas réussi à faire bouger un seul muscle de son corps. Il attendait son frère avec impatience. Il attendait les nouvelles de sa vie.
Son cœur s'arrêta lorsqu'il vit la jeep noire remonter les derniers lacets en arrivant à la maison. Finn était au volant. Mais surtout, il n'était pas seul. Il n'était pas seul.
…
Finn s'arrêta sur la terrasse, après avoir pris la rampe, sur le côté est de la maison. Il n'avait pas encore coupé le contact que la porte passager était déjà ouverte. Tina avait déjà sauté hors de la voiture, et avait déjà couru vers Artie.
Il eut juste le temps de tourner la tête. Tina avait sauté dans les bras de son frère, et l'embrassait passionnément.
…
Un peu plus tard, toute la maison s'agitait. Le mariage était à nouveau d'actualité, et les dernières préparations et vérifications étaient effectuées de main de maitre par Rachel.
Son frère lui avait demandé, et il avait accepté avec enthousiasme, d'être le photographe de l'événement.
Jusqu'à l'heure fatidique, il fit très attention à ne pas gêner, ne rien déranger, et ne pas bouleverser les choses plus qu'il ne l'avait déjà fait. Au lieu de ça, il partageait son temps entre les multiples photos qu'il faisait des invités et des situations, et regarder Rachel travailler. Il était envouté. Il avait come l'impression de s'être perdu. Il venait de se retrouver.
Il était heureux d'être là. Pour son frère. Pour Tina. Pour Rachel. Pour tous.
…
La cérémonie fut magnifique.
Le Capitaine, dans son uniforme d'apparat, mena Tina à l'autel.
Artie attendait là, le bonheur émanant de son être, d'être joint pour la vie à la femme qu'il aimait.
Finn prit des photos de tout. Des petites filles aux fleurs. De Tina et son père. De Tina et Artie. Du premier baiser des mariés. Et de Rachel. Surtout d'elle. Jusqu'à ce qu'un mouvement de tête lui fasse comprendre qu'il avait autre chose à immortaliser. Il n'était pas d'accord. A ses yeux, elle était un sujet parfait.
…
Le dîner arriva. Après un toast du Capitaine, souvenir d'une de ses missions, qui, s'il avait duré quelques minutes de plus aurait coupé l'appétit à toute l'assemblée, ce fut au tour de Finn de parler. Il avait retrouvé dans sa veste, pendant qu'il se changeait, le toast qu'il avait écrit la veille. Il le déchira. Il n'en aurait plus besoin. Il ne savait pas exactement quoi dire, mais il savait qu'il s'en sortirait.
« Ok. C'est à mon tour. Je n'ai jamais fait de toast pour un mariage. Je n'étais jamais allé à un mariage. » Il s'interrompit quelques secondes. « On m'a dit un jour, que le pouvoir dans toute relation amoureuse revenait à celui qui aimait le moins. Il avait raison. Sauf que le pouvoir n'apporte pas le bonheur. Le bonheur, c'est d'aimer plus. Comme mon petit frère Artie. Artie, il adore tout le monde. » Il se tourna vers son frère. « Et tout le monde t'adore. » Puis regarda sa belle-sœur. « Tina, nos parents t'auraient adorée. Bienvenue dans la famille. A Tina et Artie ! »
On l'applaudit.
…
A la fin du repas, on apporta ce qui restait du gâteau. Rachel avait fait un travail admirable.
« Ce gâteau est superbe, Rachel. Tu devrais remercier Finn pour l'avoir démoli. » Tina plaisanta, à voix basse, s'adressant à l'intéressée, assise à côté d'elle, et au faiseur de trouble, de l'autre côté de son mari. Elle n'était plus fâchée. Elle était juste heureuse.
Tous rigolèrent.
Le gâteau, après tout ce qu'il lui était arrivé, n'avais jamais perdu de sa valeur gustative. Il avait été, et était resté, délicieux.
…
La fête était là. Elle battait son plein.
La musique sortait, claire, des enceintes. On l'entendait dans toute la maison.
A la requête de Tina, Rachel avait chaté la première chanson.
Son interprétation de Tonight avait ému toute l'audience. Les quelques personnes présentes, ce soir-là, lorsque le couple se rencontra, en avaient les larmes aux yeux. West Side Story avait changé leurs destins. Et, ce soir, avait permis aux jeunes mariés d'entamer leur première danse.
…
Finn avait été abordé par une jeune célibataire ayant entendu parler de sa réputation. Il déclina poliment. Cette partie de sa vie était officiellement terminée.
A la place, il dansait avec tout le monde, prenait des photos, rigolait avec ceux qu'il venait de rencontrer. La soirée se passait à merveille. Il avait juste une dernière chose à faire. Ce soir.
Il regarda Rachel, et a vit s'amuser come il avait pu la voir jadis. Insouciante, souriante, avec ce brin de folie qu'il avait toujours aimé. Tout allait bien.
Plus rien ne pouvait venir gâcher la fête.
