Chapitre 12 ! J'avais hâte de le poster celui là car c'est un gros morceau, pas forcément en terme de longueur (comparé à d'autres de mes chapitres c'est pas le plus long) mais coté action et ambiance. Très lourd, très sombre et très violent, je préfère prévenir les âmes sensibles, les licornes roses ont déserté ce monde, fuyez !
Après la mort de Tyreese encore toute fraîche, attendez vous à deux autres morts dans le clan de Rick (non parce qu'en tout il y a juste 11 morts dans ce chapitre, ca va... Et après on dit que je suis excessive, je vous jure...)
Donc bonne lecture et désolée...
Chap 12
Bets
Le soleil se leva enfin sur cette nuit interminable. Mais ce matin là, les lueurs de l'aube tant attendues n'apportèrent aucun espoir aux quelques survivants.
Ce n'était l'heure que du deuil et du désespoir. Ils avaient déjà perdu bien des amis ou des proches avant et les questions existentielles qu'ils se posaient tous ce matin là, étaient les mêmes qu'à chaque fois. Ils savaient aussi que dans le monde où ils vivaient, c'était quelque chose qui se répéterait encore, et encore jusqu'à ce que le dernier d'entre eux pousse son dernier soupir.
Mais aujourd'hui, c'était différent. Pour la première fois depuis le début de leur lutte effrénée pour la survie, ils sentaient qu'ils étaient en voie d'extinction. Si peu nombreux que ceux qui restaient ne parviendraient jamais à s'en sortir dans des situations où ils avaient déjà eu du mal en étant plus d'une douzaine. Ils sentaient la fin du groupe arriver inexorablement. Ils savaient que le temps qu'il leur restait à passer sur Terre s'écourtait davantage à chaque fois que l'un deux disparaissait. Cette nuit encore, ils avaient vu s'envoler une très grande partie de ce temps.
Daryl sortit du centre et plissa ses yeux fatigués et boursouflés pour s'adapter à cette nouvelle clarté. Tout en sortant une cigarette de sa poche, il maudit le soleil qui avait l'impunité de se montrer, comme tous les matins, comme si tout allait bien et que rien d'important ne s'était passé. Comme si leur existence, déjà fragile, ne venait pas d'être détruite.
Quant à Daryl, son monde à lui venait d'exploser et il n'aurait presque pas été étonné si tous les astres avaient changé de place pendant la nuit.
Mais c'était comme ça, les humains mouraient et le monde continuait de tourner comme si de rien n'était, insensible à leur mort.
Il avait déjà trop pleuré et n'avait plus de larmes à verser sur les trois tombes creusées au pied du jacaranda du jardin. Il se contenta de les regarder en tirant sur sa cigarette. Il resta là de longues minutes, ressassant sans cesse tous les moments passés ensemble et ce qu'il aurait pu faire pour les sauver. La culpabilité qui le rongeait le tuerait sûrement à petit feu, avant que ce monde ne s'en charge.
- On se voit bientôt, murmura-t-il avant de s'éloigner en jetant sa cigarette.
- Il ne peut rien m'arriver dans cette pièce... Il ne peut rien m'arriver dans cette pièce... se répétait inlassablement Beth en chuchotant, recroquevillée contre le mur près de la porte, les mains crispées autour du manche de la hache.
La jeune fille était dans un état de panique total, incapable de parvenir à contrôler son souffle et les battements effrénés de son cœur, malgré tous ses efforts pour tenter de se calmer et réussir à réfléchir.
Beth avait d'abord entendu deux cris alors qu'elle chantait une berceuse à Judith qui s'endormait doucement dans ses bras. Son instinct se réveilla aussitôt et elle sut que quelque chose n'allait pas.
Après une longue hésitation, elle entrebâilla la porte de quelques centimètres à peine et jeta un coup d'œil dans le couloir lorsqu'elle vit Rick surgir à toute allure, suivi par tous les autres.
Ils la dépassèrent sans même remarquer l'œil curieux qui les observaient.
Mais Beth, elle, eut le temps de voir la peur et la panique sur leurs visages.
Oui, quelque chose de grave était arrivé et pour qu'ils se précipitent ainsi avec leurs armes dégainées, c'est que les problèmes ne faisaient que commencer.
C'est à ce moment là qu'elle commença à paniquer. Ses mains tremblantes refermèrent doucement la porte et elle resta là, figée, tétanisée par la peur.
Elle vit la hache, posée contre son lit de fortune, et envisagea de se joindre au combat. Après tout, avant d'être enlevée, Beth était une fille forte et courageuse qui se vantait de ne pas avoir peur, ni des morts, ni des vivants, et encore moins de l'avenir.
Mais après le traumatisme vécu ces deux derniers mois, elle ignorait si elle pouvait encore être cette fille là.
Elle le voulait pourtant, pour Maggie, pour Glenn et pour ses parents. Elle voulait être cette Beth là, qui avait choisi de vivre et de se battre pour, mettant derrière elle ses moments de doutes qui l'avaient poussée à tester ses limites face à sa propre mort, dans la ferme de son père.
Alors elle se leva, chancelante et alla saisir la hache.
Elle revint près de la porte et, la main sur la poignée, elle tâcha de respirer doucement, de vider son esprit avant de se jeter vers ce qui l'attendrait en bas. Ils avaient besoin d'elle.
Mais lorsqu'un coup de feu et des cris retentirent, tout élan de courage l'abandonna et Beth se laissa doucement glisser contre la porte en sanglotant.
Ligotée sur une chaise, assise à gauche de Maggie, Angie encaissa un nouveau coup de Landa au visage. Sa tête tangua d'un côté puis de l'autre, étourdie. Elle tentait de ne pas perdre la face mais sa pommette ouverte lui faisait un mal de chien, la douleur lancinante lui remontant jusque dans l'œil et elle sentait le sang chaud, qui sortait de son nez, couler sur ses lèvres et dans sa bouche. Elle sentit son goût métallique se répandre dans sa gorge, déglutissant par réflexe.
Pendant quelques secondes elle n'entendit rien d'autre qu'un sifflement strident dans ses oreilles puis les sons revinrent peu à peu, comme sortant d'un épais brouillard, lui rappelant dans quel cauchemar ils se trouvaient tous et ainsi que les horreurs qui se déroulaient autour d'elle.
La voix lointaine et presque inaudible de Landa lui parvenait enfin. Il s'adressait à elle, mais elle ne le comprenait pas, et n'en avait ni la force ni l'envie.
Le souffle haletant de Maggie, tout près d'elle, lui parvint ensuite. La jeune femme fixait ses pieds, quand elle ne fermait pas les yeux le plus fort possible, comme pour faire abstraction des bruits autour d'elle, incapable de se couvrir les oreilles.
Puis Angie distingua à nouveau le bruit régulier et traumatisant de la table qui cognait dans le mur, juste derrière elle, poussée encore et encore par les coups de reins brutaux de celui qui se prénommait Raine. Sasha avait cessé de crier et de se débattre et elle subissait son calvaire en se mordant l'intérieur des joues, priant d'avoir la force nécessaire pour ne pas donner la satisfaction à son agresseur de lire la terreur qu'il lui inspirait. Pour que tout ça soit bientôt fini aussi, d'une façon où d'une autre.
Landa passa sa main, engourdie par les coups, dans sa barbe, las de ne parvenir à rien dans son interrogatoire, malgré le fait qu'il y mette les moyens.
Il se pencha face à Angie. La jeune fille tremblait comme une feuille et évita son regard, gardant ses yeux fixés sur le sol. Elle ne voulait pas le voir, figée par cette peur primale que l'on a, enfant, caché sous les draps, persuadé qu'un horrible fantôme se tient au pied du lit en nous fixant. Elle ne pouvait pas lever les yeux. Si elle le regardait, tout deviendrait encore plus réel et elle n'était pas sûre de pouvoir le supporter.
Landa lui avait demandé où était le vaccin, mais elle n'avait pas pu répondre, alors Raine s'en était pris à Sasha, sous les ordres de son leader, menaçant Maggie d'être la suivante.
- Ta copine sera la prochaine, Raine n'est jamais fatigué, lui dit Landa. Puis je tuerai tous tes amis, un par un devant toi, en gardant ta sœur et ton copain pour la fin. Alors dis-moi où est ce vaccin ?
Angie murmura quelque chose d'inaudible et Landa s'approcha plus près, la main derrière l'oreille.
- Pardon ?
La jeune fille releva la tête et lui toussa une gerbe de sang au visage.
Il recula en jurant, leva la main pour la frapper encore. Angie se crispa mais il arrêta son geste et éclata de rire.
- Je vois, dit-il. Peut-être que je devrais demander directement à ta sœur, elle avait l'air d'être plus bavarde que toi sur le sujet.
- Faites donc ça, souffla-t-elle.
Il se tourna vers Maggie, contrarié de ne pas réussir à atteindre la rouquine.
- Et toi, ma jolie ? Tu n'aurais pas envie de parler, à tout hasard ?
Mais elle l'ignora, se mordant les lèvres et continua à fixer ses pieds. Landa soupira.
- S'il vous plaît, supplia finalement Angie à bout de nerfs. Dites à votre homme d'arrêter et je vous dirai tout ce que vous voulez savoir.
- Il arrêtera si tu parles.
La française se pinça les lèvres. Elle savait que dès qu'elle aurait donné suffisamment de renseignements à Landa, il les tueraient tous. En tout cas, il la tuerait elle, c'était certain, mais elle ne voyait plus d'autre issue. Le supplice de Sasha était insoutenable et elle ne pouvait plus le supporter. Peu importe les conséquences que ça pourrait engendrer, il fallait que ça s'arrête et il ne lui restait plus qu'une seule option. Aussi folle soit elle.
- Épargnez-les et je vous dis où trouver le vaccin.
Landa leva une main et Raine stoppa immédiatement sa besogne dans un soupir frustré, relâchant Sasha qui s'écroula aux pieds de la table. Puis il reporta son attention sur Angie.
Le cœur de la jeune fille battait si fort dans sa poitrine qu'il semblait prêt à lui briser les côtes qui ne l'étaient pas déjà. Tout allait se jouer sur un coup de poker et elle devait se reprendre, sa voix ne pouvait pas se mettre à trembler maintenant, même si elle ne croyait absolument pas en ce qu'elle allait dire.
- Je ne suis pas immunisée et je ne vous suis d'aucune utilité. Mais le scientifique qui a créé ce vaccin s'est tiré avec. Il ne reste qu'un seul échantillon, caché dans ce bâtiment, et je suis la seule à savoir où il est, mentit-elle. Je le lui ai volé, pour me le garder.
Landa la considéra en silence, la sondant du regard pour dénouer le vrai du faux dans ses paroles. Alors comme ça, c'était Berckman qui avait créé le vaccin. Ca ne pouvait être que lui. Il savait qu'il était docteur mais il s'était bien gardé de lui préciser qu'il était un spécialiste et qui plus est, avec autant de potentiel.
- Le sale fils de pute...Où ?
Angie secoua la tête en riant.
- Non. Si vous le voulez, c'est à mes conditions. Juste vous et moi, et je vous montre.
- Hors de question.
- Allez quoi, Landa ? C'est ça ou vous me collez une balle dans la tête maintenant car je ne parlerai pas plus et vous ne retrouverez jamais Berckman. Alors, allez-vous laisser passer la chance d'être immunisé parce que vous avez peur de vous retrouver seul avec une femme désarmée ?
Jackson Landa lâcha un petit rire moqueur, mais admiratif. Il hocha la tête en se mordant les lèvres puis il fit un signe à Raine et Archie.
- Détachez la.
L'effroi et la surprise que le reste du groupe avait ressentis au début, avaient fini par se muer en colère et en désir de vengeance, après de longues heures, enfermés sous étroite surveillance.
Rick, comme ses compagnons, avait eu le temps de reprendre ses esprits et n'avait maintenant rien d'autre à faire que réfléchir et observer ces hommes. Il devait trouver leur point faible car ils en avaient forcément un.
Leurs invités non désirés les avaient tous conduits dans une pièce, sous la menace de leurs propres armes. Ils les avaient fait asseoir en leur interdisant de parler entre eux et ils y veillèrent. Mais c'était mal connaître le groupe de Rick Grimes.
Après toutes les épreuves qu'ils avaient traversées ensemble, les liens qu'ils avaient créés étaient si forts qu'ils n'avaient même plus besoin de parler pour savoir ce que pensaient les uns et les autres. Si bien que lorsque Carol, avant de s'asseoir juste derrière son leader, lui jeta un regard déterminé accompagné d'un signe de tête, il comprit que la contre-attaque était déjà en marche et qu'il était temps de se ressaisir.
Rick regarda Glenn. Le jeune coréen était assis contre le mur, les genoux repliés contre sa poitrine et ses mains jointes devant ses lèvres. Son regard trahissait encore la douleur causée par le décès de Tyreese et l'angoisse qui le rongeait de savoir Maggie entre les mains de ces hommes là. Et lorsque des cris déchirants avaient retentis, il avait fermé les yeux et maudit son égoïsme à prier pour que ce ne soit pas les hurlements de sa femme.
Carl était assis contre le mur d'en face et ne quittait pas son père des yeux, captant et analysant le moindre de ses mouvements, prêt à réagir.
Daryl, Michonne et Anna étaient regroupés juste derrière Rick et Carol.
Cette dernière jeta un regard autour d'elle. Leurs geôliers ne les quittaient pas des yeux mais la position qu'elle avait adoptée dans la pièce la dissimulait suffisamment. Quelques minutes après que les dénommés Vega et Wallace aient pris leur deuxième tour de garde auprès d'eux, elle entreprit la longue et périlleuse tâche qui consistait à récupérer le couteau qu'elle avait caché dans les bandages de son bras amputé et ce, le plus doucement et lentement possible pour ne pas attirer l'attention. L'angle qu'elle avait par rapport à eux était parfait mais le moindre geste suspect pourrait lui coûter la vie, ou pire, celle d'un d'un membre de sa famille.
Il lui fallut plus de quarante cinq minutes pour dérouler les bandes, sortir le couteau, le cacher par terre sous sa jambe et refaire son pansement, malgré la douleur encore vive de sa plaie.
Lorsque Bill et Budd vinrent relever leurs acolytes, Carol profita d'une seconde d'inattention pour glisser discrètement le couteau sous la chemise de Rick. Le leader sentit la lame froide glisser sur sa peau mais il ne cilla pas, comprenant immédiatement la démarche de son amie.
Sur les côtés, Glenn et Carl, qui avaient vu les manigances de Carol, se tenaient prêts.
Vega et Wallace sortirent de la pièce après avoir échangé quelques mots avec les deux autres. et Lorsqu'elle fut certaine qu'ils étaient partis assez loin, Carol brisa le silence.
- C'est de ta faute tout ça, siffla-t-elle à Rick.
Il se tourna vers elle et la dévisagea.
- Quoi ?
- On se tait si on veut garder sa langue, menaça Bill.
Mais Carol l'ignora.
- Si tu nous avais écoutés, si on était partis d'ici quand il était encore temps, Tyreese serait peut-être toujours en vie. C'est ta faute s'il est mort, Rick !
- La ferme ! répéta Bill plus fort.
- Et maintenant on va tous se faire tuer !
Elle sauta sur le shérif et de la seule main qui lui restait, elle le gifla de toutes ses forces mais avant qu'il ne la repousse, Budd arriva sur elle en une enjambée et lui donna un coup de pied à la poitrine qui la rejeta en arrière. Il braqua son fusil sur elle, se tenant à présent entre elle et Rick.
- Et toi tu vas être la première à crever, si tu fermes pas ta grande gueule, chérie !
C'était le moment, il n'y avait plus qu'à espérer que ses compagnons soient assez réactifs pour saisir l'occasion et neutraliser les deux hommes. Alors Rick glissa la main à l'arrière de son pantalon, tira le couteau et en une seconde, détendant ses jambes, il sauta sur Budd en lui enfonçant la lame dans le cou, jusqu'à la garde.
Quasiment au même moment, Glenn se jeta sur Bill et le percuta de tout son poids. Empêtré dans la lanière de son fusil, ce dernier n'eut pas le temps de tirer sur le jeune homme et tomba lourdement sur le sol. Glenn le frappa plusieurs fois et, sonné, son adversaire resta au tapis.
Rick retira le couteau de la gorge de Budd et une grande gerbe de sang clair arrosa son visage et le mur d'en face. L'homme s'écroula droit comme un « i » à ses pieds. Puis le leader se tourna vers Bill et lui planta la lame dans le crâne d'un geste sec qui trahissait sa haine, sa soif de vengeance et sa détermination.
- Bien joué, lança-t-il à Carol qui lui répondit par un hochement de tête, pâle de douleur.
De son côté, Angie aussi misait tout sur un pari plus que risqué et hasardeux avec Jackson Landa. en lui promettant de lui délivrer un exemplaire du vaccin sur le champs.
En réalité, elle le menait vers tout autre chose car affaiblie par l'accident, avec une côte cassée et de multiples blessures, elle savait qu'elle ne serait pas de taille à lutter seule et elle ne voyait plus qu'une personne pour cela. Une personne qui, de surcroît, avait encore une arme avec elle.
Dans le jardin, il leur avait dit, à Anna et à elle, qu'il savait qu'ils étaient onze et Angie avait beau recompter encore et encore dans sa tête, sans Judith et Berckman, ils étaient bien douze.
Rick, Anna, Michonne, Glenn, Maggie, Carol, Daryl, Sasha, Tyreese, Carl, Beth et elle.
Douze.
Landa s'était-il trompé ? Angie avait du mal à le croire. Cet homme était un prédateur, méthodique et précis. Il n'était pas du genre à commettre ce genre d'erreur. Qu'il ait dit onze en ayant voulu dire douze était également peu probable. Si jamais il avait su leur véritable nombre, il aurait fouillé le reste du bâtiment à la recherche de Beth. Enfin, si Landa ignorait son existence, c'est qu'il ne pouvait pas être son kidnappeur.
Angie essayait de rester le plus objective possible mais aucune autre conclusion ne tenait la route. Jackson Landa n'était pas l'auteur de ces expériences mais elle devait en être sûre et le moment était bien choisi pour le questionner un peu.
Il la poussa dans le couloir, son arme braquée sur elle et referma la porte derrière lui.
- Mains sur la tête, ordonna-t-il. Et pas de gestes désespérés.
Angie s'exécuta et le précéda dans le long hall sombre.
- Comment je peux savoir si vous tiendrez votre promesse ? demanda-t-elle.
Landa sourit.
- Tu ne peux pas... Il va falloir me croire sur parole : le vaccin et ta vie, contre celle de tes amis et de ta sœur.
Angie sentit son corps se raidir et les battements de son cœur s'accélérèrent.
Elle était sûre à quatre-vingt dix pour cent que quoi qu'elle fasse, cette nuit serait sa dernière et que la seule chose qu'elle pouvait encore faire était de s'assurer que Landa tiendrait parole. Même si elle devait le tuer pour en être certaine.
Ce type d'homme n'était pas celui qui tenait ses promesses, surtout quand celles-ci impliquaient de laisser en vie un groupe animé par la vengeance.
- Ça va être difficile, soupira-t-elle. Vous nous avez menti sur tout et dès le début.
- Quand ai-je menti ? s'offusqua-t-il.
- Il y a un an, quand vous nous avez gracieusement offert à dîner. En vérité, le seul repas chaud que vous vouliez nous servir c'était vos queues !
Landa éclata de rire.
- Tu parles comme un homme, petite fille.
- Et tout à l'heure, dans l'entrée, enchaîna Angie. Vous avez dit que nous avoir retrouvées était un concours de circonstances. Ca aussi, c'était un mensonge. Vous n'auriez jamais pu nous retrouver par hasard, un an après, trois états plus au sud, c'est impossible.
- Tu ne sais rien...
Elle sentit un brin d'agressivité dans sa voix et décida de l'exploiter davantage.
- Oui, vous êtes un menteur, mais un menteur pas si doué. Là où vous excellez, par contre, c'est bien dans la lâcheté. Vos hommes font le sale boulot à votre place, même violer de pauvres filles perdues. C'est pathétique.
Furieux, il l'attrapa par le col, la tourna vers lui et la plaqua violemment contre le mur le plus proche, mais Angie ne cilla pas. Elle était pourtant morte de peur intérieurement et se serait volontiers évanouie. Mais il était hors de question qu'il ne le perçoive.
Elle lui avait déjà trop montré la terreur qu'il lui inspirait.
- Tu veux tout savoir ? Très bien ! Je sais qu'il y a un groupe ici depuis seulement trois jours et devines quoi ? Il semblerait que le petit oiseau qui m'a lâché le morceau soit un ami commun. Il vous a visiblement trahis et abandonnés, à la dernière minute ! Quant au fait que vous soyez là, toi et ta frangine, les bouffeuses de grenouilles, c'est un heureux signe du hasard par lequel le destin nous montre que toi et moi, on n'en avait pas encore fini.
- Prouvez le moi, siffla-t-elle. Dites son nom.
Landa perdit subitement son air agressif et dévisagea Angie, sondant son regard pour y capter quelque chose.
- Tu veux le tuer, pas vrai ?
Il la lâcha et la toisa avec un air presque admiratif.
La rage de cette jeune femme lui plaisait terriblement. La noirceur qu'il lisait dans ses yeux, ce côté sombre qu'elle avait dans le regard et qu'il n'avait pas détecté lors de leur première rencontre l'attirait.
Il était un peu fier, il devait l'admettre, d'avoir contribué, par sa violence à l'évolution d'Angie. Elle était, au final, un peu sa création. Et soudain, l'éliminer n'était plus si intéressant.
La rallier à ses cotés, par contre, serait bien plus jouissif.
Elle n'avait plus de limite, ce qui la rendait particulièrement dangereuse et il adorait ça. Il aimait le défi que cela pourrait-être de la mâter, bien plus que la satisfaction éphémère de l'abattre.
Angie, elle, se sentait comme au bord du gouffre de la vérité, enfin sur le point d'avoir la preuve dont elle avait besoin pour faire tomber le docteur, suspendue aux lèvres de Landa.
- Dites son nom, répéta-t-elle.
- Tu veux tuer Aaron Berckman.
Le scientifique tira délicatement les échantillons de ses cultures hors de la glacière et les posa sur la table, priant pour que le système de réfrigération précaire qu'il avait dû adopter, le temps du voyage jusqu'à son ancien hôpital, n'ait pas endommagé le fruit de son labeur.
Son cœur se mit à battre la chamade, sur le point de découvrir s'il avait réussi son pari.
Berckman alluma les deux batteries qui alimentaient son petit générateur électrique. C'était peu, mais suffisant pour faire fonctionner son microscope haute technologie pendant au moins une heure, ce qui lui laissait largement assez de temps.
Les batteries crachotèrent au démarrage mais ne lui firent pas faux bond. Il brancha son microscope, puis y connecta son ordinateur portable. Lorsqu'il passa la première lamelle sous la lentille, il resta figé devant ce qu'il découvrait à l'écran.
C'était inimaginable et au-delà de toutes ses espérances.
Le sang d'Anna était complètement auto-suffisant. Non seulement il avait détruit le virus présent dans l'échantillon contaminé, mais les globules qui en étaient responsables s'étaient aussi reproduits spontanément pour faire face à la menace.
La culture de l'organisme humain qu'il avait sous les yeux était parfaitement sain.
Berckman s'empressa de tester un nouvel échantillon d'environnement biologique qu'il avait récolté sur un de ses nombreux sujets, et dans lequel il avait introduit le sang de la jeune française à l'état brut. Le résultat était était identique au précédent. Il en fut de même pour la culture suivante, et celle d'après toutes, jusqu'à la dernière.
C'était sans appel, le sang d'Anna était bien le vaccin.
Aaron tira aussitôt une seringue de son sac, prêt à s'auto-injecter un de ses précieux échantillons dans le bras. Mais le scientifique en lui, retint soudain son geste. C'était sa vie qui était en jeu, il ne pouvait prendre le risque de se contaminer avec une culture bâtarde. Il lui fallait le sang « pur », d'origine. Il devait rentrer au centre récupérer Anna, ou au moins, un peu de sa précieuse hémoglobine.
Certes c'était très risqué, après le passage de Jackson Landa qui leur aurait forcément parlé de lui, Tous les survivants, Anna la première, devaient l'attendre de pied ferme pour l'exécuter.
Mais Aaron était un homme de principes et il tenait absolument à faire payer Angie Rose, en plus du reste.
De plus, il avait maintenant besoin de cobayes humains pour ses tests sur des hôtes mordus. Il savait aussi que s'il ne les tuaient pas tous, le groupe de Rick Grimes le pourchasserait pour s'emparer du vaccin, ignorant totalement qu'ils l'avaient déjà sous la main.
Alors, maintenant que son travail était achevé, Aaron Berckman pouvait à nouveau endosser son rôle de tueur sanguinaire et commencer à faire le ménage.
Satisfait, il sortit un cigare de sa poche et l'alluma pour fêter sa victoire.
Rick entrouvrit doucement la porte et jeta un œil dans le couloir. La patrouille n'était pas en vue et aucun bruit ne venait étayer l'idée que quelqu'un ait entendu leur insurrection.
Michonne, Daryl et Anna s'affairaient à récupérer toutes les armes et munitions possibles sur les deux cadavres, les répartissant entre eux sept.
- Il en reste six, sans compter Landa, compta rapidement Anna en chargeant son Glock. Deux dans les couloirs, deux à l'entrée et les deux autres sont avec lui et les filles.
Rick se tourna vers elle et s'adressa à son groupe avec un plan d'attaque monté à la va-vite.
- On s'occupera d'eux en premier, on doit sortir les filles de là, c'est notre objectif prioritaire.
Puis il se tourna vers son fils et prit son visage entre ses mains.
- Carl, je sais que tu veux venir, mais j'ai besoin de quelqu'un pour rester avec Carol, tu veux bien faire ça pour moi ?
- Tu peux compter sur moi. Ramènes-les, Papa.
Le shérif serra son fils dans ses bras.
- Je vais revenir. Garde ton arme braquée sur cette porte, ok ?
- Ok.
Tout en étreignant Carl, Rick jeta un regard à Carol et celle-ci hocha la tête, lui faisant ainsi comprendre qu'il pouvait compter sur elle pour le garder en vie.
Ils finirent de s'armer, enlevèrent leurs chaussures pour se déplacer plus discrètement. Leur leader conclut les préparatifs en conseillant à ceux qui l'accompagnaient de rester groupés, étant donné leur faible puissance de feu.
Mais avant qu'ils ne partent, Carol interpella Daryl.
- Fais attention à toi, Pookie.
Il lui lança regard confiant et attrapa sa main avant de s'éclipser.
- Toi aussi.
- C'est encore loin ? s'impatienta Landa en soupirant.
- Pourquoi, vous avez mal aux pieds ? lui rétorqua Angie d'un ton ironique en tournant la tête pour mieux apprécier sa réaction.
- Estimes-toi heureuse que je demande gentiment, répondit-il en secouant son arme devant son visage. J'ai l'impression que tu tournes en rond.
- C'est bien caché, c'est tout.
Tout ça serait bientôt fini, d'une manière ou d'une autre, et Angie avait hâte. Cette horrible nuit ne semblait plus avoir de fin et chaque seconde qui passait lui rappelait douloureusement qu'elle ne verrait sûrement pas l'aube. Il y aurait forcément des vies à sacrifier pour s'en sortir, et ça valait aussi pour sauver la sienne. Aussi, elle tentait de gagner un maximum de temps pour tourner et retourner son plan dans sa tête, encore et encore.
La jeune fille s'empressa de dissimuler au mieux son stress et elle désigna les deux portes battantes devant elle.
- Dans le couloir qui suit, dernière la porte de gauche, indiqua-t-elle d'une voix assez forte.
Landa envisagea le chemin un instant, son petit rictus dédaigneux sur les lèvres, avant de se tourner vers elle.
- T'es pas en train de te foutre de moi au moins ? Y'a quoi là derrière, une dizaine de rôdeurs ?
Angie soutint son regard. Non, malheureusement, ce qu'elle lui réservait était bien moins impressionnant. Mais au moins, il ne risquait pas de s'y attendre. Ce qui laissait à la jeune femme une chance, même infime, de sauver la plupart de ses compagnons.
- A vous de le découvrir.
Il se rapprocha d'elle. Son regard avait soudain changé et était passé de la suspicion à une certaine admiration presque amusée.
Landa ricana et la dévisagea intensément, comme s'il essayait de lire en elle et l'idée qu'il y parvienne lui glaça le sang.
- As-tu encore peur de quelque chose, jeune fille ? demanda-t-il.
Déstabilisée par cette question piège, Angie baissa les yeux, cherchant une réponse qui lui ferait gagner un peu plus de temps.
Bien sûr qu'elle avait peur, et de presque tout dans ce monde. Peur de perdre les gens qui lui restaient, des rôdeurs, de Berckman, des étrangers et ce dont ils étaient capables, de la mort...
Peur de devenir comme Landa.
Toutes ces raisons la terrorisaient et la tourmentaient jusqu'à l'obsession, à chaque seconde. Mais survivre voulait dire les ignorer, les cacher, et elle n'avait pas d'autre choix que de survivre.
- Oui, j'ai peur, c'est ce que vous vouliez entendre ?
- Non.
Angie le regarda, surprise et commençait à être un peu perdue, ne comprenant plus où il voulait en venir. Tentait-il d'être un brin philosophe avant de l'abattre, là, maintenant, à présent qu'elle lui avait indiqué le chemin et qu'il n'avait plus besoin d'elle ? Ou avait-il mis le doigt sur une des nombreuses choses qu'elle voulait cacher ?
- Je sais qui tu es. Ce que tu tentes de ne pas être mais que tu ne peux pas renier.
Le cœur de la jeune fille se serra dans sa poitrine. Elle le sentait venir, ce moment où il allait percer à jour tous ses doutes et s'en servir contre elle. Les gens comme lui sentaient ce genre de choses. Rick l'avait senti aussi. Tous ceux qui avaient déjà tué sans remord connaissaient cette sensation, qui restait ancrée en eux et qui les laissaient marqués, aussi visiblement qu'une cicatrice en plein visage.
- Non ! cria-t-elle en reculant. Vous ne me connaissez pas ! Je sais ce que vous pensez, mais vous vous trompez !
- Tu es une tueuse née, ou si tu ne l'es pas encore, tu le seras très bientôt...
- Non !
Le souffle court, Angie recula contre les portes battantes alors qu'il tournait autour d'elle comme un félin qui aurait cerné sa proie.
- … Tu le sais déjà, tu le sens en toi. Dans peu de temps tu ne ressentiras plus rien pour les gens que tu affirmes aimer aujourd'hui et eux ne te comprendront plus...
- Taisez vous !
- … Ils te regarderont comme une étrangère...
Angie ferma les yeux en grimaçant pour résister à son venin.
Elle revoyait les regards d'Anna, Michonne et Daryl lorsqu'elle avait tenté de tuer Berckman.
- … Ils verront en toi une menace...
Elle serra les dents pour tenter de retenir ses larmes, épuisée de cette nuit et de cacher cette nature assassine qui montait en elle, mais en vain.
- … Et au final ce sera eux ou toi.
- S'il vous plaît, arrêtez... sanglota Angie en tendant une main devant elle comme pour empêcher ses mots de l'atteindre.
Elle se sentait mise à nue, exposée et vulnérable. Landa avait vu clair en elle, ce « passager noir » qu'elle essayait tant de combattre. Il avait aussi mis le doigt sur les tensions qui l'éloignaient de ses proches et il lui jetait cette vérité en pleine figure.
Angie savait. Elle comprenait bien, au fond, que son temps au sein du groupe était compté. Elle le savait depuis longtemps et sans qu'elle ne l'ait vraiment réalisé, c'est ce qui l'avait poussée à partir une première fois.
Tuer, elle ne pouvait plus s'en empêcher. Elle sentait qu'elle devait évoluer dans ce sens, que c'est ce qu'elle était censée devenir pour survivre et pour protéger les siens. Mais surtout, elle aimait ça. L'admettre, c'était plus dur, même si elle réalisait doucement que tout le reste n'était que prétexte.
Landa se posta face à elle et releva son visage du bout des doigts. Effondrée, elle n'eut pas le courage de le repousser.
- Tu as un don, petite, et tu ne dois laisser personne le brider car c'est ce qui te permettra de survivre. Il n'y a plus de loi, plus de police ni de gouvernement à qui rendre des comptes et personne sur cette terre n'est plus habilité à te juger. Tu aimes tuer ? Alors tue !
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Je ne vais pas tourner autour du pot. Sois je t'abats maintenant, je prends ce qui se trouve, ou pas, derrière ces portes et je massacre tous tes amis avant de partir...
- Ou...?
- Ou bien... Tu me remets le vaccin, tu rejoins mon équipe où tu seras traitée avec respect, j'y veillerai. Et je promets d'épargner ta sœur et tes amis.
Elle secoua la tête, évitant son regard, trop bouleversée par cette mise à nue et la proposition qui s'en suivait.
Landa jubilait intérieurement, il savait qu'il la tenait.
- Ma sœur... Rick... Je peux pas.
- Aux dernières nouvelles ta petite sœur adorée braquait un flingue sur ta tête. Et c'est juste le début. Ne te condamne pas pour ceux qui ont déjà commencé à te trahir. Et si tu me rejoins, je t'aiderai à tuer Aaron Berckman.
Angie leva ses yeux gonflés et rougis vers lui, le regard soudain beaucoup plus déterminé.
Puis elle lui lança un petit sourire plein de défi, à travers ses larmes.
- C'est d'accord.
Michonne, Anna et Daryl progressaient en file indienne silencieuse derrière Rick, leurs armes dégainées.
Anna trouvait ça étrange, connaissant sa sœur, qu'elle n'ait pas déjà massacré tous ses ennemis comme elle en avait pris l'habitude. Elle commençait même à se demander si cette dernière n'était pas déjà morte.
A sa surprise, cette éventualité ne l'attrista pas autant que le décès de Tyreese. Peut-être parce que lui ne risquait plus de s'en sortir miraculeusement. En ce qui concernait Angie, c'était toujours possible, malgré le fait qu'elle ait déjà passablement énervé ces hommes par le passé.
Cependant, Anna restait persuadée que de leur avoir révélé qu'elles étaient toutes les deux immunisées, restait leur meilleure chance de s'en tirer vivantes. Elle fronça les sourcils, persuadée qu'Angie ne serait jamais d'accord avec ça, retranchée dans sa folie et son ingratitude.
Si sa sœur venait à mourir cette nuit, Anna aurait certainement beaucoup de mal à s'en remettre mais elle ne pouvait pas nier que ça faciliterait grandement ses projets et elle se sentit coupable d'avoir de telles pensées. En revanche, perdre le vaccin serait beaucoup plus dur à assumer, d'autant plus maintenant que Tyreese avait perdu la vie. Anna avait fait entrer, Landa et ses hommes, et le colosse noir l'avait payé. Angie ne se gênerait pas pour lui mettre ça sur le dos, alors elle n'avait plus le choix.
Soudain, Rick leva la main au croisement entre deux couloirs et tous stoppèrent derrière lui.
Dans le silence nocturne, ils tendirent l'oreille et distinguèrent les voix de deux hommes.
Une légère odeur de cigarette indiquait qu'ils n'étaient pas loin et Anna pouvait même voir les rayons de la lune se matérialiser dans la fumée.
Le leader passa sa tête au delà du mur, jaugea d'un regard leur nombre et leur armement. Puis il fit un signe de la main à son équipe et les fit battre en retraite jusqu'à un comptoir d'accueil derrière lequel ils se réfugièrent.
- Ils ne sont que deux, à découvert, au moins trois armes à feu chacun. D'autres vont venir dès qu'on ouvrira le feu. On ne peut pas rester au milieu du couloir, on va les attirer ici.
Il leur adressa un petit signe de tête, sourcils arqués, leur demandant du regard leur approbation pour s'engager dans la bataille.
- On va y arriver et tout ira bien, ok ?
- Sauf pour Tyreese, soupira Glenn.
- On va sauver sa sœur, murmura Rick. On lui doit ça.
Ils acquiescèrent en silence.
Daryl se redressa doucement et envoya valser un pot de crayons d'un revers de la main.
Le métal résonna sur le carrelage et le bruit du matériel roulant au sol s'amplifia contre les murs.
Deux secondes plus tard, les deux hommes de Landa en patrouille jaillirent à l'angle, alertés par le vacarme et ils se retrouvèrent aussitôt sous le feu nourri des cinq survivants.
Le premier s'effondra aussitôt au sol, criblé de balles, mais le second, sans vraiment comprendre ce qu'il se passait autour de lui, se recroquevilla dans un instinct de survie et plongea derrière le mur.
Les tirs stoppèrent et après que la dernière douille n'ait rebondi sur le sol, le silence revint.
Rick, Michonne, Glenn, Anna et Daryl gardèrent leurs armes tournées vers leur cible, leurs regards attentifs et concentrés dans leurs viseurs.
La fumée des fusils chauds commençait à s'estomper quand le leader lança un appel à leur ennemi.
- Tes amis sont morts, bluffa-t-il. Rends toi et fais glisser tes armes vers nous. Peut-être que tu t'en sortiras vivant.
- Vas te faire foutre ! cria une voix déterminée.
Rick retroussa ses lèvres, mimique qui trahissait son impatience.
- Ne sois pas stupide, insista-t-il. T'es seul !
- Nan, j'crois pas !
Plus loin, une porte claqua et des bruits de pas précipités se rapprochèrent très vite.
Deux autres hommes, ceux qui avaient emmenés Angie, Sasha et Maggie avec Landa, surgirent derrière eux.
- Merde ! s'écria Anna en se retournant.
Les autres eurent à peine le temps de s'abriter, qu'une salve de tirs au fusil automatique fit voler en éclats tout le haut du bureau.
De l'autre côté, l'homme retranché en profita pour ouvrir le feu à son tour.
Les balles fusaient de tous côtés et le groupe avait du mal à répliquer.
Recroquevillés sous le grand bureau d'angle, les mains crispés sur leurs armes, ils attendaient que l'ennemi ne recharge, ou ne s'arrête de tirer pour avancer.
D'où ils étaient, ils ne pouvaient pas les atteindre et ils n'auraient jamais assez de puissance de feu pour réduire les meubles à néant.
C'est un cri de femme qui vint perturber l'averse de balles. Un cri déchirant, celui de la dernière force, plein de rage.
Sans arme, juste munie d'un bout de corde, Sasha se jeta sur Raine, et le plaqua au sol.
A côté de lui, surpris, Archie fut contraint de se pousser pour les éviter et cessa de tirer une seconde.
Anna n'eut pas le temps de réfléchir et avant même qu'elle n'en ait conscience, elle avait tiré.
Le dénommé Archie s'effondra et elle resta là un instant, les yeux écarquillés, le souffle court, réalisant soudain que c'était la première fois qu'elle tuait un homme de sang froid, par nécessité et non dans le but d'achever une vie par pitié.
Elle se demanda si c'était bien elle qui avait fait feu, mais le Glock encore brûlant dans ses mains le lui confirmait. Elle sentit la main de Daryl se poser sur son épaule et la tirer sans douceur hors du bureau.
A califourchon sur son agresseur, Sasha prenait sa revanche.
Elle était parvenue à le renverser et d'un coup de coude dans le nez, elle réussit à l'étourdir suffisamment pour enrouler son pauvre bout de corde autour de son cou qu'elle se mit à serrer de toutes les forces qui lui restaient.
Raine tentait de se débattre, ne comprenant pas comment ce petit bout de femme qu'il venait de violer pouvait encore réussir à prendre le dessus. Mais le manque d'oxygène lui faisait perdre toute coordination et il ne réussissait qu'à agiter les jambes et battre l'air de ses bras. Bientôt, il ne fut même plus en état de penser et sous les yeux de ses amis complices, Sasha serra les dents et redoubla d'efforts sur la corde jusqu'à ce que son violeur n'ait expiré son dernier souffle.
Un silence de mort s'installa pendant quelques secondes, laissant Sasha haletante, à cheval sur le cadavre.
Rick l'attrapa par les épaules et la fit se relever doucement, alors que Maggie qui arrivait juste derrière se jetait dans les bras de Glenn.
- Tu vas bien, ils ne t'ont rien fait ? Demanda-t-il.
Sa femme se tourna vers Sasha mais celle-ci lui indiqua du regard qu'elle ne voulait pas en parler.
- Non, murmura Maggie. Je vais bien.
- Angie n'est pas avec vous ? demanda Rick d'un ton paniqué en ne la voyant pas suivre.
- Landa l'a emmenée, lui répondit Maggie. Elle lui a dit avoir caché le vaccin, mais je pense que c'est juste un leurre.
Un éclair de panique passa sur les traits tirés du leader.
- Et où est Berckman ?
- Visiblement pas ici, grommela Michonne.
Anna retint son souffle et tâcha d'avoir l'air aussi naturel que possible. Elle devait gagner du temps pour Aaron et détourner l'attention de ses amis à son sujet. Quand il reviendrait avec le vaccin, ces petits détails là seraient vite oubliés.
- Je vais chercher Angie.
- Pas toute seule, intervint Daryl.
- C'est ma sœur, insista-t-elle. Je sais comment elle pense, et il reste encore trois hommes. Vous devez les trouver avant qu'ils ne...
Un coup de feu retentit soudain dans le bâtiment, puis un second.
- Qu'ils ne trouvent les autres ! s'écria Rick en s'élançant.
Alors que le groupe se séparait, Anna seule de son côté et les autres du leur, un troisième tir résonna, accélérant leur course.
Carl attendait en silence près de la porte, et les pas qu'il entendait remonter les étages après les premiers coups de feu, ne lui étaient définitivement pas familiers. Carol en était venue à la même conclusion et serra un peu plus fort son couteau dans sa main.
- S'ils entrent ici... murmura Carl.
- Ils n'entreront pas ici, ils sont attirés par les coups de feu comme des rôdeurs. Ils iront droit dessus.
- Ils doivent passer par ici pour les rejoindre.
- Alors nous serons silencieux.
- Je dois trouver Judith, être sûr qu'elle soit en sécurité.
Carol s'approcha de lui et le prit par la main.
- Tu dois rester caché ici, Carl. Ces hommes sont dangereux et bien armés, je ne peux plus te protéger.
Elle lança un regard là où se terminait ce qui restait de son bras.
- Fais moi confiance, reprit-elle. Ta sœur va bien.
Le jeune homme baissa les yeux en soupirant, se résignant à attendre. Attendre que son père revienne, ou pas. Attendre le bon moment ou celui qui scellerait leur perte.
- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Carol en lisant cet air triste sur le visage de Carl.
- Je pensais à Tyreese, à Sasha... Je pense que je ne me relèverais pas si Judith mourrait... Et je pense que Sasha ne se remettra pas non plus de la mort de son frère pas après Bob.
- Tu as perdu ta mère dans les pires conditions qui soient, et tu es toujours là, debout. Sasha est forte, elle reviendra de tout ça.
L'adolescent releva la tête et la regarda, l'air un peu gêné.
- Je peux te poser une question ?
Carol acquiesça en silence.
- Ma mère m'a demandé d'être quelqu'un de bien avant de mourir, de toujours faire le bon choix. De ton point de vue de maman, est-ce que j'ai réussi ?
Elle lui adressa un petit sourire rassurant.
- Je suis sûre que là où elle est, Lori est très fière de toi.
Carl serra la main de son amie dans la sienne.
- Merci, je suis sûr que Sophia est avec elle, et qu'elle aussi ,elle est fière de toi.
Un sourire triste anima le visage de Carol et elle baissa les yeux.
Elle préférait croire que sa fille était dans un endroit d'où elle ne pouvait pas la voir, elle, ainsi que tout ce qu'elle avait fait et ce qu'elle était devenue.
Qu'aurait pensé Sophia en voyant sa mère tuer et brûler Karen et David, ou mettre une balle dans la tête de Lizzie, à peine plus âgée qu'elle ?
Heureusement que son innocente petite fille n'était plus là pour voir ça. Elle n'avait jamais été faite pour survivre à ce nouveau monde et c'était sûrement mieux comme ça. En tout cas, c'était comme ça que Carol, elle, parvenait à vivre avec le fait qu'elle avait échoué à protéger son propre enfant, puis ceux des autres.
- Je suis content que tu sois là, lui dit Carl.
Elle regarda dans les yeux du jeune homme et y retrouva le regard de son père : ce regard confiant et rassurant qui faisait de lui un leader d'exception. Rick l'avait pardonnée et, malgré ses choix, lui avait fait confiance au point de lui confier la vie de ses enfants à plusieurs reprises. Dans les yeux des Grimes, ainsi que dans ceux de Tyreese, Carol avait trouvé l'absolution. C'est en protégeant Carl et Judith qu'elle trouverait un but à sa survie et qu'elle parviendrait à se pardonner elle-même.
Dans ce moment de confidences et de complicité, l'adolescent baissa les yeux et son regard fut soudain interpellé par un détail qui le fit se lever d'un bond.
- Regarde... indiqua-t-il en désignant du doigt le bas de la porte.
Le sang de l'homme que son père avait égorgé s'infiltrait lentement dans la moquette de la pièce et s'était étendu petit à petit en une tâche sombre et humide, sans qu'ils ne s'en aperçoivent, jusqu'à par dessous la porte. La flaque vermeille qui devait maintenant se répandre dans le couloir, ne passerait sûrement pas inaperçue.
Il fallait partir avant que les hommes qui montaient la garde ne passent par ici. Il ne devait leur rester que quelques secondes à peine pour décamper, mais avant qu'ils ne se décident, une nouvelle fusillade résonna dans le bâtiment.
Le bruit était si envahissant qu'ils n'entendirent pas les hommes de Landa approcher au pas de course et s'arrêter juste devant la pièce, interpellés par le sang qui s'en échappait.
La porte s'ouvrit à la volée et Carol la prit en plein visage. Elle tomba en arrière alors que Carl reculait en rampant sur le dos afin de prendre assez de recul pour se protéger.
Deux hommes firent irruption, leurs armes automatiques pointées devant eux.
- Bordel de merde ! jura l'un d'entre eux en découvrant les cadavres de leurs amis.
L'adolescent braqua son pistolet sur le plus proche, Stephen, mais celui-ci lui donna un coup de pied dans la main, lui faisant lâcher son arme et pousser un cri de douleur avant qu'il ne puisse faire feu.
Plus loin, la fusillade continuait et Carl savait qu'ils ne pourraient pas compter sur les renforts pour s'en sortir.
Alors que le deuxième homme, Calvin, assenait un violent coup de pied dans le ventre de Carol pour la maintenir au sol, Stephen attrapa Carl par le col et le souleva de terre.
- Bande de nazes, lui souffla l'homme au visage. Vous êtes tous morts. Cal, bute la meuf, on prend le gamin en otage.
Il se tourna à nouveau vers Carl qui nota que l'homme avait sur lui le katana de Michonne, accroché à sa ceinture.
- Je suis sûr que tes copains là-bas arrêteront de tirer si je mets un flingue sur ta nuque.
Recroquevillée sur le sol, Carol encaissait la douleur. A peine remise sur pied de son amputation, elle n'avait pas la force nécessaire pour résister à de tels coups.
La pièce tournoyait autour d'elle et son esprit était embrumé mais pas assez pour ne pas comprendre ce que leurs agresseurs disaient. Même si sa propre vie ne représentait plus grand chose à ses yeux, elle refusa de les laisser emmener Carl.
Dans un sursaut de rage elle attrapa la jambe de Calvin et lui planta son couteau dans le mollet.
Il poussa un cri et Carol retira la lame d'un geste sec avant qu'il ne tombe sur elle, déstabilisé par la douleur de son muscle perforé.
- Carol, non ! hurla Carl en tentant d'aller vers elle.
Mais Stephen, immobile, les yeux levés au ciel, consterné par la scène, le retenait contre lui.
Encore faible et un bras en moins, jamais elle n'aurait le dessus sur les deux hommes et le jeune garçon, lui, était impuissant.
Elle s'apprêta à frapper une seconde fois, visant l'abdomen. Mais Calvin la vit venir et lâcha son mollet ensanglanté pour stopper son geste.
- Stephen ! souffla-t-il alors que sa main tremblait sous l'assaut de Carol qui y mettait toutes ses forces. Aide-moi !
Son compagnon soupira.
- T'es pathétique mec, t'arrives même pas à prendre le dessus sur une nana à qui il manque un putain de bras. Tu mérites aucune aide.
Surpris par la hargne de Carol, Calvin perdait du terrain. Le bruit de la fusillade avait cessé et Stephen commençait à trouver le temps long, pressé d'aller voir si ceux de son groupe étaient toujours en vie.
- Abrège, ordonna-t-il.
- Non ! cria Carl en se débattant plus fort.
Carol commençait à faiblir, Calvin parvint à repousser sa main et elle bascula sur le dos.
S'en suivit une lutte au corps à corps serrée qui parut prendre une éternité alors qu'elle ne dura que quelques secondes.
Les deux adversaires roulaient tour à tour l'un sur l'autre, perdant puis reprenant à nouveau le dessus, se frappant à coups de poings en poussant des cris d'effort étouffés.
Calvin parvint à se défaire de son fusil qu'il laissa tomber à côté de lui et Carol en profita pour attraper l'arme.
Incapable de le tenir pour tirer, elle le frappa au visage avec la crosse, se débarrassant de lui pour un court instant, le temps de ramper derrière un bureau et de reprendre son souffle.
Il se redressa en tapotant sa tempe ensanglantée d'une main fébrile et sauta sur elle.
Carl les vit tous les deux disparaître derrière le meuble alors que la lutte reprenait de plus belle. Quand deux coups de feu retentirent, le jeune homme se figea.
Contre lui, il sentit le corps de Stephen se tendre et le silence tomba comme un poids dans la pièce.
Carl ne pouvait plus quitter le bureau des yeux, ni même respirer, appréhendant le moindre son, le moindre mouvement qui pourrait indiquer que Carol avait survécu et que c'était elle qu'il verrait se relever.
- Cal ? appela son ami d'une voix mal assurée.
Une main armée d'un calibre neuf se posa sur le bureau pour s'appuyer et Calvin se redressa.
Carl laissa échapper un souffle d'horreur et ne trouva pas le courage de crier sa colère et son désespoir.
- T'en as mis du temps, maugréa Stephen. Pendant une seconde, j'ai cru qu'elle allait t'avoir.
Calvin soupira, en nage, et observa une blessure sur son avant bras.
- Cette salope m'a mordu, tu le crois ça ?
Il reporta son regard sur la femme allongée à ses pieds. Ses yeux étaient toujours ouverts et une lueur de vie semblait persister à luire. Alors il lui tira une troisième balle dans la poitrine.
Lorsque Rick arriva, ouvrant la marche, dans le couloir où se trouvait la pièce dans laquelle il avait laissé Carl, il se retrouva à quelques mètres des deux hommes qui fuyaient en emmenant son fils.
Il ne pouvait tirer dans ces halls étroits au fusil d'assaut au risque de toucher Carl. Mais Daryl, qui arrivait juste derrière lui, leva aussitôt son arme de poing, plus précise, et tira sans aucune hésitation.
Le crâne de Calvin fut pulvérisé et se répandit sur le mur.
Stephen s'arrêta dans sa fuite et se tourna vers ses adversaires qui étaient maintenant six à le tenir en joue.
Daryl s'avança prudemment sans le lâcher du regard.
- N'approche pas plus, le prévint Stephen. C'est la vie du gosse que tu joues là !
Le chasseur serra les dents.
A cet instant, Carl profita de l'inattention de son kidnappeur pour lui donner un violent coup d'épaule. Stephen bascula d'un pas sur le côté et l'adolescent attrapa le tsuka du katana pour le tirer hors de son fourreau avant que l'homme n'ait eu le temps de l'en empêcher.
Alors que Rick se précipitait déjà sur son fils, profitant de la confusion. Ce dernier braqua le sabre et l'enfonça de toutes ses forces dans le thorax de Stephen qui cracha une gerbe de sang avant de s'effondrer à genoux, puis sur le côté, mort.
Carl avait lâché le katana, resté planté dans le corps de sa victime et se jeta dans les bras de son père.
- Je suis désolé, pleurait le jeune homme. Papa, je suis désolé...
Rick caressa ses cheveux pour le rassurer, serrant son fils contre lui aussi fort qu'il le pouvait.
- Non... murmura-t-il. C'est moi...
Carl se recula un peu et le regarda dans les yeux comme pour lui faire comprendre mais ses mots ne parvenaient plus à passer ses lèvres et ses larmes redoublèrent.
Autour d'eux, les autres comprirent et Daryl tourna aussitôt la tête vers la porte restée grande ouverte, la panique envahissant son regard.
Lorsqu'il aperçut les pieds de Carol dépassant du bureau, il lâcha un souffle de terreur et de chagrin mêlés, n'osant croire à ce qu'il comprenait déjà.
Il s'avança doucement, comme apeuré de ce qu'il allait découvrir et trouva son amie, gisant dans une marre de sang, les yeux à demi-ouverts, encore en vie.
Daryl s'effondra à genoux près d'elle et appuya son front contre sa poitrine en laissant aller ses larmes. Il secoua la tête, envahi par cette même douleur qu'il avait ressentie à la mort de Merle. Ce chagrin là détruisait tout sur son passage et laissait derrière lui un vide déchirant.
Sa main trouva celle de Carol et il sentit une petite pression.
Il ne voulait pas la regarder, la laisser voir toute la peine dans ses yeux mais il ne pouvait pas la laisser partir seule et se tourna vers elle.
- Pookie... souffla-t-elle.
Tout autour, les membres du groupe qui se trouvaient là s'étaient regroupés et assistaient à la scène, le cœur lourd.
Maggie éclata en larmes dans les bras de Glenn et Rick restait figé, les yeux rouges et gonflés, le regard perdu Carl, tête baissée, à ses côtés.
- Ça va aller, murmura Carol.
Elle regarda Daryl avec tendresse, et lui sourit pour le rassurer une dernière fois.
Et ce fut fini.
Le visage serein et l'esprit apaisé par ces derniers moments, Carol était partie.
Pour elle, la nuit s'achevait enfin. Le plus dur restait pour les autres, ceux qui survivaient et qui devaient continuer à se battre pour un jour de plus.
Jackson Landa posa sa main sur la poignée de la porte et Angie retint son souffle, en le fixant intensément comme si elle pouvait le persuader, par télépathie, d'aller un peu plus loin encore. Mais il stoppa son geste et la jeune française fit tout pour retenir sa frustration et son empressement.
Elle avait parlé assez fort, avait été le plus clair possible quant à la situation et espérait maintenant avoir été entendue par la bonne personne. Il ne lui restait plus qu'à attendre encore un peu, mais toujours trop à son goût. Elle commençait à craindre que ses nerfs ne la lâchent avant que son pari n'ait le temps de se jouer.
Son mouvement en suspens, Landa la regarda et lui sourit, toujours l'air amusé, puis il dégaina un deuxième pistolet.
Angie soupira, agacée par cette énième menace et se demanda ce qu'elle devrait encore faire pour le convaincre qu'elle s'était rangée à ses côtés. Visiblement, elle n'était pas assez bonne actrice pour ça.
Mais à son grand étonnement il retourna l'arme et la lui tendit, crosse offerte.
- Je peux te faire confiance ? demanda-t-il en haussant les sourcils.
Elle regarda l'arme. Elle reconnut sur-le-champ le Colt de Rick.
Le voir dans les mains de cet homme heurtait profondément sa loyauté envers le shérif, et Landa le savait.
Elle regarda le Colt quelques secondes puis ravala sa fierté encore une fois et, la mâchoire serrée, se contrôlant pour ne pas le lui arracher des mains et lui coller une balle dans la tête, elle approcha son visage du sien.
- Pas une seule seconde, murmura-t-elle avec un grand sourire.
Landa fronça les sourcils, pas vraiment sûr de comprendre si cette réplique faisait partie de leur jeu ou s'il devait la prendre comme pour une menace.
Angie ouvrit la porte et le poussa doucement dans la pièce plongée dans l'obscurité.
Il disparut dans l'ombre, se demandant à quoi elle jouait et se maudissant soudain de ne pas avoir pensé à se munir d'une lampe électrique, ignorant totalement que les interrupteurs fonctionnaient.
Quand la jeune fille passa la porte, elle sentit cette présence silencieuse sur sa droite, tapie contre le mur. Lorsqu'elle aperçut une lueur se refléter sur l'acier poli, elle sut que son pari était presque gagné.
Landa avait à peine fait un pas que Beth fit voler la hache à l'horizontale, poussant un hurlement qui lui donna plus de force.
Elle avait attendu son heure, prostrée à côté de la porte, les mains tellement agrippées autour du manche de l'arme que ses phalanges étaient blanches et douloureuses. Mais Beth ne sentait plus ce genre de petit détail.
Incapable de s'extirper de la pièce, de prendre la décision d'aller se battre aux côtés de sa sœur ou de rester ici et espérer passer inaperçue, en dernier rempart entre la mort et Judith, elle attendait qu'un signe lui indique quoi faire.
Lorsqu'elle avait entendu Angie parler avec un inconnu, elle avait senti la peur l'enserrer encore davantage, tétanisée par le fait que la voix masculine à peine audible puisse être celle de celui qui l'avait torturée pendant des mois. Et revenu spécialement la chercher.
Mais elle savait aussi que, contrairement à ce que la française disait à cet homme, il n'y avait rien d'autre derrière cette porte qu'elle-même et un bébé, et certainement pas un vaccin.
Elle réalisa que sa nouvelle amie était avec quelqu'un d'extérieur au groupe, qu'Angie tentait de le manipuler pour s'en sortir, et qu'il n'y avait plus qu'elle, Beth, pour lui porter secours.
Et si l'homme, derrière cette porte, était bien celui qu'elle croyait, Beth trouverait la rage en elle pour se faire justice, pour elle et pour Tara.
Mais dans l'obscurité la plus totale, avec si peu de force, prostrée par la peur et craignant de toucher son amie, la jeune fille retint un peu son geste. Elle sut, lorsque la lame frappa l'inconnu, qu'elle avait raté son coup.
Landa poussa néanmoins un cri de douleur. Elle l'avait au moins blessé, mais certainement pas suffisamment.
Plus loin dans le bâtiment, plusieurs salves de tirs retentirent à nouveau.
Plongée dans le noir, Angie entendit des bruits de lutte et des cris étouffés et elle s'écarta intentionnellement. Handicapée par ses blessures, elle n'hésita pas une seconde et choisit de rester hors du combat, non sans une pointe de culpabilité, dont elle fit abstraction au plus vite. Elle tâchait de se convaincre que la jeune Greene ne pouvait qu'avoir le dessus grâce à l'effet de surprise. Et si Beth devait mourir pour leur sauver la vie à tous, c'était un moindre mal.
Effrayée par le vacarme, Judith se mit à pleurer de plus en plus fort.
Angie entendit un gros bruit sourd puis un râle de douleur qu'elle ne sut pas à qui attribuer. Elle ne pouvait attendre plus longtemps pour profiter de cette diversion.
Le cœur battant, elle trouva l'interrupteur et alluma la lumière.
Landa gisait, immobile, le bras droit à moitié tranché, assis contre le mur près de la porte. Une profonde blessure au crâne lui inondait aussi le visage de sang. Son arme et le Colt de Rick étaient par terre près de la porte, il les avait lâchés sous la surprise pour parer les coups de Beth.
Cette dernière était encore debout, chancelante. Elle tituba et s'écroula, blessée à l'abdomen.
Beth leva les yeux vers Angie et cette dernière se précipita vers elle, posa une main inutile pour compresser sa blessure et tenter de stopper l'hémorragie dans un geste d'aide un peu tardif.
- C'est pas joli...Pourquoi tu l'as combattu comme ça ? lui demanda-t-elle presque sur un ton de reproche destiné à cacher ses propres choix douteux. C'est moi qui devais le tuer, tu devais juste le surprendre ! Tu aurais dû me laisser faire.
- On avait qu'un seul essai... lui murmura Beth. Et c'est ce que tu voulais...
Angie baissa et secoua la tête.
- Tu n'avais pas beaucoup de chance de t'en sortir, et tu le savais !
- Toi aussi, tu l'as amené ici... Tu savais que je penserais que c'était lui... Cet homme... Que je voudrais le tuer... Et je l'ai fait. Mais ce n'est pas lui et au fond... c'est tout ce que tu voulais savoir... Pas vrai ?
La française resta figée et sentit le poids de toute sa culpabilité lui tomber les épaules. Tout ça était de sa faute. Partie dans son plan surréaliste de profiter de Beth comme élément de surprise pour piéger Landa et obtenir la vérité sur Berckman, elle avait oublié que la jeune fille pourrait y voir clair dans son jeu, et comprendre qu'elle s'était bien servie d'elle.
- Tu as raison, avoua-t-elle. Je le savais et je suis désolée. Comme tu l'as dit, on avait qu'un seul essai.
Beth lui sourit faiblement.
- Va te faire foutre.
Angie encaissa et ignora l'insulte, Beth était dans son droit. Elle n'avait plus d'autre choix que d'aller au bout. Elle ne pouvait pas prendre le risque que Beth aille dévoiler aux autres comment elle avait mis sa vie en jeu pour sauver la sienne et prouver ses théories.
- Je suis désolée, répéta-t-elle sans pourtant oser croiser son regard.
Elle se leva, se traîna d'un pas lourd et attrapa l'arme de poing de Landa. Pas le Colt de Rick, pas pour ça.
Puis elle leva le canon vers Beth, comme si son bras pesait une tonne et fut contrainte de la regarder.
- Tu n'es pas obligée de me tuer... Je ne vivrai pas assez longtemps pour parler, de toute façon...
- Je préfère ne pas courir le risque, répondit Angie.
Et elle tira.
Lorsqu'elle s'effondra, à bout de nerfs et tremblante, adossée contre le mur, elle croisa le regard encore vif et moqueur de Landa.
Il ricana en la fixant.
- Le voilà... dit-il. Ton dernier pas vers ton statut de tueuse...
- Ferme ta gueule... soupira-t-elle.
- Tuer ton amie, sans le moindre remord... Et tu m'as bien eu, je dois l'avouer... Berckman m'avait pourtant dit que vous étiez onze... Quel enfoiré !
- Qu'est-ce qu'il vous a dit d'autre ? Demanda-t-elle, soudain beaucoup plus intéressée par ce que Landa avait à lui apprendre. Que savez vous sur lui ?
Il rit à nouveau.
- Tu ne l'auras jamais... Ce gars est bien trop futé pour les gens comme toi et moi.
- Je ne suis pas comme vous.
- Ho si tu l'es... Mais lui... Il se cache depuis tellement longtemps derrière ses petits airs chétifs qu'il s'est persuadé lui-même qu'il n'est qu'une victime. Toutes les horreurs qu'on a commises en groupe, lui les a faites tout seul. Il a décimé des groupes entiers et nous fournissaient en femmes, chaque mois... D'ailleurs elles étaient toujours dans le même état que ta copine là, mêmes marques, même regard vide.
Il indiqua le corps de Beth d'un geste de la tête, puis il reporta son attention sur Angie.
Enfin. Elle avait toutes les preuves dont elle avait besoin pour justifier l'imposture du scientifique et sa mise à mort.
Berckman veut quelque chose de vous et il vous tuera tous pour l'avoir... Tu aurais dû accepter mon offre...
Anna avançait avec prudence après avoir entendu deux coups de feu un peu plus tôt et elle suivait à présent les pleurs de Judith vers la cafétéria du centre.
Elle avait récupéré sa machette dans la petite pièce où Landa avait retenu les trois filles prisonnières et elle la tenait bien droite devant elle, la préférant de loin aux armes à feu moins silencieuses. Il restait encore des ennemis et elle voulait rester discrète.
L'obscurité ambiante était beaucoup trop dense pour que ses yeux ne parviennent à s'y adapter et elle avait beau les garder grands ouverts, elle ne voyait pas à plus d'un mètre devant elle. Chaque bruit la faisait sursauter et les battements de son cœur étaient si forts qu'ils l'empêchaient de se ressaisir et de se concentrer.
Trop de questions l'envahissaient. Comment s'en sortaient les autres ? Étaient-ils tous encore vivants ? Aurait-elle dû rester avec eux et y avait-il une autre raison que celle de l'amour fraternel qui motivait cette quête en solitaire ? Autant d'interrogations dont elle ne voulait peut-être pas connaître les réponses.
Comment régirait-elle si Angie était morte ? Et si elle ne l'était pas ? Elle revoyait encore et encore l'image de Tyreese tomber dans les bras de Sasha, l'expression de celle-ci déchirée par le chagrin et la douleur. Elle ne savait vraiment pas si elle ressentirait la même chose pour sa sœur.
Alors tremblante, le souffle court, Anna suivait les cris du bébé en tâchant d'ignorer ses peurs.
Elle poussa les portes de la cafétéria et comprit que les pleurs venaient de la chambre de Beth, de l'autre côté du grand réfèctoire. Elle s'avança prudemment, éclairée par la faible lueur de la lune à travers les larges fenêtres.
Le murmure d'un froissement à sa droite la fit s'arrêter, sur ses gardes, et du coin de l'œil elle aperçut une silhouette se glisser furtivement dans l'ombre.
Anna se tourna vers elle mais ne vit rien et elle commençait à envisager une hallucination lorsqu'un rôdeur fondit sur elle, la gueule grande ouverte, prêt à mordre.
Elle eut à peine le temps de reconnaître le dernier homme de Landa, celui qui avait échappé à la fusillade, l'attrapant par les épaules pour le maintenir à distance, mais incapable de se servir de sa machette en même temps.
Il avait la joue gauche et le cou déchiqueté, sa carotide sectionnée déversait encore des flots d'un sang déjà noir et pâteux. L'homme s'était visiblement fait mordre et s'était vidé de son sang très rapidement avant de mourir et de se transformer.
Anna l'observa claquer sa mâchoire en la regardant avec envie, son visage à quelques centimètres du sien, ses yeux morts et laiteux cherchant avidement un morceau de chair facile à atteindre.
Elle se rendit compte qu'elle ne serait jamais comme ça, quelle que soit la façon dont elle allait mourir. Pour elle, le repos éternel, pour les autres, la faim et l'errance perpétuels.
Elle prit conscience de l'impact que cela pouvait avoir sur eux, les autres, de savoir que cette chose était dans leur corps, en vraie bombe à retardement. Et qu'un jour ou l'autre, si on lui en donnait l'occasion, le virus prendrait leur vie mais aussi leur mort.
Accablée par la culpabilité et l'injustice de son immunité dont elle ne supportait plus être l'unique porteuse, Anna lâcha un cri de rage et repoussa le rôdeur loin d'elle. Il trébucha en arrière et revint aussitôt à la charge, comme un jouet à pile coincé face à un mur.
Elle leva sa machette en serrant les dents et stoppa l'assaut du rôdeur en lui fendant le crâne.
Il s'effondra sur le sol, cette fois bel et bien mort et elle l'observa, haletante, le visage moucheté par des traînées de sang. Elle sentit ses jambes vaciller sous son poids mais Anna s'efforça de rester debout.
Dans un craquement sec, elle libéra la large lame de la boîte crânienne de sa victime. Elle en essuya la matière cérébrale visqueuse sur son pantalon et continua sa route en direction des pleurs, toujours sur ses gardes. Si l'homme avait été mordu, c'est qu'il y avait un ou plusieurs autres rôdeurs dans le bâtiment.
La dernière pièce au fond du couloir était éclairée et en s'approchant, Anna y aperçut une paire de bottes noires. Il ne lui fallut pas longtemps avant de réaliser que c'était Landa, mort, adossé contre un mur, les bras ballants et la tête penchée en avant, un trou béant dans le crâne.
Soulagée de constater que les envahisseurs étaient sûrement tous hors d'état de nuire et surtout sans plus de chef, elle rangea sa machette dans sa ceinture. Mais soudain bien plus inquiète de ce qu'elle vit dans cette pièce, elle posa inconsciemment sa main sur son Glock.
Sa sœur était au centre de la pièce, à genoux, une arme à feu dans la main, tournée vers le corps de Beth. A peine deux mètres plus loin, Judith, le visage rouge, hurlait à pleins poumons, debout, tenant fermement le bord de la grande boîte en carton qui lui servait de lit.
Le lino était couvert de traces de sang et devant ce carnage, Anna tira presque inconsciemment son arme de son étui et le pointa devant elle, le regard perdu dans sur la scène.
Angie tourna la tête vers sa sœur. Elles se fixèrent sans rien dire pendant de longues secondes puis l'aînée baissa les yeux et indiqua d'un signe de tête, l'arme que pointait Anna sur elle.
- Tu baisses ton arme ou tu profites de l'occasion ?
La petite brune cligna des yeux, comme pour reprendre soudain conscience et elle baissa doucement son arme en jetant un coup d'œil dans la pièce.
- Combien de fois est-ce que je vais devoir te retrouver dans un bain de sang ? soupira-t-elle en levant les bras.
Elle s'avança prudemment dans la pièce, et prit Judith dans ses bras pour tenter de la calmer.
Angie ne répondit pas et retourna à sa contemplation du cadavre de Beth.
- Je pensais avoir au moins le droit à des remontrances, continua Anna devant le silence de sa sœur, pour avoir dévoilé mon immunité à des ennemis. Je pensais que tu serais... pressée, de me mettre la mort de Tyreese et... de Beth, sur le dos...
Elle attendit une réaction mais Angie se contenta de fermer les yeux.
- Quoi ? demanda Anna soudain tremblante. Qu'est-ce qui se passe ?
Toujours aucune réponse et l'impatience de la jeune fille se mua en une inquiétude grandissante.
Son regard allait de sa sœur à Beth, passant nerveusement de l'une à l'autre.
- Angie... ? Qu'est-ce que tu as fait ?
- Laisse moi.
- Est-ce que c'est Landa qui a tué Beth ?
Angie se tourna à nouveau vers elle, le regard sombre et fatigué mais s'abstint une nouvelle fois de lui répondre. Ses yeux s'en chargeaient pour elle.
Anna lâcha un soupir d'horreur et recula d'un pas.
- J'étais obligée, se justifia sa sœur aînée.
- Ça va trop loin Angie...
- Personne ne pouvait plus gagner contre lui, sauf elle. Il ignorait son existence, elle avait l'effet de surprise pour elle et si j'avais pu je l'aurais fait moi-même, mais je ne pouvais pas...
- Tu l'a sacrifiée ?!
Anna dévisageait sa sœur, horrifiée, dépassée par ce qu'elle entendait et ce qu'elle voyait.
- Regarde ce que tu es devenue... Tu n'es même plus humaine !
- Ne me juge pas ! s'écria Angie ne supportant plus ce regard dégoûté et empli de dédain qui la toisait. Ne me dis pas que tu n'es pas contente de ne plus l'avoir entre toi et Daryl !
- Comment tu peux dire une chose pareille ?!
- Je t'ai rendu service.
- Ne me mêles pas à ta boucherie !
- Et toi, n'agis pas comme si tu étais en dehors de tout ce qui arrive car tu es bien le centre du problème !
- Ça y est, on y vient ! Tu sais quoi ?! Tu as raison : sans moi et mon sang, plus de dilemme alors n'hésite pas, tu l'as fait sans remord pour Beth, débarrasse toi du problème de la seule façon que tu connaisses ! Fais donc ça, maintenant que l'on sait que c'était Landa qui nous pourchassait pour ce que TU lui as fait l'année dernière, et que Berckman est innocent. Fais ça et tout le monde te verra sous ton vrai visage, celui d'une vraie psychopathe paumée et instable.
- Landa ne connaissait pas Beth.
- Quoi ?!
- Il ne savait pas qu'elle était là et elle ne l'a pas reconnue comme l'homme l'ayant séquestrée. Parce que cet homme, ça reste toujours Berckman.
- Peu importe, personne ne croira ça après ce qui s'est passé cette nuit. Et tu as tué tes seuls témoins.
- Ils me croiront quand ils verront qu'il a fui devant les ennuis.
- Tu ne leur diras pas.
Angie émit un petit rire ironique et haussa les épaules.
- Pourquoi je ferais ça ?
- Parce que sinon je dis à Maggie ce que tu as fait à sa sœur.
Les retrouvailles furent loin d'être joyeuses. L'horreur qu'avait été cette nuit ne laissait pas de place pour d'autres sentiments que la peine et le désespoir.
Quand Rick retrouva Angie et Judith, il prit d'abord sa fille dans ses bras en contemplant l'étendue du carnage autour de lui et son regard triste s'attarda sur Beth. Puis il jeta un coup d'œil à Anna et s'assura d'un hochement de tête qu'elle allait bien avant de venir s'agenouiller près d'Angie. Il posa sa main libre sur son épaule et alors qu'il ouvrait la bouche pour parler, Glenn apparut dans l'encadrure de la porte.
En découvrant Beth, son cœur se brisa et il se tourna immédiatement vers le couloir pour retenir sa femme qui le suivait de près.
- Maggie, non...
Mais il en avait trop dit et prise de panique, la jeune femme força le passage.
Maggie Greene n'eut pas la force d'aller jusqu'au corps de sa petite sœur, dernier membre de sa famille qui lui restait et qui, à peine réapparue après des mois d'angoisse, lui était violemment arrachée une fois de plus, et cette fois, définitivement. Déjà accablée par le décès de Tyreese et celui de Carol, ses jambes la lâchèrent et elle s'effondra en larmes contre le chambranle de la porte en hurlant le nom de Beth, soutenue par son mari.
Alerté par les cris, Daryl et le reste du groupe se précipitèrent. Pour le chasseur, ce qu'il découvrit était au-delà de ce qu'il pouvait encaisser en une seule nuit. Incapable de retenir ses larmes davantage après tout ce qu'il avait perdu, il fit aussitôt demi-tour et partit en courant.
- Daryl ! s'écria Anna prête à lui emboîter le pas.
- Non, l'arrêta Rick. Laisse-le. On a aussi perdu Carol...
Choquée, Anna resta sans voix. Elle se tourna vers sa sœur qui lui renvoya son regard, se blâmant l'une l'autre pour toutes ces morts. Trop las et envahies par leurs propres peines et la douleur de leurs amis pour se lancer dans un énième affrontement, alors elles gardèrent le silence.
Daryl retrouva Sasha, agenouillée seule dans le hall d'entrée, devant la flaque de sang qui marquait l'endroit où son frère était tombé. Un peu plus loin, errant devant les baies vitrées, Tyreese était là aussi, le regard blanc et vide, et sa sœur le fixait sans bouger.
- Je suis désolé, murmura Daryl.
- Je sais...
- Un de leurs gars a été mordu en tentant de s'enfuir. Tyreese nous a protégés jusqu'au bout.
- Ça lui ressemble bien.
- Est-ce que ça va ?
Sasha se tourna vers lui et le regarda d'un air triste avec un petit sourire éteint mais qui marquait une certaine détermination.
- Ça ira, bientôt.
Personne ne trouva le sommeil malgré la fatigue et tous se retrouvèrent dehors, en silence, sans s'être concertés, avec ce besoin urgent de mettre un point final à cette terrible nuit.
Munis de pelles, les survivants s'attaquèrent au sol gelé avec la seule force du désespoir et passèrent les dernières heures qui les séparaient de l'aube, à enterrer leurs morts.
Ca va ? Surs ? Vous me détestez pas trop ? Quand même un peu hein... Ok j'assume ! Ho ca va hein j'ai pas tué Daryl non plus !
Petit spoil du chapitre 13 ? Promis personne claque dans celui là ! Déjà, vous allez être contents, ils s'appelle "Anna" (je sais que c'est votre petite préférée ;) )
Un rêve étrange et prémonitoire, un Daryl dans des situations délicates, la mise en œuvre du plan de Berckman et la riposte du groupe de Rick, et enfin, une trahison.
Alors je vous dis à dans deux semaines, en attendant j'attends avec impatience vos réactions concernant ce chapitre 12 :D
