Épisode 9
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― Bon. Il se trouve que ton Lucci là, est pote avec le Gouvernement. Ça risque d'être dur de trouver des informations sur lui ou même sur ses activités. Si on va fouiner nous-mêmes, ce serait trop risqué et on va éveiller les soupçons.
― Je vois.
― Il va donc falloir que t'agisses prudemment.
― Bien évidement.
― Et que tu ne fasses pas n'importe quoi comme chez Hina.
― Oui oui.
― … Et il faudra aussi que t'arroses les plantes carnivores roses à pois verte que nous gardons jalousement dans notre temple, tu te souviens ?
― Je suis au courant.
Franky releva ses lunettes de soleil, atterré de voir que Sanji était imperméable. A cause de cette petite machine qui concentrait toute l'attention du jeune homme. Pour une fois qu'il pensait à autre chose qu'à la cambriole, c'était à un mauvais moment. Il aurait bien voulu ne pas avoir à s'en plaindre.
― Merde. Mon grappin est coincé, va falloir que je passe manuellement. Ma barre d'invisibilité va descendre en flèche…
― Sanji, tu m'écoutes ?
― Oui ! J'irais nourrir tes plantes carnivores tout à l'heure.
― Tu te fiches de moi ?
― Tu l'avais remarqué toi aussi ?
― …
― C'est de TA faute. Si je n'avais pas pris Chopper en flagrant délit avec ce jeu, je ne serais pas dessus à l'heure qu'il est.
Franky poussa un soupir exaspéré. Il savait bien que ça lui serait retombé dessus un jour ou l'autre. Du moment qu'il ne lui faisait pas la morale, il n'allait pas se plaindre. Sanji finit par le prendre en pitié, sauvegarda sa partie, éteignit la console et la posa sur la table. Il étouffa un bâillement et s'étira. Le jeune homme blond se tourna avec fluidité vers son ami, planta son coude sur la table et posa son menton sur la paume de sa main. Mine innocente de sortie.
― Vas-y mon petit, je suis tout ouïe.
Si ça c'était pas du foutage de gueule...
― … Usopp s'est informé sur le sujet. Faudrait que tu t'infiltres dans le commissariat qui est dans la ville voisine, plus à l'Est.
― Je me suis toujours demandé comment il faisait. Je pige rien à ces trucs d'informatique et au pouvoir du piratage.
― Ouais mais il peut pas aller trop loin s'il veut pas se faire repérer. Ça va être à toi de jouer.
― Jouer au flic. Cool… Le commissariat d'à côté, ce n'est pas celui où y a un gars qui me ressemble un peu ?
― C'est bien pour ça que je te conseille cet endroit. En plus c'est proche, c'est à un quart d'heure d'ici et je t'ai déjà réservé la chambre. Tu sais comment procéder je suppose.
― Tss. Tu me prends pour qui au juste ? Préviens Usopp et Chopper que je serais de retour dans quelques jours.
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Et voilà où il en était. Installé devant sa fenêtre, jumelle en main tout en écrivant quelques notes sur un carnet de l'autre. Il y avait quelques complications.
Il avait repéré Dorobo.
Il reconnaitrait entre mille cette rousse aux yeux noisette, à la fière allure et aux mensurations de rêve. Ça le dérangeait. Beaucoup. M'enfin, elle n'avait jamais eu l'air de soupçonner son collègue –nom de code : Benêt à cause des sourires idiots qu'il adressait à la jeune femme. Il prit son magnétophone et appuya sur le bouton d'enregistrement.
― 14h36, Benêt colle encore les basques de Dorobo. Serait-il en train d'essayer de me faire de l'ombre ? Il semble que je vais devoir agir comme lui pour éviter les soupçons. Les risques commencent à augmenter dangereusement. Je ne sais pas si je serais capable de reproduire une telle niaiserie. Trop peur qu'elle me contamine.
Kuroashi jeta un coup d'œil dans ses jumelles et vit le drame. Ce qu'il vécu comme un drame. A tel point qu'il fit tomber jumelles et dictaphone.
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Nami était frustrée. Elle n'avait pas eu ce qu'elle voulait, le bel inconnu lui avait annoncé qu'il ne serait pas disponible tout de suite. Elle comprenait, là n'était pas la question, mais sa libido la travaillait sans relâche. Elle avait encore fait ce rêve la nuit dernière et elle n'arrivait pas à se défaire de cette vision. Kuroashi. Encore et toujours.
Et l'autre là, qui la collait sans arrêt et chez qui elle trouvait une certaine ressemblance. Enfin ressemblance… Vagues points familiers. Elle n'arrivait pas à se faire une idée de son visage et pourtant ils s'étaient vus quelques fois.
Elle sortit du commissariat, le jeune homme aux yeux gris et aux cheveux bruns sur les talons. L'air frais ne lui fit aucun bien. Loin de là. L'Inspectrice avait encore en mémoire le sourire arrogant et narquois de ce criminel. Ce qui s'était passé au bal et peu après lui restait en travers de la gorge. Il était insupportable de penser que c'était grâce à lui qu'elle était encore en vie.
Et le comble de tout, c'était qu'elle devait se coltiner ce type qui avait une vague ressemblance avec ce salopard de première.
Elle fit volte-face vers l'officier subalterne qui, surprit, eut un mouvement de recul. Trop tard.
La jeune femme l'empoigna par le col et plaqua ses lèvres sur les siennes.
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Il était sidéré. Comment pouvait-elle apprécier les charmes quasi-inexistants d'un abruti pareil ? Elle m'a déjà moi ! BORDEL ! Comment ce macaque a fait ? Et dire que j'aurais pu être à sa place…
Il se mordit la lèvre. A quoi il venait de penser juste à l'instant ? Bah ! Séducteur dans l'âme, Kuroashi admettait avec difficulté qu'un parfait inconnu lui ravisse la première place dans les priorités de Dorobo. Depuis le temps qu'elle le poursuivait, ils étaient liés en quelque sorte.
Le baiser n'avait pas duré très longtemps. A peine deux secondes. L'Inspectrice l'avait repoussé et s'était de suite réfugiée dans la bâtisse alors que l'idiot en était resté pantois. Puis il eut un sourire qui collait à merveille avec son surnom. Il allait le regretter. Le cambrioleur voulait lui casser la gueule. Kuroashi vit Benêt s'éloigner du commissariat. Il faisait sa ronde seul ? Paaaaarfait. Idiot.
C'était le moment.
Le jeune homme s'était déjà préparé. Coloration, lentilles de contact, maquillage, dernière vérification et c'est parti ! Il descendit à toute allure. Les policiers faisaient toujours la même ronde. Ils restaient dans les quartiers des Déclarés. Personne ne s'aventurait chez les N.D. Il courut jusqu'à ce qu'il soit arrivé aux quartiers des Déclarés. Il reprit une respiration normale et marcha à vive allure. Il venait de repérer Benêt. Les commissariats étaient toujours construits près des quartiers N.D. C'était plus simple pour les garder à l'œil.
Kuroashi resta à quelques mètres derrière Benêt, attendant l'opportunité. L'ouverture, la faille qu'il allait pouvoir exploiter. Il s'approchait de plus en plus de lui. Benêt se dirigea vers une ruelle vide. Quel inconscient ! C'était un novice, un véritable habitué tel que Dorobo aurait déjà remarqué qu'il était suivi. Il faisait réellement sa ronde ou il se baladait juste pour le plaisir ?
Le jeune cambrioleur sortit un mouchoir imbibé de chloroforme et le plaqua sur le bas du visage de Benêt. Trop tard. Il avait beau s'agiter, il s'était fait prendre par surprise. Il traîna le corps endormi vers la ruelle N.D. juste à côté, ouvrit d'un coup de pied la porte d'un placard de libre-service et y entra avec le policier. Quelques minutes plus tard, il en était sortit sans avoir oublié de bâillonner et de ligoter Benêt. L'uniforme bleu des subalternes ne lui allaient vraiment pas. Il préférait le noir des hauts fonctionnaires tel que Dorobo ou Tomoshibi. Ça leur allait à la perfection.
Il reprit sa promenade d'un pas assuré, naturel. Il devait se mettre dans la peau de Benêt. Il ne connaissait pas son prénom ni même son nom. Pour avoir déjà entendu son timbre de voix alors que Kuroashi le surveillait de près, il avait réglé son modulateur. Tout était parfait. C'était presque lassant. Heureusement qu'il était passionné et que ce genre de chose le grisait encore. Fallait bien varier les activités de temps en temps.
Il eut des réticences en apercevant le commissariat. L'habitude. Il n'aimait pas ce genre d'endroit ce qui était somme toute logique.
Il sauta les trois marches avant la porte et entra dans le bâtiment. Léger frisson de dégoût. Ses pires ennemis baguenaudaient dans leur milieu naturel. Il pourrait faire un documentaire sur eux, comme ceux que faisaient les reportages des Déclarés sur les quartiers N.D. Il était certain que cela ferait un carton. La mini-caméra qu'il avait installée sur la casquette de policier qu'il avait récupéré sur Benêt n'allait pas chômer. Il ravala un petit rire et chercha du regard la belle rousse.
―Darry ! Hé Darry !
Kuroashi continua de chercher, un peu plus contrarié au fur et à mesure que le temps passait. Il amorçait un pas vers la première porte venue lorsqu'une main s'abattit sur son épaule et on le tourna de force vers la direction opposé.
― T'es sourd ou quoi ? T'étais passé où ?
Ah ! Kuroashi venait de comprendre. Benêt était en fait Darry. C'était du pareil au même.
― Ah… Pourquoi ?
― L'Inspectrice Dorobo te demande. Tu devrais y aller tout de suite, elle a l'air furibonde.
QUOI ? C'est lui qu'elle embrasse et c'est à moi qu'elle va passer un savon ? C'est parfaitement injuste ! songea le cambrioleur avec agacement.
― Je peux au moins savoir pourquoi elle est fâchée ?
Il valait mieux se préparer au pire.
― Aucune idée. Elle mâchonnait ses mots et j'ai compris quelques trucs du genre "Kuroashi" et "crétin d'flic". Tu la connais, elle est obsédée par ce voleur de seconde zone.
La situation empirait en une fraction de seconde. Dingue. Record mondial battu. Cependant, il était certain de pouvoir faire encore mieux.
Il remercia le parfait inconnu et, après lui avoir demandé où se trouvait le bureau de Dorobo, il partit dans la direction que le flic lui avait indiqué. Voleur de seconde zone… Je t'en foutrais moi ! Je suis un cambrioleur de première classe ! Sinon ça ferait belle lurette que vous m'auriez eu bande de ploucs ! Vous savez pas ce qui vous attend, dès que je sors d'ici, je compte bien vous humiliez une fois de plus !
Le jeune homme n'avait pas répondu pour éviter de faire des vagues néanmoins, il nota mentalement qu'il était encore plus motivé à rester un criminel. C'était si jouissif de les diminuer ! Ha !
Les battements de son cœur s'accélérèrent au moment où il se retrouva face à la porte du bureau de la jeune femme. « Inspecteur Dorobo »… En fait j'aurais pu trouver par moi-même, c'est écrit sur le verre des portes. Bon… Quand faut y aller…
Il était aussi possible qu'elle soit inquiète pour lui. Pour Darry plutôt. Argh. Non. Il préférait encore qu'elle lui fasse la leçon. Pas moyen qu'elle s'entiche du premier abruti venu. Il lui fallait quelqu'un de raffiné, rusé, intelligent, bien fait de sa personne aussi bien physiquement que mentalement. Un homme comme lui ? Ha ! Fallait pas abuser… Quoique. Il n'y avait qu'un pas à franchir pour en arriver là. Il secoua la tête comme si ce geste allait chasser toutes ces idées saugrenues. Il avait d'autres priorités. Les infos sur Lucci tout d'abord. Son oreillette et son disque dur portable était dans la poche de la veste de policier. Dès qu'il en aurait l'occasion, il fouinerait dans l'ordinateur de Dorobo.
― Darry, tu comptes rester planté là comme un piquet ?
― Tu crois sérieusement que je veux me coltiner l'Inspectrice alors qu'elle est en colère ? répliqua machinalement Kuroashi en se tournant vers son "collègue", celui qui l'avait interpellé tout à l'heure.
― Si tu veux, je reste à côté et si elle part en vrille, je te l'éloigne quelques minutes.
― Ce serait parfait merci.
AHAHAHAHA… Abruti.
Le jeune homme frappa à la porte et entra dès qu'il entendant un sec « Entrez » provenant de la pièce. Elle était comme dans son souvenir. Magnifique, si ce n'est plus, dans son uniforme noir en liseré d'argent. Petite jupe en option et cuissardes. Elle avait attaché ses cheveux en chignon d'où s'échappaient quelques mèches. Elle fronça les sourcils en voyant le jeune homme puis referma la porte derrière lui.
Gros ennuis en perspective. Surtout Kuroashi, ferme-ta-grande-gueule !... Du moins essaie.
― Où étiez-vous passé ?
Bonne question. Qu'est-ce qu'avait bien pu passer par la tête de Benêt –ou Darry peu importe– pour sortir tout seul ? Le cambrioleur fit comme il pouvait.
― Veuillez m'excuser, Inspecteur, vous m'aviez pris au dépourvu je m'étais dit qu'il valait mieux prendre l'air.
― … Bien justement à ce propos. Je voudrais que vous évitiez d'en parler à quiconque. C'est clair ?
L'air menaçant de la jeune femme le fit opiner. Habituellement, il l'aurait mis sur les rails avec une bonne réplique pas piqué des vers mais Benêt ne semblait pas du genre à faire ça. Loin de là. Il devait être le style de mec complètement soumis. Surtout devant des femmes au caractère trempé tel qu'elle.
― Je ne sais pas ce qui m'a pris et je m'excuse pour mon comportement. Mais si JAMAIS au grand jamais j'apprends que vous en avez touché un mot à quiconque… Vous pouvez être certain que vous ne ferez plus parti de la police.
Bravo. Ça me démange d'en parler maintenant… Faudrait arrêter de tendre la perche pour se faire battre.
― J'ai bien saisis Inspecteur.
― Autre chose puisque j'ai l'occasion de vous parler. Avez-vous…
Elle s'interrompit, scrutant son visage avec tant d'insistance que, durant de longues secondes, il eut l'impression qu'elle commençait à comprendre. Il se rendit compte de la méprise lorsqu'elle se reprit.
― Si vous voulez vous retrouver à la rue, continuez de reluquer ma poitrine sinon relevez les yeux.
Kuroashi rougit. Elle était sérieuse ? La jeune femme était débout penchée sur son ordi mais il n'avait pas vraim… Bon si, il avait remarqué cette vue imprenable toutefois il tenait à la vie.
― Vous me prenez pour qui au juste Inspecteur ? Kuroashi ?
Les deux jeunes gens s'entreregardèrent… jusqu'à éclater de rire. Sans le vouloir, Kuroashi se fit la réflexion qu'il l'avait rarement vu rire aussi franchement. Elle était nettement plus mignonne.
― Non tout de même pas, assura-t-elle en essuyant une larme de joie. La paranoïa est une chose somme toute naturelle, je dois être sur les dents.
Elle consulta sa montre et le faux policier eut la sensation qu'elle venait de prendre conscience d'une chose.
― Zut ! Je pensais juste vous mettre les points sur les i. Je reviens dans quelques minutes, restez là.
Elle partit au pas de course, laissant un Kuroashi bouche bée derrière elle. C'était aussi… simple ? La porte allait se fermer lorsque le collègue de Darry la stoppa avant.
― Je te préviens quand elle revient, histoire de te préparer au pire.
Kuroashi aurait bien rit. De la manière la plus démoniaque qui soit. Haaaa ces Déclarés, tous des naïfs. Ce serait presque attendrissant… si je ne trouvais pas ça plus stupide et plus pathétique qu'autre chose.
Il opina et son « ami » lui sourit avant de refermer. C'était le moment.
Il bondit de l'autre côté du bureau. Ordinateur toujours allumé. Parfait. Il prit son oreillette et son disque dur portable. Il inséra ce dernier dans un port USB et contacta son ami. Le cambrioleur avait pensé à enlever au préalable son modulateur de voix afin que Pipo le reconnaisse.
― Kuroashi ? T'appelles beaucoup plus tôt que prévu !
― J't'expliquerais, lâcha le jeune homme, peu désireux de s'étendre sur le sujet. Dis-moi ce que je dois faire là.
― Et bien tout d'abord…
― Pas dans ton langage d'informaticien s'il te plait. Pour te côtoyer tout les jours, je ne suis pas un noob mais faut pas exagérer non plus.
― …Ok.
Kuroashi passa quelques minutes intenses, pianotant sur le clavier. Il remercia la providence qui avait procuré au policier l'obligation de porter des gants. Concentré, il ne quittait pas le clavier des yeux, il avait passé assez de temps sur un ordinateur pour qu'il n'ait plus besoin de regarder pour savoir où ses doigts devaient se poser. Il consultait les dossiers et les envoyait vers son disque dur qui, grâce au logiciel espion qu'avait placé Pipo à l'intérieur, était directement reconduit vers le PC de l'intéressé. Les fichiers s'ouvraient et se fermaient en une fraction de seconde, Kuroashi triant, modifiant l'historique des consultations. Étrangement, Pipo arrivait à lui communiquer cette excitation que de posséder la maîtrise totale sur une machine. Il avait même un sourire en coin. Bon, il préférait largement le terrain que ce genre d'activité toutefois, il ne pouvait pas nier que c'était jouissif d'une certaine manière. Pipo était à l'informatique ce qu'il était à la cambriole. Quand on voyait les choses en ce sens, le voleur comprenait que son ami puisse adorer son rôle au sein de leur groupe.
Kuroashi en profita pour jeter un œil sur les dossiers de la police, histoire de voir s'il n'y avait pas un "Absalom" dans le lot. Il eut du mal à contrôler ses tremblements de joie à l'idée d'avoir enfin des infos sur lui.
Il se mordait la lèvre pensivement. Rien de rien. Si même les poulets ne savent rien sur lui, c'est qu'ils ne servent à rien ! Ça ne m'étonne pas mais j'aurais cru que Dorobo aurait pêché quelques bribes d'informations sur lui… Elle sait que je le traque et elle ne fait aucune recherche ?
Impossible. Elle devait chercher de son côté. Absalom ne tenait pas à ce qu'on apprenne quoique ce soit sur lui. Kuroashi était au courant de l'existence d'un "réseau" de la police. Il regroupait des Déclarés provisoires qui étaient aussi d'ex-criminels. C'était leurs informateurs. En échange des infos, ils avaient l'espoir qu'un jour ils soient lavés de leurs crimes. La vérité ? Ils étaient renvoyés à Impel Down à la première incartade. Ils étaient étroitement surveillés et ils la commettaient toujours cette incartade. Les preuves étaient si facile à fabriquer et qui croirait des N.D., criminels de surcroit ?
Il ne désespérait pas. Peut-être que tout n'était pas perdu. Une info. Une seule. Depuis le temps qu'il courrait après ce type, il en avait assez de tomber sur des impasses bourrés de cadavres. Au sens propre comme au figuré d'ailleurs.
Ce fut à cause de cette exaltation qu'il n'entendit pas les trois coups rapides de son éclaireur. Par contre, il entendit la porte s'ouvrir et, in extremis, il eut la présence d'esprit d'ôt… d'arracher l'oreillette de son oreille. Il venait de se faire très mal mais tant pis. Il avait saisit la méthode et il saurait l'appliquer.
Il se figea entièrement en relevant la tête. Dorobo. Leurs regards se croisèrent.
― Qu'est-ce que vous êtes en train de faire au juste Officier ?
― J'admirais votre ordinateur Inspecteur.
Les yeux de la belle rousse s'arrondirent tandis que le jeune homme se rendait compte de sa bourde. Le modulateur ! s'affola t-il en plaquant sa main sur le cou. Il le voyait, à son visage étonné, elle venait de comprendre. Il fallait agir vite.
Il fit un bond au-dessus du bureau et poussa l'Inspectrice contre le mur avant qu'elle n'ait le temps d'esquisser un geste pour ouvrir la porte. Il prit son arme et pressa sa main libre sur la bouche de la rouquine. Elle eut beau tenter de le repousser, il était trop près pour un coup de pied, elle n'arrivait pas à le faire reculer d'une seule main. Lui écraser les orteils n'était pas non plus une option, les bottes réglementaires étaient toutes à bouts ferrés.
Il fallait qu'elle se fasse une raison, il l'avait piégé.
― Si seulement vous aviez eu l'intelligence de faire semblant de n'avoir rien compris, s'exaspéra Kuroashi en levant les yeux au plafond. Je vous croyais plus futée, vous me décevez mais à présent va falloir assumer vos bêtises. Bon, maintenant que vous êtes avec moi, vous allez rester jusqu'à ce que j'en aie fini avec mes affaires. Compris ? Hochez la tête.
Ce qu'elle fit. Kuroashi n'était pas dupe. Il l'approcha de lui et plaqua son corps contre le sien. Sentir le torse du criminel contre son dos, ses hanches contre les siennes, elle se rappelait le rêv… cauchemar qu'elle faisait chaque nuit depuis le soir du bal.
Pire, la main du voleur commençait à parcourir son corps à tâtons après avoir prit l'arme à feu de la belle. Elle ferma les yeux. Horreur ! Avec son souffle à son oreille, c'était de pire en pire…
Le voleur professionnel la força à s'asseoir, passa ses bras derrière la chaise pour menotter ses poignets en passant la chaîne à travers les barreaux. Il se saisit des trousseaux de clés, ferma la porte à double tour et prit la seconde chaise pour la placer sous la poignée.
― Tient vous ne criez pas ? s'étonna le jeune homme en se réinstallant derrière le bureau, dans le confortable fauteuil en cuir.
― Ça ne servirait à rien, c'est insonorisé. Et quand bien même, tu aurais eu le temps de t'enfuir.
― C'est vrai ! Vous n'auriez pas dû vous installer au rez-de-chaussée.
― Et puis je me dis que si tu ne m'avais pas assommé c'est parce que tu voulais me parler.
― Il ne vous ait pas effleuré que l'idée même de faire du mal à une femme me révoltait ? Ah non ! J'avais oublié. Un criminel N.D. est forcément le pire des salauds.
Il eut un sourire en coin, son regard se perdant dans la contemplation de Dorobo. Cette femme était à lui, offerte malgré elle. Il y avait tant de choses qu'ils auraient pu faire au lieu de discuter. Pour tout avouer, ça le tentait. Trop. Il posa le Beretta sur le bureau puis se remit à pianoter et à fouiner avant que son service trois-pièce n'ait raison de sa… raison.
De son côté, la jeune femme en était restée muette. Il pensait sincèrement qu'elle voyait les choses ainsi ? Certes, elle pensait de lui qu'il était le pire des hommes mais de là à faire une corrélation avec son statut de N.D.… Non tout de même pas.
Elle allait mieux maintenant qu'il était à l'autre bout de la pièce et qu'ils étaient séparés par ce bureau. Elle se rencogna contre le dossier de la chaise, se mettant le plus à l'aise possible vu sa situation. Ç'aurait pu être pire. Il avait raison dans un sens. Penser qu'il puisse être un gentilhomme… Elle ne savait pas si elle devait en rire jaune ou franchement.
― Par contre, vous avez raison, l'interrompit Kuroashi sans quitter son écran. Vous tombez à point nommé même si je ne l'avais pas prévu. Il fallait que je vous parle. Je prévoyais de le faire dans quelques jours par téléphone. Tant pis. Ce sera ça de moins à faire sur ma liste.
― Tu détestes tant que ça Absalom ? Au point de venir dans l'antre de ton pire ennemi.
― Vous n'êtes pas mon pire ennemi. La police, le Gouvernement… Vous êtes exactement pour moi ce que sont les N.D. pour le Gouvernement. Quoique. Vous vous en sortez bien mieux vu que vous arrivez à m'amuser.
Il ne quittait pas l'écran des yeux. Elle trouvait cela inquiétant et… était fascinée par la vitesse de ses doigts sur le clavier. Elle en était jalouse. Les cliquetis des menottes le figèrent. Un peu plus d'une fraction de seconde. Tout juste le temps de vérifier qu'elle était toujours sur sa chaise et que son Beretta était avec lui.
― Si seulement vous n'étiez pas dans la police, tout serait plus simple…, murmura t-il pour lui-même.
― Pourquoi tu agis ainsi ? Par vengeance ? Si c'est le cas c'est ridicule !
Il s'immobilisa une nouvelle fois. Ses yeux plongèrent dans les siens, pas un tremblement ne l'agitait et il ne bougea pas d'un millimètre.
― Vous êtes Déclaré mais vous connaissez l'importance de la famille ?
Cette question sidéra la jeune femme qui en perdit la voix une bonne minute. Une longue minute où les yeux du criminel ne quittaient pas les siens. Pas la moindre trace d'amusement sur son visage. Pas de moquerie. Uniquement un sérieux mortel qui n'admettait aucun changement de sujet. Il y avait quelque chose dans ce regard qui l'obligeait à répondre honnêtement.
― Je n'ai plus que ma grande sœur.
― Condoléances.
Il avait lâché ce mot comme s'il s'était attendu à ce qu'elle le lui annonce. Si son visage ne laissa rien paraître, une lueur de chagrin apparut dans son regard pour ensuite s'estomper. Comme si montrer ses sentiments étaient une preuve de faiblesse. Il poursuivit.
― Vous ne répondez pas à ma question.
― Ça devrait pourtant. Oui.
Tout d'un coup, comme mécanisé, il se concentra à nouveau sur l'ordinateur. Triant et visionnant toujours plus de dossiers.
― Alors vous devriez comprendre. A moins que nos statuts nous ont fait évoluer différemment sur ce plan là aussi.
― Je ne vois pas de quoi tu parles…
― Je sais. Ça viendra bien assez tôt. Ou jamais, ce qui serait surement le mieux pour tout deux.
Elle sentait bien que Kuroashi était en train de se confier tout en se fermant comme une huître. Elle décida de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis le bal…
― Pourquoi m'avoir secourue ?
Il fronça les sourcils. De quoi parlait-elle ? Faisait-elle référence à leur chute dans la tour ? Elle avait deviné que c'était lui qui l'avait déposée dans la cour ? Impossible. Rien ni personne n'aurait pu l'aider à faire cette déduction. Elle avait réussi à le cerner ? Non. Cette idée le révulsait.
― Je l'ai déjà expliqué, répondit-il avec un soupir las. Vous voulez me faire perdre du temps pour que quelqu'un vienne vous secourir ?
― Non, ce n'est p…
― J'ai des principes. Je n'en ai pas l'air, j'en suis conscient. L'idée que je ne puisse pas supporter de voir une femme se faire blesser alors que je peux intervenir vous semble surréaliste mais c'est vrai. Autre chose ?
― Tu ne voulais pas me parler ?
― Certes toutefois s'il vous reste des questions…
Est-ce toi qui m'as laissé dans la cour du château de Doflamingo ? pensa-t-elle fébrilement. Elle ne comptait pas le lui demander. Cela n'aurait servit à rien. S'il affirmait que oui, qu'est-ce que cela aurait changé entre eux ? Rien probablement et cela aurait entraîné d'autres questions qui ne devaient pas exister. Plus embarrassantes. Mieux valait ne pas savoir au final.
― Je compte m'en prendre à Rob Lucci, poursuivit Kuroashi qui repéra le sursaut de Dorobo. Je savais bien que vous sauriez quelque chose sur lui au moins.
― Kuroashi, tu ne devrais pas.
― Vous êtes certaine de pouvoir me dire ça ? Pourtant ça devrait vous arranger, si je me fais capturer, je vais à Impel Down à coup sûr. Un poids en moins pour vous à moins que…
Il eut un sourire malicieux rien qu'à cette idée.
― Cela vous dérange parce que ce n'était pas vous qui m'aurez coffré si cela devait arriver. Je vois, je vois… Fierté d'Inspecteur. Je vous ai dit que je devais vous parlez, pas prendre en compte votre opinion. Tomoshibi ou un autre collègue risque de venir ?
― Pas Tomoshibi. Les autres non plus. Tout le monde sait que j'aime la solitude.
― Ça se sent.
Le visage de la rousse vira au cramoisie. Il venait de se moquer là ?
― Ce n'est pas une raillerie, continua t-il, lisant dans ses pensées ce qui énervait déjà la belle rousse. Je l'ai constaté depuis le temps. Au bal, ça m'est apparu comme une évidence. C'est faire preuve de sagesse selon moi.
Il leva les yeux vers le plafond un court instant avant de les rabaisser vers elle.
― Veuillez m'excuser, ce n'est que mon opinion après tout.
Nami était perplexe. Ainsi donc… Ils avaient la même opinion ? C'était si… étrange. Il lui sembla entrevoir enfin un aperçu du gouffre qui les séparait. Elle se sentait malgré tout proche de lui à cet instant.
Sa tâche terminée, il vérifia une ultime fois les dossiers qu'il avait rejetés et l'historique vide. Satisfait, il déconnecta le disque dur portable et le rangea dans sa poche intérieure. Il s'étira. Une bonne chose de faite ! Il éteignit l'ordinateur et l'installa dans sa sacoche. Le cambrioleur s'enfonça avec délice dans le fauteuil rembourré et croisa les bras sur son torse en inclinant légèrement la tête sur le côté.
― Je paierais cher pour savoir à quoi vous pensez, Inspecteur.
― Je me disais que cette apparence n'est pas celle que je préfère.
― Ah oui ? Vous avez des préférences ? Je meurs d'envie de savoir…
― Blond aux yeux bleu t'irait bien mieux je trouve.
Elle se mordit la lèvre. Trop tard. Elle avait répondu du tac-au-tac. A voir le visage de Kuroashi, cette réponse le satisfaisait bien plus que n'importe quelle autre.
Pauvre d'elle ! Tout à ses souvenirs, elle s'était remémorée son rêve où se mêlait Kuroashi et le mystérieux N.D. Elle ferma les yeux un bref moment. Elle aurait tout donné pour effacer ce sourire de ces lèvres.
― Je prends en compte. On verra bien lors de notre prochaine rencontre si rencontre il y a… A présent, les bons moments ayant toujours une fin…
Il se leva à contrecœur et se dirigea vers elle. Contournant la chaise, il se plaça derrière et entreprit de la défaire de ses menottes. Puis survint quelques imprévus.
Imprévu n°1 : Dorobo prit appui sur ses pieds et se projeta en arrière pour le repousser.
Imprévu n°2 : Elle avait au préalable arraché des mains de Kuroashi les clés et avait enlevé ses menottes. Enfin libérée, elle s'était dirigée vers le jeune homme à moitié assommé.
Imprévu n° 3 : Elle l'avait empoigné par le col, l'avait poussé vers son bureau pour l'y allongé et avait grimpé sur ledit bureau après avoir récupérer son arme, hanches contre hanches, pour l'empêcher de bouger. Elle n'avait pas l'air commode.
La question était à présent… Que devait-il faire pour se sortir de là ?
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à suivre...
Et voilà ! C'est tout pour cette semaine ! Plus ça va, plus on approche d'un autre affrontement ! J'espère vous avoir bien frustré [mode sadique on !] et que vous avez hâte d'être à la semaine prochaine pour la suite.
En ce moment je me pose un dilemme. Est-ce que je met des extraits du prochain épisode à la fin histoire d'être encore plus frustré ? En même temps ce serait un détail en moins à découvrir... Non vraiment, je ne sais pas.
Je vous invite à commentez si vous êtes d'humeur, moi je vous donne le même rendez-vous, même jour (Samedi pour les têtes en l'air !), la semaine prochaine.
A très vite !
