Bienvenue au chapitre 12 qui est, vous allez vite le remarquer, un peu plus long que les précédents. Mais je n'avait pas envie de couper l'action alors voilà ! Bonne lecture !
Chapitre 12
Du sang sous la lune
La journée du lendemain fut plutôt calme en comparaison des jours passés. Les prisonniers étaient toujours confinés dans leurs baraquements mais étant donné les trombes de pluie qui tombaient sur le stalag depuis le matin, personne ne s'en plaignait.
Comme prévu, le colonel Klink avait rappelé la majeure partie de ses troupes au camp pour en renforcer la sécurité et pour déblayer la cour, parsemée des débris du frigo. Il avait bien pensé utiliser les prisonniers pour nettoyer les dégâts engendrés par l'explosion mais utiliser ses propres hommes lui donnait une excuse de plus pour les avoir écarté des recherches. Les hommes d'Eberhart continuaient quant à eux de fouiller la forêt. Avec un peu de chance, leurs recherches ne les mèneraient pas directement au point de rendez-vous avec la résistance.
Si le général de la gestapo ne quittait pas le stalag ce soir, il manquerait le sous-marin. Ce qui était inacceptable. Hogan ne pouvait pas courir le risque de garder un général allemand dans le tunnel plus longtemps. Surtout celui-là. Il était le genre d'homme à tenter une folie pour pouvoir s'échapper.
Enfin, pour le moment, il était sous la bonne garde du capitaine Lackey. Ils allaient devoir faire un bon bout de chemin ensemble jusqu'à l'Angleterre alors autant qu'ils apprennent à se connaître tout de suite. Et puis, garder le capitaine de la RAF occupé l'empêcherait de monter dans la baraque et d'y croiser un certain caporal anglais.
Hogan aurait voulu que Newkirk se décide à parler à son ancien instructeur, qu'il lui dise ce qu'il avait sur le cœur, qu'il lui raconte la vérité à propos du vol dont il avait été accusé à tord. Il voulait qu'il lui parle, oui, mais il ne voulait pas lui forcer la main. Pas tant qu'il restait une possibilité pour que Newkirk fasse le premier pas en tous les cas. Ce qui était, et l'américain ne se voilait pas la face, très peu probable. Quand il le voulait, le caporal pouvait être vraiment têtu.
Le colonel était persuadé que Newkirk ne lui avait pas raconté toute l'histoire. Lorsqu'il avait décidé de porter le chapeau pour son jeune ami, l'anglais savait pertinemment qu'il serait vu comme un coupable. Il connaissait déjà les sentiments de Lackey à son égard et en avait joué pour écarter tout soupçon du garçon. Alors la rancune qu'il éprouvait à l'égard de son capitaine ne pouvait pas qu'être due à cette accusation non fondée. Ce n'est pas son honneur seul qui avait été blessé. Non. Hogan ne savait pas ce que Lackey avait fait croyant que Newkirk était son voleur mais il savait une chose : il avait brisé quelque chose en lui et cette plaie invisible ne s'était pas encore refermée.
Pour l'heure, malgré les cernes qui attestaient du peu de sommeil dont il avait du profiter cette nuit, Newkirk ramassait sans vergogne les billets que venaient de perdre ses camarades. Au poker, il était presque imbattable. L'anglais battit les cartes et les redistribua sous l'œil attentif des autres joueurs qui ne pouvaient s'empêcher de suspecter quelque entourloupe de sa part. Pourtant, même si tricher n'était pas bien difficile pour lui, jamais il n'aurait usé de ses talents pour voler l'argent de ses amis.
S'adossant au mur près de la porte pour observer la partie, Hogan ne put s'empêcher de remarquer que l'anglais distribuait les cartes bien plus lentement qu'à son habitude. Sa main devait encore le faire souffrir et à en juger la marque violacée qui la recouvrait, il n'avait probablement rien fait pour améliorer les choses. Situé derrière l'anglais, le colonel laissa son regard s'arrêter sur les cartes de l'anglais. Avec ça, il ne risquait pas d'aller bien loin dans la partie. Deux trèfles, un deux et un cinq. Un trois de cœur et un valet de carreau. Pourtant, la plupart des joueurs s'étaient déjà couchés, fatigués de perdre sans doute mais surtout perplexe quant au jeu de Newkirk qui distribuait la carte suivante avec le même pétillement dans le regard et le même sourire en coin que lorsqu'il était sûr de gagner. Il était impossible de lire dans son jeu et comme l'anglais avait déjà ramassé la plupart des pots précédents, il risquait aussi de faire main basse sur celui-ci.
Avant même que le dernier tour ne soit joué, toutes les cartes étaient posées face contre table à l'exception de celles de Newkirk. Il ramassa une nouvelle fois le pot sans dévoiler son jeu. Hogan retint un sourire pour ne pas montrer aux autres joueurs qu'ils auraient facilement pu gagner cette manche. Ils étaient tous tellement persuadés que Newkirk finirait par gagner que toutes leurs chances étaient écartées par leurs doutes.
- J'abandonne. Râla Olsen en se levant pour aller s'étendre sur une couchette, ruminant sa mauvaise humeur.
- Je crois que je vais faire comme lui. Soupira Kinch. Je n'ai pas assez pour continuer de toute façon.
La partie était finie. Newkirk rangea délicatement les cartes dans leur boîte et récupéra la poignée de billets qu'il venait de gagner pour la glisser dans la poche de son pantalon.
Lorsqu'il se leva, il sursauta en se retrouvant face à face avec le colonel Hogan. Il n'avait pas vu que celui-ci se trouvait derrière lui. Hogan lui saisit doucement le bras et lui indiqua son bureau d'un geste de la tête. Newkirk acquiesça lentement, inquiet quant à ce que pouvait bien lui vouloir l'américain. Il le suivit néanmoins dans ses quartiers, ravalant sa salive d'appréhension lorsqu'il entendit la porte se refermer après son passage.
- Assis. Lui dit simplement l'américain.
Ne songeant même pas à désobéir à l'ordre de son supérieur, Newkirk se laissa tomber sur une chaise, observant Hogan tandis qu'il prenait quelque chose dans son armoire. Une boîte de premiers soins.
- Ta main.
La première réaction de l'anglais fut de cacher sa main derrière son dos mais il se rendit vite compte que c'était idiot. Le colonel avait visiblement déjà eu un aperçu de sa blessure.
-Ca ne fait pas mal. Affirma t-il en tendant son bras.
- Ah oui ?
Absolument certain du contraire, le colonel lui donna une petite tape sur le dos de la main.
- Aïe !
Sur le coup, il cacha réellement sa main derrière son dos…
- Ta main.
Newkirk la lui retendit, méfiant, en lui lançant un regard noir. Il l'avait peut être un peu cherché mais ce n'était pas une raison.
Cette fois, le colonel prit délicatement sa main pour observer la contusion.
- Ca a gonflé depuis hier. Est-ce que tu peux fermer le poing ?
Il pouvait le fermer mais pas le serrer, la douleur remontant sournoisement dans son bras à chaque tentative.
- Tu as du frapper sacrément fort…
- Vous pouvez le dire, gouverneur !
Hogan fit semblant de ne pas noter l'air fier du caporal et se contenta d'étaler de la pommade sur la contusion. Le sourire satisfait de Newkirk disparut aussitôt, les doigts du colonel appuyant sur sa blessure étant tout sauf agréables. Il ne retira néanmoins pas sa main et attendit jusqu'à ce que la pommade commence à faire effet.
Lorsque les couleurs qui avaient quittés les joues du caporal à l'apposition de la crème réapparurent, Hogan arrêta son traitement. Il badigeonna une compresse de cette même pommade et l'appliqua sur la blessure, l'entourant d'un bandage pour la maintenir en place.
Newkirk se sentait un peu idiot d'être ainsi pouponné par son supérieur hiérarchique mais il se laissa faire sans un mot, évitant seulement de croiser le regard du colonel.
- Voilà. Ce n'est pas grand-chose mais ça devrait suffire.
Persuadé qu'Hogan en avait terminé avec lui, Newkirk fit mine de se lever mais le regard impératif du colonel l'en dissuada.
- Newkirk. Est-ce que tu te sens capable d'escorter le capitaine Lackey et Eberhart jusqu'au point de rendez-vous avec les résistants ?
Le visage de l'anglais s'assombrit. Il savait très bien que le colonel ne faisait pas allusion à son petit bobo à la main.
- Pourquoi moi ? J'en ai déjà fait beaucoup pour cette mission. Son ton était plus froid qu'il ne l'aurait souhaité mais le colonel Hogan n'avait pas à se mêler de ce qui ne le regardait pas. Oui, il s'était confié à lui mais cela ne lui donnait pas le droit de l'obliger à se confronter à Lackey. Surtout lorsque l'on considérait les résultats de la dernière confrontation entre les deux anglais.
L'américain ne lui répondit pas mais son regard était sévère et sans appel.
- Est-ce que c'est un ordre ? Marmonna Newkirk en baissant la tête, vaincu.
- Oui.
Le caporal anglais serra les dents et ses doigts s'accrochèrent compulsivement à son pantalon. Si c'était un ordre, il obéirait.
oOo
La nuit était tombée depuis un moment sur le stalag. Un silence stressant s'était installé dans la baraque deux alors que Newkirk, Lackey et leur prisonnier devaient déjà s'être enfoncés dans forêt, à la merci des patrouilles de la gestapo.
Le reste de l'équipe de Hogan n'avait pu se résoudre à aller se coucher en attendant le retour du caporal anglais. Ils étaient tous installés autour de la table, dans le noir, éclairé de temps en temps par les projecteurs qui se braquaient régulièrement sur leur baraquement. Ils parlaient à voix basse, sirotant un café dont la chaleur pourtant apaisante n'arrivait pas à écarter leurs inquiétudes.
Ils n'avaient envoyé qu'un seul homme pour escorter le capitaine anglais et le général allemand dans l'espoir qu'un nombre réduit leur permettrait de passer plus facilement les patrouilles si par malheur ils en croisaient. Quand au choix de Newkirk, tout le monde en avait comprit la raison.
- Je ne suis pas sûr que vous ayez eu une bonne idée cette fois mon colonel, ne put s'empêcher plus longtemps de dire Lebeau. La situation était déjà assez risquée comme ça…
- Je sais. Acquiesça sombrement Hogan. La mission passe avant tout mais c'est la dernière chance de Newkirk d'éviter la Cour Martiale.
- Vous croyez qu'il va tuer le capitaine et l'enterrer dans la forêt pour que le corps ne soit jamais retrouvé ?
Tous les regards se tournèrent vers Carter dont le sourire, dans la pénombre, était particulièrement effrayant en cet instant. Il n'y avait rien à répondre à ça…
- Il n'a pas tout a fait tord, colonel. Admit pourtant Kinch. Si vous aviez vu Newkirk… Il aurait pu le tuer.
- Tu dis n'importe quoi. S'emporta Lebeau, oubliant de doser sa voix. Il ne tuerait pas de sang froid. Pas un allié !
Il avait été emmené au stalag 13 peu de temps après Newkirk. Le seul français de tout le camp. Il avait été mis à l'écart et ne s'en était pas plaint, le creusant de plus en plus à chaque joute verbale ou bagarre avec les anglais. Il était persuadé à l'époque qu'il était le seul à ne pas rentrer dans le moule jusqu'à ce qu'il soit transféré dans une nouvelle baraque et qu'il rencontre LE mouton noir du camp. A l'époque, Newkirk avait déjà un bon nombre de tentatives d'évasions à son actif mais ses longs séjours au frigo n'étaient pas seulement dus à sa persévérance quasi suicidaire. Il attirait les ennuis avec un plaisir malsain, s'attirant les foudres des allemands comme des anglais qui en subissaient le contrecoup. Et ses soi-disant alliés le lui rendaient bien… Pourtant, jamais il n'avait vu Newkirk se défouler sur l'un des autres prisonniers, levant le poing seulement pour se défendre.
Il avait fallu longtemps au français pour comprendre que ce caporal anglais au regard glacial était tout sauf cinglé.
- Calme-toi. Intervint Hogan. Je ne pense pas non plus qu'il irait jusque là. Mais si Newkirk ne parle pas à Lackey, son séjour au stalag ressemblera à des vacances en comparaison à ce qui l'attendra en Angleterre.
- J'ai parlé avec le capitaine. Intervint Carter. Peut-être que ça aidera…
Hogan sourit de l'optimisme du sergent qui était assis près de lui et bu une gorgée de son café, son regard se perdant dans le liquide obscur qui emplissait la tasse.
oOo
Le caporal Peter Newkirk n'avait pas tué son capitaine, pas encore. Mais il ne lui avait pas non plus adressé un seul mot depuis qu'ils avaient quitté le tunnel d'urgence. Quant au général Eberhart, il ne risquait pas de parler, bâillonné comme il l'était.
Les mains de l'allemand étaient ligotées derrière lui, son bras étant enserré par Newkirk afin de le forcer à avancer dans la bonne direction. Le pistolet que l'anglais tenait de l'autre main était près à couper court à toute tentative de fuite de la part de l'allemand.
Lackey suivait Newkirk de près, l'oreille aux aguets, une arme serrée contre la poitrine.
Ils marchaient depuis près de trois quart d'heures maintenant et se trouvaient à mi-chemin entre le stalag 13 et le point de rendez-vous, sans un bruit. Le capitaine fut le premier à rompre le silence pesant :
- J'ai eu l'occasion de parler avec le sergent Carter. C'est un gentil garçon.
Newkirk tressauta au son de la voix, surpris.
- Ne parlez-pas. Il y a peut-être des allemands dans les environs.
Lackey ne fit aucun commentaire quant à l'ordre qu'il venait de recevoir d'un subalterne, continuant sur sa lancée :
- Caporal.
Il n'eut pas l'occasion de dire ce qu'il avait à dire. Newkirk se retourna vers lui, une flamme indomptable dansant dans ses yeux.
- Je ne m'excuserais pas si c'est ce que vous cherchez.
Le capitaine de la RAF eu un mouvement de recul. Cette rage dans le regard du caporal, c'était la dernière chose qu'il avait vue avant de sombrer dans l'inconscience lorsque celui-ci l'avait agressé. Le sergent Carter avait sans doute raison à propos des qualités du caporal et de la nécessité de ses « talents » lors de leurs diverses missions mais le caractère de Newkirk restait tel qu'il l'avait toujours été, borné, irrespectueux et dangereux. Si le caporal ne désirait pas s'expliquer, tant pis pour lui, il en subirait les conséquences.
Newkirk en revanche ne pu contenir plus longtemps ce qu'il avait sur le cœur. Maintenant qu'il était lancé, rien n'allait pouvoir l'empêcher de cracher sa haine au visage du capitaine :
- Vous l'avez tué. C'était un gamin et vous l'avez tué. Vous étiez son capitaine, c'était votre rôle de le protéger, pas le mien ! Et vous l'avez abandonné… Jamais je n'ai posé une main sur ce putain de fric, jamais !
Ses pensées étaient encore moins cohérentes que les mots qui passaient ses lèvres mais Lackey ne pu qu'écouter.
Eberhart fut surpris de la tournure des événements. Evidemment, il avait d'autres choses à penser mais il ne pouvait que s'intéresser à ce caporal anglais qui, en toute vraisemblance, n'avait pas hésité à frapper son supérieur hiérarchique. Et pas qu'une fois étant donné l'état du visage de ce dernier.
Mais l'attention qu'il portait aux paroles de Newkirk ne l'empêcha pas de remarquer que la prise de l'anglais sur son bras n'était plus aussi forte et que l'attention de son escorte personnelle n'était plus dirigée vers lui. Il se ferait sans doute tirer dessus mais c'était un risque à prendre. Il savait que les alliés le voulaient vivant et il savait aussi qu'un coup de feu alerterait tout soldat allemand patrouillant dans les environs. Il avait donc toutes les chances de s'en tirer vivant.
Newkirk sentit à peine le bras du général glisser entre ses doigts. Il se retourna, arme au poing, pour voir l'allemand courir se mettre à l'abri des ténèbres. Il ne pouvait pas lui tirer dessus, pas entouré d'allemands près à leur bondir dessus au moindre faux pas.
Se maudissant pour son manque d'attention, Newkirk se lança à la poursuite du général. Il était plus jeune et bien plus agile que l'allemand. Son erreur serait vite rattrapée.
Une détonation retentit comme une explosion au milieu de la nuit.
Eberhart ne sentit pas immédiatement la balle qui lui traversa le corps. Il lui fallu une seconde avant de se rendre compte que des flots de vie s'échappaient de son thorax, lui coupant le souffle, le rendant nauséeux. Il ralentit, fit un pas, deux pas, son corps partant en avant, puis il s'écroula.
Newkirk, n'eu pas à se retourner pour savoir d'où le coup était parti. Il continua sa course jusqu'au corps tremblant du général de la gestapo, s'agenouillant à ses cotés dans l'espoir que la blessure n'était pas aussi grave qu'elle en avait l'air. Il le retourna, surpris de trouver Eberhart encore conscient.
Instinctivement, oubliant presque à qui il avait affaire, l'anglais posa une main sur la blessure de l'allemand, comme pour arrêter le flot de sang.
Les soldats allemands, alertés par le coup de feu, ne devaient plus être loin, il ne pouvait pas permettre que le général soit retrouvé vivant. S'il parlait, ils seraient tous en danger. Le colonel Hogan, Lebeau, Carter, Kinch. Ils seraient tous en danger.
Une main toujours posée sur l'entrée de la balle, Newkirk posa le canon de son arme contre la poitrine d'Eberhart, au niveau du cœur. Sa main tremblait mais il devait le faire.
Il s'attendait à ce que le général le supplie de ne pas l'achever, il s'attendait à voir plus de terreur dans les yeux de sa victime que dans les siens mais il ne s'attendait pas à ça.
Levant avec difficulté ses mains liées, le général attrapa faiblement le bras de Newkirk. Pas pour éloigner l'arme de son cœur, non.
- Si tous nos hommes étaient comme vous caporal, nous aurions déjà gagné la guerre depuis bien longtemps. Souffla t-il.
Son dernier souffle. Ses bras retombèrent, ses yeux vidés de toute vie restèrent fixés sur Newkirk comme une fenêtre sur l'enfer. Jamais il n'oublierait ce regard.
Ignorant le malaise qui le tenaillait et le capitaine Lackey qui se trouvait derrière lui, marmonnant des excuses inintelligibles, Newkirk éloigna l'arme qu'il n'avait finalement pas eu besoin d'utiliser et retira les menottes du mort. Hésitant à fermer les paupières du général sur son regard vide, le caporal retint son geste, retournant le corps face contre terre, comme s'il ne l'avait jamais touché.
Des voix. Fortes. Proches.
Il ne manquait plus que ça. Ils étaient encerclés.
Newkirk se releva et planta son regard dans celui de son capitaine, héros de guerre qui tremblait comme une feuille.
- Capitaine.
Lackey semblait bien loin et son manque de réactivité donna envie à Newkirk de lui coller une droite mais ce n'était pas le moment. Le caporal glissa son pistolet à sa ceinture et osa ses deux mains sur les épaules du pilote, le secouant pour le réveiller.
- Capitaine ! Vous vous souvenez de la route pour retourner au camp ? Capitaine ?
Lackey acquiesça, se réveillant soudain de son état de torpeur. Newkirk le lâcha et repris son arme.
- Vous retournez au stalag. Attendez d'être sûr de ne pas être suivi. C'est comprit ?
Nouvel hochement de tête, hésitant.
- Ne vous inquiétez pas. Je vais les attirer dans une autre direction.
Lackey regarda le caporal s'éloigner dans la direction opposée de celle du camp, interdit, incapable de faire autre chose que ce que venait de lui ordonner Newkirk. Il repartit sur leurs pas, se dissimulant du mieux qu'il pouvait.
Un coup de feu retentit. Toutes les patrouilles convergèrent dans sa direction. L'une d'elle passa près de Lackey sans le voir. Ils allaient sûrement tomber sur le corps du général. Dès que les allemands disparurent de son champ de vision, le capitaine de la RAF qui n'avait plus de glorieux que le titre s'élança en direction du stalag.
oOo
Newkirk n'aurait jamais pensé en arriver là, à servir d'appât pour sauver Lackey, après tout ce qu'il lui avait fait vivre… Qu'est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête ?
Dès qu'il fut suffisamment éloigné du corps gisant du général allemand, Newkirk tira un coup de feu en l'air pour attirer la gestapo. Il n'attendit pas sur place pour voir le résultat de son acte et s'enfuit à toute allure, priant pour que l'obscurité des bois le garde à l'abri des lampes torches qu'il voyait déjà balayer les arbres.
De sa main droite il serrait douloureusement son revolver, éloignant de la gauche les branchages qui l'agressaient de toutes parts. Le sang poisseux d'Eberhart sur sa paume lui donnait la nausée. Il aurait voulu s'arrêter et l'essuyer mais il ne pouvait pas, se forçant à courir en ignorant la désagréable et collante sensation.
Le sang en lui-même ne le perturbait pas autant d'habitude et la mort d'un général de la gestapo n'était pas une catastrophe en soi mais le liquide vermeille sur sa main était la preuve que la mission que le colonel Hogan lui avait confiée avait tournée au cauchemar. Le regard mort d'Eberhart le hantait alors qu'il courrait à perdre haleine, sans même voir où il posait les pieds, l'accusant dans son silence.
Je suis désolé gouverneur. J'ai encore tout fait foiré.
Et soudain, sans prévenir, le sol se déroba sous ses pieds. L'anglais trébucha et avant même de comprendre ce qu'il lui arrivait, il dévalait une pente raide parsemée de roches aiguisées. Newkirk protégea du mieux qu'il pouvait son crâne, laissant son dos et ses cotes prendre tous les chocs.
La chute ne fut pas bien longue et, à la grande surprise de l'anglais, il pu s'en relever, bien qu'un peu pantelant, sans grand dommage. Le réveil le lendemain matin, une fois l'adrénaline retombée, risquait en revanche d'être très désagréable. A supposer qu'il puisse rejoindre le camp avant le matin. Et il n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait à présent.
Entendant des bruits en provenance de l'endroit d'où il avait chuté, Newkirk décida de bouger au plus vite. Avec un peu de chance les allemands allaient perdre sa trace là-haut et ne se douteraient pas qu'il se trouvait en contrebas mais il valait mieux ne pas compter dessus. En plus, il avait perdu son arme pendant sa chute et ne pourrait donc pas se défendre si la gestapo le retrouvait.
Malgré sa volonté de s'éloigner des lieux au plus vite, le caporal anglais ne pu pas aller bien loin.
La douleur fut fulgurante. Newkirk eut juste le temps de saisir sa main entre ses dents pour étouffer le hurlement qui s'échappa de sa gorge, mordant à pleines dents dans le bandage que lui avait posé le colonel. L'anglais s'écroula sur le sol sans se soucier du sang tout frais qui passait ses lèvres alors que ses dents étaient toujours plantées dans sa main. Sa respiration avait été coupée par la douleur subite qui avait remontée tout le long de sa jambe gauche. Il mit du temps à s'en rendre compte, lâchant sa main pour prendre une grande inspiration.
Quant il pu enfin respirer à peu près normalement, il essaya de ramener sa jambe gauche à sa poitrine, le regrettant aussitôt. La sensation d'avoir été saisi par les crocs d'un prédateur gigantesque associée au cliquetis métallique engendré par son mouvement lui fit comprendre ce qui venait de se passer.
Un piège à loup aux dents acérées. Il faisait tellement noir, il avait marché en plein dessus. Pour le peu de loups qui devaient vivre dans cette forêt, il avait fallu qu'un piège ait été posé pile à cet endroit…
Laissant ses yeux pleurer silencieusement la douleur qu'il ne pouvait crier, Newkirk se redressa comme il put et tâtonna dans l'obscurité à la recherche des crocs de métal. Ils s'étaient enfoncés dans son mollet et pas qu'un peu. Newkirk n'était pas médecin mais il pouvait sans risque estimer que les dents du piège avaient atteint l'os.
Il savait qu'en ouvrant la mâchoire de fer, il courrait à l'hémorragie mais il ne pouvait pas rester sur place. Il était bien trop exposé.
Newkirk commença par retirer sa ceinture pour en faire un garrot, espérant limiter les dégâts. Il serra de toutes ses forces le lien de cuir au dessus de son genou avant de s'attaquer au piège que le retenait.
Il posa ses mains de chaque coté de la mâchoire, inspira un grand coup et, n'ayant pas le luxe d'hésiter plus longtemps, écarta d'un coup sec les lourdes dents de sa jambe captive. La douleur failli lui faire lâcher prise mais il se ressaisit et sorti sa jambe d'entre les crocs avant de laisser le piège se refermer à nouveau. Dans le vide cette fois.
Le sang coulait à flots de sa blessure malgré le garrot, chaud, presque apaisant.
- Ne t'inquiète pas Peter. Ce n'est qu'un peu de sang, tu en as encore quelques litres en réserve… Essaya de se rassurer l'anglais.
Dénouant le bandage de sa main droite, déjà tâchée du sang qui s'échappait de sa morsure, Newkirk entreprit de le passer autour de sa jambe. Cela ne changea pas grand chose, la perte de vitesse de l'écoulement qui commençait à se remarquer étant plus probablement l'œuvre du garrot.
Newkirk aurait voulu se reposer un peu avant de bouger plus mais c'était impossible, il devait se mettre à l'abri. Se remettant sur ses jambes, Newkirk manqua de s'évanouir lorsqu'il posa par mégarde son pied gauche sur la terre. Avisant une branche morte à proximité, il s'en saisit pour s'en faire une cane de fortune. Il n'irait ni très vite ni très loin de cette manière mais c'était tout ce qu'il avait. Et pour ne rien arranger, la perte de sang commençait déjà à se faire ressentir. Il était vraiment très fatigué, sa tête lui tournait et sa vue se brouillait. Comme si l'obscurité régnante n'était pas suffisante pour le désorienter…
Pour la première fois depuis que les choses avaient commencé à mal tourner, Newkirk envisagea le pire. Il allait mourir dans une forêt allemande, seul.
A suivre…
Oui, je sais, je suis cruelle avec ce pauvre Newkirk mais je ne peux pas m'en empêcher…
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