Bêta : Nanola
NDA : Ça y est, le chapitre tant attendu avec la délivrance de Draco. Cependant ne vous leurrez pas, il est aussi très dur. Et non, toujours pas de Bisounours qui chantent et volent autour de Draco, il est avec Greyback, pas dans une colonie de vacances ^^'
J'espère avoir répondu à toutes vos reviews, si ce n'est pas le cas vous pouvez m'envoyer une beuglante :p
Chapitre 12
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La fin d'une vie
Le premier acte de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom fut de déclarer l'état d'urgence dans le Royaume de Serpentard. Certains nobles et courtisans à la cour s'en offusquèrent, d'autant que le corps assassiné de leur Roi Salazar n'avait pas encore été enterré. Mais comme le Monde Libre le découvrit bien vite, tout ceux qui se dressaient devant Lui finissaient dans la tombe.
De nombreux Mages suivirent leur nouveau Seigneur, car ils étaient avides de pouvoir et de revanche. Deux jours après la mort du roi, les rares Hommes et créatures magiques qui avaient eu la folie de rester sur le territoire de Serpentard furent chassés et éliminés sans pitié.
Les autres Monarques s'élevèrent aussitôt contre les massacres. Des délégations venant de Serdaigle ou Poufsouffle furent envoyés mais ils furent eux aussi tués.
Godric Gryffondor n'envoya pas d'émissaires. L'homme, symbole du courage et de la force, leva ses armées et brandit son emblème.
Très rapidement, les Royaumes de Serdaigle et Poufsouffle firent de même. Les trois armées avancèrent, chacune de leur côté mais avec le même but : les terres de Serpentard.
On rapporte que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom sourit à cette nouvelle. Il prit la tête de ses propres armées, prit le nom maudit de Seigneur des Ténèbres et sortit des frontières de son royaume afin d'apporter le mort et la désolation au reste du Monde Libre.
« L'histoire du Monde Libre » - Chapitre 3 – Iason Werner
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Sans surprise, Fenrir sortit vainqueur du rapide combat qu'il mena contre Barbatus. Brutus hurla la mort de son frère, prit le corps ravagé dans ses bras et partit l'enterrer plus loin, dans la forêt, en compagnie de Dereck, David et Heimdall.
Le Loup-garou aux cheveux noirs fut affligé pendant quelques jours. Draco le regardait, sans parler, tandis qu'il gémissait la perte de son frère et celle, sans doute tout aussi importante dans le cœur de l'homme, de sa place de Bêta. C'était en grande partie à cause de cette dégradation que Brutus se remit assez vite de la mort de Barbatus, l'en jugeant en grande partie responsable. Si Draco devait en croire ses regards emplis de haine, nul doute que le dominant le pensait tout autant responsable que son frère.
Mais Brutus était plus intelligent que le Werwulf décédé. Il n'avait jamais rien tenté de direct contre l'Oméga et ne le ferait sans doute pas de sitôt. L'homme, en revanche, se positionna rapidement et clairement comme le challenger de Daniel. Le loup re-voulait sa place et ferait tout pour l'obtenir.
Draco trouvait cela choquant. Il avait toujours pensé que les frères étaient unis. A priori, pas suffisamment pour que Brutus se rebelle. Malgré l'assassinat de Barbatus, il était toujours d'une fidélité absolue à Fenrir. À tel point qu'elle en frisait le ridicule, selon le jeune homme.
En dehors de ça, il trouvait injuste que Barbatus ait eu droit à une tombe. Berserkir avait été enseveli sous des pierres, Lisa laissée à même le sol, Morag et Hannah jetées dans une ravine. Ce connard ne méritait pas de sépulture.
Si Draco avait encore des pensées de ce style, il se gardait bien de les exprimer à voix haute. Il n'avait guère été loquace depuis la fuite de Megan et la mort de Hannah, c'était le moins que l'on pouvait dire. Dorénavant, le louveteau ne parlait quasiment plus.
Malgré les recommandations d'Epsilon, Fenrir voulut repartir en chasse le surlendemain de la mort de Barbatus. Draco fut porté par un mâle, comme il en avait décidément l'habitude. La différence, une fois encore, résidait dans le semblant de douceur dont il était l'objet. On mettait une couverture sur le dos du loup, on l'attachait avec beaucoup de soin, par de larges attaches en tissus, non plus avec les cordes qui lui mangeaient la peau. Et par dessus, on lui mettait une autre couverture, pour qu'il n'ait pas froid en cette fin du mois d'octobre.
Le mâle porteur allait moins vite, faisait attention à sa charge. Si Draco geignait, il s'arrêtait, un autre dominant détachait le garçon, afin de s'assurer qu'il allait bien, le mettait dans une autre position, changeait ses pansements. De fait, le garçon et les loups qui étaient avec lui arrivaient toujours plus tard au campement, mais Draco s'en moquait. En général, il dormait.
Loin de l'attendrir, le comportement des mâles le révulsait au pire, l'interrogeait au mieux. Tous, sans exception, s'étaient accouplés avec lui sans pitié, malgré ses larmes, ses cris, ses suppliques. Tous au début de sa captivité s'étaient moqués de lui, de sa faiblesse, du fait que Ralph lui prodigue un peu de la tendresse qui l'avait pourtant maintenu en vie durant des mois. Ils étaient des monstres, comme le disaient ses sœurs disparues.
En réalité, Draco n'avait pas d'illusion ou plutôt ne voulait pas en avoir. Il pensait que si les mâles semblaient plus doux, c'était uniquement parce qu'ils avaient besoin qu'il survive car il devait porter l'enfant de leur Alpha. Le fait que le nouveau Bêta soit Daniel jouait aussi, sans conteste. Le mâle était plus calme, moins cruel, Daniel le considérait également comme un membre à part entière de la meute, les autres s'alignaient donc sur son comportement, supposait le garçon.
Mais Draco savait de quoi ils étaient capables. De quoi ils seraient encore capables si les choses évoluaient dans le mauvais sens. Le reste n'était qu'espoir. Or, Draco n'espérait plus rien de leur part, ni de personne. Son cœur vide n'espérait plus rien depuis longtemps. Il ne voulait plus espérer.
Malgré cela, ces loups faisaient partie de sa meute et surtout, ils le considéraient enfin vraiment comme l'un des leurs. Compagnon-Loup était quant à lui heureux de ce fait, rassuré et reconnaissant de leurs agissements et de l'attention qu'ils lui prodiguaient.
Il avait encore maigri, ne mangeant que peu. Et encore, pendant trois jours, il n'accepta que la bouillie de viande qui lui donnaient directement en becqué Daniel, Epsilon ou l'un des mâles qui s'occupaient le plus de lui, comme Neuri et Archus. Greyback aussi, de temps en temps, c'était d'ailleurs les seuls instants où il daignait s'occuper un peu de son Oméga, essentiellement quand il voulait montrer aux autres que l'adolescent était à lui.
Environ deux semaines après la perte de son bébé, Draco, qui avait suivi un moment à pattes les mâles durant la course de la journée, ne dormait pas. Il regardait le ciel étoilé. Les Loups-garous dormaient ou faisaient semblant. C'était sans importance de toute manière.
Draco leva ses yeux clairs noyés sous les larmes.
Il avait perdu son bébé. Il ne savait même pas qu'il avait un bébé. Il était condamné à avoir de nouveau un bébé. Avec Fenrir. Son cœur le faisait souffrir cette nuit. Compagnon-Loup ne cessait de pleurer. Il avait besoin d'un mâle, d'un compagnon, un vrai, pour l'aider à surmonter sa peine et son chagrin. Compagnon-Loup avait besoin du père de son enfant. Bien que le temps se soit écoulé, il venait juste de réaliser ce qui s'était passé avec Barbatus. Les images de sa fausse-couche le hantaient.
L'adolescent se dirigea à quatre pattes vers le centre de la meute, là où dormait l'Alpha. À genoux devant le mâle endormi, Draco renifla, s'essuyant les joues de ses mains sales.
« A... Alpha, » gémit-il.
« Quoi... » grommela l'homme sans ouvrir les yeux.
« Je... j'ai besoin de toi... »
« Et moi j'ai besoin de dormir. »
Draco pleura un peu plus fort, sans bouger.
« Fenrir... On... on a perdu notre bébé... »
Il prit son visage dans ses mains tout en sanglotant misérablement.
« Pourquoi tu m'ignores... tu me rejettes... Occupe-toi de moi... J'ai besoin de toi... »
Ses plaintes devinrent cris, peu à peu.
« J'ai besoin de toi, Fenrir ! Me rejette pas ! Prends-moi avec toi ! Touche-moi ! Alpha ! Fenrir !
Puis ses cris devinrent hurlements déchirants, hurlements de loup dans un corps d'adolescent.
« Mais tu vas la fermer, oui ! » cria Fenrir en se redressant.
Il prit le garçon, le secoua comme un prunier.
« Je me moque de ce que tu ressens, de ce que tu vis, tu es un ventre, un utérus destiné à m'apporter une descendance, le reste, j'en ai rien à foutre ! Oui, on a perdu le bébé mais on recommencera ! Alors la ferme et laisse-moi dormir ! »
Il poussa Draco qui s'écroula au sol en continuant de hurler et s'enroula dans sa couverture, ignorant tout ce qui se passait autour de lui.
L'adolescent qui pleurait toujours en criant sentit à peine les bras qui le saisissaient, qui le portaient, l'allongeaient de nouveau à sa place. Un mâle se plaça devant lui, le collant torse contre torse, un autre se mit derrière, plaqué contre son dos. Leur chaleur, leur odeur de dominant finirent par calmer la crise de panique du soumis, bien que difficilement. Ils se tenaient proche de lui, l'écrasant presque, lui prodiguant de la chaleur, mais surtout l'aura de leur protection. Une main puissante se posa sur sa nuque, la maintint fermement, lui offrant un bienveillant réconfort. Les sanglots s'estompèrent et l'enfant s'endormit.
Cette nuit-là, Fenrir cessa définitivement d'être le dominant référent pour l'Oméga, son semblant de compagnon, devenant un mâle comme un autre. Simplement l'Alpha. Ni plus, ni moins.
... ... ...
La meute grondait. La chasse aux fuyards était toujours d'actualité, bien que tous pensaient que ce n'était que folie. Fenrir continuait sa montée vers le nord, lui seul sachant visiblement où aller.
« Tiens, mange, Oméga, » fit Neuri en tendant au garçon un morceau de pain et de viande.
« Il nous faudrait des fruits et du pain frais, » grommela Heimdall.
« Nous irons nous ravitailler au prochain village, » déclara Greyback.
« Raid ? » demanda David, avidement. « Comme cela nous pourrions prendre aussi une ou deux femelles ! »
« Non, » grogna Fenrir. « Deux ou trois parmi vous prendront l'argent. Il faudra aller chez les marchants, dans les tavernes pour essayer de savoir si des hommes ont vu les traîtres. »
David râla, mécontent.
« Quand prendrons-nous des femelles ? J'ai besoin de me vider un peu les couilles ! »
Draco se ratatina sur lui-même tout en se reculant prudemment derrière Neuri qui lui caressa le flanc, comme pour l'assurer de sa protection.
« Tant que les choses sont ce qu'elles sont, sers-toi de ta main droite, » dit Fenrir.
« Je préférerais utiliser la jolie bouche de l'Oméga, » répondit le Loup-garou brun.
Greyback lui lança un regard noir.
« Non. Tant que l'Oméga n'est pas fécondé, personne ne le touche. Et ne vous leurrez pas. Quand il le sera, seule sa bouche vous sera accordée. Je ne referai pas les mêmes erreurs. Daniel vous surveillera de près, c'est un ordre. Personne ne pourra le toucher si Daniel n'est pas présent. Le premier qui enfreindra ces règles rejoindra Barbatus dans la tombe. »
Un silence de mort accueillit ses paroles. Puis Fenrir se redressa.
« Par contre, je te rejoins, David. J'ai moi aussi une furieuse envie de me vider les couilles. Et je crois qu'il est temps que je remplisse un certain ventre. »
« Alpha, il est encore trop tôt ! » s'écria aussitôt Epsilon.
Draco quant à lui couina lamentablement, il se dressa sur ses talons et sans réfléchir, se mit à courir, tout du moins à essayer. Il avait à peine fait plus de cinq mètres que la poigne ferme de Fenrir s'abattit sur son épaule, déchirant sa chemise. Le garçon hurla, se débattit violemment, à la surprise des dominants, en lançant ses bras, ses jambes, frappant l'Alpha de façon désordonnée et affolée.
« Tu te rebelles, Oméga ? » rigola le mâle.
« Non ! Non ! » hurlait le gamin, sans écouter ce que lui disait Greyback.
L'homme se mit à rire grassement, son corps puissant dominant celui fin et frêle du garçon. Il le jeta au sol, la tête dans la terre. Le maintenant d'une seul main, il lui arracha son pantalon.
« Que disais-tu, Epsilon ? Regarde comme il se débat bien, il est tout à fait prêt, au contraire ! »
« Non, Alpha ! » persista Epsilon. « Tu vas le blesser. Il n'est pas prêt ! Le simple fait qu'il se débatte en est la preuve, c'est l'instinct qui parle, plus fort que sa nature soumise. »
Draco se tortillait toujours, les paroles d'Epsilon le blessant encore plus. Ainsi, même le fait de se défendre n'était rien d'autre que son instinct ? Il n'était vraiment bon à rien pour les mâles. Les phrases assassines de Greyback se rappelèrent à lui. Il n'était effectivement bon à rien. Juste un ventre, c'est tout. À peine capable de porter un enfant. Et encore, il avait perdu son premier bébé.
« Non, » pleura le garçon. « Pitié non, je veux plus, je veux pas... »
Mais Fenrir se contenta de ricaner un peu plus en lui soulevant le bassin.
« Alpha, s'il te plaît, au moins ne soit pas violent avec le garçon, Epsilon et moi avons fabriqué un baume, utilise-le, » plaida Daniel en lui tendant un pot.
Greyback les regarda, renfrogné.
« Par la lune, vous êtes pires que des louves avec ce chiot ! »
« Nous pensons à tes projets, Alpha, le chiot ne nous importe guère. Si tu veux que tes projets réussissent, il faut bien ménager un minimum le ventre du gosse et sa santé, » fit Epsilon.
Draco éclata en sanglots plus forts. Il voulait mourir, simplement mourir. Une odeur d'herbe arriva à ses narines, une humidité envahit ses fesses. Puis le garçon cria.
... ... ...
Draco grelottait, claquait des dents, roulé en boule là où l'Alpha l'avait baisé puis abandonné. Ses yeux étaient fermés, son esprit ailleurs. L'odeur de Daniel s'approcha de lui, le faisant geindre. Peut-être que le mâle le consolerait un peu. Il savait que tout cela était sans doute factice, les propos de l'homme et d'Epsilon étant très clairs, mais il en avait besoin.
Que cela lui plaise ou non, Daniel était celui qui le maintenait en vie dans cette meute, comme une corde qui lui permettait de ne pas sombrer et se noyer. Il serait devenu fou, ils seraient devenus fous, Compagnon-Loup et lui, si Daniel n'avait pas été là. Or, si Draco voulait mourir, il ne voulait pas devenir fou.
Et si lui voulait mourir, Compagnon-Loup n'était pas du tout de cet avis.
Daniel le prit contre lui, marcha pendant quelques temps avant de le reposer au sol.
« Alors ? » fit la voix d'Epsilon.
« Il ne réagit toujours pas. Quant à Fenrir, il est avec David et Heimdall. Vircolac m'a dit qu'il se chargeait de Brutus et Dereck. Mais Dereck n'est pas un réel problème, » répondit Daniel.
L'homme se baissa vers le garçon qui tremblait toujours.
« Oméga, Ce que nous allons faire, nous le faisons pour le futur, même si j'aurais préféré attendre encore un peu. Je te veux vivant, Oméga. Je te veux toi, tu comprends ? »
« Il faut faire vite, Dan', » intervint Archus. « Peu importe les explications ! »
Draco couina tandis que les hommes le touchaient, le plaquant ventre contre le sol. Le gamin ouvrit la bouche pour crier quand la main d'un autre homme se posa sur sa bouche. Neuri.
Le garçon se débattit, bien que faiblement, avant d'abandonner la lutte. Ils étaient quatre mâles. Archus et Neuri le maintenaient par les bras, Daniel s'assit sur son dos, écarta ses fesses alors qu'Epsilon se plaçait entre ses jambes ouvertes.
Draco était affolé. Qu'est-ce qu'ils faisaient ? Daniel n'allait pas trahir ses promesses, lui aussi ? Il laissa ses larmes s'écouler, effondré.
Il entendit Epsilon murmurer quelque chose, et le garçon s'arqua, les mâles sur lui s'agrippant à ses membres pour l'empêcher de bouger. Draco cria, bien qu'aucun son ne réussit à s'échapper de la main de Neuri. Il avait l'impression qu'on tirait ou aspirait l'intérieur de son ventre. Il s'étrangla à moitié dans ses larmes et sa terreur.
« Calme, Oméga, calme, » ne cessait de lui répéter Daniel.
Archus plaça une main sur sa nuque, sachant que ce geste était rassurant pour le louveteau.
« Je ne cherche pas ta mort, ni ta douleur, Oméga, » fit Epsilon à son tour. « J'enlève la semence de l'Alpha, c'est tout, détends-toi, calme-toi. »
Draco relâcha ses muscles, les paroles et les gestes l'apaisant malgré lui. Epsilon lui retirait le sperme de Fenrir par magie. Même s'il ne comprenait pas pourquoi, il ressentit un immense soulagement. Il ne serait pas engrossé par l'Alpha. L'Alpha ne méritait pas qu'il porte son enfant, l'Alpha était un monstre, un bâtard, un être abject, il n'avait ni parole, ni honneur. Compagnon-Loup montrait les crocs désormais à l'idée que Fenrir soit son compagnon ou le père de son enfant. Et il ne serait pas enceint, il ne donnerait pas naissance à un petit dans cette meute de souffrance et de désolation.
Ce que faisait Epsilon faisait légèrement mal, mais il connaissait tellement la douleur que ce n'était pas l'important. Son ventre le chauffait un peu, puis soudain tout disparut.
« C'est bon, Eps' ? »
« Oui, entre ça et le spermicide, il n'y a plus de problème. J'ai tout enlevé. »
« Tu l'as gardé pour tout à l'heure ? »
« Oui, c'est bon, tu peux y aller, Daniel. »
Draco ouvrit grand ses yeux. Quoi ?
Daniel se souleva de son dos pour prendre la place d'Epsilon entre ses jambes. Le nouveau Troisième se plaça quant à lui à côté du garçon et lui souleva le bassin d'un bras, lui maintenant fermement les fesses en l'air, comme le faisant autrefois Daniel lors de chaque accouplement avec les membres de la meute.
« Fais-vite, »
« Oui, deux secondes, je me prépare, je veux pas le blesser, » grogna Daniel.
Draco tenta de se débattre de nouveau, sans le pouvoir, alors que l'air s'emplit des phéromones d'excitation. Non, il refusait d'y croire, les dominants n'allaient pas faire ça ? Les doigts humides de Daniel passèrent sur son intimité, puis ce fut le sexe du mâle.
Le garçon fondit en larmes. Pourquoi ? Pourquoi Daniel faisait ça ?
« Vite, Dan', vite ! » fit Archus.
« Va le plus loin possible, » le conseilla Epsilon. « La poche monoïquale se situe au fond. »
Daniel grommela, tout en accélérant la cadence. Draco sous lui pleurait encore. Le sexe de Daniel était plus gros que celui de Fenrir, il allait déjà plus loin. Et puis l'homme gémit, jouit et se retira rapidement.
« Bien, pousse-toi, » déclara Epsilon.
Une nouvelle fois, le Mage lança un sort puis Draco sentit qu'il étalait quelque chose de moite sur ses cuisses. L'odeur ne laissa que peu de doute à Draco. C'était le sperme de Fenrir.
« C'est bon, il ne se rendra compte de rien. Tu peux le ramener au camps, Daniel. Oméga, j'ai fermé magiquement ton trou, rien ne peut en sortir pendant un petit quart d'heure. T'inquiète pas, je reste dans le coin si besoin. Allez les gars, vite, reprenons nos places. »
Draco se retrouva sur les épaules de Daniel. Ce dernier marcha d'un pas rapide vers le campement et le reposa sur le sol, cette fois-ci près du feu et sur une peau de bête. Puis il s'allongea à côté de lui, posa sur eux une couverture et le prit dans ses bras.
« J'aurais préféré que Greyback ne fasse pas cela aussi vite. Je sais que tu es encore fragile, il aurait dû te laisser encore une à deux semaines tranquille. Mais s'il le fait, je ne peux pas attendre, moi non plus. Ce sera ma semence qui te fécondera, Oméga, pas la sienne ! »
Le garçon ne bougea pas, ne dit rien. Il laissa le mâle le plaquer contre son torse, ses mains parcourir ses cheveux. L'odeur du dominant l'enveloppa. Fenrir ne se doutera effectivement de rien car l'odeur de Daniel était toujours présente sur lui. Le sort d'Epsilon et la semence de Fenrir sur lui étaient quant à eux un leurre parfait qui duperait l'Alpha, il ne pourrait pas deviner que son Bêta avait ensemencé l'Oméga à sa place.
Le nez dans le cou de Daniel, Draco remarqua une nouvelle fois que son parfum avait évolué. Compagnon-Loup en fut étonné. Daniel prenait une odeur encore plus puissante.
Alors Draco comprit soudain. Daniel n'avait pas simplement voulu devenir le Bêta de la meute, il ne voulait pas seulement que l'enfant soit de lui. Il voulait devenir l'Alpha.
Compagnon-Loup en fut très satisfait. Avec Daniel, sa vie serait plus douce. Il serait un meilleur conjoint et son petit, le petit de Daniel pas celui de Greyback, serait protégé par toute la meute. Petit-Homme cria à cette idée et ordonna à son loup de se taire ! Personne dans cette meute ne serait son compagnon ! Personne ne l'aimait ! Les mâles étaient tous plus abjects les uns que les autres. Vaincue pour le moment, la partie lupine de Draco se roula en boule dans un coin de son esprit.
Draco ferma les yeux. Il ne voulait pas savoir, pas comprendre plus avant les motivations de l'homme et des membres de la meute qui le suivait. Ce qui comptait, au final, c'était que Greyback ne se doute de rien, qu'il ne soit pas trop violent avec lui et plus encore, que l'enfant à venir ne soit pas de son sang répugnant.
Plus tard, Fenrir revint. S'il s'étonna et se moqua de trouver Daniel et Draco allongés, il ne les sépara pas. Que son Bêta s'occupe du gamin lui convenait parfaitement.
Les jours succédèrent de nouveau aux jours. Chacun avec un accouplement de la part de Fenrir, suivi aussitôt d'un autre de la part de Daniel. Bientôt, seul Epsilon ou Vircolac accompagna ce dernier dans son coït avec l'Oméga.
Draco ne protestait pas, ne pleurait pas. Que ce soit avec l'un ou l'autre dominant.
Avec Fenrir, il se mordait parfois le bras afin d'éviter de gémir ou crier, le mâle ne pouvant s'empêcher d'être brusque. En général, dès que Fenrir avait terminé, Draco expulsait de lui-même tout ce qu'il pouvait de son corps. C'était d'autant plus facile qu'une fois fait, le mâle le repoussait loin de lui, ne voulant rien savoir du jeune garçon. Draco avait aussi compris que pendant le sort des Werwulfs Mages qui suivait immanquablement l'accouplement de Fenrir, il lui fallait se détendre pour que cela aille plus vite et sans douleur. Une fois la semence de l'Alpha détruite, Daniel s'accouplait rapidement bien qu'avec beaucoup plus de précaution avec lui.
Avec Daniel, Draco ne disait rien, ne bougeait pas. Il attendait simplement que cela se termine. C'était un coït sans douleur, en dehors de temps en temps d'une légère sensation de brûlure, plus ou moins présente, qu'il ressentait en général lors des va-et-vient. Sans douleur, mais sans plaisir non plus, contrairement à ce que Megan lui avait dit ressentir avec Ralph.
Parfois, alors qu'il se souvenait des propos de Megan, Draco essayait de ressentir quelque chose de bien, du plaisir comme elle l'avait fait avec Ralph et alors, il y avait bien là, quelque part, comme une petite graine de bien-être qui poussait. Mais elle ne s'épanouissait pas. Peut-être que si Daniel le touchait comme il l'avait fait une nuit il y avait de cela bien longtemps, cela serait mieux mais il ne lui demanda jamais. Compagnon-Loup voulait de la tendresse, voulait de l'attention, il espérait du plaisir et de l'amour, mais même lui savait que tant que Fenrir serait présent, tant qu'il serait l'Alpha de cette meute, cela ne serait pas possible. Daniel ne lui faisait pas l'amour, il ne le pouvait pas, il s'accouplait avec lui rapidement dans l'inquiétude d'être découvert et pour qu'il soit fécondé par sa semence, pas par celle de Greyback. Ce dans l'attente de la rébellion de la meute. Compagnon-Loup espérait que plus tard, peut-être, quand Daniel serait lui-même l'Alpha, il prendrait le temps de lui faire l'amour... Petit-Homme se moquait alors de lui. L'espoir, il n'y croyait plus.
À l'inverse de Fenrir, quand Daniel avait fini, il restait près de lui et le cajolait. Draco fermait les yeux sous les caresses du Bêta. Des fois, quand il les fermait très fort, il pouvait presque imaginer qu'il était chez lui, dans son petit village et que c'était sa mère qui le touchait. Ou alors que c'était un mâle qui le protégerait vraiment, un mâle qui pourrait l'aimer. Comme Ralph l'avait fait avec Megan. Il ne s'attardait jamais vraiment sur ce point. Contrairement à sa partie lupine, il refusait l'idée de l'amour. Il n'était pas destiné à cela.
En vérité, Draco ne voulait pas tomber enceint. Ni de l'un, ni de l'autre. Mais il n'avait pas le choix. Il avait perdu tout droit à un choix à l'instant même où Fenrir l'avait mordu pour la première fois. Il était un Oméga dans cette meute, un Monoïque version Werwulf. Maudit. Son rôle était d'enfanter. C'était sa voie, son destin.
Draco attendait. Il attendait la fin de sa vie en souhaitant qu'elle soit à l'image de Morag. En dormant, silencieusement. Pas dans les cris et le sang. C'était tout ce qu'il demandait désormais. Ou alors, peut-être mourrait-il en couche ? En tout état de cause, la mort était ce qui l'attendait. Ainsi, il ne connaîtra pas d'autres accouplements forcés, d'autres rejets. Il donnerait aux hommes ce qu'ils voulaient et serait enfin libéré.
Car à part la mort, qui viendrait le sauver ?
Alors il s'endormait contre le dominant et attendait que sa libération ne vienne. Ses rêves vaporeux étaient de plus en plus souvent peuplés d'un loup noir aux yeux verts, peut-être pas si inconnu que cela, mais dont il ne gardait que quelques bribes de souvenirs au matin. Le loup venait, lui léchait le museau pour le consoler, le rassurer. Il lui disait qu'il viendrait. Et parfois, l'adolescent pleurait dans son sommeil, suppliant le loup noir de venir le chercher.
... ... ...
Draco se calfeutra un peu plus contre Daniel. Il remonta sa couverture sur son nez, tentant de se protéger du froid qui lui piquait la peau.
Il ne quittait que rarement cette couverture, la même qu'on lui avait mise sur le dos quand il ne pouvait pas marcher et qu'il était sur le dos d'un loup. La même dans laquelle il se roulait la nuit pour dormir et la journée pour oublier.
On ne lui demandait plus rien, il ne participait plus à aucune tâche de la meute et cela lui convenait.
« Fenrir a totalement perdu la tête ! » râla pour la deuxième fois Vircolac.
« Tu radotes, Vic', et cela ne changera rien, » répondit Heimdall en se curant les dents avec un morceau d'os.
« Pourquoi s'acharner de la sorte ? On a en rien à foutre nous, de ce connard de Ralph et de sa stupide louve ! Ce qu'il nous faut, c'est un petit village tranquille pour se ravitailler, pas ce putain de plan foireux ! »
« Quel plan? » demanda d'une voix fluette Draco, à la surprise de tous, en se tournant vers Daniel qui lui caressait les cheveux.
Cela faisait des jours entiers qu'ils n'avaient pas entendu le son de sa voix. Il ne parlait guère qu'à Neuri, Epsilon et Daniel, et toujours si bas que les autres n'entendaient rien.
« Ne t'inquiète pas de ça, Oméga. Dors un peu, » répondit Daniel en prenant le garçon assis entre ses jambes pour le mettre en position allongée, la tête sur l'une de ses cuisses.
« Quand arrêteras-tu de materner ce chiot ! » cria Brutus avec violence tout en se levant.
Draco couina et s'agrippa à la jambe de Daniel. Ce dernier jeta un regard meurtrier à l'ancien Bêta, créant le silence parmi les dominants. Un sourd grognement résonna dans la poitrine de Daniel qui se propagea dans la meute. Brutus se rassit sans cesser de défier du regard celui qui avait réussi à prendre sa place.
« Ce que je fais avec l'Oméga ne te regarde en rien, Brutus, » gronda hargneusement Daniel tout en maintenant une main possessive sur la tête de Draco.
« Il ne t'appartient pas, » répondit avec fureur l'ancien Bêta.
« Quand Fenrir n'est pas là j'en suis responsable et toi, tu n'as rien à dire sur ma façon de gérer cette meute en son absence. »
Le ton était sans appel, la haine palpable entre eux. Brutus finit néanmoins par baisser les yeux.
« Putain, pourquoi Fenrir est obnubilé par ces connards ! Qu'est-ce qu'on en a à foutre ! Il faut que l'on reparte vers le sud, que l'on se trouve une planque pour l'hiver et avec une ou deux femelles pour nous occuper ! » vitupéra une nouvelle fois Vircolac, faisant retomber la tension entre les deux dominants.
Toute la meute s'était regroupée dans une petite clairière d'une forêt. Ils se tenaient, comme à leur habitude, en rond auteur du feu de leur campement.
Draco renifla l'air. La nuit serait bientôt là, et vu le stress qui parcourait la meute, un événement particulier allait se passer. Il doutait que le lendemain matin la meute soit encore installée là. Quant au fait que Vircolac ait mentionné le nom de Ralph, cela ne le rassurait pas le moins du monde.
« Nous reprendrons notre quotidien une fois que Fenrir en aura terminé avec les fuyards, » reprit Brutus.
Draco ferma les yeux sous les caresses de Daniel. La peur s'insinuait dans ses veines. Quoi qu'ait décidé Fenrir pour la nuit, les dominants n'approuvaient pas. Alors les mains de Daniel sur sa nuque lui apportaient un peu de réconfort, apaisaient ses angoisses.
Daniel jouait un rôle de plus en plus dangereux. Pour l'instant, Fenrir fermait les yeux sur l'attitude plus que protectrice de son lieutenant envers lui. Il jugeait l'homme plus capable de veiller sur son Oméga que les autres. Après tout, il l'avait toujours fait. Mais Draco avait entendu les paroles pleines de fiel de David. Brutus ne tarderait pas à raconter à l'Alpha que Daniel ferait comme Ralph et kidnapperait un jour son Oméga.
« C'est maintenant que nous devons repartir !, » lança Vircolac avec hargne. « Cette terre est incertaine, remplie de Mage et de Magie ! Les Mages sont nombreux, bien plus nombreux que nous ! »
« Et que veux-tu faire, Vic' ! » cria Dereck. « Partir ? Nous resterons et ensuite, une fois que Fenrir aura eu la tête de Ralph et de sa louve, nous pourrons vivre de nouveau comme nous l'entendons. »
Archus gronda tout en jetant un regard sombre à son frère aîné. Dereck avait compris que la meute se scindait et qu'il était avec les loups les moins nombreux. Fenrir, Brutus et David se retrouveraient bientôt totalement isolés. Dereck devrait choisir son clan. Visiblement, cela l'effrayait.
« Calmez-vous, s'énerver et se monter les uns contre les autres ne servira à rien, » déclara d'une voix calme bien que forte le Bêta, jouant son rôle de chef en l'absence de l'Alpha. « Fenrir est persuadé que les traîtres sont passés par Pré-au-Lard. Ralph était un Mage de Serdaigle, autrefois. Il connaît parfaitement le Territoire du Centre. Si l'Alpha décide que nous attaquerons ce village, nous l'attaquerons et ferons ce que nous devrons faire. Peut-être que Greyback acceptera que l'on en garde quelques-uns vivants cette fois, pour s'amuser avec un jours ou deux. »
Le jeune garçon se retint de grelotter. Il détestait quand Daniel parlait de façon aussi détachée des atrocités que la meute commettait, lui rappelant par la même occasion qu'il était lui aussi un monstre et un assassin.
« Moi aussi je connais ce territoire, Pré-au-Lard est trop grand, habité uniquement par des Mages. Si Fenrir décide d'attaquer, la lutte sera dure. Beaucoup d'entre nous n'y survivrons pas, » fit, Vircolac, cette fois abattu.
Il lança à Daniel un regard profond.
« Cette nuit risque fort d'être la dernière, Bêta. »
« Peut-être, » murmura Daniel si bas que Draco se demanda si d'autre à part lui l'avait entendu.
Il leva ses yeux sur le visage du mâle qui lui fit un petit sourire tout en lui rabaissant les paupières de sa paume.
« Dors, petit, dors. »
Draco ne dormit pas.
Fenrir revint peu de temps après la discussion des dominants, énervé et excité tout à la fois. Il était persuadé que Ralph et Megan avaient séjourné dans l'une des tavernes. Sa décision fut rapidement prise : cette nuit, la meute attaquerait le village, tuerait le maximum de villageois et en prendrait d'autres pour les faire parler. Greyback avait même l'infime espoir que les fuyards soient encore cachés ici !
Quand Daniel ligota Draco à un vieil arbre par un poignet, le garçon grelottait et tremblait de tous ses membres.
« Daniel, me laissez pas tout seul, je veux pas être tout seul ! » supplia-t-il, les larmes aux yeux.
« Non, tu resteras là. Fenrir a raison. Nous devons tous participer, le village est imposant, les villageois nombreux. »
« Vic' a dit que c'était dangereux, que vous pouvez mourir, » pleura désormais le garçon.
Draco se moquait bien que les mâles meurent ! En fait, ils pouvaient bien tous mourir, au contraire ! Non, ce qui le terrifiait, c'était que certains mâles meurent pendant que d'autres survivaient. Si Daniel mourrait, si Brutus survivait... Sans compter qu'il détestait être seul. Il était déjà seul, au sein de la meute mais là, ce serait pire. Les dominants allaient l'abandonner, le laisser à la merci de tous les dangers. Il était faible, petit, sans défense, du moins autant que pouvait l'être un Werwulf. Mais il était moins qu'un Werwulf, il n'était qu'un Oméga sous-alimenté et brisé.
Le bracelet d'argent que lui passa Daniel au poignet finit de le terroriser. Il savait ce que c'était puisque qu'il l'avait déjà porté. C'était un artefact qui empêchait le Loup-garou de se transformer. En dehors bien sûr des nuits de pleine-lune où la malédiction de l'Air et de la lune ne pouvait être rompue.
« Non, Daniel, pas ça ! Comment je ferai si je dois me défendre ? Si je dois vous appeler ? » gémit-il en levant des yeux humides vers le Bêta.
Ce dernier se pencha vers lui et le prit par les épaules.
« Écoute-moi bien, Draco. Je t'interdis d'appeler, tu entends ? Ne fais pas le moindre bruit, reste ici, sous ta couverture et ne bouge pas. Je reviendrai te chercher, moi ou l'un de mes hommes. Cette nuit, ou nous serons libres ou nous mourrons, » chuchota fermement Daniel.
Draco écarquilla ses yeux. Ainsi la rébellion se ferait bien cette nuit. Les hommes allaient profiter de la lutte pour tenter de détruire la meute afin d'en construire une autre.
« Et si tu ne reviens pas ? » souffla Draco, terrorisé par l'idée.
« Epsilon prendra ma place, ou Neuri ou Archus. Tu resteras avec eux, ils veilleront sur toi. »
« Mais... »
« Et si aucun de nous ne revient... »
Daniel fouilla dans sa poche et en sortit quatre baies noires.
« Tu pourras toujours prendre ça. »
Le garçon tendit la main mais le Lycanthrope sourit en enlevant la sienne.
« Oh, non, certainement pas. Il est hors de question que je découvre ton cadavre quand je reviendrai. Elles seront dans mon sac, tu les prendras quand un mâle viendra te délivrer. »
« Mais si personne ne vient ! » couina Draco, les poings serrés.
« Alors tu mourras attaché à cet arbre. Cela ne fait aucune différence. »
Là-dessus, l'homme se redressa, tapota la tête aux cheveux emmêlés, le prit brièvement contre lui et retourna vers les autres Werwulfs qui se transformaient déjà.
« Non... » murmura Draco, éberlué.
Alors qu'il regardait les loups partir dans la nuit, le garçon se mit à pleurer, désespéré.
« Non, t'avais pas le droit de faire ça... Je voudrais... Je voudrais... »
Il se cacha sous sa couverture, le corps secoué de sanglots.
Daniel et les autres mâles l'avaient abandonné à son triste sort.
Pas de choix pour lui, pas de lueur d'espoir. Le moins pire serait bien sûr que Daniel et ceux de son clan reviennent, sans l'Alpha. Mais ce serait simplement changer l'enfer en purgatoire. Il serait toujours, le compagnon forcé du nouvel Alpha à qui il se devait de donner une descendance. Rien d'autre. Et une fois fait, que ferait Daniel ? L'obligerait-il à avoir d'autres louveteaux ? Le donnerait-il aux autres mâles ? Sur ce point-là, Draco ne le croyait pas, Daniel le voulait en exclusivité, mais sa vie ressemblerait-elle à ce qu'il connaissait déjà, entre errances et attaques sur des personnes innocentes ? Combien d'amies louves verrait-il mourir ? Est-ce qu'il verrait ses louveteaux devenir eux aussi des monstres violeurs et assassins ? Ou des esclaves s'ils étaient soumis ? Non, Draco refusait de voir cela.
Quant aux seconds choix de Daniel, ils lui semblaient abjects. L'homme lui offrait une chance de se suicider si Fenrir revenait, sans se soucier de savoir s'il pourrait prendre les baies ou non. S'il ne le pouvait pas, Draco serait torturé, encore et encore, sans le soutien de personne.
Daniel l'avait maintenu en vie uniquement dans un but personnel, parce qu'il le désirait pour lui seul depuis le tout début, depuis l'instant où Fenrir avait transformé le garçon de Pomona en Oméga.
Est-ce qu'il l'aimait ?
Pas assez en tout cas. Ralph aurait donné sa vie pour Megan, avait tout risqué pour elle. Daniel, lui, préférait le voir mort que libre.
Pourtant... pourtant l'homme l'avait appelé Draco, ce soir...
Le garçon secoua sa tête blonde. Peu importaient les marques d'affection de Daniel. Il ne comptait pas assez pour lui pour lui offrir une vie faite de liberté et d'amour.
En fait, quelle que soit la manière de regarder son futur, il n'y voyait que mort et douleur.
Les heures passèrent et avec elles, la terreur de Draco grandit. Compagnon-Loup gémissait, la peur au ventre. Les mâles ne revenaient pas.
Et puis, au loin, l'enfant entendit des bruits, des cris d'hommes et de bêtes. Draco se colla contre l'arbre, la couverture remontée sur son corps. Les cris se firent hurlements, des éclairs de couleurs illuminèrent la nuit et la forêt. Draco ne dit rien, ne sachant que faire. Le silence n'était pas revenu mais il n'y avait plus de cri, faisant comprendre au garçon que la bataille qui avait eu lieu près de lui s'était terminée, quelle qu'en soit l'issue.
Draco avait envie de crier, d'appeler les hommes ou les loups à son secours. Mais de quels secours parlait-il ? Si les Werwulfs étaient vainqueurs, il savait quelles étaient les voies qui se présentaient à lui. Si c'était les hommes, rien ne lui garantissait que ces derniers verraient d'un bon œil un autre Werwulf encore vivant, quand bien même il était jeune et attaché.
Le garçon décida de tirer une nouvelle fois sur la corde liée à son poignet, en vain. Des bruits de pas, de branches que l'on brise, de buissons que l'on écarte, se rapprochaient inexorablement de lui, de toute part. Ce n'était pas les Loups-garous, eux savaient se diriger au flair et en plus, ils savaient parfaitement où était le campement. C'était une battue d'hommes qui cherchaient quelque chose. Et ce que quelque chose devait être le repaire des Werwulfs.
Draco tira plus fort, les joues glacées en raison du froid de cette nuit de novembre. La buée s'échappait de sa bouche alors qu'il haletait en gémissant. La peau de son poignet était rouge, gonflée. Il n'y arrivait pas.
« Là ! J'ai trouvé ! C'est ici qu'ils étaient ! » cria une voix qui déboula dans la clairière.
Draco tenta alors de ramper derrière le tronc d'arbre malgré son lien, mais la clairière fut envahie par des hommes et, de ce qu'il voyait, des femmes, tous revêtus de capes. Tous avaient aussi une baguette qu'ils tenaient pointée devant eux pour les éclairer.
« Il y en a un, là-bas ! » cria une femme.
L'enfant blond se mit debout dans la pénombre, il ouvrit la bouche pour parler mais fut atteint par un éclair de couleur qui le rejeta au sol. Il avait mal ! Mal ! Aussi mal que lorsque Fenrir le prenait, aussi mal que lorsqu'il le frappait ! Ses poumons brûlaient, comme quand Barbatus avait voulu le noyer.
Il hurla.
« Arrête ! Arrête donc ! Rosmerta ! » intervint un grand homme à l'imposante barbe grise.
« Pourquoi ? C'est l'un de ces monstres qui nous ont attaqués ! Il fait parti de la meute du Sanguinaire ! Tuons-le, » fit la femme échevelée d'une voix stridente, aussitôt couverte par les clameurs de soutien des autres villageois.
Draco s'était recroquevillé, le corps secoué de spasmes de douleur et de sanglots. Il allait mourir, enfin il allait mourir. Mais dans la douleur, les cris, le sang et les larmes. Il pleura plus fort, paniqué, effondré...
« Tuez-moi... S'il vous plaît, tuez-moi... Mais ne me faite pas mal, je veux plus souffrir, pitié, » supplia-t-il d'une voix rauque et cassée.
Le son de sa voix, tout autant que ses paroles firent se tourner vers lui les hommes les plus proches.
« Silence ! » cria l'homme barbu, grand et mince, ses yeux bleus lançant des éclairs furieux derrière ses lunettes. « Nous ne tuerons pas cet enfant ! Êtes-vous vous aussi des monstres !? »
« Alors ligotons-le ! Traînons-le jusqu'au village pour qu'il soit ensuite emmené et enfermé à Azkaban ! » s'exclama un homme sombre qui se tenait un peu plus loin.
« Il est déjà attaché, bande d'imbéciles ! » s'écria une femme rousse qui se pencha vers Draco.
« Abelforth, est-ce vraiment un Lycanthrope ? » dit-elle en s'adressant à l'homme barbu.
« Oui, regarde donc, Aglaé, ils lui ont aussi mis un bracelet restricteur, » déclara le nommé Abelforth en se penchant également vers le garçon qui se recula comme il le pouvait, la corde tendue au maximum entre son bras et le tronc d'arbre.
« Ligoté ? Mais... pourquoi ? » demanda Rosmerta qui s'était rapprochée, étonnée.
« Parce que ce n'est pas l'un des abominables compagnons de Greyback » cracha Abelforth avec mépris. « C'est son prisonnier. »
Le silence se fit dans la clairière, uniquement brisé par les sanglots affolés de Draco.
« Nous ne te ferons pas de mal, mon garçon, n'aie pas peur, » continua-t-il d'une voix bourrue.
« Pitié, laissez-moi partir, je vous promets que je ne suis pas dangereux, laissez-moi m'enfuir, » pleura le gamin en levant des yeux suppliants sur lui.
« Un Lycan reste un Lycan ! Qui nous dit qu'il ne nous attaquera pas dans notre sommeil, comme ceux de sa meute ? » reprit l'homme sombre.
« Par les Éléments, Derviche ! Fais-tu donc exprès d'être aussi bête ou tu l'es de naissance ? » s'écria la femme rousse en colère. « C'est un enfant, il ne pèse pas plus lourd qu'une plume en sucre ! »
« Il reste un Loup-garou ! »
« Je m'appelle Draco ! » cria à son tour l'adolescent.
Les baguettes se dirigèrent vers lui, l'éclairant de leur lumière sourde. Tous purent voir alors le gamin en loques qui se tenait devant eux.
Il était sale. Son pantalon tenait par une cordelette sur ses hanches décharnées dont on voyait les os poindre. Le vêtement partait ensuite en lambeau au niveau des genoux cagneux du garçon, le laissant nu jusqu'à ses pieds noirs de crasse. Le morceau de chiffon qu'il avait sur les épaules avait dû être une chemise dans un lointain passé, mais elle avait été tant de fois déchirée qu'on se demandait comment elle tenait encore sur ses épaules frêles. Une partie de son ventre était dévoilé, montrant des marques de griffures et de morsures. Ses cheveux étaient longs et emmêlés, d'un blond terne. Ils retombaient en mèches épaisses sur le devant de ses épaules. Ce qui choqua le plus les villageois fut son visage, notamment les yeux qui paraissaient immenses. Ils étaient clairs, ourlés de longs cils mais semblaient éteints. Ils étaient remplis d'un désespoir qui leur tordit l'estomac. Une larme roula sur la joue creuse.
Malgré tout cela, le garçon était beau. Fragile et magnifiquement beau.
« Nous ne te ferons rien de mal, Draco, » dit une nouvelle fois Abelforth. « Quel âge as-tu, mon garçon ? »
Draco déglutit avant de répondre.
« J'ai... j'ai quinze ans. S'il vous plaît, détachez-moi, enlevez-moi ce bracelet et je partirai. Je ne vous ferai rien. »
« Et où comptes-tu aller ? Tu tiens à peine debout ! » lui demanda la femme rousse, Aglaé. « Tu n'es qu'un enfant, nous allons t'enlever cette corde et ensuite, tu viendras à la maison. »
« Quoi ? » s'écria un homme qui se tenait derrière elle. « C'est hors de question ! »
« Ambrosius, je ne te demande pas ton avis ! »
« Ton homme a raison, ce garçon ne peut pas aller chez toi, ni chez personne du village, » la coupa Abelforth.
« S'il vous plaît, » gémit Draco en tirant de nouveau comme un forcené sur sa corde.
Son cœur battait une chamade affolée, il ne savait toujours pas ce que voulaient ces hommes, ni ce qui l'attendait. Quant à leurs promesses, d'autres avant eux lui en avaient faites. Il finit par s'écrouler au sol, la tête sur ses genoux.
Une main se posa sur son épaule, la voix d'Abelforth résonna près de lui.
« On va s'occuper de toi, tu es sauvé, Draco, c'est tout ce que tu as besoin de savoir pour le moment. »
L'homme coupa la corde à l'aide d'un couteau, mais ne l'enleva pas du bras du garçon, se contentant de le tirer vers lui. Draco ne protesta pas, comprenant qu'il devait se lever et marcher.
« Pourquoi tu as fais ça ? » demanda Rosmerta alors que tous quittaient la clairière.
« Pour qu'il nous donne certains renseignements. Restez sur vos gardes ! Combien de Loups-garous il y avait dans ta meute, gamin ? »
Draco réfléchit un instant.
« Dix. »
« Qui étaient ceux-là ? »
Draco suivit la main tendue de l'homme et poussa un cri de détresse. Il voulut courir vers les corps des loups au sol mais en fut empêché par la corde que tenait le vieil homme. Les larmes coulèrent de nouveau sur ses joues pâles.
« Ces satanés Lycans ont voulu s'échapper. On a compris qu'ils voulaient rejoindre un point de rencontre ou quelque chose qu'ils avaient laissé derrière eux. Toi, sans doute ? »
Draco passa son bras sur ses yeux pour s'essuyer les larmes. Il avait pu nier certains de ces sentiments jusqu'à présent, nier leur existence honteuse, mais les corps devant lui les faisaient exploser dans son âme blessée et perdue.
Compagnon-Loup pleurait plus fort dans son cœur. Pour lui, ces humains avaient assassiné celui qui était comme son compagnon, celui qui, peut-être, l'avait fécondé. Et qui avait voulu le retrouver, comme il le lui avait promis. Il vivait sa mort comme un meurtre. Petit-Homme n'avait pas le courage de lutter contre ces émotions qu'il partageait en partie. Le garçon hocha la tête tout en fondant en larmes sans pouvoir se retenir.
« C'est... Archus... et... et Daniel » dit-il en montrant les cadavres qui s'alignaient en pleurant encore plus au nom du Bêta.
Il ne put rien faire d'autre que continuer à pleurer tout en marchant la tête basse. Le long du chemin, il nomma les corps de Neuri et Heimdall. En arrivant dans le village, l'odeur du sang l'assaillit. Les Werwulfs avaient combattu, les morts s'entassaient des deux côtés. Des villageois pleuraient leurs morts et le huèrent quand ils le virent avancer.
Draco reconnut ensuite les cadavres de Dereck et David, l'un contre l'autre. Le corps de Vircolac avait été trouvé à un autre bout et ramené à côté de celui de Brutus, au centre du village. Où un mâle était encore vivant.
« Oh, vous avez trouvé ma putain ? » se gaussa Fenrir, la bouche pleine de sang.
Sa déclaration jeta un froid certain alors que l'horreur de la situation du garçon était comprise par ceux qui l'accompagnaient.
« Tu oses dires que ce garçon... cet enfant ? » s'étrangla presque Aglaé.
Fenrir se mit à rire, tout en toussant. Il était ligoté comme un poulet mais à l'aide de chaînes, et couvert de sang. Draco gémit, se tortilla, cherchant à s'échapper tant la terreur l'englobait. Et aucun mâle dominant n'était là pour le protéger !
« Tu es jalouse, femme ? Oui j'ai baisé ce garçon, encore et encore, je me suis enfoncé dans ses chairs tendres ! Et ensuite, je l'ai donné à tous les membres de ma meute pour qu'ils en profitent ! »
« Laissez-moi partir, laissez-moi partir, » pleura le garçon, paniqué et au bord de l'hystérie.
« Ce garçon est mon Oméga, il est à moi. Pas vrai, merdeux ? Viens vers moi, Oméga ! Viens ! » fit Greyback, le regard mauvais.
Draco se jeta au sol, sur ses genoux. Non ! Non ! Il ne voulait pas ! Non, Greyback était l'Alpha ! Il ne voulait pas obéir, il ne pouvait pas ne pas obéir ! Il hurla sa détresse. Puis Draco sentit une chaleur l'envahir alors qu'il s'effondrait dans les bras d'Abelforth, endormi par un sort jeté sur lui.
« C'est un enfant et un Lycan. Le garder au village n'est pas une bonne idée. Nous devons aussi prévenir les autorités de la capture de la meute de Greyback, enfin, de ce qu'il en reste. Ambrosius, préviens mon frère, » dit-il en posant le garçon au sol.
Puis il s'avança vers Greyback, les poings serrés.
... ... ...
À suivre
... ... ...
NDA : Je suis curieuse de savoir si vous pensiez que Draco serait sauvé de cette façon ^^' Même si Harry ne montre toujours pas le bout de sa truffe (patience !) désormais, Draco n'est plus avec la meute de Greyback, cela ira donc mieux pour lui.
D'autre part, ma charmante licornette (Nanola) a souhaité que je fasse une fin alternative à LVO, une fin où Daniel (elle aime Daniel que voulez-vous) et sa meute survivraient à cette nuit. Cette fin verra le jour, je lui ai promis, mais elle sera postée plus tard dans un recueil d'OS que je suis en train d'élaborer.
La semaine prochaine, la nouvelle vie de Draco commence, avec de nouvelles révélations.
NDA 2 : Instant publicité, non ne partez pas pour allez faire une pause pipi, ça prendra pas longtemps. Juste pour vous dire qu'une amie et auteur (Cha Raev pour ne pas la nommer) a sorti un livre, un vrai de vrai, du nom de "Totally Nuts" disponible chez Mix Edition et bientôt sur Amazone. Félicitations Cha !
