Lamas en Californie et Princesse sous la pluie

- Je suis là.

- Pommes nappage caramel ?

- Oui.

- Gros supplément sur les pépites de chocolat ?

- Oui, et Chocogrenouilles, au cas où.

- Génial.

- Il s'est remis ?

- Pas tout a fait.

- Je m'en doutais un peu.

- Ben on fait quoi, alors ?

- Je crois qu'on a plus qu'a attendre.

Elle s'assit à côté d'Harry et déposa le plateau de nourriture sur une chaise, un peu plus loin. Ils attendirent, balançant leurs pieds dans le vide, soupirant, l'un ou l'autre lâchant de temps en temps un mot ou deux. La mâchoire de Ron pendait toujours lamentablement, et il lui arrivait de cligner de l'œil toutes les trente secondes. Une heure plus tard, Hermione, exaspérée et à bout de patience, lui passa une pomme caramel sous le nez. Il respira longuement – première réaction à peu près normale depuis un moment – et ses yeux s'agrandirent encore plus.

- Tiens, on dirait qu'il réagit ! remarqua joyeusement Harry.

- Oui. Il est tellement gourmand, pas trouvé autre chose pour le réanimer un minimum.

Soudain, sans prévenir, Ron hurla longuement, dans un cri strident, puis tomba en avant et s'écroula au sol, face contre terre, ses bras s'étalant pitoyablement le long de son corps. Hermione soupira et baissa les yeux vers le triste spectacle qui s'offrait à elle. Harry haussa un sourcil, tandis que Ron commençait à ronfler bruyamment.

« Il est né avec un mode d'emploi ou on est censés piger tous seuls comment il fonctionne, ce mec ? »

- Bon… Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda Harry.

- Je crois qu'on va devoir simplement l'amener à l'infirmerie. Mrs Pomfresh saura quoi faire.

- Je le fais ou tu t'en occupes ?

- Laisse.

Elle marmonna quelque chose en agitant sa baguette et fit léviter le corps de Ron dans les couloirs.

- Je crois que c'est sa façon de te dire qu'il est choqué, suggéra Hermione. Ou peut-être qu'il avait mangé un truc pas très net avant…

- Au fait, il faudra penser à lui ramener les pommes ici… Juste pour voir si ça aide à ce que son état s'améliore.

- Bien sûr, oui, on lui apportera tout à l'heure. J'imagine que Pomfresh acceptera bien ça…

- Tiens, on est arrivés.

- Ah, oui. Euh… dis, tu veux bien… ? J'ai les mains prises.

Elle désigna d'un signe de tête sa baguette qu'elle tenait à deux mains pour supporter le poids de Ron qui n'était pas vraiment lourd dans son genre mais différent d'une plume qu'on fait voleter du bout des doigts. Il hocha la tête.

- Oui, bien sûr.

Et frappa à la porte.

- Entrez.

- Euh… Bonjour, Mrs Pomfresh. Ron a eu une sorte de… malaise.

- Je vois ça, Miss Granger. Patientez quelques secondes. Lâchez-le sur un lit, n'importe lequel, tant qu'il n'y a pas déjà quelqu'un dessus…

Elle s'éloigna en riant toute seule, très fière de sa petite astuce. Harry et Hermione échangèrent un regard éloquent, puis elle déposa Ron près d'une fenêtre sur le rebord de laquelle elle s'installa. Harry tira une chaise et s'assit près du lit. L'infirmière revint un peu plus tard, une bouteille contenant un liquide d'un turquoise pétant dans la main, fredonnant tranquillement un air. Elle sortit sa baguette et l'agita ; l'oreiller de Ron se redressa, et il entrouvrit un peu la bouche, un filet de bave s'en écoulant.

- Y'en aurait pas un de vous qui pourrait rester un peu pour lui donner ce sirop de guérison toutes les demi-heures ? s'enquit-elle en les dévisageant tour à tour. Juste le temps qu'il revienne à lui… A mon avis, ça devrait se faire dans quelques heures, tout au plus. Je propose plutôt vous, Potter, puisque j'imagine que Miss Granger a une plus grande capacité que vous à prendre des notes.

Hermione acquiesça en souriant. Harry soupira et l'imita.

- Bon, dans ce cas, nous allons…

Mrs Pomfresh fut interrompue par quelqu'un entrait dans la pièce en chantant gaiement. Elle s'apprêtait à le réprimander vertement lorsqu'elle reconnut l'individu.

- Je… Oh, professeur Dumbledore ! s'écria-t-elle. Excusez-moi, mais… Est-ce que vous pourriez chanter un tout petit peu moins fort ? Vous comprenez, mes patients ont besoin de calme…

- Oui, tout à fait, Pompom ! répondit-il joyeusement. Je respecte, bien sûr… C'était simplement pour leur apporter un peu de bonheur dans leur souffrance…

Il désigna d'un signe de tête les divers médicaments colorés et étranges, plus ou moins repoussants, et les visages renfrognés ou assoupis des quelques malades étendus çà et là sur les lits. La surnommée Pompom haussa les épaules et marmonna vaguement que ses patients se portaient mieux sans les chansons horripilantes du directeur. Puis elle secoua sa baguette et un verre apparut. Elle y versa un peu du sirop, puis le porta aux lèvres toujours entrouvertes du roux, grimaçant à la vue du filet de bave qui s'écoulait toujours lentement.

- Répugnant, commenta-t-elle.

- Ben, c'est pas sa faute…

- Pas besoin de vos remarques, Potter. Veillez simplement à lui en donner cette dose toutes les heures.

« Espèce de vieille chèvre toute moisie. »

- Bien sûr, Mrs Pomfresh.

- Bon ! Et vous, Miss Granger… Je crois qu'il est temps de retourner en cours.

Hermione hocha la tête et s'en alla. Harry étudia consciencieusement Ron, quelques minutes, intrigué. Sa peau était toujours aussi pâle, ses taches de rousseurs ressortant bien, ses joues était toujours aussi rose, ses lèvres toujours aussi baveuses… En fait, la seule chose qui avait changé était que sa langue et sa salive avaient maintenant prit la même couleur bleue que la potion. En conclusion, il n'était absolument pas malade : il dormait.

Harry sourit.

« Il est irrécupérable. »

- Eh bien voilà, Pompom, voilà-voilà… Je suis venu vous voir pour une raison un peu particulière, en fait. Peut-être pouvons-nous en discuter plus calmement dans votre bureau ?

Il balança un regard suspicieux à Harry et un autre à 'Pompom'. Un autre beaucoup plus… charmeur ?

« OH. J'crois que le dernier repas me remonte dans la gorge, là… »

Pomfresh gloussa et le conduit à son bureau. Harry réprima une forte envie de vomir et rapprocha sa chaise de la fenêtre. Il faisait beau – étonnant, en plein milieu du printemps. C'était l'heure de l'entraînement de Quidditch des Serdaigle, et il observa longuement les silhouettes voler un peu partout. Une demi-heure d'étude minutieuse plus tard, il fronça les sourcils ; leur gardien était horriblement rapide. Il tenta d'enregistrer dans sa mémoire le plus d'informations possibles susceptibles de l'aider pour le prochain match et, à l'heure convenue, il fit ingurgiter à Ron la dose de potion de guérison. Il commença alors à s'ennuyer.

- Accio pommes nappage caramel aux pépites de chocolat, chantonna-t-il en agitant sa baguette avec lassitude.

La nourriture déboula à toute vitesse, sous le regard empli de désir et d'envie de certains élèves coincés dans les lits – du moins tous ceux qui étaient réveillés. Avec une forte impression d'être quelqu'un d'extrêmement généreux, il leur en lança une à chacun – avec tout le stock, ce n'était pas une grande perte. Les 'merci Harry !' et 'vraiment un mec bien, Potter, les rumeurs se confirment !' fusèrent, puis il en mangea discrètement une ou deux, laissant couler le caramel sur ses doigts, jouant comme un gamin avec les pépites de chocolat.

Jusqu'à ce que l'odeur fasse réveiller Ron pour de bon. Enfin, au bout de deux heures, mais bon…

- WAM BAM ! hurla-t-il en se redressant d'un coup et en ouvrant les yeux. Harry… J'ai un doute. Est-ce que les lamas font des concours de beauté en Californie ? Est-ce qu'il y a des lamas en Californie ? Ecoute, chéri, vis ta vie sans trop te poser de question, c'est le destin après tout. Ca sent bon, ici. Je dormais ?

- Oui. Tiens, c'est pour toi.

« Peut-être que c'est mieux de ne pas lui parler de Drago pour l'instant… Probablement de l'amnésie temporaire. Quelle chance. »

Harry lui tendit les pommes restantes. Ron fondit de plaisir et se jeta dessus.

- Merchii. Dis, pourquoi esche-que ch'dormais à l'infirmerie ?

- Ben… tu… En fait, t'as eu un malaise bizarre, alors avec Hermione, on a préféré t'amener ici, au cas où.

- Ch'est gentil de votre part.

- Parle pas la bouche pleine, c'est pas très clean.

- Oupch'. Décholé.

Il mangea – enfin, se goinfra plutôt – en quelques minutes, affamé, puis se tourna vers Harry, ses grands yeux bleus brillant d'une innocence étrange.

- J'ai eu un flash, tu sais.

- Ah bon.

- Oui. En quatre couleurs.

- Wou-hou-hou-hou…

- Avec tout plein de lamas et de sucre, tout partout, c'était rigolo. Y'avait des couleurs, aussi, pfiiouuuuuuuu, tout plein de couleurs ! Pis une belle princesse, aussi, avec une belle robe toute blanche, et elle courait sous la pluie, et il faisait nuit, et ses cheveux étaient tous mouillés mais elle courait toujours, et les lamas riaient très fort. Pis après y'avait un poisson qui hurlait très fort, et il fumait aussi, de l'herbe, c'était bizarre. Il m'a dit de partir, très loin, très vite, et que la fin arrivait. Il m'a dit qu'il était un témoin de la java. Alors j'ai eu peur, parce qu'il commençait à parler bizarrement en s'enfilant des vodka, et les poissons, ça s'enfile pas des vodkas, alors je suis parti mais j'arrivais pas à rattraper la princesse. Y'avait ces lamas, aussi, qui faisaient un concours de beauté, et en Californie… EN CALIFORNIE, HARRY ! JE SAIS PAS SI TU REALISE…

« Oh-my-god… »

- MRS POMFRESH ! hurla Harry d'une voix suraiguë. MRS POMFRESH, VENEZ VITE, C'EST URGENT !

Elle débarqua immédiatement, effarée, couinant des 'Quoi ? Quoi ? QUOI ?' en regardant autour d'elle. Voyant Ron réveillé et un peu sonné, elle s'approcha, avant de constater que le brun contemplait le roux d'un air complètement choqué.

- Eh bien, que se passe-t-il, ici ? interrogea-t-elle, surprise.

- C'est quoi cette potion que vous lui avez fait boire ? balbutia Harry sans quitter Ron des yeux.

- Oh, c'est un mélange d'une substance qui consiste à le rétablir de son malaise et de la potion de nuit sans rêves. En passant, cette expérience est de mon invention ! ajouta-t-elle sans cacher sa fierté.

- Et vous l'aviez déjà testé avant ?

- Je ne crois pas, non… Je l'ai conçue il y a peu de temps, vous savez. Mais en tous cas, selon mes calculs et mes statistiques, il n'y a quasiment aucun risque d'effet secondaires.

- Des statistiques ? Quels statistiques ?

- Enfin, les statistiques de test, bien sûr !

- Mais vous venez à l'instant de me dire que…

- Je les ai testé sur des poules, mais jamais sur des êtres humains ! J'imaginais que ça devait être le même résultat… Expliquez-moi enfin ce qui se passe, Mr Potter !

- Il délire, répliqua simplement Harry.

- Je vous demande pardon ?

- Ron, raconte-lui pour les lamas, la princesse et le poisson.

Ron obéit sagement, avec un grand sourire. Quand il eut fini son petit discours, Mrs Pomfresh, horrifiée, s'empara de la bouteille turquoise à moitié vide.

- DAMNED ! s'écria-t-elle. Je me serais trompée ?

- Ah ça, pour vous être trompé, vous vous êtes trompé.

- Un éléphant, ça trooompeuh, ça trooooompeuuuh ! chantonna joyeusement Ron.

- Il a perdu la boule ! couina l'infirmière.

- Qu'est-ce que j'essaie de vous dire depuis tout à l'heure ? grogna Harry, agacé.

- J'ai dû faire une erreur quelque part…

- Ben vous êtes alchimiste ou infirmière ?

- Taisez-vous, Potter ! Je réfléchis.

- Merveilleux. Manquerai plus que le vieux croûton s'en mêle…

- J'ai entendu des cris ? s'inquiéta une voix en débarquant derrière Harry, sortant du bureau de Pompom. Oh ! Que se passe-t-il ?

- Elle dit que Ron a perdu la boule, l'informa Harry en soupirant.

Pomfresh tamponnait le front de Ron avec un mouchoir imbibé d'un liquide vert pétant en murmurant des paroles incohérentes alors que celui-ci caquetait ridiculement.

- C'est inquiétant, remarqua Dumbledore.

- N'est-ce pas ?

- Potter, dégagez le passage, vous êtes inutile ! s'énerva Pomfresh. Allez, plus vite que ça !

- Calmez-vous, Pompom. Ce n'est qu'un simple accident, et chaque problème a sa solution. Question de temps, croyez-en mon expérience.

- Bon, alors j'imagine que vous avez quelque chose d'intéressant à proposer ? marmonna-t-elle, au bord de la crise de nerfs. Allons, cessez ça, Mr Weasley, vous êtes ridicule…

Ron s'était mis à imiter un poulpe.


- Harry ! Tu es revenu plus tôt ?

- Ouais. Elle avait plus besoin de moi.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Elle lui a fait boire une potion qu'elle avait fait toute seule, un mixte de deux autres, et ça a profondément foiré.

- Conséquences ?

- Elle dit qu'il a perdu la boule.

Il sourit devant l'air effaré d'Hermione.

- T'inquiète pas, Dumbledore dit que ça lui passera. C'est temporaire. Faut lui laisser du repos, le temps qu'il se calme. Juste quelques jours, tout au plus, et faudra passer lui rendre visite pour pas qu'il panique trop, il a vraiment quelque chose.

- J'irais le voir tout à l'heure.

- Excellente idée. Pourquoi pas maintenant ?

- J'attends que tu ai fini de recopier mes notes. Et tous les devoirs, aussi, pour demain au moins. Pas que j'ai pas confiance.

- Je vois, soupira-t-il avant de commencer à travailler.


- Terminé.

- Montre-moi ça…

Il leva les yeux au ciel et lui tendit ses devoirs enfin achevés, ainsi que les notes qu'il avait réécrit. Elle fronça les sourcils.

- Pas fabuleux. Le troll qui a détruit ce village de sorciers n'a pas été tué à coup de pissenlit mutant, mais grâce à un très fort poison fait à base de…

- Bon, ok. J'ai compris. Tout est à refaire…

Il prit un air déçu et profondément abattu. Hermione se sentit obligée d'ajouter :

- Bon, d'accord. Je corrigerai tout ça en partie.

Elle sourit malgré elle alors qu'il entamait une danse joyeuse autour d'elle, sous les regards intrigués des autres élèves présents dans la salle commune, en lançant des « T'es la meilleure amie qu'on puisse avoir » à tout va.

- C'est bon, pas grand chose ! tempéra-t-elle en riant. J'en ai pour une heure par contre, minimum, donc tu peux sortir si tu veux…

- T'es vraiment adorable.

Il lui passa affectueusement la main dans les cheveux et la remercia une cinquantième fois avant de sortir d'un pas léger.

« J'ai plus qu'a m'affaler au soleil et profiter du printemps. »

Il se descendit l'Escalier en repensant à Ron qui lui parlait de lamas et de princesse sous la pluie, à Ginny qui était beaucoup trop possessive, à Drago qui devait probablement le détester en ce moment…

- Tiens, t'es pas avec Weasley ? s'étonna une voix familière derrière lui.

« Quand on pense au loup… »

Il se mordit la lèvre pour réprimer un fou rire en s'efforçant de ne pas finir le proverbe.

« C'est pas dans mes habitudes d'être aussi vicieux. »

- Non.

- Elle est où ?

- Je sais pas.

- C'est normal, ça ?

- Oui. Elle fait sa vie. Je fais la mienne.

- Oh.

- Pourquoi ? On est censés être tout le temps collés ensemble ?

- Peut-être. J'imagine.

- Où est Parkinson ?

- Je sais pas.

- C'est normal, ça ?

- Tu te fous de moi, Potter ?

- Peut-être. J'imagine.

- Je pensais pas que ton niveau de maturité irait s'abaisser à ça…

- Ah, parce que tu pense, toi ?

- T'es en manque de nos engueulade ou quoi ?

- Peut-être. J'imagine…

Il était profondément sincère, cette fois. Drago le remarqua et sourit.

- Pas en manque de quelque chose d'autre, par hasard ? tenta-t-il.

Harry sourit à son tour.

- Si, répondit-il.

Juste avant de se faire plaquer contre le mur et embrasser désespérément, comme une première dose de drogue depuis un long moment d'abstinence.


- Tu veux qu'on passe voir Ron avant le dîner ?

- Oh ! Je ne t'avais pas entendu revenir ! Tu étais où ?

- J'ai traîné un peu, sourit-il d'un ton dégagé.

Il préférait ne pas s'éterniser sur le sujet.

- Tu n'as pas répondu. On va voir Ron ou pas ?

- Oui, bien sûr ! Je termine la conclusion et je te suis.

Il se tut pendant qu'elle écrivait les dernières lignes. Soudain, elle reprit la parole.

- Qu'est-ce que tu entends par 'traîné' ?

- Ben… J'ai marché.

- Harry, ne joue pas à ça avec moi. Que s'est-il passé ?

- Pas grand chose. Rien de sérieux.

- Tu as vu Malfoy ?

- Je l'ai croisé, précisa-t-il. Et parle moins fort.

- Que s'est-il passé ? répéta-t-elle avec insistance.

- Rien de sérieux, je viens de te le dire.

- Ce qui veut dire… ?

- On a parlé entre personnes matures, on s'est embrassé un p'tit bout de temps et ensuite on est parti chacun de notre côté. Rien d'autre.

- C'est déjà pas mal. Et pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi vous vous êtes embrassés ?

- Ben, pour rien. On était en manque, c'est tout.

- Je vois.


- On vient voir Ron.

- Entrez.

Ils obéirent.

- Comment va-t-il ? s'enquit Hermione en s'approchant du lit.

- Il a babillé des histoires débiles pendant une heure ou deux, puis il s'est calmé.

- Bon.

Ils s'assirent chacun d'un côté du lit de Ron, qui fixait le plafond en bavant, les yeux grands ouverts, hypnotisé.

- Euh… Ron ? essaya Hermione. Tu vas bien ?

Il porta son attention sur elle l'espace de quelques secondes, puis se tourna à nouveau vers le plafond, sans un mot. Hermione se tourna vers Harry, surprise. Celui-ci haussa les épaules. Ils restèrent assis là pendant un long moment, tous les trois, stupides, l'un plongé dans la contemplation du plafond, les deux autres assis à le regarder en silence. Soudain, il murmura :

- C'était toi la princesse du rêve.

« En effet. Il perd la boule. »

Hermione sursauta.

- Je… Quoi ?

Il ne répondit pas, sans lâcher des yeux le plafond qui semblait extrêmement intéressant.

- Harry… De quoi est-ce qu'il parle ?

- La princesse, coupa sèchement Ron. Dans le rêve. C'était toi.

Puis il se tourna brusquement vers elle, plantant son regard dans le sien.

- Pourquoi est-ce que tu t'en allais, hein ? T'as trempé ta robe. Elle est foutue, maintenant. Et tes cheveux, cette coiffure t'allait si bien… La pluie, pareil : ça a tout gâché. Pourquoi tu m'attendais pas quand je te suivais ? Tu voulais une vodka, comme le poisson témoin de la java ? Je t'aime, moi. Faut tout envoyer en l'air…

Puis il ferma les yeux et sombra. Interdite, Hermione ouvrit la bouche, puis la referma. Puis la rouvrit.

- Qu'est-ce qui lui arrive ?

- J't'ai dit, problème de potion.

Harry haussa les épaules, impuissant, et se tut. Il restèrent assis là, silencieusement, écoutant le murmure régulier des ronflements de Ron.


- Mrs Pomfresh ? Il sera guéri bientôt ?

- Je l'ignore, répondit-elle en jetant un regard triste au roux.

- Bon. On pourra revenir demain, dans la journée ? C'est l'heure du dîner, et…

- Oui, mais pas plus d'une visite par jour.

- Merci.

Hermione sourit et sortit de l'infirmerie. Harry la suivit, les yeux perdus dans le vague.

- A quoi tu pense ? questionna-t-elle soudain.

- Hmh ? De quoi ?

- Oh, excuse-moi. A qui tu pense ?

- Devine.

- J'ai deviné.

- Ne le dis pas à haute voix, alors.

- Harry, c'est une obsession…

- Non.

- Non ?

- Pas encore.

- Pas encore ?

- Il se pourrait très probablement que ça en devienne une bientôt.

- Oh.

- C'est grave, docteur ?

- Je ne crois pas. On verra bien.

- Je peux continuer de penser, alors ?

- Je t'en prie.

Aucun d'eux ne dit un mot le long du trajet. Dans la Grande Salle, ils ne parlèrent pas non plus. Juste un simple 'à demain' quand ils se séparèrent dans la salle commune tard dans la soirée pour aller dormir, réfléchissant tous les deux à la situation actuelle et à son niveau de gravité.

« Ca a pas fini de s'empirer… »