Swangranger j'ai failli en pleurer. Ton petit message était juste ce dont j'avais besoin. Merci et bonne lecture.
Avec ou sans toi
Je n'avais pas quitté ma chambre depuis le dîner. Mes parents avaient bien compris que quelque chose n'allait pas mais comme d'habitude, ils avaient respectés mon silence, mon besoin de taire mes blessures. Je les aimais pour ça. Pour cette patience dont ils faisaient preuve à chaque instant. Mon père viendrait me voir plus tard, prétextant une réparation ou une course à faire pour se ménager un moment avec moi, si ça ne donnait rien ma mère viendrait à son tour, douce, compatissante et près à tout entendre, tout arranger pour son petit ange blond comme elle aimait m'appeler depuis que j'étais arrivé chez eux. Elle m'avait dit que malgré ma détresse évidente, je lui étais apparu comme un ange miniature perdu dans un monde trop dur pour lui. Moi ce que j'avais retenue c'était sa gentillesse et la douceur de sa voix quand la dame des services sociaux m'avaient amené chez elle en pleine nuit. Elle n'était pas énervée d'avoir été réveillée, elle n'avait pas hurlé ou levé la main sur moi quand je n'avais pas réussi à formuler de réponse à ses questions pourtant simples. Elle avait même préparé une chambre. Elle avait dit que c'était pour moi. Une petite chambre avec un lit et des draps moelleux qui sentaient bon. Un bureau, des jouets, des livres et même des crayons de couleurs. Pas un ou deux, si petit que je peinais à les prendre en main mais tout un pot de crayon neufs. Je n'avais pas réussi à quitter ce pot des yeux. Je me demandais si elle m'autoriserait à en choisir un avec lequel je pourrais dessiner. Mais il faudrait aussi lui demander une feuille donc je n'avais rien dit. Elle avait déposé mon sac dans une armoire en me disant que demain nous regarderions ce qu'il y avait dedans et que nous irions peut-être faire quelques achats supplémentaires mais que pour cette nuit, mon pyjama serait bien suffisant. Elle m'accompagna dans la salle de bain pour passer un gant frais sur mon visage et dans mon cou avant de me border. Ça m'avait rappelé mon papa, mon vrai papa, je ne me souvenais plus très bien de son visage mais il faisait ça quand ma mère n'était pas là. C'était avant qu'il ne parte, emmenant toutes ses promesses avec lui. Des larmes avaient coulés sur mes joues et encore une fois sa réaction m'avait prise au dépourvu. Pas de cris, pas d'insulte sur ma faiblesse et mes manières de fillette. Juste un baiser sur mon front et des paroles apaisantes : « Dors mon petit ange blond, demain sera un nouveau jour pour toi. ». Elle avait eu raison cette nuit-là.
Des coups à la porte, retinrent mon attention. Je ne répondis pas, je savais qui c'était et elle savait qu'elle était la seule à pouvoir entrer sans autorisation. Elle frappait toujours avant, c'était son truc. Ma sœur passa la tête par l'embrasure de la porte puis avança en refermant bien derrière elle. « Désamorçage de la bombe en cours » allait penser mon père. Un sourire passa sur mon visage. Prim le vit et s'avança plus franchement vers moi. J'étais à demi allongé sur mon lit, tourné vers la porte et appuyé sur un coude, roulant une boule de papier entre mes doigts depuis un moment. Elle s'approcha aux pieds du lit et monta dessus, en position de lotus, elle me regarda de ses grands yeux bleus. Les traits de son visage étaient plus fins que les miens, ses yeux plus rieurs, elle avait toujours été mince et en grandissant elle devenait plus svelte, plus femme, plus affirmée. Katniss avait raison, on ne se ressemblait pas malgré nos cheveux blonds et nos yeux bleus. Mon cœur se serra à l'évocation de son nom : Katniss.
_ Tout ne s'est pas passé comme tu l'espérais ?
_ Pas vraiment non.
Ce n'était pas difficile à deviner pour elle. Je ne pouvais rien lui cacher donc elle savait tout de mon histoire avec Katniss. Certains diraient qu'elle était trop jeune pour toutes ces histoires mais c'est comme ça que ça marchait entre elle et moi. Nous étions des confidents l'un pour l'autre. Elle perçait ma carapace de premier de la classe si sûr de lui en apparence et je la protégeais des excès de gentillesses des autres. Avoir perdu ses parents, si jeune, ne faisait pas d'elle une petite chose fragile contrairement à ce que beaucoup pensaient. Je lui disais toujours la vérité, bonne ou pas, et elle me rappelait sans cesse de m'ouvrir aux autres, réellement. Elle caressa ma jambe dans un geste de réconfort.
_ Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il s'écoula quelques minutes avant que je ne parle.
_ Son petit ami, je crois.
Là où tout le monde aurait tiqué sur « petit-ami », elle c'était le « je crois » qui lui avais fait froncer les sourcils.
_ Tu crois parce que…
Je savais ce qui allait suivre. Elle allait me reprocher de m'être renfermé comme une huître, de ne pas avoir cherché à en savoir plus mais je n'étais pas comme elle. Le rejet, le doute, ça me frappait aussi fort qu'une balle de base-ball en pleine poitrine. Je perdais mes moyens dès que les choses devenaient trop personnelles, trop intimes. J'avais beaucoup trop baissé ma garde avec Katniss, beaucoup trop. Elle se rapprocha de moi et vint se lover dans mes bras. J'ajustais un peu ma position. Elle prit de mes mains, le papier que j'avais roulé en boule et le déplia contentieusement. Je ne fis rien pour l'arrêter. Elle le déplia complètement et le lissa sur sa jambe. C'était un portrait de Katniss en train de dormir. Je l'avais fait ce matin, à un moment où je pensais que rien ne pourrais nous sortir de notre bulle. J'avais eu tort de penser ça.
_ Elle est très belle.
Prim déposa délicatement le dessin sur la table de chevet et se repositionna contre moi. Elle passa ses doigts agiles dans mes cheveux et m'embrassa sur les lèvres. Ça n'avait rien d'inconvenant, pas pour nous. Et puis ce n'était pas un vrai baiser, plus une marque d'estime et de réconfort. C'était ma sœur et je l'avais toujours vu de cette façon. Elle se pelotonna contre moi, continuant de faire jouer ses doigts dans mes cheveux et dans ma nuque. Sa respiration tranquille, apaisa un peu la tension que j'avais en moi. Mes pensées s'éloignaient de Katniss pour me rappeler un matin un peu avant Thanksgiving. Mes parents m'avaient annoncés au petit déjeuner que nous allions bientôt accueillir un autre enfant dans la famille. Ça faisait presque deux ans que je vivais avec eux maintenant. J'y étais bien et je ne leur en voulais pas de vouloir s'occuper d'un autre enfant. Je trouvais même ça plutôt plaisant de savoir que quelqu'un d'autre pourrait jouer avec les mêmes jouets que moi et qu'il aurait lui aussi le droit d'utiliser tous les crayons du pot pour dessiner ce qu'il voulait quand il en avait envie. Je leur avais souris et leur avait demandé s'il dormirait dans ma chambre. Ils m'avaient répondu que oui et je leur avais dit que je ferais mon sac rapidement pour que le nouveau bébé puisse tout trouver bien propre. Mon père avait souri en disant que rien ne pressait et ma mère m'avait regardé un peu intriguée.
_ Et où poseras tu ton sac, mon ange ?
_ Humm je ne sais pas, mais quand la dame viendra me chercher, il sera déjà prêt.
Le sourire de mon père s'était fané. Il m'avait rapproché de lui et prit sur ses genoux.
_ Peeta, tu croyais que tu allais devoir laisser ta place ?
Je lui répondis timidement, plus si sûr de moi.
_ Oui. Vous… vous occupez des enfants comme moi qui… qui n'ont plus de maison ou des parents méchants. Si je reste vous ne pourrez pas aider un autre enfant. Mais je… je pourrais vous voir encore un peu… parfois.
Ce que j'aimais par-dessus tout chez eux c'est qu'ils ne riaient jamais méchamment et ne se mettaient jamais en colère quand je disais quelque chose de stupide, jamais. Mon père me serra dans ses bras, les yeux embués.
_ Mon garçon mais tu ne vas pas laisser ta place, tu vas juste changer de chambre. On a préparé une nouvelle chambre pour toi, elle est plus grande, avec tes couleurs préférées et ta nouvelle sœur reprendra la tienne. C'est tout. Tu restes avec nous mon grand, nous sommes ta famille maintenant.
Mon cœur s'était serré en entendant ça. J'ai vu ma mère essuyer une larme et se rapprocher de nous dans une étreinte réconfortante. J'étais resté incapable de dire un mot, les joues baignées de larmes. J'avais à peine cinq et pour noël, j'avais droit à une famille et une petite sœur. J'étais peut être vraiment un ange pour avoir droit à autant de belles choses d'un seul coup. Ma sœur était arrivée juste avant la nouvelle année. Elle me ressemblait un peu, avec ses cheveux et ses yeux de la même couleur que les miens, sauf que dès qu'elle m'avait vu, elle avait couru vers moi aussi vite qu'elle avait pu. Me serrant très fort de ses bras minuscules, elle m'avait fait un grand sourire et je m'étais promis de la protéger toute ma vie.
Ses doigts glissèrent contre ma nuque et je reposais sa main sur mon torse me soulevant légèrement pour ne pas la réveiller mais assez pour attraper le dessin que j'avais fait de Katniss. Tellement belle, tellement mystérieuse à commencer par mon attraction pour elle. Comment cette fille avait-elle réussi à mettre ma vie sans dessus-dessous en moins de trois jours ?
Flashback
C'était une journée comme les autres en apparence. Je revenais d'une petite séance à la piscine avec Finnick. J'avais faim et je n'avais qu'une envie me poser à la cafétéria pour avaler quelque chose. C'est Madge que je vis en premier. Elle était une très bonne amie à moi, une fille discrète et ouverte à la fois, un peu comme Prim. Elle faisait partit de mon cercle restreint à l'université. Et puis j'ai vu qu'elle n'était pas seule. Elle m'avait parlé de sa correspondante, une sorte de filleule qu'elle devait aiguiller dans le labyrinthe des filières et options de l'université tout en lui vantant les qualités de la nôtre. Je savais que Madge ne lui dirait pas tout et n'importe quoi, juste pour qu'elle s'inscrive ici mais qu'elle prendrait en compte ses vœux et son parcours. Elles étaient de dos et tout ce que je pouvais observer de la nouvelle venue c'est qu'elle avait un look plutôt simple, à peu près de la même taille que Madge. De très jolis reflets marron parsemaient sa chevelure brune retenue en un chignon rapide. Quelques mèches collaient à sa nuque, c'était plutôt sexy. Je ris tout seul à ce me moment en me demandant si je venais bien de trouver sexy, une fille de dos sans même avoir reluqué se fesses ? Je me retournais pour remplir mon plateau avec l'intention de les rejoindre ensuite. Sauf que tout ne se passa pas exactement comme prévu. Une fois mon plateau remplit, je me retournais vers elles et l'inconnue fit de même. Elle n'était pas sexy, elle était beaucoup plus que ça. C'était indescriptible et pour quelqu'un comme moi, qui avais toujours un truc à dire, c'était vraiment une preuve que cette fille n'était pas comme les autres. Je me mis à sourire bêtement tout en voyant la distance entre nous se réduire incapable de détacher mon regard de ses yeux à la couleur si particulière. Et au final tout ce qu'y réussit à franchir mes lèvres fut un stupide «bonjour » quand je la frôlais. Je n'avais pas osé les rejoindre ensuite même s'il m'avait semblé qu'elle cherchait quelqu'un des yeux à un moment. Finnick était arrivé quelques minutes plus tard et même s'il me trouva un peu dans la lune, il ne fit aucun commentaire particulier. On mangea rapidement et Annie, sa petite-amie l'appela sur son portable. On sortit la rejoindre mais tout en discutant avec eux, mes yeux ne quittaient pas la porte de la cafétéria.
_ Youhou, Peeta t'es avec nous ? T'attends quelqu'un ?
Annie me regardait et je lui souris en lui répondant que je devais seulement voir Madge avant qu'elle ne file à son cours de l'après-midi.
_ Pas sûr qu'il y aura des cours cet aprèm, ils ont parlé de vents assez violents. Tu sais comment ça se passe quand ça nous tombe dessus !
Finnick fit une grimace de côté.
_ Ouais ouais.
_ Ah ben justement Madge est là, nous on y va, à plus.
Annie tira son copain toujours en train de faire le pitre vers elle et ils s'éloignèrent.
_ Oui, c'est ça, à plus.
Madge me vit de loin et je lui fis un petit signe de la main. Elle vint à ma rencontre… seule. J'étais déçu mais inutile de le lui dire. Je ne savais même pas me l'expliquer à moi-même.
_ Hey Peeta. Ça va ?
_ Oui et toi ?
_ Ça va, ça va. Je suis avec ma filleule depuis tout à l'heure, j'ai été la récupérer à la gare routière ce matin. Je pense que vous allez bien vous entendre tous les deux, en tout cas, moi, j'ai un bon feeling avec elle. Elle est différente, mais dans le bon sens tu vois ?
Madge ne se rendait absolument pas compte de l'impact que ces quelques mots venaient d'avoir sur moi. Je pense même que c'est à partir de là que j'ai commencé à baisser ma garde. Ensuite tout s'est enchaîné, ma blague pourrie, sa réaction virulente mais qui à mon avis cachait quelque chose de plus profond, Madge me demandant de laisser courir. Et puis l'avis de tempête, Katniss introuvable, son appel. Bon sang j'avais cru devenir fou de ne pas savoir où elle était par un temps pareil, elle pourrait être blessée ou pire, je me sentais tellement responsable de sa fuite. La récupérer et pouvoir la serrer dans mes bras avaient été comme une renaissance. Je l'avais accompagné à ma chambre sans arrière-pensées, je voulais juste qu'elle soit à l'abri et c'est seulement une fois sous la douche que je me suis rendu compte de la situation. Elle était trop proche, trop désirable, son odeur était en train de me rendre fou et il m'avait fallu tout mon self-control pour me détacher d'elle. Mais on était coincé là, je n'avais mis aucune barrière, je l'avais prise dans mes bras pour la réconforter et son regard si hypnotique… j'avais failli l'embrasser, encore. C'était la deuxième fois en moins de quelques minutes et je ne savais pas si j'arriverais à résister à une troisième ou une quatrième pulsion de ce genre. La troisième fut fatale. Le pire pour moi fut de constater qu'elle en avait autant envie que moi. Mais je n'avais pas assez prêté attention à sa conversation à propos de ce mec : Gale ? Copain, ex ? Qu'est-ce qu'il était au juste ? Quelqu'un qui revenait un peu souvent entre nous deux comme tout droit sorti de mon enfer personnel. Mon envie de me protéger était presqu'aussi fort que mon envie de la posséder toute entière et j'avais failli la laisser partir comme ça. Je mettais repris grâce à Finnick qui m'avait textoté depuis le bar. Madge m'avait dit qu'ils y seraient tous, mais j'avais continué à tergiverser. « Si elle continue à soupirer après toi comme ça, elle va se choper une pneumonie. ». Ce qu'il pouvait être con parfois, mais toujours dans le vrai. Alors j'étais venu et je ne l'avais pas regretté un instant malgré la douleur de la séparation. Et jusqu'à ce matin avec Gale 2.0 : le retour.
Fin du flashback
Je poussais un soupir de frustration en me demandant pourquoi je ne lui avais pas mis mon poing dans la gueule ou lieu de fuir mais c'était vraiment primaire comme instant. Et surtout, le doute… le doute s'insinuait en moi comme un serpent fourbe et vicieux. Je le sentais ramper doucement, distillant son venin : crois-tu mériter quelque chose de plus ? Qui s'intéresserait à toi mon pauvre Peeta. C'est déjà un miracle qu'elle t'ai laissé l'approcher de si près tu ne crois pas ? Mais dis-moi Peeta ? Est-ce vraiment une amie ou ne serait-ce pas plutôt une ennemie ?
J'ouvrais les yeux en sursaut. Prim passa sa main sur mon visage reprenant la sérénade de ma mère d'une voix endormie: « Dors mon ange, demain sera un nouveau jour pour toi. ».Mais pouvais-je y croire encore une fois ?
Je viens d'écrire ce chapitre en quelques heures ce qui est juste incroyable compte tenu de ses derniers mois. Je ne comprends pas vraiment mais je prends, je prends et je vous donne. En espérant qu'il vous plaira autant qu'à moi. La vie nous réserve bien des surprises parfois, non ?
Lumi.
