Titre : Kokoro's cards
Disclaimer : L'intrigue que je mets en place depuis quelques chapitres déjà est de moi, la plupart des personnages et lieux sont de mon invention. Le reste appartient aux CLAMP.
On ne peut pas dire d'une ombre, une infinité d'ombres comme on dirait une infinité de fourmis ou de ballons. L'ombre est une seule, immense, masse noire.
Elle peut prendre toutes les formes, sans en avoir aucune, la seule raison pour laquelle la terre ne la craint pas, c'est qu'elle n'est pas tangible.
Courir ne suffit pas à lui échapper, crier ne sert à rien, elle me nargue, attendant le moment le plus opportun pour me cueillir. Je me demande pourquoi je cours, ce n'est que de l'ombre, la nuit noire ne m'a jamais effrayée. Pourtant je sens que c'est vital, que cette ombre peut me faire mal, qu'elle peut me broyer les os sans que je ne puisse rien y faire. Elle est plus forte que moi.
A bout de souffle, j'ai ralentit et elle a fondu vers moi, me laissant pousser un ultime cri de douleur.
Je me suis redressée, ruisselante de sueur, ma chambre était plongée dans la pénombre de la nuit. J'ai retenu un cri de frayeur croyant que j'étais encore en plein cauchemar puis j'ai doucement repris mon calme. J'ai allumé ma lampe de chevet avec soulagement, ces derniers jours cela m'arrivais souvent, trop souvent. Des angoisses diverses me terrorisaient chaque nuit pour mieux m'empêcher de dormir. Furieuse, j'ai essuyé du dos de la main des larmes de frustration avant de me plonger sous mes couvertures, la lumière de ma lampe perçant les interstices du tissu. Toute cette peur me rendait folle, celle de l'ombre plus encore que ce rêve prophétique. Shaolan était un adversaire à ma taille, tout du moins, il était possible de le combattre à échelle humaine. Il avait un visage, ce qui était à la fois effrayant et rassurant. On craint moins facilement ce qu'on identifie clairement, je suppose.
Ma matinée fut presque aussi éprouvante que ma nuit. Le docteur Axel, médecin et kinésithérapeute, a palpé chaque muscle de mon corps afin de vérifier mon état. Bien entendu, aucun de mes os ne s'est brisé durant la nuit. Le bilan est assez positif.
Je garderais la trace de mes énormes bleus pendant un mois ou deux, ma cheville est au repos complet pour les trois prochains jours, béquilles obligatoire pour mes déplacements et vu l'étendue des bleus, j'ai même droit à un anti douleur.
Axel est un homme doté du caractère le plus arrangeant au monde sans aucun doute, c'est aussi un masseur hors paire. Alors qu'il détend ma cheville, je me surprends à soupirer de bien être, un chef sans aucun doute. Alors que ma grand-mère sort le gâteau qu'elle a fait la veille et lui en propose un morceau, il refuse poliment, les joues rosées. Axel est un grand timide, pourtant j'espère bien qu'un jour, il osera se déclarer à l'élu de son cœur, Linda. Linda est une femme de petite taille, d'allure enfantine, je l'imaginerais bien fleuriste mais la réalité est tout autre. Elle possède un caractère contrastant avec son apparence, tout comme son métier, plombière. Ce qu'Axel ne sait pas, c'est qu'elle est trop fière pour prendre les devants mais qu'elle n'attend qu'une chose, une déclaration enflammée. Cette perspective me laisse sceptique mais sait-on jamais.
Namie m'avait envoyé un sms quelques heures plus tôt avant de partir au collège. J'avais hâte qu'il soit quatre heures et qu'elle passe me voir. Axel partit, Kero s'est confortablement installé sur la table pour bâfrer tranquillement le reste de gâteau. Grand-mère est sortit prendre le thé avec , qui n'avait visiblement pas cour en début d'après midi. J'ai regardé la télé sans grand intérêt, les images en trois dimensions me donnaient parfois mal au crâne.
-Kero ?
Il me lança un regard interrogateur.
-Les cartes, elles peuvent tuer ?
Un silence pesant s'installa entre lui et moi. Je lisais l'incertitude dans son regard.
-Laisse tomber. Il vaut mieux ne pas savoir.
Les ombres. Une chose tellement insignifiante dans la vie de tous les jours. Elle vous suit partout sans un bruit mais vous savez qu'elle est là, elle vous rassure presque. On aperçoit plus souvent son ombre que son reflet, quand on a envie d'être seul, on vérifie simplement que personne d'autre qu'elle ne suive nos pas. En levant la main, mon ombre s'est allongée et une sensation de dégout m'a traversé.
Je me suis raclé la gorge après avoir détourné mon regard. Ma réaction était ridicule.
Palpant le côté gauche de mon corps avec prudence, j'envisage avec délice de fuir la ville en laissant les cartes derrière moi, peut être que Steven m'emmènerait. Avec sa taille, il pouvait facilement se faire passer pour un gamin de seize ou dix sept ans qui chercherait un apprentissage. Je le ferais travailler pour moi jusqu'à la fin de ses jours en profitant de la vie de mon côté. Hilare, Kero me regarda avec incrédulité. Après un bref effort, j'ai repris contenance, il fallait surmonter cette peur insidieuse tant qu'elle était fraîche.
-Kero, tu veux bien m'apporter les cartes ?
Hochant la tête, il s'est exécuté sans demander d'explications. Avoir peur de mon ombre ne me plaisait pas, vu la tournure que prenaient les choses, il me faudrait peut être affronter pire. Je ne pouvais pas accumuler les faiblesses. Plus simplement, je ne voulais pas dormir la lumière allumée toute ma vie. Voyant Kero revenir, j'ai pris une longue inspiration, touchant du bout des doigts la clé pendant à mon cou. J'ai attrapé les cartes d'une main qui se voulait sure mais je n'ai pas pu m'empêcher de fixer la carte du dessus : The Shadow.
-Kero tu connais le meilleur moyen de combattre une peur profonde ?
Il hoche la tête.
-C'est de lier la source de l'angoisse avec des souvenirs agréables.
Dans le cas ici présent, pas seulement celle de l'ombre, mais les cartes en général. L'idée avait germé en me rappelant de la veille. Ma grand-mère s'affairant dans la cuisine, quel souvenir plus rassurant que celui là. Cet endroit était remplit de souvenirs tous plus agréables les uns que les autres. Mon seul contact avec les cartes se produisait durant les combats. Une bien piètre manière d'établir un lien affectif avec ces entités de magie.
J'ai invoqué le sceptre et j'ai demandé à Shadow de me prêter main forte. L'absence d'ordre clair l'a fait apparaitre sous sa forme humanoïde et mes yeux plissés essayaient vainement de trouver un visage dans la mer noire sous sa capuche.
-Bien. Serait-il possible qu'en soulevant mon ombre, tu me portes jusqu'à la cuisine ?
La créature sembla méditer ma question un instant avant que je décolle du sol. Les yeux exorbités, je regardais le sol de mon salon défiler sous moi alors que je planais à un mètre du sol. Quand l'ombre me déposa sur la chaise et réapparut sous forme de carte dans ma main, un sentiment étrange me submergea.
-Tu lui as demandé de te porter jusqu'à la cuisine ?!
Kero gesticulait dans tous les sens visiblement frustré par la façon dont j'utilisais les cartes.
-Tu as des cartes d'une puissance incroyable et tu demandes… un voyage salon-cuisine ?!
Amusée, je lui ai demandé ce qu'il fallait que j'en fasse au quotidien si je ne pouvais pas m'en servir pour des besoins primaires.
-Dégager une route après une tempête, éteindre un incendie… Enfin tu vois ce que je veux dire !
-Dans mon état, le mieux que je puisse faire comme tu viens de le constater, c'est un voyage salon-cuisine.
La mine dépitée et a court d'argument, il est retourné regarder la télévision en ronchonnant.
Ma peur ne s'était pas envolée, loin de là mais cette carte se révélerait certainement pratique dans les jours à venir. J'ai feuilleté de vieux livres de cuisine pendant une bonne heure, le temps que Namie finisse par arriver. Elle sonna deux fois puis entra sans attendre de réponse. Elle a déboulé dans cuisine comme une furie en me prenant dans ses bras, jamais dans ma vie, je ne m'étais autant contenue pour ne pas hurler de douleur.
-Namie lâches moi ! Tu me fais mal.
J'avais couiné pitoyablement mais qu'importe, elle m'avait lâché. Elle me regarda d'un air froid.
-Je suppose que vu ton état, je ne vais pas te faire de reproche sur le fait que tu m'ais raccroché au nez, ou encore que ton comportement d'hier était totalement dangereux...
Son ton était tout sauf conciliant mais je ne pouvais pas m'empêcher de pouffer de rire.
-Évidemment, ça te fais rire. Tu sais quand même que je me suis inquiétée ?
J'ai hoché la tête en essuyant une larme au coin de mon œil.
-Moi aussi, je crois bien que j'ai eu peur. Contente de te voir en tout cas.
En jetant un coup d'œil sur la table, j'ai aperçu les cartes. Shadow était au sommet de la pile.
-Tu veux voir un truc marrant ?
Elle acquiesça intéressée. Alors que j'allais de nouveau invoquer la carte des Ombres, Namie me l'arracha des mains.
-Qu'est ce que tu fais ?! Cette carte est dangereuse ! Tu as vu l'état dans lequel tu es ? Tu crois que c'est à cause de qui ?
Une foule de souvenir refoulée me donna la nausée, elle n'avait pas besoin de me le rappeler. Mon corps et mon esprit étaient suffisamment marqués.
-Donne la moi Namie, ça ne crains rien. La preuve, je l'ai déjà fais tout à l'heure.
Elle n'allait pas me la donner. Dans ses yeux, je voyais la peur des ombres. Soudain quelque chose me revint à l'esprit, elle aussi avait été plongée dans l'ombre. Il était fort possible qu'elle souffre du même genre de cauchemar que moi. J'avais laissé mes béquilles dans le salon quand la carte m'avait transportée, je ne savais pas quoi faire.
-Qu'est ce que tu comptes faire ? La détruire ? Quelque chose cloche Namie, d'après Kero, elles ne sont pas censées être comme ça. Ne la juge pas avant de savoir ce qu'il se passe vraiment.
C'est le principe que j'essayais d'appliquer moi-même. Doucement, ses mains se décrispèrent, après un bref regard pour la carte, elle me la tendit. Je l'ai prise délicatement, il fallait que j'apaise Namie d'une façon ou d'une autre.
-Quand j'étais dans l'ombre, j'ai senti une haine farouche envers moi, de la colère. Je t'ai dis que j'ai invoqué la carte tout à l'heure, son aura n'est plus du tout la même.
Pensive, elle regarda dans le vide.
-Qui te dit qu'elle ne cache pas son jeu ?
En vérité, toute ma théorie se basait sur mes impressions, mon ressenti. Peut être même qu'elle avait raison pourtant une part de moi était intimement convaincu du contraire.
-Tu te souviens de la carte de la tempête ?
Elle répondit affirmativement de la tête.
-Cette carte là, j'ai ressenti un peu de peur mais rien d'aussi fort. Depuis celle de la plage, j'ai l'impression que les cartes émettent des ondes néfastes. Enfin plutôt celle qu'a Shaolan, celle du sable était violente mais pas autant que les deux suivantes.
-Tu penses que c'est à cause de lui ?
-Non.
C'était un drôle de gars mais il ne dégageait pas une telle aura. Je ne savais pas encore quoi penser de tout ça, j'allais devoir être attentive lors des prochaines apparitions de carte de Sakura.
-Bon de toute façon, pour le moment on n'en sait pas assez alors on va faire ce pour quoi tu es venue !
J'ai attrapé le livre de recette sur la table, l'ouvrant à la page désirée. J'ai fais une rapide vérification de la recette puis je l'ai montré à Namie pour qu'elle me donne son avis. Elle retrouva instantanément le sourire soudain plus enthousiaste.
-Bon commence par me dire où je peux trouver tout ce dont j'ai besoin et je m'occupe de tout !
Je lui ai indiqué où se trouvait le matériel de cuisine et les aliments dont elle avait besoin.
-200 grammes d'eau.
Elle allait se tourner vers le robinet quand je l'ai interrompue.
-Quoi ?
-Bouge pas je te dis.
Inquiète, elle regarda derrière elle.
-Watery, 200 grammes d'eau dans le plat !
L'ondine se matérialisa perplexe, elle ne savait visiblement pas se servir d'une balance. Namie me fixait dubitative.
-Quoi ? Ca coutait rien d'essayer. Explique lui comment ça marche peut être qu'elle y arrivera.
Namie s'exécuta incertaine et Watery comprit immédiatement le fonctionnement de la machine après quelques explications sommaires. A ma grande surprise, après sa tâche accomplie, elle ne se désinvoqua pas trop absorbée par Namie qui lui donnait des ordres divers. J'ai regardé cette scène avec espoir, si elle était capable de s'entendre avec Watery pourquoi pas avec Shadow ? J'ai chuchoté son nom en l'invoquant à mes côtés. Il n'émettait pas un bruit, attendant passivement que je lui donne un ordre quelconque. Son aura était définitivement différente de la veille.
Namie a hurlé en se retournant alors que les cartes, elles, restaient placides.
-Pourquoi tu l'as invoqué ?!
-Et pourquoi pas ? Ca fait bien trois minutes qu'on vous regarde et à ce que je sache, il ne s'est rien passé.
Elle se mordit la lèvre inférieure, j'en ai fait autant. Je n'aimais pas la façon dont je la poussais à bout mais connaissant Namie, je savais qu'elle n'avouerait jamais sa peur alors il fallait que je l'aide à la surmonter. Posant sans ménagement son plat sur la table, elle s'est approché de la carte de l'ombre jusqu'à se placer face à elle.
-Demandes lui de me plonger dans l'ombre.
-Il fait jour.
Elle pesta et sans même que j'ai le temps de réagir, enfonça son bras sous la cape de l'ombre. Elle grimaça tout en retirant son bras.
-Mais enfin ça va pas tu aurais pu…
-Quoi j'aurais pu lui demander ? Dommage, je l'ai pas fais. Je crois que tu as raison.
Clignant des yeux, j'ai attendu qu'elle développe.
-La sensation n'est pas la même. Je suis restée un certain temps dans cette foutue poix donc je sais très bien à quoi ça ressemblait.
J'ai hoché la tête mais la question était toujours la même, qu'est ce qu'il se passait exactement ?
Mot de l'auteur : Je n'ai pas peur du noir personnellement mais j'avoue qu'après l'expérience de l'ombre, même moi je n'en mènerais pas large. Cette pauvre Mizuno accumule les phobies diverses à cause des cartes mais croyez moi, c'est à dessin. J'espère réussir à déployer mon intrigue dans toute sa splendeur.
16 jours Vendredi 19 Septembre
