- Chapitre 11 :
La jeune femme aux longs ongles bleus profita du silence provoqué par l'arrivée des trois garçons pour faire une annonce à la cantonade :
« Vous tous, écoutez-moi ! Commença-t-elle d'une voix fine mais forte qui portait jusqu'au bout du wagon. Le virus africain est arrivé en Angleterre, il est ici ! C'est officiel, la BBC l'a mis sur son site. »
L'asiatique leva son téléphone pour que les autres passagers le voient. Il n'y avait plus un bruit.
« Leur article dit qu'on doit tous rester à l'intérieur, continua-t-elle avant de se tourner vers Jesse. Exactement comme l'avait dit le père de votre copine. Il y a des sortes de flocons empoissonnés qui tombent dans l'air et, s'ils vous touchent, vous attrapez le virus.
- Et si quelqu'un qui l'a attrapé vous touche, vous l'avez aussi ! Ajouta un autre.
- Voilà, confirma la jeune femme qui ressemblait plus à une adolescente. Mais ce n'est pas tout, d'après l'article, il semblerait que peu de temps après l'infection, les… les infectés morts reviennent à la vie…
- Est-ce que la porte qui mène à la voiture B est toujours fermée ? » cria quelqu'un de façon paniquée.
Si les morts reviennent à la vie… On est vraiment dans la merde, pensa Will.
Will vit que la personne qui venait de paniquer était l'un des deux jeunes hommes ivres – qui semblaient parfaitement sobres à présent.
Jesse hocha la tête.
« Elle tient, mais de toute façon, je crois qu'ils sont tous morts à présent… »
Les passagers étouffèrent un cri. Ils étaient morts certes, mais ils allaient donc sûrement revenir si on se référait à la BBC.
« Mon Dieu ! Morts, déjà ? S'exclama quelqu'un.
- Où sont passé la jeune femme et le jeune homme qui étaient avec vous ? Demanda la femme aux ongles bleus.
- Ils… On les a enfermés. » Répondit Kurt.
La femme ouvrit de grands yeux effrayés.
« Ils ne l'ont pas attrapé, hein ? Est-ce qu'ils sont…
- Est-ce qu'ils sont infectés ? Compléta Jesse, la gorge nouée. Nous n'en savons rien pour l'instant. Trois jeunes ont réussit à passer la porte, mais ils ne semblaient pas malades, mais ils ont tout de même touchés Rachel et Sebastian. Mais tout va bien. Nous les avons confinés dans la voiture C. »
Des clameurs s'élevèrent à nouveau. La panique enflait et menaçait de s'emparer de la foule. Des phrases fuitaient sans contrôlent de la foule en colère : '' Comment avez-vous pu laisser passer les trois jeunes ?! '' ou encore '' Vous aussi vous êtes peut-être infectés ! ''…
La femme d'origine asiatique, qui possédait apparemment la voix la plus puissante, leva les mains.
« Taisez-vous tous ! Silence ! SILENCE ! »
Cela suffit à les faire taire. Elle se tourna vers Jesse.
« Bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant mon gars ? »
Kurt regarda étonné le brun. Ils veulent qu'il prenne les décisions ? L'espace d'un instant, il crut que le jeune homme allait flancher sous une telle pression. Qu'il renverrait sa question à la jeune femme, qu'il lui dirait qu'il n'avait qu'à jouer les leaders si elle en avait envie, elle ou qui que ce soit d'autre.
Jesse s'éclaircit la gorge.
« Nous allons rester là. Il faut fermer toutes les fenêtres et attendre.
- Attendre quoi ? »
Jesse regarda le noir d'encre de la nuit au-dehors.
« Attendre que le jour se lève pour pouvoir voir où nous allons. Au moins, nous pourrons repérer ces fameux flocons. »
Il fit un signe de tête en direction de la queue du train. Derrière la porte du fond, des personnes remuaient, tendaient le cou, tâchaient de voir ce qui se passait.
« En attendant, certains d'entre nous devraient se rendre dans les wagons suivants. On doit expliquer aux autres passagers ce qui se passe. »
Les lumières du train vacillèrent et déclinèrent vers neuf heures et demie avant de rendre définitivement l'âme à vingt-deux heures, les abandonnant au noir complet. Rachel émit un petit couinement d'effroi.
« J'imagine que les batteries du train sont à plat… dit dans un soupire Quinn qui posa son magazine qu'elle relisait pour la neuvième fois de la soirée.
- C'est pire que ça, intervint la voix de Joe un peu plus loin. C'est le réseau entier qui a lâché. Il n'y a plus d'électricité… »
Quinn regarda par la fenêtre. Quelques instants plus tôt, elle voyait encore un faible halo dans le ciel, le dessous d'un nuage renvoyant une lueur ambrée – la pollution visuelle d'une ville à proximité.
Plus maintenant. Elle leva les yeux dans l'espoir de repérer les lumières clignotantes d'un avion au loin. Rien. Tout était d'un noir menaçant. Elle ne voyait même pas la lune ni le scintillement des étoiles car le ciel était couvert, cette nappe épaisse de nuages que sa mère se plaisait, autrefois, à surnommer « la cloche tupperware de l'Angleterre ».
Trois petits carrés de lumière s'étaient allumés dans leur wagon et faisaient danser des ombres au plafond. Cela donnait à Quinn juste assez de clarté pour distinguer la fine silhouette de Rachel ainsi que celles de ses compagnons de quarantaine. Elle fût tentée d'allumer son propre portable pour rassurer en quelque sorte Berry – faudrait pas qu'elle nous tape une crise de panique maintenant – mais elle décida de préserver le peu de batterie qui lui restait.
Quinn fixa la silhouette recroquevillée de la naine contre la vitre. En à peine six heures elle était passée de la reine de la cour de la fac à une enfant effrayée. Finie la miss je-sais-tout, la miss-futur-star et la miss-je parle-tout-le-temps. Il ne restait plus qu'une jeune femme terrorisée qui voulait retrouver ses parents et son petit-ami, même si elle avait eut le courage de venir dans ce wagon. Cinq minutes plus-tard, elle entendit s'élever les ronflements discret d'un des trois garçons. Elle s'aperçut que Rachel la fixait.
« Tu devrais dormir, Quinn.
- Toi aussi Berry. »
Les deux jeunes femmes se dévisagèrent dans le noir, sans un mot de plus. Pour palier à la gêne qu'elle éprouvait à se retrouver de nouveau face à la brunette depuis leur altercation devant la faculté, la rebelle tendit le cou et observa les autres, qui s'étaient presque tous endormis, sauf Sebastian qui ruminait encore contre elle.
« Quinn, cela te dérangerait que je m'assois à tes côtés ? J'ai… j'ai peur à vrai dire… »
La voix résonna frêle et hésitante au milieu du silence qui régnait dans la voiture mais il semblait y avoir de nouveau cette volonté à toutes épreuves dans le ton de la brunette. Quinn, après une courte réflexion finit par hocher la tête, oubliant que Rachel ne pouvait pas la voir, avant de répondre un « oui, bien sûr » précipité. La diva s'étira quelques seconde, se décala sur le côté pour rejoindre l'allée centrale et enfin, elle s'installa sur le siège à la droite de la rebelle.
Joe sembla se réveiller en entendant le brouhaha qu'avait provoqué la brunette en changeant de place. Il alluma son portable pour vérifier l'heure, permettant ainsi au wagon d'avoir une infime source de lumière.
Les rayons bleutés vinrent se refléter sur le profil droit de Rachel. Elle semblait fatiguée.
Cette vision rare hypnotisa Quinn de façon inexplicable, elle fut incapable de détacher ses yeux des traits fins de la jeune fille. Elle était éblouissante, et la skateuse se questionna sur cette remarque.
« Q-Qu'est-ce qu'il y a ? » bafouilla Rachel en la fixant avec désemparement.
Quinn referma bien vite la bouche et détourna le regard.
« Rien, rien. » marmonna-t-elle.
Elle fit mine de s'intéresser à ce qui se passait au-dehors. De son côté, la brunette ne se posa pas plus de question, et préféra stopper la conversation de peur de froisser la rebelle.
C'est déjà bien qu'elle accepte de me laisser dormir à côté d'elle.
Rachel ferma les yeux et s'appuya sur son accoudoir.
Quand Quinn se réveilla, elle consulta l'heure sur son téléphone. Quatre heures et quart. Dehors la nuit commençait à dévoiler un bleu-gris discret, et elle devina une côte raide recouverte d'orties sur le bord de la voie ferrée.
Une voix grave retentit soudain au-dessus de sa tête, la faisant sursauter.
« Chuuuut, lança Joe. Ne fait pas trop de bruit et viens voir. »
La jeune femme ne comprit pas réellement mais l'écouta. Elle l'aurait sûrement déjà rejoint si seulement le poids de la tête de Rachel sur son avant-bras ne l'empêchait pas de bouger. Merde. Joe avait l'air anxieux, ça devait vraiment être important. Il fallait la réveiller.
« Berry ? Appela-t-elle d'une voix à peine plus élevée qu'un murmure.
- Hum… »
Le petit corps de sa voisine sembla réagir à l'appel de son prénom. Elle gigota quelques instants avant de finalement retomber dans le sommeil. Elle se fout de moi ? Le problème avec Rachel, c'est que, même quand elle dormait, elle était belle. La rebelle s'insurgea de penser de telle paroles.
« Berry bouge-toi je sens plus mon bras ! Tenta une nouvelle fois Quinn en secouant son bras.
- C'est bon… C'est bon je me lève… Rhooo… »
La brunette releva rapidement le regard tout en bâillant ostensiblement face au regard interloqué de Quinn. La diva haussa les épaules.
Quinn, après une longue bataille pour sortir des sièges atterrit enfin dans l'allée centrale alors que Rachel attrapé un sweat-shirt qu'elle roula en boule pour le poser sur ses bras en guise d'oreiller. Quelle marmotte celle-la… pensa Quinn en venant se poster près de Joe, face à la vitre en plexiglas.
Dans un haussement de sourcil, elle suivit le regard de son ami. Ce qu'elle vit lui glaça le sang.
La seule lumière du ciel dont les teintes de bleus et de gris éclairés légèrement, presque imperceptiblement, la voiture B. Elle les voyait clairement, de ses yeux fatigués mais grands ouverts. Elle les voyait ses silhouettes titubantes, grinçante qui déambulaient dans l'allée centrale, se bousculant, trébuchant dangereusement.
Elle crut rêver, peut-être que tout ceci n'était qu'un cauchemar, qu'en réalité elle s'était encore une fois endormie pendant le cours de Sue Silverster et qu'elle se réveillerait en sursaut quand celle-ci lui crierait de sortir de son cours si c'était pour ne rien branler.
Mais non, même en se donnant une claque elles étaient bien là, les silhouettes titubantes des anciens passagers de la voiture B, qui avaient été tués par, par le virus…
Quinn remarqua immédiatement les peaux couvertes de traces noirâtres, comme une nouvelle couche de peau superficielle, cela ressemblait à la peau qui composait une cicatrice, mais c'était noir, noir comme la nuit. Les yeux décomposé presque dans leur totalités, les morts marchaient dans le vide, à l'instinct.
Soudain, l'un des morts se traîna difficilement sur ses longues et maigres jambes, avec un visage si décharné qu'il ressemblait à une vieille momie égyptienne. Ses yeux – enfin ce qu'il en restait – luisaient dans ses immenses orbites à présent creuses. Une bave noirâtre dégoulinait de la gueule de la chose. Ce qui marqua le plus Quinn, ce fut les yeux laiteux, blancs, vide de toutes vies.
Le tatouage.
Elle remarqua le tatouage.
« Merde… Qu'est-ce q- » la main de Joe se plaqua brusquement sur sa bouche.
Se débattant légèrement, la jeune femme le fusilla du regard.
Qu'est-ce que tu fout encore !
Le jeune homme inclina la tête en direction de la porte. La silhouette de l'homme – ou ce qu'il en restait – semblait les fixer de ses yeux laiteux. Toutes les silhouettes s'étaient arrêtées pour encrer leur regards sur la porte, sur leurs proies.
Quinn comprit rapidement et déglutit.
La sueur froide qui glissa le long de sa nuque la fit frissonner.
Joe se releva en silence, il recula de quelques pas avant d'aller farfouiller dans une valise entre-ouverte non loin de là. La rebelle, de son côté, ne pu retirer son regard du monstre. La flamme que tout humain portait en lui semblait avoir disparut, il n'y avait rien.
Absolument rien d'humain.
Joe revint vers elle quelques secondes plus-tard, le pas toujours aussi léger. Il lui présenta les habits qu'il avait récupéré. Elle ne comprit pas son action et lui fit remarquer en haussant un sourcil perplexe.
C'est pas vraiment le moment de se la jouer Fashion Week mec.
Il leva les yeux au ciel avant de plaquer, en silence, les affaires contre chaque coins de la porte. La skateuse se frappa le front – mentalement – en comprenant ce que faisais son meilleur-ami, pas bête.
Une fois chaque vêtements correctement plaqué contre les coins libre de la porte, Joe revint s'agenouiller près de Quinn.
« Je pense qu'ils ne nous entendent plus, mais il vaut mieux être prudents, chuchota Joe tout en prenant son temps pour vérifier que les monstres ne l'entendaient pas. Nous devrions parler à voix basses maintenant. Je vais prévenir Sam et pot de gel. »
Quinn ne fit qu'acquiescer avant de retourner près de Rachel.
« Rachel ?
- Hummm… Quoi encore… » sa voix endormie fit sourire la jeune femme.
Quinn jeta un coup d'oeil à Joe qui réveillait difficilement Sam d'un sommeil réparateur.
« Chuut, écoute-moi. »
La brunette sembla interloquée par l'anxiété dont la voix de Quinn était empreinte.
« Qu'est-ce qu'il se passe Quinn ? Questionna Rachel en relevant son regard et en s'étirant, elle ne remarqua pas les yeux de la skateuse qui faisait l'aller-retour entre elle et la porte.
- Je voudrais qu'à présent, tu ne parles qu'en chuchotant, d'accord ?
- Euh, oui… Si tu veux… Mais… le ton craquelé d'une émotion incompréhensible suintait de la gorge de Quinn, ça inquiétait fortement Rachel.
- Chuuut, je- les morts sont revenus à la vie… Je sais, c'est étrange mais je ne mens pas, il faut absolument que tu chuchote Rachel, c'est important. »
La brunette crut en premier lieux que la rebelle se moquait encore d'elle, mais le regard glaçait d'effroi lui fit comprendre que non.
C'est quoi encore cette histoire ?
Elle osa regarder. Penchant sa tête dans l'allée centrale, elle tenta de distinguer quelque chose, n'importe quoi, par la porte en plexiglas. Tout d'abord, elle ne vit rien apparaître à part Joe qui réveillait en silence Sebastian. Puis, dans un effort de concentration, elle trouva les silhouettes titubantes des anciens passagers.
Merde. Merde. Merde. Merde et putain de merde !
« Chuut, ne panique pas, je pense que… que ces choses sont aveugles, tant que l'on ne fait pas trop de bruits, elles ne nous feront rien. » la voix suave de Quinn la rassura quelque peu.
Rachel fit un exercice de respiration apprit à Lima, quand elle était encore dans le glee club de son lycée, pour tenter de calmer ses nerfs ainsi que les pulsions de son coeur qui résonnaient douloureusement contre ses tempes.
C'est un cauchemar, ce n'est pas possible, je vais me réveiller aux côtés de Jesse, dans mon magnifique appartement et après j'irai en cours tout en me prenant le regard assassin de Quinn dans le visage comme une claque et Kurt viendra me réconforter.
Oui, ce n'est qu'un cauchemar… N'est-ce pas ?
