Bonjour !

Voici le chapitre que vous attendez toutes lol

On retrouve (enfin je sais) Jasper en route pour l'Italie^^

Je vais pas vous en dire plus je vous laisse lire mais avant je voudrais parler d'un point qu'on retrouve dans beaucoup de commentaires. Vous avez aimé la réaction de Rosalie face à Bella et vous vous demandez pourquoi elle n'est plus aussi froide qu'avant. C'est très simple, d'une elle est soulagée qu'elle soit en vie parce qu'Emmett lui en veut quelque part de l'avoir obligé à quitter Bella. Et ensuite, elle aime bien cette Bella plus mature qui n'a pas peur d'affirmer son caractère contrairement à l'ado qui se laissait marcher sur les pieds par Edward. Voilà j'espère que ça répond à vos intérogations :)

Sur ce je vous souhaite une bonne lecture :)


LA PROPHÉTIE D'ANTONIA

Chapitre 11

/-/-/

-Merci d'être venu, soupira-t-elle en s'asseyant à mes côtés.

-C'est aussi mon frère Alice, rétorquai-je.

Je n'aimais pas qu'elle puisse insinuer que ce qu'il se passait ne me concernait pas. Ce n'était pas parce que j'avais quitté les Cullen pour mener ma propre existence que leur sort ne m'importait plus.

J'avais passé plus d'un demi siècle avec eux et, bien qu'on ne soit pas toujours d'accord, je les considérais toujours comme ma famille.

-Ce n'est pas comme si tu avais pris de ses nouvelles ces cinq dernières années!

-Alice, prévins-je.

Nous étions dans un avion avec à bord plus d'une centaine de passagers, et, même si nous n'avions pas encore décollé, ce n'était pas le moment de jouer avec mes nerfs. Le voyage de Houston à Londres avait été assez éprouvant pour moi sans rajouter de la rancoeur aux dernières heures de vols qu'il nous fallait pour rejoindre l'Italie. Pourquoi avais-je accepté de faire une escale afin d'être sur le même vol qu'elle ?

-Je suis désolée, c'était complètement déplacé, s'excusa-t-elle en posant une main sur mon avant-bras et ses sentiments corroborèrent ses paroles.

Là où autrefois j'avais pu ressentir des picotements, comme un léger courant électrique, il n'y avait plus rien aujourd'hui.

-C'est bizarre n'est-ce pas ? dit-elle nostalgiquement.

Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas de quoi elle parlait.

-Quand je me suis réveillée, dit-elle en prenant une grande inspiration, tu as été ma première vision. Je suis sûre que si j'avais pu me rappeler de mes visions d'humaine, tu y serais sans aucun doute. J'ai toujours cru que c'était parce que nous étions destinés l'un à l'autre.

-Moi aussi, répondis-je en posant une main sur la sienne qui reposait toujours sur mon bras.

L'espace d'un demi siècle je l'avais crue, elle et ses visions de nous. J'avais changé grâce à elle, je n'étais plus le monstre sanguinaire que j'avais été avec Maria et, même si le Major était toujours quelque part au fond de moi, la bête était domptée. Je ne pouvais pas regretter tout ce qu'il s'était passé entre nous et je ne lui en voulais pas du tout. J'avais tant voulu que ça marche et nous avions passé les dix dernières années à essayer de maintenir cette relation qui était plus amicale qu'amoureuse.

-Je suis désolée de m'être trompée à ce point et de ne pas m'en être aperçue plus tôt. Peut-être que si je n'avais pas été aveuglée par mes visions vous auriez pu...

Je la coupai d'un geste de la main. Je pouvais sentir à quel point elle regrettait mais ce qui était fait était fait, il n'y avait rien qu'elle puisse faire aujourd'hui pour changer ce qu'il s'était passé -ou pas. Je n'avais pas besoin d'entendre des "peut-être que" ou des "et si". J'avais suffisamment ressassé tout cela ces cinq dernières années. Aujourd'hui Bella était morte, c'était terminé. On ne pourrait jamais savoir ce qu'il se serait passé ou pas entre nous.

-Je t'ai aimé Jasper, n'en doute jamais.

-Je sais, répondis-je en prenant sa joue pour tourner son visage vers le mien. Moi aussi je t'ai aimé.

Je déposai un léger baiser sur son front.

-Comment est-elle morte ? demandai-je quelques minutes plus tard.

Lorsqu'elle m'avait appelé quelques heures plus tôt, elle avait été très brève, elle m'avait juste dit que Bella était morte et qu'Edward allait chez les Volturi pour leur demander d'abréger ses souffrances.

-Un accident de moto.

Même s'il n'y avait aucune émotion dans sa voix, je savais que ce n'était pas le cas dans son coeur. Je ressentais toute sa peine et sa culpabilité.

-Ce n'est pas de ta faute Alice.

S'il y avait quelqu'un à blâmer c'était bien moi. C'était à cause de moi que la famille l'avait abandonnée.

-Ce n'est pas de la tienne non plus, dit-elle parce qu'elle me connaissait tellement bien.

-Est-ce qu'elle a souffert ?

-Non je ne pense pas, dans ma vision je la vois sourire au détour d'un virage puis elle percute un animal au milieu de la route et c'est le trou noir je ne vois plus rien. Mais depuis que nous avons quitté Forks, je n'ai eu que de brefs flashs d'elle. Au début je pensais que c'était parce qu'elle ne prenait aucune décision mais il y avait plus que ça, quelque chose m'empêchait de la voir clairement quand je n'étais pas totalement aveugle, soupira-t-elle.

Elle ne m'avait jamais parlé de ça mais en même temps je ne lui en avais jamais laissé l'occasion. Après avoir attaqué Bella le soir de ses dix-huit ans, j'étais parti rejoindre Peter et Charlotte au Texas, je n'avais appris que des mois plus tard le départ de tous les Cullen.

Elle hésita quelques instants, je savais qu'elle avait une question qui lui brûlait les lèvres mais qu'elle n'osait pas poser. Puis, finalement, elle se décida:

-Pourquoi n'es-tu pas retourné à Forks quand tu as compris ?

Je ricanai en me tournant vers le hublot. Ne savait-elle donc pas ?

/-/-/

Cela faisait deux ou trois jours que j'étais assis sur le bord du canyon à regarder le torrent s'écouler au fond.

Et cela faisait plusieurs années que j'étais dans cet état. Je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait. Jamais je ne m'étais senti aussi coupable, j'étais le putain de Dieu de la guerre et j'en étais réduit à déprimer à cause d'une humaine. J'étais pitoyable. Mes ennemis se fendraient la poire s'ils me voyaient aujourd'hui.

Isabella Swan m'avait toujours intrigué, bien avant que je ne croise son regard j'avais senti ses émotions. Beaucoup de stress et d'appréhension, ce qui n'avait rien d'anormal pour une lycéenne qui arrivait en cours d'année. Le fait qu'elle soit magnifique et imperméable au pouvoir d'Edward n'avaient rien enlevé à ma curiosité mais ce qui m'avait le plus marqué c'était la pureté de ses émotions.

Les humains étant par nature des êtres complexes, leurs émotions n'étaient jamais claires, elles étaient toujours entremêlées, teintées, ou même dénaturées par d'autres. Tout se mélangeait et il était difficile d'extraire un sentiment défini avec précision. Comme si on prenait des dizaines d'émotions et qu'on les passait au blender pour n'en faire qu'une. Plus je côtoyais les humains plus il m'était facile de les comprendre émotionnellement parlant. Surtout lorsqu'il s'agissait de lycéens, ça n'allait pas plus loin que le désir, la luxure, l'envie, la jalousie et l'agacement.

Pour les vampires, c'était plus simple. De nature nous n'étions pas des créatures changeantes, nous étions fixés dans l'âge et nos émotions, bien que nombreuses, étaient facilement différentiables entre elles. Peut-être parce que j'étais l'un des leurs, que j'avais la même façon de fonctionner ou peut-être que mes premières décennies à contrôler et influencer des centaines de vampires m'avaient apporté une vision plus précise des ressentis de ma race.

Concernant Bella, comme l'eau et l'huile qui ne se mélangeaient pas, ses émotions étaient distinctes et d'une pureté rarement ressentie au cours de mon existence. Ses sentiments étaient profonds et sincères, comme si elle était en permanence à vif. Et, lorsqu'elle aimait c'était de tout son être et c'était formidable à ressentir. Il n'y avait rien qui venait l'atténuer, rien qui ne dénaturait l'émotion, c'était sans condition et avec un acharnement si rare qu'il en devenait précieux. Et j'avais beaucoup envié Edward d'être le destinataire de cette affection.

Au départ, je pensais que ma jalousie était seulement dûe au fait que ma relation avec Alice se dégradait de plus en plus. J'avais toujours été envieux de ce que ressentaient les couples autour de moi, que ce soit Peter et Charlotte au début, puis Carlisle et Esmée ou Emmett et Rosalie. J'avais tellement voulu que ma relation avec Alice soit aussi forte que les leurs. Et ça n'avait pas été faute d'essayer. J'avais renié tous mes instincts, ma nature même pour être celui qu'il lui fallait.

Mais ce n'était pas suffisant, ça n'aurait jamais été suffisant.

Puis, le temps avait passé et ma curiosité pour la jeune humaine ne s'était pas affaiblie, bien au contraire. J'avais peur de me poser les vraies questions par rapport à cette fascination que je ressentais pour elle. Pour un empathe, c'était le comble, incapable de disséquer mes propres émotions.

-Tu vas attendre longtemps avant de la rejoindre ? m'interrompit Peter.

Il n'y avait pas que son ton qui était désespéré et exaspéré en même temps, son humeur était un excellent reflet de ses deux émotions entrelacées.

Quant à moi j'étais en pleine interrogation et dans le flou total, de quoi parlait-il ?

-Pourquoi irais-je rejoindre Alice ?

-Je ne parle pas d'Alice gros débile.

Je grognai pour la forme et son exaspération monta d'un cran.

-Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

-Oh arrête de me prendre pour un idiot, ça fait des mois que tu réfléchis, je n'en peux plus. Tu projettes tes humeurs et avec Charlotte on est à deux doigts de braquer une pharmacie pour des anti-dépresseurs! La seule façon que tu as de savoir si ce que tu n'oses pas t'avouer est vrai c'est d'aller la retrouver.

Mon frère, Peter, avait beau nier qu'il possédait un don, il en avait un, c'était plus qu'évident pour moi. Je détestais être le receveur de ses leçons et, même s'il mettait toujours le doigt au bon endroit, je n'allais pas le lui dire.

-Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, avais-je répété avant de m'en aller.

/-/-/

C'était il y avait plus d'un an et ce jour-là j'avais couru des jours entiers sans but réel jusqu'à ce que j'arrive à Forks. Je ne m'en étais rendu compte seulement quelques dizaines de kilomètres avant d'y être et je maudissais Peter d'avoir planté l'idée dans ma tête.

-Elle n'y était pas quand j'y suis allé et même son père ne savait pas où elle se trouvait, dis-je à Alice.

Apparemment je l'avais ratée de quelques jours seulement. J'avais écouté son père appeler ses amis sans résultat. Il était tellement dévasté que je n'avais pas pu rester très longtemps. Je m'étais dit que si elle était partie sans donner d'adresse, elle ne voulait tout simplement pas qu'on la trouve.

-Pourquoi n'ai-je rien vu, grommela Alice pour elle-même.

Elle avait pris la mauvaise habitude de trop dépendre de ses visions. Il y avait beaucoup de moyens de les contrer ou les contourner.

-C'était sur un coup de tête, je ne savais pas réellement où j'allais avant d'y être.

-J'ai vu Peter te botter le cul, plaisanta-t-elle.

-J'ai pas le souvenir que cela se soit passé ainsi.

Elle se mit à rire et je me surpris à lui sourire.

Aujourd'hui encore je regrettais de ne pas l'avoir cherchée.

-Tu aurais dû me demander, je savais où elle était.

Je roulai des yeux.

-J'ai failli la tuer, est-ce que tu m'aurais réellement dit où elle était ?

-Probablement pas, soupira-t-elle.

L'avion décolla et nous restâmes silencieux un long moment.

Elle avait fermé les yeux et, comme elle ne pouvait pas dormir, je savais qu'elle était à la recherche du scénario qui nous permettrait à tous les trois de rentrer en vie.

-Prends la décision de ne pas te battre s'il te plaît, chuchota-t-elle à un moment donné et j'essayai de toutes mes forces de me convaincre de ne pas me battre.

-Ca ne marche pas non plus, s'agaça-t-elle. Il y a trop de variables.

Elle se massa les tempes, comme si cela servait à quelque chose.

Je souris en m'imaginant décapiter Edward pour le ramener de force à Anchorage et Alice grogna à mes côtés.

-Ca ne marche pas non plus, les Volturi nous gardent tous les trois si tu exécutes Edward à leur place.

Il était hors de question que je sois la marionnette des Volturi, plutôt mourir.

-Arrête ça ! se lamenta-t-elle. Tu fais jaillir des possibilités qui n'existaient pas avant!

-Désolé, m'excusai-je en lui envoyant une dose de sérénité.

Les hôtesses commençaient à être curieuse et je ne voulais pas qu'elle attire davantage l'attention sur nous. Elle m'envoya de la reconnaissance, je m'imaginai la prendre dans mes bras pour la réconforter et je la sentis sourire à côté de moi.

Nous avions toujours communiqué ainsi, je prenais la décision de faire quelque chose qu'elle voyait immédiatement en vision. Et ces dernières années loin d'elle, cela m'avait énormément manqué. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point notre amitié comptait pour moi.

-Non mais quel idiot ! s'exclama-t-elle soudain.

Pour la discrétion c'était raté, les deux hôtesses levèrent la tête dans notre direction et quelques passagers se retournèrent.

-Alice, la mis-je en garde et elle baissa d'un ton pour me dire:

-Il n'a pas pris l'avion, il court et va directement traverser l'océan. Il arrivera avant nous, dit-elle complètement défaite. Pourquoi ne l'ai-je pas vu plus tôt ?

-Tu ne peux pas tout voir Alice, surtout s'il marche à l'instinct pur. On va le rater de beaucoup ?

Elle se concentra quelques minutes.

-Il aura déjà fait sa demande aux Volturi. Mais... il va devoir sortir du château, les Volturi vont se nourrir avant de délibérer, grimaça-t-elle.

Donc nous allons l'intercepter lorsqu'il sortira du château, pensai-je et l'humeur d'Alice s'allégea un peu en réponse à mes pensées. Je savais qu'elle cherchait à savoir de quelle façon nous allions convaincre Edward de rentrer avec nous. J'avais toujours dans l'idée de l'étêter pour le ramener de force, Carlisle saurait quoi faire de lui pour le dissuader de se tuer.

-Arrête avec ça, souffla Alice agacée.

-Désolé, dis-je par réflexe.

Elle savait que je n'étais pas désolé mais elle ne dit rien et continua à chercher les futurs qui nous seraient les plus favorables pour nous jusqu'à ce que l'avion amorce sa descente.

/-/-/

-Combien de temps ? demandai-je alors que nous venions de nous garer le long d'une forêt.

-Il y est déjà, il va falloir le surprendre, déclara-t-elle avant de partir à toute vitesse une fois à couvert des arbres.

Je grognai pour la forme, surprendre un vampire n'était pas chose aisée, surprendre un télépathe relevait du miracle. Nous aurions une mince chance s'il était en train de se nourrir, son attention serait sur sa proie et non sur nous. Je verrouillai la voiture et m'élançai à sa poursuite.

Edward détestait être dérangé en plein milieu d'une chasse. Tous les vampires détestaient ça, nous étions très territoriaux lorsqu'il s'agissait de nous nourrir. Les Cullen, du fait de leur alimentation hors-norme n'étaient pas autant irascibles mis à part Edward et Rosalie. Ces deux auraient pu être de parfaits buveurs d'humain. Il m'était arrivé plusieurs fois de les interrompre malgré moi et j'avais quelques cicatrices de plus pour m'en rappeler. Edward était le plus sauvage des deux, il n'avait plus aucune pensée lucide lorsqu'il se nourrissait et ses émotions étaient à la limite de l'indéchiffrable.

Vu les événements de ces derniers jours, je savais qu'il n'allait pas se laisser faire sans se battre et le calmer allait être une tâche très difficile.

-Ce ne sera pas impossible, m'encouragea Alice, essaie juste d'éviter de penser à lui arracher la tête.

-C'est ce qu'il veut non ? essayai-je de plaisanter mais seul le silence me répondit.

Elle était tellement concentrée sur ses visions qu'elle ne m'envoya même pas une pointe d'agacement.

L'instant d'après je fus percuté par une émotion si violente que je fus obligé de ralentir. Je voulais me recroqueviller sur moi-même et pleurer toutes les larmes de mon corps. Tant de tristesse et de désespoir c'était à la limite du supportable, je voulais crier de toutes mes forces, j'étais si en colère contre moi, contre tout. Mais par dessus tout, je voulais mourir. Oh oui, la mort serait une douce consolation, je voulais en finir une fois pour toutes, j'étais désemparé de trouver une solution rapide et efficace.

-Ressaisis-toi Jasper ! entendis-je hurler à côté de moi.

-Alice?

Je ne voyais que du noir. La mort, douce mort, je l'attendais avec impatience, pourquoi ne venait-elle pas ?

-Edward arrête !

L'instant d'après la colère et la rage me submergèrent et je pus me reprendre, j'avais tellement l'habitude de gérer ses émotions qu'elles ne m'atteignaient plus maintenant.

-Que faites-vous là? cracha-t-il.

Je réalisai que dans la perte de contrôle de mon pouvoir, j'étais tombé au sol, Alice était en train de m'aider à me relever.

-On est venu te ramener à la maison, dit-elle doucement.

-Je ne rentre pas.

Ses yeux étaient noirs, il ne s'était pas nourri depuis des jours et, avec le trajet qu'il avait fait en courant, il devait être assoiffé.

-Tu ne peux pas mourir de soif, lui dis-je sachant très bien ce qu'il était en train d'essayer de faire.

-Rien ne m'empêche d'essayer, sourit-il narquois avant de m'envoyer un cocktail d'émotion similaire à celui que j'avais ressenti en m'approchant de lui. Malheureusement pour lui, cette fois, je savais à quoi m'attendre et je restai debout face à lui.

Ses émotions étaient à vifs, il n'avait jamais été le genre à être optimiste et heureux de son existence mais il n'avait jamais été aussi lugubre non plus. J'avais toujours autant envie de me tailler les veines pour en finir. Peut-être devait-on le laisser aller au bout de ses volontés? Personne ne pouvait vivre avec un tel désespoir en lui.

-Exactement ma pensée, dit-il en réponse aux miennes, un coup de main ne serait pas de refus.

Je ne cachai pas mes pensées et me mis à considérer sa requête d'un nouvel oeil. Autant Alice n'avait pas eu à me demander deux fois de venir avec elle pour le sauver, autant jamais je n'avais imaginé dans quel état pitoyable il était. C'était une bombe à retardement, et, bientôt, il allait exploser, nous détruisant sur son passage. Sa demande n'était pas déraisonnable. Beaucoup de compagnons mouraient après avoir perdu leur moitié.

-Jasper, prévint Alice avant que je ne me laisse trop aller à penser.

-Désolé Edward, répondis-je.

-Ca ne coutait rien de demander.

Alice se perdit dans ses visions durant quelques secondes et l'état d'agacement d'Edward augmenta à mesure qu'il voyait dans son esprit.

-Les Volturi ont refusé sa requête, dit-elle pour moi en souriant de soulagement.

-Bien, soupira Edward, je n'ai qu'à passer au plan B.

Il se tourna et partit en courant sans qu'aucun de nous ne puisse faire quoi que ce soit. Je me tournai vers Alice et réalisai qu'elle était en pleine vision à nouveau, sûrement suite à ce que venait de décider notre frère.

-Il va s'exposer au soleil en plein milieu de Volterra, s'exclama-t-elle avant de partir comme une furie après lui. Bloque-le par l'ouest, entendis-je hurler au moment où j'allais me lancer à sa poursuite.

Je pivotai d'un quart de tour et partis vers l'ouest comme elle m'avait dit. Je n'étais pas plus rapide que lui mais Alice oui et je savais qu'elle allait le rabattre vers moi. Je grimpai dans un arbre et vidai mon esprit. Des années à vivre avec un télépathe m'avaient appris à contourner son pouvoir. Il ne pouvait lire dans nos esprits que les pensées superficielles et nos cerveaux ultra développés pouvaient réfléchir sur plusieurs niveaux en même temps. J'avais mis beaucoup de temps à parvenir à vider mes pensées superficielles pour que mon esprit soit muet à Edward. Cela ne m'empêchait pas de réfléchir tout court, il fallait simplement que ce soit plus profondément enfoui dans ma pensée. Carlisle m'avait expliqué comment cela marchait un jour où Edward était parti à cause de ce qu'il entendait dans ma tête.

La mort, la désolation, la torture, le sang, beaucoup de sang.

J'avais mis des années à comprendre que mon parcours de vampire n'était pas la norme. J'avais été élevé dans la violence et la souffrance qu'étaient les guerres du sud et, même si la norme vampirique était beaucoup plus violente que celle des Cullen, elle n'avait rien à voir avec mes débuts.

J'entendis les pieds d'Edward fouler la terre avant de sentir ses émotions. Il était agacé mais il y avait un soupçon de victoire que je décelai également. Il pensait avoir semé Alice alors que tout ce qu'elle faisait c'était l'envoyer dans ma direction. Je souris en pensant à quel point elle était maline.

Edward commença à ralentir à quelques centaines de mètres de moi. Il regarda en arrière et ferma les yeux, probablement pour être sûr de ne plus l'entendre. Lorsqu'il fut satisfait, il reprit sa route en marchant. Le manque de sang commençait apparemment à se faire sentir, il était faible, ce n'était qu'une histoire de temps avant qu'il ne perde les pédales et massacre un village entier.

Lorsqu'il passa sous l'arbre dans lequel j'étais perché, je lui tombai dessus et, sans lui laisser le temps de riposter ou de s'enfuir, je lui arrachai une jambe et la jetai au loin.

-Si tu penses que ça va m'arrêter, déclara-t-il froidement.

-Peut-être que ça ne t'arrêtera pas mais ça aura le mérite de te ralentir.

Il soupira, un geste très humain même pour lui, et se laissa glisser le long du tronc d'arbre pour finir assis au sol.

-Tu sais ce que je ressens Jasper, pourquoi ne pas abréger mes souffrances ?

-Tu serais venu me trouver directement j'aurais pu faire quelque chose pour toi, répondis-je honnêtement.

J'aime à penser que, s'il était venu me demander cette faveur en ressentant tout ce qu'il m'avait envoyé tout à l'heure, je ne lui aurais pas refusé. Mais maintenant que toute la famille était au courant, cette solution n'était pas envisageable et j'avais d'autant plus de peine pour lui.

-C'était obligé? demanda Alice en arrivant avec la jambe manquante d'Edward.

Je haussai les épaules. Si elle avait une meilleure solution j'étais prêt à l'écouter.

-Je ne l'ai pas décapité, c'est déjà ça.

Edward ricana, je savais qu'il regrettait que ce ne soit pas le cas mais j'avais déjà expliqué ma façon de penser sur le sujet.

-Vous ne pouvez pas passer votre éternité à me surveiller, déclara Edward en tendant la main pour récupérer sa jambe. Tu sais très bien que dès que vous aurez le dos tourné je trouverai un moyen de mourir.

Alice soupira et lui rendit son membre manquant. Il déchira le haut de son pantalon pour être sûr d'ajuster sa jambe à la perfection. Il grinça des dents lorsque les cellules de sa peau commencèrent à fusionner pour raccrocher son membre à sa place.

Vu le peu de sang qu'il avait en lui il allait mettre des jours à guérir et ça allait être extrêmement douloureux à vivre.

-Je vais te chercher de quoi te nourrir, déclarai-je.

-Non!

-Edward, sermonna Alice avant d'être prise d'une vision.

Je sentis leur détresse avant de savoir de quoi il s'agissait.

-Ne peux-tu pas voir de quoi nous parlons ? demanda Edward plus anxieux que jamais.

Alice se concentra puis soupira de frustration avant de faire non de la tête.

-Si tu n'avais pas cette manie de tout le temps communiquer à travers les pensées je le saurais, s'agaça-t-elle.

-Qu'est-ce qu'il se passe? demandai-je alors qu'elle semblait chercher dans ses visions comme elle l'avait fait dans l'avion.

-Carlisle et Esmée vont à Volterra pour essayer de me sauver et Aro les exécute tous les deux, répondit-il péniblement. Pourquoi ne pas m'avoir laissé Alice?

-Parce que tu es mon frère et que je t'aime espèce de crétin!

Il leva les yeux au ciel et serra les dents alors que son os commençait à se ressouder.

-Je ne vois que leur mort, s'agaça Alice à la limite de s'arracher les cheveux. Peu importe ce que nous faisons ou disons à Aro, il les fait exécuter et nous oblige tous les trois à les rejoindre.

Plutôt mourir.

-Jasper! Edward! s'énerva-t-elle, c'est pas le moment!

Nous échangeâmes un regard de connivence et nous nous sourîmes doucement. Nous venions de nous mettre d'accord silencieusement pour nous tuer l'un l'autre si les Volturi nous obligeaient à les rejoindre.

-Il doit bien y avoir une autre solution, dit Edward en repoussant au fond de lui la vague de douleur qu'il ressentait.

-Tu ne veux vraiment pas que j'aille te chercher quelque chose pour te nourrir ? Carlisle et Esmée vont avoir besoin de nous trois si nous voulons avoir une chance de les sauver.

Il acquiesça et je partis l'instant d'après. Cinq contre toute la garde des Volturi, nous ne ferions jamais le poids. J'étais un excellent guerrier, Alice et Edward se défendaient très bien, je les avais entraînés moi-même. Esmée et Carlisle étaient moins doués car trop pacifistes pour se mettre totalement dans la peau de tueurs mais je savais que face à une menace certaine, ils mettraient leurs réserves de côté. Mais face au nombre et aux pouvoirs des Volturi, nous n'étions que cinq et nous n'en sortirions jamais vivants.

J'attrapai le premier animal qui me passait sous la main, une espèce de belette qui n'existait pas à ma connaissance sur le continent américain et rien qu'à l'odeur je savais que ça allait être particulièrement dégoûtant.

-Merci, grimaça-t-il en prenant l'animal que je lui tendis en revenant.

Alice était assise sur un tronc d'arbre les mains sur les tempes.

-Du nouveau?

-Non, dès qu'Aro touche Carlisle il prend sa décision. Si nous nous battons, nous en éliminons quelques uns avant que le pouvoir d'Alec nous touche. Alice et moi finissons littéralement la tête dans un bocal dans le bureau d'Aro, à portée de main, grimaça-t-il.

Il était à deux doigts de frissonner d'effroi.

-On n'arrive jamais à tuer Alec en premier, répondit-il en échos à mes pensées.

-Et si Carlisle et Esmée n'arrivent jamais à Volterra? dis-je pour Alice, si nous les retrouvons à l'aéroport directement ?

Alice se mit à réfléchir quelques secondes et finit par dire:

-Ca va être serré niveau timing mais on peut arriver avant qu'ils ne partent pour Volterra.

J'attrapai Edward pour le mettre debout. Le sang de la belette qu'il avait bu semblait lui avoir donné un peu de force mais il n'était pas capable de courir jusqu'à la voiture pour autant. La cicatrisation ne semblait plus très longue et beaucoup moins douloureuse qu'au début.

Alice prit les clés de la voiture de ma poche et partit à toute vitesse. Je basculai Edward dans mon dos et la suivis.

-D'où vient cette lueur d'espoir que je sens Edward ?

-Je ne sais pas trop, commença-t-il. Quelque chose que me dit Carlisle ou que je lis dans ses pensées. Alice m'a bloqué après ça, je ne vois pas la suite.

Lorsque nous arrivâmes à la voiture, Alice était déjà au volant, le moteur tournant. Je déposai Edward à l'arrière sans ménagement et montai à l'avant. Je n'avais pas fini de fermer la portière qu'Alice roulait déjà tambour battant.

-Je suis désolé, s'excusa Edward alors que nous filions à toute allure sur l'autoroute. Je regrette de vous avoir mis dans cette situation, je n'ai pas vraiment réfléchi aux conséquences. Je n'ai pas changé d'avis Alice, gronda-t-il en réponse à ses pensées. Je suis juste désolé de vous avoir entraîné dans ce merdier.

Edward qui jurait c'était suffisamment rare pour être souligné.

-Prends le volant, me dit Alice alors que nous arrivions à quelques kilomètres de l'aéroport. Maintenant!

En un éclair nous avions échangé nos places.

-Quel terminal?

-A, répondit-elle en se replongeant dans ses pensées.

-Arrête de me bloquer Alice, s'énerva Edward à l'arrière.

Je sentis une pointe d'agacement de la part de cette dernière et je me demandai bien ce qu'elle pouvait lui cacher.

-Edward est-ce que tu peux marcher ?

-Je ne suis pas sûr, me répondit celui-ci alors que je me garai devant le terminal A de l'aéroport de Pise.

-Ils sont au comptoir de location de voiture, dit Alice avant de descendre aussi vite que le permettait les humains autour de nous.

Je fis de même et aidai Edward à descendre également, apparemment sa jambe n'était pas totalement remise. J'allai pour le soutenir lorsqu'il me coupa:

-On va trop attirer l'attention si tu dois m'aider à marcher. Je vais rester là.

Il s'appuya contre la voiture tandis que je réfléchissais.

Tu as l'intention de t'enfuir?

Il savait très bien que je ne le retiendrais pas cette fois.

-Non, je veux savoir ce que me dit Carlisle et ce que cache Alice.

Il sentit cette lueur d'optimisme de nouveau et j'espérais sincèrement que ce n'était pas une manigance d'Alice pour gagner du temps parce que même s'il ne l'admettait pas ouvertement, il fondait beaucoup d'espoir sur ces révélations à venir.

-Les voilà, dit-il en détournant mon attention sur les portes coulissantes du terminal.

Esmée courut plus vite que la vitesse humaine et le gifla avant de se jeter dans ses bras. Je sentis la douleur d'Edward et son égo qui en avait pris un coup. Même moi je ne l'avais pas vue venir celle-là. Mais toute la colère qu'Esmée avait ressenti au moment de gifler Edward avait disparu, remplacée par une culpabilité oppressante. J'avais un besoin fou de faire amende honorable alors que je n'avais rien à me reprocher personnellement concernant cette situation. Je ne pouvais pas supporter tous les sentiments d'Esmée et les partageais avec Edward pour m'en délester d'une partie.

Il grimaça en ressentant ses émotions et murmura à son oreille:

-C'est ma faute Esmée, tu n'as rien à te reprocher, je n'ai pas réfléchi aux conséquences de mes actes, je voulais juste en finir.

-Fils, l'interrompit Carlisle et je sentis l'espoir naître chez ce dernier.

Je ne savais pas ce qu'il lui montrait par la pensée mais le faible espoir qu'Edward avait ressenti en voyant la vision d'Alice était démultiplié maintenant.

Alice sauta sur place, ravie du retournement de situation, pour ne pas dire complètement extatique. Esmée qui devait savoir exactement ce qu'il se passait dans l'échange entre Carlisle et Edward se mit à sourire et si son coeur pouvait encore fonctionner, il se gonflerait de joie.

-Est-ce vrai? demanda Edward à Carlisle.

Ce dernier acquiesça mais cela ne sembla pas convaincre l'empathe qui regarda Esmée dans les yeux pour sonder son esprit également, à la recherche d'une quelconque déception qu'il ne sembla pas trouver puisqu'il se jeta dans ses bras de nouveau.

Toute sa colère et sa culpabilité avaient disparu, son envie de mourir et sa responsabilité s'étaient envolées comme par magie et je ne comprenais pas, ni pourquoi ni comment cela était possible.

Alice vint se poster à mes côtés et me prit la main avant de me chuchoter:

-Bella est en vie.

Si mon coeur devait choisir un moment pour se remettre en marche, ce serait certainement celui-là. J'essayai de ne pas trop m'emballer afin de ne pas alerter Edward de mes pensées. La nouvelle était très bonne, excellente même et je savais ce que cela signifiait pour moi. Tout n'était pas perdu, j'allais avoir une chance de comprendre ce que je ressentais pour elle et, si le sort ne m'en laissait pas l'occasion, j'allais provoquer moi-même le destin. Je savais que cette fois, je ne serai pas capable de rester en retrait comme je l'avais fait ces cinq dernières années.

-Que fait-on des Volturi ? demandai-je à Alice.

Je n'avais pas envie de plomber l'ambiance heureuse de ma famille mais nous n'avions pas beaucoup de temps pour réfléchir à ce que nous allions faire.

-Si nous retournons au château maintenant alors que nous savons tous que Bella est en vie, ils nous exécuteront tous et se mettront à sa recherche. Je sais déjà où elle habite, ils ne mettront pas longtemps à lui mettre la main dessus.

-Et si nous partons maintenant ? demandai-je.

-Nous allons gagner du temps. Peut-être quelques années, une dizaine tout au plus, avant que l'un de nous ne tombe sur l'un d'eux. Et… grimaça-t-elle.

-Nous finirons tous par mourir, déclarai-je d'un ton sec auquel elle acquiesça.

Je regardai mes compagnons, cherchant à trouver une empreinte de doute dans leurs regards mais ils étaient tous aussi déterminés que moi.

Je hochai la tête pour leur signifier que j'étais avec eux et entrai le premier dans l'aéroport.

Nous allions partir, mettant le plus gros vent de l'humanité aux Volturi pour protéger une humaine.


Je sais le chapitre est plus court que d'habitude mais pas de beaucoup, on en a jamais assez de lui de toute façon :)

Bon vraiment vu la pression que je me suis mis pour ce chapitre, j'attends vos avis plus que jamais !

Prochain chapitre on retourne avec Bella et Antonia mais Jasper sera vite là maintenant promis je vous fais pas attendre 10 chapitres de plus ;)

A vendredi prochain pour la suite, passez un excellent week-end !