MusiQ

Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Comme vous avez sans doute pu le constater en regardant la date à laquelle j'ai updaté cette fic pour la dernière fois (février 2015, au cas où certains auraient encore le courage de suivre), cela fait très longtemps que je n'avais pas posté de chapitre. Pour des raisons diverses (nouveaux projets que j'ai jugés plus pressants, vie personnelle et surtout grosse panne d'inspiration), je n'avais plus vraiment le coeur à travailler cette histoire, et il m'a fallu une sorte d'illumination pour m'y remettre. Je vous présente donc ce chapitre avec un an et demi de retard sur mon planning originel, mais avec je l'espère un regain de souffle qui vous plaira. J'ai eu beaucoup de mal à trouver l'idée pour ce chapitre mais heureusement, Spectre m'a aidé à en trouver le point de départ et m'a redonné envie d'écrire sur ce fandom... Je croise les doigts pour que ça dure !

Disclaimer : Je remercie du fond du coeur John Barry (toujours lui) pour l'instrumental de ce générique, Hal David pour les paroles et surtout, pour l'interprétation, Shirley Bassey, qui revient pour la troisième et dernière fois chanter pour 007. Merci.

Rating : T

Bonne lecture !


Chapitre 12 : Moonraker - Moonraker

Lorsque M lui avait demandé de mettre au point un système de traqueurs plus efficace pour les agents double-zéros, Q avait haussé un sourcil sceptique. Compte tenu de la plupart des moyens qu'il avait à sa disposition au MI6, il doutait qu'un agent puisse longtemps lui échapper, mais son chef s'était contenté de lever les yeux au ciel en maudissant son ego et en lui faisant remarquer qu'il n'était pas éternel et qu'il avait intérêt à faire ce qui lui était demandé et rapidement parce qu'il n'était pas d'humeur. Q n'avait pas davantage protesté, après tout, ça le sortirait un peu de l'ordinaire et ça lui ferait toujours une occupation.

Il avait étudié les différents projets qui avaient déjà été menés au sein du MI6, et notamment celui de son prédécesseur, une sorte de capsule qui était injectée sous la peau. Celle-ci avait été testée, notamment sur James Bond avant le semi-fiasco qu'avait été l'affaire Casino Royale, mais elle présentait l'inconvénient majeur d'être facilement repérable et facilement dé-logeable, par une main ennemie ou par la main de l'agent lui-même. Q s'était donc penché sur ce qui avait fini par devenir une de ses spécialités : la miniaturisation.

Pour que le système soit indétectable, il lui était rapidement apparu qu'être simplement sous la peau ne suffirait pas, et qu'il faudrait qu'il soit plutôt injecté dans le sang, comme une sorte de vaccin. Il avait rapidement compris qu'essayer de réduire la taille d'un traqueur entier pour qu'il entre dans une seringue serait très compliqué, et il avait imaginé un système de plusieurs nano-robots contenant chacun un élément du traqueur final, et qui pourraient tous ensemble émettre un signal.

Les premiers résultats des tests sur sujets vivants furent peu encourageants car une fois dans l'organisme, les robots s'éparpillaient et s'éloignaient trop les uns des autres pour avoir une réelle portée. Il avait résolu le problème en incluant dans chacun micro-aimants et limaille de fer. Ainsi magnétisés, ils resteraient groupés même une fois injectés dans le sang et enverraient correctement leur signal. Et si l'un commençait à dériver, le groupe des autres serait assez important pour le faire revenir rapidement.

Cette fois, les tests s'avérèrent concluants et Q présenta à un M qui faisait semblant de ne pas être impressionné, son programme Smart Blood. Il y avait passé trois semaines, restant pendant la quasi-totalité du temps au MI6, ce qui semblait facilité par le fait que James avait passé la plupart de son propre temps sur une nouvelle piste. Lorsqu'il était revenu à Londres après un voyage peu brillant au Mexique, M avait demandé à Q de lui faire bénéficier de sa dernière invention et celui-ci n'avait pour une fois émis aucune objection, se disant que ça ne pourrait pas faire de mal. James étant après tout le seul agent qui parvenait encore à échapper à son « radar » malgré tous ses efforts.

Lors de l'affaire Spectre, dont la néfaste notoriété avait dépassé celle déjà grande de l'affaire Skyfall, le programme Smart Blood avait été extrêmement utile à Q. C'était ce qui lui avait permis de retrouver James en Autriche lorsqu'il était parti à la recherche de Mr. White puis de sa fille Madeleine. C'était ce qui lui avait permis par la suite de suivre son amant lorsqu'il avait été envoyé secrètement suivre cette dernière après l'arrestation de Blofeld et qu'ils avaient littéralement disparu de la surface du globe. Un mois plus tard, lorsqu'il avait été certain qu'elle n'était pas un agent-double extrêmement doué, James était revenu, seul.

Q et lui avaient passé trois jours enfermés dans leur appartement. James lui avait raconté tout ce qui s'était passé pendant ce mois où ils avaient été séparés et Q avait tenté de faire taire sa jalousie en profitant de son amant qui lui avait, il ne pouvait le cacher, énormément manqué. Mais James, qui en avait vu d'autres, n'avait pas eu besoin de mots pour comprendre que le brun avait été bien plus affecté qu'il ne voulait l'admettre en le voyant partir avec Madeleine, et il s'évertua à lui montrer à quel point celle-ci ne tenait pas la comparaison.

Il allait sans dire que les employés du MI6 et plus particulièrement ceux du secteur technologique avaient grandement apprécié le retour de l'agent 007, qui avait considérablement amélioré l'humeur du Quartermaster qui avait été tout bonnement exécrable pendant les semaines précédentes.

Peu à peu, et comme toujours lorsque le monde avait failli y passer mais que James Bond s'était trouvé là pour enrayer la catastrophe, les choses revinrent à la normale. Les missions confiées à l'agent 007 s'espacèrent et perdirent en gravité, tandis que Q se vit obligé de composer plus souvent avec les autres double-zéros – qu'il avait pris l'habitude de renvoyer davantage vers R – tant il s'ennuyait. Celui-ci avait beau dire, même s'il n'était pas un agent de terrain, il était quelque part attaché aux missions dont il veillait à ne pas perdre une miette, et il n'aurait renoncé aux brèves poussées d'adrénaline qu'elles lui procuraient pour rien au monde.

Aussi, lorsque James fut envoyé récupérer des documents dans le cadre de ce qu'ils appelaient une mission de routine, Q avait insisté pour le suivre, même si sa position lui aurait permis de laisser cette tâche à n'importe lequel de ses employés. C'était la raison pour laquelle il se trouvait encore au MI6 à deux heures du matin, à observer le point rouge signalant la position GPS de son amant se déplacer sur la carte du complexe scientifique danois où il se trouvait.

Le secteur informatique était presque vide, seuls restaient un homme ayant un rapport à finir, R qui s'était fixé comme absurde objectif de ne jamais partir avant son chef sauf contre-ordre médical express et le Quartermaster lui-même. Compte tenu de la discrétion requise en la circonstance, James ne pouvait se permettre d'échanger avec son amant via l'oreillette, comme il en avait l'habitude, et il se contentait d'écouter les quelques informations qui lui étaient fournies pour faciliter sa progression.

Il accéda sans difficulté au cœur de la structure, en évitant les quelques gardes de nuit qui faisaient leurs rondes et sans déclencher une seule alarme grâce à l'efficacité de Q, et pénétra dans le bureau du directeur. Celui-ci était plongé dans l'obscurité – les stores des fenêtres étaient baissés – et il s'arrêta un instant sur le seuil pour accoutumer ses yeux à la pénombre, ne voulant pas risquer d'attirer l'attention des vigiles en sortant une lampe de poche. Quelques instants plus tard, il reprenait sa progression vers les étagères à dossiers qu'il apercevait contre le mur du fond lorsque son pied droit appuya sur une légère protubérance, produisant un petit clic qui résonna dans le silence de la pièce.

James s'immobilisa aussitôt et son rythme cardiaque accéléra légèrement. Pourvu que le son ne signifie pas...

« Un problème 007 ? » grésilla à son oreille la voix du Quartermaster, qui avait senti que quelque chose clochait.

L'agent ne répondit rien alors qu'il sortait précautionneusement la lampe torche qu'il avait le long de la jambe. La dirigeant vers le bas, il l'alluma brièvement, juste le temps de voir ce sur quoi il avait posé le pied. Ses craintes confirmées, il ferma les yeux et pris une profonde inspiration avant de se risquer à chuchoter à l'attention de son amant :

« Q, dis-moi que tu sais désamorcer les mines.

- Pardon ?

- Je viens de marcher sur une mine qui se déclenche lorsque l'on relève le pied, est-ce que tu sais les désamorcer ? siffla-t-il entre ses dents.

- Regarde sous l'allumeur, répondit rapidement Q – et James se dit pour la énième fois avec admiration que celui-ci savait décidément garder la tête froide –, normalement tu devrais voir le dispositif de sécurité pour désarmer la charge.

- Et si je ne le trouve pas ? demanda l'espion en s'accroupissant, veillant à ne pas mettre davantage de poids sur sa jambe droite.

- Dans ce cas j'espère que tu n'es pas trop attaché à tes membres postérieurs », répliqua son amant d'un ton pince-sans-rire.

Après avoir rallumé sa torche discrètement, James trouva rapidement la goupille qui se trouvait sous le détonateur. Sans perdre de temps, il l'enfonça afin, il l'espérait, de désamorcer le mécanisme. Sachant qu'il n'y avait qu'un seul moyen de vérifier si ça avait fonctionné, il s'apprêtait à relever le pied lorsque brusquement, la pièce s'emplit d'une lumière crue tandis qu'une douleur aigüe lui vrillait le tympan. Il pivota prestement sur lui-même, la main sur son holster, et arracha l'oreillette en grimaçant. Celle-ci glissa sous le bureau et l'agent fit face à un homme qui pointait un pistolet sur lui.

« On ne peut jamais se fier à ces trucs automatiques, sourit l'inconnu en désignant la mine du menton, deux précautions valent toujours mieux qu'une. »

Et sans plus de sommation, il appuya sur la gâchette.

o0o

Fronçant les sourcils, Q se demanda s'il avait pu offenser son amant avec sa remarque déplacée. Celui-ci ne lui avait pas donné confirmation du bon désamorçage de la bombe, ce qui l'étonnait légèrement. Soudain, un son strident retentit à travers l'oreillette, aussitôt suivi d'un bruit de chute mat.

« 007, est-ce tout va bien ? » demanda-t-il en essayant de faire taire son inquiétude.

Seuls des bruits de voix étouffés lui répondirent et il allait réitérer sa question lorsqu'il entendit une violente détonation.

« James ! s'exclama-t-il, ce qui fit aussitôt accourir auprès de lui les deux derniers occupants du secteur technologique. James qu'est-ce qui se passe ? »

Il n'obtint pas plus de réponse même s'il distinguait en arrière-plan des bris d'objets et des grognements rauques. N'appréciant guère de ne pas avoir une vision claire de la situation, il essaya d'accéder aux caméras de sécurité mais il n'en trouva aucune qui donnait sur la pièce. Il grogna de frustration et jeta un rapide coup d'oeil à l'écran qui indiquait la position GPS de l'espion mais il se figea instantanément à sa vue.

Celui-ci, qui arborait jusqu'à présent un point rouge surmonté d'un petit « 007 » était désormais totalement vide. Refusant de céder à la panique, Q relança son programme mais après plusieurs tentatives infructueuses il semblait clair que le problème ne venait pas de la réception du signal mais de son émission. Et compte tenu de sa nature, le traqueur de James ne pouvait pas avoir été extrait ou détruit par une main extérieure, il avait forcément disparu en même temps que son porteur.

Le regard vague, les mains légèrement tremblantes et une boule qui grossissait rapidement dans la gorge, le Quartermaster dut se rendre à l'évidence : selon toute vraisemblance, l'agent Bond avait sauté sur une mine.

o0o

Le MI6 était en effervescence. La nouvelle concernant la mort de 007 s'était répandue comme une traînée de poudre, quand bien même celle-ci s'était produite au milieu de la nuit en présence de trois personnes dont deux n'étaient pas connues pour leurs bavardages intempestifs. M était arrivé sur place beaucoup plus tôt qu'habituellement et un entretien rapide avec R lui avait confirmé qu'il ne s'agissait hélas pas d'une simple rumeur. Il y avait toutes les raisons de croire que leur meilleur agent était tombé au cours d'une des missions les moins dangereuses de sa carrière. M avait mis sur pied une équipe entière pour tenter de découvrir ce qui leur avait échappé car il n'était pas concevable qu'un homme qui était jadis littéralement revenu d'entre les morts ait pu disparaître alors qu'il récupérait de banals documents dans un simple laboratoire.

Il était encore tôt lorsqu'il eut fini de faire le tour du bâtiment pour distribuer des instructions, mais il n'avait guère été surpris de voir que sa secrétaire se trouvait déjà à son poste. Celle-ci ne tenait pas en place, jetant des regards inquiets vers la porte et son téléphone, comme si elle s'attendait à ce qu'il sonne d'un moment à l'autre, et il avait fini par avoir pitié d'elle et lui avait permis de se rendre dans le secteur technologique. Il aurait pu jurer ne l'avoir jamais vue sortir de la pièce aussi vite.

Entrant à nouveau dans son bureau, il s'assit lourdement dans son fauteuil et se passa une main lasse sur les yeux. C'était un véritable cauchemar. Perdre un agent était toujours difficile, perdre un agent double-zéro était encore pire compte tenu des contraintes administratives impliquées mais perdre Bond ? C'était inimaginable. C'était comme si le MI6 entier disparaissait tant il en était la parfaite incarnation. L'homme avait passé tellement de temps à servir la couronne qu'il était passé du stade d'atout non-négligeable à celui de légende sans même passer par la case décès. Enfin, jusqu'à maintenant.

M poussa un profond soupir en pensant au nœud du problème. Q. Bien sûr, James Bond avait d'autres amis, à commencer par lui-même, qui seraient désolés de sa disparition mais Q était une toute autre affaire. S'il avait bien compris ce que lui avait raconté R, le Quartermaster s'était personnellement chargé de superviser la mission et il avait été la dernière personne à être en contact avec l'agent. Si leurs liens avaient été purement professionnels ça aurait déjà été un coup dur, ceux qui géraient les agents de terrain se sentaient toujours un peu responsables lors de la disparition de l'un d'entre eux, mais compte tenu des circonstances, ça n'allait pas simplement être un coup dur, ça allait être un véritable désastre.

D'après ses informations, Q et Bond étaient restés ensemble pendant plus de deux ans, sans compter les moments qu'ils avaient passés à batifoler avant d'officialiser leur relation. M était presque persuadé qu'en nombre d'heures ça faisait plus que tous les coups d'un soir de 007 réunis, ce qui n'était pas peu dire. Il n'allait pas nier qu'il avait regardé le couple se former d'un air dubitatif et assez peu intéressé, même si contrairement à certains il n'avait pas été surpris outre mesure de la tournure que prenaient les choses. Mais en la circonstance, il aurait mille fois préféré que les choses tournent comme elles tournaient d'habitude avec l'agent 007. Ça aurait peut-être permis d'éviter ce qu'il sentait arriver.

Q allait être dévasté. Et un Quartermaster dévasté avec les moyens qu'il avait à sa disposition n'était absolument pas souhaitable. Les prochains jours s'annonçaient fort sombres.

o0o

« Et si je ne le trouve pas ?

- Dans ce cas j'espère que tu n'es pas trop attaché à tes membres postérieurs. »

Silence. Stridence. Détonation.

Q avait écouté l'enregistrement de sa dernière conversation avec Bond des dizaines de fois depuis qu'il était sorti de sa torpeur quelques heures plus tôt. Pour la première fois de sa vie, il refusait de croire son ordinateur, de croire les données dans lesquelles il lisait comme dans un livre ouvert, de croire ses propres programmes. Il refusait de croire que ce soit la fin. Il refusait de croire qu'il s'agissait là des derniers mots qu'il ait échangés avec James. Ce n'était pas possible. Ce n'était tout simplement pas possible. Il était forcément passé à côté de quelque chose.

« Q ? » appela doucement la voix d'Eve derrière lui.

Il ne répondit pas. Il s'était réfugié dans son bureau après l'incident et refusait tout contact avec l'extérieur depuis lors. Même R ne s'était pas risquée à venir le déranger. Il avait passé en revue toutes les caméras de sécurité de la structure, ne trouvant rien qui sorte de l'ordinaire dans les rondes des gardiens de nuit. Il voyait la figure floue de James pénétrer dans le couloir qui menait au bureau mais il ne l'en voyait pas ressortir, pas plus qu'il ne voyait quelqu'un d'autre y pénétrer à son tour. Il n'avait rien pu tirer de la balise GPS qui avait tout simplement cessé d'émettre quelques secondes après la détonation et avait donc perdu tout espoir de ce côté là. Il avait pénétré dans les serveurs de tous les hôpitaux et cliniques qui se situaient dans le périmètre du complexe scientifique mais il s'était également retrouvé dans une impasse de ce côté, ne pouvant trouver trace d'aucun patient répondant au descriptif de James dans les fichiers.

Mais celui-ci était malin, il était tout à fait capable de disparaître quand il le voulait et de ne pas se faire repérer. Non, plus Q réfléchissait et plus il semblait évident que la seule solution serait d'envoyer une équipe d'agents de terrains sur place. Il fallait qu'il en parle à M immédiatement...

« Comment est-ce que tu te sens ? insista Moneypenny en posant une main légère sur son épaule.

- Je me sens parfaitement bien, rétorqua Q avec plus de mordant qu'il n'en avait eu l'intention. Maintenant si ça ne te dérange pas, j'ai une opération de sauvetage à organiser.

- Une opération de sauvetage ? répéta la jeune femme en fronçant les sourcils. Mais tu as dit toi-même que ce n'était pas possible qu'il ait...

- Oui eh bien j'ai eu tort ! s'exclama le brun en se levant brusquement. J'ai bien ré-écouté les enregistrements et je suis convaincu que James n'est pas m... » Il s'interrompit et remonta ses lunettes sur son nez d'un geste nerveux. « Je suis persuadé qu'il a besoin d'aide.

- Q...tenta faiblement Eve.

- Non, écoute-moi ! Il y a trop d'incohérence dans le scénario de la mine qui explose ! Tout d'abord, s'il n'avait pas réussi à la désamorcer, pourquoi celle-ci aurait-elle mis autant de temps à se déclencher ? Cela aurait dû aller bien plus vite ! Sans compter que cette détonation ressemble beaucoup plus à un coup de feu qu'à une bombe. Et ce son horrible, je suis sûr qu'il a été provoqué pour que nous perdions le contact avec 007, c'est évident !

- Mais que fais-tu de la disparition du signal GPS ?

- Il aura suffit de mettre la main sur un brouilleur efficace...

- Je croyais que ton système était prémuni contre ce type d'interférence ? s'étonna Eve. Et comment aurait-on pu savoir que James était équipé d'un système de traçage ?

- C'est peut-être une précaution de base au cas où son équipement aurait été muni de puces électroniques, répliqua Q avec un vague geste de la main.

- Pourquoi n'a-t-il pas pris contact avec nous ?

- Pourquoi toutes ces questions ? rétorqua violemment le Quartermaster. Il n'est sorti des écrans que depuis à peine six heures et tout le monde veut déjà l'enterrer ! Vous avez hâte de ressortir la chronique nécrologique que l'ancienne M lui avait faite c'est ça ?

- Tu sais très bien que non ! s'emporta Eve. Je suis bien placée pour savoir que s'il existe un agent qui semble se jouer de la mort en permanence, c'est bien James Bond, mais tu n'as pas les idées claires et je ne voudrais pas que tu fasses quelque chose que tu puisses regretter !

- Alors quoi ? conclut Q avec un geste fataliste des bras. J'attends sans rien faire pendant que l'homme que j'aime est peut-être en train d'agoniser sous un pont à cause de moi et de mon incompétence ?

- Premièrement tu n'es pas incompétent et ce n'est pas de ta faute, dit-elle en saisissant le brun par les épaules pour qu'il la regarde dans les yeux, il faut que tu arrêtes de prendre sur toi toutes les missions d'agents de terrains qui ne finissent pas comme prévu. Et deuxièmement, tu es actuellement émotionnellement instable, tu ne devrais même pas être ici et encore moins diriger une équipe. Tu as besoin de repos Q, il faut que tu fasses confiance au MI6, M a déjà mis des agents sur le coup et ils font tout leur possible pour savoir ce qui est arrivé à James. Quoi qu'il se soit passé au Danemark ils vont le retrouver et te le ramener. Tu n'es pas obligé de prendre tout sur tes épaules...

- Tu ne comprends pas, souffla-t-il, les chances pour que la balise ait cessé de fonctionner pour des raisons extérieures sont quasiment nulles. Je le sais parce que c'est moi qui l'ait faite. M'occuper ici c'est la seule manière pour moi de mettre cette information de côté, de ne pas penser au pire, de ne... » Il s'interrompit pour prendre une grande inspiration. « Je ne peux pas retourner chez nous, pas comme ça, pas maintenant...

- D'accord, répondit Eve d'un air décidé. D'accord. Mais hors de question que tu restes ici. Prends tes affaires, je vais t'installer dans un des fauteuils de mon bureau. Je ne te lâche pas d'une semelle tant que James n'est pas revenu.

- Je peux très bien me gérer tout seul, grommela Q, je n'ai pas besoin d'une baby-sitter.

- Ce n'était pas une proposition, asséna la jeune femme. Dépêche-toi, il faut que je retourne à mon poste, la patience de Mallory a tout de même ses limites. »

Et étonnamment, mû par un sentiment indéfinissable, Q s'exécuta sans protester.

o0o

Quelques heures plus tard, l'agitation était un peu retombée au sein du MI6. Chacun s'était attelé à la tâche qui lui avait été confiée avec l'efficacité des rouages d'une machine bien huilée. Assise à sa table, Eve triait les mails qui étaient constamment envoyés à son patron tout en jetant des coups d'œil discrets à Q, qui s'était installé en face d'elle, pour vérifier qu'il ne tentait pas de partir discrètement. Celui-ci, son ordinateur sur les genoux, jouait distraitement avec le bout de sa cravate. Il n'avait abandonné ses éternels chandails que récemment et avait pris l'habitude de venir travailler en costume. Selon Eve, il n'était guère difficile de deviner sous l'influence de qui.

Peu avant l'heure du déjeuner, le téléphone le plus à droite sur le bureau de la jeune femme, celui qui constituait la ligne privée de M, sonna et celle-ci s'empressa de décrocher.

« Secrétariat de M j'écoute, dit-elle avant de laisser passer un long silence. Mais bien sûr, tout de suite. Où dois-je les faire suivre ? demanda-t-elle alors qu'un petit sourire s'étalait sur ses lèvres. Oui, ça me semble évident. Absolument, je lui ferai savoir. C'est ça, bon voyage. »

Elle raccrocha avec un petit rire et laissa tomber sa tête entre ses mains. Elle finit par secouer la tête pour se ressaisir et interpella Q qui n'avait même pas relevé la tête lors de son bref échange téléphonique.

« J'ai une bonne et mauvaise nouvelle, commença-t-elle sous le regard dubitatif de son ami. La mauvaise, c'est que nous devons être le seul service d'espionnage au monde dont le directeur du service technologique ne pense même pas à garder son téléphone portable à portée de main et à vérifier qu'il est en état de marche. Et la bonne nouvelle, c'est que notre cher 007 est vivant et en pleine possession de ses moyens.

- Quoi ?! s'exclama Q en manquant faire tomber son ordinateur en se levant brutalement.

- Je savais bien que ça aurait été beaucoup trop beau que la dernière chose que tu lui dises soit le mot « postérieur », sourit-elle de toutes ses dents.

- Eve, gronda Q, le ton menaçant, ce n'est vraiment pas le moment...

- Il vient de m'appeler du consulat britannique de Copenhague, reprit la jeune femme en tentant de reprendre son sérieux. Apparemment, son propre portable a été détruit lors de son évasion musclée de cette nuit, et le seul numéro qu'il connaissait par cœur était le tien. Il a essayé de te joindre toute la matinée mais il est systématiquement tombé sur messagerie. Il m'a demandé de te dire que ce n'était absolument pas professionnel de ta part et que même le dinosaure qu'il était savait désactiver le mode vibreur de son téléphone. Heureusement, il se souvenait presque du numéro de M et a réussi à s'en rappeler après quelques tâtonnements.

- Quelques tâtonnements ? s'étrangla le brun. Il est quatre heures de l'après-midi ! Il aurait mieux fait de nous envoyer un pigeon voyageur, ça aurait été plus vite ! Ou de contacter notre cellule danoise, ce qui devrait être un réflexe de base !

- Garde tes imprécations pour lui, peut-être qu'entre toi et M qui va lui remonter les bretelles, ça lui passera l'envie de recommencer. En attendant, il a perdu ses billets d'avion et il veut que je les lui renvoie donc j'ai quelques petites manipulations à faire. Libre à toi d'aller porter la bonne parole au reste du service. »

Et sur ces mots, elle se désintéressa de lui et entreprit de trouver une place dans le premier avion à destination de Londres en provenance de Copenhague. Partagé entre plusieurs sentiments contradictoires, Q resta un instant les bras ballants avant de se morigéner vivement et de ranger son ordinateur dans son sac. Rapidement, il descendit au secteur technologique pour annoncer succinctement la nouvelle à R qui se chargerait bien de la répéter pour lui et pour récupérer son téléphone, laissé à l'abandon sur un coin de sa table de travail. Celui-ci affichait onze appels manqués et pour la millième fois de la journée, il se sentit profondément stupide.

Mais alors qu'il se dirigeait vers la sortie afin de prendre un taxi qui le conduirait à l'aéroport, la culpabilité sembla s'évaporer face à un sentiment beaucoup plus mystérieux mais infiniment plus agréable, et une seule chose sembla émerger de la masse d'informations et d'émotions qui l'avaient assailli au cours des dernières heures. Une bouffée de chaleur l'envahit et un sourire incontrôlable s'étala sur son visage.

Son numéro était le seul que James connaissait par cœur.

o0o

« Mais bien sûr ! »

L'horloge de leur chambre affichait trois heures douze lorsque James fut réveillé par le Quartermaster qui poussa une forte exclamation en bondissant hors du lit. Et ce ne fut qu'au prix d'un immense contrôle sur lui-même que l'agent ne se saisit pas immédiatement du pistolet qui se trouvait sur sa table de chevet. Sans prendre le temps de mettre le moindre vêtement, Q s'élança hors de la pièce, Dieu savait où, en attrapant ses lunettes au passage. James hésita quelques instants avant de se décider à le suivre.

En se levant, il repoussa les couvertures, grimaçant légèrement lorsqu'une douleur vrilla son bras blessé. Il était rentré du Danemark une semaine auparavant, le bras en écharpe mais autrement indemne. Il avait réussi à éviter la balle qui lui était destinée assez facilement, l'homme qui lui faisait face n'ayant visiblement pas été un tueur professionnel, mais celle-ci avait tout de même touché l'artère céphalique de son bras droit, l'handicapant dans son évasion. Se débarrassant rapidement de son adversaire dont il ignorait toujours l'identité, il avait réussi à se saisir des documents qui constituaient le cœur de sa mission avant que les vigiles, guère plus dégourdis que le premier homme qu'il avait affronté, ne tentent de l'arrêter.

Après avoir quitté le complexe, il avait préféré se rendre dans un hôtel d'aspect miteux plutôt que dans une clinique, afin d'éviter d'attirer l'attention et il s'était recousu comme il avait pu avant de prendre un peu de repos, comptant sur le traqueur de Q pour qu'une voiture vienne le récupérer. Ce n'était que le lendemain, lorsque personne ne l'avait contacté, qu'il s'était rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond et qu'il avait réalisé que son portable était inutilisable. Comble de malchance, la ligne téléphonique de l'hôtel ne permettait pas de contacter l'étranger et il avait dû partir en quête d'une cabine pour tenter d'appeler son amant qui n'avait pas répondu malgré ses appels répétés. En désespoir de cause, il avait tenté de trouver la cellule danoise du MI6 mais son emplacement avait visiblement changé depuis sa dernière mission dans le pays et il s'était finalement résolu à rejoindre le consulat, où une aimable standardiste avait accepté de lui prêter un téléphone pour qu'il tente d'avoir le bureau de M. Bureau qu'il avait réussi à joindre au bout de seulement quatre-vingt trois essais, ce dont il était plutôt fier.

En tout état de cause, lorsqu'il avait enfin atterri à Londres, en fin de soirée, Q lui avait fait un accueil qu'il ne pouvait qualifier que de paradoxal et il lui avait fallu un peu de temps pour comprendre, entre les malédictions adressées à son encontre et les baisers désespérés, que sa balise avait cessé de fonctionner quand on lui avait tiré dessus et que son amant avait craint le pire. Et depuis une semaine, ce dernier s'était fixé comme objectif, outre de le tenir en laisse pour le garder à l'œil, de découvrir la raison pour laquelle son infaillible traqueur avait failli. Et si le cri de victoire qui venait d'être poussé en pouvait être le quelconque signe, il semblait bien que le voile soit sur le point d'être levé sur cette énigme.

James retrouva le Quartermaster dans son bureau, assis devant son ordinateur sur lequel il était en train de programmer une simulation. Il l'encercla de ses bras et appuya son menton sur son épaule, prêt à endurer n'importe quelle explication scientifique si cela signifiait que Q pourrait enfin dormir tranquille et effacer les cernes qui commençaient à lui manger le visage.

« C'était pourtant évident, je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas y penser plus tôt », grommelait celui-ci, sans s'adresser à personne en particulier.

D'un clic, il lança la simulation et l'explicita simultanément, sans sembler se préoccuper de savoir s'il avait ou non un auditoire.

« Tout mon système repose sur la collaborations entre les différents nano-robots que j'ai injectés aux agents. S'il n'en manque ne serait-ce qu'un seul c'est tout le système qui s'effondre et c'est pourquoi j'ai dû rajouter des éléments magnétiques pour qu'ils ne s'éloignent pas les uns des autres dans le système sanguin. Mais, continua-t-il avec emphase tandis que sur l'écran, une blessure occasionnant une perte de sang était simulée, je n'avais pas prévu que les nano-robots puissent se trouver dans quelque chose de plus large qu'une artère, et je n'avais pas pris garde à l'importance du champ magnétique.

Quand tu as été blessé, le traceur devait se trouver à ce moment là dans le sang que tu as perdu et en se répandant, sans doute sur plusieurs centimètres de diamètre, les nano-robots ont dû être emportés et se disperser une fois qu'ils n'étaient plus contenus dans tes veines. C'est pour ça que la balise a cessé d'émettre, elle n'a pas été détruite, les différents éléments n'étaient juste plus suffisamment proches les uns des autres pour que ça fonctionne ! »

Il laissa échapper un rire un peu éberlué et il se retourna vers le blond, dans le but évident de partager son émerveillement. Son visage s'était illuminé, comme à chaque fois qu'il faisait une nouvelle découverte, et James resta un instant silencieux face à ses yeux brillants et à son grand sourire. À cet instant, il n'aurait su dire pourquoi, mais son cœur sembla rater une marche, et il en eut le souffle coupé. Muet face à son amant qui attendait sans doute une réponse de sa part, il combla la distance qui séparait leurs lèvres et l'embrassa, lui, sans qui le nano-robot qu'il était ne pouvait pas fonctionner non plus.

Au fond de lui, il connaissait très bien le nom ce qu'il ressentait, mais il avait le curieux sentiment qu'en cet instant précis, tous les mots du monde ne lui auraient pas fait justice.


Et voilà ! Une fois de plus, je tente de me faire pardonner mon énorme retard avec un très long chapitre. Peut-être cela marchera-t-il, qui sait ? En tout cas, j'espère que ça vous a plu et je vous encourage vivement à me laisser un petit commentaire pour me le dire. Même si je n'ai pas écrit pendant de longs mois, chaque review me faisait chaud au coeur et me faisait culpabiliser de vous avoir en quelque sorte abandonnés. Je mentirais en disant que la culpabilité n'a pas grandement aidé à la réalisation de ce chapitre. ;-)

Bref, si vous avez aimé me lire, sachez que j'aurais grand plaisir à vous lire à mon tour et que j'attends cela avec impatience. :-) Je vous souhaite un excellent week-end, de bonnes vacances et vous dis à la semaine prochaine pour For Your Eyes Only car, petite confidence, cette fois-ci j'ai quelques chapitres d'avance donc je peux vous assurer que je ne vous laisserai pas en plan aussi vite que la dernière fois... ;-)

À bientôt et merci à vous tous !