Chapitre Onze : La douleur de Lupin

Le mois de Septembre s'achevait, et l'évasion de Sirius Black s'effaçait petit à petit des mémoires. La plupart des élèves étaient maintenant focalisés en permanence sur le prochain cours avec leur professeur préféré à Poudlard, le Professeur Lupin. En à peine quelques semaines, le cours de Défense contre les Forces du Mal était devenu le sujet de conversation le plus répandu dans les couloirs du château, ou pendant les repas. Bien sûr, les Serpentards avaient toujours quelque chose de négatif à dire sur le Professeur Lupin, mais ils étaient forcés à concentrer leurs critiques sur l'apparence miteuse du professeur.

« Est-ce que seulement Dumbledore lui donne de l'argent ? » demanda Malefoy à sa bande, alors que Lupin sortait de la Grande Salle un matin. « Regardez donc l'état de ses robes. Mère ne m'autoriserait jamais à ressembler à ça. »

Mais Harry n'était pas le moins du monde intéressé par l'état des robes de Lupin. En un mois seulement, ils avaient étudié les Épouvantards, les Chaporouges, et enfin les Kappas. Toutes avaient été des créatures maléfiques fascinantes, chacune avait une particularité distinctive, et des pouvoirs dangereux si par malheur on les rencontrait sans être préparé. La qualité de l'enseignement de Lupin aurait normalement à elle seule suffi à gagner le respect d'Harry. Mais suite à son expérience avec l'Épouvantard, Harry avait rapidement découvert que le Professeur Lupin était très différent des enseignants qu'Harry avait pu connaître auparavant.

« Je crains d'avoir besoin de m'excuser, Harry, » lui avait dit le Professeur Lupin une fois que la classe se fut vidée. Il avait l'air encore plus exténué que lors du trajet en train. « Je n'avais pas l'intention de te laisser affronter l'Épouvantard, sans parler de la matérialisation d'un Détraqueur. Je suis désolé, je n'ai pas pu réagir assez rapidement et t'épargner une gêne imméritée. »

« Ce n'est rien, » a répondu Harry, ses pensées étaient alors toujours tournées vers la voix de sa mère.

« Je suis sûr que tu as pu entendre tout ce que j'ai expliqué à la classe ? » Harry acquiesça, son regard était baissé. Il pouvait aussi sentir les regards de Ron et d'Hermione derrière lui, et il n'arrivait pas à se forcer à remonter les yeux pour rencontrer le regard du professeur.

« Il n'y a pas de honte à avoir, » dit Lupin, doucement. « Je sais que tu te sens faible, et impuissant en ce moment, mais je suis sûr que tu as compris pourquoi les Détraqueurs avaient un tel effet sur toi. Rares sont ceux, dans ce château, à dissimuler au fond de leur mémoire des horreurs qui puissent égaler les tiennes. » Harry savait que Lupin essayait de l'encourager, mais les mots prononcés par le professeur n'avaient fait que lui donner l'impression d'être encore plus seul dans son épreuve. Et c'est alors qu'Harry sentit la main de Lupin se poser sur son épaule, et tandis que ce dernier s'agenouillait pour être à son niveau, empêchant Harry de pouvoir continuer à fuir son regard.

« Ta mère et ton père étaient des personnes extraordinaires, Harry. » Les mots de Lupin étaient prononcés avec un sourire sincère. « Je les connaissais bien à Poudlard, tout particulièrement ton père. De ce que j'ai pu voir en ces quelques jours, et de ce que les autres professeurs m'ont dit à ton sujet, je sais que tous les deux auraient été incroyablement fiers de toi. James avait un don pour dénicher les ennuis, mais il a toujours été son propre chef. Il n'a jamais laissé quelqu'un d'autre lui dire qui il était. Tout comme toi en fait. » Lupin lui offrit un second sourire, et poussa Harry à quitter de la classe, en compagnie de Ron et d'Hermione. Harry sortit de la pièce, plus heureux en ce jour qu'il ne l'avait été depuis qu'il avait gonflé sa tante Marge.

La Divination quant à elle était rapidement devenue la deuxième pire matière d'Harry, uniquement précédée dans ce classement par le cours de Potions. Le Professeur Trelawney, tout aussi gentille et respectueuse qu'elle puisse être, ne semblait pas pouvoir s'empêcher de regarder Harry avec de grands yeux embués de larmes à chaque fois qu'il entrait dans l'étouffante salle de classe. Et le plus frustrant dans tout ça, c'était que la plupart de ses camarades étaient scotchés à leurs sièges dès que la vieille chouette [1] interprétait la moindre de ces formes tordues qui prédisaient toujours quelques destins horribles à Harry, peu importe le domaine de la Divination utilisé. Le présage laissé dans ces feuilles de thé ne peut plus être ignoré, comme elle le lui signalait pour la troisième fois. Et c'était pareil avec les lignes de la main. Chaque nœud de ses empreintes digitales lui prédisait un destin, l'un horrible, l'autre tragique, tous prêts à lui débouler dessus sans avertissements.

Hermione elle-aussi semblait trouver le cours de Divination pénible. Ni Harry ni Ron n'auraient jamais pu pronostiquer qu'Hermione serait aussi agressive envers un professeur. Chaque fois que Trelawney s'essayait à interpréter un de ces symboles malheureux prédisant une mort imminente pour Harry, Hermione contrait en proposant une interprétation complètement différente, voire de sens opposé. Si la plupart des élèves de la classe levaient les yeux au ciel lors de ces moments, Harry, au contraire, lui offrait un sourire de remerciement à chaque fois qu'elle prenait sa défense.


Puis les classes ne furent plus le seul sujet d'inquiétudes dans l'esprit d'Harry, alors que le mois d'Octobre installait ses fraîcheurs persistantes. La saison de Quiddich était sur le point de débuter. Olivier Dubois, le capitaine de l'équipe de Gryffondor, était même devenu encore plus fanatique que ce que Harry ou le reste de l'équipe n'avaient déjà pu voir à son sujet. Il leur avait fait subir un discours indiquant les diverses raisons pour lesquelles la coupe aurait dû être à eux ces deux années précédentes. Mais principalement, Olivier avait réexprimé son plus cher désir : c'était sa dernière chance de faire gagner une coupe de Quiddich à sa maison. Pleine de détermination, renforcée par l'ambition fanatique d'Olivier, l'équipe commença à suivre le régime d'entraînement le plus soutenu qu'Harry eut connu. Trois soirs par semaine, souvent jusque tard après la nuit tombée, et quelle que soit la météo.

Et enfin, il y avait aussi le mystère de l'emploi du temps impossible d'Hermione. Cependant, Harry devait admettre que Ron était encore plus inquiet que lui à ce sujet.

« Je te le dis, Harry, Hermione nous cache quelque chose, » précisa Ron un jour lors du déjeuner.

« Tu ne vas pas arrêter avec ça, hein, Ron ? »

« Écoute, » dit-il, alors qu'Harry ne prononçait plus le moindre mot. « Plus tôt ce matin, je l'ai vue discuter avec le Professeur Vector, tu sais, celle qui enseigne l'Arithmancie. »

« Rien d'étrange à cela, non ? » répondit Harry.

« Ouais, elles étaient en train de discuter de la leçon de ce matin, » enchaîna Ron.

« Et ? »

« Mais elle ne peut pas y être allée, » explosa Ron, avec un mouvement ample de sa fourchette, qui envoya un peu de légumes valser sur la table. « Elle était en Soin aux Créatures Magiques avec nous ! Ce n'est pas possible, Harry. C'est juste impossible. »

« Comme elle l'a déjà dit avant, elle s'est arrangée avec le Professeur McGonagall au sujet de son emploi du temps. »

« Bordel de merde ! Harry, allez, » jura Ron alors qu'il plantait sa fourchette dans une autre pomme de terre. « J'ai discuté avec Ernie McMillan un peu plus tôt, et il m'a dit qu'elle n'avait jamais raté le moindre cours d'Études des Moldus. Mais tu sais bien que ce n'est pas possible. Parce que la moitié du temps, c'est en même temps que la Divination ! Et nous savons tous les deux qu'elle a toujours été là en Divination. »

« Écoute, je suis d'accord avec toi pour dire que l'emploi du temps d'Hermione est bizarre, » répondit Harry en poussant son assiette vide de côté. « Mais tu penses bien que si nous devions vraiment savoir quelque chose à ce sujet, ne nous l'aurait-elle pas déjà dit ? »

« Mon pote, elle va craquer si elle continue, » remarqua Ron. « Tu as vu comme elle est déjà fatiguée, et on n'en est même pas encore à Noël. »

« Peut-être, » dit Harry, pas chaud pour continuer cette conversation. « Nous devrions nous rendre en Potions. » Harry avait ses propres inquiétudes au sujet de la charge de travail d'Hermione, mais il savait mieux que quiconque que même si Hermione s'était fixé une tâche impossible, personne ne pourrait malgré tout l'en dissuader. Pourtant à l'intérieur de lui, il s'écrivit une note mentale pour au moins voir avec elle comment elle s'en sortait.

Alors qu'ils entraient dans la salle de cours de Rogue, ils ne furent pas surpris de voir qu'elle était faiblement éclairée. Comme d'habitude. Rogue n'attendit pas que la classe se fût entièrement assise pour commencer à expliquer la leçon du jour.

« Aujourd'hui, nous allons essayer de préparer une potion de Pimentine, » commença Rogue, ses yeux regardant au loin au-delà du fond de la classe. « La plupart d'entre vous vont échouer, en dépit de la simplicité de cette potion, parce que vous allez négliger de maintenir la température de votre potion à un niveau de précision acceptable. Et ceux d'entre vous qui réussiront cette simple tâche vont très certainement échouer à préparer correctement les racines de Mandragore. Je voudrais avertir chacun d'entre vous de prêter une attention particulière à la préparation de vos racines, car vous n'en recevrez qu'une seule chacun. Les instructions, » ajouta-t-il en tapant sa baguette sur le tableau devant la classe, « sont toutes écrites sur le tableau. Allez-y ! »

En dépit du fait que le cours de Potions était sa matière la moins appréciée, Harry avait été sincère lorsqu'il avait dit à Hermione qu'il allait faire de son mieux cette année. Il relut chaque instruction deux fois avant de passer à l'étape suivante de l'élaboration de la potion. En remerciant les Dursleys pour la première fois de sa vie, Harry réussit parfaitement et avec facilité à maintenir la température requise. Toutefois à sa droite, Ron luttait pour maintenir son chaudron à la bonne température, ce que Rogue remarqua aussitôt.

« Weasley, avez-vous seulement écouté un seul mot de ce que j'ai dit au début du cours ? » demanda-t-il d'une voix suave. « Mis à part Londubat, vous êtes certainement le pire préparateur de potion de cette classe. N'avais-je pas spécifiquement attiré votre attention sur l'importance de la température avant de vous autoriser à commencer ? »

« Oui, Professeur, » dit Ron, épongeant la sueur de son front avant d'essayer de raviver les flammes sous son chaudron pour faire augmenter la température.

« À la fin du cours, je testerai votre potion sur vous, Weasley, » rajouta Rogue avec un fin sourire. « Vous devez déjà savoir que lorsqu'elle est préparée incorrectement, les effets indésirables de la potion de Pimentine sont triplés. Cela risque d'être vraiment une expérience inconfortable. » Rogue se tourna alors vers le chaudron d'Harry. Il examina la potion d'Harry, en rapprochant son nez crochu droit à l'aplomb de celle-ci. La potion ressemblait à du sirop couleur rouge cerise. Harry se prépara mentalement à subir à la remarque méprisante à venir. Mais rien ne vint. Rogue continua simplement le long de la paillasse. Il jeta un œil au chaudron d'Hermione, puis retourna à son bureau. Hermione sourit à Harry, qui ne put s'empêcher de lui retourner la pareille.

Pourtant, l'exaltation temporaire d'avoir enfin réussi à préparer une potion sans la moindre remarque déplaisante de Rogue fut rapidement douchée par Malefoy.

« J'ai eu des nouvelles de Père, ce matin, » raconta-t-il de sa voix traînante à Crabbe et à Nott. « Père a déposé une plainte officielle auprès du Département pour la Régulation et le Contrôle des Créatures Magiques. Je soupçonne qu'il ne faudra pas longtemps avant que le Ministère n'exécute cette infâme créature, et que ce balourd ne soit viré de Poudlard. »

« Quel dommage que Buck ne lui ait pas arraché le bras, » marmonna Ron.

« En fait non, Hagrid est même très chanceux que Malefoy n'ait pas subi de blessures plus graves, » chuchota Hermione.

« Ouais, cela aurait été la dernière chose dont Hagrid aurait eu besoin, » convint Harry.

« Pour ceux qui auraient réussi à suivre les instructions, votre potion de Pimentine devrait avoir mijoté assez de temps » dit Rogue alors que le cours était sur le point de se terminer. « Elle devrait être de couleur cerise, et avoir la consistance d'un sirop. Veuillez s'il vous plaît remplir une fiole afin que je puisse l'examiner. Weasley, vous n'avez rien besoin de faire, puisque nous allons tester la votre immédiatement. »

La potion de Ron avait un peu mal tourné.

« Quel crétin infâme » grogna Ron, alors qu'ils étaient maintenant hors de portée d'oreilles des donjons. Il avait le visage rouge, et un doigt dans une des oreilles. « Il aurait pu mentionner que ce serait du pus qui sortirait de mes oreilles, et non de la vapeur. »

« Il a dit que les effets secondaires habituels seraient triplés, » répondit Hermione avec de la sympathie dans la voix. « Mais c'était un peu injuste. »

« Un peu, » s'exclama Ron alors qu'ils atteignaient la tour de Gryffondor, « Juste un peu ? J'aimerais bien voir comment tu te sentirais avec du pus jaillissant des oreilles. Sans parler du fait que ma gorge est en feu. »

« Tu devrais travailler plus sérieusement, Ron, » répliqua Hermione. « Regarde Harry, » ajouta-t-elle, avec un sourire radieux qui illuminait son visage. « Tu t'es beaucoup amélioré ces deux dernières semaines. Je suis fière de toi. »

« J'ai juste essayé de faire profil bas, et de me maintenir à l'écart des ennuis, » répondit rapidement Harry. « Et en considérant que mes problèmes arrivent le plus souvent sous la direction de Rogue, j'ai estimé qu'il serait mieux pour ma santé de commencer à m'améliorer. Et ça aide lorsqu'il n'est pas continuellement en train de tourner autour de mon chaudron, » admit finalement Harry à l'intention de Ron.

« Ne m'en parle pas, » dit Ron, alors qu'ils entraient dans la salle commune de Gryffondor. Harry et Hermione prirent place dans le canapé en face du feu, pendant que Ron s'installait dans un fauteuil spacieux, et passait ses jambes par-dessus les accoudoirs. Il se laissa aller, les bras ballants, fermant les yeux, et fit apparaître et avala plusieurs pastilles givrantes pour calmer sa gorge. Hermione attrapa son sac, en sortit son livre de Runes Anciennes, et commença à le lire.

« Hermione, comment est-ce que tu t'en sors ? Je veux dire vraiment, » demanda Harry.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Avec tous tes cours, » rajouta Harry. « Je sais bien que si quelqu'un ici peut supporter toute cette charge de travail, c'est bien toi. Mais même ainsi, cela fait beaucoup de travail au final, même pour toi. » Elle leva les yeux de son livre, et fit un petit sourire à Harry.

« C'est vrai que cela fait beaucoup de travail, » admit-elle après un moment. Mais au fond de ses yeux dansait toujours cette même lueur de détermination qu'Harry avait déjà entraperçue lors de leur rencontre avec Buck. « Mais je m'en sors assez bien. Je ne dors peut-être pas autant que l'an passé, mais c'est suffisant. Même si... »

« Qu'y a-t-il ? »

« En fait, je pense que je vais laisser tomber la Divination, » finit-elle calmement. « C'est complètement n'importe quoi, Harry. »

« Je suis assez tenté de faire la même chose, » admit Harry, en jetant un coup d'œil à Ron qui laissait maintenant échapper quelques légers ronflements. Il s'était déjà endormi. « Je suis fatigué d'entendre dire combien ma mort sera misérable. » Hermione le regarda avec sympathie.

« Le Professeur McGonagall m'avait pourtant prévenue à propos de la Divination, » continua Hermione. « J'aurais dû l'écouter, mais je voulais prendre chaque option disponible. Le Professeur McGonagall n'est pas allée jusqu'à qualifier le Professeur Trelawney d'escroc, mais on pouvait le voir dans ses yeux. Et je commence à penser la même chose. Et cela va aussi alléger ma charge de travail. » Harry vit une ouverture.

« Hermione, » commença Harry, en prenant une profonde inspiration. « Je sais que tu ne veux pas que l'on parle de ton emploi du temps. Mais je dois te demander. Comment fais-tu pour aller dans toutes tes autres classes ? On sait tous les deux que c'est impossible pour toi d'être à deux endroits à la fois. Et là, tous ceux qui vont dans les mêmes cours d'Arithmancie, d'Étude des Moldus ou de Runes Anciennes que toi m'ont dit que tu n'avais pas raté un seul de ces cours. Je sais que tu as trouvé une solution à ce problème avec le Professeur McGonagall, et que tu n'as certainement pas le droit de dire à quiconque comment tu t'y prends. Mais je me fais du souci pour toi. »

« Merci, Harry, » répondit Hermione, en lui attrapant brièvement la main. « Et tu as raison. Je ne peux pas te dire quelles en sont les dispositions. Mais tu sais, ce n'est pas parce que je n'ai pas confiance en toi ni en Ron. Le Professeur McGonagall a dû travailler très dur pour mettre en place ce système, et je ne voudrais pas lui causer du tort en rompant la promesse que je lui ai faite. »

« Ok, » dit Harry. « C'est tout ce dont j'avais besoin, Hermione. Mais juste, promets-moi que tu seras lucide envers toi même, et que tu admettras lorsque ce sera trop lourd pour toi. »

« Bien sûr que je ferai attention, » dit Hermione. Puis elle sourit d'un air suffisant. « Mais je ne suis pas prête jeter l'éponge [2] maintenant. Néanmoins, abandonner la Divination reste une bonne possibilité. Je n'ai qu'une seule réserve à cela. »

« Et c'est quoi ? »

« Toi. »

« Moi ? »

« Je ne peux pas t'abandonner à cette vieille peau, » admit-elle.

« Tu penses que je vais rester si jamais tu t'en vas, » lui demanda-t-il avec incrédulité.

« Tu t'en vas avec moi ? »

« Immédiatement, » affirma-t-il.

« Bien, cette décision ne nous aura pas pris trop de temps, » remarqua-t-elle. « Et tu vas devoir réfléchir à ce que tu veux prendre à la place. »

« Que veux-tu dire, » demanda Harry. « Je me serais très bien contenté d'un créneau de temps libre. »

« Et que penses-tu des Runes Anciennes ? » lui demanda-t-elle, en lui montrant son livre de cours. « Je pense que tu vas trouver ça fascinant, tu sais. Tu es le meilleur en Défense contre les Forces du Mal, et il y a plein d'applications des Runes dans ce domaine. »

« Hermione, est-ce que l'on va vraiment dans le même cours ? C'est toi qui as les meilleures notes. »

« Peut-être, mais tu as été génial avec les Kappas et les Chaporouges, » rétorqua Hermione. « Et tu excelles dès que l'on passe aux travaux pratiques. »

« D'accord pour ne pas être d'accord, » dit Harry.

() () ()

Plusieurs jours plus tard, le Professeur McGonagall s'adressa aux 3e années Gryffondors à la fin d'un de leurs cours de Métamorphose, pour rassembler les formulaires d'autorisation de sortie à Pré-au-Lard signés.

« Comme vous êtes tous au courant, la première sortie à Pré-au-Lard aura lieu le jour d'Halloween, ce samedi, » dit le Professeur McGonagall alors qu'elle parcourait des yeux la classe. « En tant que votre Directrice de Maison, je dois ramasser vos autorisations de sortie signées avant Halloween. Veuillez donc me les remettre s'il vous plaît. Écoutez attentivement, car je ne vais pas me répéter : Pas de formulaire, pas de visite au village. »

« Demande-lui maintenant, Harry, » l'incita Ron, alors que les Gryffondors formaient une file devant le bureau de McGonagall. Harry jeta un œil vers sa Directrice de maison, et déglutit. Il aimait bien le Professeur McGonagall, même si elle était très stricte. Et il haïssait l'idée de devoir lui demander de contourner les règles dans son intérêt. Mais Ron n'avait pas ses états d'âme.

« Tu sais, elle t'aime bien Harry, » insista Ron. « Elle a déjà contourné le règlement lorsqu'elle t'a autorisé à jouer Attrapeur en première année. Et elle pourrait certainement recommencer, si tu lui expliques combien tes Moldus sont pourris. »

« Je ne pense pas, Ron, » dit Hermione. « Les circonstances sont différentes, cette fois-ci. Et on n'est plus sur un terrain de Quiddich. Il n'y avait alors pas un tueur en cavale. »

« Ce n'est pas tout à fait vrai, » essaya Harry. « Voldemort était en train de rôder dans le château à l'époque. Même si personne ne le savait. »

« Tu ne perds rien à essayer, » dit Ron en une dernière supplique.

« Bien, Ok, » céda Harry, en allant de placer au bout de la file, derrière Ron et Hermione. Plusieurs minutes interminables passèrent, avant que Harry n'atteigne le bureau du professeur.

« Mr Potter, » l'accueillit le professeur qui ajustait ses lunettes. « Votre formulaire, s'il vous plaît. »

« Je,… je ne l'ai pas, Professeur, » dit Harry.

« Faisiez-vous attention lorsque j'ai parlé à la classe, un peu tôt ? »

« Oui, Professeur, » répondit rapidement Harry, « mais je pensais que mon cas était un peu différent. »

« Oh ? »

« En fait, ma tante et mon oncle,… ce sont des Moldus, vous savez. Et ils… hem, ils n'aiment pas la magie. »

« Continuez. »

« Ils ne l'ont pas signé, Professeur, » dit finalement Harry, décidant qu'il valait mieux être direct. « En réalité, ils ont refusé de le signer. »

« J'ai peur que les règles soient claires, Potter, » répondit McGonagall.

« Mais vous pourriez l'autoriser, » dit-il, incapable de s'en empêcher.

« Même si je le pouvais, je ne le ferai pas, Potter, » répliqua le professeur, son regard se radoucissant de pitié. « Je ne suis pas un de vos parents ni votre gardien [3]. Je suis désolée, Potter. Pas de formulaire, pas de visite au village. C'est la règle. »

« Je comprends, Professeur, » se résigna Harry, faisant de son mieux pour ne pas montrer sa déception. Il vit le rictus indigné de Ron envers McGonagall, tout comme il vit l'expression déchirée d'Hermione.

() () ()

« Je n'y vais pas, » avait déclaré Hermione en descendant les escaliers du dortoir des filles, le matin du jour d'Halloween. Ron la regarda avec une mâchoire qui était en train de se décrocher.

« Mais tu es complètement folle, » lui demanda Ron. « Depuis le trajet en train, tu n'arrêtes pas de nous bassiner à propos de cette révolution sanglante des Gobelins, et que tu es impatiente d'aller voir cette vieille auberge poussiéreuse. Et maintenant, tu ne veux plus y aller ? » Hermione ignora la diatribe de Ron, et regarda plutôt en direction d'Harry.

« Si tu ne peux pas y aller, alors je n'y vais pas non plus ! » dit-elle. « J'ai pu me passer de tout ça ces deux dernières années, et pourquoi pas une année de plus ? »

« Hermione, » dit Harry, qui avait une boule qui se formait dans la gorge. « J'apprécie vraiment ce que tu es en train de faire. Mais tu ne dois pas rater une sortie au village juste à cause de moi. »

« Mais ce n'est pas juste, » protesta-t-elle.

« Écoute, tu as raison, ce n'est pas juste, » dit-il en posant la main sur son épaule. « Mais j'ai décidé au début de l'année de faire profil bas et de me concentrer sur l'école. »

« Mais… » Hermione essaya de continuer, mais Harry la coupa.

« Si Sirius était en train de chercher la bonne opportunité pour m'avoir, alors Pré-au-Lard serait le lieu idéal, n'est-ce pas ? Même si je n'aime pas l'admettre, je suis plus en sécurité au château. Comme tout le monde d'ailleurs. Il a tué un tas de Moldus innocents pour avoir Pettigrew, tu te rappelles ? Qu'est-ce qui va le retenir de tuer des enfants ? » Il savait qu'il n'était pas entièrement honnête avec elle. Bien sûr qu'il ne voulait rien de plus qu'aller visiter le village. Mais il ne pouvait pas non plus la laisser rater cette occasion à cause de lui.

« Une raison supplémentaire pour moi de rester, » dit-elle. Ses yeux brillèrent d'une résolution d'acier.

« Je ne veux pas être la cause du fait que tu sois restée, » lui dit-il en une dernière tentative pour la convaincre. « Je ne me sentirai pas bien après ça. » Et il sut alors qu'il avait gagné cette discussion. Ça ne lui plaisait pas d'avoir joué la carte de la culpabilité auprès d'Hermione, mais il voulait vraiment qu'elle sorte pour se rafraîchir les idées, et il voulait l'écarter de la montagne de devoirs qui allaient devoir attendre qu'elle soit revenue ce soir.

« Bien, » dit-elle finalement. « Mais si Black n'est toujours pas capturé lors de la prochaine sortie à Pré-au-Lard, alors je resterai ici avec toi. Et pas de discussion. » Harry sourit, et donna son accord. Puis ils sortirent de la salle commune, et allèrent dans le hall.

« Nous allons te ramener des tas de bonbons, » lui dit Ron, tout en enfournant son dernier biscuit dans la bouche.

« Et je vais te raconter tout ce que je vais voir, » dit Hermione. « En détails ! Alors soit prêt à m'écouter lorsque je serai de retour. Si tu ne peux pas y aller, au moins, tu auras l'impression d'y être allé, une fois que j'aurai fini. »

« Je vais prendre tes remarques en considération, » dit Harry, alors qu'il les escortait vers les deux grandes portes en chêne, qui conduisaient dans la cour du château et au-delà. Ron lui fit un signe de la main, et se mit en route, laissant derrière lui une Hermione toujours indécise.

« Vas-y, ça va aller pour moi, » lui assura-t-il. « Amuse-toi bien. » Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit d'autre, Hermione jeta ses bras autour de lui, et lui donna une accolade si forte qu'Harry était sûr que cela lui avait coupé la circulation sanguine dans les bras. Elle relâcha son étreinte au bout de quelques instants, lui jeta un dernier regard de tristesse, et suivit Ron, laissant Harry seul au milieu du hall d'entrée.

« Tout va bien, Harry ? » Harry se retourna, pour voir que le Professeur Lupin se tenait juste derrière lui. Il avait l'air encore plus pâle que d'habitude, mais il arborait son habituel sourire franc.

« Oui, j'ai juste accompagné Ron et Hermione lors de leur départ, » dit Harry, en essayant de nouveau de dissimuler le désir présent dans sa voix.

« Ah, » répondit Lupin. Il regarda fixement Harry. « J'ai moi aussi raté la première sortie à Pré-au-Lard, » rajouta-t-il après quelques instants. « Et je serais très négligent si j'omettais de préciser que c'était parce que, lors de cette sortie, j'étais en retenue avec le Professeur McGonagall. » Harry n'était pas tout à fait sûr de savoir quoi répondre à la confidence de Lupin. Mais il fut dispensé d'une telle action lorsque Lupin l'invita à venir voir le Strangulot que le professeur venait juste de recevoir.

« Qu'est-ce qu'un Strangulot ? » demanda Harry alors qu'ils marchaient dans un couloir.

« Un démon des eaux, » dit simplement Lupin. « Cela ne devrait pas être trop compliqué à affronter, je pense. Pas après les Kappas. Néanmoins, ils peuvent se révéler être très dangereux. Comme je l'ai déjà dit avant, toute créature est dangereuse, pour une sorcière ou un sorcier mal préparé. »

« Hagrid a dit quelque chose de similaire, » admit Harry.

« Je suis sûr qu'il l'a fait, » dit Lupin avec un gloussement. « Et je pense qu'il connaît mieux ce domaine que la plupart. »

Une fois dans la classe de Lupin, Harry aperçut le grand réservoir en verre qui se trouvait à côté du bureau. Il contenait une créature incroyablement hideuse, d'un vert maladif, avec de grands bras, des doigts filiformes, et de nombreux tentacules. Le plus dérangeant était l'expression atroce de son visage, qui montrait une série de dents minuscules et tranchantes.

« Regardes ses longs doigts, » indiqua Lupin, en pointant une des mains du Strangulot. « Tu n'aurais pas envie de te trouver sous leur emprise, » expliqua Lupin. « Ils sont incroyablement puissants, en particulier pour les femelles adultes. Celui-ci est un jeune mâle. Mais même dans son cas, la force de sa poigne est très certainement au moins deux fois plus puissante que la tienne. Et pour un adulte, on parle plutôt de quatre à cinq fois plus. »

« Ainsi, si tu avais envie de serrer la main d'un d'entre eux... » Lupin leva un sourcil. « Je parierai que plusieurs de tes os se briseraient, » continua-t-il le plus sérieusement du monde. « Mais il y a un truc pour briser leur prise, si jamais tu devais te retrouver dans un tel cas. Ce sont des créatures fragiles, ces Strangulots. Il suffit en fait de leur casser les doigts. Parfois plus facile à dire qu'à faire, mais bon, on verra ça en classe. Une tasse de thé ? »

« Bien sûr. »

« Voilà, assieds-toi, » dit Lupin, en prenant une chaise de son bureau. Lupin agita sa baguette, et le réservoir du Strangulot alla se ranger dans un coin de la pièce. Après un deuxième coup, une théière fumante apparut sur le bureau, avec deux mugs ébréchés.

« Je crains de ne plus avoir de thé en vrac, mais je crois que cela ne va pas trop te déranger, » ajouta-t-il avec un petit sourire.

« Comment savez-vous ça ? » demanda Harry.

« Le Professeur McGonagall m'en a parlé, » répondit Lupin. « Je voulais te dire, dans le cas où tu ne le saurais pas déjà, qu'il y a eut, dans l'histoire sorcière, quelques rares voyantes, tout à fait légitimes, Harry. Mais, même si je ne veux pas rejeter trop rapidement les capacités du Professeur Trelawney, je ne parierai par contre pas avec les gobelins sur l'authenticité de ses visions. » [4]

« Hermione serait certainement d'accord avec vous, » dit Harry.

« Je pense bien qu'elle le serait, » répondit Lupin, buvant une gorgée son thé.

« Professeur, j'aimerais bien vous demander... »

« Oui ? »

« Est-ce que vous avez bien connu mes parents ? »

« J'étais plus proche de ton père, James, » continua Lupin, après une gorgée plus longue. « En fait, lui et moi étions ensemble en retenue, lors de la première visite à Pré-au-Lard. Du coup, si cela peut te rassurer, James aussi a raté sa première visite à Pré-au-Lard. »

Lupin continua. « Mais, pour répondre à ta question, j'ai été ami avec ton père depuis notre première année, causant moult désordres et beaucoup trop de chaos avant que nous ne soyons diplômés. Une fois l'école terminée, nous étions pratiquement embarqués dans la guerre contre Voldemort. Nous avons combattu ensemble dans un nombre incalculable de combats. Parfois, j'ai l'impression que tout cela s'est passé hier. Et l'instant d'après, il me semble que cela fait une éternité que je l'ai entendu rire pour la dernière fois. » À ce moment, le visage de Lupin laissa transparaître une immense tristesse. Ses yeux se baissèrent, et ses sourcils se plissèrent sur son front pâle.

« Je suis désolé, » dit Harry immédiatement. « Je ne voulais pas… Vous devez détester vous remémorer tout cela. »

Lupin leva la main, et sa tristesse temporaire fut dissipée d'un coup.

« Ne t'excuse pas. Au contraire, je suis heureux que tu l'aies demandé. Trop souvent, nous essayons de rejeter les souvenirs de nos êtres aimés disparus, en espérant que cela nous épargnera des tourments. Mais, en fait, nous subissons alors les mêmes tourments que nous avions espéré éviter. Tu m'as fait me rappeler des moments très heureux, Harry. »

Harry laissa le silence s'installer entre eux.

« Professeur, » demanda Harry, rassemblant son courage, tout en se haïssant en même temps.

« Oui ? »

« Tout cela signifie-t-il que vous connaissiez aussi Sirius Black ? » Mais aussitôt après qu'Harry eut posé cette question qu'il ne voulait pas, les yeux de Lupin s'assombrirent considérablement, et toute couleur disparut de son visage déjà pâle. Il ressemblait à un vieil homme soumis à une grande anxiété.

« Je suis désolé, » dit Harry. Il poussa sa tasse, et commença à se lever du bureau. Mais Lupin le rattrapa, et prit son poignet.

« Non, Harry, tout va bien, » dit Lupin en regardant Harry droit dans les yeux. « Tu n'as rien à excuser, rien de tout cela n'est de ta faute, et ne le sera jamais. Tu es curieux, et tu as tout à fait le droit de l'être. » Lupin déglutit, et retourna à sa place.

« Oui », reprit Lupin. Ses paroles étaient lentes, et mûrement réfléchies. « Je connaissais Sirius Black. Nous étions tous comme des frères. Nous quatre. James, Sirius, Peter et moi même. Je connais la question que tu es en train de te poser, et je me la suis moi-même posée depuis plus de dix ans. Tu voudrais savoir si je l'avais soupçonné, s'il avait montré le moindre signe de sa duplicité… mais il n'y avait jamais rien eu à remarquer, Harry. Nous avons ri tous ensemble, nous avons mangé ensemble, nous n'avions jamais cessé de faire des farces à nos condisciples, et nous avons combattu ensemble. J'avais vu Sirius se mettre en danger un nombre incalculable de fois, pour moi, pour James ou pour Peter. J'ai essayé de ne retenir que le Sirius Black que je connaissais d'avant, pas celui qui a trahi tes parents. J'ai essayé de m'en tenir à l'espoir égoïste qu'il avait changé son allégeance qu'à la toute fin, que celui qui s'était tout le temps dressé entre moi ou James et le danger était le même que celui qui dormait dans notre dortoir lorsque nous étions enfants. Je crois que je ne connaîtrai jamais la vérité, Harry. Car même si je pouvais le lui demander, je ne pense pas que je pourrai lui faire confiance. S'il y avait un monstre en lui, alors il était profondément enterré. »

Et à ce moment, Harry apprit que même un homme adulte pouvait verser des larmes. Lupin ne pleura pas complètement ni même ne laissa échapper le moindre sanglot angoissé, mais il laissa cependant quelques larmes couler de ses yeux fatigués. Harry ouvrit la bouche pour parler, mais il fut interrompu par le bruit de quelqu'un qui toquait à la porte.

« Entrez, » dit Lupin, essuyant rapidement ses yeux avec la manche de sa robe. La porte grinça en s'ouvrant, et Harry put voir entrer la dernière personne à laquelle il s'attendait.

Hermione.


Notes du Traducteur :

Et voilà la version corrigée par l'auteur de la première sortie au Pré-au-Lard.

Comme l'original, Harry ne peut pas y aller, et il y a cette discussion avec Lupin (ainsi que le Strangulot). Les nouveautés par contre sont la potion de Pimentine (ainsi que le test malheureux sur Ron), et bien sûr la présence d'Hermione à la fin.

Pour en revenir sur le test de Ron, c'est de la pure création de l'auteur. Qui a par contre repris les effets connus de cette potion (les jets de vapeur par les oreilles), pour l'adapter à son cas. J'ai eu quelques soucis d'ailleurs avec les pastilles givrantes. Comme c'est une invention de l'auteur, il n'existe rien en anglais ou en français pour s'appuyer dessus. Et il y avait plusieurs interprétations possibles (déjà une simple sucrerie, mais cela pouvait aussi être un autre effet secondaire, visible une fois Ron endormi). Korelion m'a mis sur la bonne voie.

Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plu. Le suivant prendra directement la suite.


[1]Old bat = vieille chauve-souris, dans le texte original. Bizarrement, en français, on utilise plutôt chouette que chauve-souris (et en plus cela est mieux intégré au monde sorcier). De son côté, la nuée de chauves-souris représente toujours la grotte ou le château abandonné, dont elles s'échappent chaque fois que le héros tente de l'explorer. Il y a donc de l'idée par là aussi.

[2]Les anglais jettent le torchon (ou la serviette) par terre, dans leur version de l'expression.

[3]Ça me fait penser que Dumbledore est le gardien magique d'Harry dans cette histoire. Et il me semble qu'Harry l'a lu dans le journal, il est donc au courant. Pourquoi n'a-t-il pas pensé à lui demander ? (même si par contre les arguments en lien avec Sirius restent vrais).

[4]A tort, comme nous le savons, derrière le 4e mur.