Bon, j'aurai mis plus de deux mois mais moins de quatre ans, tout bien considéré c'est pas si mal, hein ? … Bref, deux chapitres d'un coup et... ah, j'en pleure de joie après tout ce temps ! Mais je vous laisse à votre lecture.

Chapitre 11 : Puissance insoupçonnée...

Il existait deux principales formes de reniement familial dans le monde de la magie. La première venait de la naissance dans les famille sorcières d'un cracmol et la seconde était son opposé, lorsqu'une famille moldue ne supportait pas d'avoir un sorcier en son sein. L'orphelinat Alan Truyst était né de la volonté d'un petit groupe de personnes d'offrir un asile à ces enfants abandonnés.

Avec l'arrivée de Voldemort, l'orphelinat s'était imposé comme une nécessité pour accueillir les enfants dont les parents avaient été victimes du mage noir. Cette montée de violence avait donné le courage à certains pour reconstruire l'institution après le massacre de janvier 1974, les gens cherchant dans ces temps sombres la moindre lueur d'espoir. La sécurité avait été renforcée, les forces ministérielles avaient surveillé jour et nuit l'établissement pour prévenir une nouvelle hécatombe, et pourtant cela n'avait servi qu'à amortir le nombre de victimes innocentes, comme l'expliquait l'article de la Gazette du jour titrant la nouvelle attaque subie par l'orphelinat.

A quoi s'étaient-ils attendus ? Rassembler en un même lieu un nombre aussi important de Sang-de-bourbe, de cracmols et d'enfants des ennemis de Voldemort dans le contexte actuel tenait plus de la provocation que de l'altruisme. Les fondateurs de l'institution ne pouvaient s'en prendre qu'à eux-même pour les jeunes sorciers qui avaient péri.

Severus repoussa le journal et porta une tasse à ses lèvres sans se soucier du courrier que venait de lui déposer une chouette. L'écriture était celle de son père et il en connaissait déjà le contenu. Le serpentard n'arrivait pas à comprendre ce que l'homme attendait exactement de lui. Il ne cessait de lui demander des informations sur ses condisciples des autres maisons. Sur Tara évidemment mais aussi sur la bande des Maraudeurs et d'autres élèves. Mais le destinataire de ces informations était évident et d'autres élèves plus que conciliants pouvaient lui en fournir de bien meilleures.

Depuis l'enlèvement avorté de l'an passé quelque chose semblait se mettre en place du côté de Voldemort et de ses fidèles, mais Severus ignorait de quoi il retournait. Le plus surprenant de son avis était la faible activité du mage noir. Certes les disparitions étaient inquiétantes et des massacres atroces tels que celui apparaissant dans la Gazette étaient perpétrés, mais la puissance et la capacité d'action réelles du Seigneur étaient bien supérieures à ce qu'il démontrait depuis quelques années. Cela ressemblait plus à de l'entraînement, comme si celui-ci attendait quelque chose. Il était loin, très loin, d'avoir atteint son apogée.

- On devrait encore s'y mettre ce soir.

Il ne tourna pas la tête vers Wanda Canaris, qui s'était installée à côté de lui pour manger et ne l'avait pas regardé en parlant, mais reprit la Gazette du sorcier et la déplia.

- Il faut attendre après-demain pour exécuter le rituel, dit-il avec irritation comme ils avaient déjà convenu lors de leur dernière rencontre du prochain rendez-vous.

- L'échec ou la réussite, il n'y a que deux issues possibles et je me refuse à la première. J'ai besoin de toi pour me préparer. Je pourrai le faire seule mais ce sera plus efficace si tu es présent.

- Ces satanés gryffondors sont déjà au courant que nous nous voyons, je ne veux pas risquer que ceux de notre maison l'apprennent. J'ignore ce qui m'a poussé à coopérer avec toi mais je refuse d'y laisser ma peau.

- Ta peau, hein ?

La serpentard laissa sa remarque en suspens, lui laissant la possibilité de réagir, mais comme il ne répondait rien, elle n'insista pas.

- Quoi qu'il en soit, rejoins-moi ce soir.

- Ne t'avise pas de me donner des ordres, gronda-t-il.

- Suivre les ordres, c'est pourtant tout ce que tu sembles savoir faire.

Severus crispa ses mains sur le journal mais se contenta de se lever et sortit de la Grande Salle. Réagir maintenant n'aurait fait qu'alimenter des ragots et des interrogations dont il se passerait volontiers.

Tout en se dirigeant vers son dortoir, il sortit de sa poche la lettre de son père et l'observa sans la décacheter. Iron Rogue devait lui confirmer qu'il avait trouvé un professeur particulier pour les vacances, mais celui-ci ne serait pas là pour lui enseigner la moindre matière scolaire. Durant l'été, Severus apprendrait l'occlumancie, dans un but avéré de servir un jour le Seigneur des Ténèbres, et pourtant il était en train de fomenter avec Wanda Canaris un coup qui allait incontestablement contre toutes ses actions. Ça n'avait peut-être rien d'important pour Voldemort mais l'accomplissement de ce projet restait malgré tout à son encontre, ou du moins à celui de ses Mangemorts.

Il ne comprenait toujours pas comment il avait pu accepter d'aider la jeune fille. Il ne faudrait pas plus d'une séance à son maître d'occlumancie pour apprendre ce qu'il avait fait et alors le garçon savait bien que ce ne serait pas lui mais sa mère qui en subirait les conséquences.

- Mine morose, garde la pose, rien ne te mine, chantonna avec enthousiasme une voix qu'il connaissait bien. Salut cousin !

Tara ne s'était pas jetée sur lui pour une fois elle était apparue devant lui, les bras grands ouverts. Severus, le visage toujours aussi impassible, se contenta de hausser un sourcil sceptique quant à la conviction que sa cousine avait visiblement de le voir initier l'étreinte. Elle éclata de rire à ce manque de réaction et attrapa une de ses mains, se mettant à marcher à reculons pour l'entraîner à travers les couloirs.

- J'espérai vraiment tomber sur toi, déclara-t-elle. C'est qu'on se voit moins souvent ces derniers temps ! Si tu venais de toi-même aussi, ce serait plus pratique. Enfin, on ne peut pas dire que ça ne m'amuse pas de partir à ta recherche.

- Si tu étais moins souvent avec les gryffondors, il n'y aurait pas de problèmes.

- Après tout, je suis une gryffondor, s'amusa Tara, et puis ça ne changerait rien à ce que tu es si ce n'était pas le cas, fort heureusement. Tu sais bien que j'ai une enquête à mener, je ne peux pas m'arrêter en si bon chemin.

Elle entra dans une salle de classe vide, bloqua la porte et lança nonchalamment des sortilèges d'insonorisation avant de s'asseoir sur une table, balançant ses jambes dans le vide. Severus resta debout, l'air méfiant.

- Je te trouve encore plus joyeuse que d'habitude.

- Il ne reste que deux mois avant les vacances, ça me rend triste de savoir qu'on ne se verra plus pendant l'été, répondit-elle, un sourire resplendissant lui mangeant toujours le visage.

- On en revient à ce que je disais, si tu collais moins ce gryffondor prétentieux...

Il ne termina pas sa phrase. Après tout, même s'il s'agissait de sa cousine, il était hors de question d'exprimer clairement qu'il désirait passer plus de temps avec elle. Il en avait d'ailleurs déjà trop dit, elle aurait pu croire qu'il était jaloux de l'attention qu'elle accordait à cet insipide Lupin.

- Au fait, tu as déjà choisi tes options pour l'an prochain ? demanda-t-elle sans chercher à défendre son camarade.

- Tu poses une question à laquelle tu connais déjà la réponse.

- Vraiment ? Tu surestimes mon don, rigola-t-elle. Ou alors tu crois qu'on peut être capable d'anticiper les actions et les pensées de ceux qu'on connaît bien et, si c'est bien ce dont il s'agit, tu viens de prouver le contraire. J'ai bien une idée de ce qu'il en est mais ce n'est pas moi qui te l'imposerai. Alors ?

Il esquissa un léger sourire, c'était bien pour ce genre de réflexion qu'il respectait sa cousine plus que n'importe qui d'autre.

- J'ai pris les cours avancés de potion et défense contre les forces du mal. Je n'ai pris qu'une option, la médicomagie.

S'il était doué en potion, Severus avait toujours particulièrement aimé les cours de défense contre les forces du mal. Il aurait sans doute été plus logique qu'il choisisse la botanique mais c'était une matière qu'il pouvait très bien gérer en autodidacte. Normalement un élève ne pouvait pas suivre deux cours spécialisés, mais aux vus de ses résultats et dans la mesure où il ne prenait qu'une option, les professeurs le lui avaient accordé. Quant à l'option justement...

- Ils n'ont pas une chance, n'est-ce pas ? remarqua Tara en cessant de sourire.

A l'automne suivant, la nouvelle directrice de l'école supérieure des confectionneurs de potions allait prendre son poste : une sorcière de famille moldue. De nouveaux professeurs allaient également la suivre, parmi lesquels des sangs mêlés. Voldemort ne laisserait certainement pas une telle institution entre leurs mains et ses actions étaient loin d'être sans dommage. Ne restait donc plus que l'école de médicomagie en spécialité préparation d'élixirs.

- Cette fois je veillerai mieux sur eux...

Les poings de la jeune fille serraient le bord de la table à en faire blanchir ses jointures. Elle parlait évidemment de l'orphelinat, dont elle n'avait pas eu la moindre vision, mais quand bien même pourrait-elle les prévenir, l'école était d'ores et déjà condamnée, songea Severus.

Il hésita un instant à parler. Il avait beau savoir que tout ce qu'ils pouvaient se raconter était sous couvert du gardien du Secret, il ne pouvait empêcher un doute de s'insinuer en lui sur la capacité d'un legilimens à en retrouver les souvenirs.

- Si tu te concentres trop dessus, ne vas-tu pas te fermer au reste ? Nous entrons en guerre, pour ne pas dire que nous y sommes, si ces atrophiés cérébraux sont assez naïfs pour ne pas comprendre la leçon à tirer de l'orphelinat, ce n'est pas à toi de corriger leurs erreurs.

- D'ici quelques temps, je serai capable de tout voir, je le sais, sans rien oblitérer, mais j'ignore si cela me prendra des mois ou des années, or ce temps nous est compté.

Le serpentard acquiesça. C'était un fait que personne n'aurait pu nier.

- Et tes options ? demanda-t-il pour changer le sujet.

- Rude question, dit-elle en retrouvant le sourire. Je crois que je vais prendre les cours avancés en Sorts et enchantement. Je ne suis pas mauvaise en la matière. Quant aux options... Rituels et autre chose je suppose. Je voulais prendre Protection des biens et personnes mais Minerva m'a dit que je n'avais pas le niveau. Il va vraiment falloir que je me décide, la date limite est proche !

Son cousin lui adressa un regard intrigué. Ses choix n'étaient pas improbables en eux-mêmes mais malgré tout surprenants.

- Tu ne restes pas sur tes options précédentes ? A t'entendre, on dirait que tu as une idée précise.

- Tu es bien le seul à pouvoir dire ça avec la façon dont je l'ai dit, s'amusa Tara. Une idée précise ? Pas vraiment. Enfin, oui et non je suppose. Je ne suis pas sûre de où je vais, je ne sais même pas quelle est cette idée, mais j'ai le sentiment qu'une solution à quelque chose veut s'imposer à moi. Je sais que c'est ce que je dois faire, mais je ne sais pas encore pourquoi. L'avenir nous le dira, pas vrai ?

Elle sauta au bas de la table et s'étira de tout son long.

- Tu es au courant pour...

Les mots étaient sortis tout seul, surprenant Severus lui-même. Il ne pouvait pas lui en parler. Non seulement il s'était déjà assez impliqué, mais il risquait en plus de lui faire prendre des risques.

- Si tu ne prends pas de libertés avec moi, avec qui en prendras-tu ? Lui fit-elle remarquer comme il s'était tu.

- Personne me semble la meilleure des options.

- Ça te ressemble bien oui... Mais si tu as commencé à en parler, c'est que tu dois me le dire. Après tout, l'une de tes meilleures qualités n'est-elle pas d'avoir toujours un coup d'avance ? Ce doit être de famille...

Savait-elle ce qu'il voulait dire ou avait-elle seulement compris que cela concernait son don de visionnaire ? Il resta un moment à l'observer avant de trouver un compromis.

- Wanda Canaris, lança-t-il en guettant sa réaction.

Elle commença par le regarder d'un air intrigué, lui prouvant ainsi qu'elle n'était pas au courant de ce qu'ils étaient en train de faire, mais une lueur de compréhension apparut vite dans ses yeux. Elle rejeta la tête en arrière, les yeux plissés, réfléchissant à ce que ce simple nom signifiait, puis le regarda à nouveau d'un air soulagé.

- Alors c'est ce qu'elle a décidé de faire ? Ça me rend heureuse qu'elle te l'ait demandé à toi et que tu aies accepté. Ah ! Mais je n'ai pas été très finaude sur ce coup, je n'ai vraiment rien vu venir. C'est prévu pour quand ?

- Après-demain.

- Vous avez dû y travailler toute l'année... Quelle mauvaise voyante je fais, rigola-t-elle.

- Canaris ne changera pas d'avis de toute manière, mais être arrivé à ce point pour qu'elle se fasse prendre juste après, cela m'énerverait.

- C'est compréhensible. Mais avec un rituel si complexe, les flux de magie sont très instables, il y a très peu de chances que je vois quoi que ce soit.

- Et si tu te concentrais sur un lieu plutôt qu'une personne, est-ce que ça t'aiderait ?

- Ça sera tout aussi complexe, le souci ne vient pas de l'objet sur lequel je me focalise mais des fluctuations de la magie que va induire le rituel.

- Si nous échouons, ce sera le problème de Dumbledore, remarqua Severus.

- Tu n'as pas tort... Et bien, voyons si j'arrive à me concentrer sur un résultat en particulier, l'exercice ne sera pas inutile.

Elle se détendit et fixa un point dans le vide.

Severus l'avait déjà vu appeler son pouvoir. La première fois il s'était attendu à ce que ses yeux deviennent blancs ou du moins pâlissent, comme il s'agissait là de manifestations classiques chez les voyants, mais il n'avait noté aucun changement notable. Il lui avait fallu un certain temps pour remarquer que c'était l'inverse qui se produisait. Les yeux de Tara étant noirs, le phénomène était difficilement repérable mais ses pupilles s'ouvraient si grand qu'elles semblaient dépasser les limites des iris, ce qui était d'ailleurs peut-être le cas.

Plusieurs minutes passèrent avant qu'elle ne le regarde enfin.

- Wanda n'a rien laissé au hasard, ça aurait été plus facile de directement lui demander. Ne t'inquiète pas, elle a pris toutes les dispositions nécessaires, ils ne sont pas prêts de la retrouver une fois le rituel effectué. Ah, et tant que j'y suis, ne t'en fais pas pour ça non plus !

Elle désigna la poche dans laquelle il avait rangé la lettre de son père.

- Il te reste encore quelques semaines pas vrai ? Toujours un coup d'avance ! lança-t-elle joyeusement. Bon, c'est pas le tout, mais j'ai un emploi du temps chargé. A plus tard, mon cousin adoré.

Et, après avoir déposé un léger baiser sur sa joue, elle sortit en gambadant de la salle.

Toujours un coup d'avance... Il avait été tellement pris par le rituel, ses propres recherches en potion et ses révisions pour les BUSE qu'il n'avait pas eu le temps de l'envisager, mais pouvait-il réellement arriver à un quelconque résultat en si peu de temps ?

Le surlendemain, Severus retrouva Canaris dans la pièce qu'ils avaient investi depuis déjà plusieurs mois. Il se dirigea vers un chaudron où bouillait une potion pour en vérifier la texture sans accorder une once d'attention à sa condisciple déjà présente. Comme de bien entendu, la préparation était parfaite et prête à l'emploi. Il balaya du regard le reste de la pièce. Canaris avait minutieusement reproduit au sol le symbole complexe sur lequel elle devrait se tenir, et les encres et instruments dont ils allaient bientôt se servir étaient soigneusement disposés sur une petite table, de même que les différentes fioles que la jeune fille devrait boire durant le rituel.

- Tu as bien conscience qu'en cas d'échec, non seulement ils vont vouloir te récupérer au plus vite mais en plus le lien a toutes les chances d'être renforcé, lui rappela le serpentard, qui n'avait aucune envie d'avoir à subir une crise de nerfs dans ce cas.

- Que de prévenance, railla Wanda. Nous n'échouerons pas, mais si cela peut te rassurer, quel que soit le résultat tu n'auras qu'à partir dès la fin du rituel.

- Ce n'est pas comme si j'avais besoin de ton accord. Commençons.

La jeune fille retira ses vêtements sans hésitation pour se retrouver en sous-vêtements. Si Severus n'avait pu s'empêcher de se trouver gêné de ce simple appareil lors de leurs répétitions, la gravité de l'instant lui fit perdre ses réserves.

Il attrapa un couteau dont il plongea la lame dans la potion du chaudron tandis que Wanda s'enduisait le corps d'une des lotions qu'ils avaient préparé. Elle se rinça ensuite les mains et les imprégna d'un autre baume avant de s'entailler sans hésitation la paume pour laisser couler des gouttes de son sang autour du symbole au sol. Quand elle en eut fait le tour, elle se tourna vers Severus, sa baguette dans une main.

Le garçon hocha la tête et elle se rapprocha de lui pour doucement souffler vers son visage une poudre grise. Elle apposa ensuite sa main ensanglantée sur le front de son camarade tout en récitant une incantation au rythme de sa baguette.

Un frisson et une sensation nauséeuse envahirent Severus un instant. Wanda s'écarta et eut un mouvement de tête approbateur comme il scintillait désormais d'une faible lueur jaune, signe qu'il serait protégé de la puissance du sortilège lorsqu'il se trouverait à l'intérieur du cercle rituel.

La suite de l'opération était la plus délicate et la jeune fille agrippa avec force le poignée du serpentard qui tenait le couteau.

- Ne tremble pas, lui intima-t-elle. Je vais peut-être crier, je n'en sais rien, mais quoi qu'il arrive, ne tremble pas.

- Tu n'avais pas besoin de me le dire, répliqua-t-il avec mécontentement.

Alors qu'elle se plaçait au centre du symbole, Severus recueillit de sa potion dans une coupe qu'il lui amena, le poignard dans son autre main. Wanda attrapa la mixture, hocha à nouveau la tête puis lui tourna le dos.

- Quand tu veux, dit-elle sans parvenir à retenir un frémissement dans sa voix.

Une figure tout en courbe s'étalait dans le bas du dos de la jeune fille, un symbole qui lui avait été appliqué à la naissance pour marquer son appartenance à sa famille et pour l'enchaîner à jamais à elle. Si leur rituel fonctionnait, cette marque perdrait bientôt toute sa magie, s'ils échouaient...

Severus commença par passer un fluide transparent sur le symbole, attendit que la peau l'absorbe puis retraça les lignes avec une encre spéciale. Jusque là, il s'agissait de gestes qu'il avait déjà effectué, quant à la suite, Canaris n'était pas la seule à devoir rassembler son courage pour l'effectuer.

- Si j'ai fait une erreur dans une seule de ces potions, nous avons déjà échoué.

- Et c'est bien la raison pour laquelle c'est à toi que j'ai fait appel.

Malgré la peur de ce qui allait suivre, il y avait une grande assurance dans la voix de la jeune fille, qui surprit le garçon et, quelque part, lui fit un peu plaisir.

- Une fois que tout cela sera terminé, je ne veux plus que tu m'approches, déclara-t-il.

- Ce n'était certes pas dans mes intentions. Je bois.

Elle porta la coupe à ses lèvres, en attente. Severus prit une profonde inspiration et leva le poignard, arrêtant la lame très près de la peau de sa condisciple.

- Je commence, souffla-t-il, et il enfonça la pointe de quelques millimètres.

Canaris se tendit comme un arc, sa respiration se bloqua un instant mais elle ne bougea pas et but la potion tandis que Severus retraçait au couteau sa marque d'appartenance. Il était parti du bas pour éviter que le sang qui s'écoulait en fines rigoles ne lui dissimule les tracés, et lorsqu'il parvint au centre du symbole il ressentit une résistance puis une force qui tentait de le repousser.

- L'incantation ! lança-t-il.

Devant lui, Canaris ne réagit pas, elle semblait se concentrer sur sa respiration sifflante pour ne pas hurler de douleur, mais c'était loin d'être fini.

- Canaris ! cria-t-il avec fureur comme il sentait qu'il ne tiendrait plus longtemps. Dis l'incantation maintenant ou on aura fait tout ça pour rien !

La jeune fille émit un léger râle, comme si elle avait oublié comment parler, puis la litanie prit sens et Severus put poursuivre son tracé.

Quand il eut enfin fini, il se recula précipitamment en lâchant le couteau, les yeux fixés sur le dos en sang de sa camarade. Sa respiration se débloqua brusquement, lui donnant des vertiges et le prenant par surprise comme il n'avait pas eu conscience de la retenir.

Au centre du cercle, Canaris tomba à genou, sa voix plus forte que jamais pour prononcer le rituel et lutter contre la douleur. Une lumière blanche striée de noir jaillit brusquement du sol, engloba la jeune fille puis disparut aussi rapidement qu'elle était apparue.

Un silence totale envahit la pièce, rompu après un moment par une violente toux de la serpentard, qui voulut se replier sur elle-même et jura en cambrant le dos comme le mouvement tira sur ses plaies.

Severus attrapa une serviette imbibée d'un élixir qu'il avait préparé plus tôt pour le poser sur le dos de sa condisciple, qui l'accueillit avec une violente grimace. Elle attendit que le cataplasme apaise un peu sa souffrance et esquissa un sourire.

- Tu vas devenir le plus grand confectionneur de tous les temps, déclara-t-elle.

- Je n'ai pas besoin de toi pour le savoir. Adieu Canaris.

Il sortit et passa plusieurs couloirs avant d'entrer dans une pièce vide pour se laisser tomber sur un siège.

Ils avaient réussi...

Il n'arrivait toujours pas à comprendre comment cela était possible. Il savait qu'il était doué en potion, une certitude qu'il ne remettait jamais en doute, mais le niveau qu'il avait atteint avec ce rituel dépassait de loin les capacités qu'il se targuait d'avoir.

Canaris avait eu pour elle une volonté qui lui avait permis de se surpasser, d'atteindre une excellence qu'en temps normal elle n'aurait même pu effleurer, mais quant à lui, il n'avait rien eu à perdre ou à gagner, rien qui l'avait poussé à se dépasser si ce n'est sa passion du travail bien accompli. Jusqu'alors, il avait toujours eu l'impression de sur-estimer ses capacités en potion, une partie de son esprit ne cessait de lui répéter qu'il était très loin d'égaler le niveau qu'il aurait souhaité avoir, mais il venait de prouver le contraire.

A quel point avait-il pu sous-estimer son talent en la matière ? Il n'avait aucun mal à confectionner des potions des années supérieures mais désormais il savait, avec une certitude absolue, que tout cela n'était rien. Il n'avait jamais osé s'essayer à certaines des potions du carnet d'Elroa Lawill, certain qu'il ne parviendrait qu'à créer un accident en s'adonnant à ses complexes formules, mais peut-être était-il temps de mettre ses doutes de côté.

oOo

Les filles de cinquième année de Gryffondor révisaient pour leurs BUSE dans leur dortoir. Il était rare qu'elles parviennent à se retrouver toutes les cinq et, si elles n'oubliaient pas leur objectif premier, le travail scolaire passait au second plan de leurs conversations.

- Tu sembles bien heureuse ces derniers temps, Tara, remarqua Océane à son amie qui affichait un sourire hilare depuis qu'elles s'étaient attelées à leurs révisions. Enfin, bien plus que d'habitude.

- Vraiment ? Tu crois que c'est l'Histoire de la magie qui me met dans cet état ? s'enquit la jeune fille en lançant un regard faussement inquiet à ses leçons.

- Peut-être une pratique trop intensive des potions, suggéra Lily.

Ses amies la regardèrent avec surprise. Si la remarque était effectivement une plaisanterie, elle avait oublié d'y mettre le ton et observait ses parchemins avec contrariété.

- Toi par contre, quelque chose te tracasse, releva Millea alors qu'un sourire canaille se dessinait sur ses lèvres. Un nom me vient bien à l'esprit mais je crains de m'attirer tes foudres.

Lily lui adressa un regard noir qui ne dura pas.

- Même pas le courage nécessaire pour faire croire que tu pourrais être plus Gryffondor que Serpentard, la taquina-t-elle.

Son visage s'assombrit cependant très vite et elle poussa un très long soupir.

- Je sais que ça fait très égocentrique de dire ça mais...

La jeune fille grimaça et lança un regard désespéré aux quatre autres avec le vague souhait d'en entendre une contredire ce qu'elle n'osait énoncer.

- Oh rassure-toi ! lança Millea. Ce n'est pas égocentrique, c'est juste un fait. Potter agit bel et bien de plus en plus comme un parfait imbécile juste pour t'impressionner.

Espoir futile vite balayé, mais ce n'était pas comme si elle y avait vraiment cru.

- J'ai peur que ça dégénère avec un abruti pareil, gronda-t-elle en laissant la colère prendre le pas sur la déprime. Si ça continue, il va vraiment aller trop loin, déjà qu'il est limite...

- Je suppose que tu ne vas bientôt plus avoir d'autres choix que de le contrer, nota Fiona sans cacher sa satisfaction comme elle ne se lassait pas de voir la magie de Lily à l'œuvre.

- Évidemment, il existe une autre option, ajouta Millea, mi-figue, mi-raisin.

- Tu as la mémoire courte...

- « Le jour où il pleuvra du jus de citrouille dans la Grande Salle », hein ? Et bien, attendons voir.

Elle roula son parchemin d'Histoire de la magie d'un geste rapide et regarda ses camarades l'une après l'autre.

- Bon ! Puisqu'il n'y en a pas une pour rattraper l'autre et que je ne pourrai pas satisfaire mon content d'histoire de cœur avec vous, parlons sérieusement. C'est bien beau de réviser mais nous n'avons jamais vraiment parlé de nos rêves d'avenir.

- Moi d'abord ! Moi d'abord ! s'exclama Tara en agitant une main surexcitée.

Elle se redressa, s'éclaircit la voix, bomba le torse et, avec une indicible fierté, lança :

- Je ne sais absolument pas ce que je veux faire plus tard !

Océane laissa échapper un rire tandis que les trois autres poussaient un soupir découragé, elles y avaient presque cru.

- Personnellement l'enseignement me tenterait bien, déclara Lily. Mais j'hésite encore, à cause de mon père.

- Ton père ? s'étonna Océane. Il est contre ?

- Non, s'amusa son amie, quoi que je choisisse, je sais qu'il me soutiendra. Je pense à sa fonction d'ambassadeur, ce qu'il a fait changer, ce qu'il essaie encore de faire changer. J'aimerai aussi faire quelque chose d'utile, pour éviter que les événements actuels se répètent. Mais je n'arrive pas à savoir si je préfère me trouver parmi ceux qui décident ou parmi ceux qui forment ceux qui décideront.

- C'est un dilemme digne de toi, sourit Fiona. Je ne peux même pas avoir ce genre d'aspiration. J'aimerai bien enseigner moi aussi, parce que les cours particuliers que vous m'avez donné m'ont vraiment aidé et j'aimerai être un professeur qui saura ne laisser aucun élève en arrière. Mais je ne pense pas que j'arriverai à un assez bon niveau pour cela. Je me retrouverai sûrement à un emploi de bureau, soupira-t-elle.

- Qui sait de quoi demain sera fait, la contredit Océane. J'ai un rêve, mais je sais que ça va être dur pour moi de l'accomplir, parce qu'il faut que je m'endurcisse. J'aimerai créer la première école de danse sorcière. J'ai commencé à y penser quand on a fait le spectacle de Lily l'an dernier. Quand je t'ai vu sur scène... J'ai vraiment envie de porter cet art très loin. Il existe déjà des danseurs, mais chacun travaille de son côté, je suis persuadée qu'on pourrait faire quelque chose de grandiose en les rassemblant et en apprenant les uns des autres.

- C'est un rêve magnifique, je m'incline devant toi, déclara Tara en joignant le geste à la parole. Le jour où tu l'auras accompli, je deviendrai peut-être une de tes élèves.

- Et tu deviendras une grande chanteuse, reine de la scène, assura Millea. Comme tu ne sais pas quoi faire, je choisis à ta place. Ça me permettra de me servir de toi pour faire ma publicité, parce que je compte bien devenir la plus grande styliste de tous les temps. Je vais apporter un style moderne qui révolutionnera la mode sorcière !

- Si tu pouvais déjà commencer par les uniformes de l'école, soupira Océane.

- Ne t'en fais pas, je m'en occuperai, assura sa cousine. Mais ça prendra un moment.

- A cause des mentalités ? supposa Fiona.

- Non, parce que je vais être Auror avant de me lancer !

Il y avait une assurance infinie dans sa voix et un sourire de défi sur son visage, elle n'avait aucun doute sur son choix.

- Mais... Tes parents n'accepteront jamais, remarqua Océane qui avait considérablement pâlie.

- Sans aucun doute, mais ils ne pourront pas m'en empêcher. Je ne resterai pas les bras croisés face à ce sorcier malade ! Je me trompe, Lily ?

Elle acquiesça sans même avoir à y réfléchir. Oui, la priorité actuelle se trouvait là, et c'était la raison pour laquelle elles avaient toutes deux accepté l'option particulière de défense contre les forces du Mal. Si cela avait été possible, elles auraient même déjà été sur les champs de bataille, à tenter de contrer le mage noir. Millea n'était pas aussi douée que Lily mais elle se surpassait en combat magique, et il n'y avait aucun doute à avoir sur les difficultés que rencontreraient ses futurs opposants.

- Je n'aime pas qu'on parle de ça, souffla Océane.

Elle s'était recroquevillée sur elle-même et tremblait légèrement.

- Je pense à tous ces morts et... J'ai... J'ai peur pour ma famille.

La famille proche d'Océane et Millea n'était pas vraiment impliquée dans le conflit actuel, elle ne se positionnait pas en faveur de Voldemort mais n'était pas de celles à militer pour les droits des Moldus. Leur arrière grand-père en revanche avait été un fervent défenseur des sangs mêlés trente ans plus tôt, à l'époque de Grindelwald, par la main duquel il avait péri. Cette simple histoire suffisait à faire planer un risque sur leurs familles.

- Nous serons là pour ça, pour vous protéger, assura Millea.

Mais comme cette perspective ne semblait toujours pas rassurer sa cousine, elle la fit se lever et la poussa vers la sortie.

- Allez viens, je vais te changer les idées que je t'ai mises en tête pour me faire pardonner. A plus tard les filles, on finira nos « révisions » un autre jour.

Quand la porte se referma, Fiona rejoignit Lily et Tara sur le lit de cette dernière.

- Elle est plus prévenante qu'elle n'en donne l'air, remarqua-t-elle.

- Millea est une personne remarquable. Elle n'est pas si éloignée des Maraudeurs quand on y réfléchit bien, c'est juste qu'elle agit différemment.

- Tu ne sais vraiment pas ce que tu veux faire plus tard ? demanda Lily à Tara comme elles n'étaient plus que toutes les trois.

- Je sais ce que je dois faire, je ne sais pas comment. Il faut que mon pouvoir soit utile aux combattants mais il est encore trop aléatoire. Prédire des attaques est important mais j'ai l'impression que je sous-estime le pouvoir des visionnaires, que je peux faire bien plus.

- Tu es puissante...

- Oui, je le suis, confirma Tara sans ambages. Plus que mes prédécesseurs et je vais l'être de plus en plus. C'est une question d'Histoire, parce que les événements actuels me poussent à pratiquer mon don et à le dépasser. Mais il est aussi très fragile.

- Fragile ? Comment ça ?

- La voyance est un don extérieur à la personne. Elle permet de capter des flux magiques et de les analyser de manière quasiment automatique. Un visionnaire ne fonctionne pas exactement de cette façon. L'automatisme existe mais nous avons la capacité de choisir les flux que nous voulons examiner. La composante humaine est accrue dans notre cas et ce pouvoir est par conséquent susceptible de se modifier en fonction de mon état mental.

- Je viens de réaliser quelque chose, tu ne peux pas prédire l'avenir des moldus, pas vrai ?

- Non, parce qu'ils n'ont pas de lien avec la magie. Il y a un secteur dédié à la voyance au CRM, mais ils n'en sont qu'aux balbutiements des découvertes sur la question. Ça touche à la nature même de la magie.

- J'aimerai être aussi forte que vous deux, sourit doucement Fiona, et je ne parle pas uniquement de la puissance magique. J'ai énormément changé depuis que je suis entrée à Poudlard, grâce à vous, et Millea et Océane aussi, mais je suis loin de vous égaler. Je ne sais pas... comment je réagirai face à Voldemort et ses partisans. Ce que vous avez accompli l'an dernier, c'est quelque chose qui me semble hors de portée. Il faudrait qu'il y ait plus de gens comme vous.

- Tu te trompes Fiona, tu es bien plus impressionnante.

L'adolescente regarda Lily avec étonnement.

- J'ai toujours eu un sale caractère, déclara son amie avec un sourire d'excuse. Je ne sais pas vraiment à quoi c'est dû, peut-être parce que je n'ai jamais voulu me laisser faire par ma sœur, mais j'ai toujours fait face aux affrontements. C'est aussi quelque chose que mes parents m'ont enseigné, de toujours garder la tête haute. Je ne sais juste pas réagir autrement. Mais toi, tu t'es battue pour changer, tu t'es dépassée et tu continueras à le faire. Je pense qu'il est plus difficile de se combattre soi-même que les autres.

- Et puis ce sont des dons que nous avons, poursuivit Tara. Lily étudie énormément, mais elle n'arriverait pas à de tels résultats si sa puissance magique n'était pas ce qu'elle est. Il en va de même pour moi, je travaille dur pour faire progresser mon don, mais le fait est que je l'ai en moi depuis ma naissance. Il a été découvert très tôt et, même si il me fallait le cacher, j'ai grandi en sachant que je possédais quelque chose d'exceptionnel, ça aide à avoir de l'assurance, remarqua-t-elle avec amusement. Tu as progressé bien plus que tu ne sembles le croire depuis ta première année. Tu gardes le manque de confiance en toi que tu avais alors mais si tu regardes objectivement où tu en es aujourd'hui, tu te rendras compte que nous avons raison.

- Tu as des difficultés à retenir certains cours mais quand viennent les exercices pratiques, tu n'as plus grand chose à m'envier, confirma Lily.

La Gryffondor avait viré écarlate. Elle n'était pas encore prête à accorder toute foi à leurs propos, mais le fait qu'elle ne cherche pas à les contredire lui prouva qu'elles n'avaient pas totalement tort.

- Je me demande ce qu'il se passera dans deux ans, quand nous quitterons le collège. Deux années, c'est long... Voldemort sera sûrement vaincu avant, non ? dit-elle.

- Il est apparu il y a cinq ans déjà, soupira Lily. Lui et ses partisans ont commis des crimes atroces mais ça donne plutôt l'impression que nous controns une organisation, avec le ministère qui est si peu actif. Ils n'osent pas...

Elle s'interrompit. Elle parlait d'après ce que son père lui racontait mais elle ne savait pas s'il était judicieux de trop en dire.

- Ils n'osent pas réaliser que nous sommes en guerre, compléta Fiona. Les choses vont empirer, n'est-ce pas ?

- C'est l'option la plus probable. Pour le moment, tout ce que nous pouvons faire, c'est nous préparer, et essayer d'éviter que la peur prenne le dessus.

Lily redressa la tête et les épaules en disant cela. Elle inspira un grand coup et hurla à en faire trembler le mobilier, faisant sursauter Fiona et Tara :

- VOLDEMORT ! VOLDEMORT ! VOLDEMORT !

Elle reprit son souffle et hocha la tête.

- Un nom n'est rien qu'un nom.

Ils étaient de plus en plus nombreux, ceux qui, lorsque ce nom était évoqué, regardaient craintivement autour d'eux. Un nom n'était pas qu'un nom, songea Fiona. Il représentait une personne, un idéal, et en ce sens elle comprenait ceux qui le craignaient. Mais s'il était une seule victoire qu'elle pouvait gagner contre ce mage si puissant, c'était bien celle-ci.

- Voldemort, dit-elle plus calmement. Je le prononcerai autant de fois qu'il le faudra.

- Et tu l'emporteras autant de fois que tu le prononceras, répondit Lily à sa pensée.

- Bon ! s'exclama brusquement Tara en se levant. Les choses sérieuses, c'est bien, mais il ne faut pas en abuser non plus. Je suis certaine que vous préférez faire une petite course de balais. Je vais les chercher et on se retrouve à l'endroit habituel. A tout de suite !

Elle sortit mais revint cinq secondes plus tard, passant sa tête dans l'entrebâillement de la porte.

- J'allais oublier. Voldemo-o-o-ooort ! lança-t-elle en chantonnant avant de disparaître pour de bon.

- Arrivera-t-on à la suivre un jour ? demanda Lily à Fiona d'un air désabusé.

- J'en doute ! Mais elle a raison, un peu de vent dans les oreilles nous fera le plus grand bien.

Elles arrivaient dans le hall en discutant de sujets banals lorsque quelqu'un leur barra la route. Il s'agissait d'Inch Former, le septième année de Serdaigle qui poursuivait Fiona de ses avances depuis quelques semaines maintenant.

- Bonjour Fiona, as-tu réfléchi à ma proposition ?

La jeune fille rougit de la tête aux pieds et Lily se mit légèrement en retrait.

- Je... Je... bafouilla la Gryffondor sans parvenir à répondre.

L'embarras était lisible sur son visage, mais cela ne l'empêchait pas de regarder le garçon dans les yeux, même si elle paraissait totalement paniquée.

- Je comprends, dit-il sans perdre son sourire. Ne t'en fais pas, j'attendrai le temps qu'il faudra. Enfin, la fin de l'année n'est plus si loin alors c'est certain que le plus tôt sera le mieux, mais n'oublie pas ce que je t'ai dit. A plus tard, Fiona.

Il avait totalement ignoré Lily et fortement insisté sur le prénom avant de s'en aller. Fiona tourna un regard désespéré vers son amie.

- En toute sincérité, je ne comprends pas pourquoi tu hésites autant. Il persiste depuis un bon moment et, contrairement à une certaine personne de ma connaissance, il n'a que très peu de défauts.

- Mais... il est en septième année, remarqua Fiona d'une toute petite voix. L'an prochain, il ne sera même plus à Poudlard, on ne se verra quasiment pas.

- Tu sais, je pense que ce genre de relation te conviendrait assez dans un premier temps. Je ne connais pas très bien Former mais, de ce que j'en ai entendu, il n'est pas du genre à tromper sa petite amie. Et puis il ne serait pas si insistant à ce moment de l'année et connaissant ta personnalité si son but était... disons malhonnête.

- Peut-être... Tu as raison je crois. N'en parle surtout pas à Millea, elle va vouloir s'en mêler, grimaça l'adolescente. Je... Je lui donnerai bientôt une réponse.

- J'espère que ce sera la b...

- Evans ! Plus radieuse que le soleil, comme toujours !

- Et voici l'entrée en scène de la « certaine personne », soupira Lily en se tournant pour faire face à Potter.

Seuls Black et Pettigrow se trouvaient avec lui. Le premier paraissait vaguement agacé et le second observait la scène avec des yeux brillants de joie. Belle brochette...

- Je suis pressée Potter, alors si tu veux bien m'excu...

- Nous allons vous escorter, la coupa James d'un air ravi.

- Si tu crois que nous avons besoin de ta prot...

- Servilus ! Ça faisait longtemps ! s'exclama brusquement Black avec un sourire en coin, son regard braqué sur Severus Rogue, qui remontait des cachots.

La tête de Potter tourna si vite sur son axe que Lily se demanda s'il ne s'était pas démis une vertèbre.

- Tu tombes à point nommé !

Rogue eut un mouvement de recul et Lily avança d'un pas pour intervenir, mais ni l'un ni l'autre ne fut assez rapide pour empêcher ce qui suivit.

- Exfluenomnes ! lança Potter, son sort percutant le serpentard de plein fouet. Regarde ça Evans, c'est moi qui l'ai inventé spécialement pour lui !

Lily regardait mais n'y trouva qu'une horreur dont elle ne voyait aucune raison de se vanter. Un liquide brillant dégoulinait des cheveux de Rogue, de la morve s'écoulait à n'en plus finir de ses narines et sa robe fut rapidement trempée d'autres fluides qui dégageaient une atroce odeur témoignant de leur nature. Le garçon sembla vite au bord de l'évanouissement.

Les quelques témoins de la scène lancèrent des commentaires moqueurs, le serpentard ne bénéficiant pas d'une très bonne réputation, et personne ne songea à lui porter secours.

- Pour ce que ça change de ton ordinaire, s'amusa James. T'as vu Evans, je...

Mais la jeune fille, qui avait repris ses esprits, leva sa baguette pour la diriger vers sa pitoyable victime.

- Finite Incantatem !

- Ça ne sert à rien, remarqua Sirius, c'est un... hein ?

Le contre-sort fut efficace et stoppa les effets de l'immonde sortilège sous le regard ébahi des Maraudeurs.

- C'était un sort personnalisé, comment as-tu... commença James, mais la jeune fille leva cette fois la baguette dans sa direction, l'air furieux.

- Exfluenomnes ! Apprend donc ce que ça peut faire, Potter !

Et, à la surprise générale, le sort fonctionna. Le garçon se retrouva dans le même état que le Serpentard, à la différence que ses efforts combinés à ceux de Sirius ne parvinrent pas à l'arrêter.

- La prochaine fois, compte sur moi pour te réserver un sort bien pire ! rugit la jeune fille enragée avant d'entraîner Fiona dans le parc.

Personne n'eut la folie de lui couper la route et les élèves ne savaient plus comment réagir à la situation. Rogue s'était éclipsé dans la confusion et Sirius tentait toujours de stopper l'afflux ignoble qui s'écoulait du corps de son ami. Il semblait de plus en plus faible et son état devenait vraiment préoccupant, aussi, sans se soucier une seconde des liquides nauséabonds qui s'écoulaient sur lui, Sirius prit-il James à bras le corps pour le conduire à l'infirmerie, suivi d'un Peter au bord de la panique.

Pomfresh poussa de hauts cris en voyant débarquer ce singulier patient et, comme Sirius ne semblait pas vouloir décrocher la mâchoire, ce fût Peter qui lui raconta ce qu'il s'était passé.

Avec des marmonnements réprobateurs, elle fit boire quelque chose au garçon puis lança plusieurs sorts qui diminuèrent considérablement les effets du sortilège sans l'annuler totalement.

- Seul le professeur Flitwick pourra vous en sortir, mon garçon, et il ne sera pas disponible avant quelques heures. Cette leçon ne sera pas inutile.

Elle le plaça dans un lit après lui avoir lancé un sort de nettoyage, agita à nouveau sa baguette au-dessus des draps puis se tourna vers Sirius.

- Je suppose que vous n'aurez aucun mal à vous nettoyer tout seul, dit-elle sèchement.

Et elle s'en retourna à ses occupations sans plus s'occuper d'eux.

Pourtant Sirius ne fit pas un geste pour améliorer l'état misérable de sa robe. Il regardait fixement James, l'air plus sombre que jamais. Peter esquissa un mouvement dans sa direction puis se ravisa et se tourna vers James, dont le teint était légèrement verdâtre.

- Ça va aller ? Tu veux quelque chose ?

- Quelle puissance ! Mais quelle puissance ! s'émerveilla-t-il d'une voix faible.

- On peut pas vous laisser deux minutes !

Remus venait d'entrer dans l'infirmerie, l'air contrarié. Il regarda ses amis l'un après l'autre et s'arrêta sur Sirius.

- On m'a raconté ce qu'il s'était passé. C'était vraiment pas malin. Qu'est-ce que tu attends pour t'arranger, Sirius ? Tu empestes.

- Beau sermon, mais je doute fort que tu nous en aurais empêché si tu avais été là.

La voix du jeune Black avait claqué dans l'air comme un fouet glacial et le ton était si disproportionné par rapport à la situation que Remus en fut plus surpris que blessé.

Avec une exclamation méprisante, Sirius se détourna et daigna enfin se rendre un aspect plus présentable, il resta néanmoins en retrait tandis que Peter se montrait aux petits soins pour James. Remus lui laissa un peu de temps pour se calmer puis le rejoignit sans prononcer un mot. Il doutait que son ami évoque ce qui le troublait, le seul auquel il se confiait vraiment étant James, mais contre toute attente, il parla.

- Le sort que James a lancé, c'est nous qui l'avons mis au point. On a pris un sort médical et on l'a modifié. Si on compte les intonations pour l'incantation, les mouvements de la baguette, c'est un sort de niveau quatre, peut-être même cinq. On a créé une inflexion par syllabe et ça nous a pris six déplacements.

Remus hocha la tête sans rien dire. Il les avait vu mettre au point ce sort et les avait déjà mis en garde contre son application. Les sorts usuels, ceux qu'on enseignait à l'école, n'étaient pas si perfectionnés. Normalement, il y avait moins de déplacements que d'accentuations et les sorts plus complexes en comportaient autant, mais eux avaient créé un sort avec un mouvement en plus que de modulation dans l'invocation. C'était impressionnant... Plus que cela même, s'ils n'avaient utilisé leur talent pour un but aussi méprisable.

- Cette fille... Elle est vraiment puissante...

Le châtain fronça les sourcils avant de comprendre où il voulait en venir.

- Evans n'a eu qu'à le voir faire pour le reproduire. Elle n'a eu aucun mal à l'annuler alors qu'elle n'a lancé qu'un contre-sort basique. Elle n'est pas seulement puissante... Elle est...

Sirius serra les poings sans terminer et Remus dût se faire violence pour empêcher un sourire de s'afficher sur son visage. Le jeune Black venait enfin de prendre la pleine mesure du talent de Lily. Il venait de comprendre qu'il ne pourrait jamais espérer voir un jour James laisser tomber son intérêt pour elle et, surtout, il venait de réaliser que la jeune fille représentait une rivale sérieuse à sa propre puissance.

Sirius Black, grand héritier noble de sang pur, rebelle à sa famille, indépendant et sauvage, était jaloux.

Remus se demanda si cela lui était déjà arrivé. Il n'avait jamais eu à craindre la comparaison de qui que ce soit et n'avait jamais remis en doute l'intérêt et l'exclusivité que pouvaient lui porter ses amis. Il avait trouvé amusant l'engouement de James pour la gryffondor, s'en était fait un jeu pour voir la jeune fille s'énerver toujours plus, assuré que cela n'entamerait jamais le moral de son ami. Mais il avait jusqu'alors cru que Lily n'était que du menu fretin, une sorcière avec un certain talent mais qu'il n'avait à compter que comme quantité négligeable face à eux.

Elle s'était propulsée non seulement à leur égal mais les avait même dépassé aujourd'hui, et lui avait prouvé par la même occasion que les attentions de James à son égard étaient plus que légitimes.

- Si James s'amourache vraiment d'elle...

Encore une fois, il s'interrompit. Sirius était exclusif. C'était pour cette raison qu'il ne pouvait pas être aussi proche de Remus qu'il ne l'était de James et, dans sa conception du monde, il était impossible à quiconque de porter autant d'intérêt à deux personnes distinctes, ce qui faisait passer Lily du statut de divertissement à celui d'obstacle importun.

Il reprit cependant vite sa contenance et son petit sourire assuré.

- Non, il s'en est déjà amouraché, mais ça change rien. Hé, James !

Il s'approcha de son meilleur ami avec un large sourire.

- Quelle fille hein ? Je comprends ce que tu lui trouves !

- N'est-ce pas ? répondit fièrement James.

- Je ne m'étais pas rendu compte à quel point mais c'est exactement la fille qu'il te faut. Excuse-moi d'en avoir douté.

- Y'a pas de mal !

Même Peter, qui avait pourtant été le premier à tenir ce genre de discours, échangea avec Remus un regard perplexe. Le loup-garou, lui, n'était pas dupe et se résigna, comme il l'avait déjà fait plus tôt, à ce qui suivit.

- Il va falloir mettre les bouchées doubles si tu veux qu'elle soit à toi, assura Sirius. Déjà, tu n'as pas écouté mes derniers conseils. Tes atouts, James, tes atouts ! Il faut continuer à lui montrer ton talent en magie mais ce n'est pas tout. Ton autre domaine de prédilection ? Le Quidditch ! Tu n'en uses pas assez. Écoute ça...

Et il repartit dans l'élaboration de plans qui, à n'en pas douter, donneraient à Lily une opinion encore moins reluisante qu'elle n'était déjà de l'attrapeur vedette de Gryffondor.

À suivre...

oOo

A suivre tout de suite même !

Soit dit en passant, c'est toujours autant la galère de faire la mise en page pour ff . net . Et encore, heureusement qu'il n'y a plus le problème de la suppression des tirets de dialogue...