Chapitre 11 : La vérité est parfois plus qu'invraisemblable
Le souffle coupé, elle vérifia une deuxième, puis une troisième fois, pour avoir la certitude totale d'encore porter cette petite vie en elle. La conviction d'un simple esprit dérangé par un déluge émotionnel. Avoir la preuve d'une hallucination particulièrement improbable. Que tout n'était rien de plus que le travail de son subconscient. Que tout dépassait les limites de l'étonnant. Rien de plus…
Mais l'image de la petite fille, SA fille, devant elle, effaçait toute trace de l'hypothèse de cette vision. Elle y croyait. Oubliant ces faibles et dérisoires efforts de se convaincre de la fausseté qu'elle observait fixement, Pétrolia s'évadait dans cela…
Elle ne savait pas si c'était un piège ou quelque chose de dangereux. Rien ne lui importait. Si elle devait en souffrir, elle voulait le faire inconsciente et en paix. Elle savait parfaitement cette douleur était beaucoup moins déplaisante que toutes les autres réunies, parce que l'on ne la sentait pas entièrement, comme si on l'ignorait dans ces moments, on pouvait la contrôler à sa guise. Et elle l'avait déjà au combien connue.
Pourtant, pas question de se laisser charmer totalement.
Reste sur tes gardes, Fit la voix hautaine de sa conscience.
La situation présente lui empêchait néanmoins de se concentrer sur cette pensée, tout la déstabilisait. Peu importe ce qui allait arriver, tout serait aussi inexplicable, compliqué. L'esprit en tumulte, elle savait plus quoi faire, quoi penser.
Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, ni ce qui lui est arrivé, ni pourquoi elle se trouvait dans cet endroit mystérieux, ni de ce qui se passait. Il y avait nombreuses raisons de devenir méfiant. Pourquoi elle n'y arrivait pas?
Se douter… se douter de quelque chose… n'importe quoi…
C'est quand même pas si difficile de remonter à la surface, dans le monde réel. Le monde RÉEL…
Elle réalisa enfin. Devant cet affrontement de regard, perdu d'avance, prunelles contre prunelles, incapables de s'arracher de l'autre, qu'elle s'en faisait pour rien, qu'elle s'en fichait un peu de ce jeu du doute
- Ça… ça ne se peut pas. Finit par dire Pétrolia, déroutée. C'est une erreur.
- Oh non, il n'a pas d'erreur. Il n'en a jamais eu.
- Je veux dire que… je suis toujours enceinte, c'est irréel que tu puisses…
- Être devant toi à ce moment? Acheva la petite fille. Bien sûr que c'est possible.
- N… non! C'est sûr que c'est pas vrai du tout!
- Tu devrais croire ce que tu vois, Pétrolia. Ça t'éviterais d'être trop mêler. Conseilla-t-elle, d'un ton assuré, garantissant.
Stupéfaite au plus haut point, ces paroles se répétaient sans arrêt dans sa tête, comme si elle voulait le faire réellement. Être encore plus mêler.
Qu'est qui lui arrivait, à la fin? D'habitude dans ces cas-là, on devient méfiant, pas complètement sotte, troublée par l'insolite et l'ignorance des faits. Remonter à la surface lui était aussi difficile? Immerger de l'eau était si inaccessible?
Elle devait se permettre de changer d'attitude. Elle ne devait pas y croire…
- Donne-toi pas cette peine. Tout est absolument normal. Toi et moi, du moins.
Un sursaut l'attaqua violemment qui la fit quitter ses lourdes pensées.
- Je… Je… Je…, Parvit à balbutier Pétrolia, assimilant enfin l'énigmatique qui planait.
- Ça va aller, Rassura la petite de sa voix fluette. J'ne te ferais rien de méchant, j'y suis pour rien, moi.
- Je… je sais. Compléta-t-elle.
- Tout le reste des choses est en train de devenir diabolique. Il faut que tu sois encore plus forte, Pétrolia.
- J'arrive même plus à me démêler dans tout ça. Mais je le serai. Acquiesça celle-ci, reprenant son sang-froid.
Elle lui adressa un sourire encourageant et dit, toujours avec son air joyeux :
- Tu sais, il y a tant de choses que je voudrais savoir de toi.
- Moi aussi, Souffla Pétrolia, la voix rauque.
- Je me demande tellement pourquoi tu penses que c'est moi qui vais te tuer.
- J'ai… j'ai jamais pensé une telle chose, S'étonna-t-elle, en baissant le regard pour vérifier si elle disait vrai.
- Bien peut-être que oui, mais tu le penseras. Simplement que j'ai toujours confiance, j'aurais toujours confiance. Tu verras que je…
Elle s'interrompit alors, l'observant, intriguée par ce qui lui arrivait. Son image disparaissait progressivement, devenant de plus en plus nébuleuse, les couleurs se mélangeaient entre elles, devant un ensemble d'étincelles flottantes, vaporeuses. Un arc-en-ciel se mélangeait lui-même, virevoltant de tout sens, les coloris devenant pâles.
- Attends! Je…
Allez, il faut que j'sache, je ne peux plus attendre. Même si ce n'était pas vraiment la réalité que je vis!
- Comment j'vais t'appeler? Lança soudainement Pétrolia, le cœur battant la chamade.
- Stella, Murmura-t-elle, pratiquement imperceptible
Plus rien… le vide devant elle…
Elle étouffa difficilement une petite exclamation d'étonnement, la main posée sur son ventre, médusée. Était-elle en train de devenir démente ou quoi? Perdait-elle encore la raison?
- Je suis désolée, je pouvais plus tenir. Et bien sûr que non, t'es pas folle. Dit une autre voix, cristalline cette fois.
La propriétaire de la voix, qu'elle avait déjà entendu en se réveillant, apparaissant de nulle part, pour s'asseoir à ses cotes. Il s'agissait d'une jeune adolescente, aux cheveux lustrés teintés noirs coupés court, habillée de couleurs sombres, le teint blafard, les traits tirés, qui semblait apparemment épuisée.
- Qu'est… qu'est que ça veut dire ''Je pouvais plus tenir''? Demande timidement Pétrolia.
- Oh, ça veut dire ce que ça veut dire. C'est moi qui t'ai fait voir ça, Répondit la fille, une expression indéfinissable sur le visage.
- Hein? C'est impossible que…
- Ça l'ait. Assura-t-elle.
Retombant mollement contre les oreillers, elle eut la brève impression de manque d'air à force de vouloir remonter à la surface sans y arriver. Un être invisible lui enfonçait la tête dans l'eau sans cesse et ça ne lui permettait que de se noyer dans l'insolite. Et elle qui ne savait pas nager…
A quand une bouée de sauvetage pour l'esprit?
- Alors, je ne comprends pas, Commenta Pétrolia, désarçonnée.
- C'est compréhensif. Sauf que je ne sais pas si je suis la meilleure personne pour te raconter cette histoire.
- Aucune importance.
- Qu'est que tu veux savoir?
- Pourquoi tu… je veux dire pourquoi cette… vision?
D'un air accablé, l'adolescente baissa la tête en susurrant :
- Le seul moyen d'éviter que ça se produise. Il peut le faire beaucoup plus de fois, maintenant que tu es près de lui. Sans intermédiaire de qui que ce soit.
- Hein ? Quoi?
- L'état de possession est seulement évitable quand on est à un certain point heureux, tu comprends? Expliqua plus clairement la jeune fille, la respiration bruyante. Et comme la tristesse ou tout ce qui se rattache à ça est vraiment vulnérable, j'ai pensé qu'il valait mieux ne pas aggraver les choses en lui donnant le pouvoir de le faire. Et ça parce que tu voudrais…
- Voir ma fille avant ma mort, Compléta Pétrolia, dans un murmure.
Désemparée, elle ajouta :
- Tu sais ça? Mais comment?
- Je sais beaucoup plus de choses sur toi que tu ne le penses. Répliqua-t-elle, un sourire malicieux sur le visage. Puis je ne pouvais pas te laisser comme ça, il fallait que j'intervienne. Même si on a un lien très fort, c'était vraiment dur. J'essayais de te réveiller, depuis tout à l'heure.
- Notre lien? S'étonna Pétrolia. Tu ne pourrais pas être plus claire?
- C'est plus difficile dans les circonstances. Mais je vais te montrer.
Elle ferma les yeux et pendant un instant, il ne se passa absolument rien. Enfin, c'est ce que cru Pétrolia. Puis, elle sentit s'installer en elle une sensation de douce chaleur, ensuite une autre s'apparentant à une curieuse légèreté dans tous ces moindres mouvements. Toutefois, cela ne dura pas plus de quelques secondes avant que tout revienne à la normale, lorsque la fille claqua des doigts, cillant.
- Tu vois? Quand on a un certain lien avec quelqu'un, il devient plus facile de pénétrer son esprit. Mais quand c'est une connaissance éloignée ou un étranger, ça devient plus ardu de le faire. Pour moi, c'est énormément facile puisque que je suis ta demi-sœur.
Wooohooo! Un instant!
J'ai bien entendu?
Demi-sœur?
La situation pris alors une tournure passablement insensée pour Pétrolia. La stupeur la clouait littéralement sur place.
- Ce n'est pas possible. Mes parents sont… morts… depuis longtemps… et… tu es beaucoup plus jeune que moi, Bafouilla celle-ci, ahurie.
La fille éclata ainsi de rire, s'en étranglant presque, comme si c'était pour elle la plaisanterie de l'année. Sauf qu'il n'avait absolument rien de drôle dans ce que Pétrolia avait dit…
- Arrête! Qu'est qui te prend? S'indigna-t-elle, renfrognée.
- C'est ce que tu penses!...
Elle s'arrêta brusquement, sous air grave de Pétrolia, et ajouta en toussotant :
- Tu ignores beaucoup de choses, ma pauvre Pétrolia.
- Peut-être, mais je ne vois pas pourquoi tu as cette attitude !. Rétorqua-t-elle en fonçant les sourcils. Ils sont morts quand j'avais 15 ans et toi, toi… tu dois bien en avoir…
- Tout juste treize ans. Compléta la fille, rieuse.
- Bon, écoute,…
Elle allait prononcer son nom, mais elle s'aperçut bien vite qu'elle ne le connaissait pas. Par chance, elle vint à son secours.
- Salvianna.
- … Salvianna, on a 14 ans* de différence, ça me parait totalement faux de penser qu'on a un quelconque lien de sang ou de paren…
- Tu veux des preuves? Hein? Dit-elle, sèchement, en perdant soudainement son air radieux.
- Euh… je… enfin…
Sans attendre que Pétrolia ait pu compléter une seule phrase, elle s'exclama :
- En veux-tu, en v'la !
Elle plaqua sa main contre le front de Pétrolia, sans prévenir. Puis, tout devenu flou…
oOoOoOoOo
-Tu ne peux pas faire ça! Tu ne peux pas! S'emporta une voix avec fureur. Qu'est qui te prend? Franchement, Odile, ressaisis-toi!
- S'il te plait, essayes de comprendre, c'est déjà assez éprouvant comme ça, Implora une autre, sanglotante.
- Justement ! Ça le sera encore plus, si tu le fais!
L'obscurité de la petite pièce était seulement dissipée par la faible lueur d'une lampe. Dans cette noirceur qui occupaient leurs vies respectives, une femme et un homme se confrontaient, se disputant l'avenir d'un être.
Odile le dévisagea faire les cents pas devant elle et crut y lire une expression fugitive de désespoir, faiblesse face à ce qu'il vivait. Une faiblesse qui ressortait d'une manière étrange dans le ton de sa voix :
- Tu sais très bien que ce sera pire, soupira-t-il, s'obligeant à retrouver son calme.
- Je t'ai dit que je vais garder cet enfant, même si tu t'y opposes, Sergai. Rétorqua-t-elle sur un ton assuré.
Il s'arrêta à ce moment précis d'arpenter la pièce en tournant la tête vers elle.
- Ce n'est pas que je m'y oppose, c'est que en le gardant, tu lui donnes ce qu'il a toujours voulu. Que vous soyez ensemble, unis… Expliqua Sergai, d'un ton crispé.
Elle voyait très bien qu'il ne voulait pas perdre son sang-froid devant la situation, qu'il voulait la raisonner, mais il était sur le point de craquer, et il lui semblait qu'il valait la peine de ne pas s'aventurer sur un terrain risqué, miné. Sur lequel un pas de travers était fatal, tout explosait à la figure.
- Non… c'est pas ça, Murmura-t-elle, prudemment.
Odile se rendit ainsi compte de sa gaffe, que même le chemin opposé était lui aussi très périlleux. Elle éprouvait assez d'empathie envers lui, elle le connaissait par coeur...
- Tu vois donc pas ce qu'il te fait subir ou quoi? S'écria-t-il, en montant le ton.
- J't'en prie, Sergai, Gémit-elle, dissuadée de pouvoir faire valoir ses raisons.
- IL TE VIOLE ! TU T'EN RENDS DONC PAS COMPTE? Je croyais qu'après tout ce que tu as vécus, que tu seras plus raisonnable que ça!
Et elle n'avait pas tort…
- C'est toi qui ne te rends pas compte de la situation de ce bébé. Répondit Odile, restante assez calme devant les paroles de son mari.
- Qu'est que tu racontes?
- Je n'ai pas à te rappeler la position de Vladimir, j'espère…
Après un moment, il répondit, sans saisir :
- Ben sûr que non et puis?
- Et tu crois que je suis normale? Demanda-t-elle, impassible.
- Mais oui… Pourquoi? De quoi tu parles, Odile?
- C'est que cet enfant ne sera pas normal avec un père comme Vlad.
- Dans le sens de… Commença Sergai.
- … Il ne m'a pas fait subir tout ça pour rien, quand il aurait très bien pu le faire quand on était plus jeune.
Et sous un air grave et maussade, elle ajouta :
- Il n'y a que deux possibilités dans cette histoire, soit que cet enfant va l'aider à ruiner la vie de Pétrolia à un rien quand tout va commencer ou au contraire, il va nous aider... Parce que Vladimir sait très bien ce que représente ce gamin et son anormalité. Et comme personne n'est assez irréfléchi pour coopérer dans une telle chose, je veux qu'il voit le jour… Tu comprends maintenant?
Consterné, Sergai hocha positivement la tête.
oOoOoOoOo
Elle ne ressentait plus la peur, la répugnance s'était évaporé depuis le temps. La douleur lui faisait seulement serrer les dents, voilà longtemps qu'elle essayait de la mettre de côté. Mais ce tourment entravait constamment le moindre de ses mouvements. Tant bien que mal, elle voulait restée absente de ce supplice répétitif, pour ne plus jamais éprouver son intensité.
Ce n'était pas de l'habitude, toutefois, c'était seulement la perspective d'échapper un jour ou l'autre de ce martyre qui lui donnait la force de résister. De se garder en vie.
Elle avait toujours cru contrôler cela, resté imperturbable, intouchable moralement. Pourtant cette fois-ci, cette fois-ci, toutes ses forces semblaient l'avoir abandonnée. Son corps refusait ses désespérés débattements faibles, incapable de repousser les mains avides qui la touchaient. Presque incapable de bouger.
Elle le voyait au-dessus d'elle, la dominant complètement, abusant de ce sentiment de puissance malsaine contre elle, et ça la terrassait. Il souriait en observant sa victime complètement sans défense. Ce qui donnait raison à Odile, dégoûtée, de penser qu'elle ne pouvait rien contre lui. Qu'elle n'était qu'une loque pour Vladimir.
Indifférent aux larmes qui coulaient sur les joues, sans connaître le tort qu'il lui causait, l'ignorant même, il semblait - comme généralement - prendre goût aux coups de boutoir et le contact gluant du sang qu'elle perdait, ravi par la soumission involontaire d'Odile.
- Calme-toi… calme-toi… je t'en prie… calme-toi…
- COMMENT VEUX-TU QUE JE ME CALME! Comment veux-tu, dis-moi!
- Pité … laisse-moi t'expliquer… arrête!... tu ne sais pas tout… Vlad…, Tenta-t-elle,
Il la frappa sauvagement au visage, déchaîné.
- Il n'a rien à expliquer.
L'attrapant par les épaules, il la força à le regarder dans le blanc des yeux. A ce moment, Odile tourna la tête d'un autre côté, accablée, exténuée. Incapable d'en faire autrement. Ça ne menait peut-être pas à grand-chose, excepté qu'un fugace espoir traversait son cœur. Elle voulait se donner le courage nécessaire pour le défier comme elle le pourrait.
- Regarde-moi!
Le barrage tiendra… le barrage tiendra… il ne s'écroulera pas… il ne tombera pas…
- Quand je veux que tu me regardes, TU ME REGARDES!
Elle gardait ses dernières forces pour lui tenir tête et elle en avait bien besoin, tandis qu'il tentait d'obliger Odile à obéir.
Mais le barrage fut détruit, le courant tumultueux emportant les débris avec force au loin.
Il l'attrapa et la plaqua contre le mur, son crâne entrant violemment en contact contre celui-ci. La douleur et le sang lui battait aux tempes, bourdonnait dans son cerveau. Elle se sentit presque sur le point de défaillir. Il utilisa même une autre arme pour la faire souffrir. Profitant de sa position injurieuse, il exhiba un sourire méprisable devant le regard humide d'Odile qui, sans le vouloir, le fixait.
- J'espère que j'ai été clair?
Elle n'avait même plus le goût d'approuver son écœurement, quoi qu'il fasse.
- C'est lui, han? C'est ENCORE lui?
Odile ne dit rien, trop apeurée, trop horrifiée pour le faire, essayant inutilement de chasser la douleur de son corps brisé, mutilé.
- RÉPONDS-MOI!
Elle ne put retenir un frisson de dégoût, lui, il devenait de plus en plus violent.
- JE T'AI DIS DE ME RÉPONDRE! Cria-t-il, sur un point imminent de sa fureur.
- N… non! Larmoya-t-elle, finalement.
Elle poussa alors un hurlement particulièrement effrayant, à faire glacer le sang, au comble du martyre, ne tenant plus le coup.
- Je t'en supplie… arrête…
- Si tu me mens…, Menaça-t-il, avec une rage sans bornes.
- Je… je ne te mens… p… pas! S'il te plait…
La douleur se stoppa quelques peu, mais le regard toujours noir de Vladimir lui inspirait le pire….
oOoOoOoOo
Une fillette brunette, en pleurs, qui subissait le même sort exécrable que sa mère. Implorant, suppliant, se débattant inutilement, dans de ultimes efforts. Hors, ses lamentations étaient oubliées et elle se faisait maîtriser par plus fort que soi…
Le miroir lui renvoyait l'image d'une petite fille à la vie atroce et particulière, le désespoir qui était un de ses amis de longue date. La gorge serrée, elle entreprit de se teindre les cheveux…
Pour ne plus voir ce qu'elle était…
Cette force en elle, elle devait la contrôler, sinon, ce serait le chaos, mais pour l'instant, l'incapacité l'habitait…
Le sang qui s'étendait sur elle, lui disait, en croisant le regard de son bourreau, que tout n'était que chaos malgré tout. Que tout s'anéantissait…
oOoOoOoOo
Salvianna retira enfin sa main. Pétrolia, étourdie, sa colère disparue, demanda :
- Ça te suffit?
- Oui, je… je crois…
- Tu sais, moi aussi, je suis un accident, peut-être plus une erreur mais bon… Dit-elle en montrant d'une signe de tête le ventre de Pétrolia.
Un accident… Elle avait totalement raison…
- Ce que tu m'as montré, c'est que ma – euh, nôtre – mère t'as eu de ce…
- …. Vladimir…
- … et que tu es née de cette haine?
- Exactement. Certifia-t-elle. Tu commences à comprendre, Pétrolia.
- Alors on est où, ici?
- Sur Némésis. Une planète indéfinie.
- Une quoi?
- C'est le nom qu'on donne aux planètes qui sont indécelable par les radars ou autre appareils de détection.
- Donc, personne ne peut les retrouver? Commenta Pétrolia.
- Ouais, c'est en plein ça. Et ça vaut mieux pour tout le monde. Ici, ça ressemble beaucoup à…
- L'enfer, Compléta une voix derrière les deux.
Cette fois, elle crut véritablement manqué d'air quand elle retourna la tête. Blêmissant, elle savait que tout allait de travers, à contre-courant...
Pétrolia ne comprenait plus rien, elle perdait le contrôle d'elle-même, sans savoir comment le reprendre. Quoi dire? Quoi faire? Quoi penser? Surtout, quoi ressentir?
Pourquoi fallait-il que les choses soient aussi incompréhensibles? Elles frôlaient même l'inimaginable. Tout lui paraissait sans sens.
- Quelque chose ne va pas? Demanda la petite voix claironnante de Salvianna, lointaine à ses oreilles.
Néanmoins, elle semblait beaucoup trop absorbée par ce qu'elle voyait pour pouvoir lui assurer calmement que tout allait bien.
Son père… devant elle…
Son père !
Salvianna avait raison sur ce point, beaucoup de choses lui étaient inconnues. Une série de pensées se répétaient ainsi en boucle dans son esprit, hormis qu'elles ne voulaient rien, sans but, imbéciles. Elle en fut assaillit de toute part jusqu'à ce que…
Son étonnement, qui resté bloqué dans sa gorge, se déroba, se déboucha en une seule phrase, sous l'effet de l'émoi :
- ' Y a quelqu'un qui veut bien me dire ce qui se passe!
Elle dévisagea successivement les autres, découragée par tant de choses autant intrigantes.
- T'affole pas, c'est juste que…, Commença Salvianna.
- QUE TOUT LE MONDE SAUF MOI SAIT CE QUI M'ARRIVE DEPUIS DES MOIS*! Fulmina-elle, d'un ton tonitruant.
Sur ces paroles, elle sentit le revers d'une main entrer brutalement en contact avec sa joue. Pétrifié, elle cilla.
- C'est pour ça qu'on ne t'a rien dit! Parce que si tu l'aurais su, tout aurait été encore plus pire ! Riposta Sergai, d'un ton sévère.
Elle tourna le regard vers Salvianna qui l'observait elle aussi, d'un air détaché, validant cette intervention par un léger hochement de tête. Et en revenant à son père, elle marmonna, contrariée :
- Mais vous le saviez.
- C'est pour ça qu'on a voulu te donner un indice pour que tu le découvres toi-même au moment venu. Tu ne crois quand même pas qu'on pouvait te laisser dans une telle situation sans rien faire.
- Le moment venu? Répéta-t-elle, lentement, l'ignorance dans la voix. C'est quoi le moment venu?
- Cette vengeance.
Il se tira une chaise devant le lit où deux filles étaient assises d'un geste las et renchérit :
- Sa vengeance.
Elle ne put s'empêcher de laisser sortir une sorte exclamation d'incapacité de comprendre.
Une vengeance? Qui lui en voudrait autant?
- Je sais que ça peut être frustrant et sûrement très déroutant – Ok, carrément déroutant, Rectifia-t-il en la voyant lui lancer un regard confus - pour toi, Pétrolia, et même après ce que tu vas entendre, puisque des personnes irresponsables de ce qui se passe y sont mêlées. Mais dis-toi que ce n'est pas ta faute, aucune personne en fait. Juste lui. Seulement lui.
Elle acquiesça, incapable de dire si c'était la curiosité, l'appréhension ou l'excitation prenait le dessus en elle et quels sentiments capitulaient.
- Bon, première des choses, c'est que je ne suis pas enfant unique comme tu le pensais, comme je t'ai dit. En fait, j'avais… ou plutôt j'ai un frère nommé Vladimir. Pourquoi je parle au passé? Tu verras – C'était quelqu'un de très troublé, assez renfermé et méconnu des autres. A l'époque, on était de jeunes vingtaines follement amoureux de la même personne ; ta mère. Je la connaissais depuis longtemps, lui beaucoup moins que moi, et surtout j'étais en couple avec Odile. Je crois que tu as une certaine expérience avec les triangles amoureux, pas vrai?
- J'ai plutôt une maîtrise complète dans ce domaine, Précisa Pétrolia,
le teint rosi, mal assurée.
- Tu vas mieux comprendre de cette façon, Continua-t-il. Donc, Odile ne voulait pas rien savoir de lui, mais il continuait d'être dans ses jambes… et il le réalisait bien... Il était toujours en furie devant nous, et extrêmement jaloux. Une jalousie maladive, si tu veux mon avis. Or les choses ont vraiment dégénérées. Un printemps, lorsque tes grands-parents étaient en vacances et que moi, j'étais très rarement à la maison à cause de la relation insupportable qui s'était tissé entre moi et Vlad, il s'est suicidé. Sauf qu'il avait décidé de se venger.
- Qu'est que tu veux dire. Il est mort, il n'aurait pas pu.
- C'est exactement ce que j'ai pensé au début, Révéla-t-il. En fait, on ne connaît suffisamment pas le royaume des morts pour savoir ce qui s'y passe. Il est partit trop brusquement et trop en colère pour y rester…
- Qu'est qui est arrivé, alors?
- Il est devenu un esprit frappeur.
- Et sa vengeance?
- Avec cette position, il pouvait amplement l'exécuter. Expliqua Sergai. Et elle constituait à vouloir te donner le même genre de vie infernale qu'il a eu.
Complètement indignée, Pétrolia s'écria :
- Je lui ai rien fais, moi! Pourquoi il m'en voudrait?
- Je sais, je sais, Dit-il, compatissant. Simplement, rends-toi à l'évidence. Tu es née d'une union qu'il maudissait par-dessus tout, puisqu'il aurait voulu que ce soit lui le père... Il a toujours été très différent des autres de cette manière...
Et si c'était lui qu'elle avait déjà vu dans un de ses rêves étranges? Lui qu'elle avait presque pris pour son père ? Elle avait pensé une chose absolument idiote à ce moment en l'observant : ''mais on dirait qu'il est… mort…''… Elle prenait du sens maintenant…
- Alors, il m'a forcée, sous ma volonté à… à agresser les membres d'équipage pour détruire ma vie? Résuma-t-elle, comprenant peu à peu.
- Premièrement, qu'est qui te dit qu'il s'est pris de cette manière? Ensuite, comment il aurait pu la détruire au complet de cette manière?
La compréhension retomba d'un coup.
- Hein!
- Pétrolia, tu ne t'as jamais demandé, questionner à savoir pourquoi tout ça t'arrivait en même temps?
- Ben oui. Qu'est que ça à voir avec ça?
- Qu'est que ça à voir? Tout… tout… C'est qu'il n'a pas choisi n'importe quel moment insignifiant de ta vie. Il a attendu que tu sois assez vulnérable physiologiquement et physiquement pour se faciliter la tâche et t'ajouter des malheurs supplémentaires. A la fin, tu aurais eté totalement anéantie.
- Pourquoi il ne se serait pas pris comme ça? Demanda-t-elle, saisie.
- La possession est impossible quand deux personnes sont considérablement éloignées l'une de l'autre. Il faut donc quelqu'un pour assurer la possession, qui soit proche de la personne contrôlée. Dans le fond, c'est simplement mental pour cette personne de transition, excepté lorsqu'on veut aussi la posséder ou en faire une victime quelconque*.
- Donc, quelqu'un proche de moi était aussi dans ma situation? Commenta Pétrolia.
- Bien sûr.
Il lui adressa un petit sourire en coin et rajouta :
- Est-ce que tu sais qui n'aurait pas paru suspect à tes yeux? Qui le faisait, inconsciemment, comme toi? Sans que tu t'en aperçoives? Sais-tu?
Le souvenir inopportun et ignoble, d'elle, ensanglantée, en larmes, le corps pesé contre un autre sans vie, lui revenu immédiatement en tête. Et quand s'était redressé, elle l'avait observé, terrifiée…
- Oui. Murmura Pétrolia. C'est… c'est Flavien.
D'un air lugubre, elle réalisait qu'elle se sentait meurtrie, trahie, sans l'être réellement.
- Tu sais, cette haine que tu as envers lui, ça aidait juste à camoufler encore plus la situation.
Non… ce n'est pas de la haine.
Pétrolia réalisa aussi cela à ces paroles.
Elle aurait beau essayé de vraiment le détester, au fond, elle ne le pourrait jamais. Elle s'était mise en tête qu'elle le détestait. Elle s'était maintes fois convaincue d'une aversion grandissante. Et pendant tout ce temps, c'était l'inverse en elle. Elle n'avait jamais voulu l'accepter, c'est pour cela qu'elle avait cherché à se cacher cette vérité.
Il n'avait peut-être pas compris ce qu'elle vivait… Pourtant, il avait osé s'intéresser à elle quand il avait été confronté à cette fausse haine qu'elle laissait ressortir, qu'elle laissait paraître. Il ne s'était pas complètement fiché d'elle, après tout… Et pendant tout ce temps, elle se mentait….
C'était seulement elle la fautive dans tout ça… La rage au cœur, la sombre haine était pour soi. Elle était devenue son propre bourreau. Elle se détruisait elle-même. Pétrolia se sentit si honteuse, ne le supportant pas. Et plus personne ne supportait de voir ça, cette image de cette jeune femme troublée, minant son moral en solitaire.
Elle s'était vraiment trompé d'ennemi*…
- Je… je le déteste pas. Dit enfin Pétrolia, avouant ses torts. Pas vraiment, en tout cas. Euh… qu'est qui lui arrivait quand j'attaquais les gens?
- Pratiquement comme toi, en pire.
- En pire? Tu veux qu'il y a pire?
- Oh, oui. Il n'avait que la voix de Vlad qui le forçait à passer à l'acte, intérieurement combiné avec la douleur que les victimes ont. C'était vraiment difficile de pouvoir résister, sans aucune possibilité de révolte. Pour lui, c'était que le contrôle total.
- C'est quoi la douleur? Interrogea-t-elle, en se grattant la tête, l'air interdit.
- Avant, elles ont toujours un certain malaise en eux, Expliqua Salvianna, qui était resté silencieuse depuis tout à l'heure. Tu ressens la tienne d'abord… Et celles des autres apparaissaient, c'est une douleur affreuse aux tempes, c'est comme un signal… Le signal qu'il a le parfait partage de ton esprit et qu'il peut les massacrer, car elles deviennent beaucoup trop faibles pour se défendre efficacement.
- Et la sensation de froid que j'avais?
- A cause de lui, quand on est contact avec un esprit, on a toujours cette impression. Expliqua-t-elle. Surtout ce type, là.
- Et toi, c'est de la chaleur?
Salvianna lui sourit et dit :
- T'as tout compris.
- Et pourquoi je me souvenais de rien après que les attaques se soient produites?
- Ça? C'est moi.
- Toi? Mais je croyais que…
- Oui, oui. C'est le même procédé. En fait, je t'ai pas mal aidé dans tout ça! Je pense que tu n'aurais pas voulu savoir ce que tu as fait à tes amis?
- Euh… non, pas vraiment.
Et troublée, Pétrolia rajouta :
- Qu'est tu as fait d'autre?
- Plein de petites choses, Répondit Salvianna en haussant les épaules d'un geste timide. Comme par exemple, j'ai essayé de minimiser les impacts sur les victimes, sinon certaines seraient déjà mortes… Et je leurs ait fait voir la situation, ce qui leurs arrivaient, que toi et Flavien étaient maîtrisés…
Elle le savait depuis longtemps qu'elles ne la haïssaient pas…
Pourquoi n'avait-elle pas pensé plus tôt qu'elles savaient tout ?
- ...pour pas qu'ils t'en veulent inutilement. Sinon, ça aurait tout compliqué pour rien.
- Je peux vous demander quelque chose?
D'un même signe de tête, ils acceptaient.
- Qu'est qui est arrivé pour que toi et maman vous m'ayez abandonné? Dit-elle, à l'adresse de son père.
- Elle pensait que tu étais mort, Expliqua Salvianna en pouffant subtilement de rire.
Il lui semblait qu'il avait quelque chose d'étrange dans cette phrase sans pouvoir le percevoir pour autant.
- C'est que cette année-là, il devenu menaçant, beaucoup plus puissant, puisqu'il utilisait les pouvoirs de possession à la perfection. Ils nous semblaient beaucoup plus prudents de rester près de lui pour mieux de te surveiller et le surveiller. Il était vivant en ne l'étant pas réellement. Sauf qu'il a aussi commencé à violer ta mère, elle a toujours compris pourquoi… et quand Salvia est venu au monde, il l'a tué…
AH! Elle avait vu juste. Il avait vraiment quelque chose d'étran…
- …Il l'a tué? S'exclama alors Pétrolia, la gorgée serrée.
- Oui, Répondit Sergai en hochant la tête.
- Pourquoi? Demanda-t-elle, un sentiment curieux s'emparant de son corps ; l'amertume envers elle mélangé au chagrin.
- Il n'avait plus besoin d'elle. Odile ne lui servait à rien.
- Et comme j'ai refusé de collaborer, j'ai reçu le même sort très jeune. Ajouta Salvianna d'un ton sombre. Mais depuis des mois, c'est sur toi qu'il prenait plaisir à abattre le malheur…
- Mais c'est impossible. Tu n'aurais pas pu avoir d'enfant si petite, Remarqua Pétrolia.
- Oui, cependant, il ne l'a fait que pour déverser sa frustration sur moi.
- Ah… Fit-elle, simplement, ne sachant pas trop quoi répondre.
Troublée par l'atmosphère morose qu'elle avait créé, elle changea rapidement de sujet pour moins le ressentir aussi fortement :
- Qu'est que je fais ici, alors?
- Il t'a emmené pour continuer ce qu'il a entrepris. Répondit son père d'un air compréhensif.
Une espèce de ténébreuse curiosité l'envahit alors, la poussant à poser cette question embarrassante :
- Est… est qui va vouloir me tuer?
Elle avait visé juste. Un malaise imprégnait la pièce, l'embarras s'installant entre eux à son intervention.
Et enfin, Sergai rompit ce trouble.
- Probablement.
*La différence est inventée par moi! On n'a jamais précisé l'âge de Pétrolia, alors…
* Némésis : Déesse Grèce de la vengeance.
* Pour vous situer, il s'est passé 3 mois et des poussières depuis le début de l'histoire.
*Voir chapitre 7.
*Voir chapitre 5.
