Bonjour tout le monde :D Après avoir promis d'écrire à un rythme plus rapide, je publie la suite au bout de presque 2 semaines... Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais en fait, les impératifs me font horreur ^^

J'espère que ce chapitre vous plaira ! Il est assez long je trouve :3 à la base je voulais qu'il soit hyper long, mais au final je l'ai finit au bout de 4120 mots ^^

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Ana : Hey hey hey (waouh, quel entrain) ! J'espère que tu passes de bonnes vacances, avec le soleil et tout :) Tu n'as pas oublié ma fic, youpi :D Quand j'ai lu ton review j'étais trop à fond ! J'étais trop contente que tu aimes le moment cute et puis que L reste lui-même malgré le rapprochement avec l'OC *.*
Moi aussi je suis une grande fan de Matsu'chou (pitié ne me juge pas pour ce surnom moche), et je trouvais qu'on l'avait pas vu depuis longtemps... Et pour Light... Mouahah on risque de ne pas le revoir avant un moment *mode sadique on*. Je te laisse découvrir tout ça, mais je tiens tout de même à préciser que non, je ne déteste pas Light -au contraire je l'aime bien- mais bon je ne me voile pas la face à son sujet non plus ^^

Je penche de plus en plus dangereusement pour une fin heureuse... Sauvez mon âme de la guimauve x0x ! Sinon, ta citation deviendra célèbre un jour. Limite ce sera mon épitaphe ^.^

Merci pour tous tes reviews, et contente que l'explication t'aie aidée !

Bisous !


En ouvrant les yeux, Ellen se demanda où diable elle pouvait bien être. Tapisserie ringarde, parquet de bonne facture mais usé, draps d'un blanc éclatant.

Ah.

Finissant par reconnaître son nouveau lieu de vie, elle s'étira l'esprit tranquille. La veille, elle avait peu prêté attention à cette pièce et s'était jetée sans douceur dans les bras de Morphée.

Morphée, morphine... Jamais fait le rapprochement étymologique entre les deux, s'étonna la jeune fille en suivant paresseusement le cours que ses pensées prenaient. Quand elle se leva, elle jeta un coup d'oeil par la fenêtre et se dit q'un appartement à l'européenne comme celui-ci devait valoir une petite fortune. Habituée à cette architecture particulière, elle n'avait pas réalisé qu'au Japon ce n'était pas si courant. Non, elle avait largement préféré qualifier les lieux d'"ennuyeux". Après s'être copieusement traitée d'ingrate, elle se leva et remarqua qu'elle portait les vêtements de la veille. Tout en se changeant, elle réfléchissait à sa situation actuelle.

Trop d'éléments perturbateurs. Son année de droit s'annonçant mal, ses dix-huit ans, l'affaire Kira et pour finir : L. Parce que même si ça l'agaçait de l'admettre, le détective l'inquiétait. Elle rejeta machinalement la faute sur ses cauchemars, et par extension sur son inconscient détraqué.

Freud aurait eu tellement à dire là-dessus, pensa-t-elle avec cynisme.

Mais ce n'était pas le moment de s'embrouiller avec la psychanalyse et ses théories fumeuses. Watari ne l'avait pas rappelée et elle comptait passer à l'immeuble pour se faire entendre. Rentrer en France était une étape obligée pour fêter dignement sa majorité.

Quoi que... Son ego en prit un coup, mais elle finit par admettre qu'elle voulait que L soit présent pour cette occasion. Une telle pensée lui promettait les pires souffrances. Comment pouvait-elle espérer que quelqu'un comme lui prête attention à une ignare comme elle ?

Depuis qu'ils s'étaient rencontrés elle avait été si pitoyable. Il avait découvert unes à unes ses petites faiblesses qui restaient habituellement bien cachées aux yeux de tous.

Heureusement, il n'avait pas l'air d'avoir remarqué qu'elle était dyscalculique. Ça aurait été le plus humiliant.

Alors que le jeune homme jonglait allègrement avec les pourcentages, c'était tout juste si elle était capable de faire une simple soustraction de tête.

Elle avait bien quelques talents pour compenser, mais rien de bien probant. Au fil des ans elle avait développé sa sensibilité et sa technique dans divers domaines : dessin, chant, guitare, théâtre, infographie, écriture... La polyvalence lui plaisait bien; chacune des facettes de sa personnalité avait son quart d'heure de gloire.

Elle repensa au jour où L lui avait dit qu'elle avait du génie; se demanda s'il était sérieux.

Ils étaient si différents. Presque radicalement opposés. Mais... Pas tant que ça en y réfléchissant. Personne n'avait su mieux la cerner que lui, et le malaise qui parasitait la plupart de ses conversations avec les autres ne venait pas la déranger lorsqu'elle était avec le détective. Ils avaient tous les deux un mode de pensée atypique.

Enfin habillée, elle prit sa veste et faillit partir sans son portable. Ce dernier vibra avec puissance au moment où elle allait fermer la porte, la faisant faire un petit bond en arrière. En le prenant, elle remarqua de nombreux appels manqués -Matsuda ?- et un message d'Emmanuelle. Ellen décida d'abord de rappeler son amie et d'ensuite aller sur son répondeur pour voir ce qu'il pouvait y avoir de si urgent.

Les tonalités retentirent longuement avant qu'elle ne décroche.

-Salut Manue !

-Hé toi ! J'attendais justement que tu m'appelles, c'est toujours moi qui prends de tes nouvelles... fit la jeune fille en prenant un ton plaintif.

L'expatriée rit de bon coeur.

-Oui, excuse-moi mais en ce moment je sais plus où donner de la tête. Alors ? Comment tu vas ? Je veux tout savoir de ta vie, même les détails les plus chiants !

Emmanuelle la prit au mot et lui raconta des anecdotes croustillantes et ses petits soucis en France, le tout en long, large et travers. Pendant ce temps Ellen se trouva un bus qui menait non loin de l'immeuble dédié à la cellule d'enquête. Le téléphone collé à l'oreille, elle jouait des coudes pour se frayer un chemin. Midi était malheureusement une heure d'affluence. Son interlocutrice réalisa au bout d'un quart d'heure :

-Au fait, je parle encore et encore mais tu ne m'as pas dit comment t'allais t'organiser pour ton anniversaire ! C'est dans trois jours et t'as rien prévu, je parie.

Elle descendit du véhicule, portée par la foule. Encore un peu de marche et elle y était.

-Je ne vais sûrement pas pouvoir revenir en France avant un petit bout de temps.

Le téléphone crachota.

-Sérieux ?! Mais pourquoi ?

-Trop long à expliquer pour mon forfait. Bisous !

Glissant son portable dans sa poche, Ellen se félicita d'avoir au moins une amie qui ne trouvait pas offensant de voir ses questions sans cesse éludées. Elle aurait été ravie de pouvoir discuter plus, mais se sachant sur écoute elle préférait raccourcir la conversation plutôt que de laisser des imbécillités s'échapper de sa bouche.

En sillonnant les rues de la ville qui menaient au bâtiment, la jeune fille se demandait où elle pourrait bien manger. Son estomac était tellement bruyant que c'en était presque gênant. Elle marchait toujours quand elle se rappela qu'elle n'avait pas lu ses messages vocaux et ressortit son téléphone.

Lorsque la voix grésillante de Matsuda se fit entendre, elle mordit l'intérieur de sa joue instinctivement. Son ton était paniqué, la qualité de l'enregistrement mauvaise.

"Salut, c'est encore moi. Je sais pas par où commencer... Il... Il y a eu des problèmes... La cellule d'enquête... Je..."

Retenant sa respiration sans en avoir conscience, elle accéléra le pas. Elle appuya sur une touche pour écouter le message suivant, mais son doigt glissa et éteint l'appareil. La jeune fille jura hargneusement et ralluma le téléphone en toute hâte. Après quelques manipulations maladroites, elle parvint finalement à lancer le second message.

"Ellen ?! Aiiku Hospital, c'est là...que-"

Face à l'imposant immeuble que L avait fait construire pour l'enquête, le crâne d'Ellen sembla se remplir de coton, inhibant sa perception du monde extérieur. Des banderoles d'un jaune criard interdisaient l'accès au public, et derrière celles-ci on pouvait voir la façade calcinée du building. Les bruits alentours commencèrent à s'adoucir; les mouvements qu'elle percevait dans son champ de vision étaient confus. Elle avait l'impression de flotter mollement entre deux eaux. Ou alors de faire ses premiers pas sur la Lune. Les traces noirâtres laissées par la caresse des flammes la captivèrent de longues minutes. Une main se posa sur son épaule et elle sursauta, la faisant reprendre conscience de la réalité dans laquelle elle était plongée. Un homme en uniforme lui adressa des mots jetés dans un japonais agressif. Incapable de le comprendre, elle le repoussa brusquement et courut.

Le son de ses pas martelant lourdement le sol se répercutait dans son corps tout entier. Elle se sentait plus que jamais hors d'elle, à des kilomètres au dessus de l'agitation tokyoïte. Elle heurtait de nombreux passants et ne pensa pas un seul instant à s'excuser. Elle avait plutôt envie de leur hurler de dégager le passage.

Arrivée à un arrêt de bus, elle scruta longuement le plan de la ville. Ses yeux sautaient d'une ligne à l'autre, l'empêchant de trouver l'hôpital. Les nerfs en pelote, elle harangua une passante. Toute sa détresse transparut dans l'agressivité de son ton.

-Where's Aiiiku Hospital ? (Où est l'Aiiku Hospital ?)

La quarantenaire qui lui faisait face n'eut pas l'air d'apprécier qu'une étrangère impolie s'adresse à elle. Ses lèvres se tordirent en une expression mauvaise.

-Sumimasen, wakaranai. (Désolé, je ne sais pas.)

-My mother is on the verge of death and I just found it out ! She's there, so please tell me where's that hospital ! (Ma mère est sur le point de mourir et je viens de l'apprendre ! Elle est là-bas, alors s'il vous plaît dites moi où se trouve cet hôpital !) s'écria Ellen en fondant en larmes sous le regard embarrassé de la japonaise.

Cette dernière secoua la tête et s'empressa de traverser la route. La jeune fille se mordit férocement la joue pour ne pas l'insulter. Elle la regardait toujours, les yeux aussi humides que meurtriers. Elle pensa brièvement qu'elle devait avoir l'air d'une folle furieuse avec ses égratignures pas finies de guérir, son hématome qui devenait violet et son visage en pleurs. Elle n'eut pas le temps de s'attarder longtemps sur ce détail, on s'adressa à elle.

-I know where it is. (je sais où c'est.)

Un homme seul dans une voiture presque à l'arrêt avait ouvert sa fenêtre. Il lui fit signe de monter. Ellen ignora la peur qui la prit au ventre et jaugea rapidement celui qui la regardait.

Un peu plus de trente ans, asiatique, voiture en bon état et de milieu de gamme. L'homme était en chemise et son visage restait assez banal. Il portait une alliance argentée et elle aperçut un attaché-case posé sur la banquette arrière.

C'était pas comme si elle avait vraiment le choix.

Avec un signe de tête, Ellen ouvrit la portière et s'assit à l'avant. Son coeur tambourinait dans sa poitrine alors qu'elle attachait sa ceinture. Puis elle repensa à l'immeuble incendié. Une foule de question se bousculèrent, et elle décida d'appeler Matsuda. La voiture avait déjà redémarré.

Aucune tonalité, elle était directement tombée sur le répondeur. Elle raccrocha sans laisser de message. Le conducteur commença à discuter avec elle, et la française brodait son mensonge au fur et à mesure de la conversation. Venue ici pour visiter la ville avec ses parents, elle avait décidé de passer une journée séparée d'eux. Sa mère avait été victime d'un accident et son père venait de l'en informer par téléphone. Il eut le temps de nommer l'hôpital où elle avait été emmenée mais fut coupé pour une raison inconnue.

Acquiesçant et lui souhaitant bien du courage, l'homme continuait sa route en tentant d'éviter les bouchons. Ellen réfléchissait à la probabilité que cet homme ne soit pas si net qu'il en l'ait l'air. Puis haussa un sourcil.

Depuis quand traduisait-elle ses idées en pourcentage ?

L'inquiétude pour L reprit le dessus. À cause des cauchemars. Elle comprit qu'elle était un cas désespéré quand elle admit en elle-même qu'elle n'avait pas grand chose à foutre du sort des autres. Hormis peut-être Matsuda. Qu'il reste injoignable alimentait son anxiété.

-Here we are. (Nous y sommes.)

S'extirpant de ses réflexions, Ellen remarqua le grand bâtiment en briques. En ouvrant la portière elle remercia l'homme et fut soulagée d'être arrivée saine et sauve. Elle se retint difficilement de courir pour atteindre plus rapidement l'entrée. Une fois dans le hall dont l'odeur aseptisée lui donna le tournis, une voix qu'elle reconnut immédiatement l'apostropha.

-Sarah-san !

Matsuda lui adressa un piètre sourire, signe de mauvaises nouvelles.

-Pourquoi t'étais sur répondeur ? Et il s'est passé quoi ?! s'empressa-t-elle de le questionner.

-Mon portable avait plus de batterie, et impossible de retrouver ton numéro ! Ryûzaki aurait pu nous le donner, je suis sûr qu'il le connait par coeur, mais il-

-Il va bien ?! l'interrompit la jeune fille sans se soucier de ce que ce genre de réaction sous-entendait.

-Oui, ça aurait pu être pire... En fait un incendie s'est déclaré dans l'immeuble hier soir, pendant une réunion. J'étais pas là-bas parce que j'étais malade et que-

-Je sais, il déteste se trouver à proximité d'une personne malade. Ensuite ?

Elle ne prêta pas attention à l'expression légèrement étonnée du jeune homme.

-M. Yagami, Mogi et Light sont... Enfin...

Il bloquait sur le mot mais elle comprit. Elle s'en voulut terriblement d'avoir brusqué Matsuda.

-Je vois.

Ellen avait un peu de mal à réaliser. La facilité avec laquelle la mort soustrayait l'avait toujours surprise. Malgré cela, un poids venait d'être ôté de ses épaules. Sans Light, plus de menace directe. Mais elle se souvint à cet instant qu'elle était toujours officiellement considérée comme Kira. Sans Light, plus de risques qu'il fasse un faux pas et s'inculpe. Elle avala difficilement sa salive.

Mogi et le père de Light ne méritaient pas ce sort. La vie n'était pas juste, c'était un fait. Elle l'avait expérimenté de nombreuses fois, et il venait régulièrement se rappeler à son esprit.

-J'ai décidé de t'attendre là, vu que je n'avais aucun moyen de te contacter...

-Merci.

En la conduisant à l'ascenseur, il lui expliqua que Watari avait été sauvé par L. Ce dernier avait réussi à mettre le vieil homme à l'abri des flammes en attendant l'arrivée des pompiers. Mogi était resté près de la cellule de Light, sans raison apparente. Tous les deux avaient succombé à leurs brûlures. Soîchiro Yagami avait péri en tentant de les sortir de là.

Ellen frémit à l'idée qu'elle aurait pu se trouver dans l'immeuble lors de l'incendie. Elle espéra que les deux rescapés se portaient bien. Maintenant face à la chambre 226 son inquiétude se manifesta de nouveau. Qu'allait-elle voir dans cette pièce ? Peut-être que leur état était plus critique que ce que Matsuda lui avait suggéré. Et s'ils étaient défigurés ou handicapés à vie ?

Ils sont vivants.

Elle décida d'arrêter de songer au pire et devança l'ancien policier en appuyant sur la poignée et en ouvrant la porte en grand. La chambre était divisée en deux par un épais rideau, et la première chose qui attira l'œil d'Ellen fut Watari, enturbanné de bandelettes blanches. Ses traits étaient fatigués, et ce n'était pas cette blouse de papier qui allait lui donner meilleure mine. Il avait les yeux clos et était branché à de nombreux appareils.

Son visage était légèrement à vif par endroits, mais elle s'attendait à bien pire. L'écharpe nouée en huit indiquait une fracture de la clavicule. Elle s'avança vers le rideau malgré les signes de Matsuda et se glissa de l'autre côté de la pièce. Elle se fichait de savoir si le détective apprécierait ou non, d'ailleurs il était sûrement en train de comater.

Apparemment non.

A peine eut-elle franchi le rideau qu'elle fut happée par le regard de L, parfaitement éveillé. Son poignet était bandé et sa peau pâle devenue livide faisait ressortir quelques petites brûlures et contusions. Elle l'examinait minutieusement tout en restant à distance.

-Tu as pleuré, remarqua le jeune homme.

Pour Ellen, le ton morne de L fut curieusement appréciable. Il la fit complètement sortir de la torpeur qui l'avait saisie depuis qu'elle avait apprit la nouvelle.

-Je suis allergique au pollen, fit-elle avec un petit rire sincère.

Il ne répondit rien sans pour autant mettre fin au contact visuel. L'aplomb avec lequel elle mentait était remarquable; à un tel point qu'il doutait.

-Ton poignet..?

-Entorse.

Si elle mettait tant d'application à cacher son attachement pour lui, alors peut-être était-elle réellement attirée. Ce fut la pensée qui troubla Ellen, la faisant détourner les yeux vers la fenêtre.

Et puis voir le détective aussi affaibli était loin de lui plaire. Elle percevait une petite lenteur dans son débit de paroles et ses gestes n'étaient pas aussi assurés qu'ils auraient dû l'être.

-J'étais inquiète, finit-elle par souffler à mi-voix, presque boudeuse.

-J'espère bien.

Elle croisa les bras.

-Pauvre con, grinça la française.

Elle fronçait les sourcils sans vouloir regarder autre chose que le parking que la chambre surplombait.

-Dommage que l'immeuble ait été détruit, je ne peux plus te menacer de t'envoyer dans une cellule si tu t'obstines à t'exprimer avec autant de vulgarité, sortit L pensivement. Il faudra que je trouve un autre moyen de pression.

Vidée, elle n'eut pas la force de hausser la voix pour exprimer son mécontentement dans les règles de l'art.

-J'ai l'impression que tu n'imagines pas quel calvaire je viens d'endurer depuis que j'ai appris pour l'incendie. Je ne savais même pas si vous étiez vivants, j'étais à la limite de l'implosion et je voulais invoquer un tank avec système GPS pour atteindre l'hôpital plus vite. Je répète donc mon affirmation précédente, tu n'es qu'un pauvre con, Ryûzaki.

-Vu sous cet angle...

Elle soupira, et reposa le regard sur lui. Elle choisit de plaisanter pour masquer son malaise.

-Tu peux manger ? Tu es si blanc que tu m'éblouis.

Il acquiesça.

-Cette hyperbole est loin d'être ta répartie la plus fine.

Ellen haussa les épaules avec un petit sourire joueur qui retroussa ses lèvres.

-Tu as sûrement raison. Mais ma phrase reste plus inventive que quatre-vingt-dix-neuf virgule neuf pour cent des tiennes.

Et elle disparut derrière le rideau bleu clair avec un petit signe de la main.

Entraînant Matsuda à sa suite dans sa quête de nourriture, Ellen décréta que les friandises du distributeur n'étaient pas à la hauteur. Ils marchèrent un certain temps avant de tomber sur une pâtisserie à la devanture attrayante où tous deux se ruinèrent pour amener à L de quoi subsister. Ils pouvaient difficilement se plaindre puisqu'il finançait leurs logements respectifs et qu'il donnait un salaire à Matsuda. C'est donc les mains pleines et la bourse vide qu'ils firent le chemin inverse puis remontèrent dans la chambre 226.

Le rideau venait d'être tiré et Watari était toujours inconscient. Ellen et l'ex policier le scrutèrent quelques instants. Elle croisa les doigts derrière son dos pour lui souhaiter un prompt rétablissement et vint ensuite déposer une grande boîte en carton souple sur genoux de L. Il l'ouvrit du bout des doigts pour y trouver des éclairs au chocolat, une tarte à la fraise, des brownies, un mille-feuilles et un sachet de bonbons de belle taille.

-Merci beaucoup Sarah-chan.

Le détective fixait le contenu avec une expression presque effrayante, puis ses yeux revinrent sur la jeune fille qui souriait. Songeuse, elle se dit qu'il devait être affamé pour avoir une telle face de fanatique. L fut étonné que Matsuda lui tende une seconde boîte aussi bien fournie que la première. Après l'avoir remercié il entama la tarte aussi sec.
Ellen s'était laissée tomber sur une chaise, face au lit dans lequel L se tenait accroupi. Absorbée dans la contemplation de ses converses, elle les faisait couiner sur le lino. Matsuda s'était assit à côté d'elle. Toute son attention était portée sur le détective qui mangeait avec méthode. En général, il commençait par lécher le coulis, dégustait la garniture séparément et enfin entamait la pâtisserie avec des coups de dents décidés. Le tout sans lâcher Ellen du regard; regard que cette dernière évitait soigneusement.

La française s'éclaircit la gorge.

-C'est étonnant que tu ne sois pas diabétique.

Entre le petit accent qui saccadait discrètement ses phrases et ce ton faussement attentionné qu'elle s'appliqua à emprunter, on pouvait déceler une pointe d'humeur.

L finit de mâcher sa bouchée avec application.

-A t'entendre on croirait presque que tu lui souhaites... essaya de plaisanter Matsuda, sans grande conviction toutefois.

Continuant de produire le son désagréable avec ses semelles, la jeune fille haussa les épaules.

-Arrête-ça, souffla L en s'emparant du sac de sucreries.

Ellen eut un sourire victorieux, mais se reprit bien vite.

-Si tu arrêtes de me fixer, alors je vais voir ce que je peux faire...

Il ne cilla pas. Elle traîna lentement sa chaussure contre le sol, réitérant le grincement.

-Je ne comprends pas pourquoi Sarah-chan se sent offensée. Matsuda-kun n'a pas l'air d'être aussi perturbé lorsque je le regarde, dit le jeune homme en avalant un bonbon.

Elle leva les yeux au ciel, à deux doigts de prendre un pose mélodramatique et de débiter une longue tirade sur son destin tragique : supporter un type qui jouait avec ses nerfs depuis un peu trop longtemps.

-C'est curieux parce que j'ai l'impression que tu le délaisses à ce niveau là.

-Matsuda-kun n'est pas très intéressant, répliqua le détective.

Il ignora délibérément les protestations de l'ancien policier; ce dernier finit par s'asseoir au chevet de Watari après avoir tiré le rideau.
L tripotait maintenant le cathéter planté dans son bras gauche. Le ventre d'Ellen gargouilla.

-J'ai oublié de manger ce midi ! s'exclama-t-elle en bondissant de son siège.

Puis son entrain retomba et elle se rassit. Elle venait de réaliser qu'elle n'avait plus d'argent sur elle. En apercevant quelque chose de coloré dans son champ de vision elle releva la tête.
L avait débranché tous les appareils de surveillance qui l'empêchaient de s'écarter de son lit et tendait à la jeune fille les sucreries achetées par Matsuda.

-Les infirmières vont débarquer.

-Je sais, dit le détective en blouse blanche, balançant doucement le sachet à proximité du visage d'Ellen.

Elle craqua et s'en empara rapidement. Mais sentir un regard attentif peser sur elle alors qu'elle avalait trois bonbons d'un seul coup avec gloutonnerie n'était pas des plus agréables.

-Tout une éducation à refaire, je suis au courant, fit-elle avec un agacement teinté d'humour.

Il acquiesça puis se dirigea vers la petite table à côté de son lit. Dessus étaient posés ses vêtements, et elle devina assez vite ce qui lui traversait l'esprit.

-Okay, j'y vais !, lâcha-t-elle en se doutant qu'il comptait se rhabiller ici et maintenant.

Elle s'empressa de se lever, pourtant elle s'attarda un peu plus de temps qu'il ne l'aurait fallu. Les affaires de L étaient en piteux état. Son tee-shirt habituellement immaculé était noirci de suie et troué dans le bas, tandis que son pantalon était déchiré aux genoux.

-Je n'ai rien d'autre, expliqua le détective sans avoir l'air de réellement s'en préoccuper.

Elle hocha la tête et disparut derrière la tenture avec rapidité. Pas question de le laisser la provoquer comme il l'avait fait l'autre fois. Surtout que là, il n'avait certainement pas de sous-vêtements.
Un petit sourire mi-gêné mi-excité traversa son visage, mais les coins de ses lèvres retombèrent rapidement. En entrant dans la seconde partie de la pièce, elle avait rencontré les yeux grands ouverts de Watari. Sa mâchoire se décrocha légèrement, elle voulut parler mais ne pouvait que voir la ligne mortellement plate du cardio-fréquencemètre. Avant qu'elle ne puisse réagir, un ballet d'infirmières avait déjà investi la chambre. Elle sursauta lorsque la porte claqua derrière L. Remarquant que Matsuda n'était pas non plus ici, elle jeta un dernier regard sur le vieil homme et quitta l'endroit pour suivre le détective.
Elle courut d'abord pour le rattraper puis se sentit intrusive et s'arrêta à quelques mètres de lui.

-Je vais bien.

Sa voix était redevenue aussi mécanique que la première fois qu'ils s'étaient retrouvés face à face. Sa gorge se noua et Ellen sut que ce qu'elle ressentait était plus que de l'altruisme.

-Il n'est pas mort, affirma-t-elle avec toute la conviction qu'elle put trouver en elle à cet instant.

Sans se retourner, il répondit simplement :

-Pas encore.

Elle se sentait mal, sachant que si Watari venait à s'éteindre, celui qu'elle appelait affectueusement Ryûzaki aurait une nouvelle peine à supporter.

Affectueusement ? Elle était tombée si bas...

C'était un fait, elle l'appréciait, mais il fallait absolument qu'elle arrête de se faire des films : ce n'était pas réciproque. Peut-être qu'il était amusé de voir ses tribulations, peut-être même qu'il la trouvait attirante -c'était sa théorie la plus folle-, mais cela ne voulait pas dire qu'il s'était attaché à elle.

Lasse, elle ne put rien faire d'autre qu'observer sa silhouette dégingandée s'éloigner.


Je suis moi-même très triste de finir le chapitre sur ça... Mais je ne vais pas trop épiloguer là-dessus ^^

Alors à votre avis, vais-je tuer Watari comme j'ai tué sans aucune pitié les autres membres de la cellule d'enquête et ce pauvre Light (je suis tellement désolée pour ça ! Mais il avait lui-même dit que son plan était risqué, plus d'explications sur sa mort au prochain chapitre) ?

L va-t-il sombrer dans la dépression après sa mort (si jamais papy meurt) ? Ellen va-t-elle devenir une junkie après avoir été aussi méchamment ignorée en fin de chapitre ? Vous saurez tout ça dans la suite ;D

Pitié, n'oubliez pas le review !

Bisous ;3 !