Bonjour à toutes et à tous !
Voici le chapitre douze. J'espère que vous pardonnerez mon léger retard en tenant compte de sa longueur sans précédent. Mais trêve de paroles : bonne lecture !
Disclaimer : Le monde d'Harry Potter et ses merveilleux personnages appartiennent intégralement à J.K. Rowling. Rien n'est à moi, à l'exception de l'intrigue et de quelques personnages originaux.
Gertie the snow troll
Has a very orange nose,
And a smell so bad
That it drives men mad,
And kills cats where'er she goes.
Gertie la Troll des neiges
A un nez orange vif,
Et sent si mauvais
Qu'elle rend les hommes fous
Et tue les chats où qu'elle aille.
(Premier couplet d'un chant de Noël populaire chez les sorciers, par Moonsign)
SIRIUS :
« À ton avis, de quoi parlent-ils là-dedans ? » demanda James en pressant son oreille contre la porte. « Je n'entends rien. Anders doit avoir jeté un sort de silence. »
Sirius jeta un regard assassin à la porte et donna un coup de pied peu convaincu au mur d'à côté. Il se demanda s'il était sage d'avoir informé James de ses découvertes et de ses soupçons. Ce n'était pas vraiment comme s'il avait eu le choix. L'autre garçon avait fini par remarquer qu'il était constamment distrait par Lupin, et il n'y avait pas un mensonge assez convaincant pour satisfaire quelqu'un d'aussi brillant que James.
« Peut-être que le professeur Anders a remarqué qu'il n'allait pas bien et a décidé de l'interroger. Peut-être qu'il sait que l'un des parents de Lupin le bat. »
James s'adossa au mur, ses yeux plissés fixés sur la porte. « Je sais pas, mon vieux », dit-il. « Je l'ai vraiment regardé de près ce matin quand on allait en cours, et je ne l'ai pas vu boiter du tout. »
« Je ne me trompe pas ! » répliqua Sirius d'un ton brusque. James tressaillit et Sirius lui adressa une grimace d'excuse. « J'ai vu le sang et les cicatrices. Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ? En plus, je l'observais encore plus attentivement que toi, et j'ai vu qu'il ne boitait pas uniquement parce qu'il marchait avec beaucoup, beaucoup de précautions. Il s'appliquait à rendre chacun de ses pas impeccable. Il avait une expression complètement neutre — tu sais comment il fait. »
« Eh bien moi, je n'ai rien vu. »
Sirius soupira et décida de laisser tomber la question. À chaque fois qu'il agissait de la sorte, il avait l'impression que James ne lui faisait pas confiance et il détestait ce sentiment. « On n'a qu'à rester dans le coin en attendant qu'il sorte », proposa-t-il. James soupira mais acquiesça de la tête, laissant tomber son sac de cours et s'affalant un peu plus contre le mur.
Ils n'eurent pas à attendre très longtemps avant que la porte s'ouvre et que Lupin sorte en trombe. Il prit bien soin de refermer la porte derrière lui, puis laissa échapper un violent éclat de rire qu'il semblait avoir longtemps contenu dans sa poitrine. C'était une étrange espèce de rire brisé et entrecoupé de hoquets qui, si les deux garçons n'avaient pas été en mesure de voir son visage, aurait davantage ressemblé à des sanglots. Lupin ne jeta pas un seul regard dans leur direction lorsqu'il fit volte-face et prit le chemin de la tour des Gryffondor. Il boitait lourdement et serrait son flanc comme si son rire avait blessé quelque chose au fond de lui.
« Bon sang », murmura James et le suivant du regard. « Il a ri exactement comme ça quand ma mère lui a demandé où étaient ses parents à la gare. »
« Ouais », dit Sirius. Il ne rajouta pas : « Je te l'avais bien dit », mais les mots flottaient clairement entre eux.
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« Il reste pendant les vacances de Noël » dit Sirius, entrant dans la Salle Commune d'un pas énergique avant de se jeter sur le canapé à côté de James et Peter.
« Qui ça ? » demanda Peter.
« Lupin, bien sûr. » James leva les yeux au ciel, attrapant son encrier que le saut de Sirius avait fait dangereusement vaciller. « Par qui d'autre est-il obsédé ? »
« Il ne m'obsède pas », protesta Sirius. « Je trouve juste que c'est une bonne chose qu'il reste ici plutôt que de rentrer chez lui. » Il lança un regard lourd de sens à James qui soupira et regarda ailleurs, tapotant l'extrémité de sa plume contre ses dents en relisant le début de sa dissertation de Botanique à moitié finie.
« Qu'est-ce qu'on s'en fiche de ce que fait Lupin ? » dit Peter, dérouté. « Et même si ça t'intéressait, ce ne serait pas mieux pour lui de rentrer chez lui ? Ce n'est pas comme s'il avait des amis à Poudlard. »
« Qui sait ? À quoi sert le pus de Bubobulb ? »
« Pourquoi tu me poses la question ? » Peter fit la grimace. « Tu sais bien que je je ne sais jamais rien. »
« Sirius ? »
« Sais pas », dit Sirius, les yeux perdus dans le feu de cheminée. « Quelque chose en rapport avec l'acné. Peut-être que ça la provoque. Ou ça la soigne. Ou ça la donne aux tortues. Je m'en fiche. Imaginons une bonne farce à faire à Servilus. Reg m'a écrit que Maman avait entendu dire que Malfoy et lui étaient devenus amis, même si Malfoy a trois ans de plus que nous. Quel foutu lèche-bottes. Il ne fait ça que parce qu'il veut être ''cool'' en fréquentant le prince puant des Serpentard. »
Il vit James et Peter se redresser avec intérêt à cette idée et sentit son humeur s'alléger. « Et vous ne devinerez jamais la suite », ajouta-t-il.
« Quoi ? », demanda James, les yeux brillants.
« Quand je regardais la liste des gens qui restent pour Noël, j'ai entendu des sixième année parler de la façon dont on va aux cuisines. Apparemment, il y a un tableau qui représente une coupe de fruits, et il faut chatouiller la poire pour entrer. »
« Absolument brillant, mon vieux », dit Peter avec la même expression qu'un Niffleur à qui on aurait donné les clefs de Gringotts.
« Maintenant, en ce qui concerne cette farce… »
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Sirius réussit à ne pas penser à Lupin et ses problèmes pendant les deux semaines qui menaient à Noël. Lupin lui-même l'aida dans sa tentative d'oubli en évitant leur petit groupe autant que possible dès le début des vacances. Il avait tendance à disparaître à la bibliothèque dès qu'il se réveillait, ou bien sortait dans le parc malgré le froid mordant de l'hiver écossais.
Noël à Poudlard ne ressemblait à rien de ce que les garçons avaient jamais connu auparavant. Le garde-chasse, Hagrid, traîna à l'intérieur quatre énormes sapins de six mètres de haut, encore luisants de neige qu'il sema en une longue traînée qui allait des portes principales à la Grande Salle. James, Sirius et Peter avaient particulièrement aimé regarder le concierge, Rusard, tomber en apoplexie en essayant de déterminer s'il valait mieux reprocher à l'homme immense tout ce carnage de neige fondue, de boue et d'aiguilles de sapin, ou bien éviter une mort précoce et potentiellement violente en se contentant de nettoyer derrière lui.
Une fois que les arbres furent installés dans la Grande Salle, les quelques élèves qui restaient regardèrent avec bonheur et émerveillement les professeurs les décorer. Flitwick fit voler d'énormes boules de Noël et des guirlandes scintillantes pour parer les branches de chaque arbre aux couleurs d'une des quatre Maisons. McGonagall leva sa baguette et de formidables rafales de neige éternelle et d'énormes glaçons étincelants vinrent couvrir les arbres et les grands arcs-boutants de la Grande Salle.
Le professeur Anders ensorcela les armures pour qu'elles chantent — horriblement faux — des cantiques de Noël et s'accompagnent en dansant, jusqu'à ce qu'un Pouffsouffle de troisième année eût été retrouvé inconscient dans le couloir de Métamorphose après avoir reçu un coup de coude métallique au cours d'une performance particulièrement enthousiaste de Gertrude la Troll des neiges. Après cet incident, les armures eurent seulement le droit de se trémousser sur place au son de leurs insupportables solos.
Inspirés par l'esprit de Noël, Sirius, James et Peter se débrouillèrent pour enchanter une grosse branche de gui de façon à ce qu'elle suive Rogue en faisant de grands bruits de baisers mouillés, jusqu'à ce que quelqu'un s'approche du Serpentard à moins de deux mètres ; les bruits se changeaient alors en vomissements violents. Ils reçurent en conséquence une retenue avec Rusard, qui fut ravi de leur faire nettoyer les couloirs souillés par la trace de boue et de neige fondue laissée par Hagrid. À la main.
Un mystérieux inconnu transforma aussi le sol des couloirs de Métamorphose et de Sortilèges en d'immenses tapis de glace. Et ce n'était pas tout : il apparut que la glace affectait chaque Maison de façon différente. Les Pouffsouffle étaient obligés de réaliser des pirouettes affreusement rapides à chaque fois qu'ils posaient le pied sur la glace. Les Gryffondor, pour une raison inconnue, ne pouvaient se mouvoir que de profil, dans une imitation plutôt inconfortable des anciennes représentations égyptiennes. De plus, ils pouvaient aller seulement en ligne droite, ce qui conduisit à un bon nombre de collisions avec des murs, des portes et d'autres élèves. Les Serdaigle étaient condamnés à glisser sur un pied, leur autre jambe tendue derrière eux et leur buste face au sol, de sorte qu'ils ne pouvaient voir quoi que ce soit. Cela amena encore plus de chocs, généralement plus douloureux que ceux des Gryffondor puisqu'ils avaient la tête en avant. Les Serpentard semblaient être complètement incapables de se déplacer de quelque manière que ce soit. Dès qu'ils touchaient la glace, ils subissaient des chutes immédiates et assez spectaculaires qui les laissaient toujours violemment et douloureusement assis sur la glace.
Comme on ne pouvait parvenir à la Grande Salle qu'en empruntant les couloirs concernés, les élèves étaient obligés de lutter pour traverser la glace s'ils ne voulaient pas mourir de faim. Les Serpentard, à la grande joie des autres Maisons, se virent contraints de glisser sur les fesses pendant toute une journée avant que Flitwick ne mette fin aux sortilèges concernant chaque Maison. Il laissa cependant la glace en place, disant qu'il s'agissait d'une démonstration spectaculaire de sortilèges fins et complexes.
Évidemment, Sirius, Peter et James furent une fois encore jugés responsables de ce tour, en dépit de leurs protestations et de leur insistance sur leur totale ignorance et innocence. Pour être honnêtes, ils auraient été ravis de pouvoir se déclarer les auteurs de la farce, et ils étaient avides de découvrir l'identité de leur ami blagueur et de lui serrer résolument la main.
S'ils avaient regardé en l'air rien qu'une fois au cours de la matinée mouvementée, ils auraient aperçu une petite silhouette perchée en haut de l'un des élégants arcs-boutants du couloir principal. La silhouette avait des cheveux fauves et désordonnés et les joues rosies. Il était installé sur l'un des balais de l'école et riait tellement qu'il devait mordre son poing pour ne pas se trahir. Personne à Poudlard n'aurait reconnu l'expression de joie insouciante et d'espièglerie sur le visage de Remus Lupin tandis qu'il serrait sur sa poitrine le Nouveau manuel de sortilèges avancés et autorisait son Maraudeur Intérieur à régner librement sur l'école.
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Le matin de Noël, pour la première fois de l'année, Sirius se réveilla non seulement tout seul, mais aussi très tôt. Il s'assit et son regard tomba aussitôt sur l'énorme pile de cadeaux au pied de son pied. Il n'était jamais plus heureux des manigances des Sang-Purs et des Serpentard que le matin de Noël. Aucun membre de la très étendue et alambiquée famille Black ne pouvait se permettre de refuser à l'héritier, quelle que soit son état de disgrâce, un cadeau de Noël.
Il regarda le lit de James. Le garçon n'avait que vaguement essayé de fermer ses rideaux quand ils étaient rentrés d'un pas chancelant la nuit dernière après une folle soirée de réveillon dans leur Salle Commune. Sirius pouvait voir que son ami avait autant de cadeaux que lui et il sourit. Il se pencha par-dessus le bord de son lit, ramassa une chaussure et la lança à la tête de James. L'autre garçon se réveilla dans un sursaut.
« Siriuuuuuus ! » gémit-il d'une voix ensommeillée. « Tu es un sorcier ! Tu ne peux pas trouver un moyen plus élégant de me réveiller sans sortir de ton lit ? »
« Cadeaux, Jamesounet ! »
James se redressa immédiatement, trop excité même pour reprocher à Sirius d'avoir maltraité son prénom. Il plongea sans attendre sur la pile.
Sirius sourit et détourna les yeux, regardant le lit de Lupin en face de lui. Tout comme James, le garçon avait oublié de fermer ses rideaux convenablement, et de là où il était assis, Sirius voyait distinctement qu'il n'y avait que deux cadeaux sur la couverture délavée de Lupin. L'un des deux était assez gros et enveloppé d'un papier cadeau coloré orné de Vifs d'Or volants. L'autre, de petite taille et allongé, était recouvert de papier brun. Lupin était recroquevillé en haut de son lit, la respiration régulière, toujours profondément endormi.
« James ! » souffla Sirius aussi silencieusement que possible, détournant l'attention de son ami de son déballage frénétique de cadeaux. Il désigna le lit de Lupin et les mains de James s'immobilisèrent quand il aperçut les deux paquets. Il jeta à Sirius un regard plutôt peiné, puis regarda son propre lit couvert de cadeaux avec ce qui ressemblait à de la gêne.
« Mais qu'est-ce qu'on peut y faire, nous ? » murmura-t-il en retour.
Sirius baissa les yeux sur sa propre pile de cadeaux et repéra la forme très reconnaissable d'une boîte de Chocogrenouilles. L'étiquette collée dessus, écrite en affreuses pattes de mouches noires, lui apprit qu'elle venait de sa grand-tante Berryl.
Il l'attrapa et enleva l'étiquette avec soin sans déchirer le papier, puis il se glissa hors de son lit.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda James, l'air choqué.
« Il ne saura pas que ça vient de moi. Il n'y a pas d'étiquette. »
James hésita, puis fouilla dans ses cadeaux jusqu'à ce qu'il trouve une boîte à la forme familière enveloppée dans un papier cadeau à rayures oranges et violettes.
« Des Fizwizbiz, de la part de ma cousine Doris. Je ne l'ai jamais aimée de toute façon. » Rougissant un peu, il retira l'étiquette et tendit la boîte à Sirius. Celui-ci se faufila jusqu'au lit de Lupin et y posa les cadeaux avec précaution, sans déranger le sommeil de garçon. Il regarda les deux cadeaux qui s'y trouvaient déjà.
« De qui viennent les deux autres ? » demanda James alors que Sirius retournait vers son lit sur la pointe des pieds.
« Je ne sais pas pour le marron, mais le plus gros est de Frank. On dirait une boîte de Dragées Surprises de Bertie Crochue. »
« Merci Merlin pour Frank et son cœur d'or », murmura James d'une voix si basse que Sirius fut presque certain qu'il n'était pas supposé l'entendre.
« On réveille Peter ? » dit Sirius avec un sourire en reprenant sa voix normale.
Le visage de James s'étira en un sourire diabolique en retour. Ils se regardèrent un moment, puis poussèrent tout à coup de grands cris perçants, ouvrant les rideaux de Peter et se jetant sur son lit pour sauter dessus. Peter se réveiller en criant quand il fut jeté de son lit avec ses cadeaux.
« Petits cons ! » hurla-t-il en essayant de se libérer de ses draps et de remonter sur son lit qui rebondissait toujours. James et Sirius se contentèrent de ricaner et rebondirent de plus belle, jusqu'à ce que Sirius se cogne la tête sur la tringle et retombe avec un grognement de douleur.
« Bien fait pour toi ! » dit Peter en le poussant du lit pour y remettre ses cadeaux éparpillés. « J'espère pour vous qu'il n'y avait rien de fragile. »
Sirius vit du coin de l'œil les rideaux de Lupin s'ouvrir et une tête ébouriffée de sommeil en sortir pour observer la pagaille.
« Cadeaaaauuuux ! » hurla James en bondissant du lit de Peter pour retourner sur le sien. Il se plongea dans son déballage de cadeaux avec une ardeur renouvelée. Sirius fit de même et pendant un moment, on n'entendit dans le dortoir rien d'autre que d'occasionnelles exclamations de joie ou de surprise.
Sirius leva les yeux et vit que Lupin regardait, bouche bée, les trois boîtes de confiseries posées devant lui. Le paquet brun n'avait toujours pas été ouvert.
« Qu'est-ce que tu as eu, Zinzin ? » demanda Sirius en souriant.
« De qui viennent ceux-là ? » demanda le garçon en levant les yeux vers Sirius, les sourcils froncés.
Sirius haussa les épaules, satisfait de son propre talent d'acteur. « J'en sais rien. Ta famille ? »
« Non, celui-ci est de mon père », répliqua Lupin en pointant le paquet brun du doigt. Le mouvement fit remonter la manche de son haut de pyjama trop grand et révéla son petit poignet couvert de cicatrices. Il la remit en place rapidement, mais le bref aperçu suffit à faire ressentir à Sirius ce même nœud étrange juste en-dessous de son diaphragme.
« Et ta mère ? » demanda Sirius, qui fut surpris de voir à quel point sa voix pouvait être douce.
« Elle n'est pas en… état de m'envoyer des cadeaux en ce moment. » Lupin détourna le regard et posa une main curieuse sur la boîte de Chocogrenouilles près de son genou.
« Je suis désolé », dit Sirius.
Lupin haussa les épaules et un long silence inconfortable s'installa, au cours duquel Sirius se rendit compte que James et Peter écoutaient leur conversation.
« Tu ne vas pas l'ouvrir ? » finit par demander Peter en pointant le paquet brun.
Remus soupira et le ramassa, le palpant de ses doigts. Il ouvrit l'une des extrémités avec beaucoup de précautions et fit tomber le cadeau sur son lit. C'était une petite cuillère en argent. Pendant une seconde, Sirius fut certain d'avoir vu passer une expression de peur et de révulsion sur le visage pâle de Lupin, mais il recouvra vite son calme. Il contempla la petite cuillère d'un air serein.
« Ton père t'a envoyé une cuillère pour Noël ? » demanda Peter.
« Oui », dit Remus en rassemblant ses confiseries dans ses bras et en se reculant vers le haut de son lit.
James s'éclaircit la gorge. « Si ça peut te réconforter, elle a l'air plutôt chère », fit-il remarquer. « C'est de l'argent massif. »
Remus répondit par un simple : « Mmmh », mais Sirius ne réussit pas à déterminer si c'était en guise d'acquiescement. L'autre garçon se glissa hors de son lit et disposa soigneusement ses Chocogrenouilles, ses Fizwizbiz et ses Dragées Surprises sur sa table de chevet, comme s'il tenait à mettre le plus possible en valeur des objets inestimables.
Quand il remarqua que les trois autres garçons le fixaient toujours, il rougit. « Je vais me doucher », marmonna-t-il avant d'attraper sa serviette et de disparaître dans la salle de bains.
« Eh bien », lâcha James après un moment, alors que le bruit de l'eau se faisait entendre de l'autre côté de la porte. « C'était bizarre. »
« Vraiment bizarre », acquiesça Sirius en regardant la petite cuillère qui reposait innocemment au bout du lit de Lupin.
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« Qu'est-ce qu'on s'en fiche de ce que les autres pensent ? » demanda Sirius alors qu'ils traînaient ensemble dans le couloir de Potions à l'heure du déjeuner, au début du mois de février. Peter était toujours avec Slughorn, ayant écopé d'une retenue pour avoir fait exploser son chaudron trois fois de suite et ainsi fait pousser chez tous ceux qui avaient été touchés par son contenu de longs poils de nez tressés.
James ne répondit pas à sa question, manifestement las du débat qui les opposait depuis Noël.
« Tu t'en fichais au début de l'année, quand tu t'es levé sur ton banc et que tu m'as encouragé », insista Sirius.
« C'était différent. Je savais que tu étais cool et que tu n'étais pas fou. Enfin, pas autant que Zinzin. »
« Ce n'est pas de sa faute, James. Imagine si ton père te battait tellement que tu finissais en sang et couvert de cicatrices. Tu serais aussi un peu timbré. On ne pourrait pas lui donner une chance ? Quelque chose comme… une période d'essai ? »
« Non. Hors de question. »
« Mais pourquoi ?! Tu ne veux même pas lui donner une chance ? »
« Ce n'est pas ce que je voulais dire. C'est juste que… si on devient ses amis, ça ne peut pas être pour essayer. Même moi, je vois à quel point ce serait cruel de lui offrir cette chance et de lui enlever après. Il faudrait qu'on soit vraiment ses amis. » James soupira et passa une main dans ses cheveux en bataille.
« Alors on peut, finalement ? » demanda Sirius avec espoir.
« Pourquoi est-ce que tu y tiens autant ? »
« James. » Sirius s'arrêta brusquement et se retourna pour le regarder, inhabituellement sérieux. « Ma mère m'a frappé une fois. Vraiment fort, en plein visage. Sa bague a entaillé ma joue jusqu'au sang. C'était… c'était vraiment horrible. Pas seulement parce que ça faisait mal, mais aussi parce que c'était ma mère, qui aurait dû être, tu sais, pas comme… Je veux dire, ça aurait été différent si elle m'avait donné une fessée ou un truc du genre — je l'avais probablement mérité —, mais une vraie gifle en pleine face au point de me faire saigner… »
« Sirius… »
Sirius remua violemment la tête. « Imagine ta mère ou ton père faire ça tout le temps, et même bien pire qu'un coup en travers du visage. Ses cicatrices, mon vieux. Tu ne les as pas vues. »
Ils restèrent silencieux un moment, puis James dit : « D'accord. D'accord, tu gagnes. On sera ses amis. »
Sirius sentit le nœud crispé et serré douloureusement juste en-dessous de son diaphragme pendant tant de mois se détendre, et un sourire de soulagement apparut sur son visage. Il savait que James finirait par se laisser convaincre.
« Qu'est-ce qu'ils trafiquent, ceux-là ? » demanda soudain James en pointant le bout du couloir où quatre Serpentard, Rogue, Malfoy, Nott et Lestrange, regardaient quelque chose dans un autre corridor. Rogue avait l'air tout petit à côté des quatrième année massifs.
« On les suit ? » proposa Sirius.
« Là-dessous. » James avait sorti de son sac sa Cape d'Invisibilité (rangée là pour pouvoir faire des farces à l'improviste) et les deux garçons se glissèrent dessous. Ils se faufilèrent au bout du couloir au moment où les quatre Serpentard sortaient de leur champ de vision. Ils tournèrent à l'angle et s'arrêtèrent net, sous le choc. L'ayant saisi par sa robe minable, Malfoy maintenait contre le mur Lupin qui se débattait.
« … le petit lion cinglé fait tout seul par ici ? » se moquait Malfoy, son visage tout près de celui de Lupin.
« Oh non, certainement pas », dit Nott en attrapant la baguette que Lupin tenait dans sa main et en la jetant par-dessus son épaule. Elle heurta le mur un peu plus loin, vers l'endroit où se tenaient Sirius et James.
« On fait quoi ? » souffla Sirius à l'oreille de James. « On ne peut pas affronter quatre Serpentard à nous tous seuls ! »
« On va chercher un professeur ? » suggéra James, son regard survolant le couloir désert.
« J'ai entendu parler de toi, petit lion », continuait Malfoy que les efforts de Lupin pour se libérer semblaient amuser. « Même les autres lions ne veulent pas de toi dans leur horde bouffie d'orgueil. Tu es un paria. Fou. Isolé. Tu ne manquerais à personne si je te tuais maintenant, hein ? » Ses mots juraient de façon écœurante avec son ton mielleux.
Sirius souhaitait désespérément courir chercher de l'aide, mais il ne voulait pas non plus laisser Lupin seul avec les serpents.
« Je parie que même tes sales parents au sang de bourbe ne te regretteraient pas. »
James et Sirius ne pouvaient guère que discerner le visage de Lupin de là où ils étaient, mais cela leur suffit pour voir les yeux du garçon briller d'un éclat sauvage et primitif. Sans en avoir conscience, ils reculèrent tous les deux d'un pas, et même les Serpentard se raidirent.
« Ne me parle pas comme ça ! » cracha Lupin dont la voix, rendue rauque par l'étau de Malfoy autour de sa gorge, semblait vibrer de quelque chose de plus profond.
« Sinon quoi ? Tu vas nous rugir dessus, petit lion ? » railla Malfoy, bien que sa voix trahît une infime trace d'hésitation. Sirius ne pouvait imaginer ce que c'était que de fixer ces yeux féroces d'aussi près. Malfoy tira encore plus sur la robe de Lupin et on entendit le son du tissu qui se déchirait.
Sirius fut à peine conscient du mouvement flou, mais tout à coup la scène n'était plus la même. Malfoy était plié de douleur, ses mains pressées sur son entrejambe, le souffle coupé. Son regard était un peu vide et une trace de coup blanchâtre apparaissait déjà sur son front. Nott était à genoux par terre, serrant à deux mains son nez en sang, et Lestrange semblait être assommé. Rogue, apparemment épargné et pétrifié de terreur, regardait Lupin qui se tenait dos au mur, la respiration haletante.
Le visage de Lupin était tordu en un grognement et ses yeux semblaient presque jaunes. Il prit plusieurs inspirations profondes avant d'avancer pour récupérer sa baguette. Puis il retourna auprès des Serpentard et brandit sa baguette sous la gorge pantelante de Malfoy. Il tournait maintenant le dos à Sirius qui ne pouvait voir son visage.
« Si vous me voyez venir, vous feriez mieux de quitter le décor », siffla Lupin au visage de l'autre garçon, chaque muscle de son corps criant le mode attaque. « Beaucoup d'hommes ne l'ont pas fait », il se pencha encore plus près, « beaucoup d'hommes sont morts. » (1)
Il recula, ramassa son sac de cours là où il avait été jeté au sol et fit mine de partir.
« Monstre ! » dit soudain Nott, relevant la tête et pointant du doigt la poitrine nue de Lupin sans tenir compte du sang qui maculait son visage. Il fallut à Sirius un moment pour s'apercevoir que la robe de Lupin avait dû être complètement déchirée pour révéler son torse.
Malfoy leva les yeux et se mit soudain à le pointer du doigt à son tour avec un rire cruel et un peu hystérique. « Ah ! Monstre, monstre ! Je sais ce que tu es ! Tu es vraiment un sale petit monstre ! Attends un peu ! Attends que je dise à tout le monde que tu- »
Il n'eut pas l'occasion de finir. Lupin, qui avait été pétrifié par les mots, jeta à ce moment-là un brusque regard d'ambre par-dessus son épaule avant de pointer sa baguette sur Malfoy et de crier : « Oubliettes ! »
Les yeux de Malfoy s'écarquillèrent et se vidèrent. Avant que quiconque ait le temps de réagir, deux autres cris retentirent : « Oubliettes ! Oubliettes ! » et les deux élèves de quatrième année restants se détendirent, leur regard se vidant à leur tour. Lupin tourna son visage défait vers Rogue, toujours paralysé par le choc juste à côté. « Oubliettes. »
Les Serpentard clignèrent stupidement des yeux et Lupin dit d'une voix tremblante : « Tout ça n'est jamais arrivé. Rien de tout ça. » Puis il fit demi-tour et partit en courant.
Sirius sentit James tirer sur son bras et ils se dépêchèrent tous les deux de s'éloigner dans la direction opposée.
« Mon Dieu ! Oh Merlin ! » James s'arrêta et se plia en deux, le souffle court, dès qu'ils eurent franchi la porte qui menait aux serres de Botanique. Sirius ôta la Cape d'Invisibilité de leurs têtes, les mains tremblantes.
« Bordel, qu'est-ce qui vient juste de s-se passer ? » bégaya-t-il.
« Lupin est vraiment fou. Et peut-être malfaisant », dit James, ses yeux noisette écarquillés remplis de terreur. « Un enfant de onze ans ne devrait pas être capable de jeter un sortilèges d'Amnésie. C'est un sort complexe et complètement illégal. Et lui, il l'a fait quatre fois. »
« Qu'est-ce qu'il leur a fait ? » demanda Sirius, ses genoux se dérobant sous lui et le faisant s'écrouler par terre. « Avant l'Oubliettes, je veux dire ? »
« De la magie noire », dit James d'une voix tremblante. « De la magie noire sans baguette. Je ne savais même pas que c'était possible. »
Ils restèrent assis en silence pendant un long moment, tous les deux encore trop remués pour penser de façon cohérente.
« Tu crois qu'on devrait aller voir un professeur ? »
« Non », dit Sirius. « Ils l'avaient cherché, à l'attaquer comme ça. Il ne nous a jamais rien fait de pareil. Contentons-nous de l'éviter. Ne le mettons pas en colère. Ou peut-être qu'on l'a déjà fait. Tu penses qu'il nous a oubliettés ? »
James frissonna, mais secoua la tête négativement. « No. Il était terrifié. Tu as vu son visage ? Je pense que c'était probablement la première fois. »
« Il a juste complètement pété les plombs. Tu as vu ses yeux ? »
Il leur fallut un long moment pour se sentir assez calme pour retourner à la Tour des Gryffondor. Lupin rentra beaucoup plus tard cette nuit-là et se glissa dans son lit. Sirius sentit son cœur cogner de peur dans sa poitrine jusqu'à ce qu'il entende de drôles de reniflements entrecoupés de hoquets s'élever du lit du petit garçon. Cela ressemblait à des sanglots étouffés. Peut-être que Lupin était possédé. Peut-être qu'il se sentait coupable. Mais Sirius ne parvenait pas à oublier ces terribles yeux jaunes et l'expression de terreur pitoyable sur le visage aristocratique de Malfoy.
Et c'est ainsi que se déroula le reste de l'année scolaire. James, Sirius et Peter évitèrent Lupin avec encore plus de soin qu'auparavant, et Lupin se fit si discret et renfermé que ce ne fut même pas difficile. Sirius cessa complètement de l'observer, effrayé à l'idée de ce que le garçon ferait s'il le surprenait et s'énervait.
James, Peter et lui se consacrèrent à élaborer des blagues et à échapper aux retenues. L'été arriva et avec lui, la fin de l'année. Les élèves s'entassèrent dans le Poudlard Express, prêts à revenir au quai neuf trois-quarts.
Quand Sirius descendit du train en gare de King's Cross et se dirigea vers sa mère à l'air revêche en tirant sa malle derrière lui, il aperçut Lupin qui semblait minuscule, malade et chétif aux côtés d'un homme trapu aux cheveux bruns et à l'air brute.
L'homme saisit le bras de Lupin, qui était toujours recouvert d'une longue manche en dépit de la chaleur. Il remonta la manche et Sirius aperçut plus du petit bras plein de cicatrices qu'il n'avait jamais vu auparavant. Son traître de cœur frissonna de sympathie. L'homme jeta un regard alentour pour vérifier que personne ne les regardait ostensiblement, puis il plongea une main dans sa poche et en sortit quelque chose qu'il pressa contre la peau nue de Lupin. Le petit garçon devint pâle comme la mort et se mordit la lèvre inférieure. Sirius vit même un filet de sang couler sur son menton lorsque ses dents percèrent sa lèvre.
L'homme se pencha en avant et murmura quelque chose à Lupin, qui hocha mécaniquement la tête. Son bras fut libéré et il resta un moment immobile, visiblement parcouru de tremblements. Puis il redescendit calmement sa manche et se saisit de la poignée de sa malle pour suivre l'homme hors de la gare.
(1) Note de l'auteur : Bon, oui, je l'admets, Remus et moi avons honteusement volé cette réplique de la vieille chanson « Sixteen tons ». Remus aurait probablement entendu sa mère la chanter et s'en serait servi à son avantage dans cette situation.
Note de la traductrice : La chanson en question est du chanteur de country américain Merle Travis et date de 1946. Les paroles d'origine citées par Remus, en anglais donc, sont les suivantes : "If you see me comin', better step aside; a lotta men didn't, a lotta men died." J'ai traduit en faisant le choix de privilégier la rime.
J'espère que ce long chapitre vous a plu !
À bientôt pour la suite :)
