Chapitre 11

Debout au milieu du champ de bataille, Ivar avait fermé les yeux. Autour de lui, le combat faisait rage : les lames et les boucliers s'entrechoquaient dans des bruits métalliques. Les saxons tentaient pour la troisième fois de récupérer leur ville de York, envahie par les vikings quelques mois auparavant. A la tête des troupes restées au Royaume-Uni, Ivar avait pris la forteresse d'assaut et y avait installé ses quartiers avant même que le soleil ne se couche. Depuis, il envoyait ses guerriers conquérir et occuper les villages alentours, progressivement. Les vikings occupaient un territoire de plus en plus grand au cœur-même du pays de leurs ennemis, ce qui emplissait les saxons de haine.

Une flèche traversa la cour du château, frôlant Ivar qui réouvrit les yeux et reprit part au combat. Ses mouvements étaient moins vifs qu'autrefois, alors qu'il combattait depuis son char, mais les béquilles qui maintenaient ses jambes lui permettaient de tenir debout et de se déplacer, et il n'aurait échangé cette sensation pour rien au monde. Un poignard dans chaque main, il poussa un cri de guerre et se jeta sur un homme qui passait près de lui.

De loin, Hvitserk observait son frère qui venait de tuer un énième opposant. Campé sur ses deux jambes, Ivar était plus impressionnant qu'il ne l'avait jamais été. Il avait la bouche grande ouverte et hurlait, du sang qui ne lui appartenait pas sur les dents et le visage. Il ne semblait plus avoir peur de personne, ni des hommes, ni des dieux. Tranquillement, un homme s'approcha de lui, son épée griffant nonchalamment le sol, et les guerriers autour s'écartèrent. Hvitserk reconnut un évêque qui avait dirigé les trois assauts pour récupérer York. Intrigué, il s'approcha et rejoint la cour principale de la forteresse, s'arrêtant à quelques mètres d'Ivar, qui fixait l'évêque avec amusement.

« C'est donc toi, l'évêque qui amène inlassablement ses troupes à la mort ? Tu es persévérant, peut-être ta dépouille sera-t-elle offerte à Odin ! »

« Je suis Heahmund, et je suis venu récupérer la ville qui revient de droit aux brebis de dieux. Tu n'as pas l'air très à l'aise sur tes deux jambes, tu peux toujours te rendre. » se moqua l'anglais. Le regard d'Ivar s'enflamma, et il leva ses poignards devant lui. Imperceptiblement, Hvitserk serra le pommeau de sa hache : si le combat venait à mal tourner, il se devrait d'intervenir pour secourir son frère, même si celui-ci le ferait probablement tuer pour cela.

[…]

Le duel n'avait pas été aisé, mais Ivar avait finalement pris le dessus. Il avait décidé de ne pas tuer son ennemi, qui s'était battu honorablement, et l'avait fait enfermer dans les cachots du château de pierre avant de se retirer dans ses quartiers. Enfin seul, il se déshabilla lentement et découvrit ses blessures une à une : son corps était recouvert de bleus et de cicatrices plus ou moins récentes. Cette fois, il n'avait pas été blessé, mais un hématome recouvrait ses côtes gauches. Par chance, aucun os ne semblait s'être brisé. Cette pensée lui arracha un ricanement. Il ne s'était plus cassé d'os depuis des années.

Nu, il déposa enfin ses béquilles et se laissa tomber sur le sol. A la force de ses bras, il se hissa dans une cuve d'eau tiède qu'une esclave avait préparée à sa demande. Il avait eu envie de l'obliger à rester, mais il avait changé d'avis avant de formuler sa demande. Il aimait penser qu'il était noble et qu'il ne voulait pas forcer les femmes, mais il savait, en son fort intérieur, que c'était de la lâcheté. Il avait eu des relations physiques avec des esclaves de Kattegat : contrairement à ce que ses frères pensaient, il pouvait satisfaire une femme, mais son corps le répugnait et il détestait le regard que ses partenaires lui jetaient quand il se découvrait. Il était bon pour la guerre, bon pour le pouvoir, Ragnar lui-même le lui avait dit. Tout ce qu'il y avait autour, le sexe et les sentiments, ce n'était que des distractions. Alors que cette idée le faisait sourire, le visage d'une jeune femme, perdue des mois plus tôt, s'imposa dans son esprit. Son sourire s'effaça, et il plongea sa tête sous l'eau pour s'immerger totalement.

[...]

Kattegat se défendait, Kattegat grandissait, Kattegat rayonnait. Dagmar avait été surprise de voir combien le village avait changé quand elle y était revenue, quelques semaines auparavant, mais depuis qu'elle voyait Lagertha à l'oeuvre, elle comprenait. La première épouse de Ragnar menait ses troupes d'une main de fer, avec une douceur désarmante. Hommes comme femmes, tout son entourage ployait le genou et lui obéissait. Son charisme dépassait même celui de son défunt mari, et elle semblait inarrêtable. Le commerce de la pêche faisait d'elle la femme la plus puissante de Norvège, et son armée avait déjà repoussé deux attaques extérieures avec une facilité déconcertante. L'attaque la plus redoutée, cependant, n'était pas encore arrivée : Lagertha, prévenue par Ubbe et Sigurd du dessein belliqueux de Ivar, avait attendu que le cadet débarque, mais les mois étaient passées et personne n'avait de nouvelles de l'Estropié.

Le séjour de Dagmar à Kattegat touchait à sa fin: elle était repassée à Kalergi en rentrant d'Angleterre, et avait confié le village à Asta six semaines plus tôt pour venir passer des accords commerciaux et stratégiques avec Lagertha. Comme tous les matins, elle s'entraînait avec Ubbe et Sigurd sur les hauteurs quand des bateaux virent troubler l'horizon. Ubbe se stoppa net en reconnaissant les couleurs de son jeune frère. Ainsi, Ivar avait fini par rentrer.

Quand le drakkar toucha le quai, une délégation était déjà en place pour accueillir le plus jeune fils de Ragnar. Avec un sourire goguenard, il s'amusa de ne reconnaître aucun visage familier dans la foule. Ses frères et Lagertha l'attendaient dans la maison principale, et il les y retrouva en suivant les guerriers qui avaient tous la main sur leurs épées, prêts à dégainer. La crainte qu'il leur inspirait alors que la plupart ne le connaissait que de réputation n'était pas pour lui déplaire. Appuyé sur ses béquilles, il traversa la salle du trône en claudiquant et se tint debout entre Floki et Hvitserk, face à Lagertha et à ses frères. Tout le monde semblait se demander ce qu'il convenait de faire : Ubbe et Sigurd se consumaient visiblement d'envie de rejoindre Hvitserk pour l'étreindre, mais comme toujours, l'aura d'Ivar figeait l'assemblée.

"Je me suis fait attendre ? Je suis revenu pour toi, Lagertha." salua-t-il en dévoilant toutes ses dents et en laissant apparaître un poignard à sa ceinture.

"Tu es pile à l'heure, Ivar. Nous avons repoussé une attaque la semaine dernière, et mes guerriers commençaient à s'ennuyer. Je pensais que tu arriverais avec plus de panache : débarquer dans ma hutte avec le sourire, ce n'est pas ce que j'appelle une revanche. Mais peut-être me trompé-je. Nous le découvrirons, mais pas avant d'avoir célébré le retour de Floki, de Hvitserk et de tous nos hommes à Kattegat. Nous trinquerons à ton retour également, si tu me le permets, fils de Ragnar." répondit la jarl, confortablement installée dans son trône. "Où tes troupes vont-elles loger? Tes guerriers sont libres de rejoindre leurs familles et leurs logements."

"Ne fais pas comme si tu ignorais mon dessein, Lagertha. Le Voyant t'a montré ta destinée il y a longtemps, et tu sais que tu mourras prochainement de ma main."

"Et que feras-tu, après m'avoir tuée?"

"Je règnerai sur Kattegat, et j'exercerai ce droit qui me revient."

"Ce droit ? Régner implique davantage de devoirs que de droits. Ca implique également d'assumer ses responsabilités de souverain. Es-tu prêt pour cela, Ivar?" demanda Lagertha, avec un ton maternel qui insupporta le jeune homme. Ce dernier s'avança, le regard noir, et une main posée sur sa poitrine l'arrêta. Il posa les yeux sur celle qui venait de l'arrêter et il se figea.

"Je me demandais où tu étais... Sbire de Lagertha, j'attendais mieux de toi."

"Toi qui avais juré de m'oublier, tu me cherchais ? N'avance pas davantage, Ivar, ou je serai obligée de te désarmer."

"J'aimerais bien voir ça."

"Je ne suis pas sûre que tes béquilles tiendraient longtemps si je décidais de te neutraliser." rétorqua Dagmar en déclenchant l'hilarité générale. Un éclair de déception traversa le regard d'Ivar et elle enleva sa main de son torse comme si elle s'était brûlée. Jamais encore elle n'avait utilisé son handicap contre lui. Le viking se ressaisit rapidement et l'écarta de son chemin. En claudiquant, il s'approcha de Lagertha, ne s'arrêtant qu'à quelques centimètres de son visage.

"Tu veux festoyer ? Festoyons. Les fils de Ragnar et d'Aslaug sont réunis pour récupérer ce qui leur revient de droit, c'est un événement que les dieux eux-mêmes attendaient avec impatience." clama-t-il sous les applaudissements de ses hommes. Il leva les bras en signe de victoire, son sourire toujours collé aux lèvres, et il quitta la hutte comme il y était entré, suivi de son armée.

[...]

La cervoise coulait à flot depuis que la nuit était tombée. C'était la soirée la plus étrange à laquelle Dagmar avait jamais assisté. Deux clans s'affrontaient tout en trinquant et partageant des mets plus succulents les uns que les autres. De l'extérieur, le banquet semblait normal, et un passant aurait pensé à un mariage ou à une victoire de guerre. De l'intérieur en revanche, il était impossible de rater les regards belliqueux que se jetaient Ivar et Sigurd, ou la froideur des relations entre Ubbe et Hvitserk. Seul le plus jeune semblait à l'aise avec la situation. Il semblait même s'amuser de la gêne de son entourage. Lagertha, avec calme, observait et réagissait avec flegme. Elle savait que Ivar ressentait la maturité qu'elle dégageait et à laquelle il ne pouvait pas prétendre. De par ses gestes posés et son ton courtois, elle l'infantilisait à chacun de ses mouvements mais le jeune homme ne relevait pas. Avec son sourire étrange et son regard glacial, il la toisait et la provoquait de temps à autres.

A quelques mètres de lui, Dagmar l'observait, il le sentait depuis le début du repas mais il s'interdisait de regarder vers elle. Son regard le brûlait, comme sa main semblait toujours imprégnée sur sa poitrine. Le feu ravageait son ventre. Sa gorge était nue, et il imagina glisser sa main autour de son cou pour l'étrangler lentement. Il verrait la vie quitter ses yeux comme lorsqu'il l'avait attaquée au banquet de York. Mais, comme il l'avait fait quand il l'avait attaquée au banquet, ses pensées dévièrent et la main qu'il imaginait enserrer sa gorge aussi. Lentement, elle descendait sur la peau de la jarl, jusqu'à effleurer le col de sa robe. La jarl rougissait, alors qu'Ivar tirait sur le tissu pour le déchirer.

Ses pensées fantaisistes cessèrent quand l'homme à la gauche de Dagmar accapara son attention. Ivar tourna alors violemment la tête vers elle en tapant son poing sur la table. Le bruit qu'il fit attira l'attention des gens autour de lui, qui le dévisagèrent avec suspicion. Dagmar faisait également partie des curieux, mais Ivar gardait la tête résolument fixée sur sa choppe et elle se détourna pour reporter à nouveau son attention sur son assiette. Quand tout le monde eut enfin cessé de regarder dans sa direction, Ivar s'autorisa à respirer. Il récupéra ses esprits en avalant sa choppe d'un trait, et il quitta la table, à l'aide de ses béquilles, pour quitter la hutte sans un mot.

[...]

Dagmar entendait le viking à côté d'elle depuis plusieurs minutes, sans avoir écouté un mot de ce qu'il disait. Elle avait gardé son regard et ses pensées vers Ivar tout au long du banquet, jusqu'à ce qu'il se conduise bizarrement, et violemment. Cela avait éveillé un sentiment de mélancolie chez Dagmar, qu'elle n'expliquait pas. Elle se sentait soudain triste de ne plus le connaître comme elle l'avait connu, de ne plus le côtoyer comme elle l'avait côtoyé. Elle avait lu en lui, elle avait vu un roi en lui, et aujourd'hui, elle se tenait aux côtés de Lagertha dans une guerre qui tardait à commencer. Elle aurait été bien en peine de dire à quel moment elle avait changé de camp, ni pour quelle raison concrète… Afin de s'éclaircir les idées, elle se leva quand Ivar quitta la hutte, et le suivit dans la nuit.

Il n'avait fait que quelques mètres depuis qu'il était sorti. Se croyant seul, il s'était arrêté contre un mur pour se reposer. Les béquilles blessaient ses bras et fragilisaient ses épaules, et il s'inquiétait parfois de son avenir de guerrier s'il continuait de les utiliser. Ramper provoquait les moqueries de ceux qu'il croisait, mais il réglait toujours ses comptes en duel. Avec ses béquilles, il était moins certain de sortir victorieux de chaque combat…

"Tu devrais utiliser de la graisse de cerf pour te masser. Si tu n'en as pas, j'en donnerai à tes esclaves."

"Emporte tes conseils au Helheim. Que tu y brûles sans jamais mourir pendant des décennies." maudit Ivar en crachant aux pieds de Dagmar après s'être redressé. Dagmar regarda un instant le crachat sans réagir, puis elle releva la tête comme si de rien n'était et attrapa doucement l'épaule de Ivar en prenant sa béquille. Surpris, il la laissa faire et s'adossa au mur pour garder son équilibre.

"Elle sont trop hautes. Il faut trouver un système qui bloque les béquilles sur ton avant-bras. En les coinçant sous tes aisselles, tu risques de te démettre l'épaule."

"Ca t'arrangerait, non ? Un ennemi de moins à tuer pour Lagertha?"

Dagmar haussa les épaules. "Je suppose." hasarda-t-elle d'une voix faible. La mâchoire serrée, Ivar récupéra sa béquille et reprit sa route vers sa hutte. Dagmar le suivit et trottina pour se mettre à sa hauteur.

"Que s'est-il passé à York ?"

"Ca t'intéresse?"

"Bien sûr. Tu as changé, je peux le voir. Ca t'a changé." Ils venaient de passer le seuil de la hutte de Ivar et il s'arrêta net. La clarté de la nuit éclairait son visage, et il adressa à la jeune jarl son sourire cruel, dénué de joie et emprunt de folie.

"York m'a changé ? York, avec ses remparts, ses tours et ses immenses cheminées, m'a changé ? Peut-être bien que ce qui m'a changé, c'est la trahison ? L'abandon ? Qu'en penses-tu, hein?"

"Tes frères ne t'ont pas abandonné. C'est toi qui leur as tourné le dos."

Ivar entra dans sa hutte et s'appuya contre une table en bois qui y trônait. Il saisit une carafe et une choppe qu'il vida sitôt qu'il l'eut remplie. Il ricanait à présent, la folie éclairant son regard. "Je ne parle pas de mes frères. Ils sont idiots, cupides et n'ont aucun sens de la stratégie de guerre. Toi en revanche, tu étais prometteuse. Tu te détachais de la masse insignifiante des mortels autour de nous, tu aurais pu faire de grandes choses à mes côtés."

"C'est justement ce que j'ai fui. A tes côtés, dans ton ombre, subissant tes colères et ta rage, sans jamais avoir la moindre reconnaissance."

"Tu veux de la reconnaissance ? Toi ?" ricanna-t-il. Dagmar sourit. Bien sûr qu'il avait raison, elle se moquait de la reconnaissance.

"Ce que je voulais, c'est qu'on fasse de grandes choses ensemble. Je n'ai de prétention sur aucun trône, je n'ai de prétention sur aucune terre et aucun titre, et tu le sais. Tu es le roi que la Norvège attend sans le savoir, le seul qui permettra à notre territoire de s'étendre sans fin."

"Et pourtant tu restes à Kattegat avec Lagertha ? Tu laisses ton ego te guider à ce point ?"

"Parce que toi, tu ne fais jamais rien de stupide par ego, n'est-ce pas ?" s'amusa Dagmar.

"Pourquoi lui as-tu juré allégeance ?"

"Peut-être parce qu'il est agréable de me glisser dans sa couche le soir, quand la nuit est sombre et qu'Astrid monte la garde ? C'est ce que tu suggérais quand je t'ai annoncé la rejoindre, n'est-ce pas ? Et bien, peut-être que là encore, tu avais raison." supposa Dagmar d'une voix chaude. D'un geste, Ivar agrippa son poignet et l'attira vers la table sur laquelle il était adossé. Il la bloqua à côté de lui et pivota en boitant pour lui faire face et la surplomber.

"Si tu choisis ton armée uniquement pour des raisons charnelles, je suis certain que tu trouveras ton compte dans mon camp." rétorqua-t-il avec mutinerie en lui lançant un sourire carnassier.

"Et si ce n'est pas le cas ?" parvint-elle à demander en murmurant contre ses lèvres.

"Dans ce cas, par Odin, je te renvoie chez Lagertha en me tranchant moi-même la gorge." promit-il en l'embrassant. Dagmar cessa de respirer. Le désir avait asséché sa bouche. A cet instant, elle voulait Ivar corps et âme comme elle n'avait jamais voulu personne. Coincée contre la table, elle chercha à se rapprocher encore de lui et s'assit sur le meuble, enserrant le viking de ses jambes. Une des béquilles, posée à côté d'elle, tomba, mais son amant de s'en soucia pas. Il avait une main posée sur sa nuque, un pouce sur sa mâchoire : de l'autre, il tenait fermement la table pour ne pas perdre l'équilibre, tellement qu'elle sentait ses muscles contractés à travers sa tunique.

Elle lui rendait passionnément son étreinte, et Ivar fut pris d'une panique qu'il ravala. L'instant présent, uniquement l'instant présent, se rappela-t-il. Et pour l'heure, il était occupé à embrasser une jeune jarl sauvage, belle à se damner et redoutablement dangereuse pour lui. Il n'avait aucune raison de paniquer, il n'avait besoin que de sa bouche pour cela. Il continua de jouer avec ses lèvres, et de s'imprégner de son odeur jusqu'à ce que la lune s'aligne avec la porte en laissant entrer davantage de lumière. Par Odin, Dagmar l'excitait, mais malgré les formes qu'il sentait sous sa robe, malgré la langue qui dansait avec la sienne, malgré ses mains qui se faisaient baladeuses et insistantes, il était terrifié à l'idée de ne pas réussir à la posséder toute entière. Et cette peur, il le savait, serait plus forte que les charmes de la jarl au moment venu. Il hésita à la repousser et à prétendre qu'elle s'était jetée sur lui sans qu'il n'en ait le moindre désir, mais il sentit sa main relever sa chemise pour caresser son ventre et son sexe réagit sans prévenir. Fou de soulagement, il fourra sa bouche dans le cou de la jeune femme et s'abandonna enfin.

Sur son torse, Dagmar faisait courir ses doigts en essayant de s'agripper à lui, mais le jeune homme était désespérément imberbe et dépourvu de chair qu'elle aurait pu enserrer. Ses muscles tendaient sa peau et se contractaient à chacun de ses mouvements. Elle l'aida à se débarraser de sa chemise et son coeur s'emballa en découvrant les muscles de ses épaules, et de ses bras. Son handicap, sans aucun doute, avait du bon, pensa-t-elle en l'embrassant partout où elle le pouvait. Elle le sentait entre ses jambes et l'idée qu'il la possède enfin lui fit tourner la tête. Prestement, elle fit passer sa robe par dessus sa tête et se retrouva nue, à l'exception d'un poignard qui était toujours accroché à sa jambe par une lanière en cuir. Elle releva son genou vers elle pour qu'Ivar puisse le lui ôter, ce qu'il fit en lui jetant un regard amusé. Elle s'excusa avec un sourire, ce qui le rendit fou et il plongea vers sa poitrine pour l'embrasser, la mordre, la torturer et lui plaire autant qu'il le pouvait. Sa jambe était toujours relevée et il se pencha pour l'embrasser au creux de celle-ci, en la faisant gémir de plaisir. Il avait envie de se perdre aussi, mais il devait rester lucide pour se maintenir en équilibre. Sa main gauche fermement accrochée au bois de la table, il fit courir la droite sur le corps de la jarl et enfonça deux doigts en elle sans douceur. Il le sentait : elle était prête. Il se redressa pour l'embrasser sur la bouche et elle s'accrocha désespérément à lui. Une jambe toujours relevé sur la table, elle se cambra en arrière et il eut envie d'entrer en elle, mais ça lui était impossible dans cette position. Elle remarqua son infime hésitation et saisit son visage entre ses deux mains.

"Abandonne-toi." gémit-elle en se levant et lui faisant perdre volontairement l'équilibre. Elle l'accompagna au sol et s'installa à califourchon sur lui pour parcourir son torse de sa langue, mais il ne l'entendait pas comme cela et il inversa leurs positions. Au sol, il était fort, infiniment plus fort qu'elle, et le voir s'affirmer enfin la fit sourire : dans quel monde Ivar Lothbrok pourrait-il se laisser dominer pour un premier contact ? Ecrasée par tout son poids, elle apprécia la sensation d'ivresse quand ses poumons se comprimèrent et qu'elle chercha l'air. Elle était vivante, comme jamais, pensa-t-elle quand Ivar descendit lentement sur elle pour reprendre ses caresses et ses baisers entre ses jambes. Les doigts emmêlés dans ses tresses, elle se cambrait malgré elle, toujours plus fort. Par Odin, elle était certaine que Thor lui-même ne saurait pas mieux s'y prendre. Ivar remonta doucement, et il s'autorisa à la regarder alors qu'elle ramena ses doigts vers son pantalon. Il se décala sur le côté pour qu'elle le déshabille sans encombre, et il retint son souffle mais elle ne broncha pas en voyant ses jambes amincies par l'absence totale de muscles. Elle fit courir sa main sur ses genoux et ses cuisses en l'explorant maladroitement, puis elle attrapa son sexe et l'enserra sans douceur. Il balança sa tête en arrière en gémissant de plaisir et reprit sa position dominante en se plaçant au dessus d'elle. Elle le guida et il la posséda enfin en râlant longuement. Ils bougèrent ensemble, leurs corps transpirants se mélangeant et en s'habituant l'un à l'autre. Enfin, ils se comprenaient mieux qu'ils ne s'étaient jamais compris. Ils ne faisaient qu'un, comme ils aspiraient à le faire en ne parvenant qu'à se déchirer, et à se trahir. Dans la poussière de la hutte, ils parvenaient enfin à être ensemble, dans l'ataraxie la plus totale. Le corps brillant de sueur, Dagmar fut la première à rendre les armes. Elle planta ses ongles dans les épaules du viking en le suppliant de ne pas s'arrêter, et il bougea en elle jusqu'à la rejoindre à son tour dans la jouissance. Son corps retomba lourdement sur elle, et il récupéra son souffle quelques secondes avant de se redresser. Dans un mouvement erratique, il dégagea les cheveux collés à son visage.

"Alors, dois-je me trancher la gorge et te renvoyer dans la couche de Lagertha, ou puis-je compter sur toi, pour que nous changions ensemble le cours de cette guerre?"

"Alors même que tu es encore entre mes jambes, tu me parles de guerre et de sang ? Tu cries victoire trop tôt, je n'ai pas encore tranché entre Lagertha et toi." sourit-elle, mutine, en reprenant un lent mouvement de bassin. Ivar se mordit les lèvres de surprise et de plaisir, et il s'abandonna à nouveau.

[...]

Dans la pièce voisine, la jeune esclave que Lagertha avait assignée à Ivar ne respirait plus depuis de longues minutes. Elle détenait des informations qui feraient basculer l'avenir de la Norvège et le sien. Elle devait à tout prix rassembler ses esprits et décider ce qu'elle ferait de Ivar et de Dagmar, le moment venu.


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