Avec un grand Mea Culpa pour toutes celles et ceux qui m'ont laissé de si gentils commentaires. Le dénouement vient mille ans après mais au fond sans l'épilogue, la fic était déjà terminée :) Merci à vous tous en tout cas !
EPILOGUE
An 120 du Quatrième Age.
L'homme qui évoluait dans la forêt avait l'assurance et le charisme d'un meneur, mais ses pas savaient se faire aussi discrets que ceux d'un elfe, il avançait entre les branches sans un bruit ; concentré et décidé. Ses cheveux mi-longs étaient d'un brun sombre et son regard bleu avait des reflets d'un gris orageux qui rappelaient les éclats de la lune.
Il s'arrêta net, figé dans une attitude d'écoute, ne faisant plus le moindre bruit. Droit, le visage dirigé vers un point invisible au milieu des arbres, aucun muscle de son corps ne bougeait, parfaitement immobile dans le silence immense de la forêt. Aux aguets. Tout doucement, il posa sa main sur le pommeau de son épée, dans un geste si furtif qu'il n'attira pas même l'attention des oiseaux qui s'ébattaient dans la poussière à quelques centimètres de lui.
- Qui que vous soyez, sortez de là !
Le silence lui répondit. Il resserra imperceptiblement sa main sur son arme sans quitter sa posture de défiance. Comme il ne baissait pas la garde, un rire cristallin vint répondre à la menace tapie dans les mots. Les branches s'écartèrent laissant apparaître un sourire mutin sous une longue chevelure or à quelques mètres au-dessus de l'homme.
- Excellente ouïe pour un simple mortel ! clama la nouvelle apparition.
- L'interpelé relâcha légèrement la pression sur son épée tout en gardant ses yeux verrouillés sur le visage du nouvel arrivant, l'expression sévère et peu amène.
- Déclinez votre identité !
L'autre individu répondit à nouveau par un rire bref, puis se dégagea du camouflage des feuilles et s'assit sur une branche bien en vue de l'homme qui eut tout loisir de détailler sa tenue. Un elfe. Vêtu de vert. Comme il y en avait peu en Terre du Milieu depuis la chute de Sauron et le départ des elfes de la Lorien et de Fontcombe vers les Havres gris. Et chose beaucoup plus rare, aux cheveux blonds.
- La forêt appartient à tout le monde, messire.
- Elle se trouve sur les terres du Gondor.
- Oh-oh et que pourraient bien en faire de bon les hommes du Gondor à part en chasser les animaux pour le plaisir, en saccager la moindre parcelle par leur poids, en déranger les oiseaux par leur bruit ?
- Ne soyez pas si prompts à nous juger. Ce sont les hommes qui ont reconquis ces terres, pas les elfes.
L'elfe sauta d'un bond à terre, à quelques mètres de l'homme et fit quelques pas dans sa direction.
- Les hommes peut-être, mais pas vous si j'en juge votre âge. La guerre était déjà terminée que vous couriez dans les jupons de votre mère.
L'homme se rembrunit.
- Je ne vous permets pas de parler de ma mère.
L'archer sourit, heureux d'avoir fait mouche mais l'homme reprit rapidement contenance.
- Je croyais que tous les elfes avaient quitté la Terre du Milieu pour rejoindre les leurs par delà l'estuaire de la Lune, dans le pays d'Aman.
L'air espiègle du guerrier sylvain disparut immédiatement à ces mots. Son regard se fit plus lointain, comme perdu dans d'étranges souvenirs.
- Je voulais comprendre.
- Comprendre? interrogea l'homme surpris par le revirement de ton de l'inconnu.
Le blond s'adossa à un arbre.
- Comprendre pourquoi mon père aimait tant la terre des hommes, pourquoi il y est resté tant de temps avant de venir auprès des siens...et pourquoi son cœur semblait si ensoleillé lorsqu'il parlait de ce temps-là, un temps de guerre pourtant, où nous avons perdu tant des nôtres.
Le rôdeur resta muet un instant tout en prenant le temps de détailler plus longuement son interlocuteur. Ses cheveux fins et longs d'une blondeur dorée ne ressemblaient pas beaucoup à ceux de sa mère. Ils lui évoquaient pourtant comme un souvenir oublié, tapis au fond de sa mémoire; Il approcha ses doigts d'une mèche couleur de miel qui scintillait sous le soleil de printemps et l'autre le laissa faire malgré la surprise. Ce simple contact avait quelque chose de très intime et lorsque leurs regards se rencontrèrent, ils en eurent pleinement conscience. C'est l'humain qui recula le premier. Repris sa respiration, réalisant seulement qu'il avait cessé de respirer pendant ces quelques secondes et soudain quelque chose changea dans son attitude. Il n'y avait plus la défiance fière d'un homme pris en faute par un chasseur plus expérimenté mais une prestance qui imposait le respect.
L'elfe ressentit pleinement le changement et la phrase passa ses lèvres comme un constat :
- Vous n'êtes pas un simple rôdeur ?
Sans s'en rendre compte, il avait totalement changé de tonalité. L'homme sourit. Il glissa sa main à son cou, semblant chercher quelque chose sous son armure légère; Il dégagea enfin une fine chaîne au bout de laquelle brillait de mille feux une pierre verte en forme de goutte, tellement finement travaillée dans un matériau brute qu'elle semblait tout éclipser de la beauté environnante.
- Vous savez ce que c'est, n'est-ce pas ? demanda l'humain.
L'être sylvain hocha la tête en silence, happé dans une muette extase.
- La larme de Mirkwood.
Il prit un air méfiant, détacha son regard de la pierre verte et le reporta sur le brun en face de lui. Il reprit :
- C'est le joyau le plus précieux de mon peuple. Une pierre d'espérance qui a aussi le don d'amplifier la force, le courage et la puissance créative lorsqu'elle est tenue par une âme pure. Comment pouvez-vous être en possession de celle-ci ?
L'homme ne releva pas l'hostilité de la voix, ses yeux étaient devenus perçants.
- C'est un cadeau.
- Nul ne peut faire un cadeau de cette valeur
- Le cadeau qui a été offert en retour en avait tout autant.
- Mais que...
L'elfe s'arrêta net, semblant comprendre le sens de cette remarque. Elle impliquait beaucoup de choses. Il porta sa main à sa poitrine comme pour s'assurer de la présence de quelque chose, là, sur son cœur et l'humain reprit tout en l'observant :
- Mon père a donné à son meilleur ami la pierre de régénération, Elessar. une pierre sertie dans une broche d'argent en forme d'aigle qui donne aux seuls descendants de Numenor le pouvoir de guérison.
- Mais alors... vous êtes... ?
- Je suis Eldarion, roi du Gondor et de l'Arnor, fils d'Arwen Undomiel et d'Aragorn, dit Elessar du nom même de cette pierre.
Une nouvelle pause.
- Et tu es le fils de Legolas Vertefeuille, prince de Mirkwood.
La surprise habita encore un instant les prunelles céruléenne du guerrier elfique puis doucement, ses lèvres esquissèrent un sourire doux et son visage exprima une sorte de sérénité. Comme si une longue quête prenait fin en cet instant même. Il prit son temps pour sortir de sous sa tunique un bijou caractéristique. Avec des ailes d'aigle. Il le dévoila au regard orageux du roi des hommes en face de lui, tout en caressant sa surface de la pulpe de ses doigts.
- Il m'a fait promettre de ne jamais le quitter. De le serrer contre mon cœur si je devais traverser des jours obscurs. De n'en montrer la beauté qu'aux yeux de ceux capables de ne pas le convoiter et de ne m'en séparer seulement si...
- ... si ton âme entre en résonance avec la personne à qui tu le donnes...
Il acquiesça de nouveau, presque médusé d'entendre l'autre homme terminer sa phrase. Une promesse lointaine que son père, Legolas lui avait maintes fois répété avant qu'il n'entreprenne son voyage en Terre Du Milieu.
- Je n'aurais jamais cru que la pierre appartenait à Aragorn. Je n'en connaissais pas le nom, sinon je t'aurais trouvé bien avant. Je savais que leur amitié était spéciale, il en parlait avec un immense respect et tellement de nostalgie mais je ne pensais pas que... Enfin... Elessar lui a confié la pierre qui guérit, sans elle, vous n'avez aucun pouvoir, n'est-ce pas? Et mon père... Eh bien, il a donné celle de mon royaume, celle qu'un souverain ne peut donner qu'à...
Cette fois, aucun son ne sorti. les yeux s'arrondirent encore plus.
- Quoi ? demanda le brun.
L'elfe mima un grand non de la tête.
- C'est impossible. Cela ne se peut. C'est contraire aux lois. Contraire à...
- Quoi ? répéta l'homme d'un ton plus ferme dans lequel transparaissait son autorité naturelle.
- Un souverain elfique ne peut donner cette pierre qu'à l'élu(e) de son cœur.
Quelques bruits sourds les sortirent de leur torpeur. Une armée au galop non loin de là. L'elfe avait coutume de se cacher mais les dernières révélations l'avaient cloué sur place, aussi visible qu'un nain au milieu d'une foret. Un petit groupe d'hommes apparut non loin de là, dans une petite clairière, arborant les armes du Gondor. A leur tête, chevauchait Barahir, huitième intendant du Gondor, petit-fils de Faramir. Il s'arrêta à quelques mètres de son suzerain et lui désigna un magnifique cheval noir sellé sans cavalier.
- Votre majesté, votre présence est requise au royaume de toute urgence, dit-il sans ajouter d'avantages d'informations, les yeux rivés sur l'étranger.
Le roi fit un signe d'assentiment et grimpa sur l'étalon avec l'habileté d'un elfe. Il tendit la main au guerrier blond qui semblait désorienter :
- Faites-moi le plaisir d'être mon hôte.
L'autre accepta. Le trajet lui donnait le temps d'ordonner sa pensée, de peser tout ce qu'impliquait le bref échange avec le roi Dunedain. Comme un diffus secret qui trouvait un dénouement soudain...
Lorsque l'archer Sylvain revit paraître Eldarion, quelques heures plus tard, il n'avait plus rien du rôdeur croisé dans les bois. Il était vêtu d'une armure légère aux armes du Gondor sur une tunique rouge pourpre. Une fine couronne très ressemblante à celle des elfes ornait son front et étincelait au milieu d'une chevelure noire sauvage et indisciplinée. Le visage était jeune mais les traits affirmés et le charisme qui émanait de lui trahissait à lui seul son statut de souverain. Il fit une légère révérence devant son hôte.
- Vous ne m'avez pas dit votre nom.
- Aerandir Vertefeuille.
- Le voyageur des mers, remarqua le roi.
L'elfe hocha la tête sans montrer sa surprise. Après tout, Eldarion avait eu pour mère une elfe. Et son père avait le surnom d'Elendil, ami des elfes. Comme s'il avait suivi son cheminement de pensée, l'humain s'exprima alors en langue elfique :
- Vous serez toujours le bienvenu en Terre du Milieu. Je sais ce que mon peuple doit à votre père et l'amitié d'Aragorn et Legolas fait partie des chants enseignés à nos enfants depuis le début de la nouvelle ère.
Malgré la bienveillance évidente qu'il y avait dans ces mots, le visage de l'héritier de Mirkwood parut s'assombrir quelque peu. Il garda le silence, cherchant peut-être ses mots ou plongé dans une réflexion inaccessible à son interlocuteur.
- Leur amitié? souffla-t-il finalement... Le jour où Elessar s'est éteint, mon père nous a laissés, ma mère et moi, pour disparaître aux confins des lacs de Valinor. Non, c'était bien plus qu'une simple amitié et vous le savez tout autant que moi.
Il y avait de l'amertume dans les propos du Prince archer, peut-être même de la rancœur. Le roi sourit avec douceur et répondit :
- Vous remarquerez que je ne vous demande pas de me restituer la pierre de régénération. Elle me confère pourtant un don de guérison qui me serait précieux.
L'elfe releva le visage, étonné, tombant directement dans le bleu gris orageux et insondable des yeux de celui qui lui parlait. Un regard sûr, perçant...
- C'est parce que je respecte le choix de mon père, reprit le brun.
- Même si ce qu'il implique est contre-nature ?
- Votre jugement est prompt et il n'est pas juste. S'il est vrai qu'ils se sont aimés alors ils ont vécu seuls d'une solitude que rien n'a pu guérir. Pourtant, l'absence n'a fait que renforcer leurs liens. Legolas a marché à ses côtés à chaque moment de sa vie, il était dans ses rires et dans chacun de ses actes et je l'ai toujours senti.
Eldarion posa sa main sur l'épaule d'Aerandir et celui-ci perçut une douce chaleur se propager dans ses veines.
- Peut-être qu'avec le temps, tu comprendras.
Il sembla à l'elfe qu'une promesse se cachait dans ses mots. Sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi, il sourit et son âme s'en sentit rassérénée.
FIN
