H, G, S


Après avoir franchi cette brèche, le trio se retrouva bel et bien sur le flanc d'une montagne. Le sable, l'océan et le climat des tropiques avaient fait place au froid, au vent et à des montagnes rocheuses enneigées. D'innombrables pics acérés voilaient l'horizon. Tout ce qui les entourait n'étaient que ravines, fissures immenses, pierres éboulées, et rocs aux cimes blanches. Ils devaient se trouver à des centaines de mètres d'altitude, car il était impossible d'entrevoir le pied de ces monts, celui-ci étant caché par une brume épaisse.

Finalement, l'apprenti pirate n'était pas déçu d'avoir quitté le village désolé de Tortuga. Il regarda tout autour de lui, ébahi. Même si, dans son propre monde, il s'y trouvait également certains continents possédant de vastes montagnes enneigées, William n'avait jamais eu l'occasion d'en visiter et ce paysage vertigineux lui coupa le souffle.

« Enfin! Pour la première fois, je suis en terrain inconnu! Époustouflant!

-Il n'y a pas de doute. Nous sommes réellement en Terre du Milieu. Je reconnais ces montagnes. »

Même si le climat était peu rassurant, Legolas ne put s'empêcher de sourire et de se remémorer les souvenirs de son passé. 120 ans auparavant, il foulait cette montagne abrupte en compagnie de huit autres compagnons.

Les deux clones de Orlando étaient plutôt ravis de se trouver en Terre du Milieu. L'un se souvenait de ses aventures du passé, l'autre découvrait enfin un monde autre que le sien, désir secret qui le tenaillait depuis toujours. Quant à l'acteur, bien qu'il avait trouvé très bonne l'idée de voyager de réalité en réalité, il commençait maintenant à regretter son choix.

« Je ne sais plus trop si c'était une très bonne idée d'avoir quitté les Caraïbes. Je préfère mille fois la chaleur accablante du soleil à ce climat glacial. »

Orlando frictionnait ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer.

« On devrait faire demi-tour. Il n'y a rien ici qui puisse nous aider dans notre quête. » dit l'acteur en se redirigeant vers le trou béant.

« Auriez-vous le vertige, Monsieur Orlando? La vue démesurée qu'offre ces monts vous effraie-t-elle? » lança Will sur un ton à demi moqueur.

-Moi? Effrayé? Pfff! J'ai déjà vu plus terrifiant que ça! Après le saut à l'élastique et le parachutisme, c'est pas une misérable montagne qui me ferait peur!

-Saut à l'élastique? » questionna l'elfe.

« Parachutisme? » demanda Will.

« Euh… Ben…Hem… Ce sont des activités sportives périlleuses et extrêmes… Enfin, si on a l'occasion de passer par mon monde, je vous montrerai.

-Je doute que nous ayons du temps à accorder à ces sports périlleux. Nous avons d'abord une quête à mener à terme. » rappela Legolas.

«Le farfadet a parlé! Bon… Que doit-on faire à présent?

-Vous pensez pas qu'on devrait camoufler la brèche, les gars? Faudrait pas que d'autres éléments de la Terre du Milieu se retrouvent encore dans une réalité qui ne leur appartiennent pas.

-Maître Bloom a raison.

-Certes, mais comment comptez-vous cacher ce trou? Il s'agrandit toujours de plus en plus. Or, il ne semble pas y avoir aucun Warg ou autre être vivant dans les parag…»

William dut ravaler ses paroles, car à ce moment un filet de substance gluante tomba sur son épaule. Tous trois dégoûtés, ils dirigèrent leurs regards vers le haut. D'une une corniche à quelque mètres au-dessus d'eux, dépassait une énorme tête poilue. De sa gueule hérissée de crocs s'écoulait de la bave, signe d'une avide envie de fringale. Des yeux jaunes menaçants les dévisageaient et un grognement sanguinaire s'échappa d'entre les dents de la créature.

« UN WARG! » hurla l'acteur.

Orlando et Will figèrent sur place, malgré eux.

Puisque ce n'était guère la première fois qu'un tel fauve surgissait ainsi sur son chemin, Legolas, lui, ne perdit pas une seconde. En un geste à la fois gracieux et plus vif que l'éclair, il encocha une flèche sur la corde de son arc et s'apprêta à viser la bête entre les deux yeux. Mais le fauve prit son élan trop vite et sauta de la corniche. Orlando et William s'écartèrent et se poussèrent contre le flanc de la montagne afin d'échapper à l'attaque. Legolas pensa pouvoir décocher son missile avant que la bête n'atterrisse sur lui, mais il se retrouva cloué au sol par de puissantes pattes griffues. L'elfe ne pouvait plus faire aucun mouvement, immobilisé sous le monstre trois fois plus gros que lui. Les deux pattes avant de la bête tenaient fermement ses épaules au sol et, s'il osait bouger, sa peau serait immédiatement lacérée par des griffes aiguisées. À l'aide de ses crocs, le warg arracha des mains son arme et son obus, puis les projeta quelques mètres plus loin. Il contempla ensuite sa proie. Il se ragoûtait déjà en se léchant les babines. Malgré tout son sang froid habituel, Legolas avait les yeux écarquillés, terrassé.

Orlando observait la scène, horrifié et impuissant. Il était déchiré entre le désir de venir en aide à cette réplique de lui-même et la peur de se faire dévorer tout cru par un monstre pareil.

La témérité finit néanmoins par l'emporter sur sa crainte. Il se saisit d'une pierre qui jonchait le sol rocailleux. Alors que le Warg ouvrait toute grande sa gueule et qu'il se penchait pour entamer son repas, Orlando projeta la pierre sur la tête du fauve. Cela n'eut aucun effet, à part celui d'éveiller davantage sa colère et d'attirer l'attention sur l'acteur. Le Warg desserra sa poigne et jeta son dévolu sur le pauvre Orlando qui se plaqua dos contre la montagne.

William n'avait pas encore réagi, autant effrayé que les deux autres. Il voyait l'envers de la médaille; son coeur avait toujours recherché un ailleurs et, quelques secondes plus tôt, il se réjouissait d'enfin découvrir ces contrées que personne ne soupçonnait l'existence, mais il ne se serait jamais douté que ces contrées seraient infestées de bêtes sanguinaires.

Mais, soit! Si affronter de tels monstres constituait une sorte de prix à payer pour enfin explorer des ailleurs inconnus, il en serait ainsi. Qui plus est, il avait le peuple de Tortuga à venger! Will sembla alors se réveiller de transe. Machinalement, il porta une main à sa ceinture et en sortit sa fameuse hachette de combat, celle qui avait servi à massacrer bon nombre de pirates lors de l'invasion de Port Royal.

« Prends ça, espèce de chien galeux! »

De toute ses forces, le forgeron propulsa sa hachette qui tournoya dans les airs pour finalement s'enfoncer dans le crâne de la bête avant qu'elle n'ait eu le temps de se jeter sur l'acteur.

En un hurlement plaintif, le Warg s'écroula, la langue pendante et les yeux tournés vers le ciel.

Legolas se releva, à la fois soulagé de s'en être sorti vivant et inquiet qu'il n'y ait pas encore de ces créatures dans les environs.

William s'approcha et retira son arme de la tête ensanglantée du Warg.

Orlando se sentit quelque peu dégoûté à la vue de ce massacre, mais ce n'était rien à côté du carnage de Port Royal.

« Merci Will. C'était à un cheveu. » dit-il le cœur battant.

«Tout le plaisir est pour moi. » dit le forgeron, fier de son exploit. « Alors, monsieur le farfadet? Remerciez donc notre compagnon Orlando! Sans son intervention, on vous aurait déchiqueté en mille morceaux! »

Tout ce que Will obtint en guise de réponse fut une dague blanche qui siffla dans l'air à quelques millimètres de son visage.

Abasourdi, William fronça les sourcils et lança :

« Mais qu'est-ce qui vous prend?! »

Legolas offrit un sourire mesquin au forgeron et garda le silence. Colérique, William s'apprêta à dégainer son épée, mais soudain il entendit quelque chose de lourd tomber juste derrière lui. Il se retourna et découvrit un autre Warg affaissé au sol… avec la dague de l'elfe enfoncée dans le front. Will demeura la bouche grande ouverte, réalisant qu'il avait passé à deux doigts de la mort.

« Un Warg n'attaque jamais seul. » déclara l'elfe.

Legolas ne croyait pas si bien dire. Sur les différentes corniches qui les entouraient, une dizaine d'autres Wargs apparurent des crevasses de la montagne, assoiffés de sang et de chair fraîche. Il semblait bien que certains clans n'étaient pas encore tous passés par la brèche menant dans les Caraïbes. Cette bande-ci n'était pas aussi nombreuse que celle se trouvant sur l'Île de la Tortue, mais contre trois hommes, la lutte n'était tout de même pas équilibrée. Il était trop tard pour utiliser l'astuce de la cape elfique et on ne pouvait fuir par la brèche, celle-ci étant bloquée par l'arrivée des bêtes.

N'ayant pas eu le temps de récupérer sa première dague ni son arc, Legolas tira le dernier poignard de son fourreau. Tenant sa hachette d'une main et son épée de l'autre, William se plaça aux côtés de l'elfe. Instinctivement, tous deux se tinrent prêts à contrer l'attaque imminente des créatures.

« Restez derrière nous, maître Bloom!

-Oui! Vous n'êtes pas armé! »

Orlando ne se fit pas prier, il n'avait aucune envie de se mêler à cette bataille -qui allait prendre une issue désastreuse pour ses compagnons et lui, il le sentait!

Les bêtes s'approchèrent sournoisement, montrant tous les crocs de leurs gueules. La meute n'avait pas pour habitude de croiser d'autres êtres vivants sur leur territoire et ils n'allaient pas refuser une brochette de trois succulents bipèdes! Ils entourèrent lentement le trio, comme pour faire durer le plaisir. Une dizaine de loups gigantesques, puants et voraces cernèrent leurs proies et ne semblèrent pas du tout craindre les armes braquées dans leur direction.

Le temps sembla se suspendre. Qui des deux camps allaient agir les premiers?

Orlando, de son côté, tremblait comme une feuille. Il aurait préféré que tout cela ne demeure que des légendes, des contes pour enfants, des histoires à dormir debout… Mais non! Ces elfes, ces pirates et ces chiens-loups existaient vraiment et bientôt il aurait le privilège de visiter l'estomac de ces derniers! L'acteur se demanda pourquoi il avait accepté la mission d'Eyma tout à coup. Mais, surtout, pourquoi les avait-elle abandonnés à eux-mêmes? Si cette petite fille possédait d'étranges pouvoirs, elle aurait pu les mettre à profit pour leur cause! Pourquoi ne les avait-elle pas accompagnés? Sa présence aurait été bien utile.

Le jeune acteur observa ses deux compères à la dérobée. Ils dévisageaient les bêtes d'un air défiant et déterminé et ce malgré la peur qui les envahissait autant que lui. Comment ils parvenaient à être aussi calmes face à une mort certaine (pour ne pas dire fort probable!)? Ils l'avaient sommé de se tenir derrière pour le protéger, même si un combattant de plus n'aurait pas été de trop. Orlando se sentit alors bien inutile.

Au même instant, les Wargs n'en purent plus de cette attente. L'un d'eux, plus imposant que les autres, donc sûrement le chef, lâcha un grognement insipide qui se traduisit comme un signal d'attaque.

Les bêtes bondirent sur eux, griffes et crocs sortis.

Legolas usa de son agilité légendaire et évita un premier Warg en se jetant au sol. Celui-ci ayant déjà pris son élan, se trouva à sauter par-dessus l'elfe plutôt que droit sur lui. Ce dernier roula sur le dos et, voyant passer la bête au-dessus de lui au même moment, il brandit sa dague et transperça la poitrine du monstre qui tressaillit dans son élan et rendit son dernier souffle avant d'avoir atteint le sol.

Legolas bondit sur ses pieds pour contrer une autre attaque ennemie, mais sa dague était resté plantée dans la poitrine du précédant assaillant… Il éleva le bras pour cueillir une flèche dans le carquois accroché à son dos. Et comme la bête se lançait sur lui, l'elfe n'eut qu'à tendre la main qui tenait fermement la flèche et il creva l'œil jaune du monstre qui s'enfuit alors en hurlant. Legolas accourut vers ses deux premières victimes et récupéra ses deux dagues tout en esquivant adroitement, sur son chemin, deux ou trois coups de gueules et de pattes qui lui étaient destinés.

De son côté, William avait déjà taillé la peau drue de quelques fauves, mais les Wargs n'étaient pas du genre à renoncer pour si peu. Deux d'entre eux s'acharnaient sur lui et le forgeron fut bientôt pris dans un étau. Les deux bêtes foncèrent sur lui en même temps et le jeune homme bondit dans les airs, laissant les deux fauves rater leur cible commune et se fracasser la tête l'une contre l'autre.

Alors qu'il était dans les airs, le forgeron coinça son épée entre ses dents pour avoir au moins une main libre. Il atterrit sur une corniche de la montagne presque aussi agilement qu'un elfe (après tout, n'était-il pas une réplique de Legolas?(ou vice versa)?)et grimpa de rocher en rocher à une certaine hauteur du sol. Puis, il se laissa tomber de tout son poids et pirouetta sur le crâne d'un autre Warg. La bête fut assommée. Pourtant, cela ne l'empêcha pas de se ruer sauvagement, mais Will put lui trancher la gorge à l'aide de sa hache avant qu'il ne soit propulsé à terre. Il se releva ensuite sur ses genoux, l'instinct en alerte, retira son épée d'entre ses dents, la prit à deux mains et la banda derrière lui sur son flanc droit. Un autre warg arrivé dans son dos eut alors droit à un coup de lame sur la gueule.

Toujours derrière ses compagnons qui le protégeaient, Orlando regardait le spectacle avec stupéfaction. Cette estocade s'était produite en moins d'une minute. C'était comme au cinéma, sauf qu'il n'y avait pas de caméra, pas de réalisateur pour dire « Coupez! » et pas de cascadeurs pour prendre les coups à leurs place. Les bêtes n'étaient pas des images de synthèse, le décor n'était pas des écrans verts et il n'y avait pas de gros matelas pour amortir leurs chutes. Il n'y avait qu'une seule prise, la moindre erreur pouvait être fatale, et on ne se battait pas pour divertir un public, mais bien pour rester en vie! Finalement, tout ça n'avait rien à voir avec le cinéma. C'était la réalité, pas de la fiction. Une réalité absolument terrifiante.

La paire de guerriers ne se rendait pas compte à quel point elle faisait preuve d'une extraordinaire force. Ils ne prenaient pas conscience non plus que, combinées ensemble, leurs habiletés au combat se complétaient et se renforçaient l'une et l'autre. Durant un court instant, Orlando fut certain que Legolas et William viendraient à bout de la meute. Cinq wargs sur dix étaient déjà à terre alors que les deux combattants s'en tiraient sans aucune éraflure ou presque.

Mais tout n'était pas encore joué.

Arrivés à la rescousse de leurs confrères, d'autres wargs surgirent des crevasses des montagnes. La vengeance se lisait à travers leurs regards jaune perçant. Ils ne demandaient pas mieux que de faire payer la perte de leurs frères. Se faufilant à travers les rochers, ils se rallièrent aux cinq Wargs restants et, encore une fois, ils encerclèrent le trio de voyageurs.

C'était peine perdue.

William était haletant et nerveux tandis que Legolas était figé et inquiet. Mais tous deux restaient dignes et regardaient leurs adversaires en face.

Les bêtes s'approchaient, se massant toujours plus près autour des trois compagnons et elles se riaient de leur fâcheuse posture. Les wargs avançaient à pas feutrés, grognant, râlant, salivant, rageant…

Le trio se retrouverait bientôt dans leur estomac, ce n'était plus qu'une question de secondes.

Legolas et William se tinrent encore devant l'acteur, prêts à prendre les coups à sa place.

« Notre heure est venue, je crois. » dit Will, affrontant la mort un sourire au coin des lèvres.

« Maître Bloom, tâchez de continuer la quête. Nous les tiendrons occupés pendant que vous filerez en douce. »

Orlando voulait contester, mais il n'y arrivait pas. De dépit, il baissa les yeux au sol, se jugeant encore très inutile. Et son regard tomba sur l'arc et la flèche de Legolas, jetés à terre quelques instants plus tôt par le premier Warg. Il voulut d'abord les rendre à son propriétaire pendant qu'il en était encore temps, mais une idée lui traversa l'esprit et il décida de les garder pour lui-même.

Il redressa les épaules et prit une mine aussi renfrognée que ses compères. Non, il ne serait pas un boulet que l'on traîne par pitié ou par obligation! Il devait faire sa part. N'était-il pas une réplique de deux courageux guerriers? Alors, il devait se montrer digne de ses alter ego!

« Il ne sera pas dit que je n'aurai pas tenté quelque chose! »

À ses paroles, le duo de guerriers tourna la tête vers leur troisième compagnon et le découvrit en position de tir, une lueur d'espoir brillant dans ses yeux à demi-clos. Legolas l'observa, étonné qu'il sache maintenir la posture adéquate d'un archer. Orlando tendit la corde de l'arc au maximum et, une seconde avant de la lâcher, il éleva l'arc quelques degrés plus haut. Il décocha enfin sa flèche et celle-ci décrivit une longue trajectoire en demi-cercle et elle se perdit dans le ciel, vers la cime de la montagne d'où avaient surgi les wargs.

« C'était sur eux qu'il fallait tirer! » reprocha William.

Legolas soupira légèrement. Cet homme savait comment tenir un arc, mais il ignorait comment viser.

À ce moment, un hurlement d'attaque retentit et les deux guerriers reportèrent leur attention sur la meute qui fonçait sur eux. Résignés à mourir honorablement, ils prirent leur courage à deux mains et se tinrent prêts à abattre le premier venu.

Tout à coup, les attaquants autant que les attaqués sentirent le sol vibrer sous eux. Les rochers se mirent à trembloter tout autour. Le trio dut s'accrocher au mur de la falaise pour ne pas perdre l'équilibre. Les bêtes stoppèrent l'attaque, les oreilles en arrière, leurs têtes cherchant d'où provenait ce séisme. Puis, derrière eux, se détacha de la montagne un amoncellement de neige. Ce dernier, aussi énorme et imposant qu'un raz-de-marée, dégringola de la montagne. Les wargs, affolés, ne surent plus où aller.

Legolas et William restèrent plantés là, hébétés. Orlando profita de la panique de la meute pour secouer ses compagnons.

« COUREZ! VITE! »

Le trio se mit alors à dévaler le flanc de la montagne, fuyant cette vague de neige qui roulait et avalait sur son chemin tous les wargs et, par ce fait-même, le trou béant qui reliait les Caraïbes à la Terre du Milieu. Ils coururent, ne regardant pas derrière eux et priant que leurs jambes puissent les mener suffisamment loin avant que le déluge blanc ne les rattrape.

Finalement, la colère de la montagne s'apaisa, la neige cessa de déferler derrière eux et les compagnons purent reprendre leur souffle. Ils se retournèrent et ne virent plus qu'une mer blanche devant eux. Il n'y avait plus aucune trace de wargs.

William balbutia :

« Orlando, votre flèche a…

-Provoqué une avalanche, oui! » termina l'acteur, pas peu fier de son plan.

« Et moi qui croyais que vous ne saviez pas viser… » dit Legolas avec un sourire d'excuse. « Pardonnez-moi.

- Je retire mes paroles : un arc aussi démodé et primitif peut s'avérer tout à fait efficace! Encore une fois, vous nous avez tirés d'un mauvais pas, Mr. Bloom!

-C'est rien, les gars. Ça aurait très bien pu ne pas marcher, mais je pouvais pas rester là sans rien faire. » dit-il en rendant son arme à Legolas.

-Je suis très heureux de vous avoir à nos côtés, maître Bloom. Votre présence nous est d'une grande aide.

-Bah…Vous êtes pas trop mal non plus, les gars!

-Je dois reconnaître que pour une première bataille contre des ennemis aussi redoutables, le Dindon s'en est bien tiré également...

-En tant que guerrier, le farfadet ne donne pas sa place non plus. Mais… De nous trois, c'est Monsieur Orlando qui s'est le plus illustré en terme de ruse et de stratégie. »

Orlando sourit un peu timidement. Tout compte fait, même s'il était un mec comme tout le monde et non un grand héros, il avait su se montrer à la hauteur. Peut-être que Eyma ne l'avait pas choisi à tort, finalement...

« Je crois que nous ne verrons plus aucun warg sur notre chemin. » dit Will. « Je ne suis pas fâché de les savoir engloutis sous la neige. Ces bêtes n'ont vraiment aucune pitié.

-Cet acharnement est tout à fait normal. Ils se cachaient dans ces crevasses désertes depuis un siècle. Pour eux, nous représentions le premier repas consistant depuis des lustres. » répondit Legolas.

« En tout cas, plus question de retourner dans le monde de Will.»

L'elfe observa avec satisfaction la montagne couverte d'une nouvelle couche de neige.

-Vous vouliez camoufler la brèche, n'est-ce pas? Eh bien, c'est chose faite!

-Ouais, alors, on ferait mieux d'y aller de l'avant. On gèle ici.

-Monsieur le farfadet semble connaître cet endroit. Seriez-vous apte à nous conduire hors de ces montagnes?

-Si je ne me trompe pas, nous sommes dans les crevasses de Caradhras, le sud des Monts Brumeux. Il faut continuer à descendre. Suivez-moi. »

Ils entamèrent une longue expédition à travers les pentes et les falaises peu rassurantes des Mont Brumeux et quelques flocons commencèrent à tomber du ciel gris.

« Dites-moi, seigneur Orlando, pourquoi ne portez-vous aucune arme? Vous êtes un archer adroit pourtant. » demanda l'elfe, brisant le silence.

« Eyma a-t-elle oublié de vous attifer convenablement?

-Non, je ne crois pas. Eyma nous a tous les trois mis dans notre état naturel, c'est tout. Vous êtes tous deux de nature guerrière, alors que moi je suis un homme très simple et un homme très simple, dans ma réalité, c'est quelqu'un qui ne porte pas d'armes de façon quotidienne.

-Alors, si vous n'en avez pas l'habitude, qu'est-ce qui explique votre étrange habileté au tir à l'arc?

-J'ai appris pour les besoins de ton rôle, ces espèces de pièces de théâtre moderne dont je vous ai parlé tout à l'heure. Je dois dire que ça faisait une éternité que je m'étais pas exercé, mais on dirait bien que je n'aie pas perdu la main!

-Vous ne faites pas seulement raconter l'histoire d'un personnage. » s'étonnait Will. « Vous le devenez carrément!

-Pour rendre justice à la personne que j'interprète, c'est primordial, tu sais. Il faut que je maîtrise autant son caractère que ses habiletés et ses compétences.

-Ah.» fit Will. « Alors, puisque vous avez joué mon rôle également, vous avez suivi des cours d'escrime?

-Tout à fait. Quoique... Je n'ai qu'une faible base qui ne me permettrait pas de tenir tête à un véritable ennemi.

-Et l'art de la forge?

-Mmh, on m'a appris quelques trucs, mais pas suffisamment pour être en mesure de façonner moi-même une épée. »

Un vent glacial se leva subitement et la neige se mit à tomber de plus en plus et à tourbillonner en sillons sur leur chemin. La route devint escarpée et le climat tempétueux ne rendait que plus ardue la descente.

« Sss sss sssi ja aaa vvvv vvv vais sss sss su, jjj jjj jau au au rrr rrr rais mmm mmm mis qqq qquel qu que chose de pp pplus ch ch chaud qu qu qu'un ttt ttt t-sh ssh shirt ce mmm mm ma ttt ttt tin! »

Orlando grelottait de tout son corps et il frôlait l'hypothermie. William devait tenir son chapeau à plumes afin qu'il ne s'envole pas tandis que l'elfe guidait du mieux qu'il pouvait ses deux compagnons à travers cette tempête naissante.

« Avec de la chance nous atteindrons le pied de la montagne dans deux jours. »

Le jeune acteur se frottait les bras avec ses mains et claquait des dents.

« Ddd deux jjj jours?! Mmm mais jjj je vvv vvv vais mmm mm mou rrr rr rir ge ge ge lll llé mmm mmoi! »

D'eux trois, Orlando était celui qui portait la tenue la plus légère; un simple t-shirt et un jean délavé. Legolas eut quelque peu pitié du pauvre jeune homme et il détacha sa cape elfique de son cou.

« Prenez ceci. Elle vous sera plus utile qu'à moi.»

Orlando apprécia grandement l'offre de l'elfe et s'empressa de revêtir la cape. Aussitôt, une sensation de chaleur parcourut son corps en entier. Les capes de la Lorien maintenaient toujours leur porteur à l'écart d'un trop grand froid ou d'une trop pesante chaleur.

« Que de vertus il possède ce farfadet! Il se sacrifie pour le bien-être des autres! » se moqua le forgeron.

« Ce n'est pas vraiment un sacrifice puisque je ne suis pas sensible aux intempéries, comme vous les humains.

-En tout cas, ça va mieux à présent! Merci, vieux! »

La neige commençait à recouvrir le sol rocailleux et bientôt, Orlando et William eurent des difficultés à marcher dans la couche de neige qui ne cessait de s'accumuler. Legolas, lui, continuait son chemin sur la surface, d'un pas léger.

« Pourquoi le farfadet ne s'enfonce pas comme nous!?

-Parce que c'est un elfe, un être aussi lourd qu'une plume! »

Legolas ne put s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur.

« Ne laissez pas une simple couche de neige ralentir votre allure! Du nerf, mes amis! »

Le forgeron marmonna pour lui-même : « Ce farfadet commence sérieusement à m'irriter…»

L'elfe ne cessa de sourire d'un air hautain à l'adresse de Will.

« N'allez pas croire que je ne vous entends point geindre, maître Dindon. Sachez que je possède une ouïe plus délicate que celle d'un fauve, une autre de mes ''vertus'' d'elfe. »

Malgré le froid, la neige et le vent, William bouillonna intérieurement. Orlando pouffa de rire devant les pitreries de ces deux rivaux et il crut voir de la fumée sortir par les deux oreilles du pirate, mais il se dit qu'il confondait sûrement avec les rafales blanches…

Legolas contint également un rire qui menaçait de s'échapper de ses lèvres, mais se concentra plutôt sur la route à suivre. Et à travers les tourbillons de vents, il distingua quelque chose d'étrange enfoncé dans le sol blanc, quelques mètres plus loin.

« Qu'est-ce donc? »

L'elfe cueillit dans la neige trois petits objets très étranges de couleur noir.

« Qu'as-tu trouvé? »

Orlando le rejoignit et fut très intrigué par cette trouvaille.

« Cette matière m'est étrangère. » dit l'elfe en tâtant les trois objets.

« Laisse-moi voir ça. »

L'acteur en prit un dans sa main et constata que cette chose était faite de:

« Plastique? Pas étonnant que tu ne connaisses pas cette texture! Ce matériel existe que dans mon monde. »

Will s'approcha à son tour et prit aussi l'un des objets afin de l'examiner.

« Cette chose fut sculptée dans une matière appelée plastique, vous dites?

-Oui. Regardez, ça se plie facilement et ça reprend sa forme. C'est imperméable en plus. C'est fabriqué à partir du pétrole; un liquide noir qu'on trouve dans le sol. »

William épousseta la trouvaille de la neige qui la recouvrait et découvrit qu'elle formait une lettre.

« Tiens, on dirait que cette sculpture représente la lettre ''H''. »

Les deux autres dégagèrent également la neige de leur morceaux de plastique et ils constatèrent qu'ils formaient aussi des lettres.

« Moi j'ai un ''S''.

-Quant à moi, c'est un ''G'' de l'alphabet de la langue commune.

-Qu'est-ce que cela peut bien signifier? » questionna Will.

« On dirait les lettres d'un sigle ou d'un logo. » supposa Orlando. « En tout cas, ça vient de mon monde, ça c'est certain.

-Si ces objets se retrouvent dans ma réalité, cela veut dire qu'il y a un autre passage dans les environs, une autre brèche reliant la Terre du Milieu à votre monde.

-Si c'est le cas, ce passage a été enseveli depuis longtemps par cette tempête, à mon avis. » décréta Will.

« On devrait peut-être creuser? » proposa Orlando sans grande conviction.

« Je crois qu'il serait plus sage de laisser cette brèche ensevelie, si tant est qu'il y en ait vraiment une dans les parages. » objecta Legolas. « Moins il y a de passages libres d'accès, moins il y a de chances que des éléments de nos mondes se retrouvent dans une dimension qui n'est pas la leur. »

Le forgeron rangea sa lettre dans une pochette de son veston.

« Il vaut mieux conserver ces symboles. Peut-être trouverons-nous plus tard à quoi ils sont reliés.

-T'as raison. » dit l'acteur en rangeant sa lettre dans sa poche arrière de jean.

Legolas acquiesça aussi et cacha sa lettre dans sa tunique en peau de daim.

« Nous devrions continuer notre route. La nuit va bientôt tomber. »

Ils poursuivirent leur chemin avec peine. La tempête faisait rage, la fatigue se faisait sentir et le froid engourdissait les voyageurs. Bientôt, le forgeron fit halte, éreinté et les pieds complètement paralysés par le froid. Son orgueil (ou plutôt sa jalousie) face à l'elfe infatigable lui ordonnait de continuer. Mais Will n'était guère habitué à ce climat, lui qui avait vécu la majeure partie de sa vie sous le soleil chaud des tropiques. Orlando s'arrêta également, aussi épuisé et frigorifié que le pirate. Sa cape ne parvenait plus à le réchauffer de la tempête qui se faisait de plus en plus glaciale. Quant à Legolas, comme tous les elfes, il ne ressentait pas le besoin de reprendre des forces.

« Que faites-vous? Il ne faut pas ralentir! Il faut continuer à bouger ou bien vos membres se transformeront en glaçons!

-Nous devons trouver un abri et attendre que cette bourrasque se calme! » lança William.

« C'est vrai, Legolas! On va mourir gelés ou ensevelis sous la neige! On est pas résistants comme toi, nous! »

L'elfe réalisa qu'il en demandait peut-être un peu trop à ses compagnons, mais il n'était pas garanti qu'il trouverait un abri adéquat pour y passer la nuit… Caradhras ne prenait en pitié aucun voyageur…